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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 14:38

La société française est bien une exception: c'est elle qui historiquement a engendré la modernité ou le grand basculement du monde. En supprimant, il y a plus de deux siècles, une monarchie de droit divin, les sujets de l'époque - tout au moins certains d'entre eux -  ont brutalement pris conscience que le monde des humains avec ses règles et institutions n'avait rien de naturel et qu'il était une construction humaine. La modernité était née et nous n'avons pas tout de suite pris conscience de sa radicalité.

 

Si, effectivement, ce qui gère les rapports des hommes entre eux ( règles de droit, de pouvoir, habitudes, normes sociales y compris celles de l'espace domestique, valeurs et croyances, etc.) est une construction humaine, alors tout relève de l'arbitraire humain et tout peut être contesté et soumis à changements. La modernité naissante - celle de l'été 1789-  ne pouvait se borner à l'émergence d'une simple monarchie constitutionnelle et se devait d'être un processus beaucoup plus révolutionnaire dont le mariage pour tous devait en être un sous-produit parmi tant d'autres passés et à venir.

 

Les résistants à l'avalanche de la modernité ont  historiquement  connu une très longue série  d'échecs ou de replis dont le dernier en date est celui de la promulgation d'une loi concernant le mariage des homosexuels. Les débats concernant ladite loi se sont bien inscrits sur le même terrain ouvert en 1789: il existe des rapports domestiques qui relèvent de la nature et celle-ci est un sanctuaire qui ne peut être soumis à l'arbitraire d'une loi qui ne serait pas simplement déclarative de l'ordre naturel. Et puisqu'il fallait bien reculer comme ce fut toujours le cas depuis 1789, il fallait au moins que cette loi soit autre que celle promulguée par une simple majorité parlementaire. D'où l'idée de référendum.

 

Il n'est pas étrange que les groupes opposés au mariage pour tous flirtent aussi avec certains défenseurs de l'écologie qui n'acceptent pas que la nature puisse être aussi réduite et transformée par la grande machine de la modernité. Parce que dans le programme de cette dernière tout peut être transformée alors la nature devient elle-même assemblage technologique que l'on peut domestiquer ou reconfigurer. Ce que ne peuvent accepter les conservateurs pré-modernes.

 

Ces mêmes groupes sont parfois génés dans ce domaine particulier de l'interaction sociale qu'est l'économie. Plutôt conservateurs, ils se méfient de la mondialisation dont les acteurs sont beaucoup moins génés par une modernité dont ils n'ont pas connu l'acte de naissance: ne pas être français c'est ne point être enkylosé par une trop lourde histoire. D'où un mariage pour tous plus facile à obtenir dans nombre de pays occidentaux dont la culture est pourtant souvent conservatrice (Belgique Espagne,etc.)

Pour autant ces groupes de résistants français ne s'attaquent pas  à la dérive délinquante de la mondialisation financière.  Atteints malgré eux par la modernité triomphante, ils pensent sans doute sincèrement que l'économie et ses lois relèvent de la nature, et qu'à ce titre rien ne peut être fait pour en transformer le fonctionnement. Etre simplement keynésien n'est  pas envisageable pour ces résistants.

Ce faisant ils ne sont pas complètement séparés de ceux qui, continuant à croire aux mérites grandioses de la modernité, se sont trouvés bloqués par les mirages de l'économie : tout, absolument tout, peut être transformé, mais les lois de l'économie sont devenues pour eux aussi sacralisées que les princes de naguère. On peut légiférer sur le mariage, mais arrêter le glissement massif du secteur bancaire vers la délinquance est hors de portée pour ces défenseurs de la modernité.

Cette très vieille opposition entre groupes sociaux antagonistes fait le bonheur des vrais prédateurs.

