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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 08:46

                                

Il est important de revenir sur le célèbre exemple de Ricardo pour bien comprendre toute la distance qu’il peut y avoir entre libre- échange et mondialisation.

Le libre échange ou  l’acceptation de l’improductivité britannique

L’auteur sus-visé cherche à démontrer que même en situation de désavantage absolu, un pays a toujours intérêt à se livrer à des opérations de commerce international. Dans son exemple, Ricardo évoque deux pays, le Portugal et l’Angleterre et deux marchandises, le vin et le drap.

Avant échange extérieur, les deux pays produisent et évaluent les deux marchandises selon les coûts suivants en travail par unité produite : 80H et 90H respectivement pour le vin et le drap pour le Portugal ;  120 et 100H pour ces deux mêmes marchandises s’agissant de l’Angleterre.

Si l’Angleterre est déclassée aussi bien pour la production de vin que pour la production de drap, elle a - dit Ricardo  - intérêt à se spécialiser dans le domaine où elle se trouve relativement  le moins désavantagé, c'est-à-dire le drap, le Portugal prenant en charge la production de vin.

Une telle spécialisation suppose évidemment une bonne mobilité des facteurs de la production, avec pour résultat la possibilité de produire plus de deux unités de vin (2,125 unités) pour le Portugal, et plus de deux unités de drap (2,2 unités)  pour L’Angleterre. Il existe bien un gain mondial à l’échange international comme il existe des gains à l’échange au niveau national. La question toutefois se pose de savoir comment sera réparti ce gain entre les deux pays.

Pour autant, si on raisonnait en dehors du contexte national/ international pour raisonner en mondialisation le résultat serait encore meilleur. Car les entrepreneurs anglais n’ont aucune raison de supporter l’improductivité des travailleurs britanniques et délocalisent leur production au Portugal. Cela suppose évidemment un grand réservoir de main  d’œuvre dans ce pays, mais désormais il serait possible de disposer de 2,125 unités de vin et de 2,44 unités de drap (220/90), soit une situation mondiale meilleure. De ce point de vue la mondialisation, faisant disparaitre les Etats, peut-être perçue comme avantageuse.

Evidemment l’exemple et les calculs sont frustres, mais ils correspondent assez correctement à ce qui s’est passé depuis la fin du fordisme. L’exemple de Ricardo revisité représente assez correctement ce qui s’est produit : zones dévastées (L’Angleterre ne produit plus grand chose) associées à des croissances miraculeuses (Chine).

Une réalité  empirique entre libre échange et mondialisation…

Si l’on cherche à se rapprocher de la réalité empirique d’aujourd’hui, il faudrait raisonner dans l’exemple de Ricardo sur le cas des USA et de la Chine. Mais plus important, il est des paramètres fondamentaux à introduire dans le modèle : il existe des productions non délocalisables, par exemple les services sociaux portant secours aux chômeurs, les services publics etc. Plus sérieusement encore, derrière les pays existent des acteurs ou groupes d’acteurs : entrepreneurs économiques aux intérêts divers, salariés et  consommateurs plus ou moins citoyens, enfin entrepreneurs politiques travaillant dans un champ institutionnel.

Pour autant, la réalité empirique d’aujourd’hui, semble à mi- chemin entre le libre échange qui devrait assurer une sorte d’optimisation mondiale de la production, et la mondialisation qui élimine l’existence même des improductifs. Clairement, les USA n’ont plus grand-chose à exporter, et la Chine peut, tous les jours davantage,   produire tout ce dont les américains ont besoin.

 Le modèle du libre-échange est celui où la nation n’est pas encore contestée, le marché politique pouvant fonctionner sur la base d’un mercantilisme classique. Les acteurs les plus importants, c'est-à-dire les entrepreneurs économiques travaillent sur des bases nationales et n’exigent pas la disparition ou l’adaptation du corpus législatif interne à une norme supérieure. Ce modèle est assez largement celui de la révolution industrielle, notamment anglaise, et celui du monde dit développé du 20ième siècle.

…Mais marchés politiques tentés par le mondialisme

Le modèle de la mondialisation n’existe pas, et a peu de chances de se manifester, et ce même si la réalité empirique semble - faussement ou maladroitement - s’en rapprocher. En théorie il signifie que les acteurs les plus importants, c'est-à-dire les entrepreneurs économiques exigent la fin des nations et l’apparition d’un ordre institutionnel planétaire susceptible de favoriser sans limite l’ordre économique. En clair, ils exigent que les nations , coupe- circuits, dans l’ordre du marché généralisé, subissent un affaissement drastique. Les entrepreneurs politiques ne peuvent que mollement répondre à cette exigence. Dans un premier temps ils peuvent en accepter les premiers effets en ce qu’ils s’inscrivent dans l’ambiguïté : le salariat se précarise, mais la consommation se porte bien, simplement, parce que dans la première phase, la Grande distribution se charge de faire baisser la valeur de la force de travail, ce que nous appelions le fordisme boiteux ou « l’artificialisation de la plus value relative" (cf:

  http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-grande-crise-les-8-fondamentaux-pour-conclure-54153801.html).

 Avec le temps, le marché politique devient  plus difficile, et l’offre de produits de mondialisation (ensemble du système juridique revu et corrigé  pour autoriser une entrée en mondialisation) engendre  de grands changements, notamment  en termes de répartition du bien être (accroissement des inégalités de revenus et de patrimoine). Mais précisément l’offre  se manifeste néanmoins  parce qu’il existe un besoin et un marché potentiel.

Concrètement , la théorie économique- tel le marketing  engendrant en permanence de nouveaux besoins qui n’existent pas vraiment-  va faire naitre, d’abord chez nombre d’entrepreneurs économiques, mais aussi chez les salariés, le besoin  de s’éloigner de l’Etat : La macroéconomie ne bénéficie d’aucun statut scientifique, diront les autrichiens ; l’école des choix publics nous a sensibilisé sur les handicaps de l’intervention publique ; l’école des anticipations rationnelles  a confirmé le handicap ; et beaucoup considèrent que les modèles dont sont friands les ministères  sont un crime épistémologique. La parole académique, comme celle du marketing,  est ainsi venue modeler la pensée et les actions des praticiens du jeu social. Et si la finance s’est imposée dans la configuration qu’on lui connait encore, c’est aussi et surtout en raison de l’efficacité instrumentale de la théorie des marchés efficients ( Merton, Black et Scholes). De quoi faire reculer le règlement (l’Etat) et faire avancer le marché qui ferait beaucoup mieux.

 Avec, au passage, cette académique contradiction : on dénonce l’épistémologie des modèles macroéconomiques intégrant le postulat des bienfaits de l’Etat,  mais on accepte celle de l’efficience des marchés alors qu’il est possible de lui adresser les mêmes critiques : celles en provenance de la théorie du chaos. Dans un cas comme dans l’autre, puisqu’il s’agit de modèles, il existe une fissure – même très faible- entre le réel et sa représentation, fissure  qui se transforme en abîme entre ce qui se produit réellement et ce qui se prédisait. Comme quoi  le concurrentiel épanouissement des théories économiques est autant affaire de marketing que de science fondamentale.

   Et tout aussi concrètement,  l’inondation de la société par les mécanismes du marché fera apparaitre « l’homme délié » au détriment de l’homme citoyen. C’est dire par conséquent que les individus seront de plus en plus nombreux à connaitre une certaine fringale de produits de mondialisation. Cette dernière apparaissant comme la conquête de libertés nouvelles. L’homme citoyen était encore imprégné de cet ersatz  de holisme qu’était la patrie dévoreuse de devoirs autant que de droits. Désormais la société complètement inondée par le marché, ce que Polanyi appelait la « grande transformation », se reconnait mieux comme individus dévoreurs de « droits liberté » que l’on met en avant dans l’échange volontaire universalisé et intéressé.

A cheval sur un monde de plus en plus difficilement maitrisable, les entreprises politiques dont le carburant   fût historiquement la nation, furent ainsi amenées à répondre à l’utopie  de la mondialisation. Il existe donc curieusement une contradiction, entre un marché politique qui s’oriente vers son anéantissement, la disparition de l’Etat nation étant aussi celle des marchés politiques correspondants,  et un principe vital qui l’empêche d’aller jusqu’au suicide.  Avec cette caractéristique singulière : plus ils répondent positivement aux exigences  des acteurs les plus mondialistes et plus ils sont contestés dans leur fonctionnement. 

C’est qu’à la simplicité du holisme résiduel de la modernité naissante (19 et 20ième  siècle) correspondait la simplicité de son marché politique : peu de

produits, et beaucoup de gesticulations idéologiques et manipulatrices sur la base de valeurs simples. A l’explosion de l’individualisme radical correspond la complexité du social et la sur- agitation des marchés politiques : avalanche de produits censés compenser la perte des valeurs et du sens. La régulation de l’ensemble social n’est plus nourrie par la citoyenneté, mais par l’intérêt individuel, d’où la pluie de lois chargées de compenser l’effacement de ce que l’on appelait capital social, valeurs ou simple morale.

….Mais marchés politiques non suicidaires

Toutefois le monde connait déjà les limites de la mondialisation et les forces de rappel vers le simple libre échange se manifestent.

La première est celle qu’avait peut-être envisagé Ricardo, lequel stoppait son raisonnement au beau milieu de la démonstration : les capitalistes anglais supportent l’improductivité des travailleurs britanniques et ne délocalisent pas la production de drap alors même que l’économicité y pousse. Ricardo ne nous dit pas pourquoi le seuil de la délocalisation radicale n’est pas franchi. Peut-être  s’agit-il d’un problème de valeurs : les capitalistes anglais seraient aussi citoyens britanniques soucieux de ne pas ruiner leur pays. Cela signifierait aussi, que l’avantage de l’échange est bien perçu dans les vieux termes du holisme qui se prolonge alors même que la grande transformation est à l’œuvre : ce sont d’abord des nations qui gagnent à l’échange. L’inondation de la société par l’économie n’est pas encore la noyade. Et le libre échange n’est pas la mondialisation.

Aujourd’hui, il est difficile de penser que les entrepreneurs économiques restent animés par le primat de la citoyenneté, et la noyade de la société n’est pas la leur. Ils constituent pour les plus importants d’entre-eux la sur- classe mondialiste et restent entièrement gagnants au jeu de l’échange. Ce gain, correspondant à la noyade de la société,   s’oppose de plus en plus radicalement aux intérêts des entrepreneurs politiques qui seront de plus en plus amenés à refuser leur propre suicide. Ils vont pour cela construire de nouveaux produits répondants aux intérêts des salariés dont  la précarisation se fait menaçante. Si Ricardo pouvait penser que la main invisible était surplombée par la citoyenneté des capitalistes, aujourd’hui il nous faut plutôt penser qu’elle sera surplombée par l’intérêt des entrepreneurs politiques,  lesquels refusent le suicide par noyade volontaire. Les entreprenurs politiques seront ainsi amenés à renégocier les termes d’un libre échange assurant leur propre pérennité.

 Les marchés politiques européens  refuseront la mort

En termes empiriques il est facile de repérer que les Etats qui se sont le plus lancés dans la mondialisation, par abandon lourd de leur souveraineté, sont aujourd’hui très hésitants. Tel est le cas des pays de la communauté européenne, qui révèlent au grand public, leur refus d’aller plus loin dans l’affaissement des Etats et en arrivent à imaginer un lourd système de sanctions au détriment de ceux qui souhaitent se préserver des marges d’autonomie. L’abandon des souverainetés monétaires et budgétaires est de moins en moins bien acceptée, et les projets de systèmes de sanctions à l’encontre des Etats récalcitrants ne font que mesurer la résistance à l’affaissement des marchés politiques nationaux, et de ses entrepreneurs qui refusent la filialisation vis-à-vis d’un possible marché politique supra national (le grand Etat européen), et surtout la perte de parts de marché sur leur propre zone de chalandise.

Et précisément ces sanctions lourdes (on parle d’amendes se comptant en points de PIB pour les déficits excessifs, et amendes quasi automatiques en raison de la mise en action d’une règle  de majorité inversée) vont entrainer l’hostilité croissante des électeurs des pays concernés, lesquels exigeront de la part  de leurs  entrepreneurs politiques nationaux une authentique résistance. Les entrepreneurs politiques nationaux les plus intelligents seront ainsi sauvés par ceux qu’ils martyrisaient dans l’aventure mondialiste. D’où des revirements spectaculaires à attendre en termes d’offres politiques, idée  que nous risquions déjà dans notre texte:

 http://www.lacrisedesannees2010.com/article-crise-financiere-et-renouvellement-de-l-offre-politique-57894468.html.

L’hostilité ne peut en effet que grandir avec l’épuisement du fordisme boiteux qui ne cesse d’éloigner le salarié du consommateur. Il est, avec l’approfondissement de la crise financière, de moins en moins question de négocier- au moins fictivement- du pouvoir d’achat conquis par la plus value relative offerte sur des importations toujours croissantes contre davantage de précarité salariale (cf:

  http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-grande-crise-les-8-fondamentaux-pour-conclure-54153801.html).

Au-delà de ce que l’on appelle les nouveaux besoins, Les gains en pouvoir d’achat sur produits importés sont désormais surcompensés par des taux de salaire déclinants. Avec impossibilité de sortir du couple prix des importations/salaires par utilisation d’une monnaie, l’euro, qui reste aujourd’hui encore la seule « monnaie sans souverain », c'est-à-dire  mondialisée.

Et cette hostilité vis-à-vis de la construction européenne est aussi la porte de secours des marchés politiques nationaux qui constatent de plus en plus que l’Europe est curieusement le continent le plus avancé vers la mondialisation. Les autres continents le sont en effet beaucoup moins, et s’avancent au mieux, sur la base d’un relatif libre- échange vers des Etats- nations, qu’il s’agit de préserver ou de construire. Et cette pointe avancée vers la mondialisation qu’est l’Europe est d’abord le fait de sa « monnaie sans souverain ». L’actuelle guerre des monnaies faisant ainsi intervenir sur le champs de bataille une armée sans général.

Le possible démantèlement prochain des institutions européennes s’annoncera aussi comme lutte pour la vie des principales entreprises politiques du continent. Et démantèlement qui ne signifie pas nécessairement disparition : comme les entreprises économiques, les entreprises politiques se doivent de renouveler en permanence le catalogue des produits, produits parmi lesquels il serait possible de trouver de nouveaux projets européens.

Singulièrement, comme l’improductivité des travailleurs britanniques ne signifiait pas leur disparition dans l’exemple de Ricardo, il n’est pas dit que l’improductivité des travailleurs grecs, condamne ces derniers à disparaitre. Après avoir été martyrisés, les improductifs seront peut-être protégés.

 

 

 

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 15:27

              

La présente réflexion,  s’inscrit dans l’idée selon laquelle une conjonction entre temps propre de la crise, et temps propre à la sphère  politique, risque d’aboutir avant le printemps 2012 à un changement radical de paradigme dans le fonctionnement de l’Europe, et en particulier de sa zone euro. Et  un changement possiblement impulsé par la France.

Inutile d’insister ici sur l’aggravation de l’actuelle grande crise. Les lecteurs avertis, en connaissent maintenant le mécanisme, et savent que si l’empilement de la dette globale mondiale n’est pas l’essence de la crise, il en est le facteur de déclenchement. Même sans revenir sur la globalisation, le retour à la croissance suppose au moins  l’arrêt de l’accroissement de l’économie de dettes. Circonstance non empiriquement constatée, puisque les Etats continuent d’accroitre leurs stocks de dettes….pour aider  les banques… qui aident les Etats. Il faut sauver les Trésors Irlandais ou grecs, pour sauver les banques françaises ou allemandes- largement exposées sur les dettes publiques correspondantes-  et qui financent les Trésors français ou allemand. Le cercle est bouclé.

Sur un plan purement comptable, aucun pays de la « zone euro à risques »- Allemagne,  Pays Bas et Autriche exclus-   n’obéit  à l’équation de stabilisation de la dette publique. Les soldes primaires sont très au-delà de ce qui permettrait la simple stabilisation : dette cumulée déjà trop élevée, taux de croissance beaucoup trop faible, et taux de l’intérêt sans doute encore faible pour certains pays (France) mais instable, et devenant usuraire pour les plus faibles ( Irlande, Portugal, Grèce). Cela signifie que malgré les plans de contraction des dépenses publiques, et d’augmentation parallèle des prélèvements, l’endettement continue d’augmenter, avec notamment les risques qui s’y rattachent, en termes de classement par les agences de notation.

