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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 08:46

                                 

 

Le présent texte propose une explication du mouvement historique des banques centrales. Pourquoi il fallait les créer ? Pourquoi plus tard il fallait assurer leur indépendance ?  Pourquoi cette indépendance sera fondamentalement mise en cause dans le futur ? Cette explication reposera au préalable sur une analyse du couple Monnaie/Etat, couple dont la dynamique est véritablement porteuse de celle des banques centrales.

 

La monnaie… avant la monnaie et avant l’Etat.

 

Il est probable que l’histoire de la monnaie se ramène à celle d’une longue entropie. Née dans la chaleur des communautés holistiques, elle se dégrade lentement depuis l’apparition des Etats pour ne plus exprimer que les seuls liens entre des individus, des liens dont la force serait suffisante pour ne plus exiger la présence d’un souverain. L’Euro, monnaie sans maitre, serait ainsi la forme la plus avancée de cette lente dégradation.

La monnaie primitive n’est pas la monnaie locale d’aujourd’hui et les liens qui s’y expriment ne sont pas librement choisis comme ils le sont dans cette dernière , liberté de choix qui en fait une sorte de « bien de club ». Ainsi Daniel de Coppet[1] nous explique longuement qu’à l’instar de ce qu’avait découvert Malinovski  chez les Trobriandais, la monnaie primitive est chargée d’essence spirituelle. Sa circulation permet « au tout » de fonctionner en reliant les hommes entre eux, qu’ils soient vivants ou morts mais aussi en les reliant à tous les ordres du monde, celui de la terre, de l’eau mais aussi du ciel.

Une première forme de dégradation pourrait  correspondre au « paiement du sacrifice » qui ne correspond plus à l’échange traditionnel de dons. Dans le monde primitif, le maintien du crédit des dieux exige la violence sacrificielle, laquelle sera suivie du paiement du sacrificateur, et paiement qui n’est plus suivi de réciprocité à l’instar de l’échange marchand moderne[2]. Une autre forme très comparable est le « paiement du neuf » qui met fin à la violence meurtrière entre groupes pris dans la logique infernale de la vengeance réciproque[3].

Paiement du sacrificateur ou du « neuf », vont dans le même sens, et mettent fin à un système de relations, exactement comme dans les monnaies modernes. Le paiement est –comme aujourd’hui – ce qui met fin à l’engagement et à toute obligation de réciprocité.

Il existe aussi un lien entre sacrificateur travaillant pour le crédit des dieux ou le rétablissement de la paix et mercenaires qui plus tard seront payés par l’Etat. Dans les sociétés primitives, le paiement du sacrificateur (mercenaire) est le fait de la communauté et ne concerne que quelques personnes. Plus tard l’Etat constitué, prenant la forme du souverain, assurera le paiement du service de la guerre à un nombre considérable de mercenaires, paiement avec ce qui sera bien davantage – nous le verrons –  de la monnaie moderne.

 

Un couple potentiel mais encore bien séparé : le stade de la monnaie anonyme.

 

Un certain « désenchantement du monde »[4]interviendra avec les premières civilisations qui introduiront souvent les tyrans et la problématique de l’Etat.

Si les sociétés primitives permettent de parler de paléo monnaies, les premières civilisations permettent, bizarrement, de parler de « monnaies anonymes »[5]. Dans ce type de monde l’endettement envers les dieux s’est scindé  et  s’est partiellement muté en endettement envers les princes, ce qui fait naitre le politique et l’Etat, et ce qui transforme, au moins partiellement le sacrifice en impôt envers lui.[6] Tout au moins, s’agissant de l’Orient ancien (entre 2500 et 539 AJC), il existe déjà un échange marchand avec des monnaies qui sont  davantage que des monnaies locales, car leur espace de circulation est probablement plus vaste, et sont assez probablement réserves de valeur. Mais ces monnaies sont aussi moins  que des monnaies locales, en raison de leur caractère beaucoup plus anonyme. Ces monnaies sont en effet composites et faites de métaux divers : or, argent, électrum[7], cuivre, bronze, étain, etc. Mais surtout ce qui est échangé, est souvent des morceaux découpés de métal, et ce sans trace d’une autorité quelconque, et par ailleurs sans trace visible d’une émission organisée. Cela signifie probablement que l’émission était plurielle, au moins au tout début de la période considérée.[8] Donc à priori peu ou pas de traces d’un ordre transcendant divin ou politique imprimant à ces monnaies la matérialisation d’une totalité sociale.

Ce fait, confirmé par toute l’école historique française est assez intrigant lorsque l’on connait la suite de la glorieuse aventure du couple monnaie Etat. Comme si l’Etat en formation, avec ces premiers représentants, n’avait pas immédiatement pris conscience de tout l’intérêt qu’il y avait à lier son destin à celui de la monnaie. Si l’on tente toutefois de se situer dans les conditions de l’époque, il n’était probablement pas évident de prendre conscience que le contrôle d’un outil qui n’est pas encore construit pouvait être un apport décisif dans la consolidation de l’Etat.

Pour autant ces monnaies anonymes vont progressivement se transformer et concourir grandement à l’affermissement du phénomène étatique. Parce que les monnaies anonymes sont  réserve de valeur, elles deviennent particulièrement attrayantes pour les pouvoirs dont la reproduction et la survie sont consommatrices d’un objet réserve de valeur. Les guerres entre Etats en formation sont assez naturellement productrices et consommatrices de monnaies anonymes : il faut financer des armées avec d’autres moyens que des monnaies locales ou paléo monnaies, accaparer des richesses dont la liquidité est la plus grande possible, se préparer – en cas de défaite – à payer sous la forme acceptée par le vainqueur. Tout concours par conséquent à l’élection progressive de la monnaie anonyme comme objet de pouvoir, objet politique qui est aussi pourtant un objet économique.

