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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 17:11

La littérature concernant l'analyse de la crise n'évoque que fort rarement l'idée de surproduction tant il est admis, qu'au fond la question relève plutôt d'une dépense trop importante par rapport à la richesse produite. La réalité de la crise serait ainsi une dépense excessive plutôt qu'une production surdimensionnée par rapport aux débouchés. Et dépense excessive par rapport aux revenus - dont on sait qu'ils ne sont, comptablement, que simple contrepartie de la production- qui serait ou aurait été financée par un crédit trop facilement croissant.

Dans le monde des apparences et celui des discours dominants, un tel raisonnement parait crédible, la crise financière n'intervenant que pour signifier qu'il n'est plus possible de fonctionner sur la base d'endettements privés et publics en continuelle croissance. Endettements mesurant l'écart croissant entre dépense excessive et production plus réduite. D’où les débats quotidiens selon lesquels nous n’avons plus les moyens de maintenir nos folles dépenses.

Ajoutons que les raisonnements dominants considèrent la mondialisation comme simple effet du fonctionnement des marchés, et que l'idée de dépense excessive ne concerne que l'Occident. Les pays émergents, non endettés, apparaissant ainsi- dans notre modèle dominant de représentation du monde- comme davantage vertueux. Ces mêmes raisonnements n'invitant jamais à se poser la question de la dépense ou de la production excessive à l'échelle mondiale.

De fait ces raisonnements, très éloignés d'une culture historique précise, et surtout très éloignés d'une solide connaissance de l'histoire de la pensée économique, admettent la loi de Say sans même la discuter.

 

 

La loi de Say comme point d’appui d’une construction intellectuelle.

 

L'origine de cette acceptation paradigmatique est connue et provient tout simplement d'un rejet, puis d'un oubli du Keynésianisme dans l'ensemble des formations universitaires, et ce à l'échelle planétaire. Rejet, puis oubli au profit de ce qui allait devenir un aspect essentiel de la théorie dominante, c'est à dire celle de l'économie de l'offre, système de pensée entièrement issu du travail de JB Say dans son célèbre "Traité d'Economie Politique" de 1803, et travail fort bien analysé par Thomas Sowell dans son livre[1].

En résumé la loi de Say consiste à reconnaitre que la production est toujours première et qu'un produit n'est échangeable (ne peut -être vendu) qu'à partir de la création d'un autre produit. D'où ce qui est devenu le célèbre slogan: "les produits s'échangent contre des produits". Concrètement, il ne peut exister de débouché pour des producteurs de chaussures, que s'il existe parallèlement des producteurs d'autres valeurs d'usages qui s'échangeront contre les chaussures. Il n'y a donc pas à s'intéresser à la demande, mais à la production qui permettra l'achat de chaussures. Ce n'est donc pas la dépense qui compte, mais la production, et produire est un acte de création de revenu. Bien évidemment Say se situe dans une économie de troc dont il connait les contradictions: les producteurs qui se portent acquéreurs de chaussures, peuvent rencontrer un refus de vente en raison de l'inacceptation des valeurs d'usages proposées en échange. C'est la raison pour laquelle il introduit la monnaie en tant que valeur d'usage universellement demandée, et offerte par des producteurs de monnaie.

Cette introduction de la monnaie, ne lève que partiellement l'hypothèse de mévente, car Say a bien conscience qu'il peut exister des offres partielles excédentaires par rapport à la demande. Mais précisément parce qu'il se situe, sans le dire, dans un cadre microéconomique avec un système de prix souple, offres er demandes partielles sont en permanence dans un mouvement de "rééquilibration". Un système qui évacue complètement toute idée de déséquilibre.

 

L’organisation financière découlant de la loi de Say

 

Les successeurs de JB Say iront plus loin et Charles Coquelin, dans un article de la "Revue des Deux Mondes" de 1847 expliquera que les producteurs de monnaie doivent impérativement rester dans une logique de "Free Banking"- selon l'expression employée beaucoup plus tard par Hayek- afin d'éviter qu'un Etat monopolisant l'offre de monnaie perturbe l'équilibre et détruise le fonctionnement harmonieux de la loi des débouchés...avec une crise dans la "rééquilibration" permanente des marchés ...donc une crise économique.