Pour les plus menacés – Irlande, Portugal, Grèce et sans doute Espagne- et aussi les plus menaçants pour l’ensemble de la zone euro, la situation est désespérée, puisqu’en 2010 les taux de croissance seront négatifs, ou  au mieux inférieurs à 1%, alors que le taux moyen de la dette sera proche de 3%, et le taux marginal pouvant dépasser les 10% (très exactement 10,898% au 27 septembre 2010 pour les bons grecs à 10 ans selon Bloomberg). C’est dire qu’il faudrait un solde primaire très positif – plusieurs points de PIB-  à priori inaccessible. Les plans de réduction des déficits, risquent de faire baisser les recettes, et donc d’accroître ces mêmes déficits,  alors  qu’ils sont déjà insupportables. La France est, elle-même, en position plus que délicate : En admettant pour 2011 une dette de 85% de PIB, une croissance de 1,5%, et un taux d’intérêt de 3%, il faudrait un solde primaire public supérieur à 1,275 point de PIB. Cela représenterait un excédent budgétaire primaire d’environ 25 milliards d’euros… pour seulement bloquer la croissance de l’endettement. Le parlement préparant un budget 2011, affecté d’un déficit supérieur à 90 milliards, sera du même coup voté,  une aggravation importante de l’endettement global,  et donc un risque d’aggravation de la crise financière.

De façon très conjoncturelle, la guerre des monnaies en cours dans le monde ( il vaut mieux dévaluer puisqu’il ne saurait y avoir de relance interne, avec des ménages davantage disposés à thésauriser, et que tous les Etats veulent exporter) retarde et fait passer au second plan, l’inévitable démantèlement  ou recomposition de la zone euro. Curieusement, l’achat d’Euros permet de stabiliser Yen, Franc suisse, Yuan et de conforter la monnaie européenne.

C’est dire aussi que le temps propre de la crise en Europe, ou son cheminement, ne saurait évidemment faire l’objet de prévisions calendaires. Et ce d’autant  que d’autres acteurs lourds interviennent dans le déroulement de la crise : USA, Chine, autres émergents,  etc. Il est toutefois raisonnable de penser, que la très grande probabilité de défaut d’un ou de plusieurs maillons de la chaine euro, sera suivi de rupture politiques majeures.

Dans le texte« l’Euro, sursaut ou implosion », il était expliqué la logique de la connivence des entreprises politiques, notamment françaises : la fuite en avant étant la capacité, grâce à l’euro, de multiplier ou de conserver le niveau et la qualité de  l’offre de produits politiques sur les marchés correspondants.

Mais le fordisme boiteux qui devait en résulter (cf. le texte du 19 juillet : « La grande crise : les 8 fondamentaux pour conclure ») est devenu « fordisme boiteux en sursis »  avec le développement de la crise. Désormais, pour les grandes entreprises politiques des pays les plus importants (France en particulier) l’offre de produits risque de devenir très rapidement inadaptée. Quel que soit l’entrepreneur politique ayant vocation à gouverner, la reconduction au pouvoir, ou la conquête du pouvoir,  ne pourra plus se faire à partir du même paradigme, si  le défaut constaté chez un maillon faible se propage. Et la propagation est inévitable, et atteint directement le Trésor, qui devra soutenir des banques victimes de la contagion, qu’il faudra bien sauver …si l’on veut sauver le Trésor lui-même.

Le paradigme dominant de la science économique, certes ébranlé par les développements passés de la crise, reste toutefois dominant, et partout, il s’agit de refermer la porte d’un Keynésianisme dont on ne veut pas. C’est dire que sans le défaut, pourtant très probable dans le court ou le moyen terme, d’un maillon faible de la chaine euro, les entreprises politiques conserveront – malgré elles- leur offre faite de rigueur budgétaire, dite de droite (diminution de la dépense) ou de gauche (augmentation de la pression fiscale) . Et ce même si une telle stratégie aboutit à créer du mécontentement, puisque rigueur budgétaire signifie aussi diminution du volume de l’offre politique, et perte de parts de marchés, au profit d’entrepreneurs politiques moins généralistes, souvent appelés  « populistes ». Ou tout simplement au profit du retrait du marché c'est-à-dire l’abstention : le consommateur de produits politiques n’achète plus.

Cette situation, forte probabilité d’un défaut très contagieux, associée à un conservatisme de l’offre politique globale, procure un avantage considérable à l’entrepreneur politique au pouvoir : il peut – dans la tempête, et dos au mur- révolutionner l’offre de façon immédiate. Et il le peut, car il détient – puisqu’au pouvoir-  les outils de la contrainte publique. Et il ne peut que révolutionner l’offre, s’il veut se donner une chance de gagner l’élection suivante. Parce que la réalité se transforme brutalement – défaut avec forte contagion et crise systémique, non maitrisable avec les outils classiques- l’entrepreneur politique au pouvoir n’a guère le choix. Il lui faut « dérailler », rapidement changer de paradigme, et révolutionner le mode d’accaparement des outils de la contrainte publique à des fins privées.

Dans le cas de la France , ce déraillement rapide , mobilisant de nouveaux outils aux fins d’une possible reconduction au pouvoir, est constitutionnellement prévu : Il s’agit de l’article 16 de la constitution de 1958.

Il convient toutefois de préciser les modalités économiques et juridiques du déraillement.

S’agissant des modalités économiques les choses sont simples : l’avalanche contagieuse des défauts, est stoppée net par le rétablissement de la souveraineté monétaire autorisée par l’article 16. Il s’agit simplement de reprendre autorité sur la banque centrale, de supprimer l’agence France Trésor devenue inutile,  et d’exiger l’achat gratuit de bons du Trésor par le banquier de l’Etat, comme cela se déroulait sans heurts,  avant la loi du 3 janvier 1973. Une telle décision, va contre les engagements bruxellois de la France, et débouche inéluctablement sur un conflit avec les tenants de l’autre paradigme, à savoir essentiellement l’Allemagne. Le défaut ayant une portée systémique, il est toutefois peu probable que l’Allemagne – dont le système bancaire est très exposé- puisse résister longtemps, à une offre française de redéfinition de l’euro, lequel devient monnaie commune, et cesse d’être monnaie unique. Et monnaie commune avec taux de change fixes et ré ajustables à intervalles réguliers. Dans la négociation qui en résulte, l’entrepreneur politique français a tout à gagner : il est suivi par les entrepreneurs politiques des maillons faibles, qui à force de se droguer à l’euro, ont tout perdu. Cela signifie la construction d’une nouvelle zone euro à l’initiative de la France, avec toutes les conséquences politiques qui peuvent en résulter. On peut du reste imaginer, qu’il y aurait vite contagion sur l’idée de souveraineté monétaire, et peu de pays conserveraient la doctrine de l’indépendance des banques centrales. Et l’entrepreneur politique français, a également tout à gagner sur le plan interne, puisqu’initiateur d’une nouvelle offre de produits politiques,  dont les coûts associés- par exemple une augmentation du coût des importations-  sont reportés au-delà des élections. En outre cette offre nouvelle, est aussi une nouvelle histoire et donc un projet qui ne se ramène plus à de la fade   « gouvernance de l’immédiateté et de l’insignifiance ». Ainsi, des produits comme le « retour à la croissance » ou « la ré industrialisation » pourraient, au moins temporairement, abandonner leur statut de slogans usés et reprendre quelques couleurs.

La question reste toutefois de savoir, si l’article 16 est utilisable dans le cas d’une crise systémique. Une lecture constitutionaliste du texte, semble indiquer que le recours à l’article 16, est subordonné à des ensembles de faits précis : « menaces graves et immédiates » sur « l’indépendance de la nation, l’intégrité de son territoire, ou l’exécution de ses engagements internationaux ». Et menaces susceptibles d’interrompre le « fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels ». Si un défaut d’Etat en zone euro est extrêmement contagieux et entraîne une catastrophe financière, il y a bien menace sur le fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Et on sait qu’un effet de « Bank run », avec disparition de la monnaie, débouche rapidement sur une dislocation de l’Etat de droit. Ce fût du reste la grande peur des Etats en septembre 2008. En revanche, la catastrophe financière ne semble pas être une menace sur « l’indépendance de la nation, l’intégrité de son territoire, ou l’exécution de ses engagements internationaux ». Il appartiendra, comme  prévoit le texte, au Conseil Constitutionnel, d’apprécier la légitimité du recours à l’article 16 après 30 jours de mise en œuvre, mais uniquement sur la base de la saisine du président de l’Assemblée Nationale, ou du président du Sénat ou de 60 députés ou sénateurs. Il est toutefois douteux, au vu de l’étendue de la catastrophe, qu’une saisine du Conseil puisse se manifester, ou le cas échéant, que le conseil saisi, déclare non conforme l’utilisation de l’article 16. Il en résulte qu’effectivement, l’entrepreneur politique au pouvoir, peut être le grand bénéficiaire d’un risque de défaut contagieux sur l’euro-zone.

Bien évidemment, le changement de paradigme autorisé par le recours à l’article 16 est un pari et un saut vers l’inconnu. Mais il faut noter aussi qu’il est dans, la présente situation de la France, le moyen le plus efficient dans la quête de la reconduction au pouvoir.

Sans préjuger des modalités précises des mesures prises, dans le cadre du recours à l’article 16, il y a comme dans toute mesure publique, d’abord déplacement de bien être entre groupes de personnes et effets secondaires, dont nul ne peut en évaluer, ni l’importance ni la direction. Le fonctionnement des groupes humains, ne relève pas de la mécanique, et les liens causes /effets sont infiniment complexes. Néanmoins, et en toute première approximation, il y a d’abord relâchement de la pression sur les Trésors puisque la dette nouvelle devient gratuite. On pourrait imaginer, qu’il en serait de même concernant le stock de dettes publiques, toutefois on peut se demander, s’il est juridiquement possible d’utiliser l’article 16, aux fins de promulgation d’ordonnances rétroactives. Cette gratuité nouvelle, correspond à des désavantages pour l’ensemble de la finance qui jusqu’ici, se nourrissait de la dette publique, laquelle était aussi matière première de base, pour confectionner d’autres produits financiers achetés par des épargnants. Dans le cas de la France, les désavantages sus visés seraient internationalisés, puisque jusqu’ici, prés de 70% de la nouvelle dette publique était vendue à des banques étrangères. Les réactions des banques françaises, déjà très atteintes par le défaut en un point de la chaine euro, seraient donc limitées, et il est faux de considérer, comme le fait Jean Peyrelevade, qu’elles ne pourraient pas supporter la gratuité de la dette publique.

Il y aurait aussi comme conséquence première, déplacement de bien- être à l’intérieur de la zone euro : tous ne pourront plus être passagers clandestins ainsi que nous le disions dans l’article du 28-01-2010. Les moins efficaces, paient  leur insertion avec des importations plus couteuses, et les plus efficaces (Allemagne) ne peuvent plus siphonner, la demande globale de l’ensemble des autres membres de la zone. On pourrait du reste imaginer, que les négociations nouvelles dans le cadre du nouveau paradigme, prévoiraient la mise en place des institutions de veille et sauvegardes, des équilibres des échanges extérieurs entre pays.(cf. le texte du 16 juillet : « l’équilibre extérieur comme produit politique émergent »)

Au-delà, il est évidemment difficile d’aller plus loin, tant  les prévisions dans un contexte de rupture radicale sont difficiles. La présente réflexion n’avait pas pour objectif d’éclairer le nouveau paradigme. Il se bornait à souligner, que dans la zone euro, mais certainement aussi ailleurs, les piles de dettes, toujours en très forte croissance, risquent d’exploser à une date peu éloignée de celle de l’inventaire comparatif des offres politiques, dans un pays clef de la zone (élections du printemps 2012 en France). La possible rencontre des événements, est favorable à l’entrepreneur politique au pouvoir, qui est en raison de sa maitrise des outils de la contrainte publique, et en particulier d’une disposition constitutionnelle redoutable , peut brutalement renouveler l’offre de produits,  et lui assurer une rente d’innovation, démonétisant les offres concurrentes.

 

 

 

 

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 13:40

             

Ce que nous appelions fordisme boiteux dans l’article du 19 juillet dernier correspondait à la construction – depuis la fin des trente glorieuses- d’un désajustement macroéconomique entre offre globale et demande globale. La mondialisation (étape 2) permet d’échapper au partage classique des gains de productivité. Mais la demande globale se maintient par « artificialisation de la plus value relative » (étape 3), mais aussi par la magie financière  au profit des ménages (étape 4) et la magie financière au profit des vieux Etats- providence ( étape 5) . La crise elle-même apparaissant comme le dépassement des limites autorisées par la fuite en avant par la dette et donc la dislocation de la magie financière.

Nous disions aussi qu’il n’y aurait pas de rétablissement du paradigme perdu.

 Certains souhaitent apparemment aggraver les choses,  et  soutiennent que  la crise n’est pas mondiale et se borne pour l’essentiel aux vieux pays victimes d’un défaut de productivité devenu abyssal. Point de vue jusqu’ici majoritaire, d’où les purges qu’il faudrait infliger, et que l’on inflige, par exemple aux pays du « club med ». Comme le rappelle fort justement Paul Fabra, la mondialisation est plus que le libre échange, et les « moins bons » ne disposent pas « d’avantages comparatifs » qui faisaient que dans le célèbre exemple du vieux Ricardo, l’Angleterre ne disparaissait pas malgré la surproductivité absolue  du Portugal. Aujourd’hui, la mondialisation, est en théorie, un déménagement autrement radical, puisque tout ou presque, peut être produit à meilleur compte en Asie. Le défaut de productivité n’est pas seulement abyssal : il est irrattrapable. D’où notre proposition -dans  notre article du 16 juillet- d’un accord international sur l’obligation réglementaire d’un équilibre des comptes extérieurs de chaque pays. Les entrepreneurs politiques au pouvoir dans la plupart des pays, parce que nourris à la théorie néoclassique dominante, pensent qu’il y a va de leur intérêt  de continuer à agir  comme avant  le séisme de la crise.

D’autres, apparemment  moins écoutés  par les entrepreneurs politiques présents, pensent que le conflit de répartition de la valeur ajoutée doit connaitre une modification des rapports de forces. S’il y a eu développement de la magie financière, ce que nous appelions la « gigantesque finance » dans notre article du 6 mars dernier, c’est précisément en raison de la chute - en longue période-  de la part des salaires  dans la valeur ajoutée brute. Point de vue repris dans nombre de travaux économétriques et parfois- mais très rarement- contestés s’agissant de la France (Denis Clerc). Approximativement, cette thèse repose sur le mythe du paradigme des 30 glorieuses qui par la redistribution des gains de productivité permettait un partage satisfaisant des PIB. Il s’agit donc d’une pensée issue de la famille keynésienne, pensée qui depuis quelques mois, se structure chez des auteurs anglo-saxons comme Krugman  ou français comme Artus.

Il est tout d’abord exact de constater que le conflit traditionnel de répartition de la valeur ajoutée brute continue de fonctionner au  désavantage des salariés. Le tableau suivant mérite attention :

 Variation prévue de la productivité      Variation prévue de la part des salaires

           Entre  2008 et 20  (en%)                          entre 2008 et 2010 (en%)

Irlande                                  8,8                                                     -1,6

Espagne                               5,5                                                     -0,7

USA                                       4,6                                                     -2,2

France                                  1                                                        -0,4

Zone euro                            -0,2                                                   0,9

Japon                                    -0,6                                                   -0,3

Italie                                      -0,9                                                   0,7

Grèce                                    -1,9                                                   1,2

RU                                          -2                                                       0,6

Allemagne                           -3,4                                                   1,4

 

Sources : Commission européenne et calculs Alternatives économiques 

Il révèle,  en premier lieu, une corrélation entre l’importance des gains de productivité et la chute de la part des salaires dans la valeur ajoutée brute. C’est particulièrement vrai pour le cas des USA. Cela signifie que la première économie mondiale (14204 milliard de dollars pour 2008 contre 13565 pour la zone euro et 4909 pour le Japon) souffre d’un déficit de demande interne qui ne justifie pas un investissement élevé malgré l’accroissement des profits. Les ménages titulaires de salaires, voient leurs revenus décroître, et se mettent à épargner 6% de ces mêmes revenus en 2010 contre 1% en 2007. Autant dire qu’il ne peut être mis fin à l’abyssal déficit fédéral  (plus de mille milliards de dollars) sans effondrement de l’économie américaine.

