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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 22:00

 

 

    Les résultats des élections européennes de mai  2014 peuvent être interprêtés à la hâte. Ils peuvent aussi s'étudier en profondeur. La rubrique "Etats et politiques" de notre blog est l'objet d'une telle analyse. Nous reprenons ci-dessous un texte publié le 28 octobre dernier : "Mondialisation : l'aventure étatique est loin de s'achever". Nous pensons sincèrement que c'est là le premier enseignement des élections de ce 25 mai 2014.

Voici le texte publié le 28 octobre 2013:

Notre article consacré à la spécificité des crises de l’entrepreneuriat politique débutait ainsi :

« Les entreprises politiques sont des organisations  en concurrence pour l’accès à ce monopole qu’est l’Etat. Animées par des intérêts privés : le goût du pouvoir, la recherche d'avantages matériels ou symboliques, elles utilisent la puissance idéologique d'un "intérêt général",  et transforment en métier, l’édiction de l’universel de la société, à savoir la production du cadre juridique général. »

La récente littérature ( Revue Commentaire dans son numéro 143, Revue Esprit dans son N° de l’été 2013, dernier ouvrage d’Alain Touraine consacré à « la fin des sociétés », etc.), mais aussi les évènements récents ( disparition d’une réelle autonomie budgétaire en Europe, Shutdown aux USA, projet de référendum pour l’indépendance de l’Ecosse ou de la Catalogne, etc.) , enfin des processus en cours ( dynamiques identitaires, globalisation de l’ethnicité, revendication d’une démocratie directe par Internet, etc.) questionnent la grande aventure Etatique.

 Sauf disparition, hypothèse que l’on ne peut à priori  exclure – phénomène qui serait sans doute fort étranger à la thèse de la « fin de l’Etat » des marxistes – les Etats restent pourtant en raison de leur nature même une structure monopoliste à l’intérieur d’un territoire délimité par des frontières. Si, d’aventure cette structure monopoliste se brise, on obtient assez logiquement plusieurs monopoles (pensons à l’URSS).  Seules les modalités de la capture de l’Etat évoluent et se transforment. Précisément cette dernière devient problématique en raison des forces gigantesques et parfois opposées qui s’exercent sur la vieille forme Etat- Nation.

La première force est sans doute celle qui fit d’abord  naître, puis assurer le succès de l’Etat-Nation.

 

Un Etat-Nation qui meurt de son succès

 

L’Etat-Nation résultait le plus souvent de la sublimation des ordres anciens, l’intérêt général étant le dernier substitut des dieux ou des conceptions organicistes de la société. Et un substitut fondamental, les hommes du stade historique correspondant ayant besoin de croire en lui, et devant affirmer bruyamment son existence, dans le cadre d’entreprises politiques pouvant elles- mêmes s’appuyer sur une science : celle de l’économie. Jadis, il fallait impérativement croire en Dieu. Après l’éloignement de ce dernier il fallait croire en l’intérêt général.

Les formes de la capture de ce nouvel universel qu’est l’Etat-Nation par les différents acteurs – entrepreneurs économiques, citoyens validant  plusieurs rôles, parfois simultanément, (salariés, consommateurs, épargnants), et bien sûrs entrepreneurs politiques - s’inscrivent toutes dans la ferme croyance de cet intérêt général, à construire et à reconstruire en permanence sur les marchés politiques. Ce qu’on appellera par exemple le « compromis social-démocrate » en France ou « l’ordo libéralisme » en Allemagne.

Le succès de cette forme s’est le plus souvent affirmé dans le cadre du développement de l’économie de marché, système produisant  lui-même - selon Montesquieu et plus tard Albert Hirschman et tant d’autres - la « sublimation des passions vers les seuls intérêts ». Précisément cette montée favorise celle de l’individualisme et l’effacement progressif de l’idéologie de l’intérêt général. Ainsi même les ersatz de Dieu furent progressivement contestés.

Pendant très longtemps la montée de l’abondance sur les marchés économiques (trente glorieuses de l’occident et trente glorieuses des émergents) était en correspondance avec celle des marchés politiques. Correspondance logique, l’Etat n’étant qu’une extériorité à capturer, les grandes entreprises politiques et leurs acteurs franchisés que sont les entrepreneurs politiques, se devaient d’offrir comme sur les marchés politiques l’abondance de produits, ici des produits politiques. Au fond, l’inondation de la société par l’économie était souhaitée par tous, était la forme concrète par laquelle devait passer l’intérêt général. Souvent ce qui ne pouvait être gagné sur les marchés économiques, passait par la manipulation politique de ces derniers : élévation du taux de salaire, règles de protection ou de concurrence, taux de change, mise en place d’infrastructures, etc. Entrepreneurs politiques, entrepreneurs  économiques et citoyens construisaient ainsi une interaction sociale adaptée à une montée de l’économie mesurable par un taux de croissance.

Longtemps, il fût - pour les entreprises politiques -  possible d’offrir comme au début du fordisme économique des produits standards : perfectionnement des droits de l’homme, démocratisation croissante des institutions, droits sociaux généraux etc. Mais avec l’inondation de l’économie et la montée de produits de plus en plus personnalisés, les entreprises politiques, comme celles de l’économie, furent saisies de revendications multiples et de plus en plus personnalisées : fin du « nous » au bénéfice du seul « moi », fin du carcan des devoirs au seul profit des « droits liberté » et des « droits créances », fin de la loi  générale abstraite et impersonnelle au profit d’une réglementation de niches qui vont proliférer, fin qui bien évidemment en arrivera au refus du destin partagé et jusqu’à la contestation radicale de l’impôt, d’où par exemple la multiplication de niches fiscales. Paralèllement  d'autres revendications viendront contester ce qu'Hervé Juvin appelle le "règne du même " ( "La grande séparation, pour une écologie des civilisations", Gallimard, Octobre 2013). Il s'agit de revendiquer la diversité humaine, de respecter les infinies façons de vivre en humains et entre humains et de protéger ces derniers  en réinventant les frontières dont Régis Debray faisait l'éloge ("Eloge des frontières", Gallimard, 2010). 

