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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 12:21

 couverture du livre

Mon livre est dans toutes les librairies

 

Le présent texte tente d’analyser les conséquences des chocs de compétitivité que nombre de gouvernements européens - en particulier ceux des pays du sud - tentent de mettre en place aux fins d’un rééquilibrage des soldes extérieurs et en conséquence une amélioration de l’emploi.

Les chocs proposés sont des dévaluations internes résultant d’un impossible ajustement des taux de change en monnaie unique. Ces dévaluations internes reposent toutes sur une diminution globale du coût du travail, diminution utilisant des supports variés et souvent indirects : augmentation du temps de travail, baisse des charges sociales, prélèvements fiscaux, diminution des prestations sociales, etc. Notons au passage que lors de la crise de 1929, les entrepreneurs politiques des nations  de l’époque disposaient de l’arme du taux de change, armes qu’ils ont utilisées sans ménagement, dans un jeu évidement non coopératif, pour exporter leur propre chômage. L’histoire a révélé  que le résultat de cette politique fût collectivement ruineux.

Pour présenter la  problématique du choc de compétitivité nous utiliserons l’exemple d’un pays, l’Espagne dans ses rapports avec l’Allemagne.

Supposons une baisse des rémunérations (avec l’hypothése que cette baisse se traduise mécaniquement par une diminution des prix) en Espagne, et examinons les conséquences attendues dans les deux pays.

 

Du point de vue de l’Allemagne quelles sont les conséquences prévisibles?

Les revenus distribués diminuent en raison d’une moindre exportation vers l’Espagne. Le volume concerné dépendra de l’élasticité/revenu de la demande d’importations espagnole.

Par contre du pouvoir d’achat se trouve libéré du fait de la baisse de prix des marchandises espagnoles importées. Ce pouvoir d’achat libéré est pourtant amputé par la plus grande compétitivité espagnole, laquelle entraine de plus grandes importations se substituant aux productions allemandes. Les volumes concernés dépendent évidemment de la valeur des élasticités/prix.

Cette perte de revenu pour l’Allemagne est donc égale aux importations supplémentaires en provenance d’Espagne, perte compensée par l’effet revenu procuré par la baisse de prix des marchandises espagnoles qui se sont substituées aux marchandises allemandes. Et perte également compensées par l’effet revenu résultant d’une baisse de prix des marchandises espagnoles jusqu’ici traditionnellement importées. Comme on le sait il s’agit là d’un effet important de la mondialisation se substituant aux vieux gains de productivité des 30 glorieuses.

Le gain résultant de la différence de prix est à comparer aux pertes résultants des importations supplémentaires. Comptablement la compensation est d’autant plus importante que la baisse de prix et donc le choc de compétitivité espagnol est élevé. Elle est aussi d’autant plus forte, que le poids des importations allemandes de marchandise espagnoles, est élevé dans le total du PIB allemand. En effet, dans une telle situation, la baisse de prix provoque un effet revenu important en Allemagne.

Concrètement, cette situation n’est pas empiriquement vérifiée, et le poids des importations de produits espagnols est extrêmement faible. Par ailleurs, l’effet revenu par baisse de prix est contrarié par un effet revenu négatif engendré par la hausse des importations.

Au total il est difficile de conclure à un effet positif sur les revenus allemands par le canal des importations. Comme de façon plus évidente, il y a baisse de revenus distribués en raison d’une chute des exportations, le bilan du choc de compétitivité de l’Espagne est mécaniquement négatif pour l’Allemagne.

Qu’en est-il de l’Espagne ?

La demande globale, et donc le revenu global, est affecté par le choc de compétitivité, lequel a pour  effet de diminuer l’absorption interne : la demande nationale, qu’il s’agisse de biens de consommation ou de biens d’investissements, est réorientée vers une demande étrangère plus élevée. L’existence et l’importance d’un solde extérieur amélioré dépend encore une fois des élasticités.

