Le blog de jean Claude Werrebrouck
Le couple sino américain moteur de la dé
mondialisation.
Les choses semblent maintenant entendues : la grenouille ne peut se faire aussi grosse que le bœuf et
l'Etat américain demande à la FED de monétiser la dette. L'annonce en est faite depuis le 18 mars dernier avec les quelque 300 milliards de dollars de bons du trésor émis contre création
monétaire.Et probablement ne s'agit' il que d'un acompte.
La suite est bien connue : recul du dollar sur les marchés des changes, hausse des cours des matières
premières, inflation, etc. Le coût d'une telle décision est élevé, mais sans doute moins que celui de gérer honnêtement un deleveraging économiquement sanglant et laissant intacte une
épargne chinoise désormais menaçante. L'avenir de la crise des années 2010 se jouera sur le registre géopolitique : l'empire américain ne peut se faire grignoter par l'émergence d'un
concurrent asiate et il est probable que la Chine en acceptera temporairement le principe.
Les handicaps de la sous productivité et de l'extraversion chinoise.
Au-delà d'une monnaie très contenue par les autorités, c'est bien la faiblesse des salaires qui expliquait la
compétitivité de la chine, à l'égard bien sûr des USA, mais aussi à l'égard de la quasi totalité des pays de la planète. D'où l'extraordinaire montée de la part du pays dans le total des
exportations à l'échelle mondiale. Mais Krugman avait raison de dire que cette faiblesse était aussi le signe le plus évident de la sous productivité.
Certes l'extraordinaire croissance s'expliquait par une non moins extraordinaire croissance de la productivité du travail : 10,6% en 2007. Mais ces gains sont encore issus d'un
redéploiement d'activités improductives vers des activités modernes, ce qui devait annoncer le ralentissement de la croissance avec l'hégémonie attendue du secteur moderne. Tous les spécialistes
constatent encore des gains très modérés en termes de productivité globale des facteurs. Au final aujourd'hui encore, la chine ne réalise que le ¼ du PIB américain en mobilisant une population
active d'environ 800 millions de travailleurs contre seulement environ 150 millions côté américain. Ce qui signifie qu'il faudrait mobiliser 3,2 milliards d'individus pour réaliser le PIB
américain. Ce qui signifie qu'un travailleur chinois produit 21 fois moins qu'un travailleur américain. Même si l'on abandonne la comparaison à partir d'un taux de change toujours discutable- et
qui sera fort discuté demain- pour aborder la question à partir de la parité des pouvoirs d'achats, le résultat mène à la constatation de la sous productivité chinoise. En termes de PPA le
rapport des PIB (données de la Banque mondiale et du FMI) est d'environ 2, ce qui classe la chine avant le japon et derrière les USA. Cela signifie pourtant qu'il faut encore 1,6 milliards de
chinois pour produire le PIB américain, et fait de chaque travailleur chinois un individu produisant 12 fois moins qu'un travailleur US.
Mais la sous productivité, parce qu'endiguée par la faiblesse des salaires permet au continent chinois de
présenter des caractéristiques d'extraversion jusqu'ici jamais vues dans le monde. Traditionnellement ce sont les cités états qui étaient ou sont extraverties, et personne ne s'étonnait que
Singapour exportait l'essentiel de son PIB. Par contre les ensembles vastes, voire continentaux se distinguaient par des échanges modestes relativement au PIB. Ce qui a caractérisé la chine
tout au long de sa croissance fût la croissance de son extraversion. A la veille de la crise c'est plus de 50% du PIB qui était exporté, soit un record mondial pour une économie continent. Avec
pour caractéristique complémentaire un recul progressif de la consommation finale qui n'était plus que de 40% du PIB en 2008. Sans doute l'Allemagne, il est vrai, sur de toutes autres bases, a
connu une croissance spectaculaire de son extraversion, mais ses exportations se limitent à 42% du PIB. Par comparaison un pays comme la France n'exporte que 25% de son PIB, tandis que sa
consommation finale est 3 fois supérieure aux exportations. On comprend que ce dernier pays soit plus abrité au regard des effets de contamination.
