Le texte proposé ci-dessous date de plusieurs années. Rédigé à l'occasion d'un séminaire portant sur la
naissance de l'Etat, il permet de mieux situer le cadre méthodologique des articles publiés sur ce Blog.
A l'époque, il n'était guère question de crise, et il s'agissait simplement de donner un point de vue différent de
celui qui est généralement celui des économistes. La thèse développée - et qui n'a pas été remaniée- est celle d'un accord partiel avec le point de vue des ultra-libéraux. cette
dernière est bien exposée chez Nozick et mieux encore chez Bertrand Lemennicier. La construction passant par les étapes suivantes:
Logique de l'intérêt > Echange marchand > agences de protection > agence monopoliste > Etat
> Etat de droit > Démantèlement de l'Etat de Droit?
Le désaccord qui s'exprime ci-dessous correspond au caractére indépassable de la notion d'extériorité y compris en
mondialisation. Caractère qui permet également de douter de l'individualisme méthodologique qui préside à la démarche.
l'Aventure Etatique
Au sein de tout groupe humain existe des règles contraignantes. La nature de ces
règles distingue une société d’une autre. Et ces règles
expriment l’idée même de société, donc un sentiment d’identité ou
d’appartenance pour les individus qui la vivent.
Vivre ensemble, et donc faire société, c’est reconnaître qu’il
existe au delà de chacun un tiers ou un extérieur qui est la loi c’est à
dire un pouvoir. De la même façon qu’une œuvre d’art, par exemple une
toile, ne prend sens qu’avec un support extérieur (un clou dans un
mur), on ne fait société que par rapport à un extérieur qui est la
référence commune. Dans la modernité cette référence commune est par
exemple la constitution. Et même dans notre modernité qui avance l’idée
que la loi est fabriquée par les hommes et donc, loi manipulable, on ne
touche qu’exceptionnellement à la Constitution.
Il en a toujours été ainsi et ce quelle que soit l’organisation des
sociétés. Le lien social n’existe que parce que les agents qui se
croient reliés font référence à cet extérieur.
La naissance de ce qu’on appelle l’Etat est donc l’apparition historique
d’un type particulier du moyen de vivre ensemble qu’est l’Etat.
Et en affirmant ceci, on cesse déjà d’envisager ce dernier comme autre
chose que l’effet involontaire et inattendu de contrats volontaires
(théorie économiciste de la naissance de l’Etat chez les ultralibéraux).
Le point de vue des non -économistes
Pour nombres d’anthropologues et de sociologues, en particulier, ceux qui
approximativement ne sont pas éloignés de la pensée d’un homme comme
Marcel Gauchet, l’Etat est issu de la transformation des religions,
elles-mêmes instances d’un extérieur aux diverses humanités.
Les religions sont l’universel de l’humanité, et toutes les sociétés
pré-modernes sont imprégnées par le religieux. Or ce religieux nest
vraisemblablement pas que le fait de nos structures mentales, mais la
condition d’existence du fait social lui-même. Les sociétés primitives
comme les nôtres ont besoin d’un extérieur, et ce dernie,r est pour elles
non l’Etat mais la religion.
Le schéma de production du phénomène étatique serait alors le suivant :
- religion comme extériorité radicale, c’est-à-dire religion vis-à-vis
de laquelle les hommes lui sont tous extérieurs : aucun homme ne peut
s’emparer de la religion, en prendre son commandement ou en représenter
son pouvoir. Le pouvoir religieux existe en ce qu’il permet de faire
société, mais ce pouvoir n’est pas pour les hommes, et il ne saurait être
question dune séparation politique dans la société : il n’existe pas
d’homme qui puisse se faire extérieur aux autres hommes. Les hommes sont
unis et égaux dans leur commune dépossession.
- religion où la coupure avec l’au-delà va correspondre avec une coupure
dans la société : d’un côté, certains seront proches des puissances
extérieures, tandis que les autres en seront éloignés. L'homme de
pouvoir est né et, avec lui, le pouvoir politique et l’Etat.
- séparation de la religion de l’Etat lui même, ce qui caractérise
l’époque actuelle dans nombre de sociétés dites modernes.
D’où il ressort que la religion a été historiquement la condition de
possibilité de l’Etat, et que le fondement de l’Etat est le même que
celui de la religion.