Nous avons déjà dans la loi de Say et ses adeptes l'idée selon laquelle le système financier doit-être dérégulé et que le prêteur en dernier ressort qu'est la Banque centrale dominée par l'Etat est une aberration. Avec l'idée très moderne des néo libéraux selon laquelle ce n'est pas la dérégulation financière qui a provoqué la crise actuelle mais au contraire l'excessive réglementation. Les entrepreneurs politiques américains seraient ainsi beaucoup plus responsables de la crise des subprimes que la finance américaine spontanément plus sérieuse.

Réflexions et débats infinis, aujourd'hui sur le thème du "comment sortir de la crise"... qui nous éloignent complètement de la véritable question: La loi de Say qu'on ne discute plus, correspond-elle à une représentation correcte de la réalité? Et cette question n'est plus posée alors même que nous avons complétement oublié que la question des débouchés, bien au-delà de JB Say, a complètement obsédé et le 19ième siècle et le 20ième jusqu'à l'abandon du keynésianisme.

 

Equilibre ou déséquilibre ?

 

Les débats ont commencé très tôt et ont opposé de très nombreux auteurs, avec d'une part les partisans de Say (D Ricardo, J Stuart Mill, Mac Culloch, F Bastiat, C Coquelin , tous les libéraux jusqu'à Hayek et les "supply siders", et même de nombreux marxistes comme Voronstov et Nikolaïon et peut être Marx lui-même), et d'autre part ses opposants ( Sismondi, Malthus, les Keynésiens et de très nombreux marxistes comme Rosa Luxembourg, Boulgakov, Tougan-Baranowsky, et peut être Marx lui-même).

Il n’est pas question ici de détailler ces débats qui vont se dérouler sur plus d’un siècle. Signalons simplement qu’ils vont poser de multiples  questions, dont celle de l’épargne thésaurisée en tant que perturbatrice de l’équilibre (Malthus), de l’investissement dont on discute longuement des débouchés préalables (Sismondi),  de la « demande préalable » et de la « réalisation de la plus- value »  chez les auteurs marxistes (Marx et Rosa Luxembourg parmi les principaux),et déjà avec plus d‘un siècle d’avance sur la réalité d’aujourd’hui, de la question du capital financier perturbateur des équilibres réels (Marx).

De ces débats, dont nous avons les traces précises dans de très nombreux ouvrages et articles, y compris la très célèbre rencontre de 1823 à Genève entre Ricardo et Sismondi[2], il ne reste rien dans l'enseignement universitaire d'aujourd'hui. Rien qui puisse apporter un début de contestation de notre modèle de représentation de la crise. De la même façon il ne reste à peu près rien des nombreux travaux historiques- tels ceux de Romesh Dutt[3] de Maurice Dobb[4] ou plus  tard d’André Philip[5] - qui dès la révolution industrielle ont cherché à comprendre le mécanisme des relations entre les premières nations émergentes -pour reprendre un terme à la mode- et le reste du monde. Rien de cette commune interrogation qui fait que des plus libéraux (André Philip) aux plus idéologues du marxisme (Rosa Luxemboug), l'on se penche sur le pourquoi d'une recherche impérieuse et parfois impériale de débouchés extérieurs. 

Pour autant, sans même porter un jugement définitif, sur la validité de la loi de Say, on se rend compte immédiatement- à la lecture de ces débats qui encore une fois ont littéralement obsédés la réflexion économique pendant près d’un siècle et demi- qu’il existe possiblement un autre paradigme dans l’approche de la grande crise. Ainsi le gigantesque endettement dont on commence à percevoir qu’il n’est plus maitrisable[6] peut être lu, non comme écart résultant d’un revenu et d’une production insuffisante, mais au contraire comme  écart entre une production devenue excédentaire par rapport aux revenus distribués à l’échelle mondiale.

 

Alors, cigale ? ou fourmi ?

 

Le fait empirique est bien perceptible et mesurable : les montagnes de dettes à l’échelle planétaire ne sont plus gérables. Par contre, il y a bien débat possible sur l’origine de cette montagne et donc sur sa nature profonde. La croyance en la loi de Say, aboutit bien à l’idée selon laquelle la crise est affaire de « cigales ». Mais sa contestation aboutit à l’inverse : elle devient le problème des « fourmis ».

