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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 16:24


Charles Wyplosz, professeur à l'Institut des hautes études internationales de Genève était sollicité ce jeudi 28 novembre par des journalistes du "Monde" afin d'avoir  son point de vue sur le programme économique du Front National. Parmi les brêves réponses faites à Anne Eveno et Adrien de Tricornot, on peut s'étonner des propos véhéments tenus à l'encontre de l'idée de fin de l'indépendance des banques centrales.


Charles Wyplosz n'hésite pas à dire, en prenant curieusement l'exemple argentin de l'époque de Peron, que le financement des déficits par émission monétaire relève de la "corruption", qu'il entraine des inflations galopantes et détruit l'épargne des personnes les moins aisées. Il en conclut que c'est face à ce genre d'épisode que la plupart des pays ont accordé une indépendance totale à leur banque centrale.


 Il est dommage qu'un universitaire en principe soucieux de raisonnements solidement établis, s'adonne à des propos qui ajoutent à la grande confusion des esprits.
Qu'il nous soit  ici permis de rappeler quelques faits précis.


1. Ce n'est pas parce qu'il y a indépendance des banques centrales que le risque d'émission désordonnée de monnaie disparait. Faut-il rappeler à Charles Wyplosz que le "quantitative easing" débridé est le fait des plus importantes d'entre elles?


2. Ces émissions relèvent tout autant de la corruption puisque la liquidité émise favorise des groupes d'intérêts très précis: grands banquiers à la tête de banques non prétendument illiquides mais réellement insolvables, spéculateurs et rentiers en tous genres permettant la production d'indices complètement déconnectés de la réalité.


3. Il n'est pas honnête d'extraire de l'histoire des cas particuliers (l'Argentine péroniste) pour arriver à des "lois générales". Il n'y a de science que dans l'universel et Charles Wyplosc aurait pu nous exposer des cas forts différents. Par exemple celui de la France des années 60 où une banque centrale, encore obéissante, finance largement l'économie réelle et ce, sans inflation ni même corruption. Rappelons que la France qui précède les évènemlents de mai 1968 connait- avec une banque centrale dans la main de l'Etat -  une parfaite stabilité monétaire avec un taux d'inflation proche de 2%.


4. La corruption existait bien sûr là où la démocratie répondait aux abonnés absents. C'était beaucoup moins vrai dans  la période démocratique précédant la fin de la libéralisation financière. Précisément la libéralisation financière -milieu des années 80 pour être rapide-  n'a fait que développer à grande échelle la corruption qui semble géner Charles Wyplosz pour le cas du péronisme. Faut-il rappeler les affaires du LIBOR, du FOREX, de JP Morgan,etc.?


    Au total on ne peut que regretter que le quotidien "Le Monde" ne fasse pas le tri. Tous les points de vue doivent pouvoir s'exprimer, à la condition toutefois que le principe d'honnêteté intellectuelle soit respecté. Les français sont suffisamment désarmés sur le plan de la connaissance économique pour ne pas ajouter de la confusion.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans critique des raisonnements
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commentaires

Hadrien 28/11/2013 19:39

Une démonstration fort simple du contraire de ce que prétend Charles Wyplosz:

C'est bien l'emprunt auprès du marché qui crée articiellement l'endettement auprès des riches. La monétisation par emprunt direct à la Banque centrale est au contraire redistributive et libératoire
pour les pauvres !

Il faut, en effet, répéter avec insistance que la dette publique des États n’indique en aucune manière la situation financière d’un pays qui, elle, est sa dette extérieure nette ou position
extérieure globale: ce qu’un pays doit moins ce qu’on lui doit, car chaque pays est, par ses ressortissants, à la fois emprunteur et créancier sur le marché international:

http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/fre/2012/06/pdf/dataspot.pdf
« Pour évaluer la santé financière d’un pays, il faut examiner sa position extérieure globale (PEG). La PEG nette (actifs extérieurs moins passifs extérieurs) fait apparaître son besoin net de
financement par le reste du monde ou sa capacité nette de financement du reste du monde. Les ratios des pays du G-7 donnent une image bien différente des positions extérieures. En 2010, le Japon et
l’Allemagne étaient des créanciers nets, et les cinq autres pays du G-7 des emprunteurs nets »…

…endettés nets de deux ou trois centaines de milliards chacun environ (cf graphique)… bien moins qu’une année de recettes fiscales, et surtout infiniment MOINS QUE LE SERVICE CUMULÉ DES INTÉRÊTS de
la dette :

http://postjorion.wordpress.com/2013/07/18/279-cumul-des-soldes-primaires/
On constate que ces courbes, qui oscillaient à un niveau proche de zéro avant 2008, ont bondi de près de cent milliards l’année qui a suivi, nous engageant dans un cumul qui n’a fait que s’aggraver
depuis.
On note, au passage, l’effet dévastateur durable de cette crise financière qui empêche le retour à une situation saine des Etats, longtemps après que les banques ont été secourues…

À ce jeu là, les choses prennent une toute autre allure: celle d’un problème de redistribution interne, qui se lit sur les courbes…
Les riches sont créanciers et profitent de l’endettement (notamment de leur propre Etat). Les autres ne récoltent que le surcroît d’impôts croissants avec le service de cette dette publique.

BA 28/11/2013 16:40

En décembre 2011 et février 2012, la Banque Centrale Européenne a prêté 1019 milliards d’euros aux banques privées.

Durée du prêt : trois ans.

Taux d’intérêt : seulement 1 %.

Résultat : échec total. Les banques privées prêtent de moins en moins aux entreprises. L’économie réelle n’a pas du tout profité de cet argent.

Jeudi 28 novembre 2013 :

Zone euro : les crédits au secteur privé reculent davantage en octobre.

Le recul de l’octroi de crédits au secteur privé en zone euro s’est accentué en octobre, avec une baisse de 2,1% sur un an, après un repli de 2% en septembre, a annoncé la Banque centrale
européenne (BCE).

Le recul de septembre a finalement été supérieur à ce que la BCE avait annoncé initialement (-1,9%).

Les crédits aux entreprises non-financières se sont dégradés avec un recul de 3,7% sur un an, contre un recul de 3,6% en septembre, a précisé l’institution monétaire de Francfort dans un
communiqué.

http://www.romandie.com/news/n/Zone_euro_les_credits_au_secteur_prive_reculent_davantage_en_octobre58281120131116.asp

BA 28/11/2013 07:15

Constructions Mécaniques de Normandie (CMN) :

Pour honorer la commande du Mozambique, soit 24 navires de pêche et 6 patrouilleurs militaires, les CMN viennent en effet de faire appel, dans le cadre de contrats de sous-traitance ou d'intérim, à
de la main-d'oeuvre étrangère, roumaine et lituanienne.

http://www.lesechos.fr/economie-politique/regions/b_normandie/0203149970216-a-cherbourg-le-made-in-france-a-l-accent-roumain-632648.php

Salaire minimum brut :

France : 1430 euros par mois.

Lituanie : 290 euros par mois.

Roumanie : 179 euros par mois.

L'Union européenne, c'est le dumping social.

L'Union européenne, c'est la course au salaire le plus bas.

L'Union européenne, c'est tirer les salaires vers le bas, toujours plus vers le bas.

L'Union européenne, c'est un suicide collectif.

AbsolumentFabuleux 27/11/2013 21:00

Tout à fait d'accord avec Pascal : Le Monde "quotidien de référence" n'est plus qu'un slogan depuis longtemps... Le seul journal qui laisse encore des notes discordantes s'exprimer c'est la
Tribune. ( Même si le site est malheureusement squatté par des commentateurs limités pour qui le discours de ce Wyplosc serait du pain bénit... )

Pascal 27/11/2013 19:10

Ce n'est pas éventer un secret de polichinelle que de déplorer que sur certains sujets cruciaux le monde se fiche comme d'une guigne de l'honnêteté intellectuelle ! A la guere comme à la guerre
(politique, économique et donc idéologique) tous les coups sont permis !

En conséquence de quoi, Le Monde ne roule pas pour l'édification d'un débat intellectuel de qualité mais pour la défense de certains intérêts bien compris !

Ca crève les yeux de n'importe quel lecteur lambda un tant soit peu averti !

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