Une façon simple de voir les choses, est de se dire que le jeu – à priori non coopératif - serait à somme nulle, et si l’Allemagne perd, l’Espagne gagne pour une même montant. Un tel raisonnement, suppose en fait que le niveau mondial de la demande et des revenus correspondants (dans notre exemple le monde est constitué de la somme des PIB  Allemand et  Espagnol) reste inchangé, malgré le choc de compétitivité espagnol. Il en découle mécaniquement que du point de vue de l’Espagne l’amélioration du solde extérieur est supérieur à la diminution de la demande interne. La différence représentant la diminution de revenus allemands.

Dans ce cas, il y a bien amélioration de la situation espagnole au détriment de celle de l’Allemagne.

Le bilan global du choc de compétitivité est donc douteux et se trouve aussi contestable que les forts douloureuses dévaluations des années 30.

Mais le doute sur les chocs de compétitivité se trouve renforcé par le fait qu’ils se mènent dans un cadre plus général de politiques d’austérité visant la réduction des déficits budgétaires .

S’agissant de l’Espagne par exemple, il y a bien une politique de compétitivité ( blocage des salaires avec possibilité de les fixer à un niveau inférieur à ceux fixés par les conventions collectives, réduction des indemnités de licenciement, augmentation de la durée d’essai, etc.), avec une amélioration déjà constatée de son solde extérieur, au détriment des autres pays, dont la France (La balance courante en % du PIB passe de -4,6 à -3,5 entre 2010 et 2011 pour l’Espagne, et -1,7 à -2 entre les mêmes dates pour la France) ; mais cette politique se trouve étroitement mêlée à une politique d’austérité visant le déficit budgétaire ( 62 milliards d’euros de réduction de dépenses pour la seule année 2012). L’examen des mesures prises, révèle qu’il est d’ailleurs difficile de séparer les mesures relevant du choc de compétitivité, de celles prises dans le cadre de la réduction des déficits. Et ce pour une raison très simple qui nous renvoie à la notion de déficits "jumeaux".

Il est donc difficile d’évoquer les chocs de compétitivité sans le complément de l’austérité. Or ce complément développe des effets négatifs en raison de la remontée des multiplicateurs budgétaires déjà évoqués par Patrick Artus et récemment repris par le FMI. Selon ce dernier, le multiplicateur budgétaire négatif serait passé de 0,5 avant le déclenchement de la crise à des valeurs comprises entre 0,9 et 1,7 (1,25 selon Artus). En termes simples, cela signifie que toute diminution de déficit développe des vagues de diminutions de revenus, qui se propagent dans l’ensemble de l’économie, et viennent affecter le montant global de richesses produites (le PIB). Les valeurs du multiplicateur révélées par le FMI s’étalent sur une vaste plage  en raison des spécificités nationales et des choix en termes de réduction des déficits. Par exemple, on sait que- à court terme il est vrai- le choix de la hausse de  l’impôt, et surtout sa progressivité, est moins dépressive que celui de la diminution des dépenses publique. La raison en est que les dépenses publiques sont plus immédiates et touchent des ménages dont la propension à consommer est plus élevée. Au-delà de ses considérations techniques, il faut se rendre compte que lorsque le multiplicateur n’était que de 0,5, une diminution de déficit de 1% de PIB se traduisait par un recul de croissance de 0,5% de PIB. Aujourd’hui, la même réduction de déficit, se traduirait par un recul de 1,7% (pour les multiplicateurs les plus élevés). Cela signifie que contrairement aux attentes, en raison de l’effet dépressif de la réduction du déficit, les recettes fiscales diminuent alors que les dépenses publiques augmentent. C’est précisément la situation aujourd’hui constatée en Espagne ou mieux encore en Grèce.

