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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 15:46

On trouvera ci dessous la vidéo du colloque qui s'est déroulé le samedi 21 novembre. De fait il faut aller tout de suite au delà de la quinzième minute.

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Published by Jean Claude Werrebrouck
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22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 16:15

Le Colloque organisé le samedi 21 Novembre par la Fondation pour une Europe des Nations et des Libertés a vu ses divers participants partager l'idée d'une fin de l'Euro comme préalable à toute reconstruction. A cet égard ,Il nous a semblé utile de reprendre un article déjà ancien publié sur le blog.

Résumé:

La monnaie unique ne disparaitra pas au terme d'un renoncement négocié mais, à l'inverse, selon un mode panique. Le retour d'un ordre stable réintroduisant des monnaies nationales ne pourra se faire que sur la base d'une garantie publique de tous les contrats, financée par émission monétaire de banques centrales devenues obéissantes.

La fin des dévaluations internes au profit de dévaluations externes ne règlera pas spontanément et rapidement les questions de croissance, d'emploi et d'équilibre des échanges extérieurs. Par effet de contagion, une guerre des monnaies à l'échelle mondiale posera la question de l'ordre international à reconstruire. Extraire la monnaie de l'emprise mondiale de la finance deviendra l'outil majeur du rétablissement des souverainetés.

Les conditions concrètes de la disparition de l'euro ont déjà été étudiées. Il est ainsi plus que probable que le changement s'effectuera en mode panique, c'est- à- dire sans concertation entre les pays concernés.

Cette panique dont la manifestation peut être rapidement décrite ne pourra s'éteindre que par le retour de la répression financière (partie 1). Sur la base de cet ordre nouveau probable, seront ensuite examinées les conséquences à plus long terme de la fin de l'euro (partie 2).

Partie 1 - PANIQUE et MESURES IMMEDIATES

On peut imaginer que la panique proviendra de la nouvelle crise de la zone euro, celle correspondant à l'échec des dévaluations internes mises en place dans la plupart des pays de la zone(1).

Des marchés affolés vont brutalement enclencher un "flight to quality" avec effondrement d'actifs souverains de pays de la périphérie au profit d'achat de dette publique allemande. D'énormes perturbations bilantaires, d'abord au niveau des banques, produiront l'évaporation des fonds propres, l'insolvabilité immédiate, et la disparition de la liquidité.

Une telle situation peut rapidement devenir incontrôlable et débouchera probablement sur le retour d'un Etat souverain renouant avec sa monnaie comme productrice d'un ordre social maitrisé.

A - DEMANTELEMENT CONTRE GARANTIE PUBLIQUE DU RESPECT DES CONTRATS

Au-delà du protocole technique qui ne soulève guère de problèmes (maintien du système des prix internes par définition d’une unité de compte ayant valeur légale et correspondant à un euro, surcharge d’un tampon sur chaque billet avant impression de nouveaux billets par la Banque Centrale nationale, échange rapide des pièces, etc..), une garantie juridique est promulguée par le ou les dirigeants politiques ayant pris la décision : garantie portant sur le maintien nominal de la valeur de tous les actifs au moment où est prise la décision.

La prise de décision vaut par conséquent gel de toutes les positions et peut-être fermeture momentanée de la Bourse . Il est d’ailleurs évident que décision de sortie et décision de garantie publique se trouvent dans le même acte juridique. C'est dire que les pays pouvant procéder de manière autoritaire, par simple ordonnance de l’exécutif, disposent d’un avantage. Ce qui pose la question du déclenchement de la panique dans les pays qui ne peuvent agir ou réagir avec la célérité qui s’impose (2).

La garantie de la valeur nominale suppose la définition d’un point fixe qui n’est autre que la définition de la nouvelle parité, laquelle doit être déclarée intangible bien au-delà de la période de temps nécessaire à une réorganisation générale aux effets neutres sur tous les bilans et contrats. Le champ de la garantie offerte à tous les agents économiques du pays sortant concerne les détenteurs d’actifs étrangers : ménages, entreprises, institutions financières, Etat lui-même. Il s’étend aussi aux non-résidents et étrangers détenteurs d’actifs nationaux.