Et encore une fois, sans même prendre position, cette contestation devenue presque impensable en raison de l’hégémonie du modèle de Say, est à la portée de ceux qui veulent bien observer les faits avec le doute qui doit caractériser l’attitude scientifique.

 

Il est possible de douter.

 

Sans entrer dans les détails, comment ne pas s’étonner de l’extrême faiblesse de l’investissement dans les économies réelles alors que la machine à produire de la dette et plus encore la planche à billets fonctionne à plein régime ? Comment ne pas s’étonner ainsi que le rappelle Gaël Giraud[7] que sur les 8000 milliards d’euros (4fois le PIB de la France) qui constituent le bilan bancaire français seuls 10% servent au financement des entreprises, et 12% au financement des ménages ? Avec ce petit complément d’information selon lequel sur les 200 milliards d’obligations émises en 2012 au titre du financement du crédit hypothécaire, seuls 22 milliards se sont transformés en prêts immobiliers. Et, à l’inverse, comment ne pas s’étonner des chiffres de la BRI[8] qui énoncent que seuls 7% des activités de dérivés financiers mettent en jeu une institution de l’économie réelle, ce qui signifie comme le rappelle Gaël Giraud que sur les 47000 milliards de dérivés que traite la BNP ( ce qui représente quand même 22 fois le PIB de la France) 44000 milliards n’ont pas pour contrepartie une entreprise de l’économie réelle. Autre façon d'exprimer une même réalité, Ernest§Young signale que s'agissant des banques françaises seules 25,7% de leurs activités sont représentatives de crédits à l'économie, ce qui fait de ces mêmes banques les leaders européens en matière de spéculation. Il est vrai qu'elles disposent aussi de très nombreuses filiales dans les paradis fiscaux (334 pour la BNP, 91 pour la Société Générale,  150 pour le Crédit Agricole) dont plus de la moitié dans l'eurozone.

Si donc l’investissement réel est si faible et si la spéculation est si importante, c’est probablement en raison de la profitabilité comparée, dont chacun sait qu’elle est très faible dans l’économie réelle, et très importante dans les activités de spéculation ou les activités qui lui sont connexes comme le LBO ("Leveraged buyout"). Fait empirique qui nous renvoie aux vieux débats concernant l’importance des débouchés préalables à l’investissement (Sismondi) ou l’utilisation improductive de la plus-value (Marx) ou plus simplement bien sûr à Keynes. L’investissement pourrait manifestement être autrement important et les spécialistes de la transition  écologique sont là pour nous le rappeler[9]. Pour autant, il ne se réalise pas…sans doute pour des raisons de profitabilité…ce qui nous renvoie à de forts anciennes théories discutées au 19 siècle…

Et, de ce point de vue, on se rend compte du caractère secondaire des outils aujourd’hui mis en place pour résoudre les problèmes de la finance. Dire par exemple que la séparation des activités bancaires en activités de crédit et en activités de marché permettrait  d’empêcher un « Crédit Crunch » en raison des surprofits sur activités spéculatives invitant les banques dites  « universelles » à se détourner de l’économie réelle, ne changerait que fort peu la réalité de la crise. La crise financière n’est en effet que le reflet de la crise en termes réels. Et la crise en termes réels doit plutôt être analysée en exploitant le filon de la contestation de la loi de Say.

 

Mais la rupture épistémologique est fort difficile.

 

Dans le domaine des sciences exactes, une rupture épistémologique n’est jamais facile, le passage du système de Ptolémée au monde Copernicien est là pour nous le rappeler. Pour autant, la rupture effectuée, le réel ne conteste guère, et l’Univers réel ne se pose pas la question des enjeux de sa représentation intellectuelle par les humains.

