Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 17:44

 

De plus en plus souvent les Etats parce que devenus insolvables utilisent des expédients pour maintenir les apparences. Tel est le cas, très récemment, du Portugal et de l’Italie.

Le Twist portugais

Le Portugal doit logiquement quitter son régime d’assistance et retrouver son exposition aux marchés financiers en juin 2014.

Pourtant la soutenabilité de sa dette publique  est loin d’être assurée.

On sait qu’en théorie la soutenabilité est acquise si le taux de l’intérêt est inférieur ou égal au taux de croissance économique en valeur. Le pays est sorti de récession au cours de la présente année, tandis qu’une croissance d’environ 1% est prévue pour 2014. Même en admettant que la hausse des prix atteigne 0,5%, ce qui est loin d’être acquis en raison des pressions déflationnistes affectant la zone euro, cela signifie que seul un taux moyen de 1,5% sur la dette publique peut libérer le Portugal d’un excédent budgétaire rendu obligatoire.

De fait on peut aujourd’hui estimer le taux moyen sur les différentes échéances à un peu plus de 5%. Compte tenu de la présente dette publique (130% du PIB à la fin de l’année 2013) cela signifie par conséquent  un excédent budgétaire obligatoire  de : 130 X ( 5 – 1,5) = 4,55 points de PIB.

Le déficit public de l’année 2013 étant de 5,9%, cela signifie pour la prochaine année budgétaire, un tsunami de plus de 10 points de PIB. Hypothèse totalement irréaliste et du reste non imaginée dans le projet de budget 2014, lequel prévoit encore 4 points de PIB en déficit.

C’est dire que l’année 2014 verra une nouvelle aggravation de l’endettement du Portugal.

C’est dans ce contexte risqué qu’il faut comprendre le rééchelonnement de la dette que le Trésor vient d’opérer pour la seconde fois depuis la fin de l’année 2012. Il s’agit en fait de soulager l’année qui vient en emprunts nouveaux -qui se feront en principe dans le cadre des appels d’offres classiques- en échangeant ( en « twistant » comme l’on dit à la FED) de la dette venant à maturité l’an prochain contre de la nouvelle dette à échéance plus lointaine. C’est ainsi que vient d’être échangé, 2,48 milliards d’euros à échéance 2014, et 4,16 milliards à échéance 2015 contre des titres à échéance plus lointaine : 2017 et 2018. Il est ainsi espéré, contre un programme de vente de titres plus réduit,  des taux supportables.

On aura donc compris, qu’une fois de plus, il s’agit d’acheter du temps en attendant des jours…qui ne peuvent qu’empirer et ce malgré les efforts demandés à l’immense majorité de la population.

Tour de magie sur la Banque centrale italienne

Un autre exemple d’expédient est celui du maquillage des bilans bancaires italiens, maquillage autorisé par les particularités de l’histoire financière italienne.

On sait que la Banque centrale d’Italie, un peu comme la FED américaine, est historiquement un établissement privé dont le capital est la propriété d’un certain nombre de banques, ce qui signifie qu’il figure à l’actif du bilan de ces banques. On sait aussi que ces banques doivent se préparer à la grande revue des actifs prévue en 2014 sous l’égide de la BCE. Les actifs des banques italiennes sont très alourdis notamment par l’achat de titres de la dette publique nationale, et tout doit être mis en place afin de passer avec succès le test de résistance programmé. C’est dans cette perspective que l’idée est venue de réévaluer le capital de la banque centrale d’Italie, de fait sa multiplication par un coefficient d’environ 50.

Une telle réévaluation est bien évidemment un grand cadeau fait aux banques (entre 5 et 7,5 milliards d’euros), d’où l’arrivée au moment du partage du gâteau d’un convive supplémentaire, l’Etat, sans lequel il était juridiquement difficile d’envisager la réévaluation. C’est ainsi que l’Etat italien va bénéficier d’un impôt spécifique sur les banques afin d’extraire un peu plus d’un milliard d’euros sur la « plus-value »( ?) enregistrée par les banques propriétaires de la banque centrale.  

Bien évidemment une telle réévaluation ne poserait aucun problème si effectivement la différence entre actif et passif de la banque centrale devenait lourdement positive. Chacun sait que ce n’est pas le cas, qu’en particulier la dette publique figurant à l’actif est susceptible de connaitre un effondrement de sa valeur à la moindre tension sur les marchés de la dette publique, et qu’au surplus le capital que la banque centrale italienne possède au passif de la BCE  (12,45%) est lui-même susceptible d’être anéanti en raison de la très grande dégradation du bilan de cette dernière.

Si donc une vision comptable des choses s’était imposée, il est à parier qu’il était difficile de réévaluer un capital à priori disparu depuis le début de la crise financière.