Par rapport à l’explication libérale de l'Etat, celle des économistes,
on ne dit rien du fonctionnement de l’Etat moderne. On ne se prononce
pas sur son fonctionnement et le fait quil est peut-être devenu un
système où tout le monde vole tout le monde. Par contre, les
conditions de sa genèse sont fondamentalement différentes : elles ne
relèvent pas de la logique de l'intérêt individuel, mais d'une logique
sociale, à savoir l'impossibilité radicale de faire société sans une
référence extérieure.
En même temps, ce dernier point de vue, met en doute l'idée selon
laquelle il serait possible de privatiser l'Etat : la fin de l'Etat
nest probablement pas pour demain.
Resterait pourtant à se poser une grande question : comment est-on passé
des premières formes de religion qui excluent l'apparition du phénomène
étatique, aux formes transformées qui vont faire naître l'Etat ? En
dautres termes comment est-on passé de l'égale dépossession de tous les
hommes par rapport au sacré, à une dépossession inégale qui fera naître
le pouvoir politique et l'Etat ? Poser cette question, c'est poser celle
des conditions du maintien de la dépossession complète. Dans les
sociétés dites primitives, certes il existe toujours un chef. Il existe
par conséquent une fonction politique de représentation de la
communauté. Sans cette fonction assurée, il n'y aurait, pensent les non
-économistes, que des individus incapables de faire société car
incapable d'édicter une règle commune, c'est-à-dire la Loi ,vis-à-vis de
laquelle chacun obéit et se reconnaît.
Pour autant, le chef de la société primitive voit son pouvoir
extrêmement limité. Son travail consiste à répéter inlassablement qu'il
faut respecter l'héritage des ancêtres et les règles de toujours, qui
viennent d'un au-delà sur lequel les hommes nont aucune prise. Il parle
de la loi, mais il n'a aucune prise sur elle et ne peut la modifier. Il
na aucune prise spécifique sur la définition de l'ordre social. Cet
ordre dispose certes d'un commencement : l'origine des temps. Mais cette
origine est un extérieur, un temps différent de celui où se succèdent
les diverses générations d'hommes. Et depuis, puisque la Loi est un
point fixe, il ne sest rien passé, et surtout il ne doit rien se
passer, car tout changement signifierait que les hommes, ou certains
dentre-eux, ont prises sur la société.
Les récits cosmogoniques qui disent la naissance du monde, sont
infiniment variés, mais tournent inlassablement autour de l'idée que
l'origine des temps relève dune temporalité autre, de quelque chose
d'inaccessible. Cela signifie que l'on bannit lintervention créatrice
des hommes dans la Loi qui les régit. Cette vision est, bien sûr,
irréelle, et les hommes savent qu'ils ont concrètement changé le monde
au travers de leurs pratiques. Par exemple, il ne fait pas de doute que
l'agriculture est une invention humaine, mais dans les récits, il n'y a
pas de mémoire et l'on dira que ce sont les ancêtres qui nous ont appris
à cultiver : l'innovation est radicalement effacée et se trouve reportée
sur la ligne de l'origine des temps. Ce que les religions primitives
interdisent, cest le droit de se reconnaître comme agent transformateur
de la réalité sociale donc agent de la Loi.
Et cette institution permet qu'aucun des hommes n'ait prise sur le
destin des autres. Puisque tous sont en quelque sorte séparés de ce qui
gouverne les hommes (les puissances mystérieuses de l'au-delà), alors
personne ne peut prendre le pouvoir parmi les hommes, hommes qui
deviendront dirigés par d'autres hommes. Comme le dira Clastres dans une
formule célèbre la société se construit contre l'Etat.
Seule la dépossession complète des hommes sur l'au-delà permet le
maintien de la vieille égalité primitive, et s'il existe par exemple des
chamanes censés entretenir un rapport privilégié avec les puissances de
l'invisible, ils ne sauraient devenir des agents censés fonder la
société en ce qu'ils pourraient devenir des délégués, chargés par
l'invisible, de régler les affaires humaines.
Ainsi tout le problème de la naissance de l'Etat, revient à analyser
comment les puissances du sacré vont se concrétiser, dans des religions
installées, avec des agents spécialisés qui vont fonder une scission
entre gouvernants et gouvernés.