Dans le domaine des sciences sociales, les ruptures épistémologiques sont d’une toute autre nature, et jamais définitivement inscrites dans les schémas mentaux. On pouvait penser que le keynésianisme, même revisité, achevait la rupture avec la vision de Say. Ce ne fût pas le cas. Comme si la vision copernicienne du monde était abandonnée au profit du système de Ptolémée. C’est que dans le domaine des sciences sociales, le réel étudié est constitué d’humains en interrelations continues sur la base d’intérêts. Si donc la vision de la crise ne passe pas par la rupture avec la loi de Say, c’est tout simplement que de puissants intérêts s’opposent à un renversement de vision de nos pratiques sociales. Toutes choses que ce blog tente d’analyser depuis maintenant plus de quatre années.

 



[1] Cf « La loi de Say », ouvrage publié en 1991 chez Litec.

[2] Cf le tome XXII de la Revue encyclopédique : « Sur la balance des consommations avec les productions », Mai 1824.

[3] Cf « The Economic History of India » London, Routledge,1902.

[4] Cf son ouvrage : « Etudes sur le développment du capitalisme », F Maspero, 1971.

[5] Cf son « Histoire des faits économiques et sociaux », Aubier Montaigne ,1963.

[6] Le comportement nouveau des banques centrales est là pour en témoigner. De la même façon le pessimisme croissant sur la possibilité de remettre le système bancaire sur les rails va dans le même sens. Enfin des débats entièrement nouveaux tels ceux concernant  le problème des « holdouts » (fonds vautours dont l’éviction est parfois exigée dans les processus de restructuration de la dette), ou plus étonnant encore les propos du président  du FSA (le régulateur britannique) reprenant l’idée de court-circuiter les banques en distribuant directement le crédit à l’économie, révèlent un début de prise de conscience du caractère inextricable de la situation .

[7] « Le Monde » du 14 février 2013.

[8] Banque des Règlements Internationaux.

[9] Cf par exemple le Think Tank de la Fondation Nicolas Hulot.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans critique des raisonnements
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commentaires

E'lCanteux 16/07/2013 16:45

Commentaire du Candide de comptoir ...

C'est vrai que l'idée d'une surproduction est rarement évoquée comme explication de la crise de la dette.

( La 1ere raison tient au fait que la culture de 'croissance" dans laquelle nous baignons ne peut pas concevoir qu'un excès de bien soit néfaste)

... mais pour être honnête , l'idée que le crise provienne d'une faiblesse de la demande , du fait du marronnier des "inégalités" , est , elle , vraiment légion : or c'est la même idée, le même
postulat initial juste contrarié/inversé , issue de Say ; idée que l'offre devrait créer sa propre demande mais que l' épargne (?) ou une mauvaise distribution des revenus , bloquerait ce
process.

Outre que cette idée relève finalement plus de la tautologie que de la causalité , c'est une idée un peu usée aujourd'hui parce qu'elle se heurte à cette constatation que le système libéral a aussi
connu des phases de croissance où, bien qu' inégalités , luttes de classes et injustices les + diverses , aient été présentes , le système fonctionnait .

Bref , c'est autant Say néo-libéral que Say-revisité par KeynesouMarx qui , peut-être , imposerait une lecture ou bien une anti-lecture de la crise.

Mais en fait , l'argument le plus fort , le plus dévastateur (qui détermine la grille de lecture de la crise) c'est celui de : "on ne peut pas dépenser plus que ce l'on gagne -ou bien ce que l'on
produit-" : c 'est celui-là qui fonctionne vraiment sur l'opinion parce qu'il est im-pa-ra-ble.

Expliquer , comprendre les mécanismes économiques et surtout financiers est à la vérité hors de portée de ma mère et du français moyen.
La notion de budget équilibré a cet avantage d'une évidence économisant toutes les démonstrations difficiles.

Il y a , bien sûr, un tour de passe-passe , mais avouons qu'il n'est pas aisé à mettre en lumière puisque qu'on se heurte là à la notion d'équilibre sur laquelle repose tout le système
d'échange.

Même en admettant que que ce soit Say qui nous empêche de lire la crise , l'argument selon lequel seul 1/4 de la masse monétaire finance les entreprises ou les ménages (supposés être le 'réel', ce
dont je ne disconviens pas trop ), se noie donc un peu dans la complexité des choses et surtout dans le fait que la solution des non "classiques" (+ ou - radicalogauchomarxokeynésiens) est
d'ajouter à cette montagne de dette d'autres dettes , et donc à cette masse monétaire encore de la masse monétaire hors du réel.
Il ne reste alors au citoyen qu'un vague sentiment que les choses sont vraiment pourries.

