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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 14:09

 

Le temps est passé et mes lecteurs ont probablement compris que malgré toutes les précautions nécessaires (cf la seconde partie), il est impensable d’imaginer de gagner des élections sur la base d’une proposition de sortie de l’euro.

Se séparer de l’euro comme nouvel Avatar des Lumières serait un désastre électoral

 Tout ce que nous avons imaginé sur la pédagogie et finalement la lutte contre la « religion officielle » reste trop peu crédible. La raison ne peut l’emporter sur les émotions et le mensonge facile ne peut que triompher sur une  raison aussi bien abstraite qu’abrupte. C’est dire que la panique (prétendument et imaginairement régulée par l’utilisation de l’article 16 de la Constitution) verrait, dans la rigueur de cet outil, le motif majeur du rejet du parti osant proposer de telles solutions.

Si l’article 16 a pu être un authentique vecteur de résistance démocratique en 1961 lors du putsch des généraux d’Alger, comment expliquer qu’il pourrait être utilisé aujourd’hui alors que nulle liberté formelle n’est menacée ?

Comment expliquer que son utilisation à l’inverse de celle de 1961 aboutirait à moins de liberté ? Comment expliquer qu’il faut instaurer un contrôle des changes, alors que l’euro est quasi universellement perçu comme une nouvelle liberté ? C’est qu’il est très difficile de démontrer que la fin de la croissance, la dette, la nouvelle difficulté de faire société, etc. sont conséquences logiques de la monnaie unique….et tellement plus facile de constater concrètement que l’euro simplifie la vie et élargit l’éventail des possibles.

L’euro n’est donc pas une contrainte, une souffrance qui en ferait un bourreau, mais un droit fondamental, un objet rendant plus universel l’idée de « liberté frappée » donnée aux monnaies particulières de jadis.

Il faut donc introduire dans le programme des élections présidentielles une toute autre approche qui, pour autant, devra s’ancrer sur la nécessité d’un dépassement lui-même forgé dans la rigueur et l’honnêteté intellectuelle.

Et de ce point de vue, cette autre approche, devra reprendre nos développements sur l’idée d’une impossible réforme de l’euro, en particulier l’impossibilité d’imposer les nécessaires transferts entre nations excédentaires et nations déficitaires[1].

Le contournement des transferts interdits

C’est dire que toutes les explications -auprès des électeurs - de l’impossible fonctionnement de l’euro-zone  restent essentielles, mais qu’à l’inverse, au lieu d’en conclure qu’il faut mettre fin au dispositif, il faut au contraire trouver une solution permettant l’équivalent d’un transfert….qui toutefois n’en serait pas un réellement…. S’il y avait transfert – l’équivalent de 15 plans Marshall avions nous annoncé[2]- la question de l’euro ne se poserait pas et, à terme, un retour à l’équilibre à l’intérieur de la zone serait pensable. Ce transfert, payé par quasiment la seule Allemagne est bien évidemment impossible, mais est-il possible de lui découvrir un substitut plus acceptable pour cette même Allemagne ?

La réponse est affirmative et consiste à dire qu’il peut être créé - de par la BCE et les banques centrales de l’euro-zone-  de la « monnaie sans dette » pour un montant équivalent à ce qui serait exigé pour le rétablissement de l’équilibre et donc une réelle convergence entre Etats de la zone.

Proposer une création monétaire massive ne reposant sur aucun actif serait bien davantage que du QE, lequel n’est que du rachat de titres orienté autour du sauvetage des banques et des Etats. Parce que simple échange de monnaie contre titres, le QE est amortissable, même si dans les faits, il est probable que certains titres soient de nulle valeur . A l’inverse, une création monétaire non appuyée sur des titres, revient à une quasi-subvention au profit des Etats déficitaires. Son idée est relativement ancienne et fait suite à l’image « du déversement de monnaie par hélicoptère » de Milton Friedman et Ben Bernanke, ce qui est devenu dans la littérature l’ « Helicopter Money ».

Concrètement, la communication du Front National reposerait ainsi sur la refonte du système européen de banques centrales. Une refonte pouvant se borner à la possibilité offerte, aux banques centrales nationales des pays déficitaires, d’ émettre de la monnaie au profit d’investissements ayant vocation à assurer la convergence, et donc assurer que le taux de change de 1 contre 1, qui est celui de la monnaie unique, devienne réaliste. Sur le plan communicationnel il y a  bien un projet positif : l’euro est une construction maladroite mais il est possible de réparer et de maintenir l’ouverture et les libertés qu’il était censé apporter.

Gagner des voix par la mise à mort de l’ordo libéralisme[3].

Une telle proposition va bien sûr à l’encontre de la « religion » et naturellement de l’Allemagne. On peut citer en vrac tous les arguments qui vont la contester :

- Les traités interdisent le financement direct des Etats ;

- Il est impossible d’émettre de la monnaie sans actif correspondant ;

- Il n’est pas concevable d’avoir des banques centrales avec fonds propres négatifs ;

- Il faudrait recapitaliser les banques centrales et en particulier la BCE, or l’Allemagne n’acceptera pas de payer ;

- La dette publique est une matière première fondamentale pour la finance et l’épargne ;

- etc...

Au-delà, d’autres arguments seraient  évoqués :

- « l’Helicopter Money » ne peut que signifier une hausse généralisée des prix ;

- le non amortissement, donc le non remboursement fait disparaitre tous les coûts d’opportunité et garantit l’inefficience généralisée dans le choix des projets ;

- les Etats déficitaires ne reçoivent aucune incitation permettant l’alignement progressif sur les Etats du nord de la zone.

- La concurrence « libre et non faussée » est détruite par une monétisation pouvant toucher sélectivement les entreprises ;

- Le principe général de l’argent-dette est malmené et le système bancaire peut être marginalisé par un capitalisme d’Etat ;

- Etc.

Cette avalanche d’arguments peut évidemment être évoquée, expliquée et surtout tenue en échec par, une fois encore, le retour à la raison : « l’helicopter money » était d’un usage fort banal au XX ième siècle ; il n’existe aucune exigence de passif sur les banques centrales, et donc l’argument de recapitalisation n’a aucun sens ; « l’Helicopter money" doit se transformer impérativement en production, plus particulièrement en investissements générateurs de croissance et donc en alignement progressif sur l’Europe du nord. Etc.

Bien davantage encore, un grand souci de pédagogie permettra, par comparaison, de montrer qu’un « helicopter money » est autrement efficient que les QE d’aujourd’hui, lesquels aboutissent :

- à une distorsion des prix des actifs (les banques centrales n’achètent que des actifs peu risqués et laissent sur le marché les primes de risques) ;

- à un accroissement considérable de la liquidité engendrant bulles et volatilité croissante ;

- à une non descente de cette liquidité vers l’investissement productif.

Gagner des voix en mettant l’Allemagne au pied du mur

Par contre, ce qui dans ces explications - les plus simples et les plus pédagogiques possibles  - ne pourra pas être contesté est l’opposition radicale de l’Allemagne. D’où des propos extrêmement clairs qu’il faudra savoir tenir et qui, cette fois, ne seront pas pénalisants électoralement : si l’Allemagne s’oppose à ce qui permettrait un fonctionnement harmonieux de la zone, alors nous nous dirigerons vers son démantèlement. Il s’agit de mettre l’Allemagne au pied du mur et de montrer que dans cette hypothèse, elle est – et elle seule - responsable d’un éventuel futur désastre aux conséquences planétaires.

Résumons les propositions susceptibles d’entrainer une adhésion :

1) Parce que l’euro réduit considérablement l’éventail des choix et qu’il conteste  la démocratie, Il n’est pas aujourd’hui possible de construire un programme politique sérieux et honnête sans évoquer la question de l’euro.

2) Parce que des trésors de pédagogie n’arriveront pas à contester son visage de nouvel « Avatar des Lumières », il est suicidaire de proposer aux électeurs sa mise à l’index et son démantèlement.

3) Le chemin du succès électoral dans l’honnêteté, consiste donc à élaborer une stratégie respectant les croyances populaires, tout en détruisant l’ordo libéralisme allemand qui préside à sa construction et à son ancrage dans la durée.

4) Les transferts impossibles, parce que bloqués par l’ordo libéralisme, sont activés par un moyen détourné : la fin de l’indépendance des banques centrales désormais chargées de monétiser les déficits des Nations du sud de la zone.

4) L’Accord de monétisation proposé dans le programme prévoit des conditions qualitatives à détailler et à réglementer, mais qui surtout ne concernent que les seuls investissements réels susceptibles de rétablir les équilibres dans le respect de la contrainte écologique, essentiellement l’agriculture et l’industrie.

5) S’agissant de la France, pays qui est le seul à supporter des dépenses militaires au bénéfice de toute l’Europe, l’accord proposé prévoit une monétisation exceptionnelle dans les industries de la défense.

5) Ce même accord prévoit des clauses quantitatives (par exemple combinant poids du PIB et déséquilibres, avec bien sûr monétisation interdite pour le nord) inscrites dans la durée : la monétisation cesse lorsque le taux de change intra-zone de 1 contre 1 devient crédible.

6) Le refus potentiel de l’Allemagne renverse le paysage électoral : ce n’est pas la France qui veut quitter l’Euro mais l’Allemagne qui ne supporte pas le changement institutionnel.

7) Le chemin proposé concernant la question de l’Euro doit être expliqué dans ses détails. Il suppose pour cela de former un grand nombre de personnes susceptibles d’exposer clairement la problématique et de répondre dans un souci de grande honnêteté aux questions des électeurs.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 09:41

 

Quand nous parlons d’élections nous parlons de la mère de toutes c’est-à-dire  l’élection présidentielle.

2 sortes de problèmes se posent : le contenu du discours d’une part, et la façon dont il est reçu d’autre part. Ces deux problèmes sont maintenant liés : la façon de parler agit sur la réaction des acteurs, mais inversement le comportement des acteurs va rétroagir sur le discours.

S’agissant d’un projet d’abandon de l’euro et de ses effets sur les électeurs, les comportements ne sont certes pas connus ex-ante, mais par contre  on connait  l’éventail des possibles. Ce dernier passe de l’absence de toute réaction (comportements économiques et sociaux inchangés) à des mouvements de déstabilisation ou de panique (spéculation gigantesque avec toutes ses conséquences en tous domaines)

La connaissance de l’éventail des possibles permet alors la construction de scénarios et de discours associés. A priori, c’est bien évidemment celui qui « contient » (au sens de « containment ») la panique qui doit être valorisé, l’inverse signifiant un échec électoral majeur.

Maintenant la probabilité de l’occurrence de la panique est grande puisque nous  sommes  dans un espace de rationalité très limitée : l’euro est affaire de religion avec des acteurs ou des prêtres intéressés au développement de la panique.

Le discours portant sur la proposition de la fin de l’euro se doit par conséquent être extrêmement construit….y compris en expliquant les risques de panique qui en seraient les conséquences….avec les outils pratiques censés la contenir.

Expliquer sereinement le probable couple panique/spéculation.

Ce point de vue a déjà été abordé dans le blog et les différents articles qui se sont attachés à le développer montrent que de fait la sortie ne peut se faire que sur le mode panique. Pour autant il faut durant la campagne électorale aborder la question de la sortie comme question à proposer aux partenaires européens. Non pas une question sur l’autorisation qui serait donnée à la France de quitter l’euro système : l’autorisation est juridiquement impossible, mais  d’une décision du peuple français. La candidate du Front National doit par conséquent simplement déclarer que si elle est élue, elle entamera les consultations nécessaires afin d’assurer le transfert de souveraineté monétaire selon un mode organisé. Il ne s’agit pas de claquer la porte mais si possible de la refermer en douceur et de passer à d’autres formes de coopération.