En la matière, l'apparition des prophètes, est sans doute un fait
probablement décisif permettant de passer des premières religions, dans
lesquelles l'extériorité est radicale vis-à-vis de tous, à des religions
nouvelles (qu'on peut proposer d'appeler religions 2, par rapport aux
précédentes que l'on peut appeler religions 1) pour lesquelles un
individu (le prophète) en vient à affirmer qu'il est dans le secret des
dieux, ce qui va le séparer radicalement de l'ensemble des autres
hommes. Sans doute existe-t-il plusieurs catégories de prophètes :
certains pouvaient être en lutte contre des chefs dont l'emprise
croissante sur la société risquait de faire naître l'Etat, tandis que
d'autres avaient pour ambition de détruire l'univers des règles des
religions primitives. Ce dont on est sûr, cest que certains, en
particulier les pères des grands monothéismes, affirmeront que les dieux
ou Dieu ne veulent plus que la société des hommes soit comme elle est,
mais quelle devienne autre chose, dont précisément les prophètes seront
les garants.
La parole prophétique ouvre ainsi la voie à l'établissement dun pouvoir
révolutionnaire dont le prophète devient progressivement l'unique
occupant possible, et donc le possible fondateur des premières formes
d'Etat.
Pour reprendre la terminologie proposée on passerait des premiers liens
sociaux, "religions 1", à des formes nouvelles où Etat et religions sont
complètement associés, sur la base de la religion, en ce sens que c'est
l'Etat qui est dans la religion, et non la religion dans lEtat.
En quelque sorte, nous avons ici association entre la religion 2 et
l'Etat 1, association caractérisée par l'existence évidente d'une
extériorité, mais extériorité pour laquelle un homme, voire plusieurs,
disposant de la clé d'accès, disposent aussi d'un pouvoir faisant
émerger une instance autre à la société : un Etat en voie de construction.
Cette instance autre étant constituée, des événements historiques
nouveaux pourront déboucher sur une autonomisation croissante de l'Etat
par rapport à la religion. Ainsi pourra-t-on connaître un grand
renversement, cest-à-dire le passage dun Etat enkysté dans la religion
à une religion enkystée dans l'Etat, passage faisant naître une entité
porteuse dun avenir grandiose : l'Etat-Nation.
Ce passage correspond au rameau occidental de l'humanité.
L'autonomisation de l'Etat n'est évidemment pas un processus linéaire et
complètement déterminé selon une logique rationnalisable et chargée de
finalité. Il n'existe aucun déterminisme historique évident. Dans le cas
de l'Europe qui est la région du monde qui historiquement va accoucher
de l'Etat-Nation, il existera très longtemps un double mouvement
contradictoire, entre une monarchie d'abstraction S'ouvrant à
l'impersonnalisation de l'Etat (le prince peut mourir, mais l'Etat
subsiste) et une monarchie d'incarnation qui fait du prince le
représentant de Dieu.
A l'extrême, la religion pourra être séparée de l'Etat et le principe
extérieur chargé de faire tenir ensemble les hommes pourra n'être que
l'Etat, la religion devenant affaire privée intériorisée. Nous avons là
la laïcité à la française. On passe ainsi de l'âge du divin, à l'âge
complètement politique. Désormais, des communautés humaines affirmeront
leurs particularités au-dedans de frontières qu'il faudra jalousement
garder. Il ne faut toutefois pas considérer que cette aventure du
phénomène étatique, dont le berceau fut historiquement la religion comme
fertilisant, permet, en fin de processus, de supprimer l'extériorité.
Pour reprendre la comparaison précédente, une oeuvre d'art, dans notre
exemple une toile, peut changer de support ( on peut remplacer un clou
par un piton ou une cimaise).Mais le support lui même, donc ce qui est
extérieur à la peinture, reste indispensable. Et il n'est possible de
dire que oeuvre existe indépendamment de son support, car la toile
elle-même est support de la peinture, et sans toile, ou autre support, il
y a tout simplement impossibilité d'exprimer une oeuvre. Il en va de
même des sociétés humaines : on peut changer les outils du lien social
et passer des diverses religions aux diverses formes d'Etat
(monarchique, totalitaire, démocratique...).