On sait toutefois, qu’en matière de banque centrale, la vision comptable n’a aucun sens pour la simple raison que les dites banques ont le privilège de disposer d’un passif qui n’est pas exigible. Une banque centrale est en effet le seul agent ayant la possibilité de régler ses dettes en créant de la monnaie disposant du cours légal. Nous reviendrons sur cette importante question dans un prochain billet. Parce que le passif n’est pas exigible, les règles comptables classiques sont à réinterpréter, avec en particulier un capital social inutile au-delà des frais d’installation de la banque.

Dans ces conditions multiplier le capital de la banque centrale d’Italie par 50 n’a d’autre objet que de profiter de règles comptables largement inappropriées pour maquiller les bilans bancaires et au-delà – cerise sur le gâteau- créer une recette pour le trésor italien qui ne repose sur aucune valeur-ajoutée créée.  

Twist portugais et tour de magie italien ne sont que deux exemples récents parmi tant d’autres dont la finalité est d’empêcher l’effondrement du château de cartes. Pour le plus grand profit des bénéficiaires de la crise.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Finance et Etats
commenter cet article

commentaires

AbsolumentFabuleux 10/12/2013 22:18

On ne peut véritablement parler de bénéficiaires de la crise en elle même mais plutôt de sauvegarder le plus longtemps possible les bénéfices tirés du système de mondialisation. Sachant que ces
bénéfices sont limités au haut de la pyramide sociale, dans chaque pays, et aux établissements financiers au service du haut de cette pyramide.
La question est : vont ils réussir à faire tenir le système encore de nombreuses années malgré la paupérisation d'une patrie de plus en plus importante de la population ( retour au système du 19ème
siècle : des très riches, des pauvres et quasi disparition de la classe moyenne )( et au moins jusqu'aux prémices de la raréfaction des ressources naturelles ( ex : le fer)) où les pauvres vont ils
se réveiller et exiger un changement du système ? ( et ne plus tenir compte des lendemains qui chantent qu'on leur promet de plus en plus lointains ( on peut remarquer que le système en place
devient une vraie religion : le bonheur est promis pour un futur indéterminé sauf pour les plus riches évidemment)
La réponse proviendra probablement de Grèce, le pays le plus en déliquescence et où il apparaît de plus en plus que l'extrême gauche devient majoritaire parmi les forces politiques.

BA 09/12/2013 21:47

Les banques italiennes ont dans leurs livres 147 milliards d'euros d'actifs pourris : record historique battu.

Les banques italiennes prêtent de moins en moins d'argent au secteur privé.

Les prêts au secteur privé italien sont en baisse de 3,7 %.

Les prêts aux entreprises sont en baisse de 4,9 % sur un an.

Mais en revanche, les banques italiennes achètent de plus en plus d'obligations de l'Etat italien : 399,5 milliards d'euros en tout.

Lundi 9 décembre 2013 :

Italie : forte baisse des prêts aux entreprises en octobre.

http://bourse.lesechos.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/italie-forte-baisse-des-prets-aux-entreprises-en-octobre-935346.php

BA 09/12/2013 16:37

La banque centrale du Japon (BoJ) achète chaque mois 7000 milliards de yens d'obligations de l'Etat japonais.

« La BoJ alimente un spectaculaire programme d’assouplissement quantitatif. Chaque mois, elle achète sur le marché pour 7.000 milliards de yens d’obligations d’Etat nippones. »

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0203157810431-le-japon-emporte-sa-premiere-bataille-contre-la-deflation-633478.php

Résultat : échec total.

Evolution du PIB au Japon :

Premier trimestre 2013 : + 1,1 %.
Deuxième trimestre 2013 : + 0,9 %.
Troisième trimestre 2013 : + 0,3 %.

Ce coup de frein de l'économie nippone soulève de nouvelles questions quant à l'efficacité des « Abenomics », cette politique de relance massive, inaugurée par M. Abe fin 2012, qui vise à sortir
l'archipel du marasme déflationniste où il s'enfonce depuis dix ans.

«Il s'agit d'une politique très ambitieuse, mais ses effets commencent à flancher », commente Philippe Waecther, chef économiste chez Natixis AM.

Ces « Abenomics » comportent trois « flèches». La première flèche consiste en une politique monétaire très expansionniste, visant à relancer l'inflation et à soutenir les exportations en favorisant
la baisse du yen.

La seconde repose sur des plans de relance budgétaire, et la troisième sur des réformes structurelles censées regonfler la croissance potentielle du pays.

Selon les experts, les « Abenomics » se révèlent décevantes pour trois raisons. D'abord, malgré les incitations du gouvernement, les salaires stagnent. Résultat : la consommation des ménages
stagne.

De plus, le gouvernement n'a pas encore commencé à s'attaquer à la réduction de sa dette publique, qui frôle désormais les 230 % du PIB.

Enfin, les réformes structurelles promises, notamment celles censées augmenter la participation des femmes au marché du travail, sont encore très floues.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/12/09/au-japon-la-croissance-faiblit_3527640_3234.html

Présentation

  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
  • Contact

Recherche