Une version plus modérée, celle qui sera sans doute retenue est de déclarer qu’en tant que présidente élue, elle organisera un référendum sur le maintien de la France dans la zone. Cette version plus douce allonge la période dangereuse de transition. Mais une hypothèse  réaliste est de considérer que la spéculation commencera dès les résultats de l’élection présidentielle, c’est-à-dire avant le référendum.

C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de déclarer au préalable, c’est –à-dire durant la campagne, que si la spéculation et la panique se développent, une utilisation immédiate de l’article 16 de la Constitution de la 5ième République sera décidée. On peut même imaginer que cet Etat d’urgence soit déclaré, avant même l'installation de la présidente, par le biais d’un accord avec le président sortant dont on peut penser qu’il serait soucieux du respect des engagements du nouveau quinquennat.

Sans spéculation entre le résultat de l’élection présidentielle et le référendum, l’utilisation de l’article 16 est néanmoins importante car elle seule permet , aves l’immédiateté nécessaire,  de trancher définitivement et placer le reste de la zone , en fait l’Allemagne, face au choix de la liquidation de la monnaie unique ou de son maintien sur une base très rétrécie.

Bien expliquer le mécanisme de l’article 16 comme arme de résistance démocratique

Le scénario de la panique étant infiniment probable, il est fondamental que la candidate du Front National décrive  immédiatement les effets à attendre de son probable déclenchement : l’explication de la montée des taux sur la dette souveraine, l’impossible fonctionnement de l’Agence France Trésor, la fuite massive des capitaux et la montée du solde TARGET2, le gel des projets d’investissements, l’insolvabilité brutale du système bancaire français, etc. Chaque évènement de panique anticipée se devra d’être expliqué de façon détaillée….révélant ainsi qu’au moment de son déclenchement les paroles correspondent bien aux faits… et que la violence de l’article 16 est bien justifiée. Bien expliquer les formes de la panique est preuve de compétence.

Et le mécanisme de l’article 16 doit être expliqué de façon précise en particulier les conditions de sa mise en service :« menaces graves et immédiates » qui pèsent sur les institutions de la république, et atteinte au fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Il faut aussi  en expliquer son extraordinaire portée : pleins pouvoirs du président qui prend « les mesures exigées par les circonstances ». Mais aussi insister sur les limites : consultation préalable du premier ministre, des présidents des deux assemblées et du Conseil Constitutionnel, possibilités d’interventions ultérieure de la part de ce même conseil ou mobilisations de parlementaires, etc. Il faut aussi expliquer le pourquoi de la mobilisation d’un outil fort rarement utilisé : saisie provisoire de la Banque centrale,  et du système financier, contrôle des changes, etc. Il faut enfin expliquer que cette mobilisation s’achèvera lorsque le gouvernement nouveau et le parlement, le résultat du référendum étant connu,  pourront gérer le fonctionnement normal des institutions. Ce qui peut également signifier le maintien de l’euro si tel devait être le résultat du référendum….

Ce travail fondamental doit se faire parallèlement à celui, tout aussi pédagogique, du pourquoi d’un rétablissement de la souveraineté monétaire.

Expliquer la cause principale du mal vivre ensemble.

En la matière  il est essentiel de partir du point de vue des agents qui victimes de l’euro ne se rendent pas compte de l’identité du bourreau. Il faut donc commencer par les problèmes de l’emploi, de la précarisation, de la réduction du périmètre des services publics, du repli communautaire et de la ghettoïsation,  etc. Questions qu’il convient de rattacher à une croissance qui n’est disparue que dans la seule zone euro. Des comparaisons avec le reste du monde doivent par conséquent mettre en avant cette étrange spécificité. Il faut ainsi bien expliquer que la croissance disparue, celle qui crée des emplois et des recettes pour l’Etat Providence, est corrélée avec la mise en place de l’euro-zone. Passer beaucoup de temps à détailler tous les liens, les relations de cause à effet, les exemples, etc. sera essentiel à la crédibilité de la candidature.

Il conviendra ensuite de démontrer, de façon rigoureuse et indiscutable, que l’auteur principal des problèmes quotidiens, l’euro, est bien un bourreau.

Expliquer que la zone euro est un bourreau

Ainsi il faudra répondre aux injonctions issues du catéchisme courant (« on ne peut plus être cigale et il faut impérativement devenir fourmis », « nous n’avons plus les moyens », « il faut savoir se serrer la ceinture » etc.) par le fait que la zone vit en dessous de ses moyens et qu’elle fournit une part croissante dans l’épargne mondiale. Chiffres à l’appui, il est essentiel de révéler le plus concrètement possible que les citoyens de la zone sont globalement des fourmis, et que les « sacrifices » imposés par la religion de l’euro sont injustifiés. Ils sont donc bien le fait d’un bourreau.

Expliquer que le bourreau ne peut se métamorphoser en personnage sympathique: l'euro n'est pas réformable.

Plus difficile, mais ô combien essentiel, sera de montrer que le bourreau ne peut pas se transformer en personnage sympathique. Il faudra donc des trésors de pédagogie pour montrer que la croissance ne pourrait  revenir que s’il existait un système de transferts à l’intérieur de la zone et que ces transferts sont de fait interdits. Il faut ainsi montrer que l’Allemagne n’est pas un bourreau heureux mais un Etat-Nation qui n’entend pas renoncer aux avantages que la monnaie unique lui à conférée jusqu’ici. C’est sans doute la partie la plus difficile d’une campagne électorale qui se doit d’être la plus honnête et la plus pédagogique possible. Et il faudra, concernant ce sujet, savoir s’entourer des spécialistes reconnus internationalement.

Il faudra enfin montrer qu’il n’y a pas de solution et que le seul effet du fonctionnement de l’euro-système produit une aggravation continue de la crise, avec des effets délétères en termes d’inégalités à l’intérieur des pays et entre pays, en termes de communautarisation et de ghettoïsation. Il faudra ainsi être patient et prendre le temps d’expliquer que tous les mécanismes mis en place depuis le déclenchement de la crise ne sont que des moyens de gagner du temps, et temps qui dans un même mouvement accumule des mégatonnes supplémentaires au profit de l’explosion à venir. Il faut donc bien explique que sortir de l’euro maintenant est préférable à son explosion demain. Parmi les mécanismes mis en place depuis 2009, il faudra insister sur l’émission de liquidités émises par la BCE, bien expliquer qu’il s’agit d’un processus de création ex-nihilo dont les seules fins sont bien le soutien d’un système financier qui lui-même n’est pas en mesure de soutenir l’économie réelle. Bien expliquer cela et de façon très détaillée est important pour mieux comprendre par la suite l’impérieuse nécessité d’en finir avec l’indépendance des banques centrales.

Il est maintenant évident que la campagne électorale ne doit pas transformer l’euro en bouc émissaire et qu’il faudra expliquer que le retour à une meilleure qualité du vivre ensemble suppose des changements importants dont certains pourront être douloureux. La campagne devra donc aussi se décliner en mode projet avec la construction d’un chemin nouveau à emprunter : le vivre ensemble suppose la construction d’un avenir défini comme désir partagé.

(A suivre)

 

 

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 13:33

 

Les partis souverainistes sont évidemment les seuls à pouvoir évoquer la question du retour aux monnaies nationales. Position de confort mais aussi position de cantonnement.

Il s’agir d’une position de confort car ils bénéficient des difficultés des partis traditionnels bloqués dans la cage de fer de la religion de l’Euro. Plus de débats sérieux sur les politiques monétaires et budgétaires, sur la fiscalité, sur l’environnement, etc , débats devenus bavardages se métamorphosant et se sublimant dans des « réformes structurelles » qui elles donnent lieu à des analyses et réalités, éloignant leurs auteurs de nombre d’électeurs, malgré l’aide de médias défenseurs de la religion officielle.

Parce que le catéchisme, même universalisé bien au-delà de l’espace européen est devenu suspect, ces partis et plus particulièrement le PS sont les constructeurs du succès du Front National. Une réalité semblable se dessine progressivement dans le reste de la zone y compris l’Allemagne avec l’AFD. Bien au-delà du cas français, l’avenir des partis traditionnels se trouve dans des coalitions : l’euro ne permet aucune alternance possible, et cette alternance interdite sera de plus en plus garantie par des alliances entre partis traditionnellement opposés sur les marchés politiques. D’où la grande transformation des partis dits de gauche en droite classique. De fait il s’agit de construire un mur pour empêcher l’épanouissement de cet ennemi commun que serait le populisme anti-euro. Et plus le mur est apparent et plus l’idéologie d’un populisme dangereux devient suspecte auprès des victimes de la crise.

Mais il s’agit aussi d’une position de cantonnement car si le vécu des électeurs est globalement de plus en plus difficile dans la plus grande partie de la zone, globalement le sud, d’autres bénéficient du dispositif, en particulier les classes dominantes ou rentières allemandes. Et le vrai problème est que la puissance du catéchisme reste solide tant elle s’inscrit sur les traditions les plus éprouvées : « on ne peut dépenser davantage que ce que l’on produit », « il faut régler ses dettes », « on ne peut vivre aux dépends des générations futures », « il faut travailler plus »….et donc « les peuples du sud doivent se comporter avec le sérieux des allemands », etc….

L’analyse des causes – complexes - de la réalité supposant une grande rigueur et un minimum de formation dans le domaine des sciences humaines, le catéchisme, largement véhiculé par les médias et les entrepreneurs politiques traditionnels, l’emporte logiquement sur la raison. Entre un mensonge simple et une vérité difficile à démontrer c’est le menteur qui l’emporte.

Que les convergences promises par les adeptes de la « terre promise » deviennent des divergences abyssales ne gênent pas les menteurs. La réponse est simple et les solutions seraient - quand on est sérieux- à portée de main : Semestre Européen, Mécanisme européen de stabilité, Union bancaire, activisme de la BCE, etc…pour celles déjà en place. Mais aussi pour demain: union des marchés de capitaux, système commun d’assurances-dépôts, voix unique sur la scène financière internationale (FMI), etc…

Quels citoyens se trouvent suffisamment armés pour montrer que ces « outils de convergence » n’expriment qu’une volonté de simples équilibres financiers protégeant l’Allemagne de l’envoi vers le sud de l’équivalent de 15 plans Marshall…un versement consacrant son suicide ? Les partis souverainistes et bien sûr le premier d’entre- eux, le FN en France, se trouvent ainsi bloqués dans leur ascension : leur nombre d’électeurs peut devenir important car le malaise devient gravissime, mais parler de la cause la plus importante, l’euro, est délicat. En parler c’est s’attaquer frontalement à la religion. Se séparer de l’euro c’est proposer en 1700 , dans le royaume de France, la séparation de l’église et de l’Etat. Pour autant ces partis ne peuvent renoncer au programme de démantèlement de la zone euro : les propositions mises en avant devenant aussi peu crédibles que celles des partis traditionnels. Ne pas parler de l’euro, c’est de fait s’aligner sur les partis traditionnels et donc être en déficit de crédibilité. En parler c’est porter atteinte à un puissant mouvement religieux….et donc ne pas conquérir le pouvoir.

Briser le triomphe des menteurs devient ainsi la grande question que doivent aborder les partis souverainistes, en particulier le Front National.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 14:30

J'ai ici répondu à un ensemble de questions concernant la mondialisation, l'euro, la Chine,etc.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans conférences et débats
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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 08:25

 

 

Résumé.

