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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 15:39

 

Derrière le débat concernant le redressement productif il y a celui de la ré industrialisation, celui de la relocalisation d’activités industrielles et en conséquence celui d’un rééquilibrage de la balance commerciale. De façon plus savante et probablement plus synthétique il y a celui du « re-noircissement »  de la matrice des échanges interindustriels[1].

Logiquement dans un espace mondialisé, cette matrice a tendance à se « blanchir », les échanges entre branches d’activités au sein d’un espace national tendant à s’appauvrir avec l’allongement de chaines de la valeur devenues mondiales. Concrètement les différentes branches d’activité, au sens de la comptabilité nationale, ne se créent plus mutuellement des débouchés et connaissent des liaisons aussi bien en amont qu’en aval avec un espace mondialisé. D’où la célèbre expression de Pascal Lamy : « made in the world ».

Au blanchiment de la matrice des échanges interindustriels devait correspondre un allongement de plus en plus important des chaines de la valeur et en conséquence un  blanchiment des matrices de la plupart des pays jouant le jeu de la mondialisation. Seule une matrice mondiale, si elle était construite par des comptables mondiaux comme il existe encore des comptables nationaux, pourrait être noire.

L’optimisation des chaines de la valeur, travail devenu celui d’entreprises spécialisées qui vendent leurs conseils, repose bien évidemment sur une question de coûts et de calculs de risques. Dans ce cadre chaque pays se trouve progressivement spécialisé dans son espace de compétence spécifique, et le produit final voit son coût unitaire mondial le plus faible possible.

Ce bref et très partiel exposé de ce qu’est la mondialisation industrielle explique déjà qu’un objectif macroéconomique de rééquilibrage des comptes extérieurs n’est pas simple. Une marchandise mondiale, assemblée dans un pays A, exportable mondialement et produite à partir d’importations de composants eux-mêmes mondialisés, agit simultanément sur les importations et les exportations du pays considéré. Cette marchandise ne peut s’exporter sans difficultés, c’est-à-dire de façon compétitive, que si la chaine de la valeur correspondante, parce que  bien optimisée, laisse des importations de composants eux même très compétitifs. D’où le titre d’un article paru récemment : « Cessons de craindre l’envolée des importations »[2]. Cela signifie par conséquent qu’en mondialisation, être plus compétitif et exporter davantage suppose aussi d’importer plus. Exportations et importations ne sont donc pas des variables indépendantes et le flux d’exportations dépend aussi – parmi d’autres variables- de la capacité à importer davantage. La capacité à exporter d’un pays en mondialisation dépend ainsi de la compétitivité de toutes les consommations intermédiaires générées sur les chaines mondialisées de la valeur.

Rééquilibrer une balance déficitaire par relocalisations d’activités- par exemple impulsées par des politiques publiques- n’est donc pas simple puisque, toutes choses égales par ailleurs, à une diminution des importations correspondantes peut logiquement succéder une diminution du flux des exportations. Bien sûr il peut y avoir des exceptions et cas particuliers, qui toutefois ne mettent pas en question l’essentiel du raisonnement[3].

A taux de change inchangé, une relocalisation n’est efficace que si elle s’effectue spontanément par le jeu de la compétitivité : telle maillon de la chaine mondiale est devenu moins compétitif que ce qui pourrait- être nationalement obtenu. Il s’ensuit naturellement un meilleur équilibre de la balance.

Toujours à taux de change inchangé, on peut imaginer que la partie nationale de la chaine devienne elle- même plus compétitive. On assiste là aussi à une amélioration de la balance.

On comprend toutefois, qu’en matière de relocalisation les possibilités se trouvent limitées puisqu’il faudrait que le pays dispose d’un avantage comparatif dans tous les domaines  où nombre de pays se sont spécialisés : devenir meilleur simultanément dans plusieurs domaines où d’autres pays s’étaient spécialisés. Un peu comme si, pour reprendre le célèbre exemple de Ricardo, l’Angleterre devenait meilleure que le Portugal , et pour la production de drap et pour la production de vin. Sans évidemment compter que les relocalisations devraient logiquement entrainer des réactions de compétitivité de la part de ceux qui vivraient une délocalisation. Signalons aussi que dans un certain nombre d’activités, notamment celles liées aux nouvelles technologies de l’internet, il est très difficile de relocaliser ce qui n’est pas localisable et qui plus est, fonctionne à rendements croissants et donc à coûts unitaires continuellement décroissants.

Maintenant il est sans doute vrai que d’autres nouvelles technologies – par exemple l’imprimante 3D- peuvent rebattre toutes les cartes et redessiner les chaines de la valeur. Dans le même sens et sans doute de façon plus globale, le passage d’une « mass production » à une « mass personalization », hypothèse chère à Peter Marsch[4]redessinerait aussi les chaines de la valeur avec l’apparition de micro-multinationales. Mais tout cela reste de la simple conjecture et surtout concerne le temps long.

En conséquence une stratégie de relocalisation et de rééquilibrage des comptes suppose une modification des taux de change. Si une modification externe du taux de change ne peut être obtenue en raison d’une base monétaire unique, il ne reste que la dévaluation interne laquelle passe par une diminution du coût du travail, assortie d’une flexibilité suffisante des prix. Il s’agit de la stratégie menée dans toute l’Europe et en particulier dans sa partie sud.

Même en  supposant  que cette stratégie développe la compétitivité, il ne peut s’en suivre une réelle sortie de crise. C’est que le redressement productif est appelé à  se dérouler dans le lit d’une concurrence généralisée qui réduit le salaire à sa seule dimension coût alors que dans l’espace plus national des 30 glorieuses, la dimension débouché était essentielle dans la régulation globale. Plus grave, un redressement productif sur base de dévaluation interne ne peut qu’aggraver la crise générale de surproduction mondiale, les pays dits émergents devant souffrir d’une perte de débouchés chez les « pays en voie de redressement productif ». Les chinois peuvent ainsi s’inquiéter d’une potentielle nouvelle compétitivité européenne les empêchant de ravitailler la grande distribution dont la clientèle est la masse des salariés européens munis de rémunérations  déjà diminuées.

