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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 10:18
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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 09:47

 

L’expression de passif non exigible est d’un point de vue libéral un incompréhensible choc des mots : Le passif est une dette, et sauf non-respect des droits de propriété il est en principe exigible. De fait dans un monde soucieux du respect des engagements, les agents se doivent de disposer d’actifs suffisants en qualité et quantité pour honorer les engagements figurants au passif de leur bilan. Au premier rang de ces agents figurent des entreprises économiques qui peuvent disparaitre après anéantissement de leur capital faute de pouvoir répondre à l’exigibilité.

Pour autant, s’il existe dans les sociétés concrètes des contrats dont le respect des termes est exigé et sanctionné, il existe aussi un « contrat social » -complètement fictif ou relevant du mythe- qui résulte de la présence d’une extériorité appelée Etat, et extériorité dont les outils – ce qu’on appelle la contrainte publique - sont captés par une coalition d’intérêts utilisant la loi (violente ou plus démocratique) à des fins privés[1]. Ce qu’on appelle « contrat social » relève en effet plus de la contrainte que  d’un échange de volontés. Ainsi, aucun acteur du monde social n’a signé de  contrat d’appartenance à une  nationalité, aucun acteur du monde social n’a signé de contrat portant  sur les qualités et quantités de dépenses publiques, ou portant sur les qualités et quantités des prélèvements publics précisément dénommés « obligatoires ». C’est dire que depuis l’émergence des Etats, il existe un agent manipulable et manipulé qui a la possibilité de ne pas respecter les droits de propriété, agent qui est l’Etat lui-même, et qui à ce titre peut ne pas respecter le jeu de l’échange volontaire. Cet agent-là peut connaitre des dettes et décider plus ou moins souverainement de leur non-exigibilité.

Le passif non exigible des princes

Nous ne reviendrons pas ici sur l’histoire des Etats et ses modalités de fonctionnement avec le passage progressif du créancier infini, vers le créancier fini, puis vers le créancier endetté[2]. Soulignons simplement, qu’en sa qualité indépassable de juge et partie,  il a – historiquement- massivement utilisé la violence et plus  rarement accepté la logique de l’échange volontaire.

C’est dire que pour lui la notion de passif non exigible est une réalité de toujours.

Une façon radicale de faire émerger le concept de passif non exigible est de transformer le créancier réel en débiteur : le sujet est porteur d’une dette de sang à régler au profit du prince. Une autre, beaucoup plus respectueuse des prolégomènes d’un Etat de droit, sera l’extinction violente des dettes publiques : un décret viendra les annuler. Une façon plus douce encore fut de mettre fin au mythe de la « loi d’airain de la monnaie »[3] et d’enfermer le créancier dans la monnaie dont le souverain aura décidé le cours légal. Le pouvoir d’achat du souverain devient ainsi infini et le passif, fictivement exigible ne l’est plus réellement, le créancier pouvant le cas échéant le vérifier dans  la sévérité d’un contrôle des changes.

Cette idée de passif non exigible est aujourd’hui curieusement reprise avec les banques centrales  dites « indépendantes ».

Les libéraux ne peuvent pas davantage  accepter l’idée  de banque centrale qu’ils n’ont accepté l’idée d’Etat. Et ils y sont opposés en ce sens que l’idée de passif non exigible est aujourd’hui transmise aux banques centrales par les Etats eux-mêmes.

Logiquement, selon les libéraux, une banque centrale devrait fonctionner comme simple assureur ou caisse de compensation sur un marché interbancaire. Cette fonction, du point de vue de l’idéologie libérale, suppose l’existence de fonds propres venant en garantie du respect des contrats. Les actionnaires d’une telle banque centrale seraient ainsi soucieux du sérieux et du bon déroulement des transactions au niveau des banques elles-mêmes. Cela passerait par la surveillance des risques et probablement par des règles très strictes en matière de création monétaire.