En second lieu si la zone euro est en meilleure position sur le plan de la demande globale, elle souffre d’une extrême  hétérogénéité. L’Irlande et l’Espagne sont dans une situation désespérée, et là aussi , une baisse en valeur absolue des déficits publics risque de se matérialiser par une hausse des valeurs relatives, le dénominateur  (PIB) baissant plus rapidement que le numérateur (déficit absolu).La position de Standard § Poor’s qui vient de dégrader la note de l’Irlande est probablement justifiée. Les chiffres concernant la Grèce, ne révèlent pas encore l’importance des mesures prises au printemps dernier, mais rejoindront bientôt ceux des deux pays sus visés : la chute brutale du niveau de l’emploi  se traduira par une augmentation rapide de la productivité et une baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée brute.

De fait, si la zone euro est en meilleure position en termes de demande globale, c’est- fort peu- en raison de la position de la France et presqu’uniquement en raison de la position de l’Allemagne. Si dans ce dernier pays la productivité a beaucoup baissé, c’est en raison des mesures prises concernant le chômage partiel. De fait la croissance allemande nouvelle (jusqu’à plus de 3% de croissance prévue pour 2010) va se traduire par l’augmentation de la productivité sans qu’il soit possible de dire quoi que ce soit sur l’évolution future de la part des salaires.

Nous n’avions pas à notre disposition les chiffres concernant la Chine. Toutefois l’effet de l’énorme plan de relance  a logiquement abouti - en maintenant artificiellement une très forte croissance - à une chute de la part de la consommation dans le PIB, laquelle n’a -avec seulement 32% du PIB- jamais été aussi faible. La Chine est donc aussi dans une position de faiblesse de la demande globale, avec une consommation trop faible mal compensée par des investissements pharaoniques dans le secteur public ou immobilier ( 62 millions de logements neufs seraient aujourd’hui inoccupés).

Au niveau mondial maintenant, selon Natixis, la productivité par tête progresserait de 3% en 2010, tandis que le salaire réel ne progresserait que de 1,5%.

Au total, les partisans d’une répartition de la valeur ajoutée plus favorable aux salariés semblent voir, dans l’inversion d’une tendance lourde d’augmentation de la part des profits, la solution à la crise, et la possibilité de voir le secteur privé, prendre le relai des relances publiques aujourd’hui à bout de souffle.

Les lecteurs de ce blog savent que les deux points de vue exposés mènent également à l’impasse.

 Les partisans de la « logique sacrificielle » ( Stiglitz) ne font qu’accélérer la catastrophe annoncée : la Grèce risque de mourir sur l’autel du « dieu productivité » lequel exige des  sacrifices toujours plus élevés et jamais libérateurs.  

Les partisans de la nouvelle répartition devraient comprendre que la mondialisation, telle que conçue jusqu’à maintenant, est une barrière à toute élévation de la demande globale. Dans les années 30, la barrière à l’élévation de la demande autorisant les débouchés à l’énorme production de masse d’un fordisme naissant, était l’absence d’entrepreneurs politiques, qui ne voyaient pas encore la gigantesque rente qu’ils pouvaient percevoir en faisant naître l’Etat- providence. Ce que Ford avait conçu par tâtonnements successifs : production de masse associée à des salaires élevés- le fameux « five dollars/day » de 1913-  n’était pas généralisable à l’ensemble de l’espace social. La barrière était la concurrence sauvage, empêchant une augmentation des salaires payée par la productivité, et assurant les débouchés de la production de masse. Ce sont les entrepreneurs politiques, qui ont vendu sur les marchés politiques, la régulation globale, c'est-à-dire la généralisation du fordisme : législation du travail, protection sociale etc. Pour le plus grand succès du paradigme fordien, et ce pendant plusieurs dizaines d’années dans beaucoup de pays. Aujourd’hui,c’est d’une nouvelle généralisation dont le monde a besoin. La forme nouvelle de la concurrence sauvage, est ce qu’on appelle la mondialisation dont on pense à tort, qu’elle est l’aboutissement naturel  du libre échange. Elle est au contraire ruineuse en ce qu’elle disloque les sociétés et contrarie des droits fondamentaux (cf. notre article du 5 juillet dernier). Les entrepreneurs politiques des pays dits émergents l’ont parfaitement compris. Les BRIC ne sont pas des entités solubles dans le marché mondial. Ce sont simplement des Etats en développement. Etats reprenant, de façon au moins temporaire,  tout ou partie des recettes qui firent le succès de l’occident.

La nouvelle généralisation, est pour le moment utopique en ce qu’elle bouleverse l’ordre des marchés politiques à l’échelle de la planète. C’est la raison pour laquelle, le paradigme qui sera plus probablement mis en place, passera par  la négociation planétaire de la sortie de la mondialisation. Comme on le sait, même pour ce qui n’est qu’un « second best », les esprits, comme les intérêts, sont encore très loin d’y voir autre chose qu’une utopie rétrograde. C’est la raison pour laquelle les idées en vogue aujourd’hui – idées que nous venons de rappeler dans le présent texte- additionnent leurs forces pour accélérer la course à la ruine généralisée.

Bonne rentrée à toutes et à tous.

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 16:01

 

Fondamentalement la grande crise est celle de l’effondrement des bricolages spontanément mis en place pour maintenir le paradigme finissant des 30 glorieuses. Ce que l’on peut aussi appeler l’effondrement du « fordisme devenu boiteux ». Ce qui correspond aussi à un effondrement du holisme correspondant et l’épanouissement d’un individualisme radical.

Principales étapes :

1)    Construction et privatisation des autoroutes de la finance avec totale liberté de circulation (années 70-80).

2)    La mondialisation devient pour les grandes entreprises préférable à l’ancien partage des gains de productivité (depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui).

3)    Maintien des revenus et du volume de la demande globale par « artificialisation de la plus value relative » : baisse de la valeur des biens importés issus de la mondialisation et construction des grands déséquilibres extérieurs (années 80, processus en voie de modération  aujourd’hui)

4)    Maintien des revenus et du volume de la demande globale par la magie financière : endettement croissant des ménages (années 90 jusqu’à aujourd’hui).

5)    Maintien du volume d’activités  des Etats- Providence par la magie financière  (depuis la fin des souverainetés monétaires jusqu’à aujourd’hui).

6)     Consommation croissante de marchandises internationales à partir de revenus non produits, avec en conséquences : divergence croissante entre citoyen en voie de disparition, salarié devenu davantage précaire ou flexible, et consommateur consumériste et parfois chômeur (depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui).

7)    Crise financière comme crise de surendettement (depuis l’été 2007  avec aggravation progressive depuis).

8)    Crise des Etats devenus incapables d’assumer leurs dettes et leurs « fonctions  protectrices » (prise de conscience aigüe depuis 2010).

Derrière ces étapes existent des groupes d’acteurs : financiers qui prendront une place centrale au terme de la mise en place des autoroutes de la finance ; grands industriels qui auront la capacité de s’arracher aux contraintes du fordisme ; petits entrepreneurs ; distributeurs, acteurs essentiels dans la chaîne de l’artificialisation de la plus value relative ; salariés ; consommateurs ; et bien sûr tout ce qui relève du personnel politico-administratif. Sans oublier que l’ensemble de ces acteurs se trouve plongé dans l’océan de la mondialisation, océan fortement peuplé d’acteurs nouveaux.

Les résultats du jeu des acteurs constituent chacune des étapes de la grande crise. Et ces résultats ne sont évidemment pas prédéterminés : l’humanité reste, aujourd’hui comme hier, complètement aveugle. Ils sont simplement le compromis de l’instant, compromis qui assure le pouvoir à ceux que nous appelons les entrepreneurs politiques du moment. Et, évidemment, le compromis n’est pas durable car ce qui caractérise une grande crise, c’est que le futur ne peut plus être la reconduction, même remaniée, du passé.

Il n’y aura pas de retour vers les  glorieuses et, ces trente cinq dernières années (1975-2010), correspondent au bricolage des acteurs en recherche du maintien du présent.  Sauf peut être pour la finance qui a du vivre la période des glorieuses, comme insupportable répression, et fût l’acteur révolutionnaire de la période suivante. Probablement pour le pire.

Ce qui caractérise une grande crise est le sentiment de l’impasse. En particulier impasse des Etats aujourd’hui, avec des entrepreneurs politiques qui doivent « relancer » mais en même temps assurent la déflation. Impossibilité de laisser les déficits, mais impossibilité de tirer la demande par des exportations nouvelles pour tous. Si tous exportent, qui achètera alors que la réduction des déficits est une diminution des demandes globales de tous ? Et une relance par redistribution du partage salaires /profit est impensable en mondialisation : la demande globale du pays qui s’y aventurerait serait complètement siphonnée par les concurrents. Et comment créer un régulateur au dessus des Etats lorsque les marchés politiques restent d’essence nationale, ont tendance à se multiplier plutôt qu’à se fédérer ?  

 Au total, impasse  du jeu global des acteurs qui fait émerger des états de plus en plus dégradés du monde des humains. Jeu global animé par des intérêts mais aussi des représentations du monde, telle celle figurant dans les théories économiques dominantes. Impasse qui est, en conséquence, aussi d’ordre épistémologique à l’instar de celle des mathématiciens grecs qui à partir de leur vision sur le concept de nombre seront dans l’impossibilité d’exprimer numériquement la diagonale du carré. Il n’y avait pas de solution pour calculer la diagonale du carré. Il fallait pour cela une autre vision du concept de nombre. Il n’y a pas de solution à la crise des années 2010 dans le paradigme d’aujourd’hui. Tout doit être réinventé.

Bonnes vacances à toutes et à tous.

 

 

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 12:54

 

Deux grandes entreprises politiques européennes, le PS français et le SPD allemand, ont adopté en juin dernier une déclaration commune, mettant en avant la recherche d’un équilibre des balances des paiements courants des pays de l’Union européenne.

Un produit obsolète .

Le fait est à souligner tant la période de mondialisation semblait entrainer l’obsolescence de l’idée d’équilibre, en particulier celui de la balance des biens et services. A échelle plus réduite, l’euro lui-même débarrassait les entrepreneurs politiques de la bonne surveillance dudit équilibre : en s’offrant une « monnaie de réserve à l’américaine », disions-nous dans un précédent article, il n’y a plus à surveiller, ce qui naguère annonçait et engendrait des modifications de parités ou de cours de monnaies aujourd’hui disparues. Les balances devenues simple curiosité statistique n’étaient plus, à priori des contraintes publiques. La victoire de la minorité mondialiste des entrepreneurs économiques sur les marchés politiques, devait légitimer d’autres produits : monnaie  en apesanteur, liberté de circulation du capital, anéantissement des droits et taxes aux frontières, recherche de compétitivité par production d’externalités positives à la mondialisation et en particulier grignotage des « compromis fordiens » de la période antérieure, etc. Et il est vrai que la notion de commerce extérieur perdait sens, puisqu’il s’agissait moins de marchandises circulant entre  pays, qu’entre établissements d’entreprises eux- mêmes dépaysés. Pour faire bref, les balances externes ne sont plus des objectifs, à partir desquels des politiques économiques seront mis en œuvre, en utilisant les outils ordinaires de la contrainte publique. Elles ne sont plus que des résultats issus d’autres types de contrainte publique mises en œuvre pour déplacer du bien- être vers la minorité mondialiste des entrepreneurs économiques. Contraintes exigées par eux et mis en place par les entrepreneurs politiques au pouvoir. Avec la mondialisation le niveau équilibre/déséquilibre des balances n’est plus un objectif à réaliser mais un résultat constaté.

Replacée dans cette perspective, la déclaration commune susvisée, apparait comme revirement de très grande portée quant à ses intentions. Portée hélas anéantie par une  opérationnalité  victime des croyances passées.

Un progrès humain majeur.

Rétablir l’équilibre des balances, comme objectif, peut être interprété comme un progrès humain sans doute très commercialisable sur les marchés politiques. Sous ses aspects les plus radicaux, la mondialisation n’a pu être achetée par une majorité d’électeurs qu’avec l’apport idéologique issu  de constructions intellectuelles, elles- mêmes de plus en plus sophistiquées, et remontant à Ricardo dans son célèbre exemple des avantages comparatifs. En termes simples, l’échange et la spécialisation internationale sont avantageux pour tous les partenaires. Les restrictions à l’échange sont un mal à combattre. Les Grands militants de l’actuelle OMC en sont toujours là.

Or, ce que nous appelions « fordisme boiteux » dans un précédent article révélait déjà les limites d’un tel raisonnement. Il ne s’agit pas ici de faire le bilan économiciste classique des coûts/avantages du libre échange par rapport au protectionnisme. Il s’agit à l’inverse de voir dans quelle mesure un déséquilibre récurrent des balances en particulier des biens et services est porteur  d’un rétrécissement, d’une restriction, aux droits de l’homme. Le déséquilibre en mondialisation est l’indice  de différences et/ou d’inégalité des partenaires dans de multiples domaines : productivité qui elle-même relève d’une foule de facteurs, variables sociétales, statut démographique, fonctionnement des marchés politique, etc. Les déséquilibres, en particulier négatifs, des balances de biens et services peuvent durer longtemps et comme précédemment évoqué, ne pas intéresser les entrepreneurs politiques si l’on vit à l’abri d’une monnaie de réserve, réelle (dollar) ou artificielle (euro). Par ailleurs on peut aussi bénéficier de mouvements de capitaux rééquilibrants.  Cependant un déséquilibre récurrent sur biens et services, sur très longue période, entraine des effets potentiellement dévastateurs, effets qui vont loin au-delà de la stricte économicité. Les déséquilibres sont en effet une violence : l’excédentaire ponctionne ou siphonne une partie de la demande globale du déficitaire lequel ne peut réagir en libre échange que par son alignement sur la productivité réelle ou artificielle de son encombrant partenaire. En clair les grecs sont amenés à perdre leur travail sauf à s’aligner sur la productivité des allemands. Et il n’existe pas d’autre choix en mondialisation. Autre violence, celle concernant le risque de non respect des contrats : l’excédent chinois est une ponction sur la demande intérieure américaine qui peut être combattue par une autre violence, celle concernant le non- respect éventuel  de la valeur de l’épargne chinoise investie en bons du Trésor américain. En mondialisation, telle qu’elle fût achetée et imposée, il y a impérialisme de l’économicité, et seuls les systèmes culturels les plus favorables à l’élévation régulière de la productivité sont autorisés : de quoi appauvrir ce qui fût la richesse humaine.

Sans doute peut -on rétorquer qu’il ne saurait y avoir de violence puisque les échanges n’ont lieu que sur la base de l’avantage mutuel, et ce dans le seul champ de la  microéconomie. Nul grec, n’est tenu d’acheter des produits allemands ; nul américain n’est tenu d’acheter des marchandises chinoises. Seulement, à terme, ces échanges volontaires et mutuellement avantageux rétrécissent le champ des possibles : les grecs sont volontairement acheteurs de produits industriels allemands et achètent à leur insu les externalités négatives qui entourent et accompagnent leurs achats. Ils ne peuvent que réduire une ambition industrielle déjà peu marquée et ne pouvant être aidée par l’arme monétaire perdue. Ils se spécialiseront dans les activités non dé localisables , des activités de services ,non porteuse des gains de productivité futurs, et qui resteront chères. Même le tourisme peut être laminé par un déséquilibre qui ne peut être effacé par l’arme monétaire disparue. Le soleil des îles grecques est devenu trop coûteux. Le déséquilibre s’entretient, se renforce et peut saigner le déficitaire. Avec tous les risques géopolitiques qui pourraient en découler. Inutile de rappeler ici la violence des propos qui s’échangeaient, au cœur de l’Union européenne, au printemps dernier,  à propos de la crise grecque.