Accroissement de la contradiction mondiale entre offre globale planétaire de marchandises et demande globale planétaire correspondante, mais aussi redressement productif régressif puisqu’il faut revenir sur ce qu’avaient autorisé les 30 glorieuses à savoir la hausse continue des rémunérations. En mondialisation acceptée, le re-noircissement de la matrice des échanges interindustriels ne peut se réaliser que sur base régressive. Et une régressivité d’autant plus lourde que l’Etat doit lui-même connaitre une dévaluation sur la base d’une fiscalité plus faible nourrissant la chute des prix internes et la compétitivité externe. Comme cette compétitivité externe doit aussi passer par des investissements d’infrastructures et d’avenir que l’Etat ne peut plus réaliser, il s’agit bien d’une adaptation régressive. Concrètement, l’Espagne ou la Grèce sont invités à se réindustrialiser dans un contexte qui ne justifie pas l’investissement privé et réduit drastiquement l’investissement public[5]. Le redressement productif est donc, sans changement fondamental des règles du jeu, un processus d’adaptation régressive à la mondialisation.

 



[1] A l’époque des 30 glorieuses, les spécialistes de ce qu’on appelait le « Développement » faisaient de l’examen de la matrice des échanges interindustriels un critère décisif, permettant de distinguer pays développés et pays en voie de développement. A l’époque, la notion de pays émergent ne figurait pas dans le vocabulaire des économistes. Un pays développé était ainsi un pays dont la matrice des échanges était « noire ». On voulait par cette expression, signifier  la présence de la  plupart des branches assortie de forts coefficients de liaisons entre –elles. Toutes les cases de la matrice étaient ainsi chargées de chiffres attestant de l’importance des liaisons interindustrielles. Parce que peu de cases étaient vides, on parlait de « matrice noire », à l’opposé de ce que l’on rencontrait dans les pays dits « sous- développés ». Dans ces conditions ce qu’on appelait « développement » était affaire de noircissement de la matrice. D’où toute une série de théories très utilitaires de politiques de développement, dont celle des « industries industrialisantes» restée célèbre par la planification autoritaire qu’elle supposait et ses échecs retentissants.

[2] Agnés Benassy dans « Les Echos » du 13 mars 2013.

[3] C’est par exemple le cas américain qui en raison de la révolution énergétique en cours connait un processus de relocalisation et aussi des capacités exportatrices nouvelles résultant d’une nouvelle compétitivité apportée par l’effondrement des coûts du gaz.

[4] « The new industrial révolution – Consumers, Globalization, and the end of mass production”; Yale University press; Yalebooks.com; 2013.

[5] Selon le FMI, sur une base 100 en 2008, la FBCF en Grèce ne sera que de 40 en 2013, la consommation des ménages passant dans le même temps à moins de 70. Chiffres confirmés par Eurostats qui divise par 2 la FBCF courante de la Grèce entre les deux dates. Notons aussi que l’Espagne- dont on loue dans la presse le renouveau industriel et sa marche vers l’équilibre des comptes extérieurs- se trouve dans une situation assez comparable avec un recul, toujours d’après Eurostats, de 41% de la FBCF entre 2008 et 2013.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans textes de portée générale
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BA 07/08/2013 14:54

A égale distance des pôles opposés de la philie et de la phobie, où l’on est bien certain qu’aucune intelligence ne peut prospérer, il y a place pour l’analyse objective des complexions
structurelles, des héritages historiques, et des rapports de compatibilité ou d’incompatibilité qui en résultent quand il s’agit de faire vivre ensemble des pays différents à un degré un peu poussé
d’intégration. En l’occurrence, il faut vraiment avoir la passion des œillères pour ne pas voir que l’Allemagne s’est fabriqué une croyance autour de la monnaie, qui l’érige en enjeu si élevé que
la moindre concession en cette matière lui est simple­ment impossible. Si elle a accepté d’entrer dans l’euro, ce n’était qu’à la condition sine qua non de pouvoir dicter à la monnaie européenne
son architecture institution­nelle, décalquée sur la sienne propre.

Que l’Allemagne se soit perdue dans l’idée (fausse) que son hyperinflation de 1923 a été l’antichambre du nazisme, quand la déflation de 1931 l’a été bien plus probablement, la chose n’a aucune
importance : elle y croit, et elle agit confor­mément à cette croyance. Nul ne peut lui reprocher d’avoir l’histoire qu’elle a, ni d’adhérer aux récits qu’elle s’en est donnés. Nul ne peut lui
reprocher d’en avoir conçu une vision singulière de ce que doit être un ordre monétaire, et de refuser d’entrer dans un ordre qui en diffé­rerait. Mais l’on peut assurément reprocher à Berlin
d’imposer ses idées fixes à tous ! Et s’il est parfaitement légitime de laisser l’Allemagne poursuivre ses obsessions monétaires, il est tout aussi légitime de ne pas désirer les poursuivre avec
elle. Parti­culièrement quand ces principes monétaires ne conviennent pas aux structures écono­miques et sociales des autres pays, et, en l’occurrence, en conduisent quelques-uns au désastre.

