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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 09:42

 

L’ordo-libéralisme est une pensée économique spécifiquement allemande dont nous avons déjà étudié les principes sur ce blog. Rappelons simplement que dans sa dimension monétaire, cette doctrine stipule qu’il est nécessaire d’ériger des normes et institutions monétaires sur lesquelles tous les acteurs peuvent s’appuyer. Normes et institutions qui sont des « extériorités » pour tous, y compris l’Etat, ce qui signifie leur non manipulabilité. D’où, en particulier, l’exigence et la garantie de disposer d’une banque centrale complètement indépendante chargée entre autres de faire respecter la loi de la stabilité monétaire. Stabilité de la monnaie et intangibilité de la loi vont ainsi de pair dans l’ordre ordo-libéral.

Nombreux sont les commentateurs qui voient dans un tel principe l’équivalent de celui de l’indépendance de la justice dans un Etat de droit, équivalent ou rapprochement qui donne à l’indépendance des banques centrales une image nécessairement positive, et plus encore qui suggère une nécessaire congruence entre Etat de droit et indépendance de la banque centrale. On peut néanmoins observer que l’Etat de droit n’est pas nécessairement considéré comme juste, et plus encore que des Etats irrespectueux de l’Etat de droit, peuvent respecter, par choix, le principe d’indépendance de la banque centrale.

C’est que l’ordo-libéralisme n’est qu’une doctrine et qu’à ce titre elle se trouve éloignée d’une préoccupation cognitive pour se figer dans une attitude normative. Les libertariens, qui furent souvent admirés par les ordo-libéraux, expliquent par le raisonnement- donc par une démarche cognitive- l’avènement historique de l’Etat de droit[1], phase probablement transitoire de l’aventure étatique que les hommes connaissent. Ils peuvent aussi sans doute expliquer, comme le feraient probablement les marxistes, la naissance et le développement historique de banques centrales indépendantes. Ils n’en déduisent en aucune façon qu’une telle réalité empirique est « bonne » et qu’elle pourrait conduire à un quelconque intérêt général. Réalité « bonne » qu’il faudrait imposer comme loi « bonne » et donc norme générale[2].

Cette erreur des ordo-libéraux – erreur à laquelle il faut associer les juristes qui refusent de voir dans le droit, une science des normes ou un simple fait social émergent- qui refusent de voir toute distinction entre l’espace du cognitif et celui du normatif, s’avère aujourd’hui douloureuse pour les entrepreneurs politiques allemands.

Ces derniers, s’ils avaient eu conscience de ce qu’était la nature profonde d’une banque centrale,  une simple institutionnalisation d’un  rapport de forces entre pouvoir politique et pouvoir financier, comme nous l’avons souvent exprimé, auraient pu se rendre compte que la doctrine ordo-libérale faisait le lit du développement d’un système financier devant phagocyter les Etats eux-mêmes et donc le principe ordo-libéral lui-même.

Parce que les théoriciens de l’ordo-libéralisme ne savent pas qu’une banque centrale n’est que l’institutionnalisation d’un rapport de forces, ils ne pouvaient se rendre compte qu’en appuyant les entrepreneurs politiques dans une démarche d’indépendance de l’autorité monétaire, ils ne faisaient que faciliter le développement du système financier. Ce développement déjà possible dans le cadre de l’unité de compte nationale (le Mark), pouvait ne plus connaitre de limite avec la zone euro et un euro-système pourtant nourri d’ordo-libéralisme.

Comme toutes les banques du monde, les banques allemandes ont largement profité des règles d’une banque centrale, devenue indépendante des Etats mais très dépendante du système financier : fin de l’inflation avec endettement croissant permettant un accroissement disproportionné  des bilans, fin des taux de change fixes et « dépolitisation » de ces derniers permettant l’irruption continue de nouveaux produits financiers, internationalisation croissante des bilans et développement de risques systémiques, politique monétaire privatisée et accommodante[3]. Autant de faits qui feront que les banques allemandes vont comme les autres connaitre la crise financière.