 

Le passif non exigible des banques centrales

Dans la réalité les banques centrales disposent de fonds propres et dans l’euro zone la BCE elle-même, dispose d’un capital social constitué par les banques centrales des pays adhérents selon des pourcentages respectant le poids de chacun d’eux en termes de PIB. Certains libéraux pensent ainsi que la BCE, en particulier, est une vraie banque et s’inquiètent de la dégradation de son bilan au terme de politiques dites « non conventionnelles » menées depuis plusieurs années. Avec la possibilité de crises en boucles s’autoalimentant : Les Etats endettés se font racheter de la dette publique par des banques nationales qui cèdent elles -mêmes ces titres douteux à la BCE contre de la monnaie créée. Et face à l’apparente dégradation du bilan de la BCE, les Etats seraient obligés de souscrire à une augmentation des fonds propres, ce qui entraine un alourdissement des dettes publiques et leur refinancement impératif. La boucle est bouclée.

Cette version des choses n’a strictement aucun sens et la BCE n’a en aucune façon besoin d’être recapitalisée comme ce serait le cas d’une entreprise. Il n’y a pas non plus dégradation de son bilan, son passif étant constitué  de billets et des réserves des banques, qui sont de fausses dettes puisque la Banque centrale n’a besoin d’aucun actif pour répondre aux exigibilités. Une entreprise non couverte par un système assurantiel, victime pour une raison quelconque de la disparition de tout ou partie de ses actifs (Tsunami ravageant stocks, machines, bâtiments, etc.), ne peut échapper aux contraintes de son passif, les créanciers continuant d’exiger le respect des contrats.

Par contre la BCE, victime d’une dévalorisation massive des titres figurant dans son actif, ne connait pas de contrainte de passif.[4]

Il n’en serait bien sûr pas ainsi si les créanciers pouvaient exiger le paiement dans une monnaie que la BCE ne peut émettre, par exemple des dollars. Dans ce cas la banque devrait échanger des euros qu’elle émet contre des dollars…. situation fort épineuse car il n’y a aucune raison- en cette circonstance – qu’elle découvre des acheteurs d’euros si tous les agents internes refusent les euros et exigent leur transformation en dollars.

Parce que les banques centrales, ici la BCE, peuvent produire et imposer les paiements dans la monnaie qu’elles produisent[5] – de fait la monnaie dont le cours légal est fixé par l’Etat- elles ne connaissent pas de contrainte de passif : ce dernier est non exigible.

Et c’est ici que les choses deviennent intéressantes dans le processus historique de retrait des Etats et de montée de l’indépendance des banques centrales. Jadis, le privilège de passif non exigible était le fait de la violence des Etats qui, même parvenus dans la phase démocratique de leur histoire, imposaient à leurs  créanciers le choix d’une monnaie qu’ils créaient et manipulaient, dans le sens de leur intérêt : réduire le passif exigible. Cela passait par la dilution, les ateliers de rénovation monétaire, le seigneuriage, l’inflation, etc.

Aujourd’hui les banques centrales semblent plus efficaces : le passif devient non exigible – non plus partiellement- mais dans sa totalité.

Cette efficacité l’est à l’avantage du système financier car la contrepartie de la non exigibilité du passif est la production sans limite d’actifs nouveaux pour les banques qui, plongées dans le marché, se voient offrir une forte réduction de contraintes de leur propre  passif. La sécurité en liquidité et en solvabilité est artificiellement assurée par les privilèges quasi souverains de la banque centrale, et ce avec des contraintes de fonds propres qui resteront très faibles malgré les normes de « Bâle 3 ».

Bien évidemment cela n’a rien à voir avec le libéralisme et le respect de la propriété privée, et dans cette affaire,  les « ordo- libéraux » [6]allemands, pour qui la notion de passif non exigible relève de la forfaiture, sont éthiquement plus libéraux que les « brigands des marchés ». Ce qui ne veut pas dire que ces mêmes ordo-libéraux ont compris les mécanismes profonds de la grande crise. Le passif non exigible des banques centrales constitue – encore aujourd’hui – l’outil essentiel sur lequel peut s’appuyer la méga machine à faire de la dette, une machine venant à l’échelle planétaire combler le déficit de pouvoir d’achat par rapport à l’offre mondiale de marchandises[7]. Comme quoi les « brigands des marchés » ont au moins un rôle social : celui d’empêcher ou de retarder l’effondrement économique planétaire.