 

Fondation du couple monnaie/ Etat et émergence des paléo banques centrales.

 

Fonction réserve de valeur  et parfaite liquidité progressent encore  si l’Etat en formation impose le règlement de tout ou partie des créances qu’il s’octroie- par la violence de son système fiscal- dans la monnaie de son choix. Nous ne sommes plus très loin du cours légal qui va permettre « le circuit du Trésor »[9], c’est-à-dire un système qui va assurer la solvabilité des Etats en formation.

La monnaie anonyme devient ainsi potentiellement monnaie souveraine, qualité qu’elle va acquérir lorsque les princes inscriront sur des rondelles appelées pièces de monnaie des symboles confirmant leur pouvoir politique. Ce sera le cas de Cyrus et de Darius, rois de Lydie au 6ième siècle AJC.[10]

La monnaie souveraine moderne exprime ainsi une forme de dégradation de la monnaie. Beaucoup moins holistique que celle de  l’univers ‘Aré’aré, communauté étudiée par Daniel de Coppet, elle est néanmoins fondamentalement hiérarchique et devient manipulable pour celui qui la contrôle.

La monnaie moderne continuera à exprimer le tout de la société, mais le réseau qu’elle va constituer et que l’économiste peut ne lire que sous l’angle du monopole naturel, relève surtout de l’affirmation du pouvoir du prince, pouvoir qui s’exprime dans un espace géographique délimité par des frontières. Le réseau, espace sensé minimiser les coûts de transaction, est politiquement défini et s’arrête aux frontières politiques. Et ce n’est pas pour la fluidité des transactions que l’on crée le réseau, mais au contraire pour assurer une meilleure emprise politique sur un espace que l’on aura délimité, espace lui-même modifié par le résultat des guerres avec des souverains voisins. Frontières monétaires et frontières politiques vont ainsi largement se recouper.

Les Etats en formation se consolident en devenant aussi les premiers banquiers centraux. Si le métal frappé est richesse, alors il faudra le fabriquer, ce qui suppose le contrôle de mines de métal et le travail du minerai jusqu’à l’atelier de production des pièces. Mines et Hôtels des monnaies deviennent ainsi les premières banques centrales, des institutions qui ne sont pas séparés du politique et du Trésor correspondant. C’est que le contrôle de la production et de la circulation monétaire apporte un surplus de capacité prédatrice gigantesque pour le politique qui jusqu’ici se contentait de ses créances au regard d’une population souvent esclave, ou de prélèvements en nature sur les activités domestiques. L’édification de la monnaie moderne est donc aussi consolidation d’un Etat dans les premiers âges de son histoire. Et ces premières banques centrales que sont les organes du contrôle monétaires ne connaissent pas de division du travail, la monnaie (« nomisma ») est affaire de droit et de loi (« nomos ») laquelle va donner ou retirer la dénomination  de l’étalon et le « dokimon » c’est-à-dire le cours légal. Il sera alors plus ou moins aisé de changer la loi[11] et de gagner au change entre ancienne et nouvelle monnaie, ce que verra rapidement le tyran Hipias, fils de Pisistrate. Il sera aussi facile de jouer sur « l’Aloi » c’est-à-dire les contenus métalliques, de jouer sur le poids, sur le titre, mais aussi sur la composition du cocktail de métal de l’électrum, monnaie justement choisie en raison de la difficulté technique à déterminer le contenu métallique.[12] Bien évidemment la frappe elle- même est sujette à prélèvement, taxes de brassage et plus tard de seigneuriage sont les outils classiques de prélèvement, outils auxquels viendront s’ajouter des taxes de change sur les marchands qui s’adonnent à des activités « internationales ».

Le holisme institutionnel, qui fait que l’espace monétaire et l’espace juridique sont juxtaposés, sait toutefois être libéral, et les Etats conquérants peuvent laisser chez les peuples conquis les anciennes monnaies, ce qui entrainait l’émergence d’espaces pluri monétaires souvent hiérarchisés. Les avantages étaient évidemment politiques, les conquis conservant une certaine dose d’autonomie et le sentiment de n’avoir pas trop perdu. Assez rares furent les tentatives d’union monétaire et nous ne savons que fort peu de choses sur leur concrétisation.[13]

L’ordre monétaire est un ordre politique, fondamentalement hiérarchique, et donc constitutif d’une réalité sociale communautaire. Simplement, il faut rappeler que cette monnaie moderne qui fait son irruption au moyen orient et en Chine à peu près à la même époque est déjà une monnaie dégradée. Dégradée parce que les princes vont la manipuler, mais aussi parce que ces mêmes princes sont déjà dans une situation de perte de monopole lorsqu’ils ne frappent plus « leur métal », mais celui dont ils ne sont plus les propriétaires : des marchands propriétaires de lingots peuvent les transformer en pièces dans les hôtels des monnaie, voire leurs propres banques . Parce qu’il existe dans les interstices de la société un ordre marchand plus égalitaire, les princes qui continuent à poser leur marque sur le métal réaffirment l’unité d’une communauté, mais une communauté qui cherche aussi à affaisser l’ordre hiérarchique.

 Les Etats voient dans la hiérarchie en particulier monétaire la perennisation  de leurs « créances » sur l’ensemble humain qui leur est soumis. Les sujets les plus utilisateurs de monnaie, c’est-à-dire les marchands ou les banquiers, ne voient dans cette hiérarchie qu’une contrainte pratique permettant la circulation des marchandises. Pour les deux partenaires la hiérarchie monétaire est un moyen mais la fin est autre, les uns- les Etats- visent un monde vertical ; les autres, les marchands sont en quête d’horizontalité[14].

C’est cette conjonction des contraires[15] qui va marquer le dé enchâssement des banques centrales primitives et leur progressive autonomie, voire indépendance.