Immanence et transcendance sont de très lours poids pour l'humanité. Plus particulièrement en France.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans textes de portée générale
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commentaires

Hadrien 09/05/2013 20:06

A propos de singularité française:

http://www.lespetitsmatins.fr/collections/ce-que-les-banques-vous-disent-et-pourquoi-il-ne-faut-presque-jamais-les-croire/
(PASCAL CANFIN)
Petit florilège comparatif avec l'auteur du blog "Démystifier la finance" :

LES BANQUES: "L'Europe ne peut pas mettre seule en place une taxe sur les transactions financières"
[G. UGEUX: "la France cherche-t-elle à s’isoler... avec ses seules forces et ne pas attirer les investisseurs?"]
La Commission européenne, sous la pression de l'Allemagne, de la France et du Parlement européen, a mis sur la table en Octobre 2011 une directive pour créer une telle taxe, au niveau de l'UE à 27.
L'opposition du Royaume-Uni à cette initiative rend peu probable une TTF dans toute l'Union européenne, car une telle décision relève de la règle de l'unanimité.
Il sera donc probablement nécessaire de passer au plan B, à savoir une taxe s'appliquant uniquement aux membres de la zone euro dont la majorité d'entre eux est favorable.
Cette perspective inquiète les banques de la zone. Car si leurs dirigeants osent moins critiquer publiquement le principe même d'une taxe sur les transactions financières, ils s'accordent pour
affirmer qu'une telle taxe ne peut être que mondiale et que l'Union ne peut la mettre en place seule, au risque de voir les transactions quitter les places européennes...
Or, des solutions existent pour éviter une telle fuite des transactions. Ainsi, la proposition de directive rédigée par la commission évite ce piège. Elle prévoit que le bénéficiaire de la
transaction sera taxé quel que soit le lieu de sa réalisation, dès lors qu'il réside dans l'Union européenne. Le risque de délocalisation des flux vers le reste du monde n'est donc pas un argument
valable pour s'opposer à une TTF.

LES BANQUES: "On partira s'installer ailleurs..."
[G. UGEUX: "...vers la Suisse ou la Grande Bretagne"]
Un argument imparable pour s'opposer à toute décision ambitieuse en matière de régulation financière, le chantage aux délocalisations: "si vous régulez trop en Europe, nous transférons nos
activités aux Etats-Unis, dit l' "industrie financière".
Ce discours porte fortement au sein du Parlement européen. La priorité de certains députés libéraux ou conservateurs semble être de ne surtout rien faire qui risquerait de soumettre la finance
européenne à des règles plus strictes que celles en vigueur aux Etats-Unis ou en Asie.
Or, des parlementaires du Parti démocrate qui étaient sur le point de faire voter le Dodd-Frack Act, la principale loi de Barack Obama de régulation de la finance, ont raconté à l'époque comment
les banques américaines leur disaient:
"Si vous mettez en place telle règle sur les produits dérivés ou sur la séparation des banques, alors nous quitterons New-York pour Londres." Un discours identique à celui tenu par les banques
européennes qui nous expliquaient au même moment au Parlement que, si on appliquait des règles trop dures sur les bonus, elles quitteraient Londres pour New-York.
De fait, l'Europe est bien la seule région du monde à avoir transcrit les prescriptions du G20 (et même à être allée au-delà) en matière de régulation financière. pourtant, un an après l'entrée en
vigueur de ces règles, nulle fuite en vue...

LES BANQUES (françaises): "Les banques françaises sont plus régulatrices que les autres"
[G. UGEUX: " l’Allemagne a emboité le pas, mais c’est la France qui est à l’origine de cette initiative qui rend le monde entier perplexe"]
A Bruxelles, où les décisions sont prises, la réalité est tout autre:
La France a empêché en Europe une règlementation plus ambitieuse des bonus .
Contrairement au Royaume-Uni, le gouvernement n'a pas lancé de réflexion et donc, encore moins, pris de décision sur la séparation des activités bancaires.
Contrairement à l'Allemagne, la France n'a pas interdit les CDS "à nu" sur sa dette avant que l'Europe ne le fasse.
Contrairement à Barack Obama, elle n'a pas fait voter un texte de type FATCA qui écrase le secret bancaire.
Enfin, sur les transactions financières, c'est l'Allemagne qui a d'abord poussé l'Europe à agir, rejointe par la France. Et ce sont les services du ministère allemand des Finances, et non Bercy,
qui travaillent sur un projet concret de taxe sur les transactions financières limité à la zone euro si le projet à 27 ne voyait pas le jour.

