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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 14:06

Le blog de la Banque de France (Eco Notepad) révèle dans un billet en date du 17 avril 2018 en quoi les importations à bas coût ont permis d’accroitre le pouvoir d’achat des français.

L’article signé par Juan Carluccio, Erwan Gautier et Sophie Guilloux-Nefussi nous informe que- pour l’année 2014 - le gain de pouvoir d’achat fut ainsi de 1000 euros par ménage. Un tel calcul n’est probablement pas simple car, entre autres paramètres, il faut s’entendre sur la notion de bas coût et la liste des pays fournisseurs sur lesquels appuyer l’estimation. L’article se voulant scrupuleux dans les limites de son périmètre d’analyse, il aborde également les effets des importations sur la réduction de l’inflation et évoque aussi ceux concernant la compétitivité des entreprises résidentes, qui ont aussi bénéficié de consommations intermédiaires avantageuses. De quoi, en principe, accroitre la valeur ajoutée des dites entreprises.

On aimerait toutefois aller beaucoup plus loin pour avoir une évaluation plus exhaustive des effets de la mondialisation sur la France. Si le pouvoir d’achat a augmenté, cela signifie aussi que le partage des gains de productivité à partir des entreprises résidentes a pu s’opérer davantage en faveur de ces dernières. Les revendications salariales se modèrent mécaniquement si du pouvoir d’achat peut « tomber du ciel ». C’est bien ce que l’on constate lorsque l’on examine en longue période la partage de la valeur ajoutée. Mais un autre effet importe beaucoup : la pression concurrentielle plus élevée fait passer en mode survie des entreprises dont la compétitivité était, avant la mondialisation, plus élevée : De quoi affaisser leur modernisation, donc l’investissement ou leurs capacités exportatrices. C’est ainsi qu’il est souvent affirmé que l’âge moyen de l’outil industriel français serait le double de son équivalent allemand.

Maintenant, la mondialisation ayant mis en place la liberté complète de la circulation du capital, les entreprises résidentes sont aussi invitées à participer au « gâteau des coûts bas » en se démantelant et en planifiant une optimisation permanente de la chaine de la valeur à l’échelle mondiale. Les échanges internationaux étant d’abord des échanges de produits industriels, cela signifie mécaniquement un affaiblissement des bases industrielles du pays. Il est inutile de préciser que la réalité empirique confirme le raisonnement, et il suffit d’avoir en tête l’effondrement de l’industrie automobile française. Cet effondrement est naturellement aussi un effondrement des savoirs locaux correspondants, et une réorientation majeure de l’outil de formation vers le secteur des services. Ce qui signifie aujourd’hui que toute réindustrialisation, si modeste soit-elle, est de fait hors de portée des compétences du pays. D’où les débats sur un chômage structurel qui ne fait que s’élever avec l’impossibilité pour nombre d’entreprises industrielles de faire face à toute augmentation de la demande faute de trouver la main d’œuvre correspondante.

Les activités de service prenant de l’ampleur, les gains globaux de productivité ne peuvent que décroitre ce qui rend plus coûteux nombre de postes de dépenses du budget des ménages et au final une captation des gains des importations nouvelles par des dépenses dites incompressibles. Les effets bénéfiques de la mondialisation sont ainsi mangés par ses conséquences globales sur l’économie résidente.

On pourrait certes, continuer le raisonnement et évoquer une conséquence, il est vrai, très indirecte de la mondialisation.  La construction européenne aurait pu s’opérer sans l’abandon de la souveraineté sur les monnaies.  Le choix d’un modèle réduit et parfait de mondialisation qu’est la zone euro a abouti à renforcer les effets négatifs sur la France : taux de change surévalué qui accroit les gains à l’importation mais affaisse une compétitivité déjà insuffisante.

On pourrait aussi poursuivre le raisonnement en évoquant le solde des emplois (destruction/création) dont on sait qu’il est globalement négatif en raison du déséquilibre extérieur abyssal :

-  en  envisageant les conséquences macroéconomiques et en particulier le poids croissant d’un Etat social qui se gonfle de la gestion de la crise… avec le raisonnement singulier selon lequel le pays ne peut plus se payer un Etat-providence pour faire face à la mondialisation alors que c’est cette dernière qui contribue à le rendre obèse ;

- en évoquant l’emprisonnement dans la mondialisation par effondrement structurel des élasticités/prix à l’importation ;

- en évoquant les questions environnementales liées à la boursouflure des échanges de marchandises, etc.

Certes, les effets complexes que nous ne faisons qu’esquisser, sont probablement semblables à ceux perçus par les autres nations également impliquées dans la mondialisation. Et parfois ces autres nations - il suffit de penser à l’Allemagne- connaissent des résultats globaux plus avantageux.

C’est oublier que ces effets complexes ont pour cadre un faible taux de change pour l’Allemagne (le cours de l’euro est toujours inférieur à ce que serait celui du Mark) et un taux de change trop élevé pour la France ( le cours de l’euro est toujours supérieur à ce que serait celui du Franc). La puissance déstabilisatrice des importations à bas coût est ainsi plus importante avec un taux de change artificiellement élevé et plus faible avec un taux de change artificiellement faible. Et il faut bien parler d’artifice, puisque le cours de la monnaie unique n’est qu’une moyenne, entre des cours de monnaies disparues mais qui continuent de représenter des économies restées ce qu’elles étaient, et qui vont se déformer en restant dans leur principe d’identité.

Ainsi, la France va continuer de  se désindustrialiser massivement et les usines à produire, vont laisser la place aux « usines à vendre » (Grande distribution), tandis que l’Allemagne va très largement maintenir ses usines à produire et ne laisser qu’une place plus limitée pour les « usines à vendre ».

Aborder la mondialisation en focalisant les raisonnements sur les bénéfices pour les ménages revient à produire une vision partiale de la réalité. Utiliser les arguments correspondants, notamment dans les médias, à l’encontre du Brexit, à l’encontre des populistes ou des souverainistes ....  revient à un acte de propagande d’autant plus efficace qu’on laisse les citoyens dans l’obscurantisme économique.

 

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commentaires

BA 25/04/2018 20:15

Hilarant !

A pleurer de rire !

Aux Etats-Unis, les super-héros se multiplient : Batman, Spiderman, Catwoman... L'Union européenne a elle aussi son super-héros. Son nom ? Captain Europe. Sa mission ? Défendre les valeurs européennes face aux attaques eurosceptiques. Sous sa cape aux couleurs de l'UE, se cache en réalité un fonctionnaire européen... Nous sommes allés à la rencontre de ce personnage hors du commun.

https://www.youtube.com/watch?v=xKvZC3z2ud8

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