Même la démocratie ne correspond pas à la fin de l'extériorité et le
passage à la centralité. Concrètement, le pouvoir, même démocratique,
représente une généralité au-dessus des intérêts particuliers. La loi,
même démocratique, est une contrainte extérieure au regard des actions
et projets particuliers de chacun des citoyens. En ce sens, le pouvoir
est toujours un rapport d'opposition commandé par la scission
indispensable entre un dedans et un dehors ( de la même façon que le
support de la toile nest pas contenu dans la toile elle-même : il reste
toujours une extériorité). Et cette scission est bien indispensable,
sous peine de voir le lien social lui même disparaître. Pour reprendre
notre comparaison, si la toile ne connaît plus de support, elle cesse
d'exister en tant qu'oeuvre à la disposition du regard de ses admirateurs
potentiels.
Cette remarque est fondamentale pour comprendre les difficultés de la
construction européenne : elle suppose la destruction relative des
Etats-Nations, et donc la suppression plus ou moins rapide des
extériorités de chaque communauté nationale au profit dune nouvelle,
dont les contours ne sont pas encore définis. Il s'agit dun exercice
très difficile qui pour revenir à notre comparaison correspond à
l'arrachement du support qui soutient la toile avant même d'avoir
envisagé la réalisation matérielle dun nouveau support. Cest la raison
pour laquelle certains considéreront que la construction européenne est
d'abord une inacceptable destruction.
Le Point de vue non économiciste de la naissance de l'Etat est-il si
différent de celui exprimé par les économistes ultra-libéraux ?
Les liens de parenté entre les points de vue des économistes et ceux
des
non-économistes
Ne sera examiné ici que la comparaison entre ces deux points de vue, qui
par certains aspects, peuvent paraître extrêmes. On sait que dans les
conceptions les plus courantes des spécialistes des sciences sociales,
l'Etat est le plus souvent perçu comme une invention volontaire des
hommes. Cest probablement le cas de nombre de juristes. Cest peut-être
aussi le cas de très nombreux économistes qui, sans réellement expliquer
l'Etat, veulent le réduire aux strictes dimensions imposées par la seule
défaillance des marchés : la rencontre des intérêts privés fabriquant
l'intérêt général, exclue, épistémologiquement, le recours à l'Etat.
Notons du reste que la main invisible chère au fondateur de la science
économique, Adam Smith, est bien le substitut de Dieu, lequel devient
une hypothèse superflue.
Si finalement l'Etat doit exister ou existe, il est le plus souvent
considéré comme une invention résultant de la volonté de choix
économicistes rationnels, et non réellement nécessaires : la société
peut fonctionner sans lui. Cest aussi, curieusement, le point de vue de
Marx, qui considère l'Etat comme une invention dune classe dominante
cherchant à maintenir ou justifier ses privilèges.
Précisément la thèse qui vient dêtre exposée, comme celle des
économistes qui se désignent eux-même comme ultra-libéraux, est
l'inverse dun volontarisme.
Chez les non-économistes présentés, encore une fois thèses
essentiellement rassemblées à partir des travaux de Marcel Gauchet, la
genèse de l'Etat n'est pas un processus décidé et conscient. De la même
façon, chez les économistes ultra-libéraux, le phénomène étatique n'est
que le résultat involontaire et inconscient des actions volontaires
d'individus entièrement auto-déterminés. Mais, précisément, apparaît une
différence: dans la thèse non-économiciste : si le résultat du jeu
social conduit à l'Etat, le jeu lui-même apparaît comme collectif. Il
existe une religion 1 qui assure le comportement des individus,
lesquels apparaissent comme étant le jouet de la religion. Ils sont plus
"activés" qu'acteurs véritables. Concrètement ,il semble que la thèse
rejette fondamentalement l'hypothèse de l'individualisme méthodologique
chère aux économistes ultra-libéraux.
Cette différence est peut-être moins radicale qu'il ny paraît. En
réalité, tout dépend de la nature de la religion 1. Il n'est
évidemment pas question ici d'aborder les diverses théories censées
expliquer les phénomènes religieux. La question étant plutôt de savoir
s'il peut exister une interprétation du fait religieux à partir de
l'hypothèse de l'individualisme méthodologique. Ainsi la religion
apparaîtrait comme le résultat involontaire de comportements volontaires
lesquels mèneraient progressivement à l'Etat. Si une telle
interprétation peut exister, alors les points de vue des non-économistes
et des économistes ultra-libéraux pourraient être rapprochés en vue
d'une synthèse.