[1] Cf : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-l-aventure-etatique-reprise-d-un-texte-ancien-119831125.html

[2] Nous renvoyons ici à notre livre : « Banques centrales –indépendance ou soumission ? Un formidable enjeu de société » Editions Yves Michel, octobre 2012.

[3] Cf notre article dans le numéro 34 (janvier, février,mars 2013) de la revue Médium, Pages 101/119.

[4] Idée déjà exprimée dans le Flash Natixis du 27 juillet 2011 : « La qualité du bilan de la banque centrale est-elle une question sérieuse ?».

[5] Nous nous plaçons ici dans le cadre du paradigme néo-chartaliste. On pourra ici consulter : http://frappermonnaie.wordpress.com/tag/neochartalisme/

[6] Sur l’ordo libéralisme on pourra consulter notre article dans le tome LXVI- N°3- Septembre 2013 de la revue « Economie Appliquée » : « Regard sur les banques centrales : essence, naissance, métamorphoses et avenir ». En particulier on pourra lire les pages 167 et suivantes.

[7] On saluera la prise de conscience d’une réelle crise planétaire de surproduction- pour la première fois chez des responsables ou observateurs- dans l’article publié par « Le Monde » du 10/12/2013 « Pour un nouveau système productif français », article signé par les dirigeants de Xerfy, Laurent Faibis et Olivier Passet. C’est à notre connaissance la première fois que l’on trouve dans le monde des affaires la compréhension profonde de la nature de la grande crise.

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 08:35
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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 17:49
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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 17:44

 

De plus en plus souvent les Etats parce que devenus insolvables utilisent des expédients pour maintenir les apparences. Tel est le cas, très récemment, du Portugal et de l’Italie.

Le Twist portugais

Le Portugal doit logiquement quitter son régime d’assistance et retrouver son exposition aux marchés financiers en juin 2014.

Pourtant la soutenabilité de sa dette publique  est loin d’être assurée.

On sait qu’en théorie la soutenabilité est acquise si le taux de l’intérêt est inférieur ou égal au taux de croissance économique en valeur. Le pays est sorti de récession au cours de la présente année, tandis qu’une croissance d’environ 1% est prévue pour 2014. Même en admettant que la hausse des prix atteigne 0,5%, ce qui est loin d’être acquis en raison des pressions déflationnistes affectant la zone euro, cela signifie que seul un taux moyen de 1,5% sur la dette publique peut libérer le Portugal d’un excédent budgétaire rendu obligatoire.

De fait on peut aujourd’hui estimer le taux moyen sur les différentes échéances à un peu plus de 5%. Compte tenu de la présente dette publique (130% du PIB à la fin de l’année 2013) cela signifie par conséquent  un excédent budgétaire obligatoire  de : 130 X ( 5 – 1,5) = 4,55 points de PIB.

Le déficit public de l’année 2013 étant de 5,9%, cela signifie pour la prochaine année budgétaire, un tsunami de plus de 10 points de PIB. Hypothèse totalement irréaliste et du reste non imaginée dans le projet de budget 2014, lequel prévoit encore 4 points de PIB en déficit.

C’est dire que l’année 2014 verra une nouvelle aggravation de l’endettement du Portugal.

C’est dans ce contexte risqué qu’il faut comprendre le rééchelonnement de la dette que le Trésor vient d’opérer pour la seconde fois depuis la fin de l’année 2012. Il s’agit en fait de soulager l’année qui vient en emprunts nouveaux -qui se feront en principe dans le cadre des appels d’offres classiques- en échangeant ( en « twistant » comme l’on dit à la FED) de la dette venant à maturité l’an prochain contre de la nouvelle dette à échéance plus lointaine. C’est ainsi que vient d’être échangé, 2,48 milliards d’euros à échéance 2014, et 4,16 milliards à échéance 2015 contre des titres à échéance plus lointaine : 2017 et 2018. Il est ainsi espéré, contre un programme de vente de titres plus réduit,  des taux supportables.