L’idée d’établir en tendance un équilibre (obligatoire) des échanges entre pays de l’Union est donc un très réel progrès. La liberté d’échanger ne doit pas entrainer le dénuement des plus faibles pensait déjà ce grand théoricien du libéralisme qu’était John Locke, d’où la célèbre clause dite « Lochéenne » qui vient rétablir un minimum d’égalité entre les partenaires. Plus récemment Jean Pierre Dupuy a pu critiquer la philosophie Nozickenne en montrant que l’absence de tout frein à la liberté d’échanger conduit à des états où la « quantité de liberté » disponible se trouve réduite. Les entrepreneurs politiques n’ont évidemment pas le souci de la « quantité de liberté » disponible et ne sont pas , par essence, des libertariens. Il n’empêche que, situés au centre de gravité des marchés politiques, ils ne peuvent pas ne pas tenir compte des effets dévastateurs du libre- échange non régulé sur nombre d’électeurs. Le débat, très concret sur les délocalisations,  et la question de savoir s’il est possible pour un pays, d’abandonner toute ambition industrielle, doit aussi être resitué dans l’idée de liberté présente d’échanger (mondialisation), qui détruit, ou détruirait potentiellement, la quantité de liberté future disponible pour un pays.

Sans le théoriser, les dirigeants du PS et du SPD viennent ainsi de déclarer, que l’équilibre des échanges entre pays serait  la forme moderne de la clause Lochéenne . Ou dit autrement, le moyen de préserver la quantité de liberté disponible. Répétons le, il s’agit d’un immense progrès, une avancée dans le respect des droits de l’homme, et sans doute le seul moyen, qui à l’échelle planétaire, donnera quelque légitimité à une mondialisation repensée. 

Une confusion dans l’analyse causale.

Resterait toutefois la question de savoir comment, c'est-à-dire opérationnellement, faire vivre cette idée d’équilibre. Et c’est ici que les raisonnements des deux grandes entreprises politiques susvisées deviennent hautement contestables.

De fait, il s’agirait pour les dirigeants de ses entreprises politiques, de parvenir à l’équilibre recherché en agissant sur la demande globale interne à chaque pays. Les excédentaires (essentiellement l’Allemagne) doivent stimuler leur demande interne, et en conséquence importer davantage des pays du Sud. Ces derniers, en contre partie  se verraient  offrir des débouchés nouveaux et seraient incités à des efforts de productivité. Réduction de l’excédent d’un côté,  du déficit de l’autre côté. Evidemment cela supposerait l’abandon des politiques de rigueur non coopératives et généralisées. Cela passerait aussi par le rétablissement de la bonne entente à l’intérieur du couple franco- allemand. Curieusement, le but affiché n’est pas l’équilibre des balances mais la stabilité de l’euro. Le raisonnement étant le suivant : ce sont les politiques macro- économiques non coopératives qui ont entrainé le déséquilibre des balances des pays du sud, politiques qui ont-elles- mêmes aggravé l’endettement des pays correspondants, et endettement qui viendrait aujourd’hui déstabiliser la zone monétaire.

L’affaire serait entendue : la cause de la crise de l’euro (variable expliquée) est à rechercher dans des politiques macro- économiques inadaptées (variable explicative). Une autre gestion des demandes internes aboutissant à l’équilibre extérieur, la crise de l’euro s’évanouirait. Outre que les liens de cause à effet qui s’articulent dans le raisonnement ne sont pas  clairement établis, il est possible de se demander s’il n’y a pas lieu de changer le sens des variables, l’euro devenant la cause de politiques macro- économiques improprement jugées inadaptées par les entrepreneurs politiques susvisés.

Dans l’article « l’euro : implosion ou sursaut ? » (lacrisedesannees2010.com) il avait été pourtant montré, que les politiques macro- économiques adoptées partout, correspondaient bien aux nécessités ou aux facilités proposées par la monnaie unique. Productivité faible et taux d’intérêt devenus faibles de par « la grâce de l’euro » ont privilégié les stratégies de consommation dans le sud : spéculation immobilière et importations massives de biens de consommation (Espagne). Productivité élevée et assurance que les partenaires européens ne peuvent plus dévaluer par rapport au mark disparu, ont permis la mise en place d’une fantastique machine à exporter (Allemagne). Sans doute pouvait-on lutter contre les facilités procurées par l’euro, davantage perçu aujourd’hui comme drogue dangereuse. Mais au moment de sa mise en place, comme nous le disions dans l’article précité, « tous étaient d’heureux passagers clandestins ». Les entrepreneurs politiques des pays correspondants, pouvaient vendre du bien- être à beaucoup d’électeurs, sans à court terme le faire payer par d’autres. Ce qui devait leur assurer des gages de bonne gouvernance, et ce dans tous les pays de la zone. Les marchés politiques fonctionnant en continu, et à fort court terme, ont conseillé aux électeurs européens de vivre dans le présent. L’euro était une liberté dans l’océan du libre- échange. Il est devenu une immense aliénation.

Le PS français et le SPD allemand continuent de croire que la crise de l’euro est gérable en retrouvant, par le biais d’une habile gouvernance, l’équilibre extérieur de chaque Etat. Cet équilibre passe évidemment par une compétitivité accrue….qui nous renvoie aux questions précédemment soulevées : Comment la Grèce peut-elle retrouver de la compétitivité dans le tourisme- un service à la personne peu générateur de gains de productivité- sans une dévaluation massive ? Comment l’Espagne, mais aussi, et peut être surtout la France, peuvent-elles faire renaître un secteur industriel après en avoir – au nom de la liberté des échanges – abandonné jusqu’à la culture qui lui correspond et jusqu’à l’outil de formation qui lui est attaché, sans l’électrochoc d’une dévaluation massive ?

Les grandes entreprises politiques européennes ont vu dans l’euro un produit de grand avenir consolidant leurs parts de marché politique. L’euro, produit « vache à lait » était en tête de gondole. Il entrainait même dans nombre de pays une cartellisation des grandes entreprises politiques, lesquelles ne se distinguaient plus que sur des produits secondaires. Il leur est extrêmement difficile aujourd’hui, de « rentrer le produit en usine » ,comme il est très difficile dans l’industrie, de rappeler un objet déjà largement commercialisé pour défaut majeur. C’est la raison pour laquelle se trouve aujourd’hui lancée cette vieille idée d’équilibre des échange extérieurs de chaque nation de l’Union. Objectif aussi impossible à atteindre que celui de rembourser la dette. Il manque l’outil adéquat : le rétablissement de la souveraineté monétaire.

Toutefois en faisant renaitre une expression disparue, la réflexion avance. L’équilibre extérieur est un produit politique émergent qui engendrera probablement une nouvelle grappe de produits dérivés.

 

 

 

 

 

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 17:02

                       

L’idée selon laquelle la crise financière est plus effet  que cause est déjà une question paradigmatique, voire épistémologique. N’est-elle qu’une erreur de calcul du risque (« cygne noir » dénoncé par Nassim Nicholas Taleb), une conséquence des inconséquences keynésiennes en matière de redistribution, une conséquence des inconséquentes dé régulations des années 80, ou la résultante de la simple cupidité alliée à la puissance de l’informatique et au dogme de l’efficience des marchés ?

Ce dernier point de vue, probablement  relativement populaire,  pourrait éventuellement déboucher sur une logique classique de chasse au bouc émissaire : « on ne veut pas payer pour leur crise » (Suzan George).

Finalement les entrepreneurs politiques décident.

L’observation attentive des faits, révèle pourtant que, classiquement,  la crise financière est le dysfonctionnement d’institutions issues d’un champ réglementaire, qui n’est pas le fait des banquiers. Dans l’industrie financière comme ailleurs, des structures, notamment juridiques, donc règlementaires, développent des modes opératifs et des fonctionnements  qui se sont révélés, ici , catastrophiques. Sans doute existe-il des lobbys extrêmement puissants, qui vont jusqu’à entrainer des protestations  du législateur lui-même – tels ces parlementaires européens exigeants  un « Green Peace de la finance » -  il n’empêche que ce sont bien les entrepreneurs politiques qui ont fixé les règles du jeu. Les codes monétaires et financiers, les règles et les régulateurs quels qu’ils soient  sont  comme dans tant d’autres domaines,  des modes d’utilisation de la contrainte publique  à des fins  privées. D’où bien évidemment le lobbying. La crise financière et sa calamiteuse gestion partout dans le monde est donc le résultat du fonctionnement classique des marchés politiques. Le coupable étant davantage l’offreur (l’entrepreneur politique) que le demandeur (le banquier).

Reste évidemment la question, de savoir pourquoi les marchés politiques ne débouchent sur aucune nouvelle configuration assurant la fin de la grande crise, mais au contraire son approfondissement.

Un examen rapide du passé, permet de mettre en lumière cette paradoxale paralysie du monde face à la grande crise. Paralysie qui se confirme de G20 en G20. « G vain » comme disent certains.

La vente d’outils d’utilisation de  la contrainte publique à des fins privées est le mode de fonctionnement normal des démocraties. Et pour l’essentiel,  il s’agit d’un corpus juridique : des textes qui créent, stimulent, déforment, contrarient, ou interdisent un jeu social, par exemple un marché.  Dans ce qui précédait l’Etat de droit,  le détenteur du pouvoir- prédateur réel vendait à lui-même, de la contrainte publique à son seul bénéfice, marginalement au bénéfice de ceux qui l’accompagnaient dans l’exercice de l’entreprenariat politique ou d’autres activités. En démocratie, il convient  de vendre avec plus d’intelligence - c'est-à-dire en partageant plus ou moins les avantages qui en résultent -   les outils divers (lois et règlements) qui feront les avantages des diverses catégories sociales composant le corps électoral. Les politistes disent qu’il faut atteindre « l’électeur médian ». En démocratie classique,  les marchés politiques - à l’instar des marchés financiers - ne connaissant pas de trêve (ils fonctionnent en permanence entre deux élections), les ventes d’outils de contraintes publiques à des fins privées, se font de plus en plus massives et désordonnées : tel texte qui avantage un groupe social, non seulement sera contrarié par le marché économique, mais au surplus sera contredit par un autre texte censé induire  des effets inverses, ou développera des effets inattendus sur telle ou telle autre catégorie. D’où la grande difficulté, voire le comique, des problématiques d’évaluation des politiques dites publiques.

Et tous gagnaient.

D’une certaine façon l’électeur médian fût la cible régulièrement atteinte lors des 30 grandes glorieuses. Plus exactement, les 30 glorieuses furent une période au cours de laquelle la vente de contrainte publique à des fins privées,  pouvait satisfaire un très grand nombre d’acteurs. D’abord les entrepreneurs politiques qui voyaient dans l’utilisation intelligente du Keynésianisme , l’assurance de la légitimité de leur métier , et le moyen d’une possible reconduction paisible au pouvoir . Mais aussi patrons et salariés, qui voyaient dans la politique économique, une efficace promotion de la richesse accompagnée d’une acceptable redistribution. La crise de 1929 était celle de la contradiction des effets de l’accumulation intensive qui, exigeant de larges débouchés, venait mourir sur une accumulation extensive, qui, à l’inverse, les interdisait. Les 30 glorieuses seront la solution politique permettant de vaincre l’étroitesse des marchés : Il appartiendra à l’entrepreneur politique, de construire un Etat Providence garantissant les débouchés de la production de masse. Le fordisme n’est  pas tenable à l’échelle micro-économique, d’où la crise de 1929 : il faut qu’il devienne un projet de société. Ce sera l’œuvre des 30 glorieuses. Période faste où des textes, outils de base de la contrainte publique à des fins privées,  peuvent déplacer du « bien être », d’un groupe  social vers un autre, sans désavantages visibles et, au surplus, engendrer  des bénéfices politiques. Tel est le cas - mais les exemples pourraient être très nombreux - d’une législation du travail, qui entrainera de très vives hausses des rémunérations, davantage payées par les gains de productivités que par les patrons , avec  les retombées justifiant  l’ordre politique en place. La coopération sociale, jamais simple, est gagnante pour tous.

La démocratie telle qu’envisagée encore aujourd’hui, c'est-à-dire : système issu de la capture de l’extériorité relative à tout groupe humain au profit d’individus, fonctionnait à l’époque du fordisme généralisé,  comme compromis social particulièrement avantageux puisque tous gagnaient à la coopération. D’où la crédibilité forte de l’idéologie d’un intérêt général.

Mais le fordisme après avoir triomphé s’est affaissé. La matrice heureuse des profits croissants, des salaires croissants, des impôts aux rendements eux-mêmes croissants, le tout développant des débouchés croissants justifiant des investissements incorporant des gains de productivité,  et donc la pérennisation de la croissance de tous les revenus,  s’est progressivement évaporée. L’analyse des causes internes de cet affaissement, largement étudiée et connue depuis  près d’une trentaine d’années,  n’a pas à être menée ici. Par contre, il faut bien comprendre que la lutte pour maintenir un fordisme déclinant, a très probablement accéléré le processus de mondialisation sans projet, et les difficultés présentes.

Fuyons vers la mondialisation

La mondialisation internationalise l’accumulation et va aggraver les difficultés d’un fordisme que l’on espérait sauver. Elle est d’abord un moyen de retrouver, sur des bases sans doute largement  artificielles,  des gains de productivité : ce que l’investissement ne génère plus, ou génère moins bien, sera engendré par la délocalisation. L’efficacité technique ne change que peu, mais les coûts s’effondrent en raison d’un gigantesque écart de rémunérations entre les vieux pays fordiens et les pays qui acceptent les délocalisations. L’effondrement des coûts de transaction : transport et communications en particulier faciliteront les choses. Mais surtout la mondialisation va exiger l’investissement réglementaire préalable, et en particulier la construction des autoroutes de la finance. D’où la dérégulation monétaire et financière des années 80, et la destruction progressive de tout ce qui vient limiter la bonne circulation des marchandises.

Ces métamorphoses passent évidemment par les marchés politiques. Les entrepreneurs politiques ne bénéficient plus de la manne fordienne, et le keynésianisme, qui semblait être l’outil idéologique des 30 glorieuses est en crise : le modèle s’accommode moins de la réalité. A la crise d’un fordisme en quête de l’oxygène  des grands espaces, correspond ce qu’on a appelé la crise de la sociale démocratie. Les entrepreneurs économiques achèteront d’autant plus facilement les outils juridiques de la mondialisation, que les entrepreneurs politiques sont eux-mêmes en quête d’une nouvelle idéologie de l’intérêt général. Cette perméabilité des entrepreneurs politiques aux nouvelles idées sera telle qu’ils abandonneront ce qui, historiquement, avait garanti leur toute puissance : la monnaie, laquelle  cessera d’être un attribut de la souveraineté. Aujourd’hui, quels entrepreneurs politiques et dans quels pays pourrait-on voir signer avec la banque centrale des conventions portant sur le volume du réescompte d’obligations cautionnées, le volume des avances et prêts sur le compte du Trésor, le volume des planchers de bons du Trésor etc.,  comme cela était d’usage courant jusqu’au début des années 70 ?  A ces époques du fordisme triomphant, les gouverneurs des banques centrales signataires des conventions avec les Etats, étaient généralement nommés  par les entrepreneurs politiques au pouvoir.

 La signature ne supposait évidemment pas l’accord des volontés. Seul le fait souverain comptait.

Les entrepreneurs économiques ont ainsi pu acheter aux entrepreneurs politiques, une partie de ce qui faisait la substance des démocraties traditionnelles. D’où la constatation croissante de l’impuissance des Etats face à la toute puissance des marchés.