 C’est dire qu’aujourd’hui, le manteau idéologique de l’intérêt général qui était le produit symbolique fondamental des grandes entreprises politiques tend à se retirer, laissant ainsi apparaitre une réalité cachée : les entrepreneurs politiques, qui ont depuis si longtemps et fort banalement professionnalisé ce qui ne pouvait l’être, ne sont peut -être pas, (ou plus) altruistes et dévoués à la Nation. Une nation qui est contestée puisqu’elle n’est plus le socle d’un destin partagé.

Marx expliquait, sans doute maladroitement, qu’en capitalisme le marché  masquait la réalité de l’exploitation en transformant le coût du travail en un simple prix (le salaire), ce qui n’était pas le cas des modes de production antérieurs, où la réalité de l’exploitation se lisait brutalement à livre ouvert (esclavagisme, féodalisme, etc.). La fin de l’Etat-Nation serait ici un processus inverse : la réalité de l’Etat -un universel ou une extériorité accaparée et utilisée à des fins privées- n’apparait qu’avec la généralisation du marché, lorsque l’idéologie d’un intérêt général s’efface. Le marché cachait la réalité du capitalisme, il découvre aujourd’hui la réalité de l’Etat. Avec toutefois un constat d’impuissance : capitalisme et Etat semblent être des réalités indépassables : par quoi remplacer le marché ? Par quoi remplacer l’Etat ?

De façon moins savante et à  la « surface des choses » cela signifie le grand déclin des grandes entreprises politiques et de leurs franchisés, c’est-à-dire les entrepreneurs politiques eux-mêmes. Ces citoyens devenus simples consommateurs de produits politiques connaissent désormais la partie cachée du réel. Ils veulent de la transparence. Ils veulent de la participation. Ils pensent confusément que désormais, la démocratie telle qu’elle est, se révèle possiblement être un système qui permet à chacun de voler tous les autres. Ils pensent confusément que l’impôt est largement illégitime et approuvent- par exemple en France- à près de 50% l’exil fiscal (sondage IPSOS-CGI du 15 octobre 2013). Mieux, ils contournent -comme dans la distribution- la chaîne logistique de l’approvisionnement et créent des groupes de pression négociant directement avec les administrations. Et curieusement, tout cela se déroule dans un climat d'affaissement d'une raison collective - celle d'une société organisée- au profit d' émotions susceptibles de connaitre les embrasements  désordonnés de la foule.

Toujours à la « surface des choses » on semble assister au grand affaissement de l’Etat. Ainsi pour ne parler que de la France on a vu apparaitre des agences indépendantes (« Autorités administratives indépendantes »), chargées de la régulation d’un secteur, par exemple l’AMF pour la régulation financière. Bien évidemment on a vu apparaitre l’indépendance des banques centrales, ce que nous avons appelé « l’écrasement de la verticalité » ( Cf. « regard sur les banques centrales : essence, naissance, métamorphoses et avenir », Economie Appliquée, tome LXVI, octobre 2013) On a vu également des institutions, théoriquement au service de l’Etat, telles le Conseil Constitutionnel ou la Cour de Comptes dépasser un simple  contrôle de régularité (mission officielle) pour en arriver à émettre des injonctions. On a pu aussi voir des entreprises étrangères accaparer une procédure d’exception de Constitutionnalité, qui elle-même n’existait pas il y encore peu de temps. Etc.

 Bref, l’inter-action sociale qui – il y a très longtemps et probablement plusieurs milliers d’années -avait engendré puis sacralisé l’Etat, est aujourd’hui force de sa désacralisation. Et cette dernière ne peut évidemment pas servir des constructions supr-étatiques telle l’Europe : les Etats ne se déconstruisent pas au profit d’une identité européenne laquelle souffre au même rythme que ses participants. Dominique Reynié ( « l’opinion européenne » édition 2013 – lignes de repères) a ainsi tort   de s’étonner que le désaveu européen ne corresponde pas à un regain de confiance de l’Etat-Nation.

Les entrepreneurs économiques ne sont sans doute pas en reste et sont les premiers à échafauder de puissants lobbys. Ils rêvent, avec la mondialisation d’un monde sans Etat et considèrent parfois ceux-ci comme des contraintes inutiles voire nuisibles au bon épanouissement du marché, d’où les procédures de contournement, facilitées par l’immatérialité de leurs activités liées à Internet, et l’apparition d’entreprises dites « sans Etat » (Irlande).

Beaucoup voulant aller plus loin,  pensant que l’économie est un ciment social plus honnête que celui offert par les marchés politiques- ce que Juvin appelle la "mise hors sol de l'humanité"-  se précipiteront dans l’utopie du Zéro impôt ou de la monnaie privée. Ainsi le « Bitcoin » , non pas en tant que monnaie locale, mais en tant qu’étalon monétaire classique devrait, pense-t-on, se substituer aux étalons classiques en perte de crédibilité. Utopie bien sûr, puisque la monnaie – désormais éloignée d’un Etat qui ne l’émet plus et que l’on dit pourtant « équivalent général »- suppose la règle de la loi et donc  la violence de l’Etat. Utopie donc, mais parfois rationalité prudente, et toujours sur le plan monétaire, face à l’insécurité grandissante sur les monnaies des Etats, utilisation de plus en plus massive des matières premières comme instrument de réserve des valeurs : blé, sucre, pétrole, or, etc.