BA 03/05/2013 10:16

Vers une nouvelle monnaie européenne.

Sur son blog, l'économiste Yanis Varoufakis souligne l'importance historique du document de la Bundesbank publié dans le journal Handeslblatt. Ce document de la Bundesbank montre que l'Allemagne
est en train de suivre une Grande stratégie :

l'Allemagne souhaite créer une nouvelle monnaie, qui réunirait tous les pays situés à l'est du Rhin et au nord des Alpes.

La monnaie actuelle, l'euro, resterait la monnaie des pays d'Europe du sud et de la France.

Lisez cet article :

Faites votre choix, cher lecteur : voyons-nous une Grande erreur de la Bundesbank ? Ou alors une Grande stratégie, dont l'objectif est d'aboutir à une nouvelle monnaie à l'est du Rhin et au nord
des Alpes, nouvelle monnaie inutilisée par les pays en déficit et par la France ? Je sais sur quelle interprétation je parierais de l'argent.

You take your pick, dear reader: Do we behold a Bundesbank Grand Error or a Grand Strategy, the purpose of which is to bring about a new hard currency east of the Rhine and north of the Alps,
unencumbered by the deficit countries and France? I know which interpretation I would place money on.

http://yanisvaroufakis.eu/2013/04/27/intransigent-bundesbank-mr-jens-weidmanns-surreptitious-campaign-to-bring-back-the-greater-deutsch-mark/

Rappel des chiffres du chômage en Europe :

1- Médaille d'or : la Grèce. 27,2 % de chômage.

2- Médaille d'argent : l'Espagne. 26,7 % de chômage.

3- Médaille de bronze : le Portugal. 17,5 % de chômage.

Et les pays qui ont le moins de chômage ?

24- Pays-Bas : 6,4 % de chômage.

25- Luxembourg : 5,7 % de chômage.

26- Allemagne : 5,4 % de chômage.

27- Autriche : 4,7 % de chômage.

BA 02/05/2013 10:15

MEDIAPART, Paul Jorion : « La zone euro est à deux doigts de l’éclatement », le 30 avril 2013.

Mediapart : Un économiste grec, Yanis Varoufakis, considère sur son blog que le mémoire de la Bundesbank est un acte de guerre et annonce la fin de la zone euro telle que nous la connaissons.
Partagez-vous cette analyse ?

Paul Jorion : Les conclusions de Yanis Varoufakis au billet alarmiste qu’il poste sur son blog sont probablement bonnes, mais pas pour les raisons qu’il avance. Entre la Grèce, Chypre, le Portugal,
il est clair que c’est l’Allemagne qui tient la zone euro. Elle a commencé à faire les comptes. L’addition devient de plus en plus lourde et les risques aussi, comme le traduit Target 2 (système de
compensation intra-européen qui montre que l’Allemagne est créditrice à hauteur de 700 milliards d’euros à l’égard du reste de la zone euro). Enferrée dans sa position d’exportateur net, elle
devient de plus en plus en risque. Les Allemands sont devenus les seuls répondants. La zone euro est devenue un fardeau beaucoup trop lourd pour eux. L’intérêt calculé de l’Allemagne est de couper
le cordon.

Mediapart : Peut-elle décider de le faire ?