Car certains Etats membres ont besoin de dévaluation ; certains, de laisser se creuser les déficits ; certains, de répudier une partie de leur dette ; d’autres, d’inflation. Et tous ont surtout
besoin que ces choses-là redeviennent des objets possibles de délibération démocratique ! Mais les principes allemands, inscrits dans les traités, l’interdisent…

Qu’il n’y ait pas lieu de placer ses espoirs dans le « saut démocratique » proposé par M. Hollande et Mme Merkel est sans doute un euphémisme. La réacti­vation d’un projet fédéraliste demeure de
toute façon un horizon des plus flous tant qu’on n’a pas dit en quoi il consisterait, et qu’on ne s’est pas donné la peine d’en examiner les conditions de possibilité. Il faudrait d’abord demander
aux partisans de l’avancée fédéraliste de nous figurer le miracle qui conduirait l’Allemagne à accepter que réintègrent le cercle de la délibération démocratique toutes ces questions qu’elle s’est
méthodiquement efforcée d’en exclure ; puis leur demander s’ils estiment qu’un fédéralisme toujours constitutionnellement interdit de débattre de ces questions demeurerait à leurs yeux un «saut
démocratique» (2).

Pour le plaisir de l’expérience de pensée, accordons-leur cependant l’hypothèse d’une démocratie européenne fédérale tout armée, avec un pouvoir législatif européen digne de ce nom, évidemment
bicaméral, doté de la plénitude de ses prérogatives, élu au suffrage universel, comme l’exécutif européen (dont on ne sait d’ailleurs la forme qu’il pourrait prendre). La question qu’on poserait à
tous ceux qui rêvent ainsi de «changer d’Europe pour surmonter la crise (3) » serait alors la suivante : imaginent-ils l’Allemagne se plier à la loi de la majorité européenne si d’aventure le
Parlement souverain venait à décider la reprise en main de la BCE, la possibilité du finan­cement monétaire des Etats ou bien le déplafonnement des déficits budgétaires ?

Pour la généralité de l’argument, on ajoutera que la réponse – évidemment négative – serait la même, en l’occurrence on l’espère !, si cette même loi de la majorité européenne venait imposer à la
France la privatisation intégrale de la Sécurité sociale. Au fait, que n’aurait-on entendu si la France avait imposé à l’Europe sa forme à elle de Sécu, comme l’Allemagne a imposé son ordre
monétaire, et si, comme cette dernière, elle en avait fait un point d’ultimatum ?…

Il faudra donc que les ingénieurs du fédéralisme finissent par apercevoir que les institutions formelles de la démocratie n’en épuisent nullement le concept, et qu’il n’est pas de démocratie
vivante, ni possible, sans un arrière-plan de senti­ments collectifs seul à même de faire consentir les minoritaires à la loi de la majorité ; car, à la fin des fins, la démo­cratie, c’est ça : la
délibération plus la loi de la majorité. Mais c’est bien là le genre de choses que les hauts fonctionnaires ou les économistes – dépourvus de toute culture politique, et qui forment pourtant
l’essentiel des personnels politiques nationaux et européens, sont incapables de voir. Cette insuffisance intellectuelle nous vaut régulièrement de ces monstres institutionnels ignorants du
principe de souveraineté, le « saut démocratique » s’annonçant déjà totalement inconscient des conditions de possibilité passionnelles de la démocratie, et de la difficulté d’y satisfaire dans un
cadre plurinational.

Une fois rappelé que le retour aux monnaies nationales, lui, les remplit toutes, et demeure techniquement pra­ticable pour peu qu’il s’accompagne de toutes les mesures latérales ad hoc (notamment
de contrôle des capitaux [4]), on peut ne pas complètement abandonner l’idée de faire quelque chose en Europe. Pas une monnaie unique, puisque celle-ci suppose une construction politique
authen­tique, pour l’heure hors de portée. Une monnaie commune, en revanche, cela s’étudie ! D’autant plus que les bons arguments d’une forme d’européanisation demeurent, sous réserve bien sûr que
les inconvénients ne l’emportent pas sur les avantages…

Or cette balance redevient enfin favorable si, en lieu et place d’une monnaie unique, on pense à une monnaie commune, c’est-à-dire à un euro doté de représentants nationaux : des euro-francs, des
euro-pesetas, etc. Ces dénominations nationales de l’euro ne sont pas direc­tement convertibles à l’extérieur (en dollars, en yuans, etc.), ni entre elles. Toutes les convertibilités, externes et
internes, passent par une nouvelle BCE, qui fait office en quelque sorte de bureau de change (lire ci-dessous), mais est privée de tout pouvoir de politique monétaire. Celui-ci est rendu à des
banques centrales nationales dont il appartiendra aux gouver­nements de juger s’ils entendent en reprendre les rênes ou non.

La convertibilité externe, réservée à l’euro, s’effectue classiquement sur les marchés de change internationaux, donc à taux fluctuants, mais via la BCE, qui est le seul intervenant pour le compte
des agents (publics et privés) européens. En revanche, la convertibilité interne, celle des représentants nationaux de l’euro entre eux, s’effectue au seul guichet de la BCE, et à des parités
fixes, politi­quement décidées.

Récupération de la souveraineté monétaire.

Nous voilà donc débarrassés des marchés de change intra-européens, qui étaient le foyer de crises monétaires récur­rentes à l’époque du système monétaire européen (5), et protégés des marchés de
change extra-européens par l’intermé­diaire du nouvel euro. C’est cette double propriété qui fait la force de la monnaie commune.

Le fantasme de la convergence « automa­tique » des économies européennes maintenant dissipé, nous savons que certaines économies ont besoin de dévaluer – à plus forte raison dans la crise présente
! Or le dispositif de convertibilité interne de la monnaie commune a l’immense vertu de rendre à nouveau possibles ces dévalua­tions, mais dans le calme. L’expérience des aimées 1980 et 1990 a
suffisamment montré l’impossibilité d’ajustements de change ordonnés sous le déchaînement de marchés financiers entièrement libéralisés. Le calme interne d’une zone monétaire européenne débarrassée
du fléau de ses marchés de change rend alors les dévalua­tions à des processus entièrement poli­tiques, où il revient à la négociation inter-étatique de s’accorder sur une nouvelle grille de
parités.