Quelques données peuvent confirmer cette situation. La Deutsche Bank est aujourd’hui la plus grande banque du monde avec une taille de bilan (2810 milliards de dollars fin 2012)  comparable au PIB allemand. Le total des bilans bancaires atteint en février 2013 300% du PIB. A l’exception des banques coopératives, toutes les autres banques y compris les banques régionales sont devenues systémiques et ont été gravement touchées par la crise financière, notamment dans sa dimension immobilière en raison d’une politique d’internationalisation des crédits hypothécaires en particulier vers l’Espagne, ce qui entrainera le contrôle public de grandes banques ( Commerzbank, par exemple, dont la filiale Eurohypo s’était trop engagée dans le crédit immobilier espagnol). Dès 2009, il fallut créer une bad bank pour WestLB et ce, pour un montant de 77 milliards d’euros, montant qui devait grossir pour avoisiner aujourd’hui les 200 milliards. En juillet 2012, Il fallut créer une structure de cantonnement pour Hypo Real Estate (HRE) pour se défaire de 173 milliards d’actifs dégradés. Au total, c’est aujourd’hui 6 bad banks qui gèrent des portefeuilles de produits structurés ou dérivés et des crédits douteux pour un montant de près de 600 milliards d’euros.[4]Bad-Banks qui bien évidemment bénéficient du soutien public. Ainsi aujourd’hui encore le soFFin (« Sonderfonds Finanzmarktstabilisierung) c’est-à-dire un fonds de stabilisation des marchés intervient encore massivement pour soutenir le système financier allemand. Curieusement, cet organisme fut conçu comme dépendance de la Deutsche Bundesbank.

Cette gigantesque et ruineuse dérive, pourtant constatée au cœur de la société ayant généré et exporté son idéologie ordo-libérale, n’a rien de surprenant et résulte simplement de la méconnaissance de ce qu’est la réalité d’une Banque centrale, dans l’ordre de la mondialisation que les ordo-libéraux admirent. Il était bien évident dans les années 70- 80 que le système bancaire allemand, que l’on disait peu efficace à l’époque, ne pouvait que se libérer dans l’ordre de la mondialisation et que la Bundesbank, indépendante du pouvoir politique, ne pouvait l’être au regard de ses administrées, les banques, lesquelles rêvaient d’entrer dans la cavalerie financière proposée par le monde anglo-saxon. Avec la suite que l’on connait aujourd’hui, notamment pour le contribuable allemand.

Victimes de leur propre naïveté, les ordo-libéraux sont pour autant responsables de leur succès : les allemands, peuple, gouverneur de la Banque centrale[5], et entrepreneurs politiques eux- mêmes, sont arcboutés sur l’intangibilité de la monnaie et l’interdit de la monétisation de la dette. D’où, entre autres, l’extrême méfiance sur le projet d’union bancaire et la mise en avant de ce bouclier ultime qu’est la cour constitutionnelle de Karlsruhe.

Victime de leurs croyances – mais aussi soucieux des groupes d’intérêts[6] – les allemands préféreront prendre le large plutôt que de rester dans un ordre monétaire qui se délite et qui ne correspond plus aux attentes de ces mêmes groupes.



[1] Cette démarche cognitive  fut celle de Rothbard, de Nozick et de beaucoup d’auteurs américains. En France signalons les travaux de Bertrand Lemennicier.

[2] Ces mêmes libertariens vont pourtant très généralement critiquer la réalité qu’ils expliquent : Ils sont dans une démarche cognitive  pour critiquer et déboucher eux aussi sur du normatif. Démarche que nous avons mise en évidence dans : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-lettre-aux-libertariens-71051998.html.

[3]Toutefois beaucoup moins que celle de la FED en raison même d’une résistance ordo-libérale plus grande que dans cette dernière. Le poids de la Deutsche Bundesbank y étant pour quelque chose.

