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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 17:01

 

Résumé :

Une littérature abondante se focalise aujourd’hui sur le prix du pétrole : Certains voyant les avantages d’une baisse et d’autres, les inconvénients. Il est bon de resituer les invariants d’une économie pétrolière devenue mondiale pour aborder de façon plus informée le contenu du marché pétrolier. On en déduit qu’il n’existera pas  de concurrence catastrophique avec élimination des productions coûteuses américaines et fin de l’essor énergétique des USA.

 

Le prix du pétrole fait à nouveau l’objet de toutes les attentions et commentaires. Au-delà de la chute des cours du baril, généralement attribuée au ralentissement de la croissance et à  l’émergence d’une nouvelle offre rapidement croissante (USA), les analyses se sont portées sur des considérations géopolitiques entre ce qui est considéré comme les trois acteurs fondamentaux : Arabie saoudite, Russie et Etats-Unis. Certains voient, dans le refus de l’Arabie de jouer son rôle traditionnel de « swing » producteur, l’indice d’un accord avec les USA contre la Russie, tandis que d’autres voient à l’inverse un pacte avec la Russie contre les Etats-Unis.

Nous pensons, qu’avant d’émettre tout jugement, il convient de souligner les fondamentaux historiques de l’économie pétrolière,  plus précisément ses invariants.

En 1859, la grande surprise du premier foreur de l’histoire- le colonel Drake qui voit le pétrole jaillir du forage qu’il vient de réaliser en Pennsylvanie - s’accompagne aussi d’une donnée majeure : la technique retenue offre une production dont le coût marginal est strictement nul. Tout accroissement de la production par ouverture plus importante de la tête de forage se réalise à coût strictement nul[1].

Cette donnée  signifie qu’au niveau de chaque puits, il n’est rencontré que des charges fixes : celles du coût complet des recherches et forages. Une donnée qui s’accompagne d’une autre : chaque propriétaire du sol est aussi en droit américain propriétaire du sous- sol et ce jusqu’au centre de la terre. Il va en résulter une exploitation et donc une économie pétrolière, où la concurrence entre petits producteurs de l’époque revêt mécaniquement une dimension catastrophique.

C’est que les charges fixes qui se ramènent beaucoup à l’époque au coût de l’endettement auprès des banquiers qui ont financé le matériel de forage, sont d’autant plus supportables qu’elles sont réparties sur de grandes quantités produites : l’optimum de gestion d’un puits est son débit maximum. On connait la suite : offre excédentaire, chute des prix qui renforce la tendance à produire davantage, laquelle en retour accélère la chute des prix avec ruine des producteurs. La disparition de nombre de producteurs rétablit les prix qui attirent de nouveaux producteurs pour une nouvelle concurrence catastrophique…

C’est Rockefeller qui, observant cela,  a sans doute été l’un des premiers à comprendre que le pétrole devait devenir une industrie à offre monopolistique. D’où la suite d’une histoire bien connue avec l’émergence de ce qui allait devenir le trop célèbre oligopole pétrolier du vingtième siècle[2].

Les crises pétrolières qui vont marquer le dernier quart de ce même siècle ne mettent pas fin à un marché qui a quitté le champ de la concurrence catastrophique.

En effet, l’oligopole privé cohabite d’une certaine façon avec un oligopole public constitué par les Etats de l’OPEP, Etats qui mettent en place des compagnies nationales. De fait, la fin du vingtième siècle se caractérise par une volonté de la part de tous les acteurs du théâtre pétrolier de récupérer l’essentiel de la rente pétrolière. Il s’agit, par la forte montée des prix[3], d’accroître la rente et d’en redessiner un partage de plus en plus favorable aux propriétaires fonciers étatiques[4]. On sait que du point de vue de la théorie, la rente pétrolière est une rente différentielle[5], évaluée sur la base de la différence entre coûts des énergies de substitution et coût du pétrole[6]. A l’époque des « posted price » (prix affichés), la rente était faible en raison de la volonté de l’oligopole de faire du pétrole une matière première quasi hégémonique. Dans un premier temps (années 70-80) les prix restent des prix décidés par une organisation oligopolistique. Ultérieurement, ils deviendront des prix de marché avec la multiplication des gros Etats producteurs dont bien sûr la Russie, mais aussi celle de compagnies pétrolières de taille plus réduite ( Cove Energy, PTT Exploration § Production, Anardako, Tullow, etc. Ajoutons que l’irruption du trading pétrolier fera de cette matière première un produit financier avec apparition d’un nombre considérable d’acteurs complètement étrangers au pétrole ( Traders de Genève, de Londres, de Singapour, etc.[7]).

