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8 décembre 2017 5 08 /12 /décembre /2017 13:11

La monnaie unique peut-elle assurer le bien vivre ensemble au sein de nations structurellement diverses ? Cette question est la même que celle de l’ingénieur spécialiste des voies navigables qui réfléchit à la possibilité d’assurer dans le cadre d’un relief accidenté une navigation sans écluses… C’est ce que nous allons essayer de montrer.

Plan de l'intervention:

-La banalité d’un avant -euro.

-Tous sur le même canal

-Fin des écluses et navigation dangereuse

-La dette ou le renflouement par l’artifice des pompes

-Première pompe : acheter des marchandises allemandes avec du crédit bancaire

-Deuxième pompe : acheter des marchandises allemandes avec du déficit public

-Troisième pompe : acheter des marchandises allemandes avec les largesses de la BCE

-Des pompes : peut-être, mais… ; des transferts politiquement décidés : assurément jamais.

L’Allemagne schizophrène et autoritaire

-Vers l’extériorisation de la schizophrénie ?

La banalité d’un avant-euro

Les  nations qui s’acheminent vers l’ euro à la fin du siècle précédent sont, au regard d’une multitude de critères, très différentes : taille, forme d’Etat, systèmes politiques, fiscalité, administration, tradition culturelle, régime démographique, niveaux de formation, structures économiques, niveaux de développement, poids de l’internationalisation, systèmes monétaires et financiers, importance des avoirs et dettes vis à vis de l’étranger, inflation, croissance et gains de productivité, investissements en RD, etc. Et sans doute la productivité et son évolution sont de bons indicateurs de l’identité de ces passagers qui s’apprêtent à choisir la monnaie unique.

La mise en contact économique de mondes différents générait traditionnellement 2 prix fondamentaux : le taux de change et le taux de l’intérêt, le second étant lié au premier[1]. Ces deux prix sont ainsi les pièces permettant l’articulation -telle celle de deux portes d’écluse permettant la mise en contact entre deux biefs d’un canal-  de mondes différents. Ces deux prix ne sont pas nécessairement des prix de marché et l’écluse peut-être politiquement organisée : liberté ou pas de la circulation des capitaux ? contrôle des changes ou pas ? droits de douanes ? quotas d’importations ? protection réglementaire et normative ? quelle politique monétaire ? quelle politique budgétaire ? Bref, il existait comme sur les canaux des équipements ou outils secondaires permettant le bon fonctionnement de l’écluse.

Tous sur  le même canal.

Avec l’euro, les écluses sont supprimées et tout le monde va devoir apprendre à vivre et circuler sur un canal non régulé… selon notre image, sans bief amont et sans bief aval : monnaie unique et taux de change définitif…c’est-à-dire éternel…même banque centrale et même politique monétaire, politique budgétaire imposée, libre circulation du capital, marché unique, etc.

 Fin des écluses et navigation dangereuse.

Les diversités fort banales de l’avant euro vont devenir des lieux de divergences croissantes, lesquelles sont empiriquement constatées : hausse de 33% de la production industrielle en Allemagne mais baisse partout ailleurs…. Comme si ce bief aval que devient l’Allemagne se trouvait inondée par son industrie et les biefs amont asséchés.  Les inégales productivités et leurs croissances inégales vont très vite faire naitre des problèmes que l’on cherchera à masquer.

Les deux prix fondamentaux (taux de l’intérêt et taux de change) – devenus des extériorités pour chaque nation- vont imprimer des chemins divergents. L’Allemagne ne risque plus de dévaluation compétitive vis-à-vis de ses partenaires et donc le secteur exportateur industriel peut davantage investir sans risques. Parce que les traditionnelles fragilités monétaires des voisins disparaissent les taux de l’intérêt peuvent baisser sur le reste de l’Europe, d’où l’opportunité de diminuer les couts sur les dettes publiques françaises, ou italienne et bien sûr grecque. D’où un crédit à la consommation moins onéreux assorti d’une monnaie solide et donc le développement d’une consommation jusqu’ici muselée par les deux prix susvisés.