[4]Sources : « Les Echos » du 18 juin 2013

[5] Jens Weidmann

[6]Notamment les retraités, et le groupe des grands exportateurs industriels.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans critique des raisonnements
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commentaires

optimization quotes 11/01/2016 11:34

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aanrechtblad 26/05/2015 08:16

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solarsunfamily.wordpress.com 29/09/2014 09:25

La corruption politique est l'utilisation des pouvoirs prévus par la loi par des fonctionnaires gouvernementaux à des fins privées illégitime. Abus de pouvoir du gouvernement à d'autres fins, telles que la répression des opposants politiques et la brutalité de la police générale, n'est pas considéré comme de la corruption politique.

omnitech reviews 18/09/2014 13:28

The naivety of the ordo-liberal thinking is informative and let the readers understand the basic of banking tools and the flow of money and order. I think this will help some one in the position of manager to perform his task more effective.

Marcel Terrier 10/12/2013 11:37

On peut tout de même retenir que l'ordolibéralisme a eu la volonté de créer une référence cohérente et complète au sens mathématique des termes en rajoutant à coté des constutions politiques une
constitution socioéconomique. Cet effort est à comparer à la volonté des mathématiciens de définir une axiomatique qui permet de démontrer des propositions ou au contraire de les invalider. La
Science économique ne dispose pas d'une telle référence et les économistes oublient toujours, lorsqu'ils font des propositions, de rappeler à quel système il se réfère. Gödel avec son théorème
d'incomplètude maintenant généraliser à d'autres domaines que celui de l'arithmétique a démontrer que même avec une axiomatique de base il existe une infinité de proposition dont on ne peut ni
démontrer la fausseté ni démontrer la véracité (L'axiomatique peut être cohérente mais sera toujours incomplète) alors que dire de discours qui ne s'appuient sur aucune base solide dans les
domaines sociaux et économiques sinon qu'ils sont tous non démontrables! L'effort des ordolibéralistes doit être poursuivi pour que naisse enfin une base au moins cohérente si non complète dans le
domaine économique.

Jean Claude Werrebrouck 10/12/2013 14:44



Les économistes ne font hélas pas d'épistémologie et c'est la raison pour laquelle ils cachent l'axiomatique qui stucturent leurs constructions. notez quand même que je vois mal le théorème
d'incomplétude dans nos raisonnements. Les économistes n'ont pas à se couper du politique qui est au centre  de toute réflexion et donc je ne vois pas la distinction que vous semblez faire
entre "une constitution socioéconomique" et une "construction politique".



Hadrien 30/06/2013 22:00

Complément au commentaire antécédant sur "la naïveté" du schéma ricardien de libre-échangisme qu'intègre tout (ordo) libéralisme :

Après le livre noir du libéralisme, c’est son bétisier qui mériterait d’être établi…
Au premier rang, figure la « théorie des avantages comparatifs » que la plupart des économistes libéraux anonent avec délectation comme défense inconditionnelle du libre-échangisme, sans en
comprendre les hypothèses sous-jacentes:

Rappelons ici le schéma théorique élaboré par Ricardo (1772-1823) pour convaincre ses compatriotes de l’inocuité du libre-échange, à son époque d’industrie naissante, c’est à dire encore en
économie de pénurie :
Si l’Angleterre et le Portugal, deux nations aux échanges maritimes intenses, produisent à la fois du vin et du drap, le Portugal ayant une productivité supérieure dans les deux produits, celui-ci
a néanmoins intérêt à se spécialiser dans le domaine (vin) ou le rapport de sa productivité à celle de l’Angleterre est le plus favorable, laissant à ce dernier le domaine (drap) ou le rapport lui
est le moins défavorable.
Les deux pays en sortent bénéficiaires, par un accroissement net de leurs productions respectives.

On note immédiatement que ce schéma ne fait aucunement mention de la demande. En d’autres termes, la demande est supposée absorber la production, quelle qu’elle soit, ce qui est conforme à une
économie de pénurie.
D’où la première hypothèse sous-jacente:

Hypothèse 1: On est en économie de pénurie, dite « contrainte par l’offre », dans chaque pays.

On note d’autre part qu’il n’est pas fait mention non plus de la monnaie, les échanges des deux denrées pouvant être effectués directement sur la base de leurs valeurs travail. C’est, au contraire,
sur cette même base que l’on peut établir le cours du change entre les deux monnaies respectives ayant cours dans les deux pays.
Celles-ci apparaissant ici comme « un voile », selon l’expression des monétaristes, elles sont équivalentes à une monnaie commune.
D’où la deuxième hypothèse sous-jacente:

Hypothèse 2: Il y a monnaie commune, le change ne reposant que sur la valeur travail de chacun des deux pays.