Si toutefois la concurrence n’était pas catastrophique comme elle l’était au Dix-neuvième siècle, c’est, au-delà d’une demande en très forte expansion[8] , en raison du poids encore élevé des majors et surtout du poids de l’OPEP qui décidait  de la production et de sa répartition (les quotas des pays producteurs) entre Etats Pétroliers maitrisant de grandes compagnies publiques.

Les choses vont se transformer avec l’irruption d’un nouveau géant : les USA dont la production journalière rejoint présentement celle de l’Arabie et celle de la Russie[9]….dans un contexte – crise oblige- de demande quasi constante.

L’irruption massive des USA peut-elle réenclencher, à l’échelle planétaire, la concurrence catastrophique qui assombrissait la Pennsylvanie du dernier tiers du dix-neuvième siècle ?

Si le contexte est différent -les compagnies sont enkystées dans des Etats qui sont aussi acteurs- la baisse de prix constatée en cette fin 2014 entraîne des conséquences très négatives pour la plupart des acteurs : chute gigantesque des revenus des grands Etats pétroliers dont les entrepreneurs politiques se reproduisent au pouvoir par la redistribution de la rente : OPEP, Russie, Venezuela, etc[10]. Mais aussi, mise en difficulté de l’ensemble des gisements marginaux américains dont les coûts unitaires sont beaucoup plus élevés qu’au Moyen-Orient,[11]avec la particularité déjà constatée en Pennsylvanie au dix-neuvième siècle : beaucoup de gisements nouveaux nord-américains relèvent d’une mise en exploitation financée par de la dette que les banques titrisent… d’où des risques financiers[12] dans le cadre d’un marché type high yield que l’on dit généralement peu liquide.

La présente littérature qui prend souvent position dans ce qu’elle croit être un jeu entre Trois grands acteurs Russie, Arabie, USA, avec alliance de 2 contre 1 ne se rend pas compte du fait que si une concurrence catastrophique devait se déclencher, avec  ou sans l’aide de l’éclatement d’une bulle associée, les trois acteurs y seraient perdants.

De fait, il n’existe probablement pas de pacte, mais bien plutôt une nouvelle modalité du dilemme du prisonnier.

Face à la montée considérable de la production américaine, Russie et Arabie ne peuvent pas accepter une diminution de leur propre production pour maintenir les cours : cela réduirait tout d’abord leur part de marché et donc leurs revenus, mais cela permettrait aussi une augmentation de la part de marché américaine avec des producteurs américains qui exigent du gouvernement fédéral la possibilité d’exporter les nouvelles huiles de schiste. Il en résulte que le meilleur choix est de maintenir la production en espérant que la chute de prix soit douloureuse pour les producteurs américains qui, pris dans un piège type Pennsylvanie des années 1870, seraient acculés à la faillite. Faire chuter les prix à environ 60 dollars le baril, permettrait ainsi d’éliminer nombre de  producteurs américains et rétablirait un marché jugé plus sain.

Outre que le coût de ce rétablissement est politiquement très risqué pour nombre d’Etats trop habitués aux conforts de la rente pétrolière, il n’élimine pas la possibilité pour l’Etat américain de protéger, le cas échéant, ses nouveaux producteurs par une taxation des importations de pétrole. Il n’élimine pas non plus la possibilité pour ces mêmes producteurs américains de tenir au moins quelques mois en raison d’un coût marginal qui n’est certes plus nul pour l’huile de schiste mais qui est inférieur au prix de vente, même si ce dernier est ramené à moins de 60 dollars le baril. Exactement comme le faisaient les petits producteurs de Pennsylvanie avant l’arrivée de Rockefeller.

Parce que le marché du pétrole mixe aujourd’hui  des acteurs étatiques et des producteurs privés, ce qui n’était pas le cas au dix-neuvième siècle, la concurrence pétrolière ne peut pas se transformer en concurrence catastrophique et il faudra bien que les acteurs laissent toute sa place à la production américaine. Le seul espoir pour ces acteurs est que la production non conventionnelle soit un feu de paille en raison d’un épuisement très rapide des gisements.

 


[1] Cette « découverte » n’en est plus une aujourd’hui et, d’une certaine façon, l’économie des réseaux et plus encore l’économie numérique repose sur cette notion d’absence de charges variables dans le total des coûts de production.