On aura donc compris, qu’une fois de plus, il s’agit d’acheter du temps en attendant des jours…qui ne peuvent qu’empirer et ce malgré les efforts demandés à l’immense majorité de la population.

Tour de magie sur la Banque centrale italienne

Un autre exemple d’expédient est celui du maquillage des bilans bancaires italiens, maquillage autorisé par les particularités de l’histoire financière italienne.

On sait que la Banque centrale d’Italie, un peu comme la FED américaine, est historiquement un établissement privé dont le capital est la propriété d’un certain nombre de banques, ce qui signifie qu’il figure à l’actif du bilan de ces banques. On sait aussi que ces banques doivent se préparer à la grande revue des actifs prévue en 2014 sous l’égide de la BCE. Les actifs des banques italiennes sont très alourdis notamment par l’achat de titres de la dette publique nationale, et tout doit être mis en place afin de passer avec succès le test de résistance programmé. C’est dans cette perspective que l’idée est venue de réévaluer le capital de la banque centrale d’Italie, de fait sa multiplication par un coefficient d’environ 50.

Une telle réévaluation est bien évidemment un grand cadeau fait aux banques (entre 5 et 7,5 milliards d’euros), d’où l’arrivée au moment du partage du gâteau d’un convive supplémentaire, l’Etat, sans lequel il était juridiquement difficile d’envisager la réévaluation. C’est ainsi que l’Etat italien va bénéficier d’un impôt spécifique sur les banques afin d’extraire un peu plus d’un milliard d’euros sur la « plus-value »( ?) enregistrée par les banques propriétaires de la banque centrale.  

Bien évidemment une telle réévaluation ne poserait aucun problème si effectivement la différence entre actif et passif de la banque centrale devenait lourdement positive. Chacun sait que ce n’est pas le cas, qu’en particulier la dette publique figurant à l’actif est susceptible de connaitre un effondrement de sa valeur à la moindre tension sur les marchés de la dette publique, et qu’au surplus le capital que la banque centrale italienne possède au passif de la BCE  (12,45%) est lui-même susceptible d’être anéanti en raison de la très grande dégradation du bilan de cette dernière.

Si donc une vision comptable des choses s’était imposée, il est à parier qu’il était difficile de réévaluer un capital à priori disparu depuis le début de la crise financière.

On sait toutefois, qu’en matière de banque centrale, la vision comptable n’a aucun sens pour la simple raison que les dites banques ont le privilège de disposer d’un passif qui n’est pas exigible. Une banque centrale est en effet le seul agent ayant la possibilité de régler ses dettes en créant de la monnaie disposant du cours légal. Nous reviendrons sur cette importante question dans un prochain billet. Parce que le passif n’est pas exigible, les règles comptables classiques sont à réinterpréter, avec en particulier un capital social inutile au-delà des frais d’installation de la banque.

Dans ces conditions multiplier le capital de la banque centrale d’Italie par 50 n’a d’autre objet que de profiter de règles comptables largement inappropriées pour maquiller les bilans bancaires et au-delà – cerise sur le gâteau- créer une recette pour le trésor italien qui ne repose sur aucune valeur-ajoutée créée.  

Twist portugais et tour de magie italien ne sont que deux exemples récents parmi tant d’autres dont la finalité est d’empêcher l’effondrement du château de cartes. Pour le plus grand profit des bénéficiaires de la crise.

 

 

 

 

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 08:36
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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 07:33

 

JOL Press : Le regain de compétitivité des pays d’Europe du sud provient-il exclusivement des politiques d’austérité menées par les gouvernements ou faut-il y voir également des gains de productivité ?
 

J.-C. Werrebrouck : Cela provient effectivement, essentiellement, de la baisse des salaires. Je pense que l’on confond beaucoup productivité et compétitivité. Il faut savoir que la compétitivité peut être obtenue par des gains de productivité, ou simplement par une baisse du coût du travail.

