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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 16:11

En étant devenu le premier producteur mondial de pétrole en 2015 les USA ont considérablement et durablement modifié le rapport des forces au sein du marché.

Cette modification doit s’appréhender en termes d’élasticité de l’offre.

Jusqu’au milieu de la précédente décennie, l’offre était  inélastique d’où des raisonnements en termes de « peak-oil » ou des prévisions très pessimistes en raison d’une évolution considérable des prix (jusqu’à 250 dollars le baril de brut)

En dépassant les 10 Millions de barils/jours les USA ont – toutes choses égales par ailleurs-  restauré une élasticité bloquant toute hausse sérieuse des prix pour l’avenir. Et de ce point de vue ils ont trouvé chez leurs concurrents des alliés objectifs faisant des petits pétroliers américains les vrais faiseurs du prix du brut. Et ces concurrents sont devenus des « alliés objectifs » parce que tout simplement enfermés dans un espace sans stratégie de sortie possible. C’est que nous allons essayer de montrer.

Quels sont les stratégies possibles pour les autres offreurs ? Il y en a théoriquement 2.

Le scénario de la construction d’un cartel élargi.

Il s’agit ici, au-delà de l’OPEP, de rassembler des Pays aux fins de limiter l’offre mondiale et d’obtenir une hausse des prix. Cela passe bien sûr par un accord avec la Russie. Théoriquement il s’agirait de réduire de moins de 3 millions de barils/jour les productions non américaines de pétrole, ce qui permettrait d’assurer un volume de production (97 ,5Mb/j) approximativement égal à la consommation mondiale (environ 95 Mb/j).

Les pays rassemblés dans un tel cartel feraient de ce dernier un espace fort hétérogène.

La Russie est bien évidemment favorable en raison de ses coûts de production extrêmement élevés sur nombre de gisements notamment arctiques.

L’Arabie saoudite est dans une position beaucoup plus schizophrène : Des prix élevés permettent de supprimer les nouveaux et très importants déficits budgétaires, par contre ces mêmes  prix élevés favorisent le développement d’énergies de substitution pouvant déboucher sur une perte de capital gigantesque, à savoir les réserves (sous terre) elles- mêmes gigantesques qui seraient victimes d’obsolescence. Allant dans le même sens, des prix élevés favorisent aussi un compétiteur ennemi : l’IRAN dont il faut limiter une rente pétrolière menaçante.

Les autres pays sont dans une situation beaucoup plus difficile et il y aurait à comparer la perte de recettes due à une diminution de l’offre avec leur augmentation due au relèvement du prix. Les pays à forte rente comme l’Algérie - donc à coût très faible-  peuvent voir dans une limitation de l’offre un avantage….quitte à ne pas le respecter et à se comporter comme passager clandestin….gagnant sur les 2 tableaux.

L’idée de cartel élargi n’est donc pas évidente. Mais surtout l’élasticité de l’offre ferait que désormais toute tendance à la hausse des prix résultant d’une cartellisation serait combattue par une offre américaine venant presqu’immédiatement compenser la réduction de l’offre du cartel élargi.

Le bilan du scénario de construction d’un cartel élargi est donc très mince : non seulement l’hypothèse nous fait plutôt aboutir au « dilemme du prisonnier », mais un aboutissement accéléré de son résultat par le comportement de la multitude des petits producteurs américains, soucieux d’accroître leur offre aux premiers frémissements d’une hausse des prix. L’élasticité forte bloque toute stratégie de renouveau d’un cartel pétrolier, ce qui nous achemine vers un autre scénario….

Le scénario de l’impossible reconstruction d’un Cartel.

Dans ce cas les prix se maintiennent à un bas niveau.

Les conséquences sont les suivantes :

- La Russie voit ses difficultés s’accroître : le budget de l’Etat n’est rééquilibré que par la baisse parallèle du Rouble. Les dettes libellées en devises ne font que s’alourdir, et les réserves exprimées en actifs étrangers diminuent.

- L’Arabie Saoudite protège son capital sous terre et tient à distance l’ennemi Iranien, mais son déficit budgétaire s’accroit, ce qui oblige tôt ou tard à vendre le stock d’actifs qui constituait son fonds de réserve.

- Les autres pays sont dans une situation difficile avec des déficits budgétaires qui deviennent partout massifs et qui partout entrainent des ponctions sur les actifs stockés.

- Les petits producteurs américains connaissent une aggravation  des difficultés financières avec l’impossible remboursement de fonds  gagés sur les recettes.

