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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 14:38

Il est reproché à Madame Lagarde de ne pas en faire assez pour gérer une explosion  financière dont la mise à feu est venue d’une crise sanitaire.

 Constatant la naissance d’un réel spread de taux sur la dette publique italienne, la présidente de la BCE a déclaré que la banque centrale n’avait aucune vocation à resserrer les écarts de taux. Ce propos, jugé maladroit, s’est traduit par une augmentation de 40 points de base et s’est trouvé largement commenté sous la forme d’un prétendu désintérêt des 25 membres du conseil des gouverneurs vis -à-vis de la grande question de la fragmentation de la zone euro.

Madame Lagarde ne s’est pas trompée et souhaite bien évidemment ne pas relancer la question de la monnaie unique dans le cadre de cette nouvelle crise. Il faut simplement expliquer que si un QE est aisé dans un Etat disposant d’une monnaie nationale, il est devenu de plus en plus impossible dans la zone euro , ce qui signifie que la BCE risque d’assister de façon relativement impuissante à l’émergence d’une hausse des taux dans les pays les plus endettés et notamment l’Italie.

La raison est simple et résulte de 2 mécanismes ou règles qu’il faut avoir en tête.

Tout d’abord une réglementation dite « EMIR » concernant l’exigence de collatéral affecté au fonctionnement des chambres de compensation, se met à consommer des doses croissantes de dettes publiques de bonne qualité. De ce point de vue, il est naturel que ce soit la dette publique allemande qui est exigée au titre des garanties en collatéral. Or, cette dette est aussi la plus rare puisque les finances publiques allemandes sont équilibrées depuis de nombreuses années. Demande élevée et offre réduite signifient un prix élevé et donc un taux allemand particulièrement faible, c’est-à-dire proche de zéro, voire négatif.

En second lieu, la BCE n’a pas le droit de mutualiser les dettes et donc, dans le cadre d’un QE, elle n’a pas le droit de privilégier un pays au détriment d’un autre. La règle retenue est simple : les achats de dette publique des divers Etats se font en respectant une proportion, celle du poids de Chaque Etat dans le capital de La BCE, poids lui-même respectant la masse du PIB de chacun.

Cette double contrainte fait que pour aider une Italie qui ajoute à ses difficultés budgétaires la facture de la crise sanitaire, il faudrait aussi acheter beaucoup de dette publique allemande…qui est fort rare en raison de l’équilibre budgétaire et d’une forte mobilisation au titre du collatéral. De quoi affaisser encore la dette allemande vers des taux de plus en plus négatifs que l’épargnant allemand ne peut plus supporter.

Non, il est devenu très difficile de réduire les spreads de taux et donc il faudra trouver d’autres moyens pour éviter une nouvelle crise de l’Euro.

Et les exigences seront fortes car les Etats vont connaitre des déficits de plus en plus lourds…pour bien sûr aider les entreprises et les particuliers, mais aussi pour éviter l’effondrement des systèmes bancaire.

Il faut en effet bien comprendre qu’en maintenant de façon artificielle un semblant d’économie, on permet aussi aux banques de ne pas être trop victimes de défauts sur crédits : si on ne paie plus l’impôt sur les sociétés ou les cotisations URSSAF, on aide les entreprises à honorer leurs engagements bancaires, ce qui permet aux banques d’honorer leur passif…..et donc de ne pas disparaitre en emportant dans le naufrage leurs clients de base c’est-à-dire dire l’ensemble des citoyens simplement titulaires d’un compte courant…une réalité qu’il conviendrait d’alourdir encore avec les autres actifs bancaires en voie d’évaporation sous l’effet de l’effondrement des cours boursiers…

Si donc plus de QE, il faudra d’autres moyens, tout en veillant à la sacro-sainte  non mutualisation, car n’oublions pas que dans l’idéologie allemande, idéologie encore reprise dans nombre d’officines, voire d’universités, on continue de croire à la possible faillite de la banque centrale…Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de retrouver un peu de bon sens.

Madame Lagarde ne commet pas de gaffe, elle mesure simplement son impuissance dans la prison règlementaire dans laquelle elle se débat contre le chef allemand.

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