Ce double contexte de sous productivité est d'extrême extraversion situe la Chine dans une position de vulnérabilité face à ce qui peut apparaitre comme une rupture de contrat de la part des
USA.
La marche vers la dé mondialisation .
L'extraversion extrême de l'économie chinoise peut être vécue comme un mercantilisme agressif aiguisé par une
politique de change allant dans le même sens. Mais il était aussi, côté américain, possible de lire les importations chinoises comme produisant du pouvoir d'achat sur la base de prix bas. Seule
la désindustrialisation, grave des USA, pouvait induire l'idée d'une renégociation à terme du partenariat. En revanche le placement loyal des excédents chinois dans la dette souveraine américaine
semble mutuellement avantageux tant que la confiance règne : l'achat de bons du trésor est une garantie de demande croissante d'exportations chinoises, contre une garantie de financement du
trésor malgré des ressources fiscales insuffisantes pour couvrir les dépenses- nota manent- militaires de maintien de l'empire.
La crise fait disparaitre la confiance et fait émerger l'idée que l'extraversion est allée beaucoup trop loin. La perte de confiance provient des USA qui voient dans le respect du contrat la fin
de leur statut : il s'agit de profiter de la crise pour ne plus respecter les règles du jeu. L'inflation à venir est d'abord le non respect des droits de propriété de la Chine sur la dette
américaine, Chine devenant la première victime de la nouvelle euthanasie de rentiers.
Mais le coup porté est double car la valeur du dollar est affectée par l'inflation et, le taux de change, sauf déclenchement d'une guerre des monnaies, affectera de manière sensible les
exportations chinoises. Certes une élévation du taux de salaire chinois -élévation déjà constatée bien avant la crise- permet de combler par une demande interne accrue le recul des
exportations vers les USA. En revanche cette même élévation du taux de salaire vient se heurter à la sous productivité et correspond à un recul de compétitivité. Recul lui-même renforcé par une
élévation du contenu en produits importés des exportations chinoises. Et ce recul accélère l'effacement du surplus sur les USA. La décision de s'affranchir des limites à la création monétaire aux
USA, vient grandement limiter l'aventure de l'aberrante extraversion de cette économie continent qu'est la Chine. Et la marche vers l'auto centrage sera d'autant plus rapide que la chine ne peut
pas (encore) compenser l'effet négatif du taux de change par des gains de productivité globale des facteurs suffisants.
En contre partie, la chute de la compétitivité chinoise, dans un contexte de sous productivité, autorise la fin de la déflation salariale aux USA, et plus encore un début de réindustrialisasion, ou, autrement exprimé, le recentrage du développement américain. Il y a donc bien derrière l'annonce du 18 Mars la fin d'une certaine mondialisation.
Je tenais vivement a vous felliciter pour votre analyse,qui m a permis d y voir beaucoup plus clair .
Vous m avez ouvert les yeux,entre autre,sur le fait que la bce ne pouvait pas(pour le moment),de par ses status,creer des devises et acheter des t bonds comme le pourrait faire la fed :vous avez de fait explique ce qui allait se produire le 18 mars et vous m avez donc permis d elaborer le plan de defense de mes petites economies au milieu de ce champ de bataille.Je tenais a vous remercier et a vous demander de continuer a nous aider a y voir plus clair au pays des Banksters.
Pourquoi ne propulse t on pas des gens de verite comme vous aux postes cles des etats ?
félicitations et merci pour ce blog et pour vos articles sur contreinfo. Excellentes analyses, pénétrantes, lucides, argumentées.
Juste un tout petit couac, à mon humble avis, lorsque vous écrivez «la chine ne réalise que le quart du PIB américain en mobilisant une population active d’environ 800 millions de travailleurs contre seulement environ 150 millions côté américain».