 

Querelles de couple et émergence des pré banques centrales.

 

Une nouvelle dégradation de la monnaie résultera beaucoup plus tard de l’irruption de nouvelles formes monétaires en particulier la monnaie fiduciaire émise librement par les banques.

La monnaie moderne métallique doit se multiplier pour assurer  la puissance des princes, mais aussi celle des marchands soucieux de faire progresser les volumes échangés de marchandises. L’abondance monétaire est donc nécessaire…..mais souvent contrariée en raison de sa fonction réserve de valeur. C’est que la monnaie qui doit circuler doit aussi être thésaurisée[16] à des fins d’épargne. Sans banques centrales primitives chargées de nouvelles mines de métal, ou ne pouvant dépasser les limites socialement tolérées de la dilution – l’ancêtre de la planche à billets- Etats et marchands sont bloqués dans leur ascension. Ascension du pouvoir politique d’un côté, ascension du pouvoir économique de l’autre.

En la matière les banquiers éloignés du pouvoir ont mieux réussi que les Etats qui vont souvent se heurter au mur de la dette publique  et à ses tentatives catastrophiques de contournement par ces nouveaux moyens de dilution que fut le papier.

L’un de ces contournements est la création de substituts de mines de métal ou de pré banques centrales dont le modèle fut peut – être le système de Law dans la France de la régence. Quand la Banque générale, fondée en 1715, devient nationalisée pour devenir Banque Royale titulaire de privilèges considérables, et qu’elle se met à émettre massivement des billets d’Etat pour payer les créanciers de la monarchie, elle devient de fait un institut d’émission, un prêteur en dernier ressort. Curieusement cet institut d’émission qui permet de régler les dettes et que le Trésor accepte en paiement des créances pour maintenir son « circuit » se trouve fortement contesté par les banquiers privés qui voient dans cette institution une concurrence inacceptable pour leur débutante et encore timide  émission monétaire.[17]

C’est que pour de nombreux banquiers, la marche vers l’horizontalité et l’indépendance vis-à-vis des Etats passe  par l’émission monétaire privée. Commencée avec l’invention au moyen –âge de la lettre de change, elle se poursuit dans les banques de « villes –Etats » comme Venise et plus tard dans celles de l’Europe du Nord dans le cadre de ce qui est déjà un système à réserves fractionnaires.

Une question difficile est celle du passage à ce dernier système alors même que dans la tradition, et ce depuis la fondation des Etats, le principe du 100% de réserves était scrupuleusement respecté, et surtout imposé dans le « corpus juris civilis ». Les ultra-libéraux traitent rapidement cette question en postulant que les réserves fractionnaires se sont imposées sur la base d’un accord mutuellement avantageux entre Etats et banquiers. les seconds devenant l’équivalent des vieux Etats capables eux aussi d’émettre de la monnaie et de bénéficier d’un seigneuriage qui sera tout simplement le taux de l’intérêt, toujours interdit, mais de fait de plus en plus toléré. Et les Etats seraient  eux aussi gagnants, car en concédant ou partageant leur privilège de battre monnaie, ils seraient payés de retour par  l’achat par les  banquiers de dette publique à partir des dépôts bancaires. [18]

Il est difficile de trouver dans l’histoire les traces d’un tel accord, mais il est toutefois exact qu’une collaboration va se créer entre les tenants de la verticalité (le politique) et ceux qui recherchent l’horizontalité (la finance).

 

Cohabitation raisonnable et naissance de la Banque centrale moderne

 

La loi d’airain de la monnaie continuant de sévir en raison du développement du capitalisme, il viendra immanquablement un temps où les Etats et les banquiers chercheront à renouveler sur une base élargie l’accord antérieur.

Les émissions monétaires privées doivent  revenir sur un principe de centralité et les Etats ont intérêt à définir eux même la dénomination et le cours légal d’une monnaie dont ils acceptent l’utilisation au titre du règlement de leurs créances, notamment fiscales. Ils ont aussi intérêt, sans doute après de nombreuses expériences malheureuses,[19] à émettre de la monnaie au même titre que les banquiers. Ils ont même intérêt à donner un monopole d’émission à une structure qu’ils peuvent créer, et bénéficier directement d’une part de marché croissante dans la création monétaire. C’est ce que fera Bonaparte avec la création de la Banque de France dont il sera lui-même actionnaire, et à laquelle il donnera un monopole régional d’émission de billets. Un tel monopole permettrait aux Etats de retrouver l’abondance financière, et cette fois de façon quasi illimitée.

 

Mais, simultanément, les banquiers engagés dans le système des réserves fractionnaires, ont intérêt à fixer un point d’ancrage solide à leurs activités de création non planifiée et donc possiblement désordonnées. En particulier, avec le développement du capitalisme, doit se développer un nécessaire marché du crédit inter bancaire, non dépourvu de risques au cas où une banque en viendrait en raison d’émissions excessives à faire faillite. Bref, il  faudrait mettre en place un système assurantiel. Système assurantiel en monnaie légale, que les Etats peuvent fournir par le biais de l’institut d’émission qu’eux-mêmes  souhaitent mettre en place.

La banque centrale moderne couplée à la monnaie non métallique moderne doit logiquement voir le jour. Ce sera chose faite entre la fin du XVII siècle et le vingtième[20].

 

Il s’agit d’un compromis entre verticalité (les Etats) et horizontalité (les banquiers).