L’organisation bruxelloise souvent désignée par le mot « Europe » est un outil efficace de reconfiguration des vieilles structures étatiques. Ces dernières ne sont ni détruites ni  homogénéisées. A l’inverse, elles se « spécialisent » et anéantissent le vivre ensemble qui était pourtant la finalité de l’organisation sus-visée.

 

La construction européenne, plus particulièrement dans sa dimension Euro zone, est une machine reconfiguratrice des modes de capture des Etats. Ces derniers, en particulier ceux concernés par la dite construction, furent, au cours de leur très longue période historique de gestation, d’abord accaparés par des entrepreneurs politiques classiques, princes ou  monarques, définissant et redéfinissant des frontières au terme d’alliances et de stratégies guerrières.

La décomposition des 4 piliers de ce qu’on appelle un « Etat ».

Dans ce contexte historique, la progressive montée des Etats nations, devait aboutir à ce que l’on définisse, au vingtième siècle, un Etat par 4 capacités  fondamentales : celle de créer une monnaie, celle d’établir la loi, celle de rendre la justice, et enfin la capacité de déclarer et faire la guerre.

On sait aussi que les formes brutales de capture se sont progressivement « civilisées » : les entrepreneurs politiques,  aux prises  avec leur finalité  d’accroissement de la puissance prédatrice, devant composer avec des groupes sociaux de plus en plus larges, les premiers étant les entrepreneurs de la finance et de l’économie. C’est ainsi que les modalités concrètes de la capture des Etats se sont progressivement enrichies, avec marche progressive vers ce qu’on appelle « l’Etat de droit », puis la démocratie, cette dernière  étant précisément le mode d’accaparement ou de capture démocratique des outils de la contrainte publique. D’où l’expression libertarienne selon laquelle la démocratie serait la possibilité pour une majorité « d’exploiter » une minorité.

L’édifice européen  s’est d’abord construit sur la volonté de mettre fin à la quatrième capacité fondamentale des structures étatiques : supprimer la guerre comme réalité inacceptable. Nombre d’entrepreneurs politiques ont pu ainsi asseoir leur capacité à se reproduire au pouvoir, et donc leur légitimité,  à partir de ce premier renoncement à la pleine souveraineté.

Mais la construction européenne se devait toutefois d’aller beaucoup plus loin en raison de la place de plus en plus importante que devaient prendre les entrepreneurs de la finance et de l’économie. Commencée avec un curieux mélange de considérations politiques (la question allemande) et économiques (l’établissement d’un grand marché) la CECA devait pouvoir élargir son champ de compétences pour aller, dans un premier temps, jusqu’au Traité de Rome.

Dans ce type de configuration, les entrepreneurs politiques sont bien sûr toujours présents, mais ils acceptent progressivement leur démonétisation comme prix de leur reconduction au pouvoir. A ce titre, la capture des Etats devient extrêmement partagée et la loi comme la Justice doivent se conforter à des métarègles bruxelloises dont le contenu est de plus en plus décidé par d’autres groupes sociaux.

La mise en place d’une monnaie unique est, probablement, le couronnement de la démonétisation du politique, lequel sera désormais asservi aux règles de la finance et de l’économie : les 4 piliers de ce qu’on appelle « l’Etat »  sont bel et bien en voie de disparition.

On aurait toutefois tort de considérer que la disparition soit complète. Les entrepreneurs politiques et les Etats en lambeaux qu’ils chevauchent encore,  pouvant  être utiles pour nombre d’acteurs. C’est ce que nous proposons d’appeler « processus de reconfiguration des Etats ».

S’il y a domination de la finance et de l’économie, le politique se trouve simplement asservi dans des espaces de « post-souveraineté », difficiles à définir, mais dont le contenu règlementaire se doit de protéger l’essentiel des libertés économiques : libre-circulation des marchandises, des capitaux et des hommes. Ces libertés ont une conséquence : faiblesse de la capture fiscale désormais concurrencée par les autres espaces de post-souveraineté, absence de solidarité entre espaces excédentaires et espaces déficitaires, asservissement par colonisation interne ou externe des restes des structures étatiques les plus vulnérables.

Ces quelques réflexions peuvent être illustrées par l’observation de quelques situations empiriques telles le Luxembourg,  la Grèce ou l’Espagne, structures étatiques qui ont pu faire  récemment l’actualité.

 

Le Luxembourg : coloniser l’Etat pour ne pas payer.

La situation géographique du Luxembourg a toujours fait de cet espace une zone tampon entre grands Etats prédateurs classiques : Duc de Bourgogne, Habsbourg, empire allemand,  monarchie française et empire napoléonien, etc.

 La construction européenne fut, pour le Luxembourg, une opportunité de nouvelles captures, gigantesques par la taille, et relativement réparties entre tous les acteurs présents et étrangers. L’entrepreneuriat politique fut consolidé et stabilisé par sa stratégie de braconnage fiscal des autres Etats en reconfiguration. Le « Tax ruling », le système bancaire, le « shadow banking » et la logistique financière sont  devenus une gigantesque industrie exigeant de très nombreux emplois de très haut niveau (juristes, financiers, statisticiens, etc. , dont les revenus anormalement élevés « ruissellent » sur des activités de services qui génèrent l’essentiel d’un PIB dont le niveau par habitant est 2 fois supérieur à celui validé en Allemagne. Un PIB artificiel fait de prédations et de paris sur différences de prix.

Il s’agit d’un processus de colonisation interne : Les innombrables étrangers ne sont pas des colonisateurs classiques (45% de la population totale). Ils utilisent un reste de souveraineté pour transférer des fonds issus du reste du monde et de la zone euro en particulier. Ils utilisent les services de l’Etat non pas pour l’asservir mais pour être protégé par ce qui lui reste d’autonomie : la possibilité de dessiner une frontière juridique dans les espaces règlementaires les plus avantageux et uniquement dans ceux-là. Une frontière juridique  elle -même conférée par l’absence de souveraineté des autres Etats : Le Luxembourg n’a pas à craindre une intervention militaire de la part des victimes du braconnage. En ce sens, la perte de la quatrième capabilité des Etats, celle   de mener la guerre, est un élément fondamental de la reconfiguration de l’Etat du Luxembourg. Historiquement pauvre, il était victime des grands prédateurs de l’entrepreneuriat politique du moment (Napoléon en fera un simple département). Aujourd’hui très riche, il ne craint plus les anciens prédateurs et se trouve protégé dans sa propre pratique prédatrice. Dans cette forme de reconfiguration, le non-respect de la contrainte publique la plus ordinaire, le paiement de l’impôt, devient droit positif.

La Grèce : coloniser l’Etat pour être payé.

Le cas de la Grèce est fort différent. Il n’y a pas d’étrangers qui conçoivent des accords de prédation fiscale avec des entrepreneurs politiques qui, contre rémunération, (tax ruling) accordent le braconnage de la fiscalité des Etats étrangers. Il y a à l’inverse des fonctionnaires étrangers qui depuis un hôtel édicte les règles du jeu du marché politique grec. Il s’agit ici d’une colonisation non plus pour moins payer mais pour être payé.

Parce que la construction européenne est l’asservissement de l’entrepreneuriat politique par les entrepreneurs de la finance et de l’économie, la grande question de la gestion des excédents et des déficits n’a pu être réglée comme cela se faisait à l’époque des Etats nations, c’est-à-dire par des transferts manifestant la solidarité entre des citoyens habitants des régions différentes et de niveaux de développement différents.

Les entrepreneurs politiques allemands ont bien eu le devoir de mettre en place chez eux les  métarègles européennes. Par contre, ils n’ont pas reçu l’ordre de mettre en place un système de transfert garantissant le bon règlement des marchandises que l’industrie allemande déverse sur la Grèce. Un tel système, allant contre les intérêts de nombre d’acteurs allemands (entrepreneurs économiques bien sûr qui n’ont pas envie de payer des impôts pour la Grèce, mais aussi tous les autres acteurs et ce, pour les mêmes raisons) il n’était pas question qu’il devienne métarègle européenne.

Bien évidemment le résultat est connu : sans transfert dans un espace où l’Etat est historiquement d’une très grande fragilité en raison de la mémoire laissée par 450 années de lutte contre le pouvoir Ottoman, la faillite est au bout du chemin. Le transfert ne peut devenir métarègle, mais la concurrence se devant de rester libre et non faussée, une concurrence aboutissant à un énorme surplus allemand,  la solution est donc la colonisation directe afin d’imposer la dévaluation interne comme seule possibilité d’assurer le fonctionnement du système. Le nouvel « Etat » grec est ainsi un protectorat avec des entrepreneurs politiques qui ne sont plus que des marionnettes actionnées par des fonctionnaires appliquant les métarègles.

La Catalogne : créer un Etat pour ne plus payer.

Il s’agit ici d’une reconfiguration par sécession. La relative disparition des 4 piliers fragilise, bien sûr considérablement, les structures étatiques les plus récentes ou les plus contestées historiquement. De ce point de vue, l’Espagne est une structure fragile avec des revendications identitaires dans nombre de provinces. A cette structure fragile se sont  ajoutées les métarègles bruxelloises.

Si maintenant, l’inondation de la société par  l’économie est plus aisée dans une province que dans une autre, il est clair que l’on retrouve la situation de l’Allemagne par rapport au reste de l’Europe. On peut ainsi dire que la Catalogne est à L’Espagne ce que l’Allemagne est au reste de l’Europe.

La Catalogne exporte beaucoup vers l’Espagne (50% du total de ses exportations) et importe assez peu du reste de l’Espagne. Un peu comme l’Allemagne par rapport au reste de l’Europe. Toutefois comme la Catalogne reste dans un espace de solidarité, il est évident que des transferts importants existent entre la Catalogne et l’Espagne. Ces transferts essentiellement fiscaux représenteraient 16 milliards d’Euros. Rien de très choquant pour un Etat nation classique. Mais, transferts devenus insupportables pour des acteurs qui cessent d’être citoyens dans un Etat dont la légitimité est contestée par l’existence des métarègles. Parce que l’européisme développe dans un même geste l’ouverture des marchés et la fin de la citoyenneté, donc le repli sur soi, le temps des fragmentations est arrivé et la Catalogne, comme l’Allemagne, ne peut accepter les transferts. D’où une exigence d’indépendance.

De fait, l’incertitude qui va probablement se prolonger, devra aussi intégrer le fait que la rupture comporte  des coûts en termes d’économies de transactions : déplacement de sièges sociaux, mise en place d’institutions spécifiques, telle une banque centrale, etc., et bien sûr des coûts de négociation avec l’organisation bruxelloise qui, elle, soucieuse de sa propre reproduction devra choisir.

On le voit, les reconfigurations sont multiples et d’autres exemples pourraient être exposés (Italie, Belgique et même Grande Bretagne). Ce qu’il faut toutefois retenir est, bien évidemment, que ce sont les structures étatiques les plus fragiles, fragiles par la taille, ou par l’histoire, qui sont davantage prisonnières de l’étau de la reconfiguration.

 

 

 

 

 

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 13:02

 

L’Histoire enseigne que la monnaie est initialement un objet politique qui va d’abord servir au règlement de la dette des sujets envers le Prince. Les premières pièces vont ainsi, assurer le paiement des mercenaires au titre  du service de la guerre, circuleront vers des marchands, et reviendront vers le prince sous la forme de l’impôt. Nous avons déjà souligné qu’il s’agissait de la première forme de "circuit du Trésor". Le Prince choisit le véhicule ou le vecteur assurant le paiement de la dette des sujets envers lui. Historiquement, en raison de la compétition entre les princes, ce véhicule sélectionné sera le métal précieux.

Le Plan B de Yanis Varoufakis dont il a présenté quelques contours au NYT en Aout dernier relève un peu de cette logique de « circuit du Trésor ».