Mais si je quitte le fond de l'article , pour aborder l'éventuel bien fondé de Say et son offre magique , ou bien de Keynes lui-même tombé dans sa trappe à liquidité, je me dis que tous deux , bien
ou mal , raisonnaient en tout cas dans un monde ou la masse monétaire était indexée sur le stock d'or/métal, donc en quantité finie.

Ce qui peut être vrai pour l'un ou l'autre , n'a plus de sens aujourd'hui où la monnaie n'a plus comme étalon que l'anticipation flottante des profits futurs .

La monnaie est 'inventée/inventable' selon nos besoins. La notion d'épargne en est donc bouleversée . Le prix de l'argent n'a plus les mêmes sources . La notion de financement n'a plus le même
cadre.

Je ne suis pas un partisan de l'équilibre des budgets à tout prix , mais je suis certain que la systématisation de cette pratique (qui mène forcément à la Dette) ne peut être un remède viables aux
éventuelles inégalités : le problème n'est que repoussé.
Repoussé et amplifié bien sûr , puisque la (fausse) monnaie est à la fois poison , mais aussi son propre (et illusoire) remède.

C'est la la monstruosité de la création monétaire : elle finance le réel à 1/4 ... et le mensonge au 3/4 .

La notion d'offre/demande a-t-elle encore un sens lorsque la dette paralyse tout ?

Je ne dis pas que ce qu'il y a sous le mensonge ne soit pas légitime dans son intention. Je dis que financé par du mensonge , il le devient, car il porte une contradiction .

La contradiction entre le souhaitable (dont une partie est peut-être rêvée car les inégalités sont parfois des conditions nécessaires) , et le signe monétaire et comptable , dont je rappelle qu'il
est du "Droit"

S'en sortira-t-on cette fois-ci par les artifices de répudiations classiques ? Le système n'a-t-il pas changé de nature par sa taille et sa complexification ?

BA 02/03/2013 13:14

Samedi 2 mars 2013 :

Beppe Grillo veut renégocier la dette italienne.

Beppe Grillo, leader du mouvement Cinq Etoiles (M5S), qui a réuni 25,5% des suffrages lors des législatives en Italie, veut renégocier la dette de son pays, a-t-il indiqué à "Focus".

"Si la situation financière de l'Italie ne change pas, elle quittera l'euro", estime l'ancien comique.

"Nous sommes écrasés, non pas par l'euro mais par notre endettement. Quand les intérêts atteignent 100 milliards d'euros par an, on est mort. Il n'y a pas d'alternative" à une renégociation de la
dette, a déclaré M. Grillo dans l'hebdomadaire allemand Focus.

Il a comparé les obligations d'états avec des actions d'entreprises : "quand j'achète une action d'une société, et qu'elle fait faillite, ce n'est pas de chance. J'ai pris un risque et j'ai perdu",
a-t-il ajouté.

Il affirme également que la situation est si précaire en Italie que "dans six mois, on ne pourra plus payer les retraites et les salaires du service public".

En Allemagne, des voix se sont déjà fait entendre dans la frange euro-sceptique de la coalition gouvernementale de la chancelière Angela Merkel, pour réclamer une sortie de l'Italie de la zone euro
si un gouvernement prêt à continuer les réformes structurelles n'est pas mis en place.

Rappel :

La dette italienne franchit les 2.000 milliards d'euros.

La dette de l'Italie a franchi en octobre pour la première fois le cap symbolique des 2.000 milliards d'euros, selon un document publié vendredi par la banque centrale italienne.

La dette de l'Italie s'est établie à 2.014,693 milliards d'euros en octobre 2012, contre 1.995,143 milliards en septembre 2012, selon un supplément au bulletin mensuel statistique de la Banca
d'Italia.

http://lexpansion.lexpress.fr/economie/la-dette-italienne-franchit-les-2-000-milliards-d-euros_365178.html

BA 01/03/2013 12:24

Vendredi 1er mars 2013 :

Les chiffres du chômage en Europe viennent d'être diffusés par Eurostat pour le mois de janvier 2013.