[2] Ce que l’on appelait à l’époque les « 7 sœurs » : 3 américaine, 2 anglaise, une anglo-hollandaise et une française

[3] Passage par exemple de moins de 2 dollars le baril en 1972 à 11,652 dollar au 1er janvier 1973, puis à 40 dollars en 1979.

[4] Cf : Jean Claude Werrebrouck, « Evolution du marché pétrolier et nouveau partage de la rente pétrolière », Revue d’Economie Industrielle, N°34, 1985.

[5] Cf : Jean Claude Werrebrouck,« Contribution à la théorie de la rente pétrolière », Revue d’Economie Industrielle,N° 9, 1979.

[6] Cf : Jean Claude Werrebrouck, « Histoire de la concurrence entre énergies fossiles et construction de la rente pétrolière », in « Rente et structures des industries de l’énergie », PUG, collection Energie et Société, Octobre 1983.

[7] Les offreurs et demandeurs de pétrole sont aujourd’hui pour 99% d’entre-eux étrangers à l'usage de la  matière première.

[8] Industrialisation rapide de ceux que l’on va appeler les « émergents ».

[9] Environ 9,2 millions de barils journaliers en décembre 2014.

[10] Avec toutefois de grandes différences selon que l’on est un Etat très peuplé et jouissant d’une rente faible ou moyenne (Venezuela, Algérie, Nigéria, etc.) ou un Etat faiblement peuplé et jouissant d’une rente considérable ( principautés du golfe, Arabie,etc.)

[11] Environ 6O dollars le baril. Notons aussi que ce coût unitaire n’a qu’un sens limité en raison de la structure des coûts complets du pétrole telle que déjà évoquée.

[12] Le chiffre de 300 milliards de dollars est souvent évoqué.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans textes de portée générale
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BA 19/12/2014 10:47

Connaissez-vous le çavapétisme ?

Et vous-même, êtes-vous çavapétiste ?

Vendredi 19 décembre 2014 :

Le déclinisme débouche sur le « çavapétisme ».

C'est l'hiver des espoirs. Les milieux économiques et financiers parisiens ne trouvent « plus aucun motif » de croire que la situation du pays va aller mieux. Et d'égrener les déceptions : les réformes vont s'arrêter sitôt votée la loi Macron. Regardez Valls qui se range à gauche et Hollande qui prépare « le rassemblement » de son camp avant la bataille de 2017.

Le pétrole qui chute, le dollar qui monte sont des bonnes nouvelles venues d'ailleurs pour Noël. On s'y accroche, mais pour en mesurer immédiatement l'insuffisance. Idem, on évoque le succès confirmé des grands groupes, mais pour souligner que 2014 aura été l'année de beaucoup de départs, pas de sièges sociaux, mais de dirigeants et de services entiers. On se réjouit des « successfull start-up » françaises, comme Lending Club la semaine passée, mais pour en déplorer l'exceptionnalité.

L'Europe s'enfonce. La croissance allemande s'est étouffée, elle végète à 1 % et Berlin n'a pas la moindre intention d'engager une politique de relance. Le plan Junker montre l'impuissance des Etats membres à trouver « du vrai argent », comme dit le même Macron, pour faire redémarrer le PIB. La cause profonde du mal européen est cernée : « la distanciation qui s'est installée » entre Paris et Berlin, comme l'avoue l'ancien Premier ministre germanophile Jean-Marc Ayrault lui-même. Partout l'extrême-droite grimpe, l'extrême-gauche aussi, dans les pays méditerranéens. En Europe, mais surtout en France, grossissent les peurs, les replis sur soi, les ressentiments et les exaspérations.

Encore deux ans et demi à tenir, comme çà, avant 2017 ? Est-ce possible ? Voilà plusieurs années que les déclinistes ont décrit cette France qui glisse doucement vers le bas, irrémédiablement. Ses corps constitués sont arthrosés, paralysés, incapables du sursaut que dicte la situation. La classe politique est prisonnière du déclin, voire incompétente et couarde. Le lent déclin est finalement accepté comme moins douloureux que la remise en cause des avantages acquis, des rentes, des habitudes. Après tout, les deux tiers des Français, les « in », ceux qui ont un CDI dans une grande entreprise ou qui sont fonctionnaires, vivent bien, leurs salaires augmentent… La France a une préférence pour le déclin.