Paul Jorion : La raison voudrait que l’on arrête la politique du chacun pour soi, qu’on rebâtisse un ordre monétaire international, dont l’absence depuis 1971 entraîne tout le monde par le fond. Au
niveau européen, la construction telle qu’elle a été faite montre toutes ses lacunes et ses erreurs. Il faudrait aller vers plus de fédéralisme, afin qu’un système budgétaire et fiscal commun
vienne compléter la monnaie unique. Mais si cela se fait, ce sera contre les opinions publiques. Celles-ci ont décroché du projet européen : elles souhaitaient une Europe des citoyens, elles n’ont
que l’Europe des marchands. À ce stade, il y a toutes les raisons d’être pessimiste. Nous sommes dans une période très critique. La zone euro est à deux doigts de l’éclatement. Le système est dans
une telle situation de fragilité que la moindre étincelle peut le faire exploser.

http://www.pauljorion.com/blog/?p=52999

BA 29/04/2013 10:11

Aujourd’hui, les banques de l’Union Européenne ont dans leurs livres 1500 milliards d’euros d’actifs pourris.

Je dis bien : 1500 milliards d’euros d’actifs pourris.

Ce sont des actifs pourris, des obligations pourries, des créances irrécouvrables, … bref ce sont des merdes.

http://www.pauljorion.com/blog/?p=52911

Comment les banques de l’Union Européenne se débarrassent de toutes ces merdes ?

Réponse :

Les banques françaises donnent les merdes françaises à la Banque de France, qui les donne à la Banque Centrale Européenne.
En échange, la BCE donne à la Banque de France des dizaines de milliards d’euros tout beaux, tout neufs, tout propres. Ensuite, la Banque de France donne ces liquidités aux banques françaises …
… et les banques françaises utilisent ces liquidités pour acheter les obligations de l’Etat français.
Conséquence : l’Etat français peut continuer à emprunter sur les marchés internationaux. Son taux d’emprunt ne cesse de baisser.
Conclusion :
Tout le monde est content !

Dans tous les pays européens du sud, le mécanisme est le même : en Italie, en Espagne, etc.

Les banques italiennes donnent les merdes italiennes à la Banque d’Italie, qui les donne à la Banque Centrale Européenne.
En échange, la BCE donne à la Banque d’Italie des dizaines de milliards d’euros tout beaux, tout neufs, tout propres. Ensuite, la Banque d’Italie donne ces liquidités aux banques italiennes …
… et les banques italiennes utilisent ces liquidités pour acheter les obligations de l’Etat italien.
L’Etat italien peut continuer à emprunter sur les marchés internationaux. Son taux d’emprunt ne cesse de baisser.
Tout le monde est content !

Mario Draghi est un alchimiste : il transforme la merde en euros !

Bon, évidemment, les journalistes allemands et les dirigeants politiques allemands ne sont pas contents.

Vendredi 19 avril 2013 :

Schäuble en faveur d’une action de la BCE pour réduire les liquidités.

Le ministre allemand des Finances verrait d’un bon oeil une action de la Banque centrale européenne (BCE) pour réduire les liquidités en circulation dans la zone euro, selon un entretien à
WirtschaftsWoche, mais juge que cela est difficile dans la situation actuelle.

« Il y a beaucoup d’argent sur le marché, selon moi trop d’argent », a déclaré Wolfgang Schäuble dans un entretien au magazine allemand à paraître lundi, mais dont des extraits ont été publiés
vendredi.

Donc « si la BCE essaie d’utiliser sa liberté d’action pour réduire un peu cette grande quantité de liquidités, je ne pourrais que le saluer », a-t-il ajouté.

Mais la liberté d’action est minime actuellement en raison de la crise qui frappe nombre de pays de la région, a-t-il aussi souligné. « Nous ne devons pas oublier en Allemagne que beaucoup de pays
européens sont encore dans une situation de croissance précaire ».

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/afp-00515597-schauble-en-faveur-d-une-action-de-la-bce-pour-reduire-les-liquidites-560016.php

La Gaule Jules 28/04/2013 05:39

La France n’a pas inventé la modernité en 1789, ni même dans le demi-siècle précédent, si l’on admet le travail de préparation opéré par les philosophes français se réclamant du mouvement dit « des
lumières ».

