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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 20:38
L'institut Montaigne vient de publier sous la signature de Frédéric Bonnevay un document s'intitulant :"Pour un Eurobond: une stratégie coordonnée pour sortir de la crise".  Reprenant sous forme beaucoup plus académique notre histoire des passagers clandestins à bord du navire Euro, les "grands minces devenant" les pays exportateurs et "les petits un peu ronds" les pays importateurs, Frédéric Bonnevay met l'accent sur la dangereuse divergence des politiques économiques allemande et française.

L'objectif d'une refondation ou plus simplement d'une meilleure intégration s'inscrit sous le seul registre de l'efficience évaluée au travers de  2 objectifs:
- maintenir un coût faible de l'endettement souverain

- diminuer l'aléa moral

L'idée générale consiste à mettre en place une agence d'abord Franco-Allemande chargée de commercialiser une dette binationale libellée en "Eurobonds". Les agences nationales chargées des émissions "d' OAT" et de "Bunds" restant temporairement en activité.
il s'agirait de l'ébauche d'un couplage budgétaire avec investissements communs et support de la charge de dette correspondante par des impôts perçus par l'agence. Concrètement des recette fiscales domestiques relativement homogénéisées - par exemple une partie de l'IS domestique préalablement harmonisé du point de vue taux- serait redistribuée à l'agence chargée de la vente des "Eurobonds", agence pouvant ainsi rémunérer le capital acquis.
Les investissements communs aux deux pays: infrastructures, recherche, haute technologie etc. seraient évidemment décidés dans le cadre d'une structure politique à construire et financées avec la dette binationale ainsi créée.

l'étude n'évoque qu'assez peu la gestion budgétaire de ce qui reste sous la souveraineté de chaque Etat. Elle insiste toutefois sur le fait que progressivement les budgets nationaux concerneraient de moins en moins l'investissement public laissé de plus en plus soit aux collectivités locales soit à la structure supranationale. La cohabitation entre "OAT", "Bunds" et "Eurobonds" cesserait progressivement avec la remise à niveau des comptes publics nationaux. L'idée étant qu'à terme, il y aurait disparition des dettes souveraines.
A terme, d'autres pays seraient incités à rejoindre la nouvelle structure en raison de la garantie d'un coût bas de l'endettement. Les mécanismes de Maastricht et du pacte de stabilité seraient abandonnés au profit d'autres mécanismes branchés sur la nouvelle structure et ce afin d'éviter les comportements de passagers clandestins.
Au fond il s'agit de profiter de la crise de l'eurozone pour aller plus loin vers l'intégration et la construction de ce qu'on appellait déjà avec Jean Jacques Rosa "un grand Etat européen".
l'idée est au fond assez classique, et souffre de son économicisme étroit.
Tout d'abord rien n'est dit sur le nondit européen: la monnaie d'abord dénationalisée puis déliée de tout contrôle supra national avec le traité de Lisbonne restera ce qu'elle est : un objet contrôlé par une oligarchie qui n'a même pas de titre de propriété à présenter pour justifier son existence. Si l'objectif est de maintenir un coût bas de l'endettement, il serait préférable de se débarrasser de ces intermédiaires inutiles: les "Spécialistes en Valeurs du Trésor" (SVT). ET de se ravitailler directement auprès d'une banque centrale, redevenue obéissante envers ses propriétaires. les entrepreneurs politiques notamment français savent  légiférer sur la Grande Distribution en reprochant à cette dernière ses captations de valeur ajoutée (cf la loi dite "LME"). On peur imaginer qu'ils sont tout aussi capables de repérer les aberrations du circuit de la dette publique.

En second lieu les conditions d'une émergence de l'entité intergouvernementale chargée des nouvelles règles budgétaires ne sont pas abordées, parce qu'à priori en dehors du champ de la stricte économicité.Il s'agit là pourtant, des vrais difficultés de la naissance d'un embryon d'Etat européen.
En raison du fait  qu'il n'existe pas de "Demos" européen, on voit mal l'émergence d'un parti européen, donc d'un groupe d'entrepreneurs politiques "vendeurs" de  "l'idéologie de l'intérêt général" qui au delà de son inexistence réelle aurait aussi beaucoup de mal à vivre simplement sur un plan symbolique et culturel. Quand il y a un "Demos" il existe nécéssairement un univers symbolique et culturel construit par une histoire concrète. Et ce sont ces univers qui deviendont en Etat de Droit les matières premières de l'intérêt général vendu par les entreprises politiques.l'idée de nation fût ainsi  très longtemps un excellent produit.