Cela signifie  que l’austérité est devenue radicalement incompatible avec la compétitivité. Cela n’était pas le cas avant la crise, d’où les réussites du Canada, de la Nouvelle Zélande mais surtout de l’Allemagne du début des années 2000... Ce qu’on appelle aujourd’hui choc de compétitivité dans les pays de la zone euro, n’est pas une démarche propre à surmonter la grande crise des années 2010.

Il convient dès lors de s’interroger, sur l’enthousiasme unanime des défenseurs des réformes dites structurelles - toutes militent pour un abaissement du coût du travail -  enthousiasme qui cache mal la volonté de maintenir – quelles qu’en soient les conséquences -un libre échange devenu le protectionnisme des gagnants de la mondialisation.

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans textes de portée générale
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commentaires

Création société 26/11/2012 11:02

La compétitivité a toujours servi pour la mise en place d'une nouvelle structure entrepreneuriale. Mais il faut étudier l'ampleur de cette décision au niveau national qu'international.

BA 23/10/2012 10:18

Mardi 23 octobre 2012 :

La BCE prise au piège.

La BCE, détenant 210 milliards d'euros de «junk bonds» dans son bilan, ne peut pas risquer une faillite des pays en crise. Sa recapitalisation inévitable par les gouvernements, voire les
contribuables, ruinerait sa réputation. C'est pour cette raison qu'elle refuse catégoriquement un «hair cut» de la dette grecque. La fuite en avant est sa seule stratégie viable, elle est prise
dans le piège de l'euro.

Wolfgang Glomb, membre du comité consultatif de CONCILIUS, membre du Conseil d'analyse économique franco-allemand.

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/monnaies-et-taux/221156805/bce-prise-piege

En clair :
Deuxième défaut de paiement de la Grèce —> la BCE subit des pertes colossales —> la BCE se tourne vers ses actionnaires, les 17 banques centrales nationales, pour qu’elles recapitalisent la
BCE.

Et ensuite, ça se complique :
- Voyons d’abord le premier cas de figure. Les 17 banques centrales nationales acceptent de recapitaliser la BCE : chaque chef d’Etat a alors deux possibilités :
1- un chef d’Etat choisit d’augmenter les impôts de ses contribuables nationaux. Avec cet argent, la BCE est recapitalisée, et toute la zone euro peut continuer encore quelques mois.
2- un chef d’Etat choisit de vendre l’or détenu par la banque centrale nationale. Avec cet argent, la BCE est recapitalisée, et toute la zone euro peut continuer encore quelques mois.

- Dernier cas de figure : les 17 banques centrales nationales refusent de recapitaliser la BCE —> faillite de la BCE —> retour aux 17 monnaies nationales —> réarmement des 17 banques
centrales nationales.

BA 22/10/2012 21:06

Lundi 22 octobre 2012 :

Dette publique de la Grèce :
2007 : dette publique de 107,4 % du PIB.
2008 : dette publique de 112,6 % du PIB.
2009 : dette publique de 129 % du PIB.
2010 : dette publique de 144,5 % du PIB.
2011 : dette publique de 170,6 % du PIB.

France : le Parlement s'inquiète de l'accumulation des engagements pris pour soutenir la Grèce.

Dans son rapport, le député Christian Paul (PS) chiffre à 50,8 milliards d'euros les prêts à la Grèce devant être garantis par la France dans le cadre du Fonds européen de stabilité financière ; «
il ne s'agit pas de prêts, mais bien de pertes que les Etats de la zone euro acceptent de consentir vis-à-vis de la Grèce ».

Source : lesechos.fr, mardi 7 août 2012.

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0202205724179-le-parlement-s-inquiete-de-l-accumulation-des-engagements-pris-pour-soutenir-la-grece-351001.php

Lundi 22 octobre 2012 :

Grèce : déficit et dette publics 2011 pires qu'annoncé.

Le déficit et la dette publics de la Grèce pour l'année 2011 ont été révisés à la hausse. Elles atteignent désormais respectivement 9,4% et 170,6% du PIB, selon des données provisoires rendues
publiques lundi par l'Autorité des statistiques grecques (Elstat).