Et pas seulement les dévaluations ! Car l’ensemble pourrait être configuré à la manière de l’International Clearing Union proposée par John Maynard Keynes en 1944, qui, outre la possibilité de
dévaluer offerte aux pays à forts déséquilibres extérieurs, prévoyait également de forcer à la réévaluation les pays à forts excédents. Dans un tel système, qui contraindrait à des réévaluations
graduées au travers d’une série de seuils d’excédents (par exemple à 4 % du produit intérieur brut, puis 6 %), l’Allemagne aurait dû depuis longtemps accepter une appréciation de son euro­mark, et
par là soutenir la demande dans la zone euro, donc participer à la réduction de ses déséquilibres internes. Ainsi des règles d’ajustement de change viennent-elles suppléer dans la négociation le
mauvais vouloir prévisible des pays excédentaires…

Le catéchisme néolibéral hurle « ineffi­cacité» et «inflation» dès qu’il entend le mot « dévaluation ». Pour ce qui est de l’inefficacité, disons que l’esprit de consé­quence n’est pas tout à fait
son fort. Car la dévaluation, c’est ce qu’il ne cesse de préconiser lui-même ! A ceci

BA 06/08/2013 21:51

Mardi 6 août 2013 :

Sortir de l'euro, mais comment ?

par Frédéric Lordon *

Beaucoup, notamment à gauche, continuent de croire qu’on va changer l’euro. Qu’on va passer de l’euro austéritaire présent à un euro enfin rénové, progressiste et social. Cela n’arrivera pas. Il
suffirait d’évoquer l’absence de tout levier politique en l’état d’incrustation institutionnelle de l’actuelle union monétaire européenne pour s’en faire une première idée. Mais cette impossibilité
tient surtout à un argument beaucoup plus fort, qui s’exprime à la manière d’un syllogisme.

Majeure : l’euro actuel procède d’une construction qui a eu pour effet, et même pour intention, de donner toute satisfaction aux marchés de capitaux et d’organiser leur emprise sur les politiques
économiques européennes.

Mineure : tout projet de transformation significative de l’euro est ipso facto un projet de démantèlement du pouvoir des marchés financiers et d’expulsion des investisseurs internationaux du champ
de la construction des politiques publiques.

Ergo, conclusions : 1. Jamais les marchés ne laisseront s’élaborer tranquillement, sous leurs yeux, un projet qui a pour évidente finalité de leur retirer leur pouvoir disciplinaire ; 2. Sitôt
qu’un tel projet commencerait d’acquérir un tant soit peu de consistance politique et de chances d’être mis en œuvre, il se heurterait à un déchaînement de spéculation et à une crise de marché
aiguë qui réduiraient à rien le temps d’institutionnalisation d’une construction monétaire alternative, et dont la seule issue, à chaud, serait le retour aux monnaies nationales.

La gauche-qui-continue-d’y-croire n’a donc le choix qu’entre l’impuissance indéfinie… ou bien l’advenue de cela même qu’elle prétend vouloir éviter (le retour aux monnaies nationales), sitôt que
son projet de transformation de l’euro commencerait à être pris au sérieux !

Encore faut-il s’entendre sur ce que veut dire ici « la gauche » : certainement pas le Parti socialiste (PS), qui n’entretient plus avec l’idée de gauche que des rapports d’inertie nominale, ni la
masse indifférenciée de l’européisme, qui, silencieuse ou béate pendant deux décennies, vient de découvrir les tares de son objet chéri et réalise, effarée, qu'il pourrait bien partir en
morceaux.

Mais l'on ne rattrape pas en un instant une aussi longue période de sommeil intellectuel bienheureux. Aussi le concours aux planches de salut s'est-il ouvert avec la douceur d'un réveil en pleine
nuit, dans un mélange de légère panique et de totale impréparation.

En vérité, les pauvres idées auxquelles l'européisme raccroche ses derniers espoirs ne sont plus que des mots creux : euro-obligations (ou eurobonds), « gouvernement économique » ou, encore mieux,
«saut démocratique» — façon François Hollande-Angela Merkel, on voit d'ici l'hymne à la joie —, solutions de carton pour une pensée Potemkine qui, n'ayant jamais rien voulu interroger, risque de ne
jamais rien comprendre. Peut-être, d'ailleurs, s'agit-il moins de comprendre que d'admettre. Admettre enfin la singu­larité de la construction européenne comme gigantesque opération de soustraction
politique.

Mais que s'agissait-il de soustraire, au juste ? Ni plus ni moins que la souveraineté populaire. La gauche de droite, comme par hasard européiste forcenée, se reconnaît entre autres à ceci qu'elle
a les oreilles qui saignent quand elle entend le mot de souve­raineté, immédiatement disqualifié en « -isme » : souverainisme. La chose étrange est qu'il ne vient pas un instant à l'esprit de cette
« gauche »-là que « souveraineté », d'abord comprise comme souveraineté du peuple, n'est que l'autre nom de la démocratie même. Serait-ce que, disant « démocratie », ces gens-là auraient tout autre
chose en tête ?

Par une sorte d'aveu involontaire, en tout cas, le refus de la souveraineté est bel et bien le déni de la démocratie en Europe. « Repli national » est alors le mot-épouvantail destiné à faire
oublier cette légère absence. On fait grand bruit d'un Front national à 25 %, mais sans jamais vouloir se demander si ce niveau — en effet alarmant ! — n'aurait pas quelque chose à voir, et même
d'assez près, avec la destruction de la souveraineté, non comme exaltation mystique de la nation, mais comme capacité des peuples à maîtriser leur destin.

Que reste-t-il en effet de cette capacité dans une construction qui a fait le choix délibéré de neutraliser par voie constitu­tionnelle les politiques économiques — budgétaires et monétaire — en
les soumettant à des règles de conduite automatique inscrites dans des traités ?