Dans les rangs des déprimés, aux déclinistes s'ajoute aujourd'hui une nouvelle catégorie : les « çavapétistes », selon le bon mot que m'a soufflé le dirigeant d'un grand organisme public. Les « çavapétistes » pensent que « ça ne peut pas durer », « ça va péter ». La France n'est pas le pays des réformes, mais le pays des révolutions, expliquent-ils. Nous en vivons la confirmation, attention donc à celle qui vient, elle est pour très bientôt, la colère monte, elle est à nos portes.

Où ? D'où viendra-t-elle ? C'est le mystère des révolutions. On ne sait jamais avant ce qui met le feu aux poudres. Mais les « çavapétistes » ont tout de même cinq scénarios.

1- D'abord la rue. Chaque usine qui ferme, chaque réforme provoque son défilé. Ouvriers, taxis, médecins, notaires… Les « anti » ne font pas masse, chacun reste de son côté. Mais les Français ont les nerfs à fleur de peau, leurs exaspérations sont telles qu'une coagulation opportuniste est possible. Un jour, tous unis contre… L'année 2015 sans sortie du tunnel va encore échauffer les esprits aigris. Sait-on où cela mènera ?

2- Ensuite les jeunes. François Hollande voulait en faire la priorité de son quinquennat, mais la jeunesse ne lui en fait aucun gré. L'habite un mélange de profond désintérêt pour la politique et un haut degré inflammatoire. Les crédits qui manquent ici, les suppressions d'enseignement là… et le feu prend. A Nanterre, en 1968, tout est parti de l'accès au dortoir des filles… et l'immense de Gaulle, à la fin, tomba.

3- La surprise. Les bonnets rouges qui mobilisent toute la Bretagne ? Les « zadistes » écolos qui font école pour bloquer toute atteinte aux grenouilles des marais ? Ailleurs ? N'importe où ? Veillez aux étincelles…

4- Les marchés financiers. C'est bien entendu la thèse de beaucoup. La France sans réforme, la France des déficits qui glissent, des promesses toujours démenties, la France bloquée joue avec un autre feu : celui de ses taux d'intérêt. Quand la Fed américaine va relever les siens, la planète financière sera entièrement secouée et nul ne peut en prédire les conséquences. Même si la BCE se met à racheter des dettes des Etats, comme prévu au printemps 2015, elle ne pourra pas empêcher le « spread » entre France et Allemagne de s'écarter et le coût des emprunts de s'alourdir de plusieurs milliards. Il faudra immédiatement couper dans les dépenses d'autant, mais le risque sera gros de s'engager dans la spirale qui a mené l'Italie ou l'Espagne vers le gouffre, en 2010. Ce serait le début de « la crise française » et, regardez en Russie, tout se passe alors très vite, la crédibilité de la France peut aller au tapis en quelques jours et le gouvernement avec.

5- Dernier scénario, qui commence à prendre corps, curieusement, dans les milieux économiques: une victoire de Marine Le Pen. Ce serait le moyen de « lever l'hypothèque ». Comme elle mettrait la France à genoux, par dévaluations massives et nationalisations de force, elle ne tiendrait pas six mois. Le paysage politique pourrait enfin se reconstruire autour des réformistes de gauche et de droite.

Le « çavapétisme » est une forme de dernier espoir. Du chaos renaîtra une France redevenue normale, ayant enfin décidé d'épouser son époque et de se remettre en avant. Mais il est bien triste d'en arriver à souhaiter la crise. Le pays n'a-t-il plus assez de forces, d'atouts, de responsables courageux, pour s'éviter une catharsis ?

http://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0204026278458-le-declinisme-debouche-sur-le-cavapetisme-1076628.php

BA 18/12/2014 10:00

Jeudi 18 décembre 2014 :

Comment l’effondrement financier de la Russie va contaminer l’Europe.

http://www.atlantico.fr/decryptage/comment-effondrement-financier-russie-va-contaminer-europe-atlantico-business-jean-marc-sylvestre-1911796.html

BA 17/12/2014 08:38

Mercredi 17 décembre 2014 :

Le spectre d'un risque systémique éloigne Wall Street des 18.000 points.