Mais pourquoi créer une monnaie parallèle en Grèce?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord connaitre la situation bancaire Grecque telle qu’elle va apparaitre à la fin du printemps et au début de l’été 2015.

La crainte d’une sortie de la zone euro précipite les départs de capitaux vers le nord de la zone et aggrave la préférence pour les billets. Parallèlement l’endettement laisse progressivement la place aux défauts : parce que l’activité se réduit les échéances deviennent insupportables pour nombre d’acteurs, échéances non réglées qui mettent en difficultés d’autres agents, etc.

Concrètement les comptes bancaires (entreprises et ménages) se vident au profit de comptes bancaires ouverts à l’étranger ou se transforment en billets supplémentaires. Cette fuite réduit à zéro le compte des banques à la Banque centrale….invitée à l’abonder en permanence pour alimenter de nouvelles fuites. 

Sachant que la théorie économique nous apprend que la masse monétaire se trouvant sur les comptes est la contrepartie de crédits (les crédits font les dépôts), il est clair que le système bancaire grec se trouve avec des crédits douteux à l’actif du bilan, crédits qui sont la contrepartie de dépôts… désormais partiellement à l’étranger ou qui ont fui le système grec. Bien au-delà de l’insolvabilité du système bancaire grec c’est aussi- mais aussi de façon très théorique- l’insolvabilité de la Banque centrale.

On sait que le colmatage des fuites fut, au cours de l’été, l’imposition d’un contrôle des capitaux et la restriction de la conversion des dépôts en billets.

C’est dans ce cadre qu’est intervenu le projet non abouti du plan B de Varoufakis.

En attachant un compte numérique au code fiscal de chaque acteur (entreprises, ménages,etc.) le ministre de l’époque se proposait de créer un « circuit du Trésor » sans lien avec le système bancaire ni même sans lien avec la Banque centrale.

Prenons un exemple. Le circuit aurait pu fonctionner de la façon suivante : Une entreprise de fournitures militaires qui met en difficulté ses propres fournisseurs- parce que le Trésor grec est en position d’illiquidité et se trouve incapable de payer en faisant débiter le compte qu’il possède à la Banque centrale- se voit désormais payée directement par le Trésor. Ce dernier alimente en monnaie électronique le compte de l’entreprise concernée, monnaie avec laquelle ladite entreprise pourra régler ses dettes, ce qui permettra de régler d’autres dettes des fournisseurs situés plus en amont. La monnaie ainsi créée a pour propriété d’assurer la disparition d’une chaine de dettes immobilisant l’activité économique. En bout de chaine le retour de la solvabilité des acteurs permet le paiement directement au Trésor de l’impôt qui lui est du. Sans « aide » de la BCE, sans aucune autorisation de « l’euro-système » l’illiquidité du Trésor est ainsi vaincue.

Véritable retour à l’antique « circuit du Trésor » qui marquait la naissance de la monnaie dans les premières configurations de l’Etat.

En théorie le plan B de Yanis Varoufakis permettait aussi de se libérer de la dette publique dans sa dimension marchande c’est-à-dire celle passant par la finance internationale. En effet les échanges –échanges inter-entreprises notamment - auraient pu se généraliser à partir du compte numérique de chaque entité. Ce faisant un système de paiement alternatif se serait mis en place au détriment du système bancaire, système de paiement incorporant la gestion de la dette publique elle-même. Les comptes de chaque entreprise auraient désormais assuré un minimum de liquidité au Trésor. Et ce  minimum aurait pu être élargi par la possibilité d’inviter les entreprises à basculer une partie de leurs dépôts bancaires dans le compte désormais possédé au sein du Trésor, versement moyennant bien sûr une rémunération pour le service rendu.

Cette rémunération aurait pu tout simplement devenir une diminution de la pression fiscale.

Le plan B fût comme on le sait refusé et son inspirateur devait apparaitre comme un conspirateur à éloigner, voire à sanctionner. Varoufakis n’est plus ministre et s’est même trouvé menacé de connaitre les foudres de la justice.

De fait le rétablissement d’un « circuit du Trésor » en Grèce n’est pas chose simple.

Le premier défaut du plan Varoufakis est qu’il ne pouvait pas fonctionner sans la violence du cours forcé. Il serait difficile pour l’entreprise de fournitures militaires d’accepter le paiement numérique sans passer par les banques classiques, et ce pour la simple raison que « l’Euro du Trésor » vaut moins que celui de la BCE. La solution sera donc l’injonction :on ne discute pas avec le Trésor, ou la négociation: Le Trésor accorde un paiement en « euros-Trésor » supérieur au montant de la facture initiale. Sans l’injonction, et la violence correspondante, un taux de change « Euro-Trésor »/Euro BCE se met en place et se généralise avec tous les fournisseurs….lesquels pourront ultérieurement négocier avec le Trésor pour reporter les pertes de changes sur le montant de l’impôt….Le système est donc probablement générateur d’inflation. Sans compter les salariés qui bien évidemment pourraient manifester quelque mécontentement à être payés en « Euro-Trésors ».

En second lieu, la mauvaise monnaie chassant la bonne, la solution au maintien du service de la dette en bonne monnaie suppose le recours déjà indiqué : Le Trésor grec doit inviter au basculement d’une partie des dépôts restés dans le système bancaire vers les comptes numériques. La rémunération d’un tel service, au-delà d’un taux de change qui apparait spontanément suppose, comme vu plus haut quelque chose comme l’équivalent d’une baisse de la pression fiscale. Il n’existe pas d’autre solution car, victime de la loi de Gresham, le Trésor grec se trouverait rapidement exclu de tout accès à la bonne monnaie.

La troisième difficulté, et de loin la plus importante, est évidemment que « l’Euro-Trésor » ne règle en aucune façon la question de l’accès aux échanges internationaux. Il est vrai que « l’Euro-Trésor » peut initier un retour à la liquidité en autorisant l’extinction d’une chaine de dettes internes, de quoi aussi améliorer les bilans bancaires. Par contre , de par ses effets extrêmement négatifs sur le climat des marchés, d’une part, et de ses effets inflationnistes d’autre part, il est difficile d’imaginer que « l’Euro-Trésor » puisse régler la question de la compétitivité de l’économie grecque.

La conclusion de cette affaire de plan B est qu’il est illusoire de croire que l’on peut contourner ou plus exactement éviter un affrontement brutal avec les autorités européennes. La BCE, probablement sous l’ordre des autorités monétaires allemandes, a étranglé le système bancaire grec jusqu’à la commune décision de fermer les banques. Face à une telle situation, Il n’existe  pas de médecine pour soulager l’étranglement , et la seule solution est de couper la corde. Concrètement il est impérieux de réquisitionner la Banque centrale, de la saisir, et dans un même geste de détruire l’Eurosystème.

 

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 15:20

 

On évoque de plus en plus la difficulté pour la Chine de s’orienter vers un nouveau modèle de développement. Il s’agit de passer d’un modèle extraverti vers un modèle plus auto centré. Une réalité qui se vit déjà puisque le rapport X+M/PIB[1] est passé de 65% en 2006 à 50% en 2010 et qu’il ne sera plus que de 40% en 2015.

Mais aussi un passage de plus en plus difficile que semble attester le très fort ralentissement de la croissance, un peu plus de 2% selon Patrick Artus (NATIXIS).

Nous voudrions montrer dans le présent article qu’il existe non une corrélation mais un lien de cause à effet entre hausse des salaires, chute du rapport X+M/PIB, chute de la croissance, et difficulté de construire une très large classe moyenne protégée par un Etat social puissant.

L’étincelle.

En simplifiant beaucoup une réalité infiniment complexe, on peut considérer que si brutalement existe dans une économie, un doublement des salaires ne représentant jusqu’ici que, par exemple  30% du PIB, on assistera dans le court terme à une hausse des prix de toutes les marchandises produites et consommées.

A court terme, sans modification de la mobilisation des facteurs de la production et sans gains de productivité, il faut s’attendre à une hausse de prix de 30%. En effet les salaires passent de 30 à 60 points de PIB et, toutes choses égales par ailleurs[2], l’expression monétaire du PIB passe de 100 à 130.

Le choc externe.

Le niveau général des prix étant plus élevé il affectera les exportations dont le volume variera  aussi en fonction de l’élasticité-prix. Dans la mesure où les exportations chinoises sont encore dans la gamme inférieure, la substituabilité est très forte ce qui signifie une élasticité élevée de la demande internationale. Si nous prenons pour cette dernière la valeur de  -1,25[3], cela signifie sur la base des exportations  2006[4] ( 35,65 points de PIB) une baisse potentielle de 37,5% des exportations ( -1,25X30), lesquelles ne vont plus représenter que 22,28 points de PIB , soit une chute de 13,33 points de PIB. Chiffre considérable.

Les importations sont aussi théoriquement affectées par le doublement des salaires et la hausse consécutive  des prix internes. Elles doivent logiquement bénéficier d’un effet revenu et d’un effet de substitution. Au-delà, et contradictoirement, elles vont surtout être affectées d’un effet mécanique consécutif à la baisse des exportations. N’oublions pas en effet qu’en sa qualité d’économie extravertie baignant dans un système mondialisé d’optimisation des chaines de la valeur, la chine est d’abord exportatrice de produits issus d’ateliers d’assemblage de matériaux importés. Les importations sont donc aussi  liées au flux des exportations, selon un multiplicateur de 0,35 d’après  l’OCDE. Finalement le passage de l’extraversion à l’auto centrage parce qu’agissant selon 2 forces de sens contraires peut être estimé sans grands effets sur les importations.

Au total la variation de la demande externe qui fait suite au doublement des salaires est de  - 13,33 points de PIB.

Le Choc interne.

Ce choc externe est toutefois à comparer au choc interne, qui lui, correspond à la hausse des salaires…et à ses effets sur les autres agents économiques.

A priori la demande interne augmente au rythme de la hausse des salaires, soit 30 points de PIB, et donc la demande interne augmenterait plus rapidement que ne se réduit la demande externe. C’est oublier 2 éléments, la hausse des prix qui fait dissocier salaire nominal et salaire réel d’une part, et l’impact d’une augmentation du cout du travail sur la demande d’investissements.

En termes réels, les salaires qui représentaient 30 points de PIB n’en présentent pas 60 après doublement mais 60/130 soit 46 points de PIB. Le choc positif interne à l’initiative de la dépense des salariés n’est plus que de 16points de PIB soit un niveau à peine supérieur à l’effet négatif du choc externe (16 contre 13 ,33).

Bilan et menace réelle.

Toutefois le nouveau partage salaires/ profit au détriment des profits réduit considérablement l’incitation à investir. D’où une chute de l’investissement productif.  Nous sommes donc dans une situation de déséquilibre macroéconomique qui doit d’abord se traduire par des surcapacités dans les branches produisant des biens capitaux comme l’acier ou le béton.

C’est dire que sans intervention gouvernementale massive le taux de croissance ne peut que s’effondrer. Le passage de l’extraversion à l’auto centrage est ainsi extrêmement difficile.

Mais les chinois aiment épargner.

De fait la difficulté apparait aussi grande si l’on enrichit le petit modèle présenté en y introduisant le comportement d’épargne des salariés chinois.

Si l’on suppose que la moitié de la hausse des salaires est épargnée, la hausse des prix se trouve plus faible et l’expression monétaire du PIB n’est plus de 130 mais de 115.

Cela signifie une moindre réduction du flux des exportations (- 1,25X 15= 18,75 % de baisse) , et au final une demande internationale qui ne chute que de 6,88 points de PIB.