En étendant le monopole de l’émission étatique – la monnaie légale- sur l’ensemble du territoire du souverain, et en acceptant la transformation de la monnaie de banque en monnaie légale, les Etats se donnent les moyens d’un circuit du Trésor bien alimenté par ce qui va aussi devenir la possible planche à billets. En retour, la Banque jouissant du monopole de l’émission de monnaie légale, garantit la bonne circulation et la bonne transformation de toutes les monnaies de banques entre elles, et de toutes les monnaies de banques en monnaie légale. La banque ainsi appelée Banque centrale sert  de point d’appui à une possible double émission monétaire : le système des réserves fractionnaires et son fameux multiplicateur du crédit d’une part, et l’émission de monnaie légale au profit du Trésor d’autre part. Il s’agit bien d’un accord mutuellement avantageux. Les banquiers peuvent potentiellement  augmenter considérablement leurs profits en bénéficiant d’effets de levier que l’on ne trouvera dans aucune autre branche d’activité. En retour les Etats sont beaucoup moins contraints par la question de la dette et ne limitent la planche à billets, que sous la pression de  la possible baisse de la valeur externe de la monnaie souveraine.

 

Le compromis entre horizontalité et verticalité pourra se lire jusque dans le fonctionnement concret des Banques centrales, lequel va souvent apparaitre comme mi privé mi public alors même que le statut juridique est soit, au choix pourrions-nous dire, complètement privé  – cas américain par exemple- ou complètement public – cas français. De fait il s’agira toujours d’une collaboration. Alors que la Banque centrale dispose de prérogatives de puissance publique et qu’à ce titre elle se trouve soumise à l’Etat, elle peut en effet être complètement privée et parfois émerge sur la base des exigences des banquiers. Ainsi la FED  est fondée en 1913 sur la base de la volonté des Morgan et des Rockefeller et se trouve être une association de banquiers privés.

Le compromis est bien sûr instable et se trouve aussi fortement orienté par les valeurs et cultures des peuples dans lesquelles baignent ces banques centrales modernes. La verticalité peut se faire implacable à certains moments, notamment au cours des deux guerres mondiales. Sans revenir juridiquement sur l’autorisation des réserves fractionnaires, il est possible pour l’Etat en guerre,[21]d’envisager une législation d’exception : achats obligatoires de bons du Trésor, planchers de titres publics etc. De fait, la mise en place de banques centrales peut, selon les circonstances et les histoires nationales,  se faire beaucoup plus qu’un simple dispositif assurantiel pour les banques et devenir un outil de « répression  financière », selon l’expression souvent consacrée au cours de la longue période qui précède le mouvement vers l’indépendance des banques centrales.

 

L’écrasement de la verticalité et la naissance de la banque centrale indépendante.

 

Si la verticalité peut se faire implacable en raison des circonstances précédemment exposées, elle peut à d’autres moments et en d’autres circonstances se trouver phagocytée par l’horizontalité. L’accord politico financier faisant émerger les banques centrales pose en effet le problème du partage des gains à l’échange[22].

 Dans le cas des périodes de guerres mondiales, les Etats ont pu imposer avec leurs banques centrales une totale répression financière, ces dernières ne fonctionnant qu’à leur seul profit.

En revanche dans la phase présente dite de mondialisation, il est des forces qui feront que les gains à l’échange seront totalement absorbés par les banquiers, voire même en viendront à pénaliser les Etats. Ces forces sont celles qui vont porter au plus haut niveau possible l’indépendance des banques centrales.

Il est inutile de rappeler le contexte général de contestation du corpus théorique dominant , clairement la théorie keynésienne, qui va débuter à la fin des années 60 et au début des années 70. Le nouveau cadre, sans doute hétérogène et qui va, des nouveaux classiques aux ultra-libéraux, est d’abord celui de la contestation de l’Etat dans les prérogatives économiques qu’il s’était octroyé dans la période antérieure.

Cette contestation ne concerne pas que la souveraineté sur la monnaie et débute par l’émergence massive d’autorités administratives dites « indépendantes » chargées d’assurer la régulation d’un secteur. Le terme de régulation étant employé  pour Co contrôler une activité dans le cadre d’un partenariat que l’on peut qualifier de « politico économique », avec de fait une répartition des pouvoirs allant parfois jusqu’à l’abandon des outils de la contrainte publique. Ces autorités encore peu nombreuses en France – environ une quarantaine – le seront bien davantage dans un pays comme l’Allemagne où une tradition ordo- libérale est installée.

Dans ce contexte, les banques centrales qui s’étaient dans nombre de pays affranchies

de la loi d’airain de la monnaie vont être critiquées dans leur fonctionnement par les nouveaux paradigmes économiques : monétarisme, anticipations rationnelles, etc. Le tout débouchant sur la contestation organisationnelle de banques centrales dont l’indépendance souvent proclamée laissait toutefois assez peu de place à l’autorité des gouverneurs[23]. La stagflation des années 70 fera des banques centrales des boucs émissaires et une profusion de travaux théoriques et économétriques viendront recommander l’indépendance complète, et, au-delà, la surveillance de gouverneurs dont il faudrait vérifier leur forte aversion pour l’inflation. Il serait impossible dans le cadre d’un article aux ambitions plus vastes d’évoquer l’intégralité de ces travaux et bornons nous à citer les auteurs les plus connus : Sargent, Wallace, Alesima,  Summers, Grill, Masciandaro, Tabellini, Kydland, Prescott, Barro, Gordon, Rogoff, Blinder, Walsh, Taylor.

Le résultat essentiel de la marche vers l’indépendance fut le passage du « mode hiérarchique » au « mode marché » de gestion de la dette publique. En utilisant le langage de Coase, les Etats sont passés du « make » au « buy ». Ils ne peuvent plus fabriquer la monnaie dont ils ont besoin et se mettent à emprunter sur les marchés. Les banques centrales peuvent alimenter voire doper le multiplicateur du crédit autorisé par le système des réserves fractionnaires, mais ne peuvent plus prêter aux Etats.

Les conséquences de la séparation radicale entre banques centrales devenues indépendantes et Trésors, ont déjà été développées[24].  Rappelons-les brièvement.