Mais nous ne sommes équipés que de béquilles

Aux achats des outils juridiques de la mondialisation, devait correspondre l’épanouissement d’un fordisme boîteux que certains appelleront le modèle « Wal Mart » ou le modèle « Wall Street ». Car s’il est vrai que  les gains de productivité du fordisme traditionnel s’évaporaient, un pouvoir d’achat nouveau allait se constituer dans les vieux pays concernés : les marchandises produites et importées depuis les bases d’entreprises délocalisées sont moins chères. Marx dirait qu’il s’agit d’une forme nouvelle de « plus value relative » : le coût de la reproduction de la force de travail va diminuer dans les vieux pays. Le pouvoir d’achat peut augmenter alors même que le niveau des salaires stagne. Mais il s’agit  d’un fordisme boiteux, ce pouvoir d’achat résultant  bien de la baisse de prix constatée sur les seules  marchandises  importées. Il est bon pour « Wal-Mart » qui assure par ses achats plus de 10% du total des exportations chinoises. Il est moins bon pour les entreprises américaines produisant à coûts plus élevés sur le sol américain. La plus value relative de Marx était dynamisante, en ce sens cet auteur était-il l’annonciateur  des 30 glorieuses. La plus value relative nouvelle ne l’est pas : elle ne relance pas l’accumulation dans les vieux pays, et ne fait qu’encourager de nouvelles délocalisations. Alors que naguère, toute baisse de la valeur de la force de travail passait par de nouveaux gains de productivité sur le territoire, désormais cette baisse passe par le relèvement des importations et l’effritement de l’outil national de production. Dans les temps que l’on peut maintenant qualifier d’anciens,  le progrès passait par le noircissement de la matrice des échanges interindustriels. Il semble passer  aujourd’hui  par son blanchiment.  De quoi comprendre l’inquiétude actuelle des entrepreneurs politiques, qui voudraient bien réindustrialiser, mais se trouvent forts démunis après avoir vendu les outils de la reconstruction.

Mais le fordisme de la mondialisation est aussi boiteux à un autre titre : celui de la dette.

La dérégulation financière a introduit une multitude d’innovations, de méthodes et de produits, qui ont participé  à la naissance et à la construction d’une nouvelle  plus value relative, cette fois fictive ou virtuelle. Il s’agit bien évidemment des subprimes   américains dont on dit que l’implosion, fût le signal d’enclenchement de la grande crise des années 2010. Là encore il y a hausse du pouvoir d’achat : les salariés obtiennent théoriquement par l’endettement croissant une hausse de la valeur d’actifs, donc un pouvoir d’achat nouveau qu’ils n’obtiennent que plus difficilement dans le cadre du fordisme mondialisé. Les débouchés ne viennent plus de la redistribution d’un pouvoir d’achat arraché sur des gains de productivité. Ils viennent partiellement du mécanisme de l’endettement privé. La finance prend la relève, et au fordisme réel, succède partiellement un fordisme virtuel particulièrement dangereux. Mais là encore, les règles du jeu ne sont pas tombées du ciel, et ce sont bien les entrepreneurs politiques qui ont vendu à leur profit, et au profit des demandeurs, la boîte à outils, par exemple le dispositif réglementaire de la titrisation . Les entrepreneurs politiques ne peuvent plus offrir un Etat Providence généreux, mais peuvent désormais proposer  un casino que l’on espère moins coûteux, et où tous pourraient gagner. En termes plus concrets, la titrisation des subprimes pourra faciliter l’accès à la propriété des ménages les moins aisés, peut produire un « effet richesse » par hausse de prix de l’immobilier, que l’on espère durable, et ainsi augmenter la demande solvable. De quoi augmenter la probabilité de gagner les prochaines élections.

Mais le marché de la dette comme substitut de pouvoir d’achat, ne saurait se borner aux seuls citoyens. Il peut aussi avec une certaine efficacité, maintenir plus ou moins fictivement les murs de l’Etat providence, patiemment construit au cours des 30 glorieuses. Dans le fordisme mondialisé, les gains de productivité n’irriguent plus et  nourrissent mal l’Etat providence. Au surplus, les entrepreneurs politiques d’un Etat sont en compétition avec les entrepreneurs politiques d’autres Etats. La reconduction au pouvoir est de plus en plus difficile dans une situation de rareté de l’offre de produits politiques, opposée à une demande croissante issue des victimes de la mondialisation.

Paradoxalement,  l’abandon de la souveraineté monétaire ne fait pas disparaître la capacité d’endettement : les dettes publiques peuvent désormais se négocier sur un marché infiniment plus vaste que par le passé. Les gouverneurs des banques centrales n’obéissent plus, mais leur jalouse indépendance est compensée par un marché mondial bienveillant envers la signature des Etats. D’où la création, partout dans le monde, selon un modèle unique, d’agences publiques chargées, à l’échelle planétaire, de la commercialisation de la dette de chaque Etat. Les dettes publiques, jusqu’ici nationales, et très largement hors marché (naguère les bons du Trésor achetés au bureau de poste, se trouvaient entre deux piles de draps) se mondialisent.

De ce point de vue, on peut considérer que la dette publique - devenue quasiment partout massive - est venue remplacer la matrice heureuse des 30 glorieuses qui nourrissait si bien les Etats providences. Ce ne sont plus les recettes publiques rapidement croissantes  qui ravitaillent les Etats providence, mais à l’inverse la dette mondialisée. Inutile d’insister sur l’exemple - que certains considèrent scandaleux - de la CADES en France, caisse d’amortissement d’une partie de la dette, qui devrait disparaître,  mais qui ne fait que prendre de l’embonpoint,   et ce malgré des lois de cadrage censées limiter son existence. Mais là encore, la contre partie de la dette publique est l’achat de voix. Car contenir la dette peut, dans nombre de pays, entrainer une déroute électorale.

Au total si le fordisme triomphant assure une croissance de tous les revenus : salaires, profits, impôts ; il semble que le fordisme boiteux de la mondialisation qui lui succède, assure d’abord le développement de la rente financière et sans doute des profits. Les oubliés sont le salaire et l’impôt. Et ce passage entre les deux états correspond à une série de fuites en avant, à l’origine de la paralysie  actuelle. Et paralysie car ces fuites sont peu réversibles.

C’est l’essoufflement du fordisme classique, qui oblige les entrepreneurs économiques à exiger le libéralisme, à exiger davantage d’ouverture sur le monde, avec tous ses requis  en matière douanière, et surtout financière puisque l’espace de la couverture des risques deviendra beaucoup plus considérable. Pour autant, cette ouverture, parce que non maitrisée, aboutira au blanchiment de la matrice des échanges interindustriels des pays. Car l’exportation de capital sera moins à des fins de débouchés locaux qu’à des fins de débouchés nationaux. Concrètement les délocalisations seront des bases d’exportations vers les pays d’origine. Plus clairement encore, le commerce international sera –au moins au cours de la première phase de la mondialisation- assez peu un commerce entre pays et bien davantage un commerce entre établissements ou filiales, d’entreprises des vieux pays fordiens. Aujourd’hui encore, la moitié du commerce extérieur américain se déroule entre firmes américaines. De quoi relativiser l’idée de déficit extérieur américain. Il faut du reste souligner qu’au moment de son ouverture sur le monde, le parti communiste Chinois, interdisait les délocalisations soucieuses de conquérir le marché interne. Cette ouverture si spécifique, si étrange, est bien un remède qui aggrave le mal du fordisme, puisque désormais les intérêts du consommateur, acheteur de produits que l’on dit étrangers, vont se disjoindre de ceux du salarié. Ce qui n’était pas le cas au cours des 30 glorieuses. Il s’agit bien d’une fuite en avant,  où la crédibilité de l’idée d’un intérêt général ira en s’émoussant.

Cette première fuite en avant créatrice de plus value relative est suivie d’une autre, qui elle aussi, crée une variété plus douteuse encore de plus value relative : une croissance soutenue par l’effet de richesse énoncée plus haut. Les revenus des salariés américains n’augmentent plus, mais le jeu douteux des subprimes titrisés remplace artificiellement ce qu’autorisaient naguère les gains de productivité conquis dans les progrès de la production. L’économie américaine, celle située à l’intérieur des limites territoriales des USA, se fragilise, mais la croissance reste élevée. D’où les mensonges concernant la bonne santé de l’économie américaine dans les années 2000. Le fordisme boiteux est aussi une économie de bulles.  Avec ses conséquences en termes de désagrégation des collectifs qui caractérisaient le fordisme traditionnel. Naguère les revenus faisaient l’objet de négociations collectives. Cela était vrai des salaires, mais cela était  également vrai pour les profits et rentes, puisque les entrepreneurs politiques, intervenaient parfois avec rudesse, sur le taux marginal de l’impôt sur le revenu et le taux de l’intérêt. Désormais les revenus seront fixés par les marchés, et certains verront leur montant fixés par la seule spéculation. Là encore Marx, grand précurseur, affirmait déjà que le marché avait l’effet d’un acide : il dissout les liens sociaux et parcellise les collectifs. Ce qu’aujourd’hui Alain caillé appelle le « parcellitarisme ».

 La vente des outils monétaires par les entrepreneurs politiques, principalement à la finance, provoque cette seconde fuite en avant : non seulement le fordisme est devenu boiteux, mais il devient virtuel .

Evidemment l’implosion du système en 2008, aurait pu mettre un terme au processus de déraillement. Mais là encore, la solution toute provisoire sera la fuite en avant, et la pyramide de dettes privées sera soutenue par l’agrandissement, à une échelle encore jamais vue dans l’histoire, de la  pyramide des dettes publiques. Inutile d’insister sur un fait bien connu. En Octobre 2008 les entrepreneurs politiques choisissent partout la solution qui les maintient le mieux au pouvoir.

A chaque étape, le choix des entrepreneurs politiques fixe largement celui de l’étape ultérieure, et ce jusqu’à la paralysie. Comme l’animal qui pris dans un piège, construit sa prison définitive en se débattant.

En faisant le choix d’une mondialisation non négociée, une mondialisation simple béquille du fordisme finissant, les marchés politiques, aveugles comme les autres marchés, débouchent sur un système d’échanges internationaux ravageurs aussi bien pour les hommes que pour l’environnement. Le couple sino américain en est l’exemple emblématique.

En abandonnant le pouvoir monétaire et en acceptant l’auto-régulation financière, dont certains, à l’instar de Jean De Maillard, disent qu’elle est porteuse de fraudes à grande échelle,  il est difficile d’en revenir à  des économies plus autocentrées : les Etats ont donné au marché le pouvoir. Racheter la boîte à outils de la régulation, devient politiquement aussi difficile, que de faire rentrer le dentifrice dans un tube, après avoir pressé dessus pour l’en faire sortir. Les débats concernant la rédaction de la grande loi de régulation financière, qui sera prochainement promulguée aux USA  (2000 pages) et qu’on appellera peut-être le « Dodd- Barney Act », sont  là pour en témoigner.

Enfin, en acceptant le principe du « to big to fail » les Etats désormais surendettés, sont aussi complètement paralysés.

Et si les banques centrales devenaient tueuses de la dette ?

A priori les choses sont pourtant simples : tout pourrait repartir si toutes les dettes disparaissaient. De quoi envisager la reconstruction de nouvelles pyramides de dettes, consommatrices d’un temps pendant lequel l’accumulation pourrait reprendre.  Nouvelle fuite  en avant sans doute, mais probablement plus confortable car plus durable. Laissant aussi du temps pour envisager une nouvelle configuration aux échanges extérieurs. A noter que la résolution de ces questions très difficiles, laisserait de toute façon en jachère la question du fordisme finissant, et la construction d’un autre modèle. Modèle « cognitif », croissance durable, équitable, etc.  Autant de principes ou de mots à définir et à approfondir. Interrogeons nous plutôt sur la disparition des dettes et la reconfiguration des échanges extérieurs.

La disparition des dettes ne sera pas facile  car elle suppose la mobilisation d’outils de contraintes publiques, inacceptables pour ses contreparties, c'est-à-dire les créanciers. Or ceux-ci sont beaucoup plus nombreux qu’on le pense, la financiarisation généralisée des activités humaines, les ayant multipliés. A elle seule, la dette publique devenue hégémoniquement marchande dans les années 70, crée la cohorte des rentiers directs et indirects : banques, fonds de pension, ménages résidents et étrangers de tous pays, fonds divers et souverains etc. Elle est bien une invention, un produit politique résultant de la radicalité de la séparation entre Trésors et Banques centrales. Sans cet outil nouveau de contrainte publique, il est clair que la notion de dette publique et de la charge correspondante sont - pour une bonne part - dépourvus de sens : si le trésor s’endette, il récupérera la charge correspondante sous la forme de profit de la banque centrale dont il est le propriétaire. Dans cette configuration l’endettement public, plus exactement la charge de la dette, n’a guère de sens. C’est donc le fonctionnement des marchés politiques, qui a élargi considérablement le périmètre de  la dette publique comme marchandise. Le service public est largement remplacé par le marché, parce que les marchés politiques se sont ainsi orientés. Et il est vrai que la demande existe : de la même façon qu’avec la moyennisation de la société,  le fordisme multiplie les marchandises, le système financier doit multiplier les produits d’épargne. La modernité étant aussi –philosophiquement- tentative humaine pour se libérer des contraintes de la nature, le risque ne peut plus se situer hors des prises humaines, d’où là aussi multiplication de produits financiers, censés couvrir les risques, dont l’une des matières premières, est la dette publique.

Dans ce contexte, anéantir la dette publique par de nouveaux outils de contraintes publiques : répudiation totale ou partielle de la dette, renégociations avec décisions sur la maturité, les taux, nouvelle législation concernant les banques centrales , etc. suppose des décisions de la part des entrepreneurs politiques qui ne vont pas de soi…d’autant que les marchés politiques sont des navires très nombreux ,  en concurrence, et pouvant entrer en collision  sur l’océan de la mondialisation.

Mais la dette privée est également très difficile à faire disparaitre. Elle peut sans doute être une mesure populiste et tenter les entrepreneurs politiques. Mais là aussi le salut est difficile. Il est certes possible d’annuler juridiquement la dette immobilière des ménages américains…mais cela ne peut que reproduire à échelle élargie, ce qui fût historiquement le déclencheur de la crise. Plus populiste encore serait un Trésor se substituant aux charges des débiteurs…. Ce qui nous renverrait à la question de la dette publique. Plus radicale encore, serait la reprise en main des banques avec l’interdiction de créer de la monnaie, mais une telle opération correspondrait à la disparition du crédit et l’approfondissement de la crise.

Il n’est donc apparemment plus possible, d’utiliser les outils classiques de contraintes publiques, pour donner satisfaction à un groupe social sans détériorer gravement le niveau de satisfaction d’autres groupes, voire de l’ensemble. La dissémination, et donc le risque systémique, est le principal facteur de la toxicité financière. Et c’est bien là le signe qui permet d’affirmer que ce qui est vécu, est bien une grande crise. Ce qui autorise bien sûr d’imaginer un autre monde, et de se livrer à un néo-constructivisme par essence hasardeux. Les marchés politiques n’y sont toutefois pas prêts.

Pour autant il est théoriquement possible d’envisager la suppression de l’ensemble des dettes privées et publiques sans de trop gros dégâts, c'est-à-dire utiliser de la contrainte publique à des fins privées qui ne correspondrait pas à un bousculement majeur des marchés politiques. Il s’agit d’accepter une augmentation illimitée de la taille des bilans des banques centrales, et ce, sans recapitalisation par les Etats.

En clair, cela suppose qu’elles deviennent quasi officiellement des « bad Banks », qu’elles assurent sans limites le refinancement du système financier, qu’elles achètent sans limites les titres de la dette publique, etc. En contre partie cela signifie aussi des engagements forts du système bancaire en termes de crédits,  dans ses dimensions qualitatives et quantitatives, en termes de taux, en termes d’activités du compartiment banque d’affaires, en termes de rémunérations etc.

L’accouchement par les marchés politiques de ces quelques règles est - même en Allemagne- probable dans le court terme. La crise des années 2010 atteint aujourd’hui un niveau de gravité, qui ne permet plus de la contourner comme ce fût le cas en 2008 et 2009 .

Ce refinancement officiellement illimité est évidemment porteur d’anticipations inflationnistes. Et c’est précisément l’augmentation illimitée de la pyramide de la dette qui permettra au futur son anéantissement par inflation. En attendant  ce changement de statut des banques centrales est ce qui est politiquement le moins coûteux et qui permet de gérer encore la crise, sans réellement l’affronter.

Car il est vrai qu’au fond peu de choses changent en réformant en profondeur le statut des banques centrales et marginalement celui des banques : les équilibres sociaux sont globalement maintenus, les banques restent privées, les Trésors sont ré-oxygénés et les Etats providences moins menacés, la rigueur s’éloigne et le crédit est réenclenché, etc. De quoi re-légitimer nombre d’entreprises politiques et de reconduire au pouvoir ceux qui les animent, y compris en Allemagne qui jusqu’ici connaissait une configuration très spécifique de ses marchés politiques.

Mais la masse monétaire, dans chaque pays, augmente considérablement, et de façon probablement différenciée, ce qui pose la question des taux de change. Et au-delà celle des échanges internationaux.