Dans l'espace supra national, point de "demos" et point de matière première pouvant devenir cet objet simplement idéologique qu'est l'intérêt général. Et donc point d'entreprise politique.
Ce fait massif est en outre renforcé, par une crise développant semble t-il, des forces éminemment centripètes: le repli sur soi.
Pour les citoyens ordinaires aux prises avec la crise, les entrepreneurs politiques nationaux sont massivement délégitimés, mais doivent rester en place, pour tenter, dans la tourmente, de conserver l'essentiel, en particulier l'Etat providence...qui bien évidemment est national. il n'existe donc ni demande ni offre idéologique nouvelle, d'où la relative cartellisation des entreprises politiques nationales. l'idéologie d'un intérêt général au dessus des Etats est encore plus difficile à accoucher en temps de crise

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans la zone euro
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commentaires

François78 25/02/2010 10:48


Je viens de lire ce billet alarmant de Paul Jorion

http://www.pauljorion.com/blog/?p=8523

J'ai emis le commenyaire suivant, qui vous indiquera de plusmes intentions :

"Sauf indication contraire, je vais relayer ce billet (URL-pointeur, extraits ou totalité):

– auprès de tous les blogs « sérieux » (de mon point de vue) auxquels j’ai accès,

– dans un courrier/courriel (dans les formes) à l’attention du premier ministre, d’abord au lien suivant : http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/ecrire

Je vous conseille de faire au minimum de même, en ajoutant éventuellement quelques destinataires : Eric Woerth,Christine Lagarde,... "


Mortimer 25/02/2010 10:28


Cessez de parler des marchés politiques, cette expression ne recèle qu'une part de vérité, et l'utiliser fréquemment tend à faire oublier que la politique a d'autres règles que le marché.

Les commentaires sur l'Institut Montaigne me paraissent pertinents.


BA 24/02/2010 22:39


Je transmets ce message à l'Institut Montaigne, et à ces élucubrations de technocrates :

Le ton monte entre Berlin et Athènes, qui évoque le passé nazi.

Le vice-Premier ministre grec Theodoros Pangalos a dénoncé mercredi les critiques de Berlin vis-à-vis de la Grèce au sujet de la lourde dette extérieure de son pays, évoquant l'invasion de 1941 par
l'Allemagne nazie.
Athènes, a-t-il affirmé, n'a jamais reçu d'indemnisation pour les pillages subis à l'époque.
"Ils ont pris les réserves d'or de la banque de Grèce, ils ont pris l'argent grec et ne l'ont jamais rendu. C'est un sujet qu'il faudra bien aborder un jour ou l'autre", a-t-il affirmé dans une
interview à la radio britannique BBC World Service.
"Je ne dis pas qu'ils doivent nécessairement rendre cet argent, mais ils pourraient au moins dire merci", a-t-il ajouté.
Le ministère allemand des Affaires étrangères s'est aussitôt élevé contre ces propos, affirmant que l'équivalent de plusieurs milliards d'euros avait été versé à Athènes.
"Je dois rejeter ces accusations", a déclaré Andreas Peschke, porte-parole de la diplomatie allemande.
Selon lui, l'Allemagne a payé à la Grèce entre 1945 et 1960 environ 115 millions de deutsche marks en indemnisations, sans compter les sommes versées à titre individuel aux travailleurs forcés.
"Enfin, j'aimerai signaler qu'en plus de cela, l'Allemagne a payé depuis 1960 environ 33 milliards de deutsche marks d'aides à la Grèce, à la fois de façon bilatérale et dans le cadre de l'Union
européenne", a-t-il poursuivi.
"Discuter du passé n'aidera absolument pas à résoudre les problèmes auxquels l'Europe est confrontée aujourd'hui."

http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE61N27Y20100224

Je maintiens mon pronostic : l'Allemagne ne versera pas un seul euro pour sauver la Grèce.

Et les Pays-Bas non plus.

Et l'Autriche non plus.

C'est peut-être ça qui manque le plus à l'Institut Montaigne : comprendre qu'il existe des peuples différents en Europe.

Comprendre qu'il existe des histoires différentes en Europe.

Comprendre qu'il existe des cultures différentes en Europe.


BA 23/02/2010 22:50


L'Institut Montaigne, comme d'habitude, montre sa totale déconnection avec le monde réel.

L'Institut Montaigne imagine de construire des usines à gaz franco-allemandes, des châteaux en Espagne, etc.

Le problème de l'Institut Montaigne, c'est les peuples.

Le problème de l'Institut Montaigne, c'est les nations.

Le problème de l'Institut Montaigne, c'est l'existence d'un sentiment national en France.

Le problème de l'Institut Montaigne, c'est l'existence d'un sentiment national en Allemagne.

Etc.

Bon, d'un autre côté, c'est bien que les génies de l'Institut Montaigne imaginent de construire des usines à gaz non-viables : au moins, ça les occupe.


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