Toutefois ce choc externe plus faible est à comparer au choc interne. En termes réels le doublement du salaire assorti de l’effet déflationniste de l’épargne fait que désormais le poids du salaire dans le PIB se trouve être de 60/115 soit 52 points de PIB, sur lequel l’épargne viendra contracter la demande globale. Au final les deux effets contradictoires sur la demande interne sont de 22 – 11 (épargne) = 11 points de PIB. L’écart entre les 2 chocs (externe et interne) est faiblement positif (11- 6,88= 5,12) mais là encore la nouvelle répartition salaires/profit fait s’effondrer l’investissement productif, et à sa suite celui de la croissance. D’où l’interventionnisme d’un Etat chargé de masquer la crise de surproduction par le développement de lourds investissements publics.

Quelles conclusions pouvons-nous tirer ?

Le pouvoir chinois dispose d’énormes moyens pour mettre en place un Etat providence facilitant le passage au modèle que l’occident a pu construire au cours des 30 glorieuses : il lui suffit d’utiliser l’énorme épargne internationale accumulée lors de la phase extravertie de son développement. A priori ces énormes moyens pourraient aussi maintenir la croissance.

Curieusement il les utilise davantage selon les habitudes prises dans la phase antérieure : infrastructures colossales à rendements décroissants, constructions, etc.  Plutôt que vers la construction d’un Etat social : retraites, santé, etc.

Il est urgent mais très difficile de sortir de l’étape de la transition.

Urgent, car désormais il faut rapidement monter en gamme pour ne pas être concurrencé par les nouveaux pays émergents dont les taux de salaires sont plus faible. Mais on sait aussi que la montée en gamme se réalise par les services lesquels sont moins porteurs de gains de productivité…. La simple stagnation des salaires en Chine ne permettra pas la chute de ses parts de marché.

Très difficile car la baisse de l’incitation à investir diminue les chances d’une hausse de la productivité limitant la dite concurrence. Avec la grande difficulté pour Un Etat de se substituer à l’entreprise dans un monde beaucoup plus complexe que lors du démarrage des 30 glorieuses en Occident. Cette très grande difficulté risque d’engloutir une bonne parti du surplus accumulé lors des 30 dernières années. Elle risque aussi de laisser en panne la construction d’une authentique et très large classe moyenne en Chine.

L’accumulation auto centrée accoucheuse d’un Etat social était une phase beaucoup plus aisée dans l’Occident du début des 30 glorieuses :  gains de productivité très élevés en raison de la nature de l’accumulation de l’époque, une accumulation industrielle- plus simple que celle d’aujourd’hui- et non de services ; absence de nouveaux émergents et de concurrence ; plus largement un milieu international guidé par le « plan mondial [5]» américain qui nourrissait avec ses surplus[6] les demandes renaissantes sur des économies détruites par la guerre.

La Chine, en raison de son poids à largement bénéficié du dépeçage volontaire des anciens pays à développement auto centrés. Elle a nourri son modèle extraverti de ce dépeçage. Elle aura beaucoup de mal à construire un authentique développement auto centré.

 


[1] Dans le langage classique des économistes, X est le total des exportations et M le total des importations.

[2][2] Hypothèse bien sûr extrêmement simplificatrice mais qui permet de comprendre le raisonnement de base.

[3] Sources : Natixis.

[4] Nous prenons l’année 2006 de façon sans doute arbitraire mais elle est néanmoins  l’une des dernières à correspondre à la Chine des bas salaires.

[5] Expression que nous empruntons à l’excellent ouvrage de Yanis Varoufakis « Le minotaure planétaire », Editions du Cercle ; 2015.

[6] Plan Marshall.

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 07:28

Les réactions se font vives autour de la proposition de Jacques Sapir de construire un "Front de libération nationale" pour en finir avec le drame de l'Euro.. Nous voudrions en termes de questions/réponses succinctes ajouter notre pierre à cette démarche.

Question :Est-il possible aujourd'hui d'évoquer un projet politique sans aborder la question de l'Euro?

Réponse: Non.

Pourquoi?

-Parceque l'euro réduit à trop peu de choses l'éventail des choix politiques;

-Parceque l'Euro est la clé de voute d'un édifice complet qui, de fait, met fin à la démocratie.

Question: Est-il possible aujourd'hui de créer un front puissant contre l'Euro?

- Reponse: Difficilement.

Pourquoi?

- Un front n'émerge que face à un véritable ennemi clairement repérable, or l'euro, simple bouclier d'une réalité autrement complexe n'a pas le visage de l'ennemi clairement identifié;

- Un front n'émerge que dans l'évidence des faits, or l'Euro revêt le masque  de la sagesse et du progrès.

 

Question: Est-il possible de développer un raisonnement solide dans le cadre du paysage politico-médiatique acteul?

Réponse: Non.

Pourquoi?

-Parceque les rencontres et joutes politico-médiatiques mobilisent davantage les émotions que la raison;

-Parceque le système médiatique est mono-centré sur le seul européisme, et défend - souvent sans le savoir - les intérêts gigantesques qui sont dans l'ombre de la monnaie unique;

Parceque la fin de l'Euro ne peut être obtenue que par une démarche préalable d'effacement de sa gangue quasi religieuse.

                                                      Quelles solutions?

Réponse:

-Mettre fin au brouillard qui interdit l'action collective ;

-Shunter radicalement le dispositif médiatique qui conforte l'interdit de la raison;

- Profiter des prochaines élections régionales pour organiser des soirées/séminaires sérieux dans un maximum de territoires

Thèmes abordés:

- Pourquoi mettre fin à la monnaie unique?

- Les difficultés posées par la fin de l'Euro;

- Le système monétaire et financier à reconstruire;

- Les perspectives pour la France et pour le Monde;

Forme pédagogique:

- Partir des problèmes quotidiens des citoyens, des entreprises, de l'Etat, et les resituer dans le corps de règles qu'impose le fonctionnement de l'euro;

- Rendre ainsi bien identifiée et visible la nouvelle forme de la "main invisible";

(Exemples: Les salaires, l'emploi et le taux de change disparu; Les entreprises et la libre circulation du capital; la dette publique et l'indépendance de la banque centrale.)

- Aborder sans détours l'ensemble des difficultés liées à la disparition accidentelle ou décidée de l'Euro, et comparer ces difficultés avec le développement de celles liées à son maintien.

(Exemple: analyse comparative des effets de la dévaluation interne par rapport à la dévaluation externe)

- Montrer que la "réforme de l'Euro", sa démocratisation, est politiquement impossible, et que même sa transformation en monnaie commune est utopique;

- Construire des scénarii sur le monde de l'après Euro: quelles politiques économiques? quel ordre international? Le tout étant aussi de montrer que la fin de la forme présente de mondialisation n'est pas un repliement sur soi, mais aussi la condition nécessaire du respect des peuples et de la démocratie, la possibilité de se projeter dans l'avenir, etc.

Effets attendus de telles rencontres:

- Prise de conscience collective d'une rupture par rapport aux bavardages classiques;

- Obligation - sous pression médiatique - pour tous les partis politiques de se repositionner et de communiquer avec plus de sérieux;

- Désacralisation de l'objet Euro: il est enfin possible d'en parler avec sérieux et honneteté;

- Rendre possible l'émergence d'un authentique "front anti-euro": il n'est pas un sympathique outil d'échanges mais une menace devenue directe sur la république.

Les
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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 13:17

 

 

Les surcapacités de production semblent devoir constituer le souci principal de nombre de branches professionnelles en Chine : Industrie Automobile, bâtiment, acier etc. Parallèllement les réformes structurelles en Europe continuent de triompher avec l’exemple grec. Olivier Passet , dans sa vidéo : « La crise chinoise met l’Europe face à ses responsabilités mondiales » ( Xerfi, 24/0915) est l’un des rares observateurs à voir dans ce double mouvement le paradoxe de la crise planétaire de surproduction.

Profitons-en pour rappeler la réalité des choses : le déséquilibre entre offre et demande agrégée qui s’est progressivement construit autour de la mondialisation. Une réalité très éloignée de la vision produite par les spécialistes qui recherchent la clé dans des lieux où elle ne se trouve pas. Bornons-nous à quelques grandes étapes en insistant sur les rapports entre offre et demande.

La première étape est celle qui permit d’en finir avec la crise précédente et va assurer les « 30 glorieuses ».

1) « L’Etat –Nation fordien développé » et le « sous-développement ».

Tout a été dit sur cette phase qui correspond aussi à l’après seconde guerre mondiale, il est donc inutile d’insister. Signalons simplement que cette étape est celle d’une garantie de l’équilibre entre offre globale et demande globale par forte redistribution de gains de productivité abondants. La montée d’une Etat social servira aussi d’assurance de débouchés : les entrepreneurs économiques paient une prime d’assurance garantissant des débouchés croissants,  (taxation de l’activité et en particulier du travail s’agissant plus particulièrement de la France) assurance qui sera aussi celle des entrepreneurs politiques qui se produisent et se reproduisent au pouvoir en construisant le produit politique « Etat-providence ».

Parce que l’on en est encore au stade de l’Etat-Nation, cela suppose aussi de lourds transferts entre régions, et au final un processus d’homogénéisation renforçant l’équilibre entre offre globale et demande globale. Au niveau mondial, cette étape se caractérise par une croissance forte de ce qu’on appelle les pays développés et beaucoup plus faibles, pour ce qu’on va à l’époque appeler pays de la périphérie ou pays sous- développés : entre 5 et 7 ou 8% d’un côté et moins de 3% de l’autre. Sur le plan monétaire, le modèle allemand[3] ne s’est pas encore mondialement imposé : «  la loi d’airain » de la monnaie[4] est abandonnée et la création monétaire, qui est le fait des banques centrales et des banques de second rang, est bien présente pour assurer la croissance.

Cette croissance monétaire est bien sûr une croissance par endettement, mais celui-ci est contenu par une inflation qui participe largement de la répression financière de l’époque.

2) Mondialisation acte1 : L’émergence du couple USA/Chine.

Ce que certains ont appelé le « mariage de Wal-Mart et du parti communiste  chinois »[5] marque l’une des premières étapes de la forme moderne de la mondialisation.

Il s’agit de la première grande rupture entre offre globale et demande globale. La production chinoise est appelée à devenir très supérieure aux débouchés nationaux. Pour les USA, les choses deviennent complexes : La croissance de la production peut encore se maintenir car la  concurrence  des importations en provenance de chine créent suffisamment d’effet-revenu au profit des salariés qui peuvent ainsi alimenter une demande domestique supplémentaire. Toutefois on se dirige vers un déficit extérieur et une demande interne appelée – sauf ouverture croissante du crédit et de la dette - à  se comprimer. Avec le temps cette compression se fera croissante: les salaires américains se bloquent avec une contrepartie en termes de revenus qui devient facteur de blocage de la demande.  le déficit, quant à lui, correspond à une production et un revenu  associé qui n'est plus assuré sur le territoire américain, donc une demande potentiellement déclinante. Les USA consomment et la Chine produit.

Déficit d’un côté et excédent de l’autre, il peut encore y avoir un équilibre mondial tant que « l’armée industrielle de réserve chinoise » ne heurte pas plus frontalement les salaires américains.

Cette étape 2 concerne les années 80 lesquelles voient un redéploiement de la croissance : Les taux baissent dans les vieux pays développés et montent dans les autres : environ 3% contre 8 à 10 d’abord chez les « tigres asiatiques », ensuite et surtout en Chine. La création monétaire doit bien sûr suivre, et à l’endettement qui ne fait que suivre la croissance il faudra ajouter l’endettement du aux premiers lourds déséquilibres : l’Asie  finance de façon croissante l’endettement américain, le moteur de l’immense machine à recycler se trouvant à Wall-Street.