La matrice de la modernité serait plutôt l’Angleterre du dix septième siècle avec tout le courant libéral impulsé par les idées de John Locke. Contrairement à ce que vous laissez entendre
d’ailleurs ( ?), Locke et ses émules affirmaient des principes et des droits afférents à ces principes comme procédant de la NATURE.

Le premier de ces principes naturels était bien sûr « la Liberté », qui est à l’usine à gaz philosophique libérale (la « pensée » économique fait partie des tuyaux) ce que les hydrocarbures sont au
bric à brac de la mondialisation économique.

Cette « Liberté » a toujours fonctionné sur le mode théologique. En douceur à l’origine puis sur un mode de plus en plus furieux à mesure que les religions s’affaissaient où se sécularisaient, pour
aboutir à ce qu’elles sont devenues aujourd’hui, le supplément d’âme relaxant (voire laxatif) de la plénitude matérielle.

Comme toutes les religions qui réussissent, cette liberté a produit son sanctuaire -son église- plus connu sous le nom de libéralisme. Elle a consacré aussi ses fidèles et son bas et haut clergé,
le tout pouvant être regroupé sous l’appellation commode de Communauté des Elus Libres (CEL) ; ensemble des communautés nationales particulières ayant vocation eschatologique à ne plus en former
qu’une seule d’envergure planétaire, si je m’en tiens aux textes saints.

Si l’on ne s’en tient qu’aux faits historiquement bruts, la modernité libérale a toujours fonctionné comme une machine à élire (l’actif du bilan) et à exclure (le passif), la prise en compte de la
masse des recalés (esclaves, peuples colonisés exotiques ou non, prolétariats anciens et nouveaux, chômeurs indemnisés ou lumpenisés etc.) donnant du gîte au vaisseau comptable global.

L’invention de l’ingénierie financière moderne n’est que la dernière trouvaille technique pour remettre le rafiot d’aplomb, au moins provisoirement, et en prenant beaucoup de liberté avec les lois
élémentaires de l’hydraulique. Son mode de fonctionnement est analogue à celui d’autres techniques plus anciennes ; toujours instituer, sous couvert d’une Liberté mythique, la dépossession absolue
et la profanation au sens propre, soit la mise en coupe réglée des profanes aux saintes écritures, et leur mise à l’écart par la neutralisation politique.

Les bénéficiaires du système sont des élus possédants qui se définissent eux-mêmes comme des entrepreneurs, comme vous le dites de manière systématique en parlant de la corporation –il est vrai que
le concept est commode et plus acceptable moralement. Corporation qui comprend elle-même ses métiers nobles (exemple directeur de la qualité dans une usine de création de valeur) et ses
équarisseurs aux mains sales (journalistes et politiques de tout grade).

Il reste que prendre 1789 comme point de départ de la grande geste de la modernité me paraît erroné. La France a plutôt inauguré alors sa conversion au système sur le mode du conflit permanent ; ou
sur le mode du rétropédalage, si vous préférez une image résolument plus moderne.

Le problème de la France (ou son salut, l’avenir le dira), est que la théologie de la liberté a secrété chez nous deux grands empêcheurs de libérer en rond. Le mieux connu est le Marquis de Sade,
lequel a poussé l’idée de Liberté jusqu’à son fantasme ultime, celui de tous les preneurs de plaisir et des preneurs de vie par le plaisir –ce sont les mêmes, Freud plus tard affinera le
concept.

Le moins bien connu est Rousseau, qui n’a jamais été le penseur du bon sauvage, comme on a voulu l’y reléguer, mais celui du même bon sauvage lorsqu’il échappe à sa condition pour accéder à la vie
en société par le « contrat social », c’est-à-dire par la culture, d’où la condition historique prend sa source.