Wall Street se voyait déjà début décembre conquérir le Graal des 18.000 points mais la chute de l'or noir fait planer l'ombre d'un risque systémique sur des marchés américains angoissés par la perspective d'avoir trop misé sur l'énergie.

http://www.romandie.com/news/Le-spectre-dun-risque-systemique-eloigne-Wall-Street-des-18000-points/546884.rom

Hadrien 16/12/2014 18:31

Le même renversement, avec les mêmes dichotomies, s'observe à propos d'un autre évènement:

LA CHINE, SOUDAINEMENT RESPECTABLE…

Décidément, il semble bien qu’on ne prête qu’aux riches: depuis que la Chine a gagné ses galons de nouveau banquier de la planète et a permis en outre aux grands groupes de venir exploiter sur place ses gisements de sueur humaine pour pas cher, rien n’est trop beau pour chanter ses louanges. A-t-on remarqué que le nom de son régime « communiste », autrefois honni, n’est même plus prononcé et encore moins discuté ?
C’est curieux, il était autrefois question du « péril jaune » qui nous menaçait, alors que Mao n’avait à offrir que le rêve utopique de ses hauts-fourneaux de campagne, et l’on respectait en revanche la puissance montante de l’URSS malgré la guerre froide, au point d’envisager son dépassement prochain du PIB américain.
Aujourd’hui, c’est la Chine qui réalise cette performance dans sa foulée, avec tout ce que cela comporte de bouleversement géopolitique à venir, et c’est la Russie du dégel que l’on pointe du doigt pour avoir osé, la malotrue, regimber à ce qu’on lui enlève le joyau de son berceau historique ukrainien, après la perte de sa sphère d’influence européenne acquise par sa lutte contre Hitler et que l’UE lui a arrachée dès l’abandon par Gorbatchev du mur de Berlin.

On pourrait presque faire la filmographie de cette évolution à travers les aventures, ô combien allégoriques, du très représentatif agent secret occidental 007, telles qu’elles furent portées à l’écran:
Ainsi, en pleine guerre froide, dès son premier film sorti le même mois que la crise de Cuba, « James Bond » affronte paradoxalement le redoutable chinois Dr NO ! Dans le second, « Bons baisers de Russie », 007 a certes affaire aux services soviétiques mais pour mieux combattre la même mystérieuse organisation (SPECTRE) à propos d’une machine à déchiffrer les messages. Dans le troisième, « Goldfinger », les chinois font une apparition en nombre aussi inattendue que menaçante… en Suisse, à défaut de leader bien identifié.
Quelle différence de traitement, trente ans plus tard, avec le 18ème opus de la série « Demain ne meurt jamais », sorti en 1997, où le célèbre agent britannique fait carrément équipe avec la ravissante « colonelle » Wai Lin, issue des services de renseignement chinois, pour combattre un magnat de la presse occidentale et sa propension à créer faussement l’évènement…
C’est le monde à l’envers !
Il est vrai que 1997 est l’année de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine dont le PIB avait, dans l’entre-temps dépassé celui du Royaume-Uni. Sans compter que le film n’est plus sous production britannique, mais américano-britannique, avec la MGM à sa tête.
Conclusion: À Hollywood comme aux Pinewood Studios londoniens, selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements du… script vont rendront blanc ou jaune, ou inversement !

Mais la devise néolibérale reste pour certains:
ON N’ARROSE QUE LÀ OÙ C’EST MOUILLÉ !

Le signe des temps sur la nouvelle puissance chinoise, c’est donc bien ce « virage de cuti » aussi diplomatique que peut l’être le profil bas des autorités chinoises devant l’évènement: le PIB (-PPA) de la Chine vient de passer en tête de la planète !
Mais, dès l’annonce, on a vu ici et surtout lu un tir de barrage en faux-semblant de deux provenances:
- les incrédules irrécupérables, pour qui le leadership économique de la planète ne saurait échapper à l’homme blanc, anglo-saxon de préférence (Whasp), et à l’économie néolibérale que ne saurait détrôner le dirigisme, par définition.
- des professionnels plus madrés, au premier rang desquels les banquiers, que le développement accéléré de la Chine attire comme le miel attire les mouches, mais qui ont toutes les raisons de garder leurs intentions pour eux.
On ne sait trop à quelle catégorie appartient le banquier-blogueur Georges Ugeux, dont « la finance démystifiée » a ordinairement pour but de mystifier si ouvertement le lecteur que son blog ne saurait passer inaperçu (mais peut-être s’agit-il d’un banquier-blagueur ?). Car son dernier billet (link to finance.blog.lemonde.fr) mélange l’incrédulité à la fausse technicité propre à égarer le profane, sans oublier au passage l’inévitable coup de pied de l’âne adressée à la France, ce dont il s’est fait une spécialité…
Voyons comment la chose nous est présentée par l’auteur:
- « Ces derniers jours, certaines déclarations et medias, probablement alertes par des informateurs peu compétents ont annoncé que l’économie chinoise avait dépassé celle des Etats-Unis. Comme tout ce qui diminue les États-Unis alimente l’anti-américanisme primaire gallique, il y avait même une pointe de satisfaction dans certains commentaires. Hélas, les statistiques du PIB sont complexes. »
- « Si l’on veut savoir ce que ce PIB crée comme pouvoir d’achat dans le pays concerné, on doit introduire les coûts… Vous avez compris: les prix en Chine étant beaucoup plus bas qu’aux Etats-Unis, le pouvoir d’achat est plus élevé en Chine. Ceci suppose que 100% du PIB sert exclusivement à la consommation intérieure, ce qui n’est pas le cas. »