La notion d’actif doit aussi être précisée. Il s’agit bien sûr de tous les titres financiers : actions, obligations privées et publiques, produits structurés, produits d’épargne et comptes bancaires, etc. Pour ces titres la garantie repose sur la seule variation (perte ou gain) mécanique de valeur, calculée sur la base du nouveau taux de change. La valeur sur laquelle s’applique le nouveau taux étant celle correspondant à l’heure fixée dans l’acte juridique de décision de sortie. Mais il s’agit aussi de tous les contrats de l’économie réelle et ce, y compris, les contrats de travail des travailleurs frontaliers.

La garantie publique est le point fixe qui se substitue à l’Euro, une sorte de SAS permettant le passage d’une zone où les taux de change ne sont pas maitrisés vers une zone où ces même taux sont politiquement définis. La garantie publique du respect des contrats signifie que, si les agents économiques du pays sortant ne peuvent perdre, ils ne peuvent davantage gagner. A titre d’exemple, si des français titulaires de contrats d’assurance-vie incorporant des titres publics grecs ne peuvent être victimes du rétablissement de la Drachme, ces mêmes français titulaires de contrats semblables incorporant de la dette publique allemande ne peuvent bénéficier du rétablissement du Mark. La garantie correspond donc bien à la volonté de neutralité sur les bilans des agents vis-à-vis d’une sortie de l’Euro. Et cette neutralité est bien ce qui interdit tout mouvement spéculatif. Le déclenchement des CDS est lui-même interdit en ce que la sortie ainsi envisagée n’est en aucune façon un « incident de crédit » .

La garantie de l’Etat sortant est autrement plus rigoureuse que les garanties offertes par les Etats, qui, en Octobre 2008, ont dans un même geste bloqué tout effet de panique chez les déposants des banques dont on pouvait anticiper l’effondrement. Alors qu’à l’époque, le risque n’était que potentiel et qu’un effet d’annonce pouvait suffire à bloquer la panique, dans le cas présent d’un démantèlement, il faut aller plus loin et effectivement payer les victimes. Et le prix à payer est d’autant plus important que le pays sortant est lui-même impécunieux. On voit ainsi mal l’Etat Grec sortant sur la base d’une dévaluation massive être à la hauteur de sa garantie. Et on voit aussi mal les Etats gagnants d’une sortie, redistribuer les gains aux perdants. Outre, qu’encore une fois la sortie n’est pas coopérative ni négociée, les gagnants sont aussi des agents privés pour lesquels la réévaluation est un profit qui devrait rester privé. Concrètement une entreprise allemande dont les débiteurs sont français doit logiquement bénéficier de la réévaluation du mark, et on ne voit pas comment ce bénéfice pourrait être utilisé pour assurer les garanties de l’Etat Grec. Pour autant, s’il est aisé de bloquer les bénéfices au nom du respect intégral de tous les contrats (cela ne coûte rien), il faut bien trouver les moyens financiers susceptibles de dédommager les victimes d’une sortie de l’Euro.

B - LE RESPECT DES CONTRATS PAR DES BANQUES CENTRALES QUI MONETISENT

Si le respect intégral et rigoureux des contrats implique un dédommagement des perdants sans que les gagnants ne puissent aider, il faut trouver un tiers chargé d’assurer le passage de l’ancien au nouveau monde, si possible sans destruction du projet européen. Il faut en effet avoir en tête l’énorme effet destructif d’une explosion non contrôlée de l’Euro. Dès lors, la solution qui s’impose est le recours aux banques centrales nationales qui sont réquisitionnées dès l’annonce de la sortie(3).

De fait, il ne s’agit que d’accélérer un processus déjà engagé avec la BCE, qui aujourd’hui tente de maintenir la fiction de l’Euro avec des interventions massives sur les dettes publiques du sud. La présente action de la BCE est déjà bien une tentative d’endiguement de la panique déstabilisatrice avec des « spreads » qu’il faut contenir pour l'éviter, un krack obligataire, et un « Bank-run »(4).