Les défenseurs du « oui» au traité constitu­tionnel européen (TCE) de 2005 avaient feint de ne pas voir que l'argument central du «non» résidait dans la partie III, certes acquise depuis Maastricht
(1992), Amster­dam (1997) et Nice (2001), mais répétant au travers de toutes ces confirmations le scandale intrinsèque de la soustraction des politiques publiques au critère central de la
démocratie : l'exigence de remise en jeu et de réversibilité permanentes.

Car il n'y a plus rien à remettre en jeu, ni même à discuter, lorsqu'on a fait le choix de tout écrire une fois pour toutes dans des traités inamovibles. Politique monétaire, maniement de
l'instrument budgétaire, niveau d'endettement public, formes du financement des déficits : tous ces leviers fondamentaux ont été figés dans le marbre. Comment pourrait-on discuter du niveau
d'inflation désiré quand celui-ci a été remis à une banque centrale indépendante et coupée de tout? Comment pourrait-on délibérer d'une politique budgétaire quand son solde structurel est
prédéterminé («règle d'or») et son solde courant plafonné ? Comment décider d'une répudiation de dette lorsque les Etats ne peuvent plus se financer que sur les marchés de capitaux ?

Faute d'apporter la moindre réponse à ces questions, ou plutôt par l'approbation implicite qu'elles donnent à cet état de choses constitutionnel, les indigentes trouvailles du concours Lépine
européiste sont vouées à systématiquement passer à côté du problème central.

On se demande ainsi quel sens pourrait avoir l'idée de «gouvernement écono­mique» de la zone euro, cette baudruche agitée depuis vingt ans par le PS, quand, précisément, il n'y a plus rien à
gouverner, toute la matière gouvernable ayant été dérobée à une délibération gouvernante pour être enfermée dans les traités.

Sous des dehors de grand bond en avant par la sophistication financière, renouant d'ailleurs en cela avec la stratégie européenne de l'engrenage « technique », les euro-obligations, pour leur part,
n'ont aucune des propriétés qu'imaginent leurs concepteurs. L'Allemagne, qui jouit des taux d'intérêt les plus bas lorsqu'elle emprunte sur les marchés, voit très bien ce qu'il lui en coûterait de
faire signature commune avec les pouilleux du Sud. En accepterait-elle le prix, au nom de l'idéal européen-à-faire-progresser, qu'elle ne manquerait pas de demander, en contre­partie de son
engagement à la mutuali­sation financière, un surplus draconien de surveillance et d'ingérence dans les politiques économiques nationales — exactement de la même manière qu'elle a contraint ces
politiques, à travers les traités et les pactes, au moment d'entrer dans la mutualisation monétaire.

La passion des œillères.

C'est dire que, loin d'alléger si peu que ce soit les tares politiques de la construction présente, les euro-obligations leur feraient connaître au contraire un degré d'aggravation inédit. Qui peut
imaginer un seul instant que l'Allemagne consen­tirait à entrer dans le mécanisme de solidarité financière d'une dette mutua­lisée, c'est-à-dire à être mécaniquement contrainte de payer en cas de
défaut d'une des composantes, sans exiger, par le truchement d'une Commission renforcée, un droit de regard drastique et permanent, additionné d'une procédure de mise sous tutelle au moindre écart
de l'un des «parte­naires» ? Le durcissement des contraintes de pilotage automatique et des formes de « troïkation » généralisée — mise sous tutelle des Etats par la Commission, la Banque centrale
européenne (BCE) et le Fonds monétaire international — sont le seul résultat escomptable des euro-obligations. Soit l'exact approfondissement de la crise politique où l'Europe est déjà en train de
sombrer...

Dans cette affaire, c'est l'Allemagne qui est au principe de la dépossession généra­lisée de souveraineté, seule solution admis­sible à ses yeux quand il s'agit de partager un destin économique et
surtout monétaire avec d'autres, dont elle juge qu'ils ne peuvent exercer leur souveraineté que pour le pire. Alors, neutralisation générale ! Ne reste vivace que... la souveraineté alle­mande, qui
s'est transportée telle quelle dans les institutions économiques et monétaires européennes.

Les cris d'épouvante qui accueillent toute mise en cause de l'Allemagne se succèdent alors avec une telle stéréotypie qu'ils finissent par en dire plus long sur ceux qui les émettent que sur
l'objet dont il est question. Comme dans les formes inverties de racisme qui croient se dénier elles-mêmes en professant des amitiés trop bruyantes pour être honnêtes, il se pourrait que les plus
travaillés par la question allemande soient ceux qui clament spontanément leur germanomanie comme refus de toute analyse.

A égale distance des pôles opposés de

BA 02/08/2013 14:13

Jeudi 25 juillet 2013 :

"La crise de l'euro va s'aggraver à la fin de l'automne"

Il y a un an, le président de la BCE Mario Draghi a annoncé son intention de tout faire pour sauver l'euro. L'ancien économiste en chef de la BCE Jürgen Stark estime que cette crise de l'euro lui
sera fatale. Il craint que la BCE doive bientôt soutenir la France avec des rachats d'obligations de l'Etat français.

L'ancien économiste en chef de la Banque centrale européenne (BCE), Jürgen Stark, met en garde contre un rebond violent dans la crise de la dette en zone euro.
"Je pense que la crise va s'aggraver à la fin de l'automne. Nous entrons dans une nouvelle phase de gestion de la crise", a dit Jürgen Stark au Handelsblatt (édition du vendredi). "Après les
élections législatives allemandes à la fin du mois de septembre, la France va accroître la pression sur la BCE et sur l'Allemagne. Le programme de rachat des obligations d'Etat OMT devrait en fait
être utilisé en Espagne et en Italie. Mais la pression sera énorme pour que la BCE utilise cet instrument en France. Et sans ce déclenchement du programme de rachat d'obligations, il faudra mettre
sur pied un plan de sauvetage", a déclaré Stark.

http://www.handelsblatt.com/politik/konjunktur/geldpolitik/ex-ezb-chefvolkswirt-stark-die-euro-krise-wird-sich-im-spaetherbst-zuspitzen/8549974.html