Il y a tout d’abord privatisation de la planche à billets, et   l’effet d’éviction - contrairement à des propos infondés - peut être mis aux oubliettes puisque les financements des déficits ne sont pas accaparement d’une épargne. Ainsi les déficits publics viennent alimenter des comptes bancaires que l’on trouve au passif des banques en contre partie des titres publics que l’on trouve à l’actif.

Il y a ensuite mécaniquement un passage de l’inflation à la dette avec la conséquence très mécanique que les actifs financiers cessent de se dévaloriser, peuvent par conséquent se multiplier et venir alourdir considérablement le bilan des banques qui en contrepartie pourront jouer sur des effets de levier en continuelle croissance. Nous avons là la tendance à la financiarisation de l’économie, alors que l’inflation précédente favorisait les placements dans l’économie réelle. La répression financière possible dans l’ancien modèle de banque centrale faisait que le commerce des promesses était muselé, il pourra désormais exploser.

Il y a surtout le fait que désormais une rente sur effets publics viendra possiblement attaquer les compartiments « Etats-providence » des Etats avec début d’un accroissement des inégalités aussi favorisés par la mondialisation.

Nous pourrions longuement évoquer les conséquences de l’indépendance, conséquences  que nous avons  présentées, dans l’ouvrage déjà cité comme nouveau logiciel exprimant un nouvel état du monde.

 

Au terme de ce premier examen tentant d’expliquer la naissance, le développement et les métamorphoses des banques centrales, il est possible de proposer  une définition permettant de saisir l’essence de cette réalité changeante au cours d’une très longue histoire :

 

    « Les banques centrales sont des institutions logées dans l’interface entre pouvoir financier et pouvoir politique, et chargées d’exprimer le rapport de forces entre les deux par des actions concernant la circulation monétaire, la monnaie elle-même et la dette. La position relative des deux pouvoirs : absorption plus ou moins complète de l’un par l’autre, séparation / opposition radicale, coopération mutuellement avantageuse, servitude volontaire, etc., est la source ultime de la compréhension des faits monétaro financiers, et un outil indispensable pour identifier l' état des rapports économiques politiques et sociaux dans  le monde . Connaitre les règles de fonctionnement d'une banque centrale, c'est ainsi s'ouvrir sur la connaissance du logiciel qui dit des choses essentielles sur une société concrête." 

 

A suivre....

 

 

 



[1]«  1,4,8,9,7.   La monnaie : présence des morts et mesure du temps » . L’homme Volume 10 ; 1970 ; N°1. PP17-39

[2]Cf : « La violence de la monnaie » M. Aglietta et A. Orléan ; PUF ; 1984.

[3] Là aussi on pourra se référer aux travaux de Daniel de Coppet. De fait la logique de la vengeance meurtrière s’arrête avec le sacrifice par un mercenaire de l’un des membres du groupe meurtrier, membre dont la dépouille est remise au groupe victime contre des perles qui vont arrêter le déchainement de la violence.

[4]Expression attribuée à Max Weber mais très utilisée et reprise dans les travaux du philosophe Marcel gauchet.

[5]Expression de Georges le Rider dans « La naissance de la monnaie. Pratiques monétaires de l’Orient ancien » PUF ; 2001.

[6] Concernant la nature de l’Etat et son irruption dans la scène humaine on pourra voir : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-euro-certains-furent-davantage-que-passagers-clandestins-45077391.html

[7]L’électrum est un mélange fabriqué ou parfois naturel d’or et d’argent.

[8] Il existe parfois des traces d’ordre légal ou politique. Ainsi le paragraphe 108 des lois d’Hammourabi (1792-1750 révèle la présence de bureaux des poids, et l’existence de vérificateurs. Nous avons aussi des traces de contrats marchands stipulant que le paiement devait se faire avec du métal marqué d’un sceau.

[9]Expression que l’on doit à François Block Lainé directeur du Trésor après la seconde guerre mondiale.

[10] Sur les premières pièces les symboles pourront encore concerner la religion, voire une nature symbolisée. Plus tard les princes viendront se substituer aux Dieux de manière beaucoup plus directe.

[11] Ce qui était « dokimon » devient alors  «  adokimon ».

[12] Le travail de « cémentation » correspondait au travail de séparation de l’or de l’argent.

[13] Ce fut le cas de la première confédération de Délos qui dans les années 440 va voir la promulgation d’un décret imposant la monnaie athéniennes à toutes les cités confédérées avec fermeture des monnayages locaux. Comme si l’Euro était la monnaie d’un Etat que ce dernier impose à tous les autres de l’union européenne.

[14]Problématique qui exprimée différemment, en ayant notamment recours au  « Traité de la première invention des monnaies » de Nicolas Oresme, est très bien analysée par André Orléan. Cf son article : http://www.parisschoolofeconomics.com/orlean-andre/depot/publi/Coppet.pdf

[15] Louis Dumont parlait « d’englobement des contraires » dans ses « Essais sur l’individualisme » ; Seuil, 1991.

[16] Ce que nous appelons « la loi d’airain des monnaies ». Cf l’article de Jean Claude Werrebrouck dans le N°34 de Médium ; Janvier-février-mars 2013. PP 101à 119.

[17] Cf « Le mercantilisme eu XVII ième siècle. Les banques et les billets de monnaie sous la régence ». Jean Marie Thiveaud ; Revue d’économie financière ; Vol 50 ; 1998 ; PP. 29-53.

[18] Accord insuffisamment démontré avec toute la rigueur attendue. C’est notamment le cas de Hueta de Soto dans « Dinero, Credito, Bancario y Cyclos Economicos » ; Union Editorial ; Madrid ;1998.

[19] Dont par exemple celle de Law précédemment évoquée.