A un niveau plus concret, ces croyances et comportements plus ou moins libertaires déconstruisent le monde hiérarchisé de toujours pour plébisciter un monde plat : la société devient hall de gare ou d’aéroport pour reprendre l’expression de Finkielkraut ("L'identité malheureuse", Stock, octobre 2013). Le « vivre ensemble », question qui ne se posait pas, devient problème quotidien en ce qu’il désigne un mot signifiant la désintégration de la réalité qui lui correspond. Mais précisément, c’est cette désintégration qui propulse sur l’avant-scène d’autres forces différentes et souvent parfaitement contraires à celles d'un jusqu’auboutisme démocratique qui est parvenu à la négation de ce qu'il était. 

 

Les Forces de recomposition

 

Diverses, elles s’inscrivent souvent dans l’échec de l’utopie économiciste faisant de l’interaction sociale fonctionnant au seul carburant du marché une impossibilité pour nombre d’acteurs. La sublimation des passions vers les intérêts hors du carcan de l’Etat-Nation ne fonctionne que de façon trop imparfaite, et la mondialisation, mal comprise, ne peut qu’aggraver la crise de surproduction à l’échelle mondiale. (cf http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20131008trib000789408/la-competitivite-comme-suicidaire-panique-collective.html).

Voilà sans doute la force essentielle qui va commander les formes nouvelles de recomposition.

Une première forme  concerne le démantèlement des Etat-Nations les moins homogènes. Il s’agit d’Etats-Nations composés de communautés distinctes historiquement rassemblées sous la houlette d’entrepreneurs politiques ayant édifié  un Etat unique (Espagne, Grande Bretagne, Belgique, etc.). Ces Etats-Nations parce que non homogènes se heurtent à la contestation croissante des transferts vers l’Etat-central. Contestation qui résulte d’un double mouvement : celui de la crise, et celui de la fin de l’idéologie de l’intérêt général.

Parce que la crise aggrave les inégalités de performances entre les sous-ensembles de ces Etats-Nations, elle invite à l’augmentation des transferts exigés par les entrepreneurs politiques centraux, transferts de plus en plus contestés : La Catalogne n’accepte plus de financer l’Estremadure, La Flandres n’accepte plus de financer la Wallonie, etc. Et ces résistances s’accroissent aussi en raison de l’affaissement de l’idéologie d’un intérêt général. Ce type de décomposition/ recomposition ne conteste pas la mondialisation laquelle devient au contraire un  appui pour une libération : il ne s’agit pas de se recroqueviller sur une culture provinciale, mais de s’en libérer d’une autre. Il ne s’agit pas de construire un nouvel univeralisme mais de se libérer d’un particularisme.

 C’est dire qu’il ne s’agit pas vraiment de créer un nouveau monopole Etatique, un nouvel Etat-Nation en modèle réduit. Parce que la montée de l’économie et avec elle celle de la mondialisation ne sont  pas contestées, parce que l’on est prêt à affronter toutes les conséquences de la foudre numérique en termes d’explosions de nouveaux échanges sans frontières, la seule variable qui importe est celle du coût d’un Etat que l’on doit néanmoins supporter parce que réalité encore indépassable.

 Ainsi l’indépendance de la Catalogne, de l’Ecosse, de la Flandre etc. se tente au nom d’un arbitrage de coûts : la communauté choisit l’Europe réputée plus avantageuse  que les prélèvements de l’Etat central historique. Dans d'autres cas l'arbitrage de coûts poura se faire sur la base de droits historiques que l'on veut maintenir (Bretagne?).  

La sécession revendiquée, se fait aussi probablement sur la base  d’un affaissement et non d’une disparition complète de l’idéologie d’un intérêt général : une version modernisée de l’Etat-Nation plus réduit et surtout ouvert  est encore pensable.  La sécession revendiquée est d’essence pacifique, la logique des intérêts a bien effacé celle des passions. Elle n’interviendrait que sur la base de ces produits politiques relativement nouveaux que sont les  référendums d’autodétermination avec parfois initiative populaire.

La  problématique de la « fermeture » de l’Etat fédéral au niveau américain est sans doute assez différente. Pour autant elle témoigne avec la lutte contre le « Obamacare » et la mise en avant des Thèses d’un James Madison  (4ièmeprésident des USA) d’un réel recul du périmètre de l’intérêt général. Là aussi, il s’agit moins de construire un nouvel universalisme que de se libérer de contraintes, ici en convoquant une histoire singulière.

Une place particulière doit bien sûr être réservée aux  structures conglomérales prémodernes ne correspondant pas à de véritables  Etat-Nations : URSS, Irak, Syrie, nombre d'Etats africains, etc. Dans ce type d’espace les entrepreneurs politiques ayant édifié ces conglomérats sont parfois extérieurs et souvent très récents. Les conglomérats en question n’ont jamais réellement développé de façon crédible l’idéologie de l’intérêt général au travers de racines communes. Il en résulte que la phase actuelle de décomposition est d’une logique fort éloignée de celle précédemment évoquée, et logique  n’excluant pas la violence inter ethnique.

 

Une seconde forme correspond à la résistance face au dépassement de l’Etat-Nation classique, résistance prenant appui sur le principe de souveraineté, instance  fondatrice sans laquelle le « big-bang » des Etats, avec leurs frontières, eût été historiquement impossible. Parce que la souveraineté exclut dans sa définition l’idée d’un pouvoir qui serait au-dessus du pouvoir, elle se méfie d’une imbrication interétatique et de règles supranationales facilitant le processus de mondialisation. La résistance est ici le fait d’acteurs  se disant encore citoyens et  ne voient dans l’effritement de la souveraineté qu’une manipulation des entrepreneurs politiques qui, parfois associés à des entrepreneurs économiques, détruiraient la Nation de toujours. Nous avons là l’émergence des entreprises politiques dites populistes, notamment celles que l’on rencontre aujourd’hui dans nombre de vieux Etats européens (Autriche, Pays-Bas, Slovaquie, Finlande, Hongrie, Grèce, France,  etc.).