La réalité, ici encore, rattrape le petit corrézien François Hollande, qui aura donc fait une erreur de 5 points de PIB dans ces estimations de croissance entre 2012 et 2014 ! S’il n’avait pas
raconté n’importe quoi, on produirait en 2014 plus de 70 milliards d’euros en plus et on aurait 35 milliards de déficit en moins. Conséquences : le gouvernement n’a donc pas les moyens d’appliquer
la politique pour laquelle il a été élu, et il est même obligé de faire le contraire de ce qu’il avait promis… Pire, la parole de la France perd encore de la crédibilité parce que tout le monde
sait bien qu’on ne tiendra pas nos engagements européens, même révisés. Et puis notre économie s’en remet encore une fois à la très grande mansuétude des copains de Pépère, les marchés financiers.
Attendez qu’ils s’énervent, et c’est le défaut de paiement…

Nos amis les européens.

Jürgen Stark, l’ancien chef économiste de la BCE, a jeté un joli pavé dans la mare hollandiste cette semaine, en reconnaissant s’attendre à un défaut de paiement français à l’automne. En d’autres
termes, il prédit la faillite de la France dans les 4 mois qui viennent… On se dit d’abord qu’il n’a pas écouté pépère le 14 juillet, ce monsieur, puisqu’il nous annonçait en fanfare que la reprise
« était là » ! Remarquons que Pépère n’en était pas à son coup d’essai : il nous claironne depuis quelques temps déjà que la crise européenne est derrière nous alors qu’on continue de donner entre
5 à 6 milliards à la Grèce tous les 3 mois… de l’argent d’ailleurs que nous n’avons pas… Tout ça va mal finir, on pressent… Manquerait plus qu’Angela repasse en Allemagne, et Pépère se retrouverait
bien, tiens…

http://24heuresactu.com/2013/08/02/une-semaine-en-hollandie-45/

BA 01/08/2013 11:19

Mercredi 31 juillet 2013 :

La Grèce va avoir besoin de 11 milliards d'euros supplémentaires.

Il manquera donc 11 milliards d’euros à la Grèce d’ici 2015. C’est le FMI lui-même qui confirme ce que beaucoup soupçonnait déjà dans une étude parue ce mercredi. Et encore, cette évaluation est
optimiste, selon l’institution de Washington.

Le rapport du FMI estime à 4,4 milliards d’euros les fonds qui manqueront à Athènes à la fin de l’année 2014, une fois que le plan d’aide du FESF aura officiellement été clos en juillet. Sur
l’ensemble de l’année 2015, les finances publiques grecques auront encore besoin de 6,5 milliards d’euros pour satisfaire leurs engagements. Mais ces estimations sont elles-mêmes fondées sur un
présupposé qui est loin d’être acquis : la reprise de la consommation et de l’investissement et un large soutien politiques aux « réformes. » Surtout, il faudra qu’Athènes tiennent ses engagements
en matière de privatisations.

« Les risques sont clairement ceux d’une dégradation », a déclaré Poul Thomsen, le responsable de la mission pour le FMI. Il est vrai que la reprise en Grèce ne se laisse pas facilement apercevoir,
même si on peut attendre un ralentissement de la dégradation conjoncturelle. De même, la stabilité politique de la Grèce demeure problématique. Depuis le départ du parti Dimar de la coalition
gouvernementale, sa majorité est très mince. Or, en cas de scrutin anticipé, l’actuelle majorité est loin de pouvoir compter sur ...une majorité.

Pourquoi cette dérive ? Les raisons ne manquent pas : la croissance des revenus est loin d’être satisfaisante compte tenu de la baisse du PIB. Les privatisations sont très difficiles à mener, en
grande partie en raison du manque d’acheteurs.

Enfin – et surtout – il y a le poids de la dette. Le refus de plusieurs banques centrales nationales de renouveler les obligations grecques arrivant à échéance génère une nouvelle charge pour le
budget grec.

Immanquablement, donc, va se poser la question de l’annulation d’une partie des dettes grecques. Même si Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, a, ce week-end, refusé de discuter de
cette option, elle semble incontournable. A moins de prévoir un nouveau plan d’aide qui, à terme, alourdira encore le stock de dette de la Grèce.

Selon le FMI, il faut prévoir une annulation de 4 % du PIB, soit environ 12 milliards d’euros pour que, dans l’hypothèse optimiste du FMI, le ratio dette sur PIB soit conforme en 2020 aux 124 % du
PIB prévus.

Reste à savoir qui participera à cette nouvelle restructuration et quelle sera son ampleur. Si, comme celle de 2012, elle repose sur des prévisions extravagantes et est limitée aux créanciers
privés, elle pourrait être inutile. Une fois de plus.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130731trib000778435/la-grece-va-avoir-besoin-de-11-milliards-d-euros-supplementaires.html

Pronostic :

Les pays européens qui vont faire défaut sont les suivants :

Grèce, Italie, Portugal, Irlande, Belgique, France, Espagne, Royaume-Uni, Chypre, et plus si affinités.

1- Médaille d’or : Grèce. Dette publique de 305,291 milliards d’euros, soit 160,5 % du PIB.

2- Médaille d’argent : Italie. Dette publique de 2034,763 milliards d’euros, soit 130,3 % du PIB.

3- Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 208,284 milliards d’euros, soit 127,2 % du PIB.

4- Irlande : dette publique de 204,054 milliards d’euros, soit 125,1 % du PIB.

5- Belgique : dette publique de 394,220 milliards d’euros, soit 104,5 % du PIB.

6- France : dette publique de 1870,294 milliards d’euros, soit 91,9 % du PIB.

7- Espagne : dette publique de 922,828 milliards d’euros, soit 88,2 % du PIB.

8- Royaume-Uni : dette publique de 1385,701 milliards de livres sterling, soit 88,2 % du PIB.

9- Chypre : dette publique de 15,342 milliards d’euros, soit 86,9 % du PIB.

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-22072013-AP/FR/2-22072013-AP-FR.PDF

BA 31/07/2013 11:52

Hadrien écrit :

"C’est le système de l’euro, et le modèle supra-national européen avec lui, qui sont finis !"

Oui.

Nous sommes d'accord.

Mais ça, Mory Doré ne l'a pas encore compris.

Les grands commentateurs médiatiques ne comprennent ce qui se passe que 4 ans après.

Hadrien 31/07/2013 00:07

Ce qui m'inquiète (je le renouvelle ici), BA, dans ce cliché venant de la clique lecercle.lesechos.fr, sur le thème « entreprises-marches / finance-marches », c'est l’intitulé «
insoutenable-dette-reduire-detruire-restructurer » voulant à lui seul nous induire en faute, mais surtout la suite martelant le dogme:
« il n’existe pas de solution simple à la crise des dettes souveraines de la zone euro … sauf à en revenir à des mécanismes de monétisation d’il y a plus de 40 ans. Il reste alors des solutions de
restructuration...»
comme pour nous faire oublier aussitôt le précédent attendu… qui sonne comme son jumeau, entendu de Mario Draghi dans son interview au Wall Street Journal (24 février 2012): « Le modèle social
européen, c’est fini ».
Trente ans qu’ils en révaient, ils ne vont quand même pas laisser passer si belle occasion...
C'est bien le sens de ce billet !
La fusion de la classe politique et de l’oligarchie financière est plus que jamais une évidence, comme le rappelle cet ouvrage récent d’ATTAC,
« Leur dette, notre démocratie »:

Le discours médiatique sur la dette publique ressort de l’abus de confiance… Globalement, en France, les dépenses publiques ne peuvent pas être accusées d’avoir causé l’envol des déficits car elles
n’ont pas augmenté, en proportion de la richesse créée depuis vingt ans, demeurant jusqu’en 2008 à leur niveau de 1990, soit 53% du PIB.
C’est dans la façon de les financer, en se rendant entièrement dépendant des marchés financiers, que les gouvernements ont perdu la maîtrise du coût de leur endettement:
Dès les années 70, la Banque de France développa l’ « open market » visant à renforcer le rôle des banques privées dans le financement de l’Etat. Si la loi de janvier 1973 n’empêcha pas totalement
la Banque de France de faire des avances à l’Etat, sujettes à convention validées par le Parlement, elle en bloqua définitivement le plafond à la valeur d’alors, 20 milliards de francs… jusqu’à ce
que, vingt ans plus tard, le traité de Maastricht en 1992 n’en édicte l’interdiction pure et simple faite aux banques centrales et à la... future BCE !

LIBÉRAL, L'EURO?... MÊME PAS!

L’idée principale, typique de « l’ordolibéralisme » allemand est que les marchès financiers doivent « discipliner » les Etats. Il s’agit de leur retirer la création monétaire pour la confier aux
banques.
En ce sens, la construction de la zone euro fut en apparence un projet « ultralibéral », puisqu’aucune autre zone au monde n’est sujette à une contrainte aussi dangereusement anti-étatique.
Mais, simultanément, l’idée de monnaie unique imposée à des Etats-nations en libre-échange, violait un des attributs essentiels de l’économie libérale: l’auto-régulation de la balance des paiements
dans le commerce international, par le taux du change entre monnaies nationales.
Plus de rétro-action par le change, plus de stabilité du système !
En revanche, sous l’équilibre externe que permettent les taux de change (sans ou avec BCE), l’option interne monétisation ou pas (i.e. être « grec » ou « allemand ») est purement nationale et
indépendante des autres: durant les trente glorieuses, français et allemands ont connu la valse dévaluations/réévaluations, pour avoir finalement la même croissance moyenne cumulée au total.
C’est pourquoi le passage:
« sauf à mettre la BCE en péril ou à en revenir à des mécanismes de monétisation d’il y a plus de 40 ans » n’a pas lieu d’être.
Quant à la suite:
« Il reste alors des solutions de restructuration qui devront être directement ou indirectement supportées par les investisseurs institutionnels et les épargnants privés »,
du fait même du passage précédent, cela ressemble à une mesure technique pour la continuation du même système…
Le bloc néolibéral dominant cherchera à l’utiliser pour mener à bien l’ajustement structurel européen rétablissant sa puissance en Europe et dans la mondialisation capitaliste. Frederic Lordon fait
la même constatation sur l’attitude attendue de l’Allemagne, dans le « Monde diplomatique » qui vient de paraître, et il donne lui-même raison à Jacques Sapir (cf blog Russeurope 16 juin et 6-8
juillet) sur ce point: même le PCF et Mélenchon sont en retard…
Nous n’en sommes donc plus là !
C’est bien ce qu’on observe actuellement: les dettes (publiques et privées) font boule de neige et la « troïka » offre ce spectacle lamentable de fanatiques du libéralisme obligés de courir d’un
bout à l’autre de l’Euroland pour tenter d’imposer les mesures les plus dirigistes qui soient en se substituant à toute logique locale !
Certains se félicitent que la quasi-disparition de l’inflation depuis vingt ans ait ainsi éliminé un moyen d’allègement des dettes et renforcé la position des créanciers… C’est fuir l’orage en se
réfugiant sous un arbre bientôt touché par la foudre ! Les Etats européens, en se dépossédant de leur souveraineté nationale au profit des marchés, n’ont pas seulement caché la vérité aux peuples,
ils s’en sont caché les conséquences à eux-mêmes…
« Le modèle social européen, c’est fini », selon Mario Draghi ?
C’est le système de l’euro, et le modèle supra-national européen avec lui, qui sont finis !