La procédure est donc simple : Pour les pays qui quittent la zone en dévaluant, l’ordonnance de réquisition stipule que la Banque centrale de l’Etat sortant, crédite le compte du Trésor correspondant, à hauteur des engagements de ce dernier au titre de la garantie du respect de tous les contrats. Les fonctionnaires du Trésor fixent le montant des dédommagements et ordonnent à la Banque les paiements correspondants. Le cas échéant des magistrats et commissaires au compte attestent de la bonne exécution des garanties . L’unité de compte retenue pour le dédommagement peut être la nouvelle monnaie nationale. Ainsi l’exportateur allemand de marchandises vers la Grèce – si ce dernier pays quitte la zone- se voit payé par son client dans la monnaie dont il dispose, auquel il faut ajouter le prix de la dévaluation, prix exprimé en Drachmes, et au final supporté par la Banque centrale de Grèce. Toujours s’il s’agit d’une sortie grecque, La Société Générale voit, à l’actif de son bilan, ses obligations publiques grecques transformées en drachmes, valeurs augmentées du montant de la dévaluation. On pourrait multiplier les exemples. Bien évidemment s’élèvent d’immenses balances en Drachmes que le « bateau des passagers clandestins » cachait si bien, et que le dispositif « Target 2 » cachait plus difficilement. Il faut donc imaginer que ces balances en Drachmes sont acheminées vers les Banques centrales des Etats correspondants (dans notre exemple celle d’Allemagne pour l’exportateur allemand, et de France pour la Société Générale) et transformées en nouvelles monnaies nationales.

Au final la monnaie émise (dont la quantité est égale au produit de la dévaluation par le total des engagements) se trouve stockée dans les pays qui sont dans une situation favorable : peu ou pas de dévaluation, peu de dette extérieure, dette publique faible ou nationalisée. De quoi provoquer une hausse des prix plus rapide que dans les pays ayant massivement monétisés. Le dispositif, retenu, sans doute trop brièvement exposé, et ne réglant pas toutes les situations (comment traiter les CDS même s’il n’y a pas juridiquement « accident de crédit » ?) évacue complètement l’idée de défaut, de soutien au système bancaire, de surveillance des spreads de taux etc.

Partie 2 - LES CONSEQUENCES A PLUS LONG TERME DE LA FIN DE L'EURO

A - L'EFFACEMENT DU GRAND BOND EN ARRIERE IMPULSE PAR L'EURO

La première forme du grand retour en arrière imposé par la mise en place de la monnaie unique était le développement de divergences que devaient précisément faire disparaitre l'euro : déséquilibres croissants des échanges extérieurs entre pays, désindustrialisation accélérée dans le sud contre maintien de positions industrielles dans le nord, économie de consommation ou de rente dans le sud, contre économie de production dans le nord, etc. Le tout dans un contexte de croissance beaucoup plus faible que celle du reste du monde.

La seconde forme du grand retour en arrière était plus grave. Induite par les politiques de dévaluation interne, elle allait considérablement accroitre les divergences et des stratégies non coopératives suicidaires.

La dévaluation interne, toujours présente à l'heure où ces lignes sont écrites, ne pouvait en effet passer que par une pression sur les coûts directs et indirects du travail : baisse de la quantité et/ou de son coût. Une telle baisse à des effets favorables au niveau micro-économiques en ce qu'elle pouvait augmenter les marges et /ou la compétitivité des entreprises. Toutefois le PIB n'étant que la contrepartie de la somme des demandes internes et externes de chaque pays, la pression sur le coût du travail n'est macro économiquement efficace que si la chute de la demande interne est surcompensée par un accroissement plus élevé de la demande externe.

Hélas, l'histoire concrète a montré que pour tous les pays, depuis 2010/2011, la surcompensation était impossible, et ceci pour au moins deux raisons :

La première est que le prix du travail n'est pas suivi dans sa baisse par celle parallèle de tous les autres prix. En particulier il y a rigidité pour un certain nombre de services et surtout , le poids de la dette va croître par augmentation de sa part relative dans le budget des ménages. La chute de la demande de consommation est ainsi devenue considérable ( plus importante en pourcentage que celle du taux de salaire) dans un certain nombre de pays, ce qui explique la baisse des PIB correspondants sur plusieurs années (Grèce, Portugal, Espagne, etc.).

Par ailleurs, et il s'agit d'une seconde cause de l'impossible surcompensation, la demande externe est elle- même appauvrie par la politique de dévaluation interne de tous les autres pays. Il n'est pas non plus question de bénéficier d'une élasticité prix des exportations puisque la déflation est beaucoup plus faible que la baisse du coût du travail. Ainsi pour faire diminuer les prix de moins de 5% en Grèce, il a fallu diminuer les revenus de plus de 20%. Par contre, il est vrai qu'à la marge, la considérable chute de la demande interne entraine mécaniquement par effet d'élasticité des importations au PIB, une baisse mécanique des importations, donc de la propension à importer. Ce fait est fortement constaté pour l'Espagne. Mais ce même fait bloque les espérances des autres pays pratiquant également une politique de dévaluation interne

La politique de dévaluation interne devait aussi entrainer d'autres effets:

- La hausse du chômage laquelle découle directement de la contraction de la demande globale.