 Parce que résistante cette forme est évidemment moins pacifiste, et l’on y retrouve la logique violente de la désignation de boucs émissaires. Cette forme se cache derrière un certain nombre de traits caractéristiques de ce qui est un national populisme : valorisation du « nous » comme « descendants d’un âge d’or », rejet de l’autre (« Altérophobie ») et en particulier des élites coupables, conception organiciste du monde, évidemment rejet de la mondialisation.

Dominique Reynié ( « Populisme : la pente fatale », Plon, 2011) désigne cette forme par l’expression de populisme patrimonial. Il est vrai que ce courant cherche aussi à préserver un patrimoine aussi bien culturel qu’économique, patrimoine qui serait menacé par l’immigration mais aussi la construction européenne et le mondialisme. Dans le même ordre d’idées ce courant est logiquement anti fiscaliste, individualiste et conservateur.

Pour autant, il y a lieu de distinguer le populisme en provenance des courants d’extrême droite à la recherche de boucs émissaires et les autres plus pacifiques, moins taxables d’Altérophobie, et plus simplement et seulement souverainistes. Il s’agit là d’une simple volonté restauratrice d’un passé idéalisé sans souci d’un repli identitaire.

 

Une troisième forme correspond précisément à celle du repli identitaire, ou ce qu’on appelle le communautarisme. Parce que l’Etat-Nation est contesté par la mondialisation, il cesse de protéger des minorités qui par ailleurs sont davantage exposées que d’autres aux effets de la grande dissociation entre offre et demande globales mondiales. L’excédentaire production des émergents (Chine notamment) est venue détruire les emplois faiblement qualifiés et occupés par des minorités ethniques implantées en Occident. La perte relative d’identité était jusqu’ici compensée par l’accès aux complets bénéfices de l’Etat-Nation, ce que les entrepreneurs politiques de l’époque désignaient par le terme « d’intégration ». Ces bénéfices disparaissant par le jeu de marchés politiques conduisant à la mondialisation, il ne reste plus, avec ce qui est vécu comme une accumulation des humiliations, que le repliement sur l’identité et la construction de frontières avec le reste de la nation.

 Il ne s’agit pas ici de faire sécession tout en restant dans la modernité, ce qui est le cas de la première forme de recomposition. Il s’agit à l’inverse de retrouver les formes archaïques de l’Etat, lorsqu’il était juste après son « big- bang » enkysté dans la religion. Forme archaïque qui contestera au nom de la liberté une laïcité française laquelle est soupçonnée- selon Martha Nussbaum (« Les religions face à l’intolérance », Climats, 2013) de privilégier l’absence de religion. Il y a ici sécession et contestation des frontières de l’Etat-Nation avec le développement de zones de non droit, ni modernes (Etats-Nations),  ni post-modernes (mondialisation).

Cette troisième forme peut se retrouver chez les sécessionnistes de la première : il n’est pas impensable qu’une Belgique  ayant réduit le périmètre de l’idéologie de l’intérêt général jusqu’à faire naitre 2 Etats, ne soit pas au sein de ces nouveaux espaces, préoccupée par l’émergence de la troisième.

Maintenant cette dernière forme, bannie par la seconde, en accepte pourtant certains traits : racines plongées dans le passé, sacralisation de l’héritage culturel, conception organiciste du monde, altérophobie, etc. Elle se nourrit aussi de son rejet par les deux autres qui, voulant réduire le périmètre de l’intérêt général, acceptent de plus en plus le coût  de la  réduction  de l’universalisme de jadis, ou du cosmopolitisme non assumé : acceptation des ghettos, renoncement à la solidarité, à l'immigration, etc.

 

On le voit, le futur de l’aventure étatique n’est nullement écrit.

La montée des intérêts est une force déterminante de contestation de l’idéologie du bien commun. Cette montée ne peut toutefois faire disparaitre des Etats qui se redessinent et se multiplient : il y aura toujours une instance au- delà de chacun des acteurs du jeu social. Simplement, il semble bien que  la mode est plutôt au rétrécissement qu’à l’élargissement. Parce que l’intérêt général est de moins en moins visible, le périmètre des Etats ne peut au mieux que se maintenir (forme 2). Il doit à l’inverse plutôt se réduire (forme 1) voire peut-être même se fragmenter à l’intérieur d’espaces prémodernes en cours de formation ( forme 3), espaces qui peuvent aussi grossir avec les migrations, elles- mêmes impulsées par la mondialisation.

A contrario, le passage à des grands ensembles fédéraux ou confédéraux n’est guère envisageable et nous avons déjà montré en ayant recours aux analyses de Rawls que le jeu interétatique, donc le jeu des marchés politiques nationaux, ne peut déboucher facilement sur ce type de construction. Le présent blocage de la construction européenne est là pour nous le rappeler. Bien évidemment le passage à un Etat mondial est encore beaucoup plus irréel, le produit politique « construction d’un gouvernement mondial » ne correspondant qu’à un marché de niche, incapable de parvenir à maturité.