Les premières estimations d'Elstat, en avril, avaient chiffré le déficit à 9,1% du PIB, très proches de la prévision budgétaire pour 2011 de 9%. La dette publique était, elle, calculée à 165,3% du
PIB, alors que le pays est censé la ramener à 120% du PIB en 2020, selon l'accord signé avec ses bailleurs de fonds.

Cette aggravation statistique des performances découle surtout de la révision à la hausse de l'ampleur de la récession en 2011, a relevé Elstat dans un communiqué.

shuniata 22/10/2012 08:15

100% de réserves, c'est la solution ?

http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/9623863/IMFs-epic-plan-to-conjure-away-debt-and-dethrone-bankers.html

Jean Claude Werrebrouck 22/10/2012 08:56



Je ne sais pas si c'est la solution, mais ce qui me semble de plus en plus clair est qu'il faut retrouver un minimum de souveraineté monétaire



BA 21/10/2012 14:55

Samedi 20 octobre 2012 :

Sur son blog, Jacques Sapir fait le bilan du dernier sommet européen : en quelques lignes, Jacques Sapir décrit la situation réelle de la zone euro.

"Tout va très bien, madame la marquise."

http://russeurope.hypotheses.org/358

BA 19/10/2012 10:41

Vendredi 19 octobre 2012 :

Sortie nette de capitaux en août dans la zone euro.

La zone euro a connu une sortie nette de capitaux de 3,4 milliards d'euros en août, après une entrée nette de 18,2 milliards en juillet, suivant les chiffres publiés vendredi par la Banque centrale
européenne.

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/reuters-00471729-sortie-nette-de-capitaux-en-aout-dans-la-zone-euro-502195.php

C'est logique.

C'est normal.

Quand le navire coule, les rats quittent le navire.

BA 18/10/2012 14:45

Un coup d'Etat se prépare.

Un coup d'Etat anti-démocratique se prépare.

Lisez cet article :

Angela Merkel affiche sa fermeté. Alors que doit s'ouvrir ce jeudi 18 octobre un nouveau sommet européen à Bruxelles, la chancelière allemande fait savoir qu'elle souhaite que l'Union Européenne
puisse rejeter le budget d'un pays membre.

"Nous pensons, et je le dis au nom de l'ensemble du gouvernement allemand, que nous pourrions faire un pas en avant en accordant à l'Europe un véritable droit d'ingérence sur les budgets
nationaux", a-t-elle déclaré. Angela Merkel appuie l'idée de confier un droit de veto dans ce domaine au commissaire européen aux Affaires économiques.

(Dépêche AFP)

Vous avez bien lu : ce ne seront plus les députés et les sénateurs français qui décideront du budget de la France.

Ce sera le commissaire européen aux Affaires économiques.

Ce sera un technocrate non-élu, sans aucune légitimité démocratique, qui décidera finalement quel doit être le budget de la France.

En clair : ce sera Olli Ilmari Rehn qui décidera finalement quel doit être le budget de la France.

Olli Ilmari Rehn, né le 31 mars 1962 à Mikkeli en Finlande, est un homme politique finlandais et européen membre du Parti du Centre (Kesk).

Après avoir été brièvement commissaire européen pour les Entreprises et la Société de l'information en 2004, il a occupé pendant cinq ans le poste de commissaire européen pour l'Élargissement.
Depuis 2010, il est titulaire du portefeuille des Affaires économiques et monétaires.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Olli_Rehn

BA 17/10/2012 17:12

Mercredi 17 octobre 2012 :

Les banques genevoises ont reçu de l'argent venant d'Espagne.

"Les banques et gérants de fortune genevois ont reçu depuis le début de l'année de l'argent venant d'Espagne, transféré par des clients inquiets de l'état du système bancaire espagnol", a indiqué
mercredi le président de la Fondation Genève Place financière, Bernard Droux, au cours d'une conférence de presse.

"C'est de l'argent fiscalisé, ces clients ont choisi délibérément de placer leur argent en Suisse car ils n'ont plus confiance dans les banques espagnoles", a indiqué M. Droux, en ajoutant que les
banques anglo-saxonnes observent le même phénomène d'arrivée de capitaux espagnols.

(©AFP / 17 octobre 2012 13h49)

Mardi 9 octobre 2012 :

La crise de la zone euro, commencée il y a près de trois ans avec la Grèce, s'analyse comme une vaste fuite de capitaux privés auxquels les institutions européennes, BCE en tête, ont dû se
substituer, souligne le FMI. Les banques privées ont ainsi diminué de moitié leurs engagements sur les cinq pays de la périphérie, les ramenant à environ 750 milliards.

Les mouvements sont devenus gigantesques. Entre juin 2011 et juin 2012, l'Italie et l'Espagne ont enregistré des sorties atteignant 235 milliards et 296 milliards d'euros respectivement (soit 15%
et 27% de leur PIB). Ces chiffres recouvrent à la fois les désengagements des investisseurs non résidents, qui ont vendu leurs titres d'État, mais également des sorties de capitaux de la part des
épargnants.

En revanche, les établissements du «cœur de la zone euro», autrement dit l'Autriche, la Finlande, l'Allemagne et les Pays-Bas, selon le classement du FMI, ont vu leurs dépôts s'envoler, de l'ordre
de 350 milliards d'euros depuis l'été 2011. Ces mouvements de capitaux qui divisent la zone euro expriment les craintes d'une «redénomination de la monnaie» (sic), en clair un retour aux devises
nationales. «La fuite des capitaux et la fragmentation du marché (interbancaire) qui en ont résulté ont fragilisé les fondements mêmes de l'Union, à savoir des marchés intégrés et une politique
monétaire commune effective», avertissent les experts de Washington.

http://plus.lefigaro.fr/article/le-sauvetage-de-leuro-a-deja-coute-1100milliards-20121009-1277579/commentaires/12508769

Pascal 16/10/2012 20:29

Pour faire simple, et peut-être simpliste au sens de caricatural où l'on force volontairement le trait, il semble assez évident que austérité et compétitivité sont les deux leviers d'une mise en
ordre (et en coupe réglée) sur le modèle "régime sec" prôné par les libéraux orthodoxes et les intérêts qu'ils représentent et servent, mise en ordre et en coupe réglée opérée sous le double
prétexte donc de rétablissement des comptes publics et de restauration de la capacité des économies à la traine à supporter la comparaison avec la concurrence !

L'idée sous-jacente est donc de profiter de la période crisique pour aligner tous les régimes sociaux et salariaux sur les moins-disant ! En d'autres termes, de faire aboutir ces réformes visant à
fluidifier la gouvernance socio-économique de société ; comprendre "précariser encore davantage les conditions de travail et d'existence afin d'affaiblir les psychologies et donc les structures de
résistances qui empêchent que ne soit établi le fameux nouvel ordre mondial dont on entend parler depuis deux ou trois ans avec constance et insistance.

nouvel ordre qui ressemblera à une sorte de règne de mille ans où les positions entre dirigeants et dominants seront si solidement établis qu'il n'existera plus aucune possibilité réelle pour un
semblant de contestation de ce nouvel ordre de domination. Austérité et compétitivité sont deux hochets donner en pâture pour détourner l'attention des véritables visées poursuivies par leurs
prolixes promotteurs dont l'agenda obéit à d'autres considérations moins conjoncturelles et plus stratégiques dans l'optique d'asseoir leur pouvoir !

Il n'y a là ni plus ni moins de complot qu'il n'y en a dans l'action menée par un groupement d'individus, particuliers ou institutions, dans le cadre d'un conflit mettant aux prises des acteurs aux
intérêts antagonistes. Sachant que s'abstenir de revendiquer toute intention belliqueuse, donc de se constituer en adversaire déclaré, peut constituer un stratagème redoutable car empêchant
l'adversaire ainsi attaqué de pouvoir quant à lui se percevoir comme faisant l'objet d'une offensive visant à le déposséder de ses intérêts !

La bataille en cours met en présence des protagonistes pilotant consciemment une offensive mais pas nécessairement dans une concertation permanente. Ils agissent aussi conformément à une logique
induite par les mécanismes du système que constitue la mondialisation néolibérale. De par leur position dans ce champ, chacun sait l'attitude qu'il doit adopter dans le prolongement de son
allégeance initiale audit système qui lui alloue sa position socio-économique. Point de complot explicite. Tout au plus une adhésion tacite, implicite à un crédo dominateur qui choie généreusement
les intérêts de chacun de ses dévoués et loyaux serviteurs. Qui ne serait pas dévoué et loyal dans ses conditions si confortables, si avantageuses, économiquement et symboliquement !

Le système fonctionne donc comme une matrice qui a la faculté de se préserver, de se perpétuer et de s'augmenter. Cette matrice dispose d'un puissant degré d'autonomie à travers les multiples
institutions dont elle s'est doté au fil des décennies. A un point tel qu'il n'est nul besoin d'ourdir un complot pour faire progresser sa cause en fonction des opportunités qu'offrent les
circonstances; Dans la perspective décrite par Naomie Klein définissant la Stratégie du choc s'appuyant sur une mise en état de sidération !


Pour résumer, la guerre civile actuellement en cours emprunte des voies détournées qui déconstruisent insidieusement les structures soutenant l'ancien monde dit décliné sur des fondations sociales
aux fins d'y substituer un nouvel ordonnancement individualiste impliquant et entrainant de profonds bouleversements anthropologiques affectant la psychologie et la sociologie des individus dans le
sens d'un isolement et d'une exposition accrue aux mécanismes de contrôle en cours de déploiement.

Jean Claude Werrebrouck 17/10/2012 08:41



Merci pour ces remarques qui entrainent ma totale adhésion

BA 16/10/2012 10:30

Mardi 16 octobre 2012 :

L’Union Européenne décroche le Prix Nobel de la Paix alors que le Vieux Continent semble se préparer au pire…

Commentant l’attribution à l’Union Européenne du prix Nobel de la paix, Thorbjorn Jagland, membre éminent du Comité éponyme a eu ses mots lourds de sens : « L’Union Européenne connaît actuellement
de graves difficultés économiques et des troubles sociaux considérables… »

C’est rien de le dire. Même si les médias paraissent s’être donnés le mot pour traiter à minima le sujet des manifestations parfois d’une extrême violence qui secouent épisodiquement les pays de
l’Union au rythme auquel leurs peuples apprennent les mauvaises nouvelles.

Quand bien même des lignes de fracture commenceraient à se creuser entre les « experts » économiques mondiaux sur la meilleure manière de se sortir de l’impasse dans laquelle les a plongé la
cupidité effrénée de la finance qu’on s’efforce de leur dissimuler, le discours dominant reste – au moins officiellement – celui de la rigueur, traduisez l’austérité.

Ainsi pas plus tard que lundi 8 octobre 2012, en clôture de la réunion de l’Eurogroupe, Christine Lagarde n’a pas manqué d’adresser aux grecs son compliment appuyé du jour (« …La Grèce fait
beaucoup, ça ne fait aucun doute mais agir signifie agir, pas seulement parler et la liste des actions prévues doit être mise en œuvre… ») en maintenant la pression via la liste des « 89 actions »
qu’elle les somme d’engager au plus vite pour continuer à bénéficier de la perfusion internationale.