- L'impossible amélioration des soldes publics avec au-delà d'un faible rendement de l'impôt, l'effet de ciseau découlant d'un taux d'intérêt réel nettement supérieur au taux de croissance du PIB, ce qui signifie une aggravation inexorable du service de la dette (5),

- Enfin, la ré- industrialisation impossible puisque dans le contexte établi, rien ne vient justifier l'investissement (6). La politique de l'offre - au delà des interrogations sur son fondement théorique ( le sens de la relation profit-investissement fait toujours l'objet de passionnantes discussions académiques) - qui est la finalité des politiques de dévaluation interne n'a que peu de sens dans un univers aussi dépressif.

Bien évidemment, les premières mesures, avec notamment les décisions financières d'urgence et le passage de la dévaluation interne à la dévaluation externe effacent complètement le lugubre paysage antérieur.

B - UNE SIMPLE DEVALUATION MONETAIRE SERA-T-ELLE SUFFISANTE ?

La réanimation de l'outil taux de change constitue bien sûr un avantage puisque les dévaluations externes sont en théorie autrement plus efficaces que les dévaluations internes.

A l'inverse de la dévaluation interne, tous les prix sont affectés par le changement de parité et la demande interne n'est affectée négativement que si les importations - en supposant que les exportateurs étrangers ne changent pas leurs politiques de prix - sont incompressibles, soit une élasticité nulle. En revanche, la hausse de la demande externe est infiniment plus probable. La France est concernée par cette hausse de la demande externe dans la mesure où elle se situe dans des productions moyennes assez sensibles aux prix. Sa demande interne est aussi assez bien concernée par une modification de parité car elle importe davantage pour consommer que pour produire (7).

De ceci, il résulte que la dévaluation par réintroduction d'un taux de change, correspond à la mise en place d'un processus infiniment préférable à la dévaluation interne. En la matière, tout dépendra de la valeur des élasticités prix des importations et des exportations, ce qui nous renvoie au théorème dit des "élasticités critiques" de Marshall-Lerner. Et ce processus est en principe le retour de la croissance puisque les demandes aussi bien interne qu'externe peuvent logiquement augmenter.

Ce jugement doit pourtant être nuancé.

Tout d'abord, il convient d'introduire dans le raisonnement, des coûts de risque de change que l'euro avait fait disparaitre. Il est possible d'en diminuer l'importance en adoptant des taux de change fixes. Il n'est toutefois pas possible de les faire disparaitre. Ces coûts resteront proportionnels à la longueur des chaines de valeur et impulseront peut-être sa réduction et donc un processus de relocalisation pour les pays qui dévalueront. Un tel processus ne s'enclenche que dans la durée et ne produit pas de résultats immédiats.

En second lieu, l'élasticité prix de la demande d'importations peut entrainer un effet revenu négatif comprimant la demande interne. C'est le cas lorsque la dévaluation entraine une hausse des valeurs importées (pétrole). Auquel cas la demande interne entraine la chute du PIB, chute qui ne peut être compensée que par une forte élasticité prix des exportations.

En supposant qu'il n'existe pas d'effet revenu négatif, la hausse de la demande interne peut toutefois être bloquée par une inélasticité de l'offre: la non substituabilité des importations par des productions nationales s'expliquant par l'impossibilité de produire localement. C'est malheureusement la situation présente, notamment pour la France: les biens importés peuvent techniquement être substitués par des productions domestiques en cas de dévaluation . Malheureusement des décennies de désindustrialisation ont fait table rase de compétences techniques et de savoirs faire, voire même d'outils de formation, capital qui exige de nombreuses années pour se reconstituer.

Une autre difficulté résulte du risque de guerre des monnaies. Les dévaluations internes étaient non coopératives et développaient des externalités: l'exportation possible du chômage. Les dévaluations externes ne le sont pas moins. L'ensemble de la zone euro dispose d'un Excédent de 2,6% de son PIB avec un euro dont le taux de change est probablement plus élevé que la moyenne des taux qui se formerait sur la base des anciennes monnaies reconstituées (8). C'est dire que l'excédent global pourrait s'élever davantage encore et géner les pays émergents. C'est dire aussi qu'au delà de possibles guerres des monnaies à l'intérieur de l'ex-zone, une réelle guerre des monnaies peut se matérialiser avec des nations (Chine en particulier) qui, jusqu'à présent, disposaient de solides possibilités exportatrices au regard de pays du sud (Grèce, Italie, Portugal, Espagne, etc.)