"Le chômage atteint 11,9% dans la zone euro, un nouveau record.

Le taux de chômage de la zone euro s’est établi à 11,9% de la population active en janvier, un niveau record, selon les données publiées vendredi par l’office européen de statistiques
Eurostat."

http://www.liberation.fr/economie/2013/03/01/le-chomage-atteint-119-dans-la-zone-euro-un-nouveau-record_885544

1- Médaille d'or : la Grèce. Chômage de 27 %.

2- Médaille d'argent : l'Espagne. Chômage de 26,2 %.

3- Médaille de bronze : le Portugal. Chômage de 17,6 %.

4- Slovaquie : 14,9 %.

5- Irlande et Chypre : 14,7 %.

7- Lettonie : 14,4 %.

8- Lituanie : 13,3 %.

9- Bulgarie : 12,4 %.

10- Italie : 11,7 %.

11- Hongrie : 11,1 %.

12- France et Pologne : 10,6 %.

Hadrien 28/02/2013 21:04

Quel aveuglement de la doxa !

Voilà plusieurs années que la politique de l’UE, comme celle de l’OMC, abonde dans le sens du libéralisme, ne laissant aucune autre marge de manoeuvre à nos peuples que de se concurrencer sous une
monnaie unique imposée, pour le plus grand bonheur des maîtres de ce système…
et l’on s’insurge, comme à l’annonce des résultats électoraux en Italie, contre les ruades de ceux que l’on croyait définitivement soumis à la doxa.
On comprend que les bourses et les banquiers soient aujourd’hui désorientés, comme le sont tous ceux qui ont pu jusque là prospérer dans ce système: financiers, économistes en chambre, politiques
de la pensée unique, journalistes bien-pensants, etc.
Au fil de la politique européenne et mondiale menées, les choses n’ont fait qu’empirer et, depuis l’avènement de l’euro, la dégradation s’est accélérée.

L’alibi tant brandi de l’Agenda 2010 de Gerhard Schröder se révèle aujourd’hui pour ce qu’il est: une régression sociale instaurant un pays à deux vitesses (cf « Made in Germany » de G. Duval)
avec:
- 20% de salaires sous 500E, et 40% sous 1000E !
- salaires féminins et secteur des services sacrifiés…
- lois sociales en berne (Hartz IV)

Mario Monti a voulu être le Gerhard Schröder de l’Italie: une balance primaire excédentaire au prix de la régression et d’un chômage accru, particulièrement chez les jeunes (35,6%), après l’Espagne
(56%) et la Grèce (57%) !
Et l’on nous annonce un Pier Luigi Bersani dans la lignée « normale » de Hollande… qui a commencé à faire la même chose en rendant grâce au Medef et au lobby bancaire au lieu de satisfaire ses
promesses, rappelées sur ce blog:
« – Je séparerai les activités des banques de leurs opérations spéculatives.
- J’interdirai aux banques françaises d’exercer dans les paradis fiscaux.
- Il sera mis fin aux produits financiers toxiques qui enrichissent les spéculateurs et menacent l’économie.
- Je supprimerai les stock-options, sauf pour les entreprises naissantes, et j’encadrerai les bonus.
- Je taxerai les bénéfices des banques en augmentant leur imposition de 15 %.
- Je proposerai la création d’une taxe sur toutes les transactions financières »

Bienheureux italiens qui ont su donner un coup de pied dans la fourmillière !
C’est un peu comme si, chez nous, Le Front de Gauche et le Front National obtenaient ensemble plus de 50% des suffrages contre les partis de « l’alternance »…

Jean Claude Werrebrouck 01/03/2013 08:45



Oui, merci pour la qualité de ce commentaire.


Pour autant, je suis inquiet pour nos amis italiens car ce résultat nous révèle aussi que les électeurs refusent ( ce qui est bien) mais sont aussi incapables d'exprimer des choix et des
orientations avec un degré suffisant de conscience. Les " appareils idéologiques d'abrutissement" (Pour paraphraser Althusser et ses "appareils idéologiques d'Etat") y sont encore plus
puissants qu'en France. Au moins dans ce dernier pays la somme Front de Gauche + front national a un peu plus de portée et de sens que la somme italienne qui rend dérisoire la volonté de Bersani.