Car le changement de statut des banques centrales ne peut que déclencher une très vaste spéculation sur les monnaies. La spéculation sur les dettes peut s’affaisser : les banques centrales « avalent »  tout. A l’inverse la spéculation sur les devises se développe.

D’où la question de la maitrise des échanges extérieurs. Laquelle, dans un premier temps, passe par la maitrise des autoroutes de la mondialisation, c'est-à-dire pour l’essentiel, la circulation des capitaux. Redonner de la cohérence aux systèmes économiques nationaux, suppose la disparition des plus values relatives factices dénoncées plus haut, source de la schizophrénie de plus en plus ressentie du salarié-consommateur.

Le fordisme boiteux, aboutissait à la désindustrialisation et au blanchiment de la matrice des échanges interindustriels disions-nous. Plus concrètement encore, il entrainait, sauf exception rarissime (Allemagne) un déficit de la balance des biens, non compensée par un excédent de celle des services. Avec en correspondance, une structuration de l’emploi, de plus en plus orientée vers la déqualification et les faibles rémunérations  (services à la personne),  mais  aussi le gonflement d’une rente des services financiers, assurant de très hautes rémunérations au profit d’un tout petit nombre. De quoi déséquilibrer, à terme, nombre de marchés politiques. La démocratie paisible, s’épanouissait facilement dans une  moyennisation de la société financée par le fordisme. Tous gagnaient,  au terme de  la compétition pour  la maitrise des outils de la contrainte publique, y compris les entreprises politiques elles-mêmes. La montée des inégalités associée à la chute de la croissance ne peut que remettre en cause le mode d’insertion de chacun dans la mondialisation.

Le rêve : un contrat d’équilibre multilatéral des échanges internationaux.

La réponse à ce problème majeur sera trouvée dans la négociation d’un vaste contrat d’équilibre multilatéral des échanges internationaux. Question difficile puisqu’elle met en question l’hégémonie du dogme libre-échangiste.

Cela signifie tout d’abord que les entrepreneurs politiques de chaque Etat, se rendent maîtres des péages des autoroutes de la mondialisation : Les taux de change sont à taux fixes et négociés en vue d’assurer l’équilibre des échanges pour chaque pays. Avec sélection de ce qui peut ou ne pas « passer »  afin de contrôler les flux spéculatifs comme le très volumineux «  carry trade ». Avec aussi garantie des risques  sur les opérations antérieures : il ne saurait être question pour la Chine de voir son stock de dollars disparaître au terme d’un accord multilatéral des échanges internationaux.

Et l’accord multilatéral suppose que les changements de parité soient négociés : le créditeur net ne pouvant plus dire au débiteur net, qu’il doit s’adapter à la concurrence, et faire aussi bien que lui. Concrètement, un tel  accord doit mettre fin aux tristes et dangereuses  réalités vécues aujourd’hui en Europe, où les plus faibles ( Grèce,  Espagne etc.) sont invités à « devenir aussi  sérieux » que les « plus sérieux » (Allemagne) . Cela signifie qu’en fonction de règles précises, débiteurs et créanciers nets,  ajustent périodiquement les taux de change, les créditeurs devant obligatoirement réévaluer, et les débiteurs devant obligatoirement dévaluer. Ce qui signifie partage des charges liées au déséquilibre. Il est ainsi interdit au créditeur net, d’user de sa plus grande productivité pour siphonner le marché du débiteur net. De la même façon,  il est interdit au débiteur  de maintenir une capacité internationale d’achat qui ne correspond pas à ses moyens. Plus de baisse artificielle de la valeur de la force de travail. En cas de désaccord entre créditeurs nets et débiteurs nets, un tribunal international ( FMI ?) décide du taux de change d’équilibre.

Au total, les marchés politiques qui, dans le court terme, vont probablement s’orienter vers le repositionnement sus-visé des banques centrales, seront nécessairement conduits à se positionner sur la guerre des monnaies qui devrait logiquement en résulter. La solution proposée- difficile - est probablement politiquement la moins coûteuse : elle ne signifie pas la fin d’un libre échange ; elle garantit les immenses actifs nés des déséquilibres passés (fonds souverains) ; elle évite la très difficile question de la refondation d’un système monétaire international, en n’évoquant pas l’idée de monnaie de réserve à conserver ou à remplacer ; elle tente enfin de réduire la dissociation croissante entre le citoyen, le salarié, et le consommateur. Dissociation porteuse de troubles croissants sur les marchés politiques.

Les changements proposés ne sont pas du type « grand soir ». L’apparent, et sans doute irréel désarmement idéologique, étant la contrepartie du passage à la société de marché, les grands rassemblements ne sont plus que d’éphémères  révoltes. Par contre,  il faut espérer que la démocratie pourra emprunter les chemins qui mènent à de réels changements, par exemple ceux exposés ci-dessus,  des chemins qui permettront d’éviter un chaos planétaire.

 

 

 

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 18:25

 

Parmi les nombreuses propositions à effet de juguler les dangers d’une  dette publique jugée insupportable , on notera l’intéressant article signé de Rodolphe A Müller et Pierre- Alain Schied dans Le Monde  du 8 juin. Constatant une corrélation positive entre la quiétude des marchés et le pourcentage de la dette domestique dans la dette publique totale, les deux auteurs  en viennent à proposer un plan de compensation inter Etats et inter créanciers aboutissant à la renationalisation de la dette.

Aucun détail concernant la procédure suivie n’est indiqué. Simplement il s’agirait d’une gigantesque compensation. Et sans doute compensation elle-même fort complexe puisque les dettes publiques nombreuses , en théorie égales au nombre d’Etats, sont appropriées par des agents nationaux fort nombreux et fort divers : Banques centrales, banques nationales et étrangères, compagnies d’assurances, fonds de pension, ménages.

Plus complexe encore- à supposer qu’il existe un accord politique international regroupant un nombre significatif d’Etats concernés et volontaires-  serait le taux de change entre les dettes compensées. Problème qui reste entier dans une compensation  entre Etats n’appartenant pas à un même zone monétaire. Mais problème qui demeure même à l’intérieur d’une zone, les nouvelles créances ne jouissant plus des rendements antérieurs. A titre d’exemple les créanciers français de dette publique Grecque verraient s’affaisser, au terme de la compensation,   la rentabilité de leur investissement.

Mais il y a beaucoup plus grave. La compensation généralisée aboutirait à la mise sur le devant de la scène, et donc sa mise à l’index,  de l’Etat le plus internationalement endetté. Le processus envisagé de rapatriement  favorise peu les Etats dont l’endettement est  faible ou reposant sur une base domestique. Ainsi le Japon ,qui certes dispose d’un Etat  très endetté, serait peu favorisé par la procédure de rapatriement. Il n’y a quasiment rien à rapatrier et seulement 5,8% de la dette publique est détenue par des étrangers. A l’inverse des pays comme le Royaume-Uni ou la France disposant d’Etats très endettés auprès de créanciers étrangers, respectivement 68% et 66% du montant total de la dette publique, se verraient au terme de la compensation encore très endettés internationalement. Tous, ou presque, seraient « renationalisés » à l’exception de ceux qui font le plus problème. Sans doute  le raisonnement précédent doit- il être enrichi par l’introduction de la variable du solde des créances et des dettes du compte privé de chaque nation : les créanciers privés pouvant détenir plus d’actifs internationaux que leur Etat de rattachement n’encourt de passifs. Il existerait donc deux catégories de pays endettés au terme de la compensation des dettes publiques : ceux disposant d’un secteur privé créancier net, et ceux pour qui la mise à l’index de leur endettement public  se double  d’ un endettement privé. En clair un pays comme l’Espagne, qui cumule tous les handicaps,  n’aurait aucune raison de se plier au jeu du rapatriement des dettes publiques.

Il existe donc fort peu de chances de voir, selon le vœu de Müller et Schieb, le rapatriement des dettes des Etats  calmant le jeu des marchés, pour la simple raison que les Etats seraient forts peu enclins à participer à une telle compensation, mais aussi parce qu’elle désigne le lieu exact de l’embrasement de la future panique de ces mêmes marchés.

Mais l’intérêt du faux remède proposé est-il sans doute ailleurs : il révèle le malaise de la doctrine de la liberté du déplacement des capitaux.  Car ce qui est proposé est bien de mettre fin à la libre circulation du capital et donc réintroduire de substanciels éléments de  dé mondialisation dans les moteurs financiers et économiques.

 Aucun point du texte proposé n’aborde la question. Pour autant comment rapatrier la dette des Etats par le jeu d’une compensation sans en premier lieu interdire toute nouvelle extraversion au niveau des agences nationales chargées de la commercialisation des dettes publiques . Très simplement si l’Etat français devait se lancer dans ce processus de rapatriement, il est clair que l’agence France Trésor recevrait immédiatement l’ordre de ne vendre de la dette ( marché primaire) qu’à des agents nationaux. Tant il vrai qu’on ne peut remplir un seau tant qu’au préalable les trous  ne soient  rebouchés.

« Rapatrier la dette » est donc bien un terme qu’il faut comprendre  par une expression sans doute plus exacte : « nationaliser la dette ». Au travers d’une solution qui se présente comme simplement technique, Müller et Schieb ne soupçonnent ils que leur proposition est tout simplement révolutionnaire ? Ils proposent la renaissance des Etats, avec leur compétence monétaire et surtout leur pouvoir monétaire. La crise des années 2010 atteint maintenant sa phase de plein épanouissement avec la conjonction de sa dimension « crise financière » et de sa dimension « crise des Etats » . D’autres dimensions sont maintenant attendues : politique, sociale, etc. les idées finiront sans doute par suivre pour la mise en place d’un nouveau paradigme. Elles sont aujourd’hui à dénicher dans les interstices du discours dominant sur la crise. Celui de Müller et Schieb en est un bel exemple.

 

 

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 12:31

                                 

Note au lecteur : La bonne compréhension de ce texte suppose la lecture des articles du 28/01/2010 (L’euro : implosion ou sursaut ?) et du 16/02/2010 ( pour comprendre la crise : déchiffrer l’essence de l’Etat)

La crise grecque et ses prolongements confirment que ce prêt à porter qu’est la monnaie unique est porteur de méfiance chez les passagers clandestins du bateau euro. Tous veulent  conserver les avantages qu’ils se sont progressivement créés dans le bateau: faibles taux d’intérêt , «  monnaie de réserve à l’américaine », terrain de jeu plus vaste au profit  des entrepreneurs politiques  pour certains, exportations « à la chinoise » pour d’autres . Aucun ne voulant en payer le prix,  c'est-à-dire  le coût de l’entretien du  bateau pour le maintenir à flots : création d’une zone monétaire optimale par vaste édification d’un Etat européen à l’instar de l’Etat fédéral américain, politique de change, contrôle de la banque centrale, etc.

La grande crise des années 2010 devant inéluctablement connaître des développements monétaires, il était logique qu’elle développe d’abord une métastase dans le bateau  le plus sensible : l’euro zone.

La solution toute temporaire à la crise grecque et à ses prolongements immédiats confirme le refus de payer le prix d’une bonne maintenance du bateau. Avec le temps il se confirmera que les entrepreneurs politiques français ont préféré une nouvelle fuite en avant plutôt que d’affronter  leurs collègues allemands et exiger des solutions plus radicales : quel entrepreneur politique français au pouvoir pourrait aujourd’hui ,sans risque, oser vendre sur le marché des idées, outre  « le quantitative easing » semble t’il acquis de haute lutte,  la fin de l’indépendance de la BCE, ou la fin de la libre circulation des capitaux ? De  telles  propositions développeraient –encore aujourd’hui-  un double risque électoral et financier, double risque fonctionnant en boucle. Produits politiques trop innovants aujourd’hui,  il faudra pourtant bien les mettre en place pour éviter un  demain encore plus ruineux.

Une caisse à outils pour deux crises.

Il y a pourtant un progrès  significatif entre la solution imaginée pour la Grèce et la solution acquise dans la nuit du 9 au 10 mai. Dans le premier cas, le dispositif est intergouvernemental et surtout à un coup. C’est dire qu’il faut revoir toute la procédure en cas de besoins nouveaux. Dans le second il est possible de passer à la mitrailleuse : constitué essentiellement d’un « Special Purpose Vehicle » de droit privé luxembourgeois, il vient en appui dans un nombre de cas non défini à priori. Il s’agira toujours de prêts conditionnels à partir d’une matière première qui ne sera plus de la dette des autres Etats prêteurs. Simplement ces derniers garantissent l’activité du SPV. Si les modalités de fonctionnement ne sont pas encore connues , il faut néanmoins noter que le nouveau dispositif n’est pas encore celui d’une mutualisation de la dette qui ferait disparaître les dettes souveraines et donc les Spreads.

Mais surtout un progrès sensible figure sous la forme  d’une intervention beaucoup plus active de la BCE sur le marché secondaire de la dette, ce que Jean Quatremer  appelle une « nuit du 4 août » .

Le nouveau dispositif n’est pas une simple arme de dissuasion : il devra servir sur les futurs champs de bataille annoncés, dés que les taux sur dettes nationales deviendront supérieurs au taux proposé par le SPV. Les besoins futurs pour les PIGS étant très importants, on peut penser que le taux de financement du SPV sera très vite celui qui sera payé par ces derniers. En théorie chaque fois qu’une agence nationale de la dette viendra buter sur un taux supérieur à celui qui  approvisionne le SPV, l’Etat correspondant changera de fournisseur de liquidités, les classiques Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) se retournant vers le SPV. Sauf à considérer que ce dernier fonctionne avec une marge bénéficiaire ( comme c’est le cas dans le dispositif grec) il deviendrait très vite un acteur essentiel avec une spéculation qui pourrait rapidement  se déplacer sur lui. Avec le risque de passer de la fragilité en détail à la fragilité en gros …c’est la raison pour laquelle de nombreux freins seront sans doute envisagés pour éviter un usage trop aisé du dispositif.

Mais  le nouveau dispositif ne règle en rien la maintenance du bateau, les trous confectionnés par les passagers clandestins (déficits budgétaires) étant rebouchés avec la matière dégagée par de nouveaux trous. La fuite en avant continue par conséquent, fuite concernant désormais dans un même mouvement  le sauvetage des Etats et celui  du système financier beaucoup plus lourdement chargé en dettes publiques qu’en 2008. Le naufrage de l’un signifiant désormais le naufrage de l’autre.

Le dispositif SPV est toutefois  lui-même complété par l’intervention de la BCE sur les marchés secondaires des dettes souveraines, ce que certains commentateurs  appellent l’arme nucléaire.

Cette nouvelle fuite en avant a été politiquement préférée à une sortie de la zone de  ceux des passagers clandestins les plus touchés par la spéculation. Il est vrai qu’un raisonnement fort simple nous permet de comprendre qu’un passager clandestin quelconque, par exemple la Grèce, ne peut quitter le navire sans faire chavirer l’ensemble.

Un passager clandestin prisonnier.

Une sortie précautionneuse de la Zone voudrait que dans une nuit de week-end, un décret annonce le retour de la Drachme, en stipulant que toutes les créances libellées en euros sont converties en Drachmes sur la base d’un taux de 1/1. Cela concernerait tous les éléments de la masse monétaire et le taux de conversion choisi permettrait de ne pas altérer l’expression monétaire des prix internes, tout au moins dans le très court terme. Par contre dans le cadre des opérations avec l’étranger il y a une dévaluation à prévoir, par exemple de moitié. Les titulaires étrangers de dette grecque, comme les nationaux  sont à échéance remboursés en Dracmes. Les bilans privés locaux ne connaissent guère de changement, sauf quand ils sont l’image d’activités faisant intervenir des actifs et passifs en devises étrangères. Selon les cas, actif ou passif, il y a réévaluation ou dévaluation , et donc modification de la structure des patrimoines . La partie de la masse monétaire figurant sous la forme fiduciaire ne constitue qu’un problème fort marginal , et on comprend fort bien que les agents ne se rendront pas à la banque pour convertir leurs derniers euros et chercheront à bénéficier du nouveau taux de change.

La dévaluation, dans un pays très largement déficitaire constitue une forte baisse du pouvoir d’achat sur les marchandises importées. En retour la Grèce devient théoriquement plus compétitive sur ses activités traditionnelles . Les mouvements de capitaux sont en théorie favorables, la fuite étant pénalisante et les rapatriements avantageux. Le mouvement des taux est lui soumis à probable et significative évolution inverse.