On notera, au passage, que le schéma induit sous ces hypothèses implique des rendements constants pour les deux denrées.
On notera, enfin, l’absence de toute autre ressource que le travail dans ce schéma. C’est évidemment préjudiciable à sa validité à l’époque de Ricardo (provenance du coton, possession des terres à
vigne…?), mais ça l’est moins aujourd’hui pour nos produits à forte valeur ajoutée.

Nous en resterons donc aux deux hypothèses mises en évidence ci-dessus…

Point n’est besoin d’être économiste pour comprendre l’absurdité de l’hypothèse 1 à notre époque:
Elle stipule l’adéquation au schéma de Ricardo d’une économie de pénurie comme le fut l’économie de type soviétique entre ses états-républiques après la guerre… Elle ne concerne absolument pas
l’économie d’abondance actuelle qui est au contraire « contrainte par la demande »: la (sur)production est asservie à la demande. D’où le chomage (absent du schéma ricardien) en présence des
limites de la demande. Cette simple intervention dans les équations classiques le démontre immédiatement.
Aussi est-il particulièrement inquiétant de lire un « prix Nobel d’économie » (Paul Krugman: « La mondialisation n’est pas coupable! ») nous faisant l’apologie de la mondialisation actuelle sur la
base de ce schéma ricardien dont un autre « prix Nobel » (Samuelson) disait qu’il mériterait un « prix de beauté de l’économie »…!

Quant à l’hypothèse 2, elle est contredite par le système financier en place qui est une structure parallèle à celle du travail (la fameuse « économie réelle »):
Ainsi, la Chine manipule son taux de change en rachetant massivement la dette américaine en dollars obtenus par ses exportations. C’est une manière de maintenir un taux artificiellement bas de sa
monnaie, privant ainsi son peuple d’un pouvoir d’achat mérité par son travail, mais permettant d’abattre la concurrence.
Le même phénomène a lieu plus discrètement sur l’euro à chaque accès de faiblesse de celui-ci, nonobstant notre absurde politique d’euro-mark fort… De sorte qu’il est particulièrement hilarant
d’entendre, à chacune de ces occasions, le coeur des européistes béats clamer: même les Chinois s’inclinent en confiance devant note monnaie… unique !

Aussi doit-on dénoncer avec vigueur l’imposture d’énoncés pseudo-scientifiques clamant ce (faux) théorème sans hypothèses :
« Dans le libre échange de deux produits du travail, entre deux pays aux coûts de production différents, la spécialisation engendre une richesse totale supérieure à l’autarcie pour chacun des pays,
même si la compétitivité de l’un est supérieure à celle de l’autre pour chacun des produits. »

Crapaud Rouge 29/06/2013 11:24

"auraient pu se rendre compte que la doctrine ordo-libérale faisait le lit du développement d’un système financier devant phagocyter les Etats eux-mêmes" : s'ils ne s'en sont pas rendu compte,
c'est probablement que cette cause n'était pas suffisante, et qu'il fallait en sus toute la dérégulation.

Jean Claude Werrebrouck 30/06/2013 09:03



OUI, et c'est vrai que la pensée ordo-libérale ne favorisait pas le système financier allemand, d'où le jugement global que l'on portait sur lui: globalement inefficace. L'Allemagne c'était la
performance industrielle et la faiblesse financière quand déjà pour la France on parlait de "petite industrie" et de" grosse banque".


Mais la mondialisation est passée par là et la Banque Allemande a aussi exigé la déréglementation d'où les problèmes. La pensée ordo-libérale est d'une certaine façon incohérente et c'est ce qui
explique les débats actuels en Allemagne qu'on a pas en France. Jens Weidmann (BUBA) n'est pas Christian Noyer ( Banque de France). Et la semaine dernière à Bruxelles, ce n'est pas l'Allemagne
qui a demandé que l'on préserve actionnaires et créanciers, c'est bien le très socialiste Pierre Moscovici qui reste prêt à faire payer le contribuable.