3) Mondialisation acte 2 :L’ère des bulles.

L’expression de « pays sous-développés » n’est plus seulement remplacée par celle de  « pays émergents » car nombre de ces derniers deviennent « pays émergés ». Sans toutefois, sauf pour certains d’entre-eux,  devenir des Etat-Nations fordiens classiques. Ainsi la Chine verra la part des salaires dans le PIB devenir l’un des plus faibles du monde : 35%. Son équilibre ne peut donc résulter que d’excédents extérieurs de plus en plus massifs.

 Le déficit américain devient abyssal, car l’économie américaine absorbe une bonne part des excédents chinois, lesquels participent activement à la désindustrialisation du pays, avec en corollaire : le blocage de longue période des rémunérations et l’explosion des inégalités.

Désormais toutes les autoroutes de la mondialisation fonctionnant sans péages [6], le nouveau capitalisme voit le principe moteur  de la concurrence passer des gains de productivité à celle de la course à la baisse des salaires. C’est tout le sens qu’il faut donner à l’allongement considérable des « chaines de la valeur », et au primat du « Buy » sur le « make » : il faut sans cesse externaliser et transformer radicalement l’entreprise, qui devient de plus en plus un corps apparemment démembré[7]. Le déséquilibre planétaire devient difficilement gérable et la production croissante voit ses débouchés se restreindre de façon massive.

Toutefois la crise est refoulée par la montée considérable du crédit et de l’endettement qui en découle : une bulle de dettes sur laquelle sont branchés tous les nouveaux instruments d’une créativité financière qui n’est plus muselée par la répression de jadis. Les salariés américains, dont beaucoup sont devenus précaires, continuent de consommer grâce au crédit. L’Etat fédéral poursuit ses dépenses militaires pharaoniques grâce à l’épargne chinoise. Dettes publiques et privées, s’épuisent à maintenir le niveau de demande mondiale globale garantissant la croissance de l’activité.

Cette dernière reste déséquilibrée en faveur des pays émergents (plus de 10% pour la Chine), avec toutefois maintien d’une croissance non négligeable, dopée par la dette dans les anciens pays développés (surtout les USA qui maintiennent durablement des taux supérieurs à 3%).

4) Mondialisation acte 3 : Explosion de la dette et fragile digue des Etats.

Inutile de rappeler les évènements de 2008/2009 tant ils sont connus. Les entrepreneurs politiques devenus dépendants de l’industrie financière [8], et parfois même se confondant avec les dirigeants de cette dernière [9], font le choix du « Bail-out ». Il en résulte que l’immense dette privée qui se cachait dans la bulle devient dette publique et vient accroitre le poids des charges qui accablaient déjà certains Etats fort endettés [10]. La spéculation sur la dette privée, devient aussi spéculation sur les dettes publiques, avec attaques sur les parties les plus fragiles de la grande digue des Etats : la dette européenne. La zone euro devient ainsi un lieu privilégié, avec prise de conscience par la spéculation que nombre de dettes publiques ne sont plus soutenables. Les entrepreneurs politiques de la zone, ardents défenseurs de la conception allemande de la monnaie, défense qui est aussi celle des grands gagnants de la mondialisation, adoptent à la hâte des mesures d’austérité visant à contenir la vague des déficits et le service de la dette correspondant. Chaque point de PIB de dépense publique gagnée dans la course à un désendettement impossible à atteindre, devient un point de demande globale en moins, d’où- sous l’effet du multiplicateur budgétaire-  l’aggravation de la crise. Ce qui était la première économie du monde devient la zone la plus dépressive du monde, zone qui en raison de son poids, vient affaisser des croissances mondiales déjà sur le déclin. Le prétendu « rétablissement », utilisant y compris des bricolages statistiques [11], n’est que l’aggravation planétaire de la crise. D’où la nécessité de construire de nouvelles digues.

5) Mondialisation acte 4 : La construction de la digue des banques centrales et ses effets.

Parce que la mondialisation est devenue une logique de destruction, creusant un fossé de plus en plus large, entre offre globale mondiale et demande globale mondiale, fossé que les Etats ne sont plus capables de combler par des déficits, il faudra mettre en ordre de bataille les banques centrales chargées de monétiser ou racheter de la dette. Cela commence très tôt avec la FED et 3 « quantitative easings » laquelle sera suivie par les banques d’Angleterre, puis du Japon et  enfin la BCE et ses « LTRO » et autre « OMT » ou encore taux d’intérêts négatifs. Le comblement du fossé entre offre globale et demande globale se mesure à la démesure croissante des bilans des dites banques centrales : plus du quart des PIB des Etats correspondants et la moitié du PIB japonais pour la banque du Japon.

Commencée avec la mise en place des autoroutes de la finance, et donc la fin de la répression financière et de l’euthanasie des rentiers, la mondialisation poursuit sa course destructrice, en  revenant vers cette dernière  de façon imprévisible et inattendue : Les Etats, y compris ceux du sud de l’euro zone,  retrouvent des conditions d’endettement qui ne sont plus celles de la loi d’airain de la monnaie[12]. De la même façon les entreprises non financières voient leur rentabilité augmenter en raison de la baisse des taux[13]. A l’inverse, la menace est grande pour les fonds de pension à prestations définies et les compagnies d’assurances. La nouvelle euthanasie des rentiers permettrait ainsi de ne plus évoquer stupidement le « sacrifice des générations futures »- les ménages jeunes bénéficient de taux faibles- et « l’égoïsme des ainés », qui cigales plus que fourmis, auraient scandaleusement endettés leur pays.

Conclusions

A l’échelle mondiale aucune  des mesures envisagées ne correspond à la bonne clé d’une sortie de crise et le fossé entre offre globale et demande globale ne cesse de s’élargir : le processus de dislocation ne s’achève pas. Il est même conforté par la digue ultime des banques centrales….des établissements dont le passif n’est jamais exigible[14]… Plus clairement encore, la course à la baisse mondiale de la part des salaires dans la valeur ajoutée peut se poursuivre [15], et la logique de destruction continuer : expulsion de ceux qui bénéficiaient d’un Etat-providence, d’un emploi stable, d’une appartenance à la classe moyenne, etc. Mais aussi expulsion des entrepreneurs politiques classiques désormais supplantés par des gangs ou « formations prédatrices » [16] faites d’une élite mondialisée, hors-sol, bénéficiant de capacités systémiques surpuissantes et finalement peu maitrisables[17] : banquiers, juristes, comptables, mathématiciens, journalistes, dirigeants de grandes entreprises, informaticiens, physiciens, lobbyistes, etc.[18]. Au total expulsion de la démocratie au profit d’une oligarchie, avec maintien, voire sacralisation de droits de l’homme dans leurs versions les plus épurées, c’est-à-dire anglo-saxonnes. Le triste spectacle de la Grèce est là pour le confirmer.

Plus proche de l’Europe, cette nouvelle donne n’entraine évidement aucune solution à la crise de l’euro. Les pays du sud ne peuvent en aucune façon espérer de soulagement dans la course à la baisse des salaires par une modification du taux de change : il faut imaginer l’impensable et le cruel retour à des époques que l’on croyait révolues. Non seulement l’Europe du sud doit accepter la dévaluation interne exigée par l’Allemagne[19], mais elle doit aussi subir les assauts d’un processus plus vaste encore, celui imposé par l’écart croissant entre offre et demande planétaire. La Grèce souffre de l’imposition du modèle allemand…mais une souffrance aussi augmentée des difficultés des « émergés ». Les chinois auront-ils encore les moyens de racheter Le Pirée ?

Dernier point : la nouvelle euthanasie des rentiers ne peut être une incitation à l’investissement productif. Constatons que si la baisse des taux a permis aux entreprises non financières (ENF) d’accéder à une rentabilité plus élevée, l’investissement ne peut s’envisager sur la base d’une demande globale en réduction, déficit d’investissement qui en retour affaisse davantage encore la demande globale mondiale et fait grandir le fossé avec l’offre correspondante.[20]

Et la France dans tout cela ?

La France se trouve de plus en plus mal placée, certains osant même affirmer qu’elle devient le "pays dernier de classe". Dans la guerre de la mondialisation les plus hardis peuvent relativement moins perdre que d’autres. Ainsi la baisse des salaires en Espagne permet de rétablir un semblant de compétitivité et  laisse à ce pays l’ambition de devenir une petite Chine. Le même raisonnement peut se faire pour d’autres pays qui se « réforment » plus vite que d’autres : les petites Chines peuvent se multiplier. La Tchéquie n’est –elle pas parvenue au plein-emploi ?  D’où les lamentations concernant une France qui n’arrive pas à se réformer, qui connait encore une hausse des salaires et qui en contrepartie encaisse des déficits publics et  extérieurs croissants, avec le chômage qui lui est associé….  au grand soulagement des petites Chines qui voient leur stratégie couronnée de succés….Merci la France qui, difficilement intégrée dans la mondialisation, en accepte pourtant la charge croissante: elle encaisse sous forme de déséquilibre extérieur et de chômage les exportations croissantes des petites Chine.

La clé de la sortie de crise est introuvable si l’on se borne à ne la rechercher que là où la lumière du lampadaire se fait suffisamment vive.

Certains pensent en avoir trouvé une dans le maquis des réformes qui pour l’essentiel concernent la baisse des salaires pour leur pays ou –par effets de gains de productivité-  imposent de telles baisses aux pays clients  moins productifs. Toutes ces clés, peut-être utiles à l’échelle d’un pays, produisent un drame planétaire. Les pays émergés connaissent ainsi un étouffement de la croissance, avec dans certains cas- le Brésil par exemple mais plus encore aujourd’hui la Chine- l’apparition d’une étonnante stagnation…. D’où le développement de théories acadabrantesques concernant la chute de la « croissance potentielle".....

 

[1] « Refusons les vieilles recettes de la vieille gauche taxophile », Le Monde du 25 juin 2014.

 

[2] « Le socialisme de l’offre est une impasse », Le Monde du 25 juin 2014.

 

[3]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-independance-des-banques-centrales-et-paradigmes-culturels-117604632.html

 

[4]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-d-airain-de-la-monnaie-medium-n-34-janvier-2013-114312510.html.

 

[5] Expression que nous devons à Jean- Michel Quatrepoint.

 

[6]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-agonie-du-fordisme-forme-de-l-etat-et-gigantisme-financier-2-77358419.html

 

[7] La « tête » dans un pays, un bras sur un autre dans un autre continent, une jambe dans un troisième, etc.

 

[8]Phénomène bien expliqué dans l’ouvrage de Christian Chavagneux et Thierry Philipponnat : « La capture » ; La Découverte ; 2014.

 

[9] Cf. l’étude de Daron Acemoglu (MIT) : « The value of Connections in Turbulent Times: Evidence from the United States, NBER Workink Papers n° 19701, novembre 2013.

 

 

[10]D’autres qui l’étaient peu le deviennent brutalement en raison du sauvetage financier : USA, Irlande, Espagne, etc.

 

[11] Parmi ces derniers signalons la redéfinition des règles comptables pour le calcul des PIB, (par exemple les dépenses de recherche et développement sont désormais comptabilisées dans la FBCF) ce qui entraine une croissance « inédite », et les exceptions aux règles de calcul du déficit pour les pays les plus en difficulté notamment la Grèce. De quoi améliorer les images statistiques et donc de rassurer.

 

[12] D’où les prétendus retours triomphaux des Etats du sud de la zone euro qui connaissent des taux enfin abordables, tandis que la France n’a jamais connue de taux aussi bas qu’en ce printemps 2014.