Cela ne signifie évidemment pas que les mensonges faciles sur l’actualité, ou sur l’inéluctabilité de la construction de grands ensembles continentaux vont disparaitre, tant il est vrai que les exhortations l’emportent souvent sur la réflexion. Clairement, les débats, rencontres, travaux  et colloques stériles sur la naissance d’une Europe politique vont proliférer,  car selon le mot de Sylvestre Huet : « Entre un mensonge simple et une vérité compliquée à démontrer, c’est le menteur qui l’emporte ».

 

Ces quelques réflexions et conclusions peuvent constituer pour le lecteur une matière première susceptible d'enrichir l'appréciation des élections européennes qui viennent de se dérouler.

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Etats et politiques
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BA 29/05/2014 15:07

Le FN obtient ses meilleurs scores chez les jeunes et les ouvriers.

Sans surprise, c'est chez les jeunes et les catégories populaires que le Front national fait ses meilleurs scores. De ce point de vue, les élections européennes de dimanche confirment les tendances
observées au fil des scrutins des dernières années.

Chez les moins de 35 ans, le parti de Marine Le Pen obtient 30 % des voix, soit 5 points de plus que son score moyen à l'échelle nationale, selon Ipsos-Steria. Il peut d'autant plus se prévaloir
d'être un parti « jeune » qu'il obtient chez les plus âgés un résultat inférieur à son résultat global : 21% des plus de 60 ans ont voté dimanche pour le FN.

A l'inverse, l'UMP apparaît plus que jamais comme le parti des seniors : il obtient 25 % des suffrages chez les plus de 60 ans, soit 5 points de plus que son score national.

Seulement 15% des moins de 30 ans ont apporté leurs voix au PS ce 25 mai. Pour François Hollande, qui avait promis en 2012 de faire de la jeunesse la « priorité » de son quinquennat, c'est un
sérieux camouflet.

Au sein de l'électorat populaire, le parti d'extrême droite fait un tabac. Dimanche, 38 % des employés et 43 % des ouvriers lui ont apporté leurs suffrages.

La gauche, sur ce qui constitue historiquement son cœur de cible, est laminée : seulement 8% des ouvriers et 16% des employés ont voté PS aux européennes.

Contrairement à ses espérances, le Front de gauche ne bénéficie pas de la déception suscitée au sein de cet électorat par la gauche de gouvernement : seuls 5% des employés et 8% des ouvriers ont
voté, dimanche, pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/05/25/le-fn-obtient-ses-meilleurs-scores-chez-les-jeunes-et-les-ouvriers_4425625_823448.html

1- Echec total de la construction européenne

2- Donc les partis politiques européistes sont tous discrédités

3- Donc les peuples européens votent de plus en plus pour les partis anti-européens

4- Donc, comme d’habitude, l’appauvrissement des classes populaires et l’appauvrissement des classes moyennes entraîne l’arrivée au pouvoir de partis extrémistes.

5- Par exemple : en France. Les partis européistes sont tous discrédités. En ce moment même, nous sommes en train de vivre l’effondrement du Parti Socialiste, l’effondrement de l’UMP,
l’effondrement d’Europe Ecologie Les Verts, l’effondrement du centre UDI – Modem.

6- La dynamique est du côté du Front National : un boulevard vient de s’ouvrir devant le Front National. Si Marine Le Pen est élue président de la République en 2017, des émeutes éclateront dans
les jours qui suivront. Ensuite, le président de la République Marine Le Pen n’aura plus qu’à dire :

"Conformément à l’article 16 de la constitution française, j’ai décidé de … etc"

7- L’article 16, c’est l’occasion pour Marine Le Pen d’accéder aux pleins pouvoirs, de façon démocratique, par les urnes.

On est mal.

On est très mal.

BA 06/11/2013 10:35

A propos des "saignées" , lisez cet extrait de livre :

L'Espagne a ainsi dépassé la France, qui avait répudié ses dettes en huit occasions entre 1500 et 1800. Comme les rois de France avaient pris l'habitude, lors des épisodes de défaut sur la dette
extérieure, de mettre à mort les grands créanciers nationaux (une forme ancienne et radicale de restructuration de la dette), le peuple avait fini par appeler ces épisodes des "saignées" . L'abbé
Terray, contrôleur général des finances du royaume de France de 1768 à 1774, assurait même que "la banqueroute était nécessaire une fois tous les siècles, afin de mettre l'Etat au pair" .

"Cette fois, c'est différent", Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, édition Pearson, page 108.

Dans les années qui viennent, les Etats occidentaux vont se déclarer en défaut de paiement, les uns après les autres.

Ce sera le retour des "saignées" , dont parlent Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff.

Lors de ces "saignées" , les créanciers ne seront pas décapités, ni brûlés vifs, ni écartelés.

Lors de ces "saignées" , les détenteurs de dettes souveraines seront ruinés, tout simplement.

Ce sera une période de chaos. Et les Etats occidentaux nationaliseront leurs banques privées pour un yen symbolique. Ou pour un dollar symbolique. Ou pour un euro symbolique. Ou pour une livre
sterling symbolique.

Dans quels Etats occidentaux vont avoir lieu toutes ces "saignées" ?

Prévisions du FMI pour l'année 2014 :

1- Japon : dette publique de 242,3 % du PIB.

2- Grèce : dette publique de 174 % du PIB.

3- Italie : dette publique de 133,1 % du PIB. Fin juin 2013, nous en sommes déjà à 133,3 % du PIB.

4- Portugal : dette publique de 125,3 % du PIB. Fin juin 2013, nous en sommes déjà à 131,3 % du PIB.

5- Irlande : dette publique de 121 % du PIB. Fin juin 2013, nous en sommes déjà à 125,7 % du PIB.

6- Etats-Unis : 107,3 % du PIB.

7- Espagne : 99,1 % du PIB.

8- Royaume-Uni : 95,3 % du PIB.

9- France : 94,8 % du PIB.