Hadrien 28/06/2013 23:07

Selon l’International Security Agency:
« La comptabilisation du travailleurs à temps partiel en Allemagne (lois Hartz) fait ressortir 3,5 millions de chômeurs supplémentaires en équivalent temps plein, soit un total finalement très
supérieur à celui de la France et de l’Italie… !
En chiffres absolus de ces pseudo-chômeurs, le total est encore plus accablant, comme on peut le lire dans l’ouvrage « Made in Germany » de Guillaume Duval (rédacteur en chef de « Alternatives
économiques ») :
Il y a 4,8 millions de ces pseudo-chômeurs à moins de 400 euros mensuels ou à minijobs de 1 euro l’heure, qui ne donnent aucun droit à la retraite ou à l’assurance sociale… !

Quant à la « soutenabilité » du budget allemand, parlons-en! On relève ainsi dans NEWSRING d’Avril 2013 :
« Contrairement à l’Allemagne, nos comptes incluent la dette sociale, qui s’élève à 147Mds, soit environ 13% du total. En 2010, Sarkozy avait astucieusement glissé une partie cette dette sous le
tapis comme l’expliquait J. de Maillard ici.
L’Allemagne de Merkel, à l’instar de Sarkozy, ne présente pas toute sa dette, surtout sociale. Toutefois elle n’a pas sa parcimonie.
Car, comme le révèle le journal « Handelsblatt », elle n’escamote pas une partie, mais carrément toute sa dette sociale, retraites, maladies, et dépendance, et qui s’élève à 5000Mds.
Si on cumule les montants, la dette allemande s’élèverait donc à 7100Mds, soit le triple de son PIB! Une dette de 200% c’est un petit peu moins que le Japon qui est à 245%, mais qui, lui, a
l’avantage d’être possesseur de sa dette.

Pour amortir le choc de 2008 et la crise bancaire, Merkel a fait une chose que personne n’imagine ici: elle a nationalisé le secteur bancaire!
J’imagine d’ici les économistes français, qui nous expliquent à longueur d’articles comment l’Allemagne est un modèle, sauter au plafond et s’arracher les cheveux si d’aventure on avait parlé de
nationaliser la BNP et la Société Générale plutôt que de renflouer leurs caisses.

A cela il faut ajouter que les perspectives de l’Allemagne sont très mauvaises: la consommation des ménages est catastrophique, la balance commerciale s’est brutalement dégradée, sa population
vieillit vite, et la paupérisation y est galopante.
Le verdict des démographes est là pour en attester: lorsqu’une population est en situation de suicide démographique comme en Allemagne, c’est qu’aucune perspective enviable ne l’incite à se
projeter dans ses enfants… mais ils auront toujours la satisfaction de savoir que leurs Audi ont « cartonné » en Chine !
Mieux se loger, mieux manger, mieux se soigner, mieux s’éduquer… fredaine que tout cela, nous dit robert: le but de l’existence, comme nous l’enseigne la leçon bien apprise par les médias, c’est de
« cartonner à l’export » !
Ce n’est plus « du pain et des jeux », ce qui s’adressait aux citoyens romains…
C’est « sans pain, vous (i.e. vos patrons) gagnerez mieux au jeu (de l’export) », ce qui s’adressait aux esclaves combattant !

LA COM-PÉ-TI-TI-VI-TÉ, ON VOUS DIT !

Ainsi sur nos écrans TV, il y a peu, face à Thomas Piketty qui dénonçait la spirale récessive anti-Fordiste que recèle cette logique aveugle, le représentant du patronnat Yvon Jacob répondait en
ces termes [verbatim] :
- Nous ne cherchons pas à vendre aux français, mais à l’étranger qui représente un plus grand marché !

En quelques mots, était ainsi révélée l’erreur dénoncée, avant Krugman, par Allais: la compétition entre nations n’obéit pas aux mêmes schémas que la compétition intra-sectorielle nationale.
Paul Krugman: “competitiveness is a meaningless word when applied to national economies. And the obsession with competitiveness is both wrong and dangerous” [la compétitivité est un mot qui n’a pas
de sens lorsqu’il est appliqué aux économies nationales. Et l’obsession de la compétitivité est à la fois erronée et dangereuse]
... sans compter la fausse compétitivité par le chage manipulé comme c'est le cas pour le yuan!
Avec ces propos, Paul Krugman fait en réalité bel et bien amende honorable, lui qui avait aussi commis il y a quelques années un petit livre militant, du plus pur style néolibéral: « La
mondialisation n’est pas coupable », V.F. Editions La découverte

La logique de l’euro ?

1. Le statut « d’indépendance de la BCE » impose un euro-mark fort (secret espoir: concurrencer voire supplanter le dollar) à toute la zone… qui doit ramer derrière l’Allemagne, habituée au mark
fort.
2. L’Allemagne rame elle-même (cf. plus haut statistiques de chômage truquées, et dette sociale escamotée) après la Chine qui manipule, au contraire, sa monnaie en baisse, en sus de salaires dix à
vingt fois inférieurs.
3. En « libre »-échange mondialisé, la Chine peut maintenir longtemps ses salaires au plus bas grâce à son régime dictatorial et son « armée de réserve » dans les campagnes (encore près d’un
milliard).
3. Le résultat à court terme est le prélèvement de l’énorme écart en prix de vente à l’occident, qui tombe dans l’escarcelle du système financier occidental (70% selon Bernard Maris), d’où la mise
en sourdine des critiques, autrefois virulentes, du communisme, du péril jaune…
4. Le résultat à long terme est la convergence vers zéro de cette différence, avec l’alignement de tous les travailleurs sur ceux de la Chine:
« La crise ne sera pas terminée tant que le système financier n’aura pas tout englouti. Ils n’en sont pas loin.Personne n’a le courage d’arrêter le monstre, car ceux qui en ont le pouvoir sont ses
créateurs… »

Jean Claude Werrebrouck 29/06/2013 10:15



Merci pour ces infos complémentaires



Hadrien 28/06/2013 22:27

Une autre naïveté fut celle du dogme, encore plus mal maîtrisé, du schéma ricardien des "avantages comparatifs". Rappelons que ce schéma, dans lequel certains ont crû voir la justification de la
zone euro, stipule :
Dans le libre échange de deux produits du travail, entre deux pays aux coûts de production différents, la spécialisation engendre une richesse totale supérieure à l'autarcie pour chacun des pays,
même si la compétitivité de l'un est supérieure à celle de l'autre pour chacun des produits.
Bien que les économistes libéraux se délectent à l'énoncé de ce résultat dont Samuelson disait qu'il mériterait un "prix de beauté de l'économie", son étude plus approfondie stipule toutefois un
résultat supplémentaire:
Si l'on accroît ainsi le pouvoir d'achat total de chaque pays, on accroît également sa disparité dans la répartition interne entre gagnants et perdants du pays le plus compétitif ! En d'autres
termes, la compétitivité d'un pays accroît d'autant plus ses inégalités...
N'est-ce pas ce qui se produit visiblement en Allemagne ?

Hadrien 28/06/2013 19:44

Comme l'indique bien ce billet, on retient généralement de l'ordo-libéralisme qu'il diffère surtout du libéralisme par son orthodoxie monétaire héritée de l'école autrichienne.
Curieusement, le principal objet du préfixe "ordo" s'est porté sur ce principe ordonnateur rigide (stabilité des prix) quelque peu contraire à l'esprit du libéralisme.
La justification classique est que seuls les prix relatifs importent et que, donc, une des marchandises peut servir arbitrairement de point fixe, comme l'était autrefois l'or.

En ce sens, l'euro-mark est une tentative de retour à cette monnaie unique jadis présente partout, et qui assuraît la fixité en empêchant tout réajustement dans le commerce international utilisant
cette monnaie.
En revanche, une monnaie commune en Europe aurait été l'analogue du dollar sous le Gold exchange standard n'empêchant pas ce réajustement, mais en évitant de favoriser un pays particulier.
Les concepteurs de l'euro ont-ils été à ce point aveugles où ont-ils sciemment adopté la monnaie unique dans l'espoir mal maîtrisé que celà hâterait la disparition des nations au sein de l'Europe,
comme autrefois au sein des empires ?