 

[13] Cette baisse aurait représenté 20% de la croissance des entreprises américaines entre 2007 et 2012. Cf l’article de Martin Wolf déjà cité.

 

[14] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-oui-le-passif-d-une-banque-centrale-est-non-exigible-une-aubaine-pour-la-finance-121560542.html

 

[15] D’où le blocage des nouvelles et importantes classes moyennes des émergents : Chine, Brésil, etc. ..concurrencées par de nouveaux salariés des nouvelles périphéries : Vietnam, Bengladesh, Ethiopie, etc. Pour ne prendre qu’un exemple la nouvelle classe moyenne chinoise se trouve désormais exposée à la baisse des salaires américains (l’écart de cout unitaire étant passé de 17,1$ en 2005 à 6,9 en 2012…écart  disparaissant avec les couts américains de l’énergie, d’où les nouveaux investissements chinois dans le sud des USA) mais aussi à l’énorme compétitivité de ses voisins immédiats (Vietnam et Cambodge) dont les salaires très inférieurs aux salaires chinois justifient les massives délocalisations chinoises vers ces pays pour l’industrie du jouet ou du textile. A une échelle plus réduite la moyennisation de l’espace européen devient avec l’euro, un leurre, et l’écart de 1à 20  (selon XERFY) entre les 10% les plus pauvres (plutôt des ménages portugais) et les 10% les plus riche (plutôt des ménages allemands et luxembourgeois) ne va guère se réduire avec les politiques d’austérité. Et que dire de la Grèce ?

[16] Terme emprunté à Saskia Sassen dans son ouvrage : « Expulsions. Brutality and complexity in the Global Economy »; Harvard University Press ; Mai 2014.

 

[17]L’industrie financière dérégulée est en effet non maitrisable y compris par ses acteurs, lesquels sont parfois inquiets d’une création à la fois voulue et subie. De la même façon qu’un accident nucléaire développe des évènements hors de contrôle, un accident financier développe des conséquences non planifiables.

 

[18] Cette élite mondialisée hors sol - bien sûr investie dans l’immense industrie financière -  n’est évidemment pas victime de l’euthanasie des rentiers. Cette élite vit en effet moins de taux que d’écarts de prix. Parce que l’industrie en question vit de la recherche de l’information, elle patauge nécessairement dans les marécages des délits d’initiés et autres conflits d’intérêt. C’est cette matière première qui fait l’immensité de sa prédation, une prédation vis-à-vis de  laquelle les « régulateurs » s’avèrent impuissants.

 

[19]Laquelle détenait le record des inégalités dans les grands pays industriels et vient seulement d’être rattrapée par les USA, ce qui explique aussi, partiellement, son attitude vis-à-vis d’une Grèce dont les ménages disposeraient d’un patrimoine trop important (Cf le rapport OCDE présenté dans les Echos des 2 et 3 mai 2014).

 

 

[20] Ajoutons que les investissements programmés ne sont pas orientés vers la productivité et, la  « destruction créatrice » chère à Schumpeter, est toujours annoncée… et peu constatée. Cf. à cet égard les thèses actuelles développées par Peter Thiel, Garry Kasparof, Robert Gordon mais aussi Jean Paul Pollin et tant d’autres, qui insistent sur l’idée de longue stagnation en matière de technologie et d’innovation. Ces idées sont aussi confirmées par l’estimation de la qualité des emplois crées en France à l’horizon 2018 (Cf. le rapport McKinsey d’Avril 2014) qui révèle clairement le choix de branches non porteuses de gains de productivité (Maintenance et entretien, services aux particulier, hébergement et restauration, santé, etc.).

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans textes de portée générale
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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 06:41

 

Résumé des conclusions :

- La réduction des déséquilibres entre zones économiques inégales et de même monnaie suppose des transferts.

- Machines à homogénéiser, les Etats voient dans les transferts une source de légitimation.

-L’euro chevauchant des zones économiques inégales correspondant à des souverainetés différentes contrarie le fonctionnement normal des Etats.

- L’Etat de l’économie la plus performante ne peut que s’opposer à des transferts.

- l’union monétaire produit de la désunion économique entre nations.

- L’union monétaire fabrique un ensemble articulé « centre/périphérie » produisant l’affaissement de toute possibilité de choix démocratique dans les zones périphériques.

- En raison d’un taux de change inadapté, il est pour toute périphérie impossible de rejoindre le centre en respectant les règles du jeu.

- La pérennisation de la monnaie unique engendre des effets dépressifs sur la zone monétaire.

- Les effets dépressifs se propagent sur l’ensemble de la planète en raison du poids important de l’économie européenne dans le monde.

 

Développement:

Le monde politico-médiatique ne permet en aucune façon de comprendre la nuisibilité génétique de l’Euro.

Bien sûr, il ne lui est plus possible,  sous peine de dé-crédibilisation, de nier l’existence de difficultés gravissimes, mais la réponse est toujours la même : l’euro nous sauve de difficultés autrement plus graves, à savoir une faillite généralisée.

Il est donc important d’expliquer, le plus simplement du monde, en quoi l’euro constitue l’un des drames de l’humanité contemporaine.

1) La monnaie unique dans un espace national où les échanges entre régions sont déséquilibrés.

Pour cela, nous raisonnerons à partir d’un exemple très concret, celui d’un Etat-Nation où bien sûr une seule monnaie circule. Imaginons deux régions, l’ex-bassin minier du Nord et du Pas de Calais dans ses relations avec la région parisienne. Pour simplifier encore, nous supposerons que  la France ne comporte que ces deux régions.

 Sans donner de chiffres, on sait immédiatement que la première est  déficitaire, tandis que la seconde est excédentaire. Clairement, les houillères ayant disparu[1] pour ne laisser que du vide, un espace de consommation ne peut être assis sur un espace de production disparu et donc des transferts proviennent de la région réputée excédentaire.

La solution des transferts comme seul choix possible.

Comment les choses se manifestent sur le plan du système financier et en particulier des banques ?

 Pour simplifier nous imaginerons qu’il n’existe qu’une seule banque pour la région des Houillères (« banque des houillères » : BH) et une autre pour la région Parisienne (« Banque de Paris » :BP).

Puisque la première région est déficitaire,  les flux financiers se dirigent depuis  BH vers BP. Ce flux ne fait que traduire le fait que, par exemple, les clients de BH paient les fournisseurs dont le compte se trouve sur BP. La monnaie fuit ainsi BH pour se diriger vers BP. Matériellement, chaque banque bénéficiant d’un compte à la banque centrale, cette fuite se repère au niveau de cette dernière et celle-ci  va débiter en continu le compte de BH et créditer celui de BP.

Puisque la région des Houillères ne produit plus, les marchandises achetées proviennent de la région parisienne qui, elle, est censée produire beaucoup. A ce flux physique correspond un flux des paiements en sens contraire.

Constatant que  BH se vide progressivement, quelles sont les solutions qui permettraient d’éviter la rupture entre les deux régions ?

Il en existe théoriquement 6 :

1- BP accorde continuellement des crédits aux clients de BH, ce qui alimente les comptes clients qu’elle gère, et donc son compte à la banque centrale.

2- BP accorde continuellement des crédits à BH, ce qui permet à cette dernière de faire circuler les paiements vers BP.

3- La  Banque de France (la banque centrale) fait crédit à BH et alimente le compte de cette dernière.

4- Le Trésor qui est l’organisme financier public au -dessus des deux régions, subventionne la région des Houillères ( RSA pour les anciens mineurs, aides diverses, aide à l’investissement des entreprises, investissements publics, etc.) Ces subventions viennent compenser la fuite de monnaie de BH vers BP.

5- Aucun crédit ni subvention n’est accordé à personne et la région des Houillères se détache progressivement du reste du corps social et politique. Il n’y aurait pas à proprement parler de rupture, mais  émergence d’une zone de marginalisation très éloignée des standards de la région parisienne. Laissons le lecteur imaginer ce que serait la région sans les retraites des houillères, la reconfiguration du patrimoine immobilier, l’absence de réels outils de formation, l’absence du Fond d’Industrialisation du Bassin Minier (FIBM), etc. Il n’y aurait même pas les entreprises de la Grande Distribution qui constituent l’essentiel du tissu économique et qui, toutes, se nourrissent des seuls fonds de transferts….

6- L’Etat introduit une nouvelle monnaie dans les Houillères, une monnaie ne s’échangeant avec l’ancienne que sur la base d’un taux fort réduit. On peut ainsi espérer que les habitants de la région vont moins consommer de produits, devenus excessivement chers, en provenance de la région parisienne et vont créer des activités compétitives dont le résultat sera une exportation vers la région parisienne. De quoi rééquilibrer les flux entre les deux banques.

Laquelle ou lesquelles de  ces 6 solutions, théoriquement envisageables, sera (ont) retenue(s) ?

Les solutions 1 et 2 ne sont évidemment pas crédibles et on ne voit pas pourquoi BP ferait crédit à des débiteurs insolvables.

La solution3 est envisageable dans le cas d’une Banque centrale soumise au Trésor : l’Etat donne l’ordre de créer de la monnaie au profit de BH. Elle est peu pensable dans le cas d’une banque centrale indépendante.

La solution 4 est celle qui est historiquement constatée dans à peu près tous les pays du monde : la région déficitaire est largement subventionnée par les pouvoirs publics. Son défaut est naturellement qu’elle alimente les clientélismes et devient un enjeu majeur des marchés politiques.

La solution 5 n’est envisageable que fort rarement et peu de nations laissent en déshérence l’emploi.

La 6 n’existe pas au sein des Etats classiques obéissants au modèle westphalien. Elle peut se vivre dans des conglomérats, très rarement dans des Etats fédéraux ou des empires mais jamais au sein d’Etats Nations classiques. Cela signifie que la fin de l’Union monétaire qui existe dans un Etat, est politiquement impensable. A Paris comme à Lens on utilisera la même monnaie. Il y a bien « irréversibilité » de la monnaie unique comme il devenu habituel de le dire pour l’Euro.

A y regarder de plus près les solutions 5 et 6, sont historiquement non vérifiées car elles sont contraires au principe même du fonctionnement des Etats. Sans revenir à la question de la nature profonde des Etats, souvent examinée sur le blog[2], on sait qu’un Etat est logiquement producteur d’une identité commune, en ce sens il produit de l’homogénéité et ce, même s’il est décentralisé ( souveraineté sur un espace délimité par des frontières, système juridique, linguistique, monétaire, militaire, etc. mais aussi principes d’égalité, d’unité nationale et territoriale, etc.)

Dans ces conditions lorsque des déséquilibres entre régions émergent les solutions 5 et 6 apparaissent comme des échecs politiques majeurs et au nom de la solidarité qui se niche dans un intérêt général, la solution des transferts  et aides diverses s’impose, donc au final la solution 4.

Si l’on dresse le bilan des possibles face à un déséquilibre régional, nous avons :

- Sur le plan financier, Impossibilité du recours durable au crédit, surtout dans un monde où l’indépendance des banques centrales est la règle (solutions 1,2 et 3).

- Sur le plan politique, Impossibilité des choix sécessionnistes (solutions 5 et 6).

Le seul choix est donc celui des transferts dont les caractéristiques quantitatives et qualitatives sont historiquement très variables. Ainsi on peut avoir le choix de solutions complètement rentières ( la population est subventionnée pour rester fidèle à l’ordre en place) ou au contraire de mise à niveau ( la région déficitaire bénéficie d’un programme visant à l’alignement sur la productivité de la région excédentaire). Dans les faits, au gré des marchés politiques,  c’est souvent un mix qui finira par s’imposer.

