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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 07:31

 

 

Christian de Boissieu et Augustin de Romanet signent un article dans les Echos du 2 septembre –« Pour une régulation financière adaptée au besoin de croissance »- dans lequel ils se font défenseurs d’une recherche fondamentale au service de la régulation financière et ce dans le souci d’une démarche au « service de l’intérêt général ».

Eux-mêmes proches d’un laboratoire d’excellence sur la régulation financière constitué des meilleures écoles dont l’ENA et l’Université ( LabExRefi), ils considèrent que la recherche fondamentale est importante pour produire les connaissances nécessaires aux régulateurs. Importante aussi, pour la légitimer et l’ancrer entre deux risques : celui des lobbies d’une part, et celui des idéologies d’autre part, et risques aboutissants dans un cas aux dérives de la sous règlementation (par exemple celles du « shadow Banking ») et dans l’autre à celles de la sur-règlementation dont il est dit qu’elle constituerait un handicap de compétitivité allant bien au-delà de la seule industrie financière.

Le présent texte se propose de souligner les faiblesses de raisonnement de la démarche de nos deux auteurs, par ailleurs acteurs majeurs des instances de décision et d’orientation du laboratoire.

Il faut tout d’abord préciser ce que signifie le terme de régulation en revenant à son emprunt d’origine, celui de la technique industrielle, en particulier le régulateur à boules de Watt des machines à vapeur. Il s’agissait alors de maintenir un système en l’état, donc assurer sa reconduction, en maintenant de façon automatique une certaine pression de la vapeur, ni trop importante ni trop faible. Bien évidemment, à chaque système technique auquel il est assigné de conserver certaines caractéristiques jugées essentielles, correspondra une technique spécifique de régulation. Ainsi le chauffage d’un logement sera plutôt régulé par un thermostat et n’utilisera pas le régulateur à boules de Watt. Au niveau de systèmes sociaux globaux, la régulation se fera par les prix, ou plus encore, par des outils mis en évidence par les économistes dits de la régulation, qui voyaient dans des configurations institutionnelles, des outils de maintien en bon fonctionnement du capitalisme.

L’outil de régulation est ainsi, et il s’agit d’une remarque de grande évidence, spécifique du système. D’une certaine façon il s’agit d’un conservatisme : il s’agit de maintenir en place l’édifice qui fait lui-même système technique ou système social.

De cette remarque, il découle que la recherche dans le domaine de la finance relève des sciences de l’ingénieur, c’est dire qu’elle n’est pas centralement fondamentale comme le suggèrent les auteurs de l’article des Echos. Les bâtisseurs de temples et de cathédrales grands amateurs d’outils de régulation pour maintenir le caractère gigantesque de leur construction – pressions exercées sur les murs des cathédrales gothiques par exemple - produisaient de la technique à partir des connaissances du moment. Point de révolution scientifique, mais, en revanche, montée de la technicité.

Le gigantesque et pourtant très fragile système financier est le successeur des gigantesques et fragiles cathédrales. Il faut lui associer de la régulation- des arcs boutants - pour éviter son écroulement. Mais nous sommes dans la technique et non dans la science, même si cette dernière nourrit la première. Nos auteurs devraient donc parler de recherche appliquée et non de recherche fondamentale.

Il faut toutefois aller plus loin dans les raisonnements.

La science utilise abondamment la technique, mais son objectif n’est pas technique : il est de connaitre le réel et son mouvement. Connaitre pour un astrophysicien, c’est produire un modèle permettant d’expliquer l’univers dans son essence et ses transformations historiques successives. Par comparaison, les sciences sociales restent très en retard, et ne questionnent que fort rarement les institutions afin d’en produire leur compréhension.

Les laboratoires de recherches en finances ne questionnent que fort peu les institutions financières qu’il s’agit de réguler. Comme si ces objets n’étaient pas des constructions humaines dont les caractéristiques ont été historiquement construites. Et le plus souvent au terme de luttes, de ruptures et de difficiles équilibres. Parler, comme le font les auteurs, de « l’intérêt général » montre bien toute la méconnaissance des réalités humaines. Les auteurs de ce blog savent que les hommes ont besoin de croire en un intérêt général lequel permet de faire société, mais la croyance ne correspond à aucune réalité : les hommes constatent dans l’interaction sociale qui constitue leur milieu naturel – interaction qui est l’objet même des sciences sociales- leurs différences d’intérêt, qui ne peut être sublimée, que par des idéologies constitutives de ce nous appelions « l’extériorité », et qui se matérialisent par des compromis entre groupes sociaux.