Beaucoup d'explications des faits religieux, s'enracinent dans lidée de
contrainte : toutes les sociétés ont connu la religion 1 et celle-ci
résulterait des contraintes intérieures de l'esprit : cest le
fonctionnement du cerveau qui serait à l'origine des interprétations
religieuses du monde. A moins que, et il s'agit dune explication de
même type, la démesure des forces naturelles amène ce même esprit à voir
dans ces forces des créatures extraordinaires. De telles explications
laissent éloignée la logique de l'intérêt individuel chère aux
économistes. Même si l'on considère qu'investir individuellement dans la
religion peut rapporter dans l'au-delà, il reste que les phénomènes
religieux semblent davantage reposer sur du collectif.
Les explications du religieux à partir de ce qui à été vu antérieurement
: religion 1 comme dispositif instituant un ordre politique égalitaire,
avec le thème de la société contre l'Etat, cher à Pierre Clastres, sont
extrêmement intéressantes, mais là aussi, il est difficile de parler de
choix individuels, et du reste, l'extériorité radicale comme choix de
société semble problématique : sans doute la religion 1 interdit la
naissance dune séparation entre les hommes, mais qui a décidé ? Comment
et pourquoi ?
Reste la thèse de l'explication des religions à partir du meurtre
fondateur cher à René Girard. Le concept de meurtre fondateur,
correspond à l'idée que tous les membres d'un groupe humain quelconque,
sont travaillés par le mimétisme, lequel consiste pour chacun à désirer
ce que l'autre désire. Lorsque les hommes sont ensemble, ils ont
tendance à désirer les mêmes choses, et cela parce quils s'observent et
s'imitent. En ce sens il n'existerait pas de désir dans l'absolu, le
désir de chacun, n'étant que ce que l'on croit être le désir de l'autre.
Cette imitation entraînerait des jalousies réciproques génératrices de
violence, laquelle en vient à menacer la cohésion du groupe voire son
existence. Jusqu'ici, Girard nest pas très loin de Hobbes, qui pensait
qu'aux premiers temps de l'humanité, la guerre de tous contre tous
devait logiquement l'emporter.
Mais Girard va en conclure que les crises mimétiques débouchent sur la
désignation dun bouc émissaire, c'est -à-dire la désignation collective
dun responsable unique aux désordres vécus, responsable quil faudra
condamner et tuer : la violence collective s'apaise en raison du meurtre
puisque le responsable a disparu. Bien entendu il y a mensonge puisque
le bouc émissaire n'est pas responsable du désordre social, mais ce
mensonge est complètement inconscient chez les individus. Curieusement
la société apaisée par le meurtre se tourne à nouveau vers son bouc
émissaire, qui, ennemi absolu, vient pourtant, par son sacrifice,
rétablir l'harmonie au sein du groupe. Il en résulte que si le bouc
émissaire est vécu comme le destructeur de l'ordre social, il en est
aussi le sauveur. Et ce serait aussi la raison pour laquelle le bouc
émissaire primitif deviendrait aussi un personnage sacré, voire les
premières formes de la divinité.
Mais l'histoire ne sarrêtant pas (le désir mimétique est une constante
de l'humanité), on choisira ultérieurement d'autres victimes qui
viendront ainsi se substituer au bouc émissaire primitif ; lequel
devient progressivement déifié puisquà chaque nouveau sacrifice le
groupe constate la nouvelle réconciliation entre les hommes.
Le sacrifice humain devient ainsi un rite sacré. Plus tard, on pourra
remplacer les meurtres réels par le sacrifice d'animaux. Et derrière
tout cela va se nouer le mythe qui est la représentation de ce que
vivent les hommes ainsi englués dans la religion 1, elle-même issue
du meurtre primitif.
Il ne sagit pas ici de détailler la thèse de René Girard, mais à
l'inverse de voir en quoi cette religion 1 version Girard relève ou
non de l'individualisme méthodologique.
A priori oui, puisqu'il sagit bien d'individus qui se font la guerre.