[20] Bien évidemment de très nombreux débats et réflexions interviendront avant de stabiliser le système politico financier moderne, par exemple la célèbre bataille entre la « currency school » et la « banking school » qui devait se cristalliser dans l’acte de Peel en Grande Bretagne en 1844.

[21] Pour davantage de précisions on pourra consulter Jean Claude Werrebrouck :« Banques centrales, indépendance ou soumission, Un formidable enjeu de société » ; Yves Michel ; 2012 ; PP. 57-94.

[22]Problème évoqués dans de nombreux articles de « lacrisedesannees2010.com, et en particulier : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-banques-centrales-independantes-condition-necessaire-de-la-mondialisation-115739303.html.

[23] Cela était notamment le cas en France. On pourra lire à ce titre l’article d’André Orléan « les croyances monétaires et le pouvoir des banques centrales » dans l’ouvrage : « Les banques centrales sont-elle légitimes » ; Albin Michel 2008 ; PP. 17-35.

[24] Cf le chapitre 9 de: «  les banques centrales comme logiciels des états du monde » de « Banques centrales- indépendance ou soumission- Un formidable enjeu de société ; Yves Michel ; 2012.            

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans banques centrales
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commentaires

Opps' 30/08/2013 01:12

Malgré la disparition-sublimation de mon commentaire, je ne peux pas m'empêcher ces quelques modestes remarques ...

Oui bonne idée de remonter au "big-bang" pour 'comprendre' la Banque Centrale, (Cf itv au cercle Aristote). Bonne idée de faire l'histoire , de la généalogie , mais à condition bien sûr de ne pas
vouloir projeter de force la réalité actuelle d'une institution sur celle de son ancêtre formel qui, fonctionnant dans un environnement bien différent, avait un fonctionnement et une structure
différente.

L'article part des paléo-monnaies (pas d'"état") auquel aurait succédé les monnaies anonymes (Présence d'un Etat mais sans monnayage.
Au passage , l'article se pose la question de savoir pour quelle raison "les Etats" de ces civilisations ne se sont pas accaparé du monnayage , sorte d'ancêtre bâtard, effectivement, des B.C.

Cette question , qui projette trop le présent dans le passé, trouve sa réponse dans le fait que dans un premier temps la monnaie-metallique n'est qu'une monnaie parmi d'autres ou plus exactement ce
n'est qu' "un bien déjà constitué" , comme un autre, qui circule en jouant le rôle de "monnaie- d'-échange"

En effet chaque communauté/civilisation se trouve , s'invente, se choisit d'abord un "bien" , pratique , divisible pas trop périssable , acceptable par le + grand nombre. (Ce bien pouvant être un
consommable , mais aussi un bien , forcément rare, à pur contenu symbolique (coquillage/plume/pierre précieuses) contenant une Valeur le rendant échangeable contre tout autre produit)

Et ces paléo-monnaies vont changer de supports suivant les degrés de technicité et de sophistication commerciale de ces sociétés.

Il faut avouer que les métaux précieux sont une sorte de point ultime indépassable , et notamment l'or et l'argent , pour de multiples raisons de tous ordres. Point ultime , certes mais émergeant
peu à peu , au milieu d'autres proto-monnaies , disséminé , probablement d'abord noyé dans des fonctions religieuses, ou bien de représentation sociale et d’apparat(et précisément ses socles
primitifs de 'Valeur') .

Et puis la monnaie métallique frappée par le Prince , à l'effigie d'une représentation de puissance, apparaît (ce fut d'abord un poinçon ?) : techniquement elle répond alors au souci de toute
transaction d'être équilibrée en Valeur , puisque le Prince 'certifie' par un chiffre sa quantité de valeur. C'est une sécurité formidable (s'il n'y a pas 'triche' du frappeur ... , mais même avec
'triche , si la confiance est là , le système tourne rond ... à qq % d'inflation près ...)

Mais (je me répète) dans un 1er temps les métaux précieux sont trop disséminés ou mal disséminé, pour être vraiment l'objet d'une stratégie de pouvoir.

La meilleure preuve en est que les deux entités qui inventent puis formalisent vraiment la monnaie métallique frappée sont la Lydie et Athènes , qui toutes deux possédaient des ressources aurifères
extraordinaires.

D'ici à dire que ces mines sont l'ancêtre du "Trésor" me semble audacieux sans être formellement faux : il n'y avait pas de mines partout , et d'autre part la guerre et le vol des trésors d'autrui
étaient probablement plus important.

Mais c'est vrai que commence là une histoire qui dure encore entre Pouvoir étatique et Monnaie frappée, donc entre Etat et Banque(s).

Si l'espace civil marchand est une sorte d'horizontalité , et si l'axe Etat / monnaie frappée est d'ordre vertical , je ne vois pas une pré-éminence énorme du vertical sur l'horizontal de -600 à +
1500.(Ou disons que la puissance des Princes sur cette période s'appuie sur la force ou l'idéologie, mais pas sur une politique ou sur des manipulations monétaires exclusives)

En effet nous sommes dans un système étalon-or/argent où la banque ne peut que prêter ce que d'autres lui ont confié. La notion de Banque centrale se confond très exactement avec le Trésor de
l'Etat, souvent famélique (entre +500 et +1500).

Notons d'ailleurs que la monnaie métallique frappée , même si elle institue , initie, renforce la verticalité de l'Etat/Trésor/SociétéAdministrée , d'un autre côté elle va permettre un formidable
épanouissement de l'axe horizontal du commerce (qui souhaite surtout une monnaie stable qu'elle soit frappée par le Prince ou le Banquier)

Ce n'est qu'à partir du moment ou la monnaie-crédit arrive que la véritable banque moderne naît et que la Banque Centrale (qui d'ailleurs au départ n'est en rien centrale , mais la banque du pays :
la banque de France). Elle ne devient centrale qu'à partir du moment où sa monnaie a cours forcé , prenant de ce fait une position hégémonique , ou plutôt , il me semble, la clé de voute du
système.