Le système financier d’aujourd’hui est une construction humaine, qui relève d’une victoire de la finance sur les Etats, et qui est vécu idéologiquement comme un progrès : il fallait retirer le pouvoir monétaire aux Etats pour le donner à des banquiers. Ce nouveau système fragile et à fort contenu idéologique – comme les cathédrales- doit être conservé par un outil chargé de sa protection, contre ses propres tendances à l’effondrement par un régulateur. Et les ingénieurs, qu’on appelle « savants » pour ajouter de l’objectivité scientifique au travail de conservation de l’état social correspondant, sont invités à conseiller les constructeurs des arcs boutants permettant au pouvoir financier de se reproduire.

Quant à la sempiternelle croissance qui serait- d’après les auteurs- le résultat d’une régulation irriguée par les lumières de la science, il suffit de les renvoyer à une histoire proche où une finance, modeste et squelettique, mais surtout réprimée par le pouvoir politique, (ce qu’on appelait la répression financière) assurait de gigantesques investissements publics et privés.

Espérons, sans trop y croire, que les chercheurs en régulation financière sauront dépasser le cadre étroit qui leur est proposé ou peut-être imposé : on peut construire autre chose que des arc- boutants. Au lieu de protéger les cathédrales financières, le travail des chercheurs consisterait à se désintéresser de la protection du système financier et- à l’inverse- le subvertir.

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck
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BA 11/09/2013 11:08

Le gouvernement des Etats-Unis nous joue du pipeau.

Un exemple de pipeau :

1 milliard de dollars : c'est ce qu'a gagné le Trésor américain grâce au sauvetage de 2008.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/20130911trib000784365/1-milliard-de-dollars-c-est-ce-qu-a-gagne-le-tresor-americain-grace-au-sauvetage-de-2008.html

Le pipeau est ici :
Bilan pour l'aide aux banques : bénéfice de 24 milliards de dollars.
MAIS il y a des pertes partout ailleurs :
Bilan pour l'aide à l'automobile : perte de 15 milliards de dollars.
Bilan pour l'aide à l'immobilier : perte entre 16 et 38 milliards de dollars.
Bilan pour l'aide à Fannie Mae et Freddie Mac : perte de 41 milliards de dollars.
Donc :
Les pertes sont comprises entre 72 et 94 milliards de dollars.

Conclusion :
Au total, le sauvetage de l'économie a entraîné des pertes pour les contribuables des Etats-Unis.
Au total, le sauvetage de l'économie a entraîné des pertes entre 48 et 70 milliards de dollars pour les contribuables des Etats-Unis.

Sans compter :
- la perte de près de 9 millions d'emplois,
- une contraction de plusieurs centaines de milliards de dollars de la première économie mondiale,
- une chute des prix de l'immobilier qui n'ont pas encore retrouvé leur pic de 2006,
- une réduction "spectaculaire", selon les mots du Trésor, du patrimoine des ménages américains.

BA 08/09/2013 14:11

Dimanche 8 septembre 2013 :

Le Premier ministre grec, Antonis Samaras, n'a pas exclu dimanche une aide "supplémentaire" européenne et a espéré que la Grèce pourrait avoir recours aux marchés en 2014, si elle réalise les
réformes réclamées par ses créanciers, UE et FMI.

La dette grecque s'élève actuellement à 321 milliards d'euros et devrait atteindre 176% du Produit intérieur brut (PIB) fin 2013.

Depuis le début de la crise de la dette en 2010, la Grèce a bénéficié jusqu'ici d'environ 240 milliards d'euros grâce à deux programmes de prêts successifs accompagnés de mesures de rigueur
drastiques et dont le second s'étend jusqu'en juillet 2014.

http://www.boursorama.com/actualites/grece-samaras-n-exclut-pas-une-aide-supplementaire-europeenne-74414613048bc8a764937b4feb36cac3

Les contribuables européens ont déjà prêté 240 milliards d'euros à la Grèce. Résultat : aujourd'hui, la Grèce est en faillite totale.

Donc en 2014 et 2015, les contribuables européens vont lui prêter 11 milliards d'euros supplémentaires. Ce sera le troisième plan d'aide. Résultat : fin 2015, la Grèce sera encore plus
surendettée.

Donc en 2016 et 2017, les contribuables européens vont lui prêter 11 milliards d'euros supplémentaires. Ce sera le quatrième plan d'aide. Résultat : fin 2017, la Grèce sera encore plus
surendettée.

Dette publique de l'Allemagne : 81,2 % du PIB, soit 2150 milliards d'euros. Je dis bien : 2150 milliards d'euros.

L'Union Européenne, c'est des pays surendettés qui se surendettent encore plus, pour pouvoir prêter de l'argent à des pays en faillite qui ne les rembourseront jamais.

L'Union Européenne, c'est un suicide collectif.

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
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