Les inégales productivités se renforcent et vont de plus en plus justifier des spécialisations catastrophiques : dépendance de l’Allemagne vis-à-vis de son secteur exportateur, de la France vis-à-vis de son Etat Providence qui se gonfle sous les effets de la désindustrialisation, de l’Espagne vis-à-vis de son secteur immobilier qui se nourrit de taux bas, de la Grèce vis-à-vis de sa consommation rapidement croissante de marchandises qu’elle ne produira plus. Et à force de s’industrialiser d’un côté et de s’acheminer fort logiquement et fort rationnellement vers d’autres choix ailleurs (immobilier, consommation, fonction publique) la divergence entre les productivités ne fera que s’accroitre, accroissant du même coup les forces centrifuges et tendances à l’écartèlement. Ces choix fondamentaux ne peuvent que s’autorenforcer car l’efficience productive est le propre de l’industrie et beaucoup moins celle des services. Il en découle que logiquement l’Allemagne doit être de plus en plus riche et le sud de plus en plus pauvre. La fin des écluses inonde le bief aval et dessèche les biefs amont.

La dette ou le renflouement par l’artifice des pompes.

 Les exportations allemandes vers le reste de la zone et en particulier le sud, doivent être payées par des clients qui, eux, situés dans des zones qui ne disposent pas de ressources pour exporter vers l’Allemagne. Clairement, ils ne disposent pas des réels moyens de paiement nécessaires à leurs achats de produits allemands. C’est donc avec des revenus insuffisants que l’on va acheter les exportations allemandes. D’où l’idée de dette. Il n’y a de surplus net de l’Allemagne que parce qu’il y a déficit net du sud. En reprenant la métaphore du canal, la circulation dans les biefs amont (les pays du sud) ne peut reprendre que si l’on arrive à faire remonter- par exemple à l’aide d’une pompe-  de l’eau depuis le bief aval (l’Allemagne). 3 types de pompes furent successivement employées

Première pompe : Acheter les marchandises allemandes avec des crédits bancaires : Des banques du nord, allemandes ou non, qui s’installent directement ou indirectement dans le sud, peuvent prêter à des acheteurs du sud lesquels importeront des marchandises allemandes. Avec cet argent, les fournisseurs allemands pourront faire face à leurs charges, pourront investir, moderniser leur outil de production. Au-delà, ils pourront aussi se constituer une épargne qui, par exemple, s’investira dans des fonds de pension, pouvant eux -mêmes recycler l’épargne constituée dans des crédits aux banques du nord effectuant des prêts dans le sud. ….Le circuit est rétabli et  la pompe du système financier vient se substituer aux écluses disparues…

Deuxième pompe : Acheter les marchandises allemandes avec du déficit budgétaire : les Etats du sud qui se désindustrialisent embaucheront des fonctionnaires, se livreront à de lourdes dépenses au profit des citoyens lesquels -bardés de revenus non économiquement créés-  pourront continuer à alimenter le surplus allemand. La dette publique ainsi émise pourra être achetée par des fonds de pension allemands accueillant la nouvelle épargne allemande résultant de la croissance du surplus allemand. Et si le surplus allemand se pérennise et s’accroit vis-à-vis du sud, alors logiquement la dette du sud doit tout aussi logiquement augmenter. Bien sûr il pourrait être mis fin au surplus s’il existait une barrière aux exportations allemandes (droits de douane, quotas, dévaluation, contrôle des changes, etc.), mais chacun sait que ces barrières sont interdites par les Traités et n’ont aucun sens sous le règne de l’euro. Et bien sûr cette fin du surplus serait aussi la diminution de la dette…et de l’épargne allemande figurant sous la forme de titres financiers. …Dans notre image du canal dépourvu d’écluses, si l’on met en place une pompe ce n’est pas pour en réduire son efficience…La bonne circulation dans le canal malgré la fin des écluses passe par une pompe….

Troisième pompe : Acheter les marchandises allemandes avec les largesses de la Banque centrale européenne : Les choses peuvent encore devenir plus folles, et si les banques du sud commencent à voir que la dette devient trop importante et trop risquée, alors il serait bon d’assurer un minimum de sécurité en impliquant directement les banques centrales. Globalement, les banques centrales des pays dont les citoyens achètent le surplus allemand, vont financer les banques de leur Etat, voire l’Etat lui-même, ce qui signifiera qu’elles s’endettent auprès de la BCE…. dont le principal actionnaire est l’Etat allemand. Nous avons là toute l’inquiétude qui se manifesta à propos des soldes « TARGET2 ». ..Selon notre image si les premières pompes s’avèrent insuffisantes alors mettons en place une nouvelle beaucoup plus puissante….