Le FMI ne parle pas de la Belgique. Fin juin 2013, la dette publique de la Belgique était de 105 % du PIB.

http://www.imf.org/external/pubs/ft/fm/2013/02/pdf/fm1302.pdf

BA 05/11/2013 07:13

Pour relancer l'économie réelle, Mario Draghi pensait avoir une idée géniale : le LTRO. En décembre 2011 et février 2012, la BCE a prêté 1018 milliards d'euros aux banques européennes. Durée : 3
ans. Taux d'intérêt : 1 %.

Résultat : avec cet argent, les banques européennes ont massivement acheté des obligations d'État. Leurs achats ont augmenté de 26%, soit une augmentation de 550 milliards d'euros.

Dans le même temps, les banques européennes ont réduit de 9 % leurs prêts aux entreprises privées ! Cela correspond à une baisse de 440 milliards d'euros !

Depuis deux ans, les banques européennes ont de moins en moins financé l'économie réelle. Ces centaines de milliards d'euros de liquidités n'ont pas servi l'économie réelle. La dette des Etats
européens a explosé. La dette des ménages a explosé. Le chômage en Europe a explosé.

Le LTRO est un échec total.

Mario Draghi est un neuneu.

Mardi 5 novembre 2013 :

Les banques européennes ont réduit de 9% leurs prêts aux entreprises en 2 ans.

http://www.express.be/business/fr/economy/les-banques-europeennes-ont-reduit-de-9-leurs-prets-aux-entreprises-en-2-ans/198035.htm

BA 02/11/2013 15:15

Le scandale de l'année 2013 : le nouveau siège de la BCE.

Selon l'ancien président de la BCE, Jean-Claude Trichet, ce nouveau bâtiment devait coûter aux contribuables 500 millions d'euros.

En réalité, les contribuables devront payer ... 1,15 milliard d'euros.

C'est une confirmation : les dirigeants de la BCE sont des incapables et des incompétents.

Mais ça, on le savait depuis dix ans déjà.

Lisez cet article :

Les coûts de construction du nouveau siège de la BCE explosent : de 500 millions d'euros à 1,15 milliard d'euros.

Le 19 mai 2010, Jean-Claude Trichet, qui présidait alors la Banque Centrale Européenne (BCE), avait organisé une cérémonie à Francfort pour célébrer la pose de la première pierre de l’immeuble de
45 étages qui allait devenir le futur siège de la BCE. « Nous devons nous assurer que les coûts de construction ne dépassent pas le budget estimé », avait-il alors déclaré.

Mais Der Spiegel rapporte que 3 ans ½ plus tard, les coûts de ce projet ont explosé, passant d’une estimation de 500 millions euros à 1,15 milliard, voire même jusqu’à 1,3 milliard d’euros.

Chaque espace de travail aura coûté environ 600.000 euros, soit l’équivalent d’une maison familiale très confortable, alors qu’en matière d’immobilier professionnel, à partir de 30.000 euros par
bureau, on parle de haut de gamme.

Le site de la BCE propose des photos et une visite guidée virtuelle de l’immeuble visibles ici :

http://www.express.be/business/fr/economy/les-couts-de-construction-du-nouveau-siege-de-la-bce-explosent-de-500-millions-deuros-a-115-milliard-deuros/197926.htm

BA 01/11/2013 19:46

PricewaterhouseCoopers (exerçant sous la raison sociale de PwC) développe des missions d'audit, d'expertise comptable et de conseil. Dans un nouveau rapport alarmant, PwC étudie les actifs pourris
que les banques européennes ont dans leurs livres.

Selon lui, les banques européennes avaient dans leurs livres 514 milliards d’euros d’actifs pourris en 2008.

Fin 2012, elles avaient dans leurs livres 1187 milliards d'euros d'actifs pourris, et ce chiffre va continuer à augmenter dans les années qui viennent !

Selon PwC, le portefeuille de créances douteuses que les banques européennes devraient chercher à revendre ou à passer en pertes se monte à 2400 milliards d’euros !

En clair :

Les banques européennes sont en faillite.

Les banques européennes sont des banques-zombies.

Mardi 29 octobre 2013 :

La valeur des prêts à risque des banques européennes a doublé en 4 ans pour atteindre 1.187 milliards d'euros.

Le montant des prêts à risque des banques européennes a doublé entre 2008 et 2012, indique un rapport de PwC. L’aggravation enregistrée cette année, qui se monte à 100 milliards d’euros, a été
principalement alimentée par les hausses enregistrées en Italie, en Grèce, en Espagne et en Irlande.

Le rapport indique que les prêts à risque sont passés de 514 milliards d’euros en 2008 à 1.187 milliards d’euros à la fin de l'année 2012, et il prédit une hausse à l’avenir, compte tenu du «
climat économique incertain ».

Selon Richard Thompson de PwC, le rééquilibrage des bilans du secteur bancaire européen, qui doit passer par l’épuration de ces prêts défaillants, devrait encore prendre quelques années.

Il estime que le portefeuille de créances douteuses que les banques devraient chercher à revendre ou à passer en pertes se monte à 2.400 milliards d’euros.

http://www.express.be/business/fr/economy/la-valeur-des-prets-a-risque-des-banques-europeennes-a-double-en-4-ans-pour-atteindre-1187-milliards-deuros/197795.htm

BA 31/10/2013 16:55

Chômage en septembre 2013 :

Grèce : 27,6 % de chômage.
57,3 % de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans.

Espagne : 26,6 % de chômage.
56,5 % de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans.

Croatie : 17,2 % de chômage.
52,8 % chez les jeunes.

Chypre : 17,1 % de chômage.
43,9 % chez les jeunes.