De leur côté, les Athéniens désespérés en sont à se demander en nombre croissant si ce n’est finalement pas aux crypto-fascistes de «l’Association Populaire Aube Dorée» plutôt qu’aux technocrates
obstinés de la Troïka qu’ils devraient confier leur destin. On se souvient du bon mot de leur dirigeant, Nikolaos Michaloliakos, un pacifiste pur jus un brin incompris, pour célébrer l’entrée de
son parti au parlement lors des législatives de juin 2012 : « l’heure de la peur a sonné pour les traîtres à la patrie… ». De sinistre augure en termes de paix sociale…

Plus proches de nous, les protestations des indignés espagnols sont plus audibles : un taux de chômage insupportable à plus de 25% alimentant des manifestations monstres à laquelle répondent des
violences policières de plus en plus spectaculaires, des retraits massifs de fonds déposés dans les banques ibériques pour les mettre en lieu sûr, en particulier dans la minuscule principauté
d’Andorre qui ne peut les absorber, à supposer même qu’elle constitue un refuge digne de ce nom.

En Italie, les limitations des retraits bancaires sont déjà en vigueur et des mesures de surveillance renforcée de la frontière avec la Suisse viennent d’être discrètement ordonnées, qui mettent la
Guardia di Finanzia en première ligne.

Les « experts » du FMI ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Ils recommandent maintenant que l’Espagne et d’autres amochés de la crise instaurent « au niveau national » des dispositions radicales
pour freiner les retraits et prohiber les sorties de capitaux…

Les grandes manoeuvres de la Suisse.

Face à cette montée des tensions sociales et à l’inquiétant accroissement des inégalités dans l’Europe Club Med qui, on l’oublie un peu vite, a été précédée de brusques poussées de fièvre
ponctuelles en Angleterre et de ce côté-ci de la Manche, le tout accompagné d’une résurgence du risque terroriste, et craignant sans doute leur extension à l’ensemble du continent, les Suisses,
qu’on ne prend jamais au dépourvu, s’organisent tranquillement.

Forte de son armée de 200 000 hommes, la Suisse a organisé, du 6 au 21 septembre 2012, un exercice militaire désigné sous la charmante appellation de « Stabilo Due » destiné à vérifier « sa
disponibilité opérationnelle ».

Y ont participé comme l’indiquait le 11 septembre Daniel Reist, le responsable de la communication de la Défense : « …le chef de l’armée et son état-major militaro-stratégique, l’Etat-major de
conduite de l’armée (échelon opératif), les commandants et les états-majors de la région territoriale 4, la brigade d’infanterie 5, la brigade blindée 11 ainsi qu’une formation d’engagement ad-hoc
des Forces Aériennes et le commandement des Forces Spéciales (échelon tactique)… »

Stabilo Due, l'entraînement à la contre-insurrection helvète.

Au ministère, désigné chez nos amis helvètes comme le « Département Fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports » on ne faisait nul mystère que « …le concept d’exercice
STABILO DUE repose sur un scénario supposant l’instabilité d’une partie de l’Europe spécialement délimitée pour l’occasion. La Suisse connaît également des troubles, des attentats et des actes de
violence. Ce scénario de situation extraordinaire vise notamment à vérifier l’appui fourni aux cantons dans le domaines des engagements subsidiaires ainsi que la conduite et l’engagement de la
réserve opérative de l’armée, en l’occurrence de la brigade blindée 11 ».

Vu de l'autre rive de l'Atlantique par John R. Schindler, qui enseigne les affaires de sécurité nationale à l'Ecole Navale de Guerre US, le jeu de rôle helvétique était récemment expliqué en ces
termes : « Les exercices militaires suisses de septembre désignés sous le nom de Stabilo Due reposent sur l’hypothèse que l’instabilité de l’Union Européenne devienne incontrôlable. Les suisses
sont restés hors de l’Union Européenne – une chose de plus dont ils se félicitent ces temps-ci – et la dernière chose qu’ils souhaitent c’est que les problèmes de l’Union débordent dans leur petit
pays pacifique ».

http://www.bakchich.info/international/2012/10/14/un-risque-dinsurrection-pan-europeenne-61812

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