Les allemands ne sont pas nécessairement dupes et se rendent compte - depuis longtemps- de la folie du dispositif. Un certain vivre ensemble ne peut se constituer en Allemagne (plein emploi) que sur la seule base d’un mercantilisme qui lui-même ne peut s’avérer que de plus en plus fragile et contestable. Le contrat social allemand ne peut fonctionner qu’avec les pompes qui rendent solvables les clients de l’industrie allemande.

Des pompes :..peut-être, mais… ; des transferts politiquement décidés: assurément jamais.

Le relatif contrat social allemand repose sur les exportations qu’il faut à tout prix maintenir, en contenant les salaires internes, en rétablissant un impérium sur le centre de l’Europe[2] , en maintenant un euro, gros pourvoyeur de compétitivité par son taux de change[3], etc. Mais en même temps les plus lucides savent aussi qu’il faut un impérium y compris au détriment des grands voisins en veillant à ce  qu’aucun transfert ne se manifeste, par exemple au profit de ce grand déficitaire qu’est la France. Que diraient les électeurs allemands si - déjà soumis à la rigueur salariale- devaient au-delà s’acquitter de taxes supplémentaires au profit d’européens du sud voire de certains pays situés plus au nord ?

C’est qu’il faut choisir entre dettes croissantes et transferts. Les pompes ne génèrent que de la dette …et pour l’Allemagne, des actifs ,certes de plus en plus douteux…, mais préférables à des transferts nets de richesse depuis des agents économiques allemands vers des agents étrangers. C’est la raison pour laquelle les allemands se méfient de plus en plus de la dette des clients qu’ils aimeraient voir s’amincir par les célèbres « réformes structurelles » ; mais pour autant ils ne sont pas prêts à des transferts venant compenser toute l’eau dont ils bénéficient depuis la disparition des écluses…

L’Allemagne schizophrène et autoritaire.

Aucun transfert, donc, chez tous les pays clients, des politiques restrictives…. qui, pourtant, réduisent le terrain de jeu du surplus potentiel qu’il faut néanmoins maintenir….On ne peut avoir l’ambition de n’être qu’une « grosse Suisse » quand il faut surveiller voire devenir  autoritaire vis-à-vis de ses voisins…Et cette surveillance et cet autoritarisme sont en même temps illogiques puisque le respect intégral des « règles du jeu »  transformerait les voisins en exportateurs nets…ce que l’on ne souhaite pas….On ne peut pas tous devenir exportateurs nets…..sauf si la contradiction , comme nous le verrons, est évacuée vers le reste du monde.

L’épargnant allemand ne peut, lui aussi, être dupe et commence à se rendre compte que son épargne accumulée sur le surplus ne vaudra plus rien si d’aventure les clients débiteurs se rendaient compte que la dette est tellement gigantesque que l’impérium devient un tigre de papier…Un jour, les exportations risqueront de ne plus être payées tandis que l’épargne se sera évaporée….

On peut comprendre les grandes tensions politiques plus ou moins souterraines en Allemagne: comment avoir un emploi correct et ne pas être concurrencé par des étrangers ? comment garantir une épargne qui nourrit les retraites ? comment maintenir le surplus ? comment ne pas redevenir une nation agressive et avoir tout le monde contre soi aux tables de négociations ?

Vers l’extériorisation de la schizophrénie ?

Le débat entre les écologistes et les autres partis est certes fondamental, mais plus fondamental encore est celui entre les tenants de l’orthodoxie (épargnants vieillissants et groupe des grands exportateurs) et ceux qui veulent trouver une voie médiane permettant de sauver ce qui peut encore l’être….en militant pour un fédéralisme…de très basse intensité au sein de l’UE.

Les premiers ( FDP ? CSU ? AFD ? autres ?) peuvent estimer, que le surplus est maintenant acquis bien davantage sur des exportations vers le reste du monde que sur des ventes à l’intérieur de la zone euro[4]. Il est donc possible de maintenir la rigueur chez les voisins de la zone afin de n’en point subir les risques - hausse des taux sur les dettes publiques par exemple et effondrements menant à la disparition de l’euro- et maintenir les positions acquises sur le reste du monde à l’abri d’un euro dévalué[5].

Les seconds ( CDU, SPD, écologistes ? autres?) peuvent penser que la situation devient intenable et qu’une voie médiane doit être trouvée. Cette solution serait aussi favorisée par un précaire retour à une croissance européenne tirée par les exportations non plus de la seule Allemagne mais aussi celle résultant de 5 années de dévaluation interne faisant de certains pays du sud de nouveaux compétiteurs. Il s’agit au fond de reporter les effets de la contradiction interne sur l’extérieur et obtenir un excédent collectif sur le reste du monde. Cette solution est pourtant précaire et ne peut correspondre à la construction d’une Europe sociale puisque les dévaluations internes ne sont pas coopératives et ne mettent pas fin au long processus de divergence.