1789 a été avant tout le moment et le lieu privilégié où s’est opéré le constat qui hante et mine toute l’histoire de la modernité libérale, celui du conflit à mort entre la nature et la culture.
C’est la Liberté qui procède de l’immanence, en tant que principe naturel de la transformation inéluctable de toute chose, et en regard de laquelle toute entrave à son accomplissement ne peut
relever que de l’anomalie, de la maladie ou de la malveillance. La culture est la transcendance, puisqu’elle permet de poser des limites à la loi naturelle et d’intégrer ces limites à la mémoire et
au récit de l’histoire.

La révolution de 1789 a réaffirmé en France les droits naturels imprescriptibles hérités de la philosophie anglo-saxonne, mais s’en est démarqué immédiatement en posant les bornes culturelles de la
citoyenneté, bornes qui déséquilibreront tout l’édifice révolutionnaire à partir de 1792 jusqu’à nos jours, en un mouvement de balancier qui est loin de s’être encore stabilisé. La grande offensive
de la modernité libérale contre la culture me fait penser à ces éternelles ruées sans cesse décisives propre aux guerres de position modernes.

L’état aura été à ce titre la grande construction culturelle qui sut un temps capter à son profit toutes les forces levées par l’affirmation des droits naturels, et l’apogée de cette construction a
sans doute été grande guerre civile mondiale des états, qui est intervenue dans la première moitié du vingtième siècle.

Depuis cette époque, la culture n’a effectivement cessé de refluer face à la nature, et l’état –garant de la transmission culturelle- a perdu bien des batailles contre la société civile –fer de
lance de la liberté naturelle.
Je n’ai donc pas le même regard que vous sur l’affaire du mariage pour tous, dont la volonté d’instituer une règle nouvelle égalitaire n’est qu’apparente, puisque sont objet profond est au
contraire de détruire une règle culturelle ancienne au nom de la Liberté toute puissante et de la transformation toute puissante de la société civile.

Ce fait n’est absolument pas anodin, même en regard de votre préoccupation principale qui est la dérive de la finance mondiale vers la délinquance et la prédation de masse. Cela car les forces
sociales qui seront susceptibles, en France et ailleurs, de freiner cette dérive, sont encore ancrées dans l’histoire.

Jean Claude Michéa a bien montré que l’une des dates clés de notre histoire a été l’affaire Dreyfus, moment où la bourgeoisie intellectuelle, héritière de la grande révolution, a pu accaparer la
mémoire et la parole de la culture ouvrière révolutionnaire et des couches populaires en général. Le compromis culturel fondamental de la gauche française est né à ce moment là, compromis qui a été
lui-même un moteur essentiel de la dynamique de l’état national.

C’est bien à l’explosion de ce compromis à laquelle nous assistons aujourd’hui, la bourgeoisie intellectuelle de gauche marquant par cette loi symbolique son ralliement absolu au moloch de la
modernité, et à un moment où une grande partie des couches moyennes est menacée par le déclassement et le retour vers ses origines.

Ce que vous appelez les « résistants français » ne s’attaquent donc pas encore résolument à la dérive délinquante de la mondialisation financière mais cela, en toute logique, va vite venir. Pour
l’instant ils sont jeunes et ils apprennent, à l’aveuglette.

Je parie aussi que les nouvelles couches populaires –notoirement d’origine exotique- sur lesquelles la gauche bourgeoise prétend dorénavant s’appuyer, ne sont pas prêtes non plus, elles, a
sacrifier leur culture sur l’autel de la Nature. A ce niveau là aussi, rien n’est joué sur le front -simple remarque (Ah ! Ah ! Ah !).

BA 27/04/2013 15:02

La France est en faillite, l'Italie est en faillite, l'Espagne est en faillite, mais au moins l'Espagne, elle, elle a le mérite de truquer ses chiffres !

Le problème, c'est que tout le monde sait que l'Espagne truque ses chiffres !

Samedi 27 avril 2013 :

Espagne : les chiffres officiels mis en doute.