La fin de l'euro c'est assurément la fin des politiques suicidaires et donc la fin du grand bond en arrière. Elle n'est pourtant pas un bond en avant automatique (9).

C - L'EXIGENCE D'UN ORDRE MONETAIRE ET ECONOMIQUE NOUVEAU

La zone euro est encore aujourd'hui un modèle réduit de mondialisation malheureuse : une offre potentielle excède une demande muselée par les politiques de dévaluation interne. D'où un surplus exportable et une demande qui, tout en étant muselée, est artificiellement gonflée par la croissance de la dette (10).

La mondialisation vit encore sur ce modèle initié dans les années 70 du siècle dernier. A l'époque, il s'agissait de délocaliser des productions comme solution aux premières formes d'un fordisme déclinant. Les gains de productivité qui s'affaissaient étaient compensés par la dévaluation du travail : les salaires des pays périphériques étaient autrement avantageux que ceux du centre. Les débouchés des implantations délocalisées n'étaient pas locales et correspondaient à des exportations vers le centre: la fameuse alliance de Wal-Mart et du parti communiste chinois. Simultanément, centre et périphérie doivent contenir les salaires: le centre pour ne pas être envah, et la périphérie pour rester compétitive alors que le poids et le nombre de ses acteurs en concurrence entre-eux ne cesse de s'élargir.

La mondialisation devient ainsi "malheureuse" en ce qu'elle va correspondre à un déséquilibre croissant entre offre et demande globale, déséquilibre masqué par une montée des dettes publiques et privées plus spécifiquement au centre.

La zone euro toute entière est ainsi devenue le modèle réduit de cette mondialisation malheureuse avec une Allemagne devenue Chine de l'Europe en raison de son surplus exportable et donc de sa demande interne très insuffisante, et un sud, dont la France, jouant le rôle des USA importateurs.

La disparition de l'Euro ferait peut-être disparaitre le modèle réduit de mondialisation malheureuse mais ne ferait pas disparaitre le modèle global. Et si d'aventure le surplus exportable de ce qui serait devenu l'ex-zone euro devait s'accroitre en raison des dévaluations externes, la situation deviendrait insupportable pour l'ex- périphérie devenue ensemble de pays émergents connaissant toujours une demande interne largement insuffisante. Clairement l'euro leur permettait de ne point dévaluer. Sa disparition est donc probablement la naissance d'une guerre mondiale des monnaies dont l'origine repose sur une demande mondiale inférieure à l'offre.

La disparition de l'euro militerait ainsi pour un nouvel ordre monétaire basé sur un principe général de coopération et non de concurrence entre les nations. Une coopération visant à la recherche d'un équilibre extérieur de chaque nation. Cela passe bien sûr par un contrôle politique négocié des parités et la fin du processus de privatisation des monnaies commencé dans les années 70 du siècle dernier.

En finir avec l'euro c'est aussi la possibilité et la tentation de soustraire les monnaies à l'empire mondial de la finance. C'est aussi le possible rétablissement des souverainetés disparues avec la privatisation des monnaies (11). C'est enfin le possible cheminement vers une forme renouvelée de l'Etat-Nation.

C'est en conséquence le possible rétablissement d'une démocratie confisquée. Un mouvement dont le cheminement et les contours sont difficiles à imaginer aujourd'hui.

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(1) Les derniers chiffres publiés le 14 aout dernier, avec un T2 de +0 de croissance pour la zone après un T1 de +0,2 sont là pour attester de l'échec. La déflation en cours avec le recul de la vitesse de circulation de la monnaie sont un autre signe de l'échec.

(2) De ce point de vue la France, avec sa Constitution de 1958 dispose d'un avantage comparatif énorme sur l'ensemble de la zone.

(3) Il s'agit du premier acte de la répression financière avec comme point d'aboutissement probable la soustraction de la monnaie à l'emprise de la finance ou la fin de la "loi d'airain "de la monnaie, idée déjà défendue par l'auteur dans le N° 34 de MEDIUM (janvier, février, mