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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 15:57

Avec le temps acheté par les banquiers centraux qui maintiennent en vie la machine à fabriquer de la dette pour empêcher l'effondrement financier et économique planétaire, beaucoup d'experts persistent dans l'erreur et concluent des raisonnements que le simple bon sens peut aisément récuser.

 Ainsi il est aujourd'hui affirmé haut et fort que si l'austérité est difficilement supportable, les premiers dividendes commencent à se manifester. Le cas de La Grèce, du Portugal de l'Irlande, de l'Espagne, mais aussi de la Lettonie sont ainsi évoqués pour vanter les mérites d'une compétitivité en voie de restauration.

Le moteur de cette compétitivité n'est évidemment pas la hausse de la productivité physique des facteurs de la production, il est plus simplement la baisse  sur la période 2009/2012 du coût salarial unitaire : plus de 20% pour la Lettonie, 12% pour la Grèce, 9,9% pour l'Irlande, 7,9% pour le Portugal, 7,4% pour l'Espagne.

Bien évidemment, il en résulte une baisse de la demande intérieure, elle même favorisée par la baisse de la dépense publique (santé, éducation, etc.). Cette baisse en volume depuis 2009, et calculée à partir d'une base 100 en 1999, correspond à 30 points pour la Grèce et la Lettonie, et approximativement 12 points pour l'Espagne et le Portugal.

Il n'est guère besoin d'être expert, pour comprendre que cette baisse de la demande intérieure, procure des effets bénéfiques en termes de recul des importations: la baisse est le produit de la propension à importer par la variation de la demande intérieure. A l'inverse, la baisse du coût du travail rend les exportations plus aisées, ce qui se manifeste de façon assez spectaculaire. Ainsi entre Janvier 2009 et octobre 2012, l'Espagne voit le volume de ses exportations mensuelles doubler, Grèce et Portugal augmentent de 80% leurs exportations, tandis que l'Irlande, pays déjà très exportateur avant 2008 ne fait que retrouver la situation d'avant la crise.  

Cette embellie due à la compétitivité, est évidemment un choc pour les autres pays fournisseurs et clients , essentiellement le reste de la zone euro, qui doivent encaisser en termes de recul d'activité, aussi bien la chute de la demande intérieure, que le regain des exportations de l'Espagne, du Portugal, de l'Irlande, du Portugal, etc. L'Italie est du reste sur le même chemin. Bien évidemment, les experts en raisonnement erronés risquent de répondre en disant que tous doivent prendre ce chemin difficile mais vertueux. Mais alors, si tous doivent davantage exporter et si tous doivent dégonfler la demande intérieure, aussi en réduisant les dépenses publiques, qui va acheter?

Nous le voyons il est impossible de na pas évoquer la question essentielle, souvent abordée dans ce blog: la configuration actuelle de la mondialisation, avec des chaines de la valeur très découpées pour répondre à la vieille crise du fordisme, n'a fait que développer un écart croissant, entre offre globale mondiale et demande globale mondiale.    Ecart comblé jusqu'ici, par la machine à faire de la dette, dont l'épuisement se matérilise en crise financière gérée faute de solution de façon de plus en plus accrobatique . Les châteaux de cartes sont comme les courbes: ils ne peuvent monter jusqu'au ciel.

A l'inverse, constatons qu le contrôle qualité des raisonnements économiques, n'arrive pas, lui, à décoller.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans critique des raisonnements
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commentaires

Hadrien 29/01/2013 20:47

Ayant lu votre excellent petit livre sur les Banques centrales, Je découvre ce blog sans avoir eu le temps d'y rechercher le traitement de "la question essentielle souvent abordée" désignée au
dernier paragraphe par l'euphémisme sur "la configuration actuelle de la mondialisation", digne des meilleurs understatements britanniques.