Pour tout dire la Banque Centrale moderne naît avec la monnaie crédit et le cours forcé.

Ceci dit l'angle d'attaque et d'analyse de la relation Etat-Monnaie de C.W. me plaît énormément : oui l'ordre monétaire est politique.

Jean Claude Werrebrouck 30/08/2013 08:15



Merci, je pense aussi que je suis victime de ce qu'on appelle par ailleurs "l'ethnocentrisme". Il est difficile de ne pas tomber dans ce travers alors même que l'on veut éviter les pièges de
la théorie économique dominante. j'apprécie beaucoup votre point de vue.



BA 24/05/2013 14:49

Vendredi 24 mai 2013 :

Jens Weidmann souhaite qu'un pays de la zone euro puisse faire défaut à l'avenir.

Le président de la Bundesbank (Buba), Jens Weidmann, a plaidé vendredi pour qu'un pays de la zone euro puisse à l'avenir faire défaut, une option que les Européens ont à tout prix cherché à
empêcher pendant la crise.

"Avec la crise, nous avons fait très attention à éviter les risques de défaut, par crainte d'un effet de contagion", a expliqué M. Weidmann, réputé pour sa défense stricte de l'orthodoxie monétaire
et budgétaire, lors d'une conférence organisée par la Banque de France et la banque centrale d'Allemagne.

Il a, en revanche, laissé ouverte une telle possibilité à l'avenir.

"A long terme, nous devons faire en sorte qu'un Etat puisse, en dernier ressort, faire faillite", a relevé le patron de la Buba, ajoutant que cette possibilité était un élément clé pour permettre
de discipliner les marchés.

"C'est pour cela que nous travaillons au fait de découpler les Etats et les systèmes bancaires", a-t-il par exemple fait valoir.

1- Médaille d'or : la Grèce. Dette publique de 303,918 milliards d'euros, soit 156,9 % du PIB.

2- Médaille d'argent : l'Italie. Dette publique de 1988,658 milliards d'euros, soit 127 % du PIB.

3- Médaille de bronze : le Portugal. Dette publique de 204,485 milliards d'euros, soit 123,6 % du PIB.

4- Irlande : dette publique de 192,461 milliards d'euros, soit 117,6 % du PIB.

5- Belgique : dette publique de 375,389 milliards d'euros, soit 99,6 % du PIB.

6- France : dette publique de 1833,810 milliards d'euros, soit 90,2 % du PIB.

7- Royaume-Uni : dette publique de 1387,436 milliards de livres sterling, soit 90 % du PIB.

8- Chypre : dette publique de 15,350 milliards d’euros, soit 85,8 % du PIB.

9- Espagne : dette publique de 883,873 milliards d’euros, soit 84,2 % du PIB.

10- Allemagne : dette publique de 2166,278 milliards d’euros, soit 81,9 % du PIB.

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-22042013-AP/FR/2-22042013-AP-FR.PDF

BA 24/05/2013 09:58

Vendredi 24 mai 2013 :

Aux Etats-Unis, la banque centrale détient 30 % des obligations de l'Etat. Et ce pourcentage est en train d'exploser.

En clair : c'est la banque centrale des Etats-Unis qui finance indirectement l'Etat.

Aux Etats-Unis, l'Etat crée avec sa main gauche l'argent qu'il va ensuite dépenser avec sa main droite.

http://www.zerohedge.com/sites/default/files/images/user5/imageroot/2013/05/Fed%20holdings%205.23-2.gif

Au Japon, sur le marché secondaire, la banque centrale va racheter chaque mois 70 % des obligations émises par l'Etat japonais.

En clair : c'est la banque centrale du Japon qui finance indirectement l'Etat japonais.

Au Japon, l'Etat crée avec sa main gauche l'argent qu'il va ensuite dépenser avec sa main droite.

Lisez cet article :

Mais l'incertitude a plané depuis sur les conséquences pour le marché obligataire, car la BoJ prévoit d'acheter l'équivalent de pas moins de 70% des obligations émises chaque mois par l'Etat, sur
le marché secondaire où s'échangent les titres déjà émis.

Ces doutes ont poussé de nombreux détenteurs à se délester de leurs obligations d'Etat, ce qui a fait brièvement monter jeudi le taux à dix ans, qui fait référence, au-dessus du seuil symbolique de
1% pour la première fois depuis plus d'un an.

Pour tenter de calmer le marché, la BoJ a mis 2.000 milliards de yens (15 milliards d'euros) à disposition des banques pour leurs opérations courantes. Le taux de l'emprunt à dix ans est alors
repassé sous 1%.

L'institut d'émission a expliqué avoir mis ces fonds à disposition, sous la forme de prêts à court terme, pour faire face à l'augmentation excessive de la volatilité des taux d'intérêt à long
terme.

Le Japon bénéficie de taux d'emprunt particulièrement bas sur les marchés, malgré son endettement colossal équivalent à quelque 250% de son produit intérieur brut.

http://www.romandie.com/news/n/_La_Bourse_de_Tokyo_plonge_de_732_victime_de_sa_surchauffe28230520130904.asp

BA 23/05/2013 14:23

A propos de l'Italie :

Mario Monti laisse derrière lui une dette publique de 1988,658 milliards d'euros, soit 127 % du PIB. Mario Monti a fait la preuve de sa nullité. Mario Monti a fait la preuve de son
incompétence.

Concernant le secteur privé en Italie, lisez cet article :

Le Nord de l'Italie "au bord du précipice économique" (Confindustria).