Jean Claude Werrebrouck 29/06/2013 10:13



Je n'en sa que is rien. Par contre il apparait aujourd'hui évident que l'accord entre Messieurs Kohl et Mitterrand était un un jeu de dupes. L'Allemagne mettait fin aux dévaluations françaises et
la France croyait pouvoir bénéficier éternellement des avantages d'une dette croissant à taux faible. Comme je le dis souvent dans mes papiers l'euro est une affaire de passagers clandestins.



BA 28/06/2013 11:00

Vendredi 28 juin 2013 :

Qui sont les futurs membres de l'Union européenne ?

1- Turquie.
2- Islande.
3- Serbie.
4- Monténégro.
5- Macédoine.
6- Albanie.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130626trib000772471/qui-sont-les-futurs-membres-de-l-union-europeenne-.html

Quel est le futur budget de l'Union Européenne ?

Pour la période 2007-2013, le budget de l'Union Européenne était au niveau ridicule de 1,10 % du PIB de l'Union Européenne.

Pour la période 2014-2020, les bisounours fédéralistes voulaient que le budget de l'Union Européenne augmente. Le samedi 19 novembre 2011, les bisounours fédéralistes ont demandé que le budget
passe à 1,11 % du PIB, soit 1083,3 milliards d'euros.

Mais neuf pays - Autriche, Danemark, Allemagne, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni -, ont rejeté cette proposition jugée trop élevée dans un contexte de rigueur
généralisée.

Résultat : pour la période 2014-2020, le budget de l'Union Européenne sera en baisse !

Pour la période 2014-2020, le budget de l'Union Européenne baissera au niveau minable de 1 % du PIB de l'Union Européenne, soit 960 milliards d'euros !

http://www.lepoint.fr/economie/ue-le-budget-2014-2020-approuve-par-les-dirigeants-europeens-28-06-2013-1686778_28.php

Conclusion : l'Union Européenne accueillera de plus en plus de pays très pauvres, et elle aura un budget de plus en plus faible !

L'Union Européenne n'est qu'un gigantesque château de cartes.

Et le vent qui se lève va le faire s'effondrer.

BA 27/06/2013 15:54

Samedi 19 novembre 2011 :

Voici ce qui s'était passé le samedi 19 novembre 2011 : la Commission européenne avait proposé de porter le budget de l'Union Européenne à 1083,3 milliards d'euros pour la période 2014-2020.

La Commission européenne a proposé une augmentation de 5% par rapport au précédent budget sur 7 ans, portant les dépenses à 1.083,3 milliards d'euros, soit 1,11% du PIB européen.

Mais neuf pays - Autriche, Danemark, Allemagne, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni -, ont rejeté cette proposition jugée trop élevée dans un contexte de rigueur
généralisée.

http://www.20minutes.fr/economie/826126-budget-2012-europe-impose-rigueur

Jeudi 27 juin 2013 :

Deux ans après, nous apprenons que le budget de l'Union Européenne ne sera pas de 1083,3 milliards d'euros, mais qu'il sera en baisse pour la période 2014-2020 !

Pour la période 2014-2020, le budget de l'Union Européenne baissera à 960 milliards d'euros, soit au niveau minable de 1 % du PIB de l'Union Européenne !

Les soi-disant "Etats-Unis d'Europe" , ça n'existe que dans les belles paroles !

Les soi-disant "Etats-Unis d'Europe" , c'est du pipeau pour les bisounours !

Union européenne : accord politique sur le budget pour 2014-2020.

Les présidents des trois institutions de l’Union européenne (la Commission, le Conseil qui représente les Etats, et le Parlement) ont annoncé jeudi être parvenus à un accord politique sur le budget
de 960 milliards d’euros pour la période 2014-2020.

http://www.liberation.fr/monde/2013/06/27/accord-politique-sur-le-budget-europeen-pour-la-periode-2014-2020_914133

BA 26/06/2013 07:09

Mardi 25 juin 2013 :

Anglo Irish Bank : les deux dirigeants auraient menti aux autorités irlandaises.