Pourquoi ne pas développer le problème tel qu'il est, scientifiquement parlant:
C'est au vingtième siècle, et notamment avec Keynes ainsi que le Fordisme, que l'on a commencé à prendre vraiment conscience du phénomène de la croissance qui, mathématiquement, est une instabilité
à multiplicateur positif dans la boucle consommation-production des activités humaines. Comme dans tout phénomène bouclé, parler en faveur de l'un ou de l'autre, offre ou demande, comme s'y
évertuent de pseudo-économistes politiques dans le cadre national de la lutte capital/travail ou patronat/syndicats, n'a pas plus de sens que disserter sur la primauté de l'oeuf ou de la poule.
Dans un cadre international, en revanche, tout change si on laisse des pays moins développés entrer sans précaution en libre échange avec ceux qui sont plus avancés dans leur cycle de
développement. La consommation de ces derniers se branche alors sur la production des premiers, qui voient leur croissance ainsi accélérée au détriment de celle des pays avancés qui la voient
ralentir, voire régresser par un effet croisé des plus évidents.
Certains diront qu'après tout, ce n'est que justice de voir ainsi les plus en retard connaître un rattrapage bénéfique.
Sauf que cela entraîne un autre effet croisé: ce sont les classes exploitantes de tels pays "émergents" qui bénéficient de cette croissance, dans l'accumulation croissante de capital décrite par
Marx au XIXe siècle.
Et ce sont les classes exploitées des pays jusque là avancés qui pâtissent des restrictions salariales, puis sociales, sur finissent par perdre leurs acquis et, avec eux, leur statut "avancé"
dilappidant ainsi l'héritage de leurs aînés.
D'où le schéma que l'on peut résumer par:
La concentration de capital des riches dans les pays émergents se fait en exploitant leurs travailleurs au détriment des notres. Et la concentration de capital des riches chez nous se fait en
délocalisant pour faire la même chose, ou en réduisant les conditions faites à nos travailleurs nationaux.
Aucun bénéfice à terme pour ceux qui en ont le plus besoin, et croissance en déroute pour ceux qui avaient le plus avancé socialement.
On comprend que les détenteurs de capitaux ne jurent plus que par la Chine!

C'est prendre beaucoup de temps pour dire des évidences, mais pourquoi donc ces choses-là sont-elles tues par les partis majoritaires du "marais" actuel, ainsi que les milieux économiques, sans
parler des médias...?
Le vrai problème de la crise, c'est l'internationale libérale, mondiale aussi bien qu'européenne.

Jean Claude Werrebrouck 30/01/2013 10:42



Mille fois d'accord avec vous.



BA 27/01/2013 21:09

Dimanche 27 janvier 2013 :

Michel Sapin évoque « un État totalement en faillite. »

« Il y a un État, mais c'est un État totalement en faillite. » Le diagnostic, dressé par le ministre du Travail, Michel Sapin, ce dimanche sur Radio J, n'est pas nouveau.

Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, François Fillon, quelques mois après son arrivée à la tête du gouvernement, avait usé des mêmes mots lors d'une visite en Corse. Un même constat alarmant
plaidant pour des mesures d'économies.

«C'est la raison pour laquelle il a fallu mettre en place des programmes de réduction des déficits et aucune sirène ne doit nous détourner de cet objectif», s'est justifié Michel Sapin, répondant
là aux critiques de la gauche qui s'élèvent contre l'objectif de ramener le déficit public sous les 3 % du PIB à la fin de l'année.

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/01/27/20002-20130127ARTFIG00150-michel-sapin-evoque-un-etat-totalement-en-faillite.php

jean Claude Werrebrouck 27/01/2013 18:09

Mais je doute qu'Alain Minc adhère à mes analyses

karluss 27/01/2013 14:21

Minc qui n'est pas marxiste prétend qu'il s'agit d'une question de confiance...

karluss 27/01/2013 08:37

vous commencez votre article avec la machine à faire de la dette qui fonctionne à plein régime et vous le terminez avec cette même machine qui ne pourrait plus fournir : est-ce une contradiction ?

Jean Claude Werrebrouck 27/01/2013 11:36



Oui, nous sommes en pleine contradiction: la version actuelle de la mondialisation suppose l'agrandissement continu des capacités de production de la machine à faire de la dette ( déficits
publics+ surtout les déséquilibres extérieurs gigantesques) agrandissement qui se trouve limité par une méfiance croissante des "investisseurs". Il faudra un jour repenser complètement la
mondialisation....ce qui permettra de solder les questions de la fiance. Je suis d'une certaine façon marxiste: la finance fait partie des superstructures....



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