Hadrien 28/02/2013 20:52

Bravo encore pour cette "prise de hauteur" sur la crise actuelle. Ça nous change des commentaires au jour le jour dans les médias (et sur certains blogs): "on est désormais dans un monde ouvert...
auquel il faut s'adapter", etc.

L'homme primitif fut longtemps dans un monde ouvert... auquel il tentait de s'adapter. Ça n'a pas empêché "le contrat social" de le sortir de cette condition de simple lutte pour sa survie, en
adoptant des règles permettant de transcender le "dilemme du prisonnier" !
Nul doute qu'à l'ère préhistorique, quiconque eût fait valoir au plus fort ce que lui-même et sa descendance auraient à gagner dans une concertation plus planifiée, se serait attiré une
rébuffade...
Néanmoins, on ne peut résoudre le problème politique par bribes, mais seulement si on l’a complètement posé : les utilitaristes anglais, dont se réclament parfois les libéraux avaient déjà dit ça
(Stuart Mill, Jeremy Bentham, etc.), qui voulaient maximiser le « bonheur moyen » dans la société.
Le « Contrat social » a permis la civilisation en nous sortant de la « compétitivité » primitive de la loi de la jungle.
Par une étrange régression morale, ceux qui voudraient nous y ramener sont les plus improductifs: économistes en chambre, « managers » et politiques de tous bords, écoles de « commerce », médias de
la doxa, etc.
On dirait que ces gens encouragent, comme aux arènes antiques, celui qui aura su massacrer le plus de congénères !

Deux éléments semblent ici nous ramener à cette problématique de base:

"Si donc l’investissement réel est si faible et si la spéculation est si importante, c’est probablement en raison de la profitabilité comparée, dont chacun sait qu’elle est très faible dans
l’économie réelle, et très importante dans les activités de spéculation ou les activités qui lui sont connexes..."

"les raisonnements dominants considèrent la mondialisation comme simple effet du fonctionnement des marchés, et que l'idée de dépense excessive ne concerne que l'Occident. Les pays émergents, non
endettés, apparaissant ainsi- dans notre modèle dominant de représentation du monde- comme davantage vertueux."

Il est clair que le premier élément du problème se nourrit du second, et l'interaction entre les deux mériterait d'être développée. On est aujourd'hui aux prises avec la généralisation hative du
dogme libéral:
Libre circulation des capitaux, des marchandises et des personnes...
On pourrait naïvement penser que cet internationalisme à appliquer dans les meilleurs délais ne peut que concourir à gommer les inégalités.
Marx n'a-t-il pas dit: "Prolétaires de tous pays, unissez-vous" ?
Or, laisser libre cours à l'une quelconque des variables, dans l'état initial actuel, revient à instaurer:
"Prolétaires de tous pays, concurrencez-vous" ! (Devinez au profit de qui...)
C'est que "de puissants intérêts s'opposent à un renversement de vision de nos pratiques sociales"!
Dans toutes les époques, en effet, l'oligarchie a secrété ses propres valeurs pour se maintenir.

BA 26/02/2013 20:14

Mardi 26 février 2013 :

L’Italie provoque la panique dans les Bourses européennes.

À l’instar des autres marchés européens, la Bourse de Francfort a flanché mardi, perdant plus de 2 % face aux inquiétudes d’un réveil de la crise de la zone euro à cause de l’incertitude politique
régnant en Italie à l’issue d’élections serrées. Nettement dans le rouge toute la journée, l’indice vedette Dax s’est encore davantage enfoncé en fin de séance, pour clôturer en baisse de 2,27 % à
7 597,11 points.

La Bourse de Paris a plongé elle de 2,67 % mardi, dans un marché effrayé par l’impasse politique qui se profile en Italie et ses conséquences économiques potentielles pour l’ensemble de la zone
euro. À la clôture, l’indice CAC 40 a perdu près de 100 points (99,41 points) pour s’inscrire à 3 621,92 points, dans un volume d’échanges nourri avec plus de 4 milliards d’euros échangés.

