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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 16:31

Lorsque l’on a créé la monnaie unique, les concepteurs savaient peut-être que l’on créait un objet disposant du statut de ce que les économistes appellent un « commun ». Ces mêmes économistes expliquent souvent que le destin des communs est souvent tragique. Pour comprendre ce phénomène, nous pouvons utiliser l’exemple des pêcheurs en concurrence sur l’océan.

Parce qu’en concurrence pour l’accès à la ressource halieutique, la gestion des pêcheurs est logiquement celle d’une hausse continue des prélèvements, la conséquence finale étant tout aussi logiquement la raréfaction de la ressource. Les économistes libéraux en déduisent que c’est en réglementant l’accès à la mer que la bonne gestion des ressources –le soin apporté à leur  reconstitution – sera assurée.

Ce simple raisonnement de bon sens est celui qui fut retenu lors de la construction de l’Euro. Au temps des monnaies nationales et des banques centrales arrimées aux Etats, la dette publique ne passait pas automatiquement par le canal du marché et les banques susvisées finançaient directement certains Etats. Chose aisée avec toutefois une limite, celle d’une possible inflation et d’une baisse du taux de change. Si le passage à la monnaie unique n’avait pas été accompagné de la création de la BCE et de l’interdit d’un financement direct des Etats, nous nous serions retrouvés dans la situation de la pêche et de la disparition de la ressource, ce que l’on désigne comme « tragédie des communs ».

Si, en effet, nous n’avions pas privatisé les banques centrales, ce qu’on appelle faussement leur « indépendance », Chaque Trésor National aurait pu « pêcher gratuitement des euros »….il en aurait résulté sa tragédie, c’est-à-dire la disparition progressive de sa valeur. Chaque Etat ayant individuellement intérêt à « pêcher des euros », d’où une émission incontrôlée de monnaie et finalement la ruine.

Ainsi de la même façon qu’il faut réglementer la pêche en mer, il fallait interdire aux Etats la « pêche aux euros » et donc inventer le marché de la dette publique, lequel passe dans tous les Etats par une institution semblable et qui s’appelle pour la France l’Agence France Trésor.

Mais ce n’était pas suffisant pour éviter la « tragédie des communs », le risque étant qu’un Etat particulièrement dépensier, et pourtant respectueux du marché de la dette publique, se mette à « pêcher des euros » chez les voisins….En effet, toute tension sur les prix (le taux de l’intérêt) par un comportement dépensier, attirerait des acheteurs d’autres pays…. autorisant ainsi l’Etat dépensier de ne pas payer le prix de son comportement dépensier. Difficile de sortir de la « tragédie des communs » 

C’est pourquoi Bruxelles inventera une réglementation plus stricte : des quotas de pêche sous la forme de limites aux déficits budgétaires et à l’endettement. Nous retrouvons ici les règles bien connues – les 3% et 60% -  qui ont fait l’actualité jusqu’à maintenant.

Hélas, l’histoire ne se termine pas facilement, car il fût possible de tricher (la Grèce), et il a aussi fallu gérer les factures de la crise financière de 2008. Comme il fut décidé, à l’échelle quasi planétaire, que c’étaient aux Trésors Publics de solder les comptes, il a fallu des politiques restrictives dont l’irréalisme devait aussi déboucher sur les fameux QE de la BCE… Là encore un risque de « tragédie des communs » et donc, on ne pouvait remettre aux Etats en difficulté, des poissons ( des euros) sans respecter des proportions. Les petits Etats ne peuvent pas se voir remettre plus de poissons (des euros) que les grands Etats. Nous avons là la règle de la proportionnalité en fonction du poids du capital dans la BCE, lui-même calculé à partir des PIB. Un petit bateau de pêche ne peut pas jouir de moyens disproportionnés lui permettant d’obtenir davantage que les gros…

Nous arrivons peut-être à la fin de l’histoire avec à priori la décision de Madame Lagarde de ne plus respecter les proportions, une décision qui s’accompagne d’une autre décision plus incroyable encore : la Commission abandonnerait son attirail de règles budgétaires….vous avez bien lu.

S’il n’existe plus de règles dans la « pêche aux euros », allons-nous vers la disparition de ce qui devait devenir une grande monnaie de réserve ?

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