Ce schéma qui extériorise partiellement la contradiction interne, et qui est le plus probable à l’heure où ces lignes sont écrites, ne permet aucune solution au problème de l’euro.

Son cours sera probablement trop élevé et mangera les bénéfices des dévaluations internes du sud, tout en avantageant les chaines de la valeur allemande se nourrissant de consommations intermédiaires fabriquées dans une Europe centrale extérieure à la zone. Globalement, l’effet taux de change des dévaluations sera neutre et les divergences seront maintenues. Il n’existe pas de solution à la désertification des biefs amont lorsque les écluses disparaissent.

 


[1] La relation entre ces deux prix et leurs liens avec la productivité, elle-même reliée à nombre de caractéristiques qui forment une nation concrète ont été étudié par une foule d’économistes parmi lesquels on pourra citer : Balassa, Samuelson, Rogoff, Genberg, Mundell, Fleming, Lucas, etc.

[2] Cet impérium est aujourd’hui tel que les pays de l’Est (Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Pologne,etc) ne sont que les fournisseurs de composants assemblés en Allemagne. Ces fournisseurs génèrent d’importants gains de productivité absorbés non par les salariés locaux mais transférés vers l’industrie allemande. Nous avons là tout le malaise de ces pays qui constatent que leur intégration à l’UE n’est pas faite que d’avantages.

[3] Chacun sait que la disparition de l’euro entrainerait une hausse considérable d’un Mark restauré.

[4] C’était en 2016, près de 60% du surplus extérieur qui se réalisait avec l’extérieur de la zone euro, soit plus de 155 milliards d’euros. Il y a 8 ans le surplus ne se montait qu’à 130 milliards et se trouvait acquis d’abord sur les échanges intra-zone euro.

[5] Selon Le FMI la sous-évaluation de l’euro au regard de l’Allemagne serait de 15%, tandis que la sur -évaluation de ce même euro au regard de la France serait de 11%.

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BA 20/12/2017 09:37

Offensive médiatique des fédéralistes européens.

En Espagne, les grands médias font une propagande ahurissante en faveur de Ciudadanos.

Ciudadanos est un parti politique espagnol, libéral, de centre-droite, partisan d'une Europe fédérale.

Ciudadanos est membre du « Parti de l'Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l'Europe ».

Connaissez-vous le « Parti de l'Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l'Europe » ?

C'est le grand parti politique européen, libéral, partisan d'une Europe fédérale, qui regroupe tous les partis de centre-droite d'Europe.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_de_l%27Alliance_des_lib%C3%A9raux_et_des_d%C3%A9mocrates_pour_l%27Europe

Cette scandaleuse propagande en faveur de Ciudadanos intervient au moment même où, en Allemagne, les fédéralistes européens discutent avec Angela Merkel.

En Allemagne, beaucoup de fédéralistes européens sont situés au centre-gauche, au sein du Parti social-démocrate.

Avant ses discussions avec Merkel, Schulz propose des « Etats-Unis d'Europe ».

Pendant un congrès très agité censé donner son feu vert à des discussions « ouvertes » avec la CDU d'Angela Merkel, le président du Parti social-démocrate a proposé de créer des « Etats-Unis d'Europe » en 2025.

Cela ressemble plus à une fuite qu'à un nouveau projet phare du Parti social-démocrate (SPD). Avant d'entamer des pourparlers pour éventuellement former un gouvernement avec Angela Merkel, son président Martin Schulz a proposé jeudi la création « d'Etats-Unis d'Europe » d'ici 2025. « Je veux qu'il y ait une constitution européenne qui crée une Europe fédérale, a-t-il déclaré lors du congrès de son parti en appelant la tenue d'une convention. »

https://www.lesechos.fr/monde/europe/030996196604-avant-ses-discussions-avec-merkel-schulz-propose-des-etats-unis-deurope-2136626.php

Cette offensive médiatique des fédéralistes est très importante.

Partout en Europe, les fédéralistes européens appellent à la création des « Etats-Unis d'Europe ».

Cette Europe fédérale, si elle voyait le jour, serait anti-sociale, anti-populaire, anti-démocratique.

Cette Europe fédérale serait le triomphe de la nouvelle aristocratie.