Avec une hausse de la productivité, le « gâteau économique » devient plus grand, pour des investissements en capital et en travail identiques. Cette part supplémentaire peut être utilisée pour baisser les prix de la marchandise produite, pour accroître les profits ou pour augmenter les salaires.

Quand il n’y a pas de productivité, la seule solution pour s’en sortir, c’est effectivement de baisser le coût du travail, directement ou indirectement. C’est ce qui se passe actuellement en Espagne, au Portugal, ou encore en Grèce.

Mais il n’y absolument aucun gain de productivité dans ces pays, sauf dans certains cas rares, sans doute, dans des branches particulières.

JOL Press : Les balances commerciales se rééquilibrent donc aussi,  parce que les citoyens grecs, espagnols ou portugais n’ont plus les moyens de consommer autant, et donc parce que les importations diminuent ?
 

J.-C. Werrebrouck : Dans ce équilibre nouveau des échanges extérieurs, il faut effectivement surveiller les importations, qui se sont véritablement effondrées. On importe moins tout simplement parce que les revenus sont plus faibles.

A côté, il y a bien sûr les exportations supplémentaires induites par la baisse du coût du travail et donc par une compétitivité accrue. On peut vendre moins cher parce que les salaires sont moins élevés.

JOL Press : A long terme, ces pays ne vont-ils pas être pénalisés par la baisse importante de l’investissement qu’ils connaissent ?
 

J.-C. Werrebrouck : Effectivement, ils vont être pénalisés. Parce que si l’on regarde en longue période, depuis un peu moins d’une décennie, il y a un effondrement de ce que l’on appelle la formation brute de captal fixe, c’est-à-dire de l’investissement public et privé pour l’ensemble du pays. La chute est de l’ordre de 40% dans des pays comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne.

Mais c’est vrai aussi pour l’Allemagne, où les investissements en infrastructures ont plutôt diminué, même si, bien sûr, de l’autre côté, les investissements privés de modernisation, de productivité, se sont maintenus.

JOL Press : Où se situe la France au niveau européen ?  
 

J.-C. Werrebrouck : Elle est en bien meilleure position que les pays d’Europe du sud. On s’aperçoit que la formation brute de capital fixe ne s’est pas effondrée avec la crise. Donc effectivement, le pays n’est pas du tout aux abois comme cela peut être le cas de certains pays périphériques.

Cela étant, à partir du moment où les pays du sud font de la compétitivité par la baisse du coût du travail, il est clair que cela commence à gêner la France, sur les produits de moyenne gamme, qui peuvent être produits en Espagne par exemple.

JOL Press : La croissance potentielle européenne n’est-elle pas la première à subir la généralisation de cette logique ?
 

J.-C. Werrebrouck : Je dirais même que l’impact se fait sentir au niveau mondial. C’est la raison pour laquelle la Chine et les Etats-Unis suivent de si près ce qui se passe en Europe. La politique de compétitivité de l’Europe, qui reste une grande économie sur notre planète, gène considérablement l’économie mondiale. Les politiques d’austérité entravent les débouchés, à l’échelle mondiale.

Cette question de compétitivité est une problématique globale. La crise financière, puis économique, c’est d’abord une crise mondiale de surproduction, qui est dûe à une forme de mondialisation. Il y a globalement une insuffisance des débouchés par rapport à la quantité de marchandises produites.

JOL Press : Pourtant, de nombreux économistes considèrent qu’en France notamment, le problème se situe au niveau de l’offre et non de la demande ?
 

J.-C. Werrebrouck : C’est fortement à nuancer. Dans un monde internationalisé, mais avec encore des Etats-nations, autrement dit, ce qui s’est passé jusqu'à la fin des années 80, pour chaque pays, on pouvait dire qu’il y avait un équilibre entre l’offre et la demande. Cet équilibre était dû au fait qu’il y avait, d’un côté, des politiques d’investissement, donc d’offre, et de l’autre côté, des politiques de demande. Le salaire représentait un coût pour les entreprises, mais également un débouché. Et donc, les Etats-nations ont veillé à l’époque à assurer, avec plus ou moins de réussite, l’équilibre entre l’offre et la demande.