Les dirigeants de la banque irlandaise Anglo Irish Bank nient avoir trompé les autorités de Dublin pendant la crise financière en 2008, suite à la publication de discussions enregistrées au
téléphone.

Ces discussions révèlent que les dirigeants de l’Anglo Irish Bank – qui n’existe plus sous ce nom aujourd’hui – avaient sciemment sous-estimé les sommes nécessaires au sauvetage de la banque.

Selon l’Irish Independent qui s’est procuré les enregistrements, les deux dirigeants de la banque parlaient de 7 milliards d’euros pour ne pas risquer un refus de Dublin, alors que l’addition pour
les contribuables irlandais allait finalement avoisiner les 30 milliards d’euros.

http://fr.euronews.com/2013/06/25/anglo-irish-bank-les-deux-dirigeants-auraient-menti-aux-autorites-irlandaises/

Les enregistrements des deux dirigeants de la banque Anglo Irish Bank sont ici :

http://www.independent.ie/business/irish/inside-anglo-the-secret-recordings-29366837.html

Les enregistrements audio de Anglo Irish Bank révèlent pour la première fois comment les dirigeants de la banque ont menti au gouvernement au sujet de la véritable ampleur des pertes de
l'établissement.

Ces incroyables enregistrements montrent le dirigeant John Bowe, qui avait été impliqué dans les négociations avec la Banque centrale irlandaise, riant et plaisantant avec un autre dirigeant, Peter
Fitzgerald, et racontant comment Anglo Irish Bank avait trompé l'État pour qu'il lui donne des milliards d'euros.

M. Fitzgerald n'avait pas été impliqué dans les négociations avec la Banque centrale irlandaise, et il a confirmé qu'il n'était pas au courant de toute cette stratégie, ni de l'intention de tromper
les autorités.

M. Bowe, dans un communiqué hier soir, a catégoriquement nié avoir trompé la Banque centrale.

Les enregistrements audio proviennent de son propre système téléphonique interne, et ils datent du cœur de la crise financière qui a amené l'Etat irlandais à genoux en Septembre 2008.

Anglo Irish Bank était à quelques jours de l'effondrement complet - et dans les années suivantes, les contribuables allaient lui donner 30 milliards d'euros. M. Bowe parle de la façon dont il avait
demandé à l'Etat 7 milliards d'euros pour renflouer Anglo - mais les négociateurs d'Anglo savait depuis le début que ce n'était pas assez pour sauver la banque.

Le plan était le suivant : une fois que l'État aurait commencé à donner de l'argent à la banque, il serait incapable de s'arrêter.

M. Fitzgerald demande à M. Bowe comment ils étaient arrivés à ce chiffre de 7 milliards d'euros. M. Bowe éclate de rire en répondant : "Comme le batteur disait (le batteur est le surnom du PDG
David Drumm) : "j'ai sorti ce chiffre de mon cul."

Il dit aussi : "S'ils avaient vu l'énormité du sauvetage avant, ils auraient pu décider qu'ils avaient le choix. Tu vois ce que je veux dire ?"

"Ils auraient pu dire que le coût pour le contribuable était trop élevé ... tandis que si la somme ne semblait pas trop grande au début ... si elle est assez grosse, mais pas trop grande pour que
ça gâche tout, alors je pense que tu as une chance qu'ils acceptent de payer. Donc maintenant je pense que le montant du sauvetage va augmenter. "

M. Fitzgerald, le directeur des services bancaires de détail, dit : "Ouais, ils ont mis le doigt dans l'engrenage."

Les commentaires de M. Bowe dans l'enregistrement audio révèlent que la stratégie d'Anglo Irish Bank était d'attirer l'Etat, en ne laissant aux contribuables d'autre choix que de continuer à
fournir des prêts à la banque et à "soutenir leur argent".

L'enregistrement montre également M. Bowe et M. Fitzgerald éclater de rire en déclarant qu'il n'y a aucune chance pour que la banque rembourse les prêts.

Pour la première fois, les contribuables obtiennent un aperçu exclusif des magouilles bancaires qui ont coûté à l'Irlande notre souveraineté.

Paul Williams, "Irish Independent", lundi 24 juin 2013.

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