On notera au passage que les « organismes internationaux qui publient ces statistiques et au premier chef le FMI et la Banque Mondiale »
sont qualifiés d’ « informateurs incompétents » pour avoir fait les calculs qui s’imposent:
1/ Les PIB comparatifs des nations du monde sont issus des statistiques nationales, après application du taux de change en une monnaie unique de référence choisie (la plupart du temps, le dollar).
2/ Les statistiques de production en monnaie nationale, dans un pays comme la Chine ou la majorité des habitants vit encore dans les campagnes, ou des villes éloignées de l’occidentalisation, sont évidemment sans rapport avec les prix internationaux.
3/ Pour la production nationale consommée sur place, on voit mal comment on pourrait considérer que le kilo de riz chinois qui nourrit son homme sur place vaut moins que le kilo de riz étiqueté « Uncle Ben » à la Nouvelle -Orléans, surtout quand on sait que le second peut avoir le premier comme source d’approvisionnement.
4/ Pour la production nationale exportée, 70% des exports chinois (selon Bernard Maris) sont assurés par des sociétés étrangères. C’est le cas de maintes industries occidentales délocalisées, mais aussi de négociants s’approvisionnant en Chine à très bon marché (artisanat, alimentaire, etc.). Dans les deux cas, le « produit intérieur brut » est au prix de revient avant son départ de Chine. Ainsi, des chaussures Nike commercialisées ici une centaine d’euros sont fabriquées en Chine pour quelques euros et en partent à moins de 15 euros tout compris, du foie gras chinois est acheté au fermier national pour moins de dix fois le prix français, etc.

Il est clair que si « Production brute » a un sens en termes de puissance économique, c’est bien en volume offert à la consommation et non en yuan sous-évalué par le change !
Or, c’est curieux comme, tout à coup, les partisans acharnés de « l’économie de l’offre » ne sont plus d’accord pour compter les choses ainsi… C’est que les dits partisans, surtout du Medef, ont en tête précisément la culbute conséquente que permet allègrement l’approvisionnement ou la délocalisation en Chine: lorsqu’il s’agit de fustiger les cotisations sociales, taxes et autres inconvénients chez nous, c’est en fait pour réclamer chez nous les mêmes rémunérations qu’en pays émergent… Sinon, hurlent-ils, nous ne sommes pas compétitifs avec ceux qui ont déjà adopté avec empressement ces injonctions darwiniennes !
Il y a pourtant belle lurette que l’on sait combien la commercialisation, par nos circuits de distribution, des marchandises d’origine chinoise ou autres pays émergents, rapportent beaucoup plus à notre PIB qu’au PIB du pays fabricant d’origine… Ce qui a pour conséquence de favoriser chez nous la prolifération de commerciaux et de vendeuses au détriment d’ingénieurs et d’ouvriers. Et certains se demandent encore pourquoi cette désindustrialisation de l’Occident depuis 1980…?

Rétablir un minimum de vérité dans les comptes comme le font les « organismes internationaux » sus-cités, ce n’est pas seulement un juste compte, c’est aussi nous avertir à temps de ce qui nous réserve le néolibéralisme comme “grand bond en arrière”, selon l’heureuse expression de Serge Halimi !
Car les chinois n’ont nulle intention d’attirer eux-mêmes notre attention sur ce qui nous attend: après avoir utilisé nos propres circuits commerciaux et financiers pour s’introduire et abattre toute concurrence productive, il leur sera encore plus aisé de faire de même avec les non-productifs que sont ces commerciaux et financiers, dont ils regorgent à domicile: dans toute l’Asie, ne dit-on pas du commerce que le chinois y règne en maître, et de la finance que « là où le chinois passe, le juif trépasse » ?