Peut-on encore croire les chiffres donnés par l'Espagne ? Le gouvernement espagnol a revu à la baisse ses objectifs de déficit et ses prévisions de croissance pour les trois prochaines années lors
du conseil des ministres du vendredi 26 avril. Pour reprendre les termes de la numéro deux du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, le gouvernement a "réordonné ses chiffres".

Mais pour certaines données, comme le déficit prévu en 2014, (5,5 % selon Madrid), le gouvernement reste encore très au-dessous des prévisions de Bruxelles ou du Fonds monétaire international
(FMI), qui l'estiment respectivement à 7,2 % et 6,9 % du PIB.

Or l'expérience passée impose la méfiance. Les chiffres du déficit de 2011 ont été revus à la hausse à trois reprises l'an dernier. Le dérapage de trois régions et l'ajout de factures non payées
avaient finalement porté le déficit de 8,5 % prévu initialement à 9,4 %...

Pour 2012, il semble déjà que l'histoire se répète. Les chiffres que le gouvernement a publiés en février ont été contredits par Eurostat un mois plus tard : estimé à 6,7 % du PIB selon Madrid, le
déficit serait en fait selon l'institut de statistiques européen de 7 %.

L'opposition soutient qu'il n'est pas impossible que ce chiffre soit encore inférieur à la réalité. En mars, le porte-parole économique du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pedro Saura,
avait accusé le gouvernement de "maquiller les comptes" en gonflant de 10 milliards d'euros les revenus publics perçus en 2012. Selon lui, le gouvernement aurait notamment retardé les
remboursements des trop-perçus d'impôts afin qu'ils soient comptabilisés sur 2013 au lieu de 2012.

Ces accusations s'ajoutent aux doutes exprimés par certains économistes. La Fondation des études d'économie appliquée (Fedea) a relevé certaines données inexplicables, "bizarres" même, lors de la
présentation du dernier rapport de l'observatoire fiscal des régions autonomes, le 18 avril.

L'économiste Juan Rubio-Ramirez, professeur à l'université de Duke, s'est étonné que les dépenses courantes en biens et services aient chuté de 38 % en Cantabrie et de 26 % en Castille-La Manche et
aux Baléares. Selon lui, pour parvenir à une telle réduction des dépenses, ces régions auraient dû fermer une grande partie de leurs établissements scolaires et hôpitaux, ce qui n'a pas été le
cas.

Les régions dans leur ensemble sont parvenues à baisser leur déficit de 3,31 % à 1,73 % en 2012, selon le gouvernement.

Plus étonnant est l'effort qu'aurait réalisé la Castille-La Manche, baissant son déficit de 7,8 % à 1,5 % en un an...

Faute d'explications détaillées par le gouvernement, difficile de savoir si ces résultats sont bien réels, s'ils sont erronés ou si ce sont les résultats des années précédentes qui ont été
gonflés.

Quoi qu'il en soit, les doutes sont là, comme en témoigne l'avertissement de l'agence de notation Moody's. Le 9 avril, elle a maintenu la note de l'Espagne, Baa3, avec une perspective négative, en
avertissant que "les révisions répétées des chiffres, ajoutées au manquement répété aux objectifs fixés, détériorent clairement la crédibilité du plan de rigueur espagnol."

Vendredi, le ministre de l'économie, Luis de Guindos, a insisté sur la fiabilité des nouvelles prévisions macro-économiques, qu'il a qualifiées de "très conservatrices". Pourtant certaines données
n'ont pas manqué d'étonner la presse.

C'est le cas du taux de chômage prévu en 2013 : 27,1 %, un taux que le pays a déjà atteint au premier trimestre, selon l'Institut national de statistiques. Or si la récession est effectivement de
1,3 % du PIB cette année, comme l'affirme le gouvernement, il semble peu probable que le chômage n'augmente pas encore.

"La chute de la croissance, le chômage qui ne cesse d'augmenter, tout cela témoigne que ce dont souffre l'Espagne n'est pas une récession mais une dépression, souligne l'économiste en chef
d'Intermoney, José Carlos Diez. Le gouvernement devrait le reconnaître pour défendre auprès de ses partenaires européens la mise en place d'une politique de croissance."