BA 30/07/2013 07:48

Lundi 29 juillet 2013 :

A propos des défauts de paiement des pays européens, Mory Doré écrit :

On le voit il n’existe pas de solution simple à la crise des dettes souveraines de la zone euro : pas de possibilité de forte réduction de dette publique compte tenu du potentiel de croissance
limité ; pas de possibilité de détruire purement et simplement la dette, sauf à mettre la BCE en péril ou à en revenir à des mécanismes de monétisation d’il y a plus de 40 ans. Il reste alors des
solutions de restructuration qui devront être directement ou indirectement supportées par les investisseurs institutionnels et les épargnants privés.

Mory Doré.

http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/finance-marches/finances/221177589/insoutenable-dette-reduire-detruire-restructu

Pronostic :

Les pays européens qui vont faire défaut sont les suivants :

Grèce, Italie, Portugal, Irlande, Belgique, France, Espagne, Royaume-Uni, Chypre, et plus si affinités.

BA 28/07/2013 21:15

Nous venons de vivre une semaine historique : les grands commentateurs médiatiques viennent ENFIN de comprendre que des pays européens vont faire défaut.

Mardi 23 juillet 2013 :

A propos des défauts de paiement des pays européens, Jean-Marc Vittori écrit :

Réfléchir à l'effacement des dettes publiques.

C'est intenable. En un an, la dette publique a augmenté de 450 milliards d'euros dans les pays de l'euro.

[ ... ]

La deuxième manière est sans nul doute plus violente, mais elle va sans doute finir par s'imposer : c'est l'effacement d'une partie de la dette. En jargon, on parle de restructuration pour ne pas
effrayer l'épargnant qui détient cette dette d'une manière ou d'une autre. La Grèce y est passée l'an dernier. Le Portugal, qui aura beaucoup de mal à lever les 15 milliards d'euros prévus sur les
marchés l'an prochain, risque d'y aller. Les autorités européennes acceptent peu à peu la perspective de la restructuration, comme l'ont prouvé le plan grec de l'an dernier, l'intervention
chypriote cette année, ou l'imputation des pertes des banques à leurs créanciers prévue dans le projet d'union bancaire. Le FMI, lui, a lancé en avril dernier un vaste chantier sur le sujet en
soulignant que les restructurations ont souvent été par le passé trop faibles et trop tardives. Les propositions abondent : processus d'arbitrage, création d'une cour internationale de
restructuration des dettes, allongement automatique des maturités des obligations émises par un Etat en cas d'assistance financière fournie par le Mécanisme européen de stabilité… La sortie de la
crise européenne dépendra de notre capacité collective à gérer un effacement de dettes, puis ses conséquences économiques et sociales. Il est urgent d'y réfléchir.

http://www.lesechos.fr/opinions/edito/0202911635059-reflechir-a-l-effacement-des-dettes-publiques-588695.php

A propos des défauts de paiement des pays européens, Patrick Artus écrit :

"Un défaut est inévitable pour les pays les plus vulnérables de la zone euro"

La Tribune : Mais n'y a-t-il pas un danger d'une réaction en chaîne si l'un des pays de la zone euro fait défaut ?

Patrick Artus : Le problème, c'est que l'on n'a pas mis en place les institutions nécessaires pour permettre d'éviter la contagion. Par exemple, si demain le Portugal fait défaut, nous n'avons rien
pour empêcher les marchés d'attaquer les autres dettes européennes. Quant à l'OMT, il est inefficace parce qu'il ne peut être déclenché que si un pays demande à être placé sous programme d'aide. Il
n'intervient qu'après le désastre, alors que ce mécanisme devrait être préventif. Mais il n'y a pas que cela. Il faut aussi prendre en compte le fait que les banques sont d'énormes détenteurs de
dette publique. Pour qu'il y ait un défaut organisé, il faut prévoir avant une recapitalisation des banques. Or, le MES n'est pas prêt. Donc pour l'heure, un défaut signifierait automatiquement une
crise bancaire.

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20130723trib000777111/patrick-artus-un-defaut-est-inevitable-pour-les-pays-les-plus-vulnerables-de-la-zone-euro.html

A propos des défauts de paiement des pays européens, Romaric Godin écrit :

L’automne sera placé sous le signe de la restructuration des dettes publiques dans les pays périphériques de la zone euro. Même si officiellement, il ne saurait en être question, l’idée fait en
effet son chemin. Rajouter de la dette du MES (Mécanisme européen de stabilité) à de la dette pour « sauver temporairement » ces pays comme cela a été le cas depuis 2011 ne saurait être une
solution durable. Mais comment restructurer une dette ? L’histoire donne un certain nombre de pistes. Et permet également d’évaluer les conséquences de ces défauts.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130725trib000777526/restructuration-de-la-dette-europeenne-mode-d-emploi.html

Pronostic :

Les pays européens qui vont faire défaut sont les suivants :

Grèce, Italie, Portugal, Irlande, Belgique, France, Espagne, Royaume-Uni, Chypre, et plus si affinités.

1- Médaille d’or : Grèce. Dette publique de 305,291 milliards d’euros, soit 160,5 % du PIB.

2- Médaille d’argent : Italie. Dette publique de 2034,763 milliards d’euros, soit 130,3 % du PIB.

3- Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 208,284 milliards d’euros, soit 127,2 % du PIB.

4- Irlande : dette publique de 204,054 milliards d’euros, soit 125,1 % du PIB.

5- Belgique : dette publique de 394,220 milliards d’euros, soit 104,5 % du PIB.

6- France : dette publique de 1870,294 milliards d’euros, soit 91,9 % du PIB.

7- Espagne : dette publique de 922,828 milliards d’euros, soit 88,2 % du PIB.

8- Royaume-Uni : dette publique de 1385,701 milliards de livres sterling, soit 88,2 % du PIB.

9- Chypre : dette publique de 15,342 milliards d’euros, soit 86,9 % du PIB.

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-22072013-AP/FR/2-22072013-AP-FR.PDF

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