LA GRANDE GUERRE FINANCIÈRE À VENIR

À cet égard, le livre de Hongbing Song (« La guerre des monnaies – La Chine et le nouvel ordre mondial ») nous en convaincrait s’il en était besoin. L’auteur, qui fut consultant de haut niveau dans la finance américaine, se trouvait aux premières loges pour observer la cupidité sans bornes de cette haute finance dont Goldman-Sachs n’est que la part actuellement la plus visible de l’iceberg des Rothschild, Rockfeller et quelques autres, qui tiennent leur puissance du « Federal Reserve Act » de décembre 1913, il y a cent ans.
Il a voulu en alerter les autorités chinoises dans un livre publié en mai 2007 et devenu un best-seller absolu qui alimente toujours les discussions en Chine… jusque dans les rangs les plus élevés du pouvoir.
Quelques extraits des dernières pages suffisent à mesurer l’ampleur du défi :
« Le contrôle de l’émission de la monnaie est la forme la plus élevée de monopole ! En Chine, l’émission de la monnaie est originellement contrôlée par l’État, c’est la seule façon de garantir l’équité fondamentale de la structure sociale. Lorsque les banques à capitaux étrangers entrent en Chine, l’émission monétaire chinoise se trouve en danger.
Les deux objectifs stratégiques fondamentaux des banquiers internationaux en Chine sont de contrôler l’émission de sa devise et d’organiser la désintégration contrôlée de son économie. La mise sur pied d’une économie mondiale et d’un gouvernement supra-national dirigé par l’axe Londres / Wall Street suprimera le dernier obstacle aux rêves de contrôle absolu des banquiers internationaux. Tout le monde sait que le monopole de l’offre d’une marchandise permet de réaliser des bénéfices maximums. Et la monnaie est une marchandise dont tout le monde a besin. Si quelqu’un peut monopoliser la création monétaire d’un pays, ses profits deviennent illimités. C’est dans ce sens que les banquiers internationaux se creusent la cervelle depuis des centaines d’années. Leur plus grand rêve est de mettre la main sur le monopole de l’émission monétaire dans le monde entier…
La priorité pour la Chine est de réfléchir à la stratégie qui lui confèrera le pouvoir d’initiative dans la guerre financière internationale à venir, de sorte à parvenir à un statut hégémonique monétaire dans un système post-dollar.
Qu’elle en soit consciente ou non, qu’elle soit prête ou pas, la Chine se trouve déjà en pleine guerre des monnaies non déclarée. Ce n’est qu’en décryptant le plus précisément possible les intentions, les objectifs et l’orientation des banquiers internationaux qu’il sera possible d’élaborer des stratégies efficaces adaptées…
La souveraineté monétaire est l’un des droits fondamentaux inaliénables de tous les pays indépendants. Elle leur permet d’établir une politique d’émission monétaire en conformité avec leur situation d’ensemble et leurs besoins propres. La souveraineté monétaire doit être au dessus de tous les facteurs extérieurs, y compris les usages internationaux et les pressions politiques. La souveraineté monétaire ne doit servir qu’aux intérêts fondamentaux du peuple. »

Hadrien 16/12/2014 18:20

Il est bon d'avoir annoncé la couleur ainsi:
"Une littérature abondante se focalise aujourd’hui sur le prix du pétrole : Certains voyant les avantages d’une baisse et d’autres, les inconvénients."

Voilà bien, en effet, l'inconséquence des économistes, tout au moins ceux chargés d'alimenter nos médias:
Autrefois, quand le dollar montait, c'était pour déprécier les monnaies européennes... Et quand il baissait, c'était pour rendre nos industries non-compétitives !
De même, le premier choc pétrolier fut rendu responsable de la fin des Trente Glorieuses, et chacun des suivants de l'affaiblissement de la croissance.
Aujourd'hui qu'il baisse un tant soit peu, voila donc responsable des mêmes effets... la cause inverse !
De qui se moque-t-on ?

La cause de tout cela n'est-elle pas plutôt "l'exubérance irrationnelle" des marchés qui, gavés de liquidités, sur-réagissent à l'évènement comme ce fut déjà le cas de la bulle Internet créée à propos de la "e-society" ?

BA 16/12/2014 11:17

Mardi 16 décembre 2014 :

L'économiste Jean-Marc Sylvestre écrit :

La probabilité d’une crise majeure se renforce de jour en jour.