Du côté de la City, la Bourse de Londres a clôturé mardi sur une forte baisse de 1,34 %, toujours pour les mêmes raisons, l’indice FTSE-100 des principales valeurs a reculé de 84,93 points par
rapport à la clôture de lundi, à 6 270,44 points.

À Madrid, la bourse termine en baisse de 3,2 %.

C’est en Italie que la baisse est la plus forte : la Bourse de Milan a connu une journée noire mardi, s’effondrant de près de 5 %. L’indice vedette FTSE Mib a clôturé en baisse de 4,89 % à 16 552
points.

http://www.lepoint.fr/economie/l-italie-provoque-la-panique-dans-les-bourses-europeennes-26-02-2013-1633178_28.php

BA 25/02/2013 20:13

Lundi 25 février 2013 :

Silvio Berlusconi prône la sortie de l'euro.

Beppe Grillo prône la sortie de l'euro.

Ces deux hommes ont réuni plus de 50% des suffrages.

Vers 19h20 :

L'Italie submergée par une vague populiste.

Submergée par la vague populiste, voilà l’Italie telle qu’elle se présente d’après les résultats du dépouillement au Sénat. Les voix des berlusconiens et des « grillini » - les partisans de
l'ancien comique Beppe Grillo - atteignent ensemble plus de 50% des suffrages. Ils prônent l’un et l’autre la sortie de l’euro. Il faudra bien sûr attendre les résultats de la Chambre pour avoir
une idée définitive mais on devine d’ores et déjà que la situation italienne ne pourra qu’être jugée inquiétante par le reste de l’Europe.

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130225.OBS0031/l-italie-submergee-par-une-vague-populiste.html

BA 23/02/2013 09:07

Samedi 23 février 2013 :

En France, 38 % des sondés considèrent la construction européenne comme une source d'espoir. Dans un sondage de 2003, ils étaient 61 % !

Les classes populaires et les classes moyennes commencent à comprendre ce qu'est réellement la construction européenne : c'est une construction de riches, faite par des riches, pour des riches.

Lisez cet article :

Sondage : l’Europe, on n’y croit plus.

Une enquête BVA montre le désenchantement des Français à l’égard de la construction européenne. Notamment chez les ouvriers et les plus faibles revenus.

C’est un sondage qui fera certainement mal au cœur à tous ceux qui défendent encore ardemment l’idée européenne.

Alors que la crise économique s’accroît et que les plans d’austérité se succèdent dans les 27 pays de l’UE, les Français n’ont jamais été aussi désenchantés vis-à-vis de l’institution
bruxelloise.

Ils sont seulement 38% à considérer la construction européenne comme une source d’espoir, selon une enquête exclusive BVA réalisée pour l’Institut de relations internationales et stratégiques
(Iris*). Alors qu’ils étaient 50% fin 2011 et même 61% en 2003 !

Qui connaît son président ?

Une dégringolade qui touche surtout les catégories les plus modestes. Car une fracture nette se dessine entre les « gagnants » de la construction européenne (cadres, seniors, urbains, hauts
revenus…) et ceux qui se considèrent comme les « perdants » (ouvriers, employés aux revenus modestes, ruraux).

L’Europe, qui se voulait protectrice face aux dangers de la mondialisation, est désormais vécue comme une entité anxiogène. D’ailleurs, les Français s’accordent massivement — ils sont 75% ! — pour
considérer que l’UE a été inefficace ces dernières années. Un constat qui peut paraître sévère au vu des plans successifs d’aide pour sauver la Grèce de la faillite ou des instruments de régulation
mis en place comme le mécanisme d’union bancaire.

Incapable de se mettre d’accord pour aider la France engagée contre les jihadistes au Mali, l’Europe n’est guère incarnée au niveau politique. Qui connaît son président, le Belge Herman Van Rompuy
? Ou celle qui est censée incarner la politique étrangère de l’Union, la Britannique Catherine Ashton ? Evidemment, cela n’aide pas…

http://www.leparisien.fr/politique/sondage-l-europe-on-n-y-croit-plus-23-02-2013-2592159.php

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