On peut débattre à l’infini de la solution retenue sur le paiement de la dette détenue par des étrangers (80% de la dette grecque est aujourd’hui détenue par des non résidents). Le remboursement en Dracmes  ne correspondant pas à une répudiation si le nouveau taux de change est adopté. Il s’agirait d’ailleurs d’une  solution optimale puisque formellement il n’y aurait pas, d’une part , restructuration et renégociation de la dette, et d’autre part maintien insupportable de son poids grâce à  sa monétisation. On peut en effet penser que la sortie de la zone est assortie d’une renationalisation de la Banque centrale, laquelle monétise en fonction de critères politiquement déterminés. Et le critère numéro 1 est évidemment de sortir de l’étau monétaire, donc  l’abandon de la rente financière sur la dette. On peut même penser,  que dans un souci de respect des contrats et engagements, tout serait entrepris pour amortir le choc de la sortie sur la dette dont la maturité n’est pas immédiate. Certes une pression inflationniste s’enclenche en liaison avec une baisse des cours de la dette souveraine, mais il n’est pas interdit de penser que le Trésor rachète lui-même , progressivement, les titres en voie de dépréciation. A terme la dette publique, et la rente correspondante,  disparait et peut ne pas se reconstituer comme le révèle l’expérience de la France d’avant la loi du 3 janvier 1973 laquelle viendra  interdire à son Etat tout accès aux crédits de la banque centrale…. d’où l’émergence de la problématique de la dette.

Ainsi brièvement exposé , on peut penser que, bien menée , une  sortie de la zone, d’un pays étranglé par la dette publique,  est économiquement et politiquement jouable. Et si d’aventure la compétition entre acheteurs de voix , sur  les marchés politiques locaux, devait déboucher sur un retour des déficits, l’inflation et la dépréciation externe viendraient bloquer tout retour de la rente. Au-delà de la redistribution imposée par les entreprises  gagnantes sur le marché politique, chacun est davantage rétribué en fonction de sa productivité, et moins en fonction de son positionnement dans l’accès à une rente en voie de disparition.

Le raisonnement  ci-dessus exposé, est pourtant très probablement erroné en raison des risques de contagion qu,i dans un premier temps, ferait chuter l’euro, puis affaisserait les cours des dettes souveraines de fragilité comparable, puis mettrait en péril la solvabilité des banques, et par contagion au marché inter  bancaire mondial, développerait une nouvelle crise systémique … cette fois sans le secours d’Etats en défauts. Il est d’ailleurs probable que la sortie de la zone se produirait en utilisant un taux de change non plus par rapport à l’euro duquel le divorce est envisagé, mais par rapport au dollar. Ce qui assurerait la rapide disparition de l’euro lui-même. Une sortie individuelle n’est donc guère envisageable. Dans ce bateau des passagers clandestins si  la solidarité est inexistante, il faut néanmoins tout entreprendre pour éviter la ruine collective. Et donc la voie de la sortie n’est pas celle qui sera retenue sur les marchés politiques qui se doivent de découvrir un très complexe compromis assurant la reconduction au pouvoir du plus grand nombre.

C’est dire que les passagers clandestins sont tenus de rester dans un bateau qui prenant l’eau  continueront dans un mouvement ascendant , à boucher des trous en en créant de nouveaux toujours plus vastes . Besogne d’autant plus épuisante qu’il faut d’un même geste maintenir à flot le bateau voisin : celui du système financier dont le destin est a priori indissolublement lié à celui des Etats.

Des marchés politiques en quête d’innovations de produits.

Il est évidemment difficile de décrire les prochaines étapes de la fuite en avant,  et comme le dirait Hegel : « nul ne peut sauter par-dessus son temps » .

Pour autant, l’une d’entre elles  vient immédiatement à l’esprit : il s’agit de la mutualisation de la dette. Le dispositif construit dans la nuit du 10 mai en constitue les prémisses puisqu’il n’est pas intergouvernemental et se trouve issu de la commission. Il n’est toutefois pas organe de mutualisation faisant disparaitre la notion même de dette souveraine. L’étape suivante sera donc la création d’un outil de la dette pour l’ensemble de la zone. Sera ainsi créee une « Agence Zone Euro » sur le modèle de l’Agence France Trésor, laquelle sera chargée de la vente de dette pour l’ensemble de la zone. Si le spread disparait, on peut aussi penser que les taux qui s’y fixeront pour les différentes maturités seront dans un premier temps plus accessibles aux Etats les plus fragiles. Le problème restera toutefois celui de la clé de répartition et des droits de tirage des divers Etats. Nombreux sont les « think tanks » ( Montaigne ; Bruegel ; etc.) qui d’ores et déjà proposent aux entrepreneurs politiques de miraculeuses solutions. Avec néanmoins de gros débats sur les marchés politiques , moins entre entreprises politiques de chaque Etat,  qu’au niveau international.

Solution d’étape qui ne résout en aucune façon la crise générale de la dette et laisse entier le heurt de plus en plus frontal entre une rente croissante et  des Etats providence qui constituent- pour partie et pour partie seulement- la rente des plus humbles et des accidentés de la crise . Le périmètre des PIB étant devenu inélastique, la rente qui se goinfre de la dette devra rogner les avantages sociaux obtenus sur les marchés politiques . Et cette inélasticité est a priori davantage le danger des « petits un peu ronds » de la zone. C’est que la rigueur des plans d’ajustement dans un contexte de crise mondiale ne laissera que fort peu de chance à une augmentation de la demande globale comme ce fût le cas dans les années 90 pour des pays comme le Canada ou la Suède. Ainsi la Grèce qui au nom de l’ajustement, pour ne prendre qu’un exemple,  connaissant  une hausse des prix interne impulsée par une  hausse de TVA (4 points), verra -en raison de l’élasticité/revenu et  prix de la demande- une diminution de la consommation globale. Et diminution aggravée par une élasticité croisée non négligeable de la demande souterraine….ce qui signifiera dans quelques mois une aggravation de sa situation. Donc une augmentation de la part de la rente dans le revenu global. Comme quoi les entrepreneurs  politiques restent dans la fuite en avant.

La solution de la mutualisation de la dette nous  fait donc passer de la fragilité en détails à la fragilité en gros. Avec toutefois cette formidable soupape de sécurité qu’est l’évolution du comportement de la BCE, laquelle aura pour effet , en cas de réussite, de maintenir la zone, tout en contenant sans doute partiellement les effets destructeurs de la rente. De quoi prolonger la fuite en avant…

Réussite effectivement  temporaire, car le remboursement de la dette étant devenu largement impossible le bilan de la BCE deviendra très lourd d’où de nouvelles inquiétudes  sur les marchés.

Mais surtout , puisque la lutte contre l’inflation est abandonnée au profit de l’achat massif de titres publics d’abords nationaux puis ensuite européens – des « Eurobonds »- le différentiel d’inflation  ne pourra qu’augmenter et élargir le fossé entre pays de la zone.

Et possiblement  une entreprise politique française gagnante

A terme des entrepreneurs politiques innovants devront prendre le risque de propositions radicales et reconnaitre l’impossibilité au moins temporaire de poursuivre une  aventure si mal engagée. La cartellisation sur l’euro des entreprises politiques jusqu’ici constatée tant au niveau national qu’au niveau de la zone devra inéluctablement disparaitre. Les entreprises politiques françaises se sont historiquement cartellisées les premières pour faire naître l’euro et en tirer beaucoup d’avantages en termes d’offre pléthorique de produits politiques : l’euro minimisait le coût du déficit qui lui-même pouvait multiplier les produits contre des voix à effet de se maintenir au pouvoir ou de conquérir le pouvoir. L’euro n’étant plus capable de minimiser le coût de la dette, le gonflement de la rente vient vider les rayons de la boutique de l’Etat- providence…. et donc ruiner la machine à capter des voix. Le prix à payer est lourd : en termes   de fréquentation des marchés politiques   ( taux d’abstention) et en termes de parts de marché ( pollution des petits partis) . Les vrais bénéficiaires de la dette ne sont plus des titulaires d’avantages sociaux à crédit,  mais des rentiers majoritairement non résidents . le nombre des bénéficiaires de l’Etat providence étant plus important ,  le pacte sur l’euro, devenu intenable, sera rompu, et l’entreprise politique française qui aura le courage d’offrir ce nouveau produit aura beaucoup de chances d’emporter la mise.            

Et effectivement, en raison d’une histoire de l’euro  qui est spécifiquement française, la probabilité de voir ce produit offert par une entreprise française  est grande. Ce qui ne veut pas dire qu’il est une promenade de santé puisqu’il passe par un conflit avec la quasi-totalité des entreprises politiques allemandes ( démocratie chrétienne, sociale démocratie, verts, libéraux démocrates) et qu’il suppose de grandes capacités de communication vis-à-vis des marché. Mais en cas de réussite cette entreprise s’inscrira dans l’histoire.  La suite du scénario est plus simple et se trouve déjà dans les pistes de réflexion de nombreux think tanks, universités, voire ministères…. Il s’agit généralement de séparer les « grands minces » des « petits un peu ronds » et de retrouver une certaine homogénéité monétaire.   Concrètement on trouverait un euromark avec l’Allemagne, la Hollande et l’Autriche, et un eurofranc  avec la France et nombre de pays de l’Europe du sud. Un taux de change revisitable permettrait à chacun des deux groupes de forger une politique économique adaptée, avec  en particulier la disparition relative d’une rente devenue, en raison du mode de fonctionnement des marchés politiques, économiquement et socialement intolérable.

Un tel scénario signifierait de grands bouleversements dans les méthodes de construction ou reconstruction de la maison Europe, dans un contexte qui restera  celui de la grande crise des années 2010, mais dont la gestion pourra s’inspirer d’une innovation de produit politique majeure .

 

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 15:46

 

 On trouvera ci-dessous le texte d’une réponse à Jean Peyrelevade, réponse effectuée sur son Blog. Jean Peyrelevade, aujourd’hui à la retraite, fût un acteur essentiel de la réflexion économique à Matignon au début des années 1980. Il fût au cours de la même décennie, président du Crédit lyonnais. Il réfléchit actuellement, dans la foulée de la grande crise, à la refondation du capitalisme et prépare un livre sur le sujet.

Bonjour Monsieur Peyrelevade ;

L’ensemble de votre raisonnement et celui de vos collègues reposent sur la grande méfiance de l’Etat, donc de ses acteurs appelés hommes politiques, vis-à-vis d’une logique de l’intérêt général. C’est ainsi que vous affirmez que dans la plupart des mondes civilisés l’outil monétaire à été retiré de la main des Etats avec en conséquence l’idée d’indépendance des banques centrales. Cela signifie une forte conviction pour l’approche du « Public Choice » et de la réalité d’un intérêt général à ne pas pervertir.

Et c’est cette conviction qui forme votre univers axiomatique et les théorèmes qui vont lui correspondre. De la même façon que « les nombres sont dans la nature » chez les premiers mathématiciens grecs…avec la crise épistémologique qui devait s’en suivre, lorsqu’il faudra mesurer la diagonale du carré… Les Etats,  sont potentiellement pourvoyeurs d’un intérêt général . Intérêt à construire ou à reconstruire, d’où vos réflexions sur la refondation du capitalisme.

La plupart des économistes acceptent cette épistémé, sauf il est vrai deux écoles de pensée : les libertariens,  d’une part, et Marx d’autre part. Si maintenant on embrasse l’axiomatique de l’une de ces deux écoles par exemple la libertarienne,  l’ensemble de vos raisonnements se trouve compromis.

Reprenons si vous le voulez bien quelques uns des points que vous abordez en réponse à mon intervention du 22 avril :

Point 2 : vous affirmez que « la bonne alimentation monétaire de l’économie suppose un appareil décentralisé de distribution de crédit convenablement alimenté en monnaie centrale » ; et vous insistez sur la capillarité insuffisante d’un système centralisé. Il est pourtant facile de répondre que ce système décentralisé fût un échec réel, et que la politique monétaire indépendante de l’Etat, celle de président Greenspan, est l’une des causes de la grande crise que nous traversons.

Point 3 : vous critiquez mon idée d’un monopole de création de monnaie centrale par le seul Etat, lui-même pouvant devenir banque centrale et distribuant des capacités monétaires aux banques. Vous en déduisez que « la monnaie centrale créée pour financer le déficit public s’ajoute et devient inflationniste » Là encore vous considérez avec l’école du « Public choice » que l’on ne peut faire confiance aux hommes politiques. Le libertarien est fondamentalement d’accord avec vous , sauf que pour lui, la solution inverse, celle que nous connaissons dans la réalité concrète, est aussi l’utilisation de la contrainte publique à des fins privées : celle de la finance, qui emprunte à un taux proche de zéro, pour acheter de la dette publique  au taux du marché, et devenir simple captatrice de rente, sa valeur ajoutée, colossale, ne devenant qu’une pirouette complètement fictive, puisqu’aucune richesse n’a été créée. Car c’est bien un acte juridique qui a créé le système décentralisé que vous appréciez, et, comme toute règle de droit , elle déplace du bien être- selon l’axiomatique libertarienne - d’un groupe vers un autre (ici, depuis les contribuables vers la finance). Il n’y a donc pas à opposer le système centralisé de Maurice Allais, à celui que vous préconisez. Il y a simplement à reconnaître que ces deux systèmes consacrent des modes d’équilibre différents entre acteurs en compétition pour le contrôle de la contrainte publique. Et le mode centralisé de Maurice Allais est tout aussi capable de limiter l’inflation et d’assurer la capillarité. Le groupe au pouvoir, pouvant par exemple décider, que le déficit public ne se conçoit que dans la limite supérieure de l’investissement public, et que l’approvisionnement en monnaie centrale des banques se réalisant dans des conditions de transparence, qui n’existent pas aujourd’hui dans le contexte d’indépendance des banques centrales . Faut-il rappeler que malgré des injonctions sénatoriales, la FED reste dans une relative opacité ? Combien a-t-elle distribué ? Et à qui ? Sans doute l’histoire révèle t’elle , ainsi que vous le soulignez , nombre de cas de caisses publiques vides associées à une hyperinflation . Mais cette situation ne fait que confirmer l’axiomatique libertarienne qui voit dans l’Etat non démocratique la violence pure et non négociée du prédateur public. La démocratie n’étant que le passage du monopole de la prédation à un marché plus concurrentiel.

Point 6 : Vous souhaitez bonne chance aux rédacteurs de la règle constitutionnelle venant limiter l’ardeur inflationniste des hommes politiques devenant de véritables banquiers centraux. Vous avez sans doute raison. Mais dans l’axiomatique libertarienne, encore un fois, la loi n’est qu’un rapport de forces. Et l’irresponsabilité politique, en particulier financière, que certains déplorent dans beaucoup de pays, est elle-même le produit d’un rapport de forces. Un autre rapport de forces pourrait, par exemple en France, transformer radicalement les règles de la comptabilité publique et responsabiliser davantage les hommes politiques. Gageons que les juristes qui ont si bien réussi à organiser- depuis maintenant près de deux siècles - l’irresponsabilité des responsables, sont aussi capables de parcourir le chemin inverse.

Point 7 : vous soumettez l’Etat à la contrainte de marché. Cela colle bien à l’univers néoclassique qui, n’expliquant pas la problématique de l’origine et du développement de l’Etat, se borne à dire qu’il joue un rôle de béquille des marchés défaillants. Vous en déduisez que l’Etat doit convaincre la société civile de lui prêter. Mais ce marché entre offre et demande de dette souveraine est encore une fois le produit d’une décision politique. C’est bien une loi, en France celle du 4 janvier 1973 qui va interdire à l’Etat de disposer d’un banquier, et va organiser sa fragilité….en créant de nouvelles parts de marché pour la finance. C’est bien une autre loi qui en créant l’Agence France Trésor en 1999 va organiser et renforcer le marché de la dette souveraine. Et la loi de finance annuelle, en confirmant et en renforçant le déficit  traditionnel, donne satisfaction aux groupes bénéficiaires du déficit…et fait la joie des 16 spécialistes en valeurs du Trésor. Là encore ces faits empiriques bruts confirment bien le modèle libertarien de compréhension du monde. Comme quoi il s’agit d’une axiomatique robuste.