La sous-population chinoise qui réalise le PIB chinois est à peine plus nombreuse que la population américaine qui réalise le PIB américain, car l'essentiel de la population chinoise est dans une «économie» de subsistance, relativement peu connectée à la zone côtière active et branchée. Cela relativise donc la sous-productivité supposée. On sait par ailleurs que ces pays apprennent très vite. Mais... certes... le monde bouge très vite aussi autour d'eux.
Cordialement.
félicitation pour ce texte, cependant il y a une question qui me taraude sur la productivité. Les économistes ne surestiment-ils pas la productivité réel du travail en occident? Je pose cette question car il faut bien voir qu'une part croissante des produits que nous consommons ne sont pas produits dans nos pays. Il se trouve que lorsque l'on achète un écran plasma fabriqué en chine le PIB français, par exemple, va augmenter ainsi que le PIB par tête et par heur travaillée et donc la productivité du travail au sens comptable. Vous conviendrez que le remplacement du travail ouvrier par le secteur tertiaire na fait pas augmenter la productivité globale de la société, d'ailleurs comment peut-on comparer la productivité d'un vendeur avec celle d'un ouvrier çà n'a pas de sens.
Paul Bairoch disait que la principale caractéristique des pays en sous-développement était l'hypertrophie du secteur tertiaire. Ne faut-il pas alors se demander si l'occident est une région en voie de sous-développement, qui fait illusion grâce à des monnaies surévaluées lui permettant de consommer des produits qu'il est aujourd'hui incapable de produire.
Au final c'est la vision comptable de la réalité économique que nous mesurons qui est peut-être en grande partie fausse. Le flottement des monnaie à sans doute rendu caduque les divers outils keynésiens de mesure de la richesse et de la productivité.
Seul point de désaccord. Vous écrivez : " L'avenir de la crise des années 2010 se jouera sur le registre géopolitique : l'empire américain ne peut se faire grignoter par l'émergence d'un concurrent asiate et il est probable que la Chine en acceptera temporairement le principe. "
Mais non !
La Chine n'en accepte pas du tout le principe !
Le 24 mars 2009, la Chine vient de déclarer la guerre (symboliquement bien sûr) à l'empire américain.
Lisez cet article, qui est à mon avis la preuve que nous entrons dans une phase de guerre froide entre l'empire chinois et l'empire américain.
Combien d'années durera cette guerre froide ?
Je ne sais pas.
La Chine propose de remplacer le dollar par une nouvelle monnaie de réserve.
Mardi 24 mars 2009, 09h21.
La Chine propose de remplacer le dollar par une nouvelle monnaie de réserve mondiale contrôlée par le Fonds monétaire international (FMI), une initiative destinée à affirmer la position de Pékin à l'approche du sommet économique du G-20.
"La crise souligne une nouvelle fois la nécessité d'une réforme créative du système monétaire international existant vers une monnaie de réserve internationale", écrit le gouverneur de la Banque centrale de Chine, Zhou Xiaochuan, dans une tribune publiée lundi 23 mars.
Fait inhabituel pour le régime de Pékin, cette tribune a été publiée à la fois en chinois et en anglais, une manière de lui donner plus de poids et d'accorder une audience internationale à cette initiative chinoise.
Dans cette tribune, le gouverneur de la Banque centrale de Chine ne mentionne pas spécifiquement le dollar, mais souligne que la crise actuelle a montré les dangers qu'il y avait à dépendre de la devise d'un seul pays pour les échanges internationaux, une allusion claire au billet vert.
Pékin souhaite introduire une réforme de l'actuel système financier mondial dominé par le dollar américain et les gouvernements occidentaux, et profiter du prochain sommet du G-20 pour plaider cette cause. La Chine veut ainsi inciter les pays en voie de développement à faire entendre leur voix dans le domaine des finances mondiales à l'occasion de ce sommet prévu le 2 avril à Londres.
Une monnaie de réserve mondiale est une devise de référence qui est tenue dans des quantités significatives par de nombreux gouvernements et d'établissements, et qui sert de devise internationale d'évaluation pour le commerce mondial.