Portugal : 16,3 % de chômage.
36,9 % chez les jeunes.

Slovaquie : 14 % de chômage.
31,1 % chez les jeunes.

Irlande : 13,6 % de chômage.
28 % chez les jeunes.

Italie : 12,5 % de chômage.
40,4 % chez les jeunes.

Un article à pleurer de rire :

http://www.liberation.fr/economie/2012/12/10/hollande-la-crise-de-la-zone-euro-est-derriere-nous_866519

BA 30/10/2013 10:16

Depuis plusieurs années, l’économie des pays européens ne repose que sur … de la dette.

De la dette des ménages. Et aussi de la dette des entreprises. Et aussi de la dette publique.

Ces trois dettes forment de gigantesques bulles qui vont bientôt éclater.

Quand ces bulles éclateront, les pays européens vont subir un effondrement économique et financier.

En utilisant les chiffres d’Eurostat, nous pouvons additionner ces trois dettes :

dette des ménages + dette des entreprises + dette publique.

1- Médaille d'or : Irlande : dette totale de 432,2 % du PIB.

2- Médaille d'argent : Chypre : dette totale de 394,7 % du PIB.

3- Médaille de bronze : Portugal : dette totale de 356,3 % du PIB.

4- Luxembourg : dette totale de 340,5 % du PIB.

5- Grèce : dette totale de 299,4 % du PIB.

6- Pays-Bas : dette totale de 294,9 % du PIB.

7- Royaume-Uni : dette totale de 291 % du PIB.

8- Espagne : dette totale de 287,9 % du PIB.

9- Danemark : dette totale de 284,7 % du PIB.

10- Italie : dette totale de 260,1 % du PIB.

11- Suède : dette totale de 255,1 % du PIB.

12- Belgique : dette totale de 251,4 % du PIB.

13- France : dette totale de 234,1 % du PIB.

14- Malte : dette totale de 231,5 % du PIB.

15- Autriche : dette totale de 222,6 % du PIB.

16- Finlande : dette totale de 217,7 % du PIB.

Source pour la dette des ménages et la dette des entreprises :

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&language=fr&pcode=tipspd20&plugin=0

Source pour la dette publique :

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-23102013-AP/FR/2-23102013-AP-FR.PDF

AbsolumentFabuleux 29/10/2013 22:51

Et pendant ce temps, les bourses continuent leurs montées ininterrompues sur l'espoir que les QE actuels continuent indéfiniment.
L'idée de la plupart des commentateurs serait que ces fonds qui servent pourtant à se substituer aux fonds privés pour l'achat de dette publique, se déverseraient sur les marchés actions. Encore
une sorte de main invisible, je suppose. Le seul effet tangible de ces QE est le maintien de taux bas, les résultats de l'économie réelle ne pouvant lui être imputées ( substitution de financements
dans le cadre de réduction de déficits donc de réduction de la commande publique globale). Mais la croyance des opérateurs de marchés et des commentateurs habituels seraient pourtant que ces fonds
se déversent sur les marchés actions. En fait, il y a juste déplacement de fonds spéculatifs des marchés de matières premières vers les fonds actions et probablement endettement des acteurs privés
pour spéculer encore un peu plus ( on profite des taux bas et aussi des différentiels de taux entre pays ( le yen a toujours du succès pour cela) : le château de cartes tient temps que la croyance
collective sur le "soutient " de l'économie par les QE actuels perdure et ne tient pas compte de la réalité...

Hadrien 29/10/2013 19:56

Très interessant article de fond, auquel je me permet d'ajouter un angle de lecture personnel qui me semble complémentaire:

La référence constante à l'économie comme composante obligée de toute nouvelle aventure étatique ne doit pas faire oublier qu'il en fut de même dans le passé relativement récent pour son grand
frère, dont on trouve encore souvent le nom accolé au frontispice de nos anciennes Facultés: le Droit !
Ne disait-on pas: droit et sciences économiques ?
Aristote n'écrivit-il pas l'oeconomia (restreinte, il est vrai, aux tâches domestiques) conjointement au politis ?

La différence essentielle pour nous aujourd'hui est que l'un a subi les épreuves initiatiques du temps au point d'être parvenu à maturité il y a quelques deux cents ans avant d'être finalement
admis à l'ONU comme l'universelle garantie des "Etats de droit". L'autre est encore dans les limbes !
Pour le premier, on parle volontiers de "fonction régalienne" assignée à l'Etat.
Quant à la seconde, beaucoup prétendent qu'elle doit être abandonnée au "jeu des passions" individuelles pour parler en vieux français. On en a même fait prématurément une théorie dite
"néoclassique", fondée sur l'optimisation conflictuelle de la théorie des jeux et sa variété d'équilibres: parmi eux, celui de Pareto est obtenu lorsqu'on ne peut augmenter l'utilité individuelle
globale d'aucun des participants sans défavoriser l'un d'eux. C'est la définition même d'un équilibre de forces, à ceci près qu'on y envisage toutes modifications possibles, de quelqu'amplitude que
ce soit, sans se laisser piéger par un équilibre secondaire restreint. À cette nuance près, qui semble avoir donné assez de mal aux économistes pour qu'ils en restent là, il s'agit bien d'un
équilibre conflictuel qui ne dépend que des forces en présence !
En d'autres termes, point n'est question d'autre contrainte ni d'autre critère prévalant au jeu que les "passions" adverses des autres joueurs.
Personne ne s'avise de considérer l'optimisation d'un critère collectif d'utilité globale comme somme des utilités individuelles. C'était pourtant ce qui apparaissait une réflexion d'évidence à
John Stuart Mill !
L'ambition d'un telle tâche centralisée n'est pas mince, par le nombre d'abord, par la difficulté ensuite qu'il y a à faire révéler à chacun sans fard ses veritables intentions afin d'en tenir
compte pour optimiser l'ensemble sans biais.
Les Grecs nous avaient pourtant appris comment résoudre déjà une bonne partie du problème: tirer au sort les représentants, en nombre suffisant pour que la loi des grands nombres assure de
recouvrir toutes catégories socio-professionnelles, familiales, etc. avec une probabilité voisine de 1 !
Ils s'arrêtèrent au nombre de cinq cent pour moins de cinquante mille citoyens (adultes libres mâles), ce qui donne une proportion de 1%... On est loin du compte, avec nos hierarques qui trouvent
ce chiffre aujourd'hui trop important pour mille fois plus d'habitants !
Mais il y a plus grave avec le "libéralisme" qui a inspiré leur économie néoclassique pour ne pas dire néolibérale...

