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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 15:16
Kindle Edition, 2016, 448 pages.

Kindle Edition, 2016, 448 pages.

L’euro ou la bataille des idées

Un nouveau livre sur l’euro vient d’être publié par 2 universitaires de la London School of Economics , (Markus K Brunnermeier et Harold Jame) et un ancien haut fonctionnaire français qui fut aussi second sous gouverneur de la banque de France  (Jean Pierre landau).

Son mérite est d’explique la gestion des crises successives de la monnaie unique à partir d’une opposition idéologique fondamentale entre l’Allemagne et la France. Les auteurs resituent bien les clés fondamentales de cette opposition, le respect ou la dictature des règles d’un côté et le pouvoir discrétionnaire du politique de l’autre. Avec toutes ses conséquences sur les pratiques concrètes de la gestion : le principe de responsabilité avec la question de l’aléa moral , le « no bail out clause » et le souci de la solvabilité de long terme, d’un côté ; et de l’autre, le principe de solidarité , avec ses conséquences sur l’aléa moral, le possible « bail out » et l’idée que le vrai risque est celui de l’illiquidité. Les pays du sud et en particulier la Grèce auraient été victimes de cette opposition avec l’autorisation d’une survie sans avenir dans la zone euro[1].

Il est bon de rappeler cette opposition doctrinale fondamentale. Il eut été plus satisfaisant d’aller plus loin dans l’explication en rappelant aussi que l’univers de la règle intangible était fondamentale pour accoucher sans trop de difficultés des traités de Westphalie[2] et de leur application convenable dans un monde fort complexe – celui des allemands de l’époque - exigeant le partage strict des responsabilités entre un centre et des Etats membres. Une posture de responsabilité que l’Allemagne d’aujourd’hui aimerait imposer avec radicalité dans l’Europe d’aujourd’hui.

Il eut été aussi bon de préciser que ce qu’on appelle règle n’est qu’un contrat dont l’incomplétude est une donnée objective. Une règle parce que générale ne peut embrasser toute la richesse de l’histoire concrète de l’interaction sociale, et c’est la raison pour laquelle même les Traités, même les Constitutions se déployant dans l’incertitude radicale restent fondamentalement révisables.

Mais la critique la plus importante que l’on peut adresser à ce livre est qu’il oublie la logique des intérêts qui s’affrontent autour d’un prix désormais exclu du marché : le taux de change. L’Allemagne veut préserver l’euro dans son incomplétude car elle bénéficie d’un taux de change irréaliste. La France à l’inverse est victime d’un taux de change qui la  détruit et risquerait de la faire disparaitre, même en temps que puissance moyenne, si elle devait avec le pouvoir d’un nouveau président de la république se lancer dans le précipice de la dévaluation interne.

 

 

[1] Nous nous sommes intéressés à cette question à plusieurs reprises et notamment dans : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-regard-sur-les-banques-centrales-naissance-metamorphoses-essence-avenir-partie-1-117917128.html

[2] Ces traités signés le 24 octobre 1648 fixent les règles de fonctionnement de l’empire allemand et les règles internationales qui en découlent avec les autres signataires.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Etats et politiques
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commentaires

Steve 27/11/2016 15:44

@AbFab
je suis ravi de constater que vous aussi puissiez donner votre avis sur ce blog, ce qui fait que vos critères s'appliquent aussi à votre avis.
Quand au grand juriste, c'est un homme qui a été menacé pour avoir défendu les fondements de la démocratie en Allemagne et qui est régulièrement appelé en consultation par nombre de gouvernements mondiaux pour écrire leur droit. J'ajouterai qu'à chacune de ses interventions, les tenants de l'ordo-libéralisme essayent par tous les moyens de lui nuire. Je l'ai rencontré par hasard et nous avons sympathisé car c'est aussi un homme simple.
je tiens toute idéologie pour un scénario projeté sur la paroi d'une caverne de Platon. Et mon point de vue vis à vis de quelque idéologie que ce soit suit celui des scientifiques sur leurs théories : tant que l'on observe des faits conformes aux prédictions de la théorie, on la conserve, mais le jour où les faits contredisent la théorie, on la refond ou on la jette.
Ceux qui écartent les faits, pour ne pas toucher à leur idole idéale sont proches du camp des Hitler, Staline , Pol Pot et consorts.Car les crimes contre l'humanité commis au 20ème siècle l'ont tous été au nom de la défense d'une idéologie . je crois hélas que cela n'est pas fini, étant donné le fonctionnement du cerveau des hominides. Mais j'espère sincèrement que cela disparaîtra avant que l'espèce ne se soit détruite.
Brassens: Mourir pour des idées, l'idée est excellente! D'ailleurs j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eue!
Bonne Chance AbFab

Steve 27/11/2016 07:02

Bonjour
De mes discussions avec un grand juriste allemand, et farouche démocrate, j'ai retenu que les Allemands sont attachés au respect des règles à cause d' Hitler, qui a représenté, pour eux, la prééminence du politique....Les "accommodations" des politiques français avec tout type de loi ou de règlement qui pourrait limiter leur bon plaisir ou la mise en oeuvre de leurs fantasmes idéologiques les hérissent au plus haut point, tant ils considèrent cela comme un danger majeur pour la démocratie.F. Fillon aurait dit que la Russie n'a jamais connu la démocratie, mais la France non plus, aussi est -il normal qu'ils craignent les aventures douteuses. Que cette défiance les conduise vers une trop grande intransigeance, et surtout quand cela les avantage financièrement et commercialement, ne devrait pas nous surprendre. Un peu plus de démocratie et de rigueur chez nous les aiderait peut être à s'assouplir...
Cordialement

AbsolumentFabuleux 27/11/2016 15:12

Le fameux respect des règles avec Hitler ou même la crainte de l'hyper inflation après la première guerre mondiale font partie du story telling habituel qui ne nécessite pas particulièrement de parler avec un "grand homme" en particulier pour être connu : nul besoin de se faire mousser pour être au courant de ces petites histoires communes et rabâchées. Le qualificatif de grand juriste est donné par qui d'ailleurs ? . Quand aux affirmations de la mise en œuvre de fantasmes idéologiques des politiques français... Auraient il chacun leur propre idéologie personnelle ? Ou ce qui ne correspond pas à l'ordolibéralisme est il par défaut une idéologie pour vous ? Car les traités ne sont pas neutres contrairement à ce qui ressort en sous jacent de votre discours ( et au mépris du cadre général de ce blog d'ailleurs…) et correspondent à cet ordolibéralisme. Après vous pouvez toujours croire que parce que les politiques français vont se plier à cet ordolibéralisme, il y a une chance de l'assouplir mais cela ne relève d'aucune logique. Si tout le monde est convertit à l'ordolibéralisme, plus personne ne demandera son assouplissement puisque tout le monde sera dans sa bulle idéologique ordo libérale et convaincu de sa supériorité dans son entière application. Quand à votre affirmation que la France n'a pas connue la démocratie cela souligne au final la « qualité » de votre intervention et l'éclaircit sans les jugements péremptoires distillés et donnés en fonction de votre propre idéologie.
Ce qui m'épate toujours ce sont les personnes qui donne leur avis sur un blog sans se préoccuper du contenu de celui-ci ou alors sans avoir les capacités de le comprendre. Il faut qu'il balance leurs convictions qui ne bougent pas d'un iota depuis des années et que 'on pourra retrouver intacts dans plusieurs années. Peu importe le réel pour eux, ce sera toujours le même discours.

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