BA 16/12/2017 09:23

Cinq ministres sont millionnaires : Muriel Pénicaud, Nicolas Hulot, Françoise Nyssen, Edouard Philippe, Bruno Le Maire.

C'est la nouvelle aristocratie.

Depuis mai 1974, la nouvelle aristocratie dirige la France.

Samedi 16 décembre 2017 :

La Haute autorité pour la transparence de la vie publique, qui a publié vendredi les déclarations de patrimoine des membres du gouvernement, a révélé que plusieurs ministres étaient millionnaires, parmi lesquels Muriel Pénicaud, Nicolas Hulot et Françoise Nyssen.

Selon les documents mis en ligne, Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, qui l'été dernier avait été critiquée pour une plus-value réalisée sur des actions Danone du temps où elle était DRH du groupe, a un patrimoine de plus de 7,5 millions d'euros.

Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, a un patrimoine de plus de 7,2 millions d'euros.

Mme Pénicaud est notamment propriétaire d'une maison dans les Hauts-de-Seine d'une valeur estimée à 1,3 million d'euros, et d'une maison dans la Somme valant 340.000 euros. Le total de ses contrats d'assurance vie, instruments financiers, comptes courants et produits d'épargne atteint quelque 5,9 millions d'euros.

La HATVP avait déjà révélé en juillet que Mme Pénicaud avait perçu au total 4,74 millions d'euros net de 2012 à 2014, alors qu'elle était directrice des ressources humaines chez Danone.

Nicolas Hulot a déclaré une maison de plus de 300 mètres carrés en Corse estimée à plus d'un million d'euros, ainsi que plusieurs autres biens immobiliers en Côte d'Armor et en Savoie dont il est co-propriétaire, d'une valeur totale de 1,9 million.

A cela s'ajoute sa société Eole, qui encaisse ses droits d'auteurs et les royalties des produits dérivés Ushuaïa et dont la valeur est estimée à 3,1 millions d'euros, tandis que le total de ses contrats d'assurance vie, instruments financiers, comptes courants et produits d'épargne atteint environ 1,17 million d'euros.

Françoise Nyssen, ministre de la Culture et ancienne patronne des éditions Actes Sud, déclare pour plus de 600.000 euros de biens immobiliers, et 4 millions d'euros pour sa société arlésienne.

Le Premier ministre Edouard Philippe a déclaré un appartement parisien dont il est copropriétaire (à 50%) évalué à 1,25 million d'euros, et un appartement en Seine-Maritime dont il est également copropriétaire (à 20%) d'une valeur de 400.000 euros. Le total de ses contrats d'assurance vie, instruments financiers, comptes courants et comptes épargne atteint environ 56.000 euros, et il doit également rembourser un emprunt immobilier de quelque 336.000 euros.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire affiche pour sa part des parts d'une société civile évaluées à 1,5 million d'euros et quelque 168.000 euros de placements financiers.

https://www.romandie.com/news/Quelques-ministres-millionnaires-au-gouvernement_RP/873370.rom

BA 14/12/2017 08:08

Dans le monde, les inégalités explosent.

Jeudi 14 décembre 2017 :

Les inégalités explosent pendant que fond le patrimoine public des nations.

Marianne : Vous affinez et actualisez la courbe dite "de l'Elephant", du Serbo-Américan Branko Milanovic, qui fait partie de votre collectif d'économistes. Elle décrit l'évolution des revenus de l'ensemble des habitants de la planète entre 1980 et aujourd'hui en fonction de leur place dans l'échelle des revenus. Que nous apprend cette courbe sur l'évolution des inégalités ?

Lucas Chancel : La courbe dite de l'évolution est une manière extrêmement efficace de montrer trois grands faits de la mondialisation depuis le début des années 1980. Premièrement, on observe au bas de la pyramide des revenus mondiaux, la forte croissance des revenus des classes moyennes et populaires dans certains pays émergents (Chine en tête), où le revenu a cru de plus de 100% sur la période 1980-2016. C'est la tête du fameux éléphant. Deuxièmement, on observe la compression et dans certains cas même la stagnation des revenus des classes moyennes et populaires des pays du Nord. C'est la base de la trompe de l'éléphant. Aux Etats Unis, les 50% les plus modestes ont même vu leur revenu stagner depuis 1980, c'est un fait économique majeur et tout à fait exceptionnel dans un pays qui créé beaucoup de croissance sur la période. Enfin, on observe la montée spectaculaire du top 1% mondial, dont les revenus s'envolent avec une croissance de plus de 200%. C'est le haut de la trompe de l'éléphant.