Entre la Grèce et le marché obligataire, la montée du populisme et l’explosion de la majorité de gauche, la France voit se rapprocher à vitesse grand V un risque de crise majeure.

Les spécialistes des marchés et les politologues sont pour une fois d’accord. Le risque d’une crise grave pour le printemps de l’année prochaine se renforce en Europe et en France. Peut-être avant. Nous courons trois risques de crise à la fois.

1- Premier risque de crise : une crise financière à l’intérieur de la zone euro. La zone euro ne fera pas de miracles si la majorité politique en Grèce tourne le dos aux engagements de redressement. Le prochain gouvernement s'assiera sur ses obligations budgétaires et, du même coup, il oubliera la moitié de ses créanciers. Or, les créanciers de la Grèce, ce sont les épargnants grecs. Mais les dettes grecques ont été surtout financées par des banques européennes ainsi que par le budget communautaire. Si la Grèce refuse d’honorer ses engagements, elle met à mal l’équilibre de la zone euro, comme en 2011.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui la Grèce n’est pas le seul maillon faible de la zone euro. L’autre maillon faible, c’est évidement la France qui ne remplit pas ses engagements budgétaires et qui tire aussi sur le crédit de l’Europe.

La chute d’un des pays de la zone euro, ou même l’éclatement de la zone euro, entrainerait l’effondrement économique de l’Europe du Sud, dont la France, qui ne tiennent aujourd’hui que par la solidarité européenne et par la force des pays de l’Europe du Nord.

2- Deuxième risque de crise : une crise obligataire liée à la hausse des taux d’intérêt. Cette fragilité de la zone euro est aggravée aujourd’hui par le risque d’une remontée des taux d’intérêt. Tous ces pays ont été perfusés avec de l’argent à coût nul ou presque, compte tenu des excès de liquidités.

Ces excès de liquidités ont perturbé tous les systèmes économiques en les exonérant de prendre en compte la gestion des risques. Un taux zéro agit comme de la morphine et, contrairement à ce que l’on croit, cela n’encourage pas l’investissement puisque ça ne promet aucun rendement. C’est vrai dans tous les pays en Europe et au Japon, qui est en dépression depuis 15 ans en dépit d’une overdose de liquidités. C’est moins vrai aux USA et en Grande Bretagne, où l’effet de richesse lié au renchérissement des actifs dope un peu les machines économiques mais sont souvent guettées par les bulles.

Toujours est-il que beaucoup de banques centrales ont annoncé un changement de politique monétaire qui se traduira par une remontée des taux et une raréfaction de la création monétaire.

Le plus spectaculaire changement se prépare au Japon où le premier ministre a annoncé qu'il fallait désormais changer d’attitude et s’attaquer aux structures et à l’offre des entreprises. Enfin, la baisse du prix du pétrole va commencer à gêner les pays pétroliers et assèche leurs fonds souverains. Tout cela, c’est de la liquidité en moins. La banque européenne, si généreuse soit-elle, ne pourra pas compenser le tarissement des flux orientés vers les pays où les taux sont plus importants. Toujours est-il qu'une hausse des taux d’intérêt aurait des effets catastrophiques sur le financement des États européens les plus endettés.

3- Troisième risque de crise : une crise politique. L’effondrement de la majorité actuelle entrainerait de fait un changement de gouvernement. Le retour d’une gauche dure stopperait les apparences de réformes et nous fermerait la porte des marchés financiers. L’hypothèse d’une dissolution rendrait la France ingouvernable, avec une droite républicaine incapable de proposer un projet alternatif qui serait compatible avec les obligations européennes et un Front National qui sortirait en situation de tout bloquer. Dans tous les cas de figure, les marchés se bloquent.

Certains peuvent toujours dire qu'ils s’en fichent. Sauf qu’ils n’expliquent pas comment ils financent le fonctionnement de l’appareil d’État et les retraites. Dans tous les pays du monde, il n’y a que deux moyens pour financer cela : l’impôt ou l’épargne.

Il n’y a pas un seul "irresponsable politique" qui serait capable de nous expliquer comment on fait, dans une démocratie, pour vivre ensemble sans les impôts de ceux qui travaillent où l’épargne du plus grand nombre. Ni Jean-Luc Mélenchon, ni Marine Le Pen n’ont d’explications et de solutions.

http://www.atlantico.fr/decryptage/probabilite-crise-majeure-se-renforce-jour-en-jour-atlantico-business-jean-marc-sylvestre-1907397.html

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