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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 13:21

La Conférence des Nations Unis sur le Commerce et le Développement (CNUCED) vient de publier une première étude sur les effets des nouveaux tarifs douaniers américains en termes de flux d’importations en provenance de  Chine[1].Le rapport compare l’évolution des flux entre 2 périodes, celle du premier trimestre 2019 comparée à celle du premier semestre 2018. Bien évidemment il ne cible que les marchandises concernées par l’augmentation des droits de douanes, soit dans un premier temps 25% de droits sur 50 milliards de dollars d’un certain panier de marchandises importées (été 2018), puis 10% sur un panier de 200 milliards de marchandises Importées (septembre 2018).

Le flux d’importations pour celles des marchandises qui furent taxées est ainsi passé de 130 à 95 milliards de dollars, soit une réduction de 27% du flux importé. Cette réduction ne fut bien évidemment pas homogène et les marchandises les plus substituables, soit par  une production américaine, soit une production dans un autre pays que la Chine furent les plus durement affectées. C’est ainsi que les exportations de matériel de bureau depuis la Chine vers les USA se sont effondrées de 10 milliards de dollars, soit une perte de marché de 65% au détriment des entreprises chinoises. Cette première information obtenue en comparant les flux des premiers semestres laisse à pense une assez grande élasticité/prix des importations américaines en provenance de la Chine. On peut regretter que l’étude de la CNUCED n’aborde pas cette question essentielle.

Globalement l’étude souligne que les 35 milliards de dollars perdus par la Chine[2] furent compensées par des productions américaines sur le territoire américain pour un montant de 21 milliards de dollars. Elles furent également compensées par des exportations nouvelles vers les USA (14 milliards de dollars) de la part de pays tiers. Dans l’ordre d’importance : Taiwan, Mexique, UE, Vietnam, Corée, Canada, furent les principaux bénéficiaires indirects su conflit USA/CHINE.

L’étude souligne aussi que  les industriels chinois ont baissé leurs prix afin de limiter les baisses de flux vers les USA. La baisse moyenne serait ainsi de 8% sur la période. L’étude ne précise pas dans quelle mesure cette baisse est aussi l’effet d’un affaiblissement du taux de change, taux dont on sait qu’il est étroitement contrôlé par la Banque centrale Chinoise.[3]

Cette étude est naturellement incomplète en ce qu’elle s’inscrit dans les certitudes classiquement émises et admises. A titre d’exemple elle conclut sur la perte de pouvoir d’achat des usagers américains victimes de la hausse des prix des produits importés, tandis que les premiers commentateurs voient dans le processus un jeu de perdants.

Une étude sérieuse et complète devrait prendre en considération :

  • Le transfert de valeur vers les USA résultant de débouchés nouveaux pour les producteurs locaux. (Augmentation du taux d’activité, maintien ou accroissement des compétences, revenus distribués avec effets multiplicateurs, etc.).
  • Le transfert de valeur vers le Trésor fédéral par le bais de la taxation. De ce point de vue il y a aussi transfert entre ménages américains et Trésor, les premiers apparaissant victimes d’un nouvel import indirect.
  • Le transfert de valeur sous forme de valeur ajoutée chinoise redistribuée au consommateur américain par le biais d’une baisse de prix…elle-même masquée, et plus que compensée par le prélèvement public.
  • Le transfert de valeur vers des pays tiers bénéficiaires de la guerre économique, avec la dimension géopolitique qu’il convient d’analyser.
  • La capacité globale de réaction de la Chine sous la forme de hausse de tarifs douaniers au détriment des producteurs américains, une capacité dépendant elle-même de la grande asymétrie initiale (balance fortement déséquilibrée et proche des 350 milliards de dollars) qui fait que la Chine a davantage à perdre qu’à gagner dans le jeu des taxations.
  • La modification des chaines de la valeur résultant d’une révision nécessaire des choix stratégiques d’implantation des unités de production.
  • L’impact écologique d’une réduction du volume des échanges entre les deux pays.

La liste n’est sans doute pas limitative, et il serait intéressant d’aller beaucoup plus loin dans l’analyse afin de comparer les résultats d’une politique de démondialisation avec ceux anticipés et vérifiés dans les accords de libre -échange.

Au-delà, la guerre commerciale initiée par les USA doit aussi se comprendre comme tentative de retarder l’affaissement lent de la puissance américaine vis-à-vis d’une Chine, dont le potentiel de compétences- toutes choses égales par ailleurs- ne peut que rapidement  s'accroître.

 


[1]  Alessandro Nicita : « Trade and trade diversion effects of United States tariffs on China ; publié le 6 novembre 2019

[2] 35 milliards entre les 2 semestres ciblé, soit dons une réduction annuelle prévisible de 70 milliards entre 2018 et 2019.

[3] Le gouvernement américain a protesté quand, l’été dernier, le cours du Yuan a dépassé les 7 Yuans par dollar.

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