Marianne : Vous vous concentrez sur le haut de l'échelle du patrimoine [et des revenus], que s'est-il passé pour cette frange des ultra-riches ?

Luc Chancel : Leurs revenus ont été bien supérieurs à la moyenne, dans les pays riches comme dans les pays émergents. Ils ont bénéficié de très fort taux de croissance de leur patrimoine (qui s'accroît d'autant plus vite qu'il est déjà important, sans réel lien avec les innovations réalisées par les détenteurs de ce patrimoine), d'une baisse généralisée de la progressivité fiscale ainsi que des politiques de privatisation et de libéralisation qui ont accru la valeur du patrimoine privé et qui ont surtout bénéficié aux plus aisés.

Marianne : Votre étude montre que sur cette même période le patrimoine net privé s'est envolé doublant de volume, tandis que le patrimoine public net s'est lui effondré. Partout sauf en Chine....

Luc Chancel : Le patrimoine public chinois (c'est à dire l'ensemble des actifs publics comme les écoles, les hôpitaux ou les réserves de devises du gouvernement chinois, net de ses dettes) a lui aussi considérablement baissé. Il représentait 70% du patrimoine national, il est passé à 30%. Mais en effet, cela reste beaucoup plus élevé que dans les pays riches où le patrimoine national est passé d'environ 30% du patrimoine total à près de 0%. Dans certains pays (comme les USA ou le Royaume-Uni), il est même négatif...

En revanche aux Etats-Unis, le patrimoine public est désormais négatif. Comment l'expliquez vous, et existe t il un lien avec la hausse des inégalités dans ce pays ?

Aux USA et dans les pays riches, les privatisations et la hausse de la dette publique ont fait chuter le patrimoine public à des valeurs extrêmement faibles, voire négatives. Le fait que l'on observe des pays avec un patrimoine public négatif est un fait économique majeur, et tout à fait particulier. Cela veut dire que si le gouvernement américain vendait l'ensemble de ses écoles, hôpitaux, infrastructures de transports, ses titres, il ne serait même pas en mesure de rembourser sa dette. Une telle situation complique largement la situation des Etats souhaitant réduire les inégalités ou empêcher une hausse future, car il leur est difficile d'investir dans la santé, l'éducation, la protection de l'environnement qui sont une des réponses nécessaires à la montée des inégalités.

Il faut bien avoir en tête que les pays ne sont pas pauvres. Car la richesse nationale a largement augmenté. Les pays sont riches, mais les gouvernements sont devenus pauvres. Il est donc nécessaire de se demander comment redonner aux gouvernements la capacité d'investir dans l'avenir. Dans ce type de situation, les Etats ont suivis plusieurs stratégies qui se sont avérées très efficaces : renégociation ou annulation de la dette, inflation ou imposition progressive sur le capital. Ceux qui ont d'ailleurs le plus bénéficié d'annulation de dette sont d'ailleurs parfois ceux qui paradoxalement sont le plus critique envers cette option, comme le gouvernement allemand aujourd'hui. En Europe, la mise en oeuvre de ces trois stratégies pour réduire la dette publique et investir dans l'avenir après la guerre n'a absolument pas réduit la croissance... bien au contraire !

Donald Trump est en passe de faire adopter son projet fiscal, avec notamment une baisse des impôts sur les dividendes. A votre avis comment cela se traduira sur la dynamique hyper inégalitaire déjà à l'oeuvre dans ce pays ?

Trump poursuit le programme reaganien d'une réduction de la puissance publique à une peau de chagrin. Le paradoxe est qu'il le fait (dans ses discours) au nom de celles et ceux qui en ont été les principales victimes, les classes populaires et moyennes, qui n'ont rien à gagner des super cadeaux fiscaux faits au riches mais tout à perdre du désinvestissement de l'Etat dans les services publics que cela entraîne. Cela se traduira par une augmentation encore plus forte des inégalités, dans un pays où la hausse a déjà été extrême...

https://www.marianne.net/economie/les-inegalites-explosent-pendant-que-fond-le-patrimoine-public-des-nations

SALOMON 11/12/2017 18:10

Bonjour,
Très bonne analyse.
Il serait intéressant de voir les courbes des échanges commerciaux - la balance commerciale - des principaux pays de la zone euro vis à vis de l'Allemagne. Ces courbes confirmeraient que les déséquilibres ont été accentués depuis la mise en place de l'Euro.

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  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
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