Pourtant l'individu primitif girardien nest pas auto-déterminé : son
désir n'est que le désir de l'autre, constatation qui est largement en
contradiction avec le point de vue économiciste de l'humanité.
Bien sûr, comme dans la thèse économiciste de la genèse de l'Etat (dans
la thèse girardienne d'abord, la religion qui dérivera ensuite vers
l'Etat, alors que dans la thèse économiciste l'Etat arrive tout de
suite), l'apparition de la religion est une conséquence non attendue du
comportement des hommes. La religion 1 est le résultat involontaire de
la violence mimétique. Mais à l'inverse de la pensée économique
ultra-libérale, la violence mimétique n'a rien à voir avec les paisibles
échanges marchands volontaires entre les individus. Il n'y a donc pas de
réel "moi" autonome, ou plus exactement, s'il en existe un, il est
complètement recouvert par le désir mimétique.
Et même si les économistes ultra-libéraux sont relativement prêts à
enrichir leur postulat d'individualisme par une dose de holisme, pour
mieux rendre compte du réel, il resterait quand même une opposition
radicale des points de vue : alors que les ultra-libéraux ne raisonnent
pas à partir de la notion d'extériorité (la peinture pourrait être
admirée sans son support, pour prolonger notre exemple) les
non-économistes placent au centre de leur raisonnement cette extériorité :
il ne saurait exister de peinture sans support.
Concrètement, les ultra-libéraux croient absolument dans un Etat
polluant qu'il faut réduire et qu'il faut combattre, pour peut-être le
faire disparaître, tandis que les non-économistes considèrent que
l'aventure étatique est un fait indépassable et ses entreprises de
réduction sont nocives. Doù les difficultés considérables de la
présente construction européenne.
Au total, il semble difficile de produire une synthèse entre deux points
de vue, qui malgré les efforts et les apparences, restent
fondamentalement en large opposition.
Jean-Claude Werrebrouck le 22/08/06
Encore une fois, l'Etat va devoir sauver les banques de la faillite.
L'économiste Jean-Pierre Chevallier explique pourquoi la situation de la Société Générale est catastrophique.
- Total des dettes réelles : 1 000 milliards d'euros.
- Capitaux propres réels : 23,3 milliards d'euros.
- Ratio d'endettement µ : 42,9. Le total des dettes représente 42,9 fois le montant des capitaux propres.
- Pourcentage des capitaux propres par rapport aux dettes : 2,3 %.
http://www.jpchevallier.com/article-les-meccanos-de-la-generale-ont-encore-sevit-45178466.html
L'économiste Jean-Pierre Chevallier explique pourquoi la situation de BNP Paribas est catastrophique.
- Total des dettes réelles : 1 987,6 milliards d'euros.
- Capitaux propres réels : 70,1 milliards d'euros.
- Ratio d'endettement µ : 28,4. Le total des dettes représente 28,4 fois le montant des capitaux propres.
- Pourcentage des capitaux propres par rapport aux dettes : 3,5 %.
http://www.jpchevallier.com/article-bnpas-de-panique-on-coule-45137851.html
Les banques Société Générale et BNP Paribas sont deux gigantesques bombes à retardement.
Quand la Société générale et BNP Paribas s’effondreront, les dégâts seront énormes pour l’économie française.
(Concernant les soi-disant "actifs" des banques européennes, le directeur du FMI a révélé le pot-aux-roses le 24 novembre 2009 : la moitié des soi-disant "actifs" des banques européennes sont en réalité des actifs pourris.
Les banques communiquent sur leurs soi-disant "actifs", les banques roulent des mécaniques en montrant qu’elles possèdent des milliards d’euros d’"actifs" ... mais la moitié de ces soi-disant "actifs" ont une valeur réelle égale à zéro.
« Le Figaro : Quel est aujourd’hui le niveau des pertes non reconnues des banques ?
Dominique Strauss-Kahn : Il reste d’importantes pertes non dévoilées : 50 % sont peut-être encore cachées dans les bilans. La proportion est plus forte en Europe qu’aux États-Unis. Je le redis : l’histoire des crises bancaires, notamment au Japon, démontre qu’il n’y aura pas de croissance vive et saine sans un nettoyage complet du bilan des banques. »
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/11/24/04016-20091124ARTFIG00576-strauss-kahn-il-faut-revoir-notre-modele-de-croissance-.php