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/04/27/espagne-les-chiffres-officiels-mis-en-doute_3167715_3234.html

BA 25/04/2013 10:11

Jeudi 25 avril 2013 :

Le chômage en Espagne a encore progressé au premier trimestre 2013, atteignant le nouveau seuil historique de 27,16%, avec plus de six millions de sans-emploi, alors que le pays reste plongé dans
la récession.

A la fin mars, l'Espagne, quatrième économie de la zone euro soumise à un effort de rigueur sans précédent, comptait 6 202 700 chômeurs, soit 237 400 personnes de plus qu'au trimestre précédent,
selon les chiffres publiés jeudi par l'Institut national de la statistique.

Parmi les pays de l'Union européenne, le taux de chômage en Espagne se situe juste derrière celui de la Grèce, le plus fort de la région, qui atteignait 27,2% en janvier.

Dette européenne : Pimco réduit ses positions sur l'Italie et l'Espagne.

Pimco, premier gestionnaire obligataire au monde, réduit ses positions sur les dettes espagnole et italienne, sans préciser le montant de ce changement, a indiqué mercredi au Wall Street Journal
son directeur de la gestion des portefeuilles européens Andrew Balls.

Cette action intervient alors que les dettes espagnole et italienne bénéficient d'une forte détente de leur taux d'emprunt depuis plusieurs jours. Ces taux, qui évoluent en sens inverse des prix,
se situent désormais à leurs niveaux de 2010.

Cet engouement pour des pays longtemps jugés fragiles résulte de la mise à disposition de liquidités par les grandes banques centrales, occultant pour le moment les problèmes économiques et
budgétaires en zone euro, explique M. Balls au Wall Street Journal.

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/afp-00516879-dette-europeenne-pimco-reduit-ses-positions-sur-l-italie-et-l-espagne-561543.php

Andrew Balls n'est pas sensible à "la mise à disposition de liquidités" par la Banque Centrale Européenne.

Pourtant, la BCE fait de l'alchimie.

Depuis cinq ans, la BCE reçoit dans ses livres des centaines de milliards d'euros d'actifs pourris, en provenance des banques privées françaises, des banques privées espagnoles, des banques privées
italiennes, etc.

En échange, la BCE fournit des centaines de milliards d'euros à toutes ces banques privées, par l'intermédiaire de la Banque de France, de la Banque d'Espagne, de la Banque d'Italie, etc.

En clair : depuis cinq ans, la BCE reçoit de la merde en provenance d'Europe du sud, et elle transforme la merde en euros.

Mais ça, Andrew Balls ne peut pas le dire, car c'est un homme poli, courtois.

A la place, Andrew Balls dit : "Cet engouement pour des pays longtemps jugés fragiles résulte de la mise à disposition de liquidités par les grandes banques centrales, occultant pour le moment les
problèmes économiques et budgétaires en zone euro."

Albert 25/04/2013 10:01

Bonjour.

Cet article,que j'approfondirai et commenterai ultérieurement,a provoqué de prime abord un certain agacement chez moi en raison de ce concept central mais ambigu de "modernité".
Qu'est-ce que la "modern attitude"?
Tout "modernisme" est-il forcément bienvenu? La Grande guerre était "moderne" à sa façon,l'URSS aussi,la bombe nucléaire également,etc.etc.
Cordialement.

Jean Claude Werrebrouck 25/04/2013 20:45



La modernité est un concept précis que l'on doit aux sociologues. Elle n'a rien à voir avec l'époque moderne des historiens ni avec le sens commun traditionnel. Le regretté Jean Marie Domenach en
avait fait l'essentiel du cours qu'il dispensait à l'école polytechnique cours finalement publié chez Ellipse en 1986: "Approche de la modernité".



Pascal 24/04/2013 22:42

Merci pour et éclairage qui nous offre une lecture novatrice de notre champ politique ...

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
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  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
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