La crise qui frappe l'Italie touche aussi le Nord très industrialisé et traditionnellement prospère qui est "au bord du précipice économique", a affirmé jeudi le patron des patrons Giorgio
Squinzi.

Si le Nord s'effondrait, "il entraînerait à sa suite tout le pays qui retournerait en arrière de 50 ans et serait exclu de l'Europe qui compte", a déclaré M. Squinzi en ouverture de l'assemblée
annuelle de la Confindustria, l'organisation patronale italienne, à Rome.

Le patron des patrons italiens s'est dit très préoccupé aussi par la poussée du chômage (11,5% et 38,4% chez les actifs de 15-24 ans).

"Le manque de travail est la mère de tous les maux sociaux", a souligné M. Squinzi en appelant à affronter ce problème "sur le plan structurel et de façon équilibrée en intervenant à la fois sur
les coûts, la productivité et la réglementation". Selon lui, "les entreprises sont prêtes à soutenir l'action du gouvernement par des investissements et des embauches".

Il a souhaité que le gouvernement dirigé par Enrico Letta qui est le premier de l'après-guerre à rassembler la gauche et la droite, ait "devant lui le temps de mettre en oeuvre les politiques
nécessaires". Le patronat voudrait en particulier "une fiscalité qui soutienne qui crée de la richesse et la distribue, qui soit transparente et respectueuse des droits des citoyens et des
entreprises".

Selon lui, la relance de l'économie italienne doit "avoir comme pilier porteur la politique industrielle".

Le président du Conseil Enrico Letta assistait à cette réunion et a estimé qu'il faut "redonner la priorité à l'industrie" dans les économies européennes.

"On a pensé en Italie et en Europe pouvoir se passer de l'industrie, faisant de la croissance sans industrie ou en laissant la tête ici et en envoyant le reste ailleurs", a expliqué M. Letta. Mais
cette phase s'est terminée "par des résultats non positifs: l'UE a perdu son leadership". Selon lui, l'Europe doit être la force de propulsion pour atteindre de "grands objectifs comme porter le
PIB de l'industrie manufacturière à 20% du total en 2020".

M. Squinzi a aussi évoqué "le drame" du secteur de la construction "une crise si profonde que nous demandons à vous, Monsieur le président (du Conseil) une intervention spéciale pour sauver ce
volant fondamental de l'économie".

Le patron des patrons a aussi évoqué la nécessité de contrecarrer "la troisième vague de menace de credit crunch (réduction radicale des crédits alloués par les banques)", illustrée par le fait que
le stock de crédits accordés a chuté de 50 milliards d'euros ces 18 derniers mois alors qu' "un tiers des entreprises ont des liquidités insuffisantes par rapport à leurs besoins d'activité".

http://www.romandie.com/news/n/ItalieLe_Nord_de_l_Italie_au_bord_du_prpice_nomique_Confindustria_RP_230520131339-26-361755.asp

BA 21/05/2013 10:04

Entièrement d'accord avec AJH et JCW ci-dessus.

L'info du jour :

D'abord, il y a la cause.

La cause, c'est ça : les banques européennes ont dans leurs livres 1500 milliards d'euros d'actifs pourris. En clair : en Europe, il va y avoir une cascade de faillites bancaires.

La BCE s'inquiète du poids des créances douteuses en zone euro.

La Banque centrale européenne (BCE) s'inquiète de plus en plus de voir le poids des créances douteuses dans les portefeuilles de prêts des banques européennes entraver le redémarrage du crédit dans
un contexte de priorité donnée au renforcement des fonds propres, selon plusieurs responsables de l'institution.

Selon KPMG, les créances douteuses des banques européennes atteindraient près de 1.500 milliards d'euros, dont 600 milliards pour les seuls établissements britanniques, espagnols et irlandais.

Ensuite, il y a la conséquence de ces faillites bancaires en Europe.

La conséquence, c'est ça :

Un projet européen prévoit de moins protéger les gros déposants.

Un projet de législation européenne approuvé lundi par une commission du Parlement européen prévoit que l'épargne des petits déposants sera protégée à concurrence de 100.000 euros, tandis que les
titulaires de comptes disposant de soldes supérieurs risqueront de devoir passer des pertes en cas de faillite bancaire.

Ce projet fait écho à la solution retenue dans le dossier chypriote dans le cadre duquel les déposants les plus fortunés avaient été contraints d'accepter de passer des pertes pour éviter un
naufrage du système bancaire local.

Pour entrer en vigueur, ce projet doit encore être approuvé par les 27 ministres des Finances de l'Union européenne et par les Parlementaires européens.

http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20130520.REU4530/un-projet-europeen-prevoit-de-moins-proteger-les-gros-deposants.html

Des Chypriotes.

Nous allons devenir des Chypriotes.

Ce qui s'est passé à Chypre va être étendu à toute l'Europe.

A-J Holbecq 20/05/2013 16:33

J'espère que tu as raison, merci Jean-Claude ;-)

A-J Holbecq 20/05/2013 14:28

J'ignore quelle va être l'évolution des Banques Centrales (en particulier la BdF), mais pour ma part je souhaite la fin de l’indépendance de la Banque de France, en donnant au Parlement et au
Gouvernement sous contrôle démocratique leurs prérogatives souveraines; celle de décider, lors du vote du Budget, de l’émission au bénéfice exclusif du Trésor Public (la collectivité) de la monnaie
nécessaire pour satisfaire aux besoins collectifs et de l'utilisation de cette nouvelle masse monétaire.

Jean Claude Werrebrouck 20/05/2013 14:55



Je suis entièrement d'accord et c'est je crois ce qui va se produire...lorsque les allemands se rendront compte ( rentiers inquiets et lobby exportateur) que leur avantage est de quitter la zone
euro plutôt que de réparer les dommages du sud et de la France. A ce moment là le paradigme français reprendra les forces de naguère.



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