Une axiomatique étant elle –même une simple idéologie, j’invite à nous méfier du modèle libertarien qui souffre aussi de difficultés épistémologiques. Le sens de mon propos était beaucoup plus modeste et pourtant très ambitieux : je refuse de discuter des théorèmes émis par ceux qui oublient la réflexion épistémologique. Et je crois que notre grande crise est aussi une crise épistémologique de très grande ampleur.

Bien à vous.

 

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 14:10

 

               

 

La soupe primitive humaine parce que fondamentalement holistique ne laissait guère de place au marché et à l’économie. Parce que l’échange marchand, à l’inverse de l’échange primitif de dons, est fondé sur la séparation, il ne saurait lui être accordé une place réelle dans la société primitive.

Beaucoup plus tard « la grande transformation » chère à Polanyi laissait entrevoir une société de marché, dés enchâssant l’individu de sa vieille communauté holistique, et autorisant ce qui allait devenir la révolution industrielle.

Ce qu’on appelle financiarisation est un processus de séparation, de mise à distance, ou d’éloignement vis à vis des contraintes de l’économie réelle. C’est que l’échange marchand , outil indispensable de la division du travail, reste dans une économie non financiarisée trop soumis aux contraintes du réel. L’investissement réel, donc  assujetti  au processus de création de valeur ajoutée à partir de ces éléments très matériels que sont les équipements, les matières premières etc, est une répression temporaire de l’échange marchand : il faut attendre la création de valeur ajoutée avant  sa mise sur le marché. Avec tous les risques associés à l’opération.

La titrisation généralisée du réel

De ce point de vue l’apparition, au 19ième siècle, des sociétés de capitaux  est une libération supplémentaire : il y a déconnexion nouvelle vis-à-vis de la réalité et l’investissement n’est plus l’anéantissement au moins temporaire de la liquidité. Déjà, la course à la liquidité comme jouissance potentielle, sans engagement.

La division croissante  du travail va fonctionner de la même façon : la prise de conscience selon laquelle le coût du recours au marché peut- dans certaines conditions – devenir inférieur aux coûts de la hiérarchie libère les processus d’externalisation et d’émiettement  de la production. Parfois jusqu’à l’infini : des entreprises responsables de marchandises pourtant bien matérielles ne produisent rien d’autre que de la coordination. Comme quoi il est possible de maitriser des actifs sans porter atteinte à la liquidité.

De ce point de vue le modèle « d’accumulation fordien », pour employer le langage des « régulationnistes », n’est pas un progrès  en ce qu’il limite sérieusement l’échange marchand. C’est que le compromis institutionnel de l’époque, ou le mode d’appropriation de la contrainte publique, selon le langage de ce blog, ne fait pas du salariat une marchandise complète : l’Etat-providence, approvisionné par des cotisations salariales, reste sur le côté, et assure une solidarité qui ne passe pas par l’échange marchand. C’est aussi que nombre d’entreprises sont possédées par des propriétaires prisonniers du capital investi, qui par conséquent sont éloignés de la liquidité. C’est enfin que nombre de processus industriels ne sont pas financiarisés, que par exemple, il faut mobiliser des fonds sur des stocks de matières premières qui ne sont pas encore des « commodities » , le risque d’évolution des cours dans le futur pesant de tout son poids.

Mais ces échanges marchands du 19ième et du 20ième siècle, sont encore ancrés sur une marchandise bien physique. Certes ils s’affolent avec la division du travail, y compris bien sûr dans le fordisme, mais ils se nouent à propos de la marchandise. L’échange marchand connait une hypertrophie par rapport à la production finale, mais il n’a pas encore pour support essentiel des titres financiers. L’objet de la présente note, n’est pas de revenir sur les causes de la financiarisation et le passage progressif de « l’accumulation fordienne » au modèle « wall Street ». Il est simplement de repérer le gonflement de la sphère financière et les questions qui en résultent.

Le gonflement, allant jusqu’au gigantisme,  est dû à la titrisation généralisée de la réalité. Tritrisation pouvant mener à une multiplication à l’infinie de la sphère des échanges marchands .Et multiplication à l’infinie,  grandement facilitée par l’irruption des technologies informatiques : Il suffit de penser au trading informatique à hautes fréquences. Cette titrisation ne se borne pas à celle des crédits hypothécaires américains et concerne l’ensemble du réel matériel. En ce sens, il s’agit d’une certaine façon,  de se débarrasser de la réalité qui n’aura plus à produire de la valeur ajoutée,  mais simplement de la valeur. Bien sûr, nombre d’entreprises furent titrisées en France par le processus de privatisation et l’irruption des fonds de pension. Mais la titrisation est aussi celle de la dette publique,  qui autorise cette autre irréalité qu’est la possibilité, pour un simple notateur privé, de déclencher une « attaque des marchés » contre les Etats. C’est aussi la titrisation de la protection sociale,  qui transforme les régimes de retraites en une infinité d’échanges de produits financiers, ou qui génère d’autres  produits financiers à partir des déficits de l’Assurance Maladie,  comme dans le cas de la CADES. C’est aussi,  la titrisation plus connue de la plupart des crédits qu’il faut sans cesse évacuer des bilans : le crédit existe bel et bien, mais tout est fait pour qu’il soit réputé inexistant. C’est aussi,  la déréalisation des stocks les plus divers,  qui peuvent se transformer en une infinité de contrats sur des marchés à termes. Et dans ce dernier cas,  il ne s’agit même plus de déréaliser mais de faire disparaitre une activité économique. Il est même possible de déréaliser des revenus et par le jeu de la constitution d’une bulle, par exemple immobilière, de compenser  une stagnation des salaires résultant elle-même de la disparition du Fordisme. Les exemples pourraient être multipliés, et il y aurait sans doute à évoquer l’infinité des produits dérivés, eux-mêmes dérivés d’autres produits voire indices et indices d’indices etc. c’est que la tirisation peut elle-même être titrisée et ce, sans limite claire. Le processus d’explosion des échanges marchands dématérialisés s’est évidemment nourri d’ entreprises d’un genre nouveau, tels les Hedges Funds ou les fonds de Private-Equity, ou les fonds de fonds etc.

Division du travail industriel et division du travail financier

L’explosion de la division du travail dans l’économie réelle,  avait déjà entrainé une explosion parallèle de la sphère des échanges. Il s’agissait toutefois de diviser  la production pour générer des gains de productivité : le « faire-faire » étant moins coûteux que le « faire ». Il est sans doute possible de se poser une question identique à propos du gigantisme financier : s’agit-il d’une division du travail générant le partage du risque,  comme il s’agissait de partager la production à l’époque du Fordisme ? Sur le théâtre pétrolier, la sphère des échanges strictement financiers, dont JM Chevalier affirme qu’elle est 35 fois plus importante que la sphère des échanges physiques, génère sans doute un partage des risques, chaque opérateur prenant simultanément une position et une couverture.  Sa profondeur (35 fois la sphère physique) est censée sécuriser  l’accès au physique lui-même. Toutefois,  la question est de savoir s’il y a gain global de productivité, par exemple par réduction massive de coûts de stockage et des investissements correspondants. On ne trouve  pas de réponse, dans le rapport sur les causes de la volatilité des prix du pétrole remis par JM Chevalier au gouvernement.  .((http://www.economie.gouv.fr/services/rap10/100211rapchevalier.pdf). Il est  toutefois  douteux qu’à l’échelle planétaire la titrisation des « commodities » ait entrainé une baisse générale des stocks, et le « Just In Time » industriel fût très probablement plus efficace. Il est moins douteux,  par contre, que le système soit aussi un terrain de jeu sur des paris concernant les prix, paris exceptionnellement protégés par des dispositions du code monétaire et financier(ordonnance 2009-15 du 8 janvier 2009 confirmant des textes plus anciens) en dérogation au code civil lui-même (article 1965).

Le gigantisme financier, pouvait ainsi apparaître comme la suite logique de l’échange marchand généralisé- sans limite-  avec l’individualisme qui lui correspond : la fin du holisme est aussi le passage de la solidarité à la simple assurance  des risques, avec pour corollaire  les paiement sur paris, et le respect des dettes de jeu,  qui doivent devenir   juridiquement sur-protégés.

Logique, car résultant aussi de la montée des risques - et de leur couverture nécessaire – liés à la mondialisation exigée par certains acteurs, notamment ceux des entreprises économiques : liberté de circulation des capitaux, taux de change flexible, risques pays etc. Mais aussi montée des risques liés à d’autres facteurs, notamment la couverture assurantielle de ce qui n’est peut être pas assurable, par exemple  les catastrophes naturelles.

Logique aussi, car résultant des dogmes des théologiens universitaires consacrés à l’autorégulation des marchés, et à l’affectation efficiente des capitaux. Dogmes qui iront tous dans le sens d’une prise de risques accrus, notamment des leviers aux dimensions impressionnantes, puisque précisément la « science » enseigne qu’il n’y  a plus de risques... Et comme le risque se doit d’être divisé à l’infini pour devenir proche de Zéro, et que les coûts de transaction sont à peu près nuls, le gigantisme des échanges financiers peut se développer sans limite. Ce qui n’était pas le cas des échanges marchands industriels dont la division du travail ne peut sans cesse être accrue, les coûts de coordination finissant par l’emporter. Et le résultat est impressionnant,  puisque de façon très approximative une seule activité – la maitrise  du risque- a pu  engendrer jusqu’à 30 points de PIB dans les pays les plus financiarisés.

Ce gigantisme est dans les apparences un aboutissement rationnel, au fond  le destin logique de l’échange, dès lors que l’aventure humaine entrainât la transformation de l’institution du don holistique et solidariste,  en échange marchand qu’il faut assurer car toujours risqué.

On peut toutefois se poser la question de savoir si cet aboutissement, n’est pas une pathologie, en ce que le système financier serait – selon l’expression d’Alain  Touraine- une « pièce qui se serait détachée du système social ».

Cohérence fordienne et incohérence financière.

L’idée de gonflement sans limite de la titrisation – donc de gigantisme-  est déjà une pathologie en ce sens qu’elle finit par être dépourvue de tout point de repère. Dans l’industrie fordienne, l’émiettement de la production n’entrainait pas le non repérage de la pièce élémentaire, laquelle faisait l’objet d’une consommation productive,  que l’on appelait consommation intermédiaire. Cette dernière était objective, mesurable, et devait donner lieu à traçabilité. Sa valeur marchande, sans doute soumise à davantage de subjectivité, ne connaissait qu’une faible variabilité. Il n’en est pas de même dans l’industrie financière, la pièce élémentaire disparaissant largement par des effets incessants de bouclage : la titrisation de titres déjà titrisés ne connaissant pas de limites, il est très difficile d’imaginer une quelconque traçabilité. Les 3 agences mondiales (Moody’s , Standard § Poor’s, et Fitch Ratings ) s’enracinant, immanquablement, dans la subjectivité pour noter les produits structurés. Il existe un grand écart entre la mesure de la qualité d’une pièce  industrielle et l’opinion d’une agence de notation concernant des  produits structurés. Grand écart lui-même conforté, entre  une valeur plus ou moins objective de la pièce industrielle, et celle soumise aux errances du mimétisme, et des foules noyées par des flots d’informations elles mêmes très subjectives, et qui  fonctionnent en boucles. Comme quoi la gigantesque construction se trouve dépourvue de fondations, d’où l’idée de « pièce détachée du système social ».

Mais il y a plus grave, car les échanges marchands dans le modèle fordien et dans celui qualifié de « wall Street » ne sont pas de même nature. Dans le premier cas, il s’agit d’une division effective du travail aux fins d’ élévation effective de la productivité. Dans le second il s’agit d’une division, non pas pour partager le risque mais bien plutôt pour le transférer. D’où la difficulté de mesurer le gain de productivité qui serait associé à l’échange. Il existe néanmoins un fait objectif : c’est bien le transfert du risque- lui-même  résultant de la marchandisation de tous les actifs imaginables- qui a permis l’endettement croissant , et en retour une valorisation accrue des patrimoines, justifiant une croissance continue de la consommation. Plus brutalement exprimé, si dans le fordisme les gains de productivités pouvaient être redistribués, et donnaient naissance à ce qu’on a appelé les « trente glorieuses », c’est l’endettement croissant, qui tient lieu de gain de productivité dans le modèle « Wall  Street ». C’est le processus de titrisation généralisée, qui a permis la mondialisation, comme la société de capitaux au 19ième siècle a facilité la révolution industrielle. Mais si la révolution industrielle a pu déboucher sur le fordisme, évidement avec le recours des marchés politiques, la mondialisation n’a pas encore débouché, ou ne pourra pas déboucher sur un fordisme mondial, le fonctionnement des marchés politiques, s’enracinant  encore sur des bases étatiques nationales.

Au niveau des Etats, l’utilisation de la contrainte publique à des fins privées, a donné lieu à un nouveau type de fonctionnement, largement favorable aux entrepreneurs de la finance, et interdisant la vieille redistribution des gains de productivité. L’entreprise mondiale titrisée, fragilisée dans son corps en raison de la titrisation possible de chacune de ses parties, obéissant à de nouvelles normes comptables,  elles-mêmes mises en place dans le cadre d’une adéquation avec la titrisation généralisée, n’a plus à redistribuer aux salariés les gains de productivité. La mondialisation (concurrence) comme les actionnaires  (nouvelle gouvernance) sont  d’ailleurs là pour lui interdire.  si l’entreprise fordienne générait des débouchés par redistribution des gains de productivité, l’entreprise titrisée laisse la place à la finance pour assurer, par un endettement croissant, les débouchés dont elle a besoin. Pour être juste, la mondialisation qui s’est servie de la titrisation généralisée,  assure aussi un « revenu supplémentaire » résultant du prix bas des marchandises importées … mais qui tuent le fordisme ancien. Comme quoi la titrisation généralisée, avec tout ce qu’elle implique, notamment la liberté de circulation du capital, est cause essentielle de la désindustrialisation des anciens pays fordiens.

La croissance est ainsi- pour l’essentiel -  non plus tirée par les gains de productivité, mais par un  endettement croissant reposant sur le transfert généralisé du risque, et impulsant un effet d’enrichissement. Le lecteur retrouve ici la logique des « subprimes »- pour le meilleur et finalement le pire -  aux USA , avec ces « clones européens » , et notamment l’Espagne.

Alors que le fordisme était un accord- utilisant certes  largement  la contrainte publique-  mais qui restait relativement cohérent, c'est-à-dire pouvant « faire société », le modèle wall street est fondamentalement un compromis boiteux,  ne pouvant déboucher sur aucune cohérence sociale.

Cohérence pour le fordisme,  en ce sens que les conflits d’intérêt sont largement arbitrés par les entreprises politiques,  qui elles même sont légitimées par le succès : intégration du plus grand nombre, « moyennisation » de la société et « containment » des conflits, croissance très élevée etc. Quelque chose comme l’idéologie d’un intérêt général peut se développer.

Incohérence pour  le modèle « wall Street » qui ne peut réellement arbitrer les conflits d’intérêts,  et ne propose que des  fuites en avant appelées  d’abord « effet d’enrichissement » et ensuite «  bulles »… de plus en plus nombreuses et de plus en plus gigantesques. Bulles suralimentées par de la dette, qui nourrit elle-même une rente dévoreuse, excluant tout compromis arbitré par les entreprises politiques, elles mêmes saignées par la dite rente. Les produits politiques (dépenses budgétaires) étant affectés de façon croissante au service de la dette publique, imprudemment titrisée depuis trente années. Entreprises politiques devenant ainsi massivement délégitimées, car incapables de promulguer l’idéologie d’un intérêt général.

L’expression d’Alain Touraine- « Pièce détachée du système social » est sans doute maladroite- la finance fonctionnant davantage comme prédation- elle reste néanmoins juste, en ce qu’elle exprime cette idée d’incohérence. Pour autant si le gigantisme financier fonctionne comme pathologie sociale, il reste aussi point d’aboutissement d’une histoire humaine, celle de la promotion de l’homme complètement délié, dans une société de marché généralisé, c'est-à-dire  l’ordre spontané hayekien.

Le gigantisme financier est le produit non attendu de la déliaison en cours. Cette dernière survivra t-elle à la crise ?

 

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