Quand vous passez à un stade de mondialisation non réglementé, ce que nous connaissons aujourd’hui, la variable salaire n’a plus cette ambiguïté, à savoir à la fois un coût et un débouché. Elle ne représente plus qu’un coût, puisqu’au fond, chaque pays essaie de produire plus pour exporter ce qui n’est pas absorbé nationalement par la demande interne. Chaque pays veut dégager un excédent important, ce qui n’est pas possible.

Il y a aujourd’hui des cas de déséquilibres colossaux, en Allemagne notamment, qui produit beaucoup plus qu’elle n’absorbe. Si tous les pays, au nom de la compétitivité, produisent plus qu’ils n’absorbent, vous avez une crise mondiale de surproduction. Pour s’en sortir, il faudra réguler la mondialisation, trouver un équilibre planétaire, ce qui pour l’heure, est difficile à imaginer.

Propos recueillis par Rémy Brisson pour JOL Press

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 07:33
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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 17:27
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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 16:24


Charles Wyplosz, professeur à l'Institut des hautes études internationales de Genève était sollicité ce jeudi 28 novembre par des journalistes du "Monde" afin d'avoir  son point de vue sur le programme économique du Front National. Parmi les brêves réponses faites à Anne Eveno et Adrien de Tricornot, on peut s'étonner des propos véhéments tenus à l'encontre de l'idée de fin de l'indépendance des banques centrales.


Charles Wyplosz n'hésite pas à dire, en prenant curieusement l'exemple argentin de l'époque de Peron, que le financement des déficits par émission monétaire relève de la "corruption", qu'il entraine des inflations galopantes et détruit l'épargne des personnes les moins aisées. Il en conclut que c'est face à ce genre d'épisode que la plupart des pays ont accordé une indépendance totale à leur banque centrale.


 Il est dommage qu'un universitaire en principe soucieux de raisonnements solidement établis, s'adonne à des propos qui ajoutent à la grande confusion des esprits.
Qu'il nous soit  ici permis de rappeler quelques faits précis.


1. Ce n'est pas parce qu'il y a indépendance des banques centrales que le risque d'émission désordonnée de monnaie disparait. Faut-il rappeler à Charles Wyplosz que le "quantitative easing" débridé est le fait des plus importantes d'entre elles?


2. Ces émissions relèvent tout autant de la corruption puisque la liquidité émise favorise des groupes d'intérêts très précis: grands banquiers à la tête de banques non prétendument illiquides mais réellement insolvables, spéculateurs et rentiers en tous genres permettant la production d'indices complètement déconnectés de la réalité.


3. Il n'est pas honnête d'extraire de l'histoire des cas particuliers (l'Argentine péroniste) pour arriver à des "lois générales". Il n'y a de science que dans l'universel et Charles Wyplosc aurait pu nous exposer des cas forts différents. Par exemple celui de la France des années 60 où une banque centrale, encore obéissante, finance largement l'économie réelle et ce, sans inflation ni même corruption. Rappelons que la France qui précède les évènemlents de mai 1968 connait- avec une banque centrale dans la main de l'Etat -  une parfaite stabilité monétaire avec un taux d'inflation proche de 2%.


4. La corruption existait bien sûr là où la démocratie répondait aux abonnés absents. C'était beaucoup moins vrai dans  la période démocratique précédant la fin de la libéralisation financière. Précisément la libéralisation financière -milieu des années 80 pour être rapide-  n'a fait que développer à grande échelle la corruption qui semble géner Charles Wyplosz pour le cas du péronisme. Faut-il rappeler les affaires du LIBOR, du FOREX, de JP Morgan,etc.?


    Au total on ne peut que regretter que le quotidien "Le Monde" ne fasse pas le tri. Tous les points de vue doivent pouvoir s'exprimer, à la condition toutefois que le principe d'honnêteté intellectuelle soit respecté. Les français sont suffisamment désarmés sur le plan de la connaissance économique pour ne pas ajouter de la confusion.

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