Globalement, il en résulte des transferts de richesse à l’échelle de la planète, avec effets positifs ici et effets négatifs là. Ce transfert n’est pourtant pas un jeu à somme nulle pour la finance : les ventes massives d’actifs en dépriment les cours lesquels, ne peuvent être maintenus que par l’orgie des QE des banques centrales. C’est dire que la qualité des bilans des institutions financières n’est maintenue que par des moyens complètement artificiels.

Ce scénario est de loin le plus probable puisque celui du cartel élargi ne semble pas être une alternative possible.

Il faut donc en déduire que la libre concurrence des petits producteurs américains ne permet pas de mettre un coup d’arrêt à  l’affaissement de la puissance des Etats-Unis. C’est la raison pour laquelle nous pensons - toutes choses égales par ailleurs -  que le gouvernement fédéral viendra rapidement taxer les importations afin de :

1) protéger l’indépendance énergétique des USA,

2) maintenir durablement l’affaissement de la rente pétrolière des concurrents et donc le « containment »  de leur puissance.

Cela passe par des prix stabilisés…. une stabilisation jadis inventée, à la fin du 19 siècle, par Rockefeller avec ses célèbres « posted prices »….l'histoire cintinue...

 

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans textes de portée générale
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commentaires

RD 09/02/2016 22:50

Il me semble que tout dépend de l'horizon temporel. A court terme, trop d'éléments géopolitiques notamment empêchent les acteurs du Golfe et la Russie de bouger car il semble que la Russie (et la Chine) mettent la pression sur l'Arabie Saoudite afin de "la faire passer" si ce n'est dans le camp des BRICS au moins accepter la paiement non exclusivement en dollars US.
Par ailleurs, les petits producteurs américains seront soutenus par le cartel financier US mais cela ne pourra durer éternellement même si je pense que les pertes seront en majeure partie prise par la FED (QE étendu à des titres autres que Fannie Mae etc).
Je note par ailleurs que la production US compte tenu des chiffres de forages en 2015 et 2016 si cela continue comme cela baissera encore d'au moins 500 000 voire 1 millions de barils jour :
https://srsroccoreport.com/collapse-of-u-s-shale-oil-production-has-begun/
Si la demande ne s'effondre pas, et malgré la hausse de la production iranienne et irakienne, le surplus de pétrole ne concernera pas plus de 3 millions de barils/jour. A ce moment là tout le monde aura intérêt à réduire y compris la Russie, Norvège, Brésil, Mexique, Venezuela et même certaines compagnies privées comme en 1999 si je ne m'abuse car une réduction de production de 5% permettra de faire remonter le baril de 50%.
Le but sera sans doute de faire remonter le pétrole à 40/50, seuil où la production de schiste sera disons "contenue" ainsi que les renouvelables, permettant d'assainir certains budgets, valorisations d'actifs, sans pour autant heurter trop les consommateurs dont Chine.
A long terme, les pétroles conventionnels ayant atteints leur pic en 2005, et compte tenu des réductions drastiques d'investissement en cours et à venir, une crise pourrait se produire au début de la prochaine décennie, à moins que de nouvelles technologies voient le jour, mais là mystère !

BA 09/02/2016 09:22

Il n'y a pas que la bulle boursière dans la vie.

Il n'y a pas que la bulle bancaire.

Il n'y a pas que la bulle chinoise.

Il n'y a pas que la bulle immobilière.

Il n'y a pas que la bulle de l'extraction pétrolière.

Il n'y a pas que la bulle de l'art contemporain.

Il n'y a pas que la bulle du secteur de l'acier.

Il y a aussi la bulle obligataire.

Lundi 8 février 2016, la France a lancé trois emprunts sur les marchés internationaux. Résultat :

Quand la France lance un emprunt à 3 mois, le taux d'intérêt est de – 0,359 %.

Autrement dit : les investisseurs perdent de l'argent en prêtant de l'argent à la France ! C'est la France qui gagne de l'argent quand elle emprunte !

Quand la France lance un emprunt à 6 mois, le taux d'intérêt est de – 0,376 %.

Quand la France lance un emprunt à 1 an, le taux d'intérêt est de – 0,426 %.

La France s'endette depuis fin août 2014 à des taux négatifs sur des échéances de court terme, ce qui signifie que les investisseurs, qui cherchent à tout prix des placements sûrs, perdent de l'argent en prêtant à la France, pour qui emprunter sur ces échéances devient rémunérateur.

http://www.romandie.com/news/Bonds-la-France-a-emprunte-6781-mrd-EUR-a-court-terme-lundi/674517.rom

Mardi 9 février 2016 :

Japon : taux négatif des obligations d'Etat à 10 ans, du jamais vu.

http://www.romandie.com/news/Japon-taux-negatif-des-obligations-dEtat-a-10-ans-du-jamais-vu/674639.rom

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