Les conséquences macro-économiques.

La solution des transferts pose celle de son financement.

 Dans notre exemple, le déséquilibre correspondait au fait que le charbon n’est plus acheté par la région parisienne, laquelle va acheter du pétrole et va ainsi bénéficier d’un effet coût et d’un effet revenu. Les parisiens feront des économies lesquelles pourront être redéployées vers de nouvelles consommations. Les producteurs de la région parisienne verront leur efficience productive s’améliorer - une énergie moins coûteuse -  et la valeur ajoutée correspondante pourra se déverser sous la forme de profits, de salaires, voire de baisse de prix. De la même façon, si l’on suppose que les producteurs de pétrole sont dans la région parisienne, les revenus de cette profession viendront s’ajouter à la demande globale.

En contrepartie, la région parisienne perd sa clientèle du bassin houiller. Le redéploiement, faisant suite à la fin du charbon, n’est globalement avantageux que si des ouvertures extérieures permettent l’exportation au profit de la région parisienne.

Si l’on raisonne en économie sans échanges extérieurs[3], ce que les économistes appellent l’économie fermée, la solution politique des transferts ne peut se faire que sur la base d’un prélèvement fiscal supplémentaire venant gommer tous les effets positifs du passage au pétrole. En revanche, ce même prélèvement vient aussi gommer les effets négatifs de la perte de débouchés correspondants à la crise du bassin houiller.

D’où la conclusion : en économie fermée le rétablissement de l’équilibre régional par le biais des subventions permet de maintenir les débouchés (les subventions deviennent des  chiffres d’affaires) tout en assurant la solidarité (les subventions sont des revenus et capitaux de substitution). En revanche la compétitivité de l’ensemble n’est pas améliorée.

2) L’Euro dans un espace international

Chacun a déjà pu comprendre que derrière l’exemple du bassin minier et de la région parisienne pouvait  se cacher celui de la Grèce et de l’Allemagne.

Ici bien sûr nous ne pouvons raisonner en économie fermée et la zone euro est elle-même ouverte sur le reste du monde.

La Grèce est bien sûr en situation déficitaire et l’Allemagne en situation excédentaire.

Reprenons les diverses solutions précédemment envisagées.

Les solutions 1 et 2 ont d’une certaine façon largement fonctionné au service de la Grèce, de son Etat et de ses entreprises et ménages : Toutes les banques européennes se sont précipitées avec comme produit phare des taux d’intérêt très bas, inconnus jusqu’alors dans le cadre de la Drachme. D’où un déséquilibre qui ne pouvait être que croissant : les marchandises allemandes notamment exportées  en Grèce sont largement financées par du crédit bon marché. Bien évidemment, s’il n’y a pas de base productive suffisante en Grèce capable de produire du revenu, le manège ne peut trop durer : il a cessé progressivement avec les plans d’aide de 2010 et 2012, puis l’arrivée de la Troïka.

La solution 3 est juridiquement impossible  car la BCE ne finance pas les Etats, sauf contournement des textes, ce qui s’est fait pour la Grèce[4] mais aussi pour nombre d’autres pays, comme l’Irlande ou le Portugal.

La solution 4 fut, de fait, largement pratiquée notamment par le biais des fonds structurels qui ont permis l’octroi à la Grèce d’environ 4% annuel de son PIB pendant de très nombreuses années. Elle s’est poursuivie avec le plan de 2012 qui a permis de faire passer la dette du secteur privé vers le secteur public.

La solution 5 n’a pas été retenue jusqu’à aujourd’hui et la Grèce n’était pas abandonnée par le reste de la zone.

La solution 6 est celle de la sortie de la Grèce de la zone euro.

Si l’on dresse un bilan des 6 solutions concernant les rapports entre Grèce et Allemagne, deux  points doivent être retenus :

-il est erroné de dire que la Grèce n’a jamais bénéficié de transferts, simplement ceux-ci se sont concentrés dans les fonds structurels- environ 200 milliards d’euros depuis 1981- lesquels furent  largement gaspillés dans le cadre de lobbys experts en jeux sur les marchés politiques tant grecs qu’étrangers. La preuve en est le délabrement de l’économie grecque et un recul des investissements, lesquels sont passés de 23,7points de PIB en 2008 à 11,6 en 2014. Tous les Etats, y compris la Grèce sont responsables de cela.

- Les solutions 1,2 et 3 ont fonctionné à l’excès d’où l’envolée des taux et les mémorandums imposés par la troïka. Elles tentent de fonctionner depuis 5 ans  mais à l’envers en provoquant un  énorme effet dépressif : 26 points de PIB partis en fumée depuis 2009 et probablement une dizaine de points supplémentaires si le nouveau plan devait se mettre en place[5].

La conclusion est donc l’alternative d’une solution 5 ou 6, ou d’un retour massif à la solution 4. Comme cette dernière solution n’est guère envisageable sur les marchés politiques du reste de l’Europe (Paris peut être solidaire avec Lens, mais Berlin ne veut pas être solidaire avec Athènes[6]), il ne reste que le choix du départ ou de la marginalisation dans un espace très assombri.

L’Euro est venu détruire les productions locales comme le pétrole devait détruire le bassin minier.

 C’est dire que le maintien de la monnaie unique est donc le choix d’une vraie marginalisation. Certains diront plutôt le choix de l’austérité, mais une austérité qui se pérennise alors même que d’autres espaces sont durablement en relative croissance, cela s’appelle marginalisation. L’Euro devait assurer le rapprochement des économies : il en assure l’écartèlement.

Conséquences macro -économiques.

Le raisonnement mené sur les rapports entre Grèce et Allemagne peut être étendu à l’ensemble de la zone. Les solutions 1, 2, 3 et surtout 4 sont très limitées et se heurtent frontalement à l’impossibilité  d’envisager une réelle politique de transfert à l’intérieur de la zone. Alors que les transferts ne soulèvent que peu de difficultés à l’intérieur des Etats nations classiques, ils se heurtent à de grandes difficultés à l’intérieur de ce qui reste un espace international. Le choix de l’euro devenant celui de la servitude et la probable marginalisation pour les zones dont le taux de change unique est inadapté à la réalité économique. Globalement, il n’y aura pas de transferts du nord excédentaire vers le sud déficitaire. Ce que l’on savait en théorie est désormais confirmé par la réalité empirique : les négociations de la nuit du 12 au 13 juillet 2015 resteront une date dans l’histoire.

Parce que le système financier du sud voit la monnaie fuir vers le nord (on peut reproduire le raisonnement mené plus haut entre BH et BP), parce que les solutions type endettement ont atteint leurs limites (solutions 1,2 et 3),  parce que les transferts sont interdits (solution 4), et  que le maintien de l’euro reste la « commune volonté » (l’euro constituerait une « irréversibilité »  donc il n’y aurait pas de solution 6) :  la seule réalité qui s’impose est la cure durable d’austérité(marche forcée vers la solution 5).

Mais cette « solution » est un drame pour l’ensemble de l’humanité puisqu’elle planifie durablement un déficit de la demande globale planétaire.

En effet, il faut empêcher la fuite de monnaie vers le nord, donc supprimer le déficit par la seule diminution des dépenses globales. Concrètement il faut moins consommer, moins investir, diminuer les dépenses publiques de toutes natures (régaliennes ou sociales)….autant de diminutions qui correspondent à une contraction de  débouchés pour un même montant. Quand tout est bloqué, maintenir l’Euro, c’est provoquer un déficit global de débouchés et donc une tendance planétaire à la récession.

En plus clair encore : ce que nous avons démontré pour la relation Bassin minier/Région Parisienne dans le cadre d’un monde fermé, se retrouve à l’échelle planétaire. Avec toutefois une différence importante : le système fermé national pouvait théoriquement se rééquilibrer, en terme macro-économique, en abandonnant le bassin minier à son sort. Offres et demandes étaient remodelées dans la continuité d’un équilibre. Même chose dans le cas beaucoup plus probable de transferts financés par l’impôt. Tel n’est plus le cas du système planétaire : la demande globale  diminue sous l’effet de pays qui se maintiennent dans la zone sous régime  d’austérité obligatoire. L’offre étant inchangée, la tendance planétaire à la récession se confirme….sauf si en d’autres points du monde l’endettement peut se propager.

 Maintenant il reste évident que les plus performants pourront dans un espace déprimé planétairement tirer leur épingle du jeu. L’Allemagne peut ainsi continuer à prospérer sur la base d’un mercantilisme ouvert. Par rapport à l’exemple de la Région Parisienne, dont on supposait l’impossible exportation en contrepartie de la perte de débouchés dans le bassin houiller, l’Allemagne non alourdie pas le poids des transferts peut connaitre un excédent jusqu’à plus de 7 points de PIB.

Les politiques d’austérité dans le sud finissent par gonfler ce qui est déjà un excédent de la zone vis-à-vis du reste du monde (2,5points de PIB de la zone). Politique et résultat  contestés par le reste de la planète qui considère qu’il n’a pas à souffrir de la monnaie unique.

Le lecteur de ce blog, parce que baignant dans un système politico-médiatique qui a fait de l’euro une religion, peut encore douter de l’ensemble du raisonnement qu’il vient de parcourir, et se dire qu’il faut rester optimiste et que la solution 5 est finalement rédemptrice : la Grèce peut être sauvée par le sang et la sueur. Et bien sûr il est possible de mettre en avant le cas de l’Irlande dont la croissance est aujourd’hui la plus élevée de l’ensemble de la zone. Argument malhonnête d’un pays qui en raison de son poids et de sa situation pratique le dumping fiscal en principe combattu par les autorités européennes.

Mais surtout, pour en revenir à la Grèce, c’est oublier la barrière que lui opposera l’Euro. Certes la Grèce ne dispose guère d’avantages comparatifs, mais avec de la volonté, de l’intelligence, des capitaux abondants qui restent stockés à l’étranger, et un pouvoir politique plus propre, le succès ne pourrait –il être au bout du difficile chemin ? La réponse  est clairement non, car le système de prix prévalent en Grèce n’est pas propice au développement d’activités pouvant gommer le déficit. Le premier élément  d’un système de prix est le taux de change : c’est lui qui fixe le périmètre des activités, ce qu’il faut produire, ce qu’il faut importer, ce qu’il est possible d’exporter, etc. Parce que l’euro interdit la construction d’un système de prix nourrissant les activités internes ( taux de change complètement inapproprié), il bloque toute activité permettant de sortir de l’étau dépressif. La Grèce, en raison de son histoire n’a jamais été très avantagée. Son adhésion à l’euro-zone a autorisé la dévastation de son économie. Son maintien achèvera l’entreprise de destruction. Toujours plus de sang et de sueur. Avec quelles conséquences politiques .


[1] 220000 salariés en 1947…contre pratiquement zéro aujourd’hui, avec une population totale qui n’a pas beaucoup variée.

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/04/avenir-des-etats-declin-fragmentation-union-desunion-partie1.html

[3] Ce qui suppose dans notre exemple que le pétrole soit produit dans la région parisienne….

[4] Cf notamment : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=86184

[5] Lorsqu’on impose un excédent primaire pour rembourser la dette (solde budgétaire positif avant service de la dette) on diminue la demande globale et le PIB se contracte. Pour plus de détails voir : http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/07/peut-on-enfouir-la-bombe-atomique-grecque.html

[6] Ainsi que le confirme le « rapport des 5 sages », conseillers du gouvernement allemand, qui ont publié le 28 juillet dernier un document intitulé : « Sur les conséquences de la crise grecque », document qui proscrit radicalement toute « union de transfert ».

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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