Dans sa tribune, M. Zhou souligne que la nouvelle monnaie de réserve mondiale qu'il appelle de ses voeux devra non seulement servir de devise de réserve, mais aussi servir au commerce international, aux investissements, à la fixation du prix des marchandises et à la comptabilité des entreprises.
http://fr.news.yahoo.com/3/20090324/twl-chine-monnaie-reserve-2f4e741.html
D'après eux, comme toutes les monnaies vont être obligées de suivre la dévaluation du dollar pour rester compétitives, la seule solution serait d'en créer une nouvelle (DTS?) afin de préserver leurs avoirs en dollars.
Cela arrivera certainement mais pas avant que le dollar soit par terre ainsi les réserves chinoises n'auront plus aucune valeur
Une remise à zéro dans un avenir (proche ?) ferait perdre l'avantage chinois et serait bien plus acceptée par les USA, en attendant une inévitable refondation du système monétaire international...
25 % de 50 %, c'est déjà plus de 10 % de dépression ; il est illusoire, après, de vouloir parler de croissance, ni même d'économie d'ailleurs...
PARIS, 25 mars 2009 (AFP) - Le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn a jugé mercredi 25 mars "légitimes" les discussions sur une nouvelle monnaie de réserve internationale pour remplacer le dollar, suggérée par la Chine, estimant que le débat pourrait avoir lieu "dans les mois qui viennent".
http://www.france-info.com/spip.php?article270311&theme=69&sous_theme=69
Monsieur Werrebrouck, je suis très étonné de cette réaction de DSK à la demande de la Chine. Je n'aurais jamais imaginé que DSK accueille cette demande chinoise favorablement. Que pensez-vous de la réaction de DSK ?
Je vous remercie.
Le statut du FMI serait considérablement renforcé et probablement celui de son directeur général.Au delà les français- souvent très anti américains- sont certainement d'accords avec l'idée de fin de l'hémonie américaine. Rappelez vous les attaques du général de Gaulle contre le dollar jusqu'à la fin de la convertibilité& de ce dernier en or le 15 Août 1971.
"Il n'y a pas de nécessité de créer une nouvelle monnaie mondiale", a déclaré M. Obama lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche.
Le président a fait remarquer que le dollar s'était renforcé et que les investisseurs avaient confiance dans la force de l'économie américaine. Selon lui, les Etats-Unis ont déjà commencé à se remettre de la crise, comme l'atteste le projet de budget fédéral pour l'année 2010.
En vue du sommet du G20 de Londres, la Russie a appelé à charger le Fonds monétaire international (FMI) d'étudier la création d'une monnaie de réserve supranationale et de diversifier les devises utilisées dans les réserves et les opérations des banques centrales et des organisations financières internationales.
Selon Moscou, les droits de tirage spéciaux pourraient jouer le rôle de monnaie supranationale, ceux-ci constituant actuellement une monnaie de réserve pour certains pays.
Les propositions russes ont été soumises aux dirigeants des pays du G20, de la CEI et des organisations internationales.
http://fr.rian.ru/business/20090325/120720798.html
Récapitulons :
- la Russie veut créer une nouvelle monnaie de réserve mondiale à la place du dollar ;
- la Chine veut créer une nouvelle monnaie de réserve mondiale à la place du dollar ;
- le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, veut créer une nouvelle monnaie de réserve mondiale à la place du dollar.
Les Etats-Unis ne veulent pas.
Le prochain sommet du G20 sera tendu.
A BA
Oui les choses vont devenir difficiles. Et il faut bien se rendre compte que la discussion sur les DTS rique de créer une panique sur le dollar, donc son effondrment ... et l'effondrement de
l'épargne chinoise et de son économie.... Attention aux prophéties auto-réalisatrices.
j'apprécie beaucoup vos analyses pertinentes.
Je regrette par contre la forme du blog : choix de la taille, de la couleur de la police, mise en page qui rendent la lecture à l'écran pénible. Pourriez-vous modifier vos prochaines livraisons pour plus de lisibilité. D'avance merci
Cordialement.