À y regarder de bien près, cette "théorie néoclassique" de l'économie, qui fait autorité dans tous les enseignements académiques, n'est rien d'autre qu'une mise en équation de la jungle primitive:
tel un enthomologiste qui simulerait le phénomène, on jette les participants dans l'arène avec leurs passions, leurs forces propres et leurs acquis ("dotations initiales"), et l'on enregistre le
résultat... des calculs.

C'est là qu'intervient le parallèle avec le droit:

Prenons une société primitive dont les éléments sont réduits, par exemple, aux cellules familiales animales ou humaines (afin d'intégrer au moins les déterminismes génétiques élémentaires), et
laissons aller un tel modèle de société vers son optimum de Pareto...
On obtient au mieux ce qu'a pu être la condition de l'australopithèque Lucie il y a trois ou quatre millions d'années: nulle délégation d'autorité qui puisse arbitrer entre cellules familiales
différentes, nul autre droit que celui de la domination du plus fort dans la "concurrence libre et non faussée", nulle interdiction par quelqu'artifice que ce soit, qu'il s'agisse du rapt de la
nourriture des voisins ou de leurs femelles, etc.
Proposez donc à telle famille une ambition différente: qu'elle renonce à agir de la sorte, qu'elle se réunisse avec les familles avoisinantes ou même de rencontre, pour disserter sur ce qu'il y
aurait de mieux à faire en commun, à plus long terme, et dans l'intérêt de la lignée quelques milliers de siècles plus tard...
Sa réaction sera à peu près celle d'un économiste néoclassique à qui l'on proposerait d'entrer en kolkhose post-moderne: ça ne fait pas partie de son modèle (mental) !

Il n'y a donc rien de surprenant à voir l'échelle de la nation et/ou de l'Etat éclater soudainement au contact du néolibéralisme ambiant, ou même de la théorie libérale néoclassique: ils (elles) ne
figurent pas dans les hypothèses du modèle de base sous une autre forme que l'échange marchand...
On se contente d'échanger indéfiniment des biens pré-existants en fonction de critères de consommation intangibles et immédiats (la théorie achevée est statique).
Songeons que la seule croissance (quantitative) ne fut introduite en économie que dans les années 50 et qu'on ne sait toujours pas la modéliser, se contentant de l'introduire en la nommant "facteur
résiduel" !
Quant à la croissance qualitative (recherche de connaissances nouvelles, progrès des techniques, des modes de vie et d'échange, etc.), c'est pour les "philosophes" !

Dans ces conditions, l'économiste sus-nommé conclue: à quoi sert la nation, puisqu'elle n'apparaît dans les modèles que comme une contrainte arbitraire ? Cette contrainte ne peut que dégrader le
résultat !
Il faudrait lui expliquer que Lucie est aussi passée par là, comme lui, avant que nous en arrivions à la déclaration française des droits de l'homme et du citoyen, puis la déclaration universelle,
et quelques autres broutilles...

BA 29/10/2013 09:28

En Europe, les Etats sont hyper-endettés. Les dettes des Etats européens forment une gigantesque bulle qui va bientôt éclater.

Et la dette privée ?

Qu’en est-il de la dette privée ?

En Europe, les ménages sont hyper-endettés, les entreprises sont hyper-endettées, et les banques sont en faillite.

A propos de la dette des ménages et de la dette des entreprises, le Luxembourg remporte le championnat d’Europe de la dette privée.
L’Irlande a la médaille d’argent.
Chypre a la médaille de bronze.
La France finit 14ème.

Ces dettes privées forment une gigantesque bulle, encore une, qui va bientôt éclater.

Depuis plusieurs années, l’économie des pays européens ne repose que sur … de la dette.

Quand ces bulles éclateront, les pays européens vont connaître un effondrement économique et financier.

1- Médaille d'or : Luxembourg : dette privée de 317,4 % du PIB (en 2006, c’était seulement 134,7 % du PIB).
2- Médaille d’argent : Irlande : dette privée de 306,5 % du PIB (en 2001, c’était seulement 154,7 % du PIB).
3- Médaille de bronze : Chypre : dette privée de 296,4 % du PIB (en 1999, c’était seulement 158,6 % du PIB).
4- Danemark : 238,9 % du PIB.
5- Portugal : 225 % du PIB.
6- Pays-Bas : 221 % du PIB.
7- Suède : 214,2 % du PIB.
8- Espagne : 195,6 % du PIB.
9- Royaume-Uni : 181,4 % du PIB.
10- Finlande : 160,5 % du PIB.
11- Malte : 155,4 % du PIB.
12- Autriche : 147,5 % du PIB.
13- Belgique : 146,4 % du PIB.
14- France : 140,6 % du PIB (en 1999, c’était seulement 95,8 % du PIB).

Source : Eurostat.

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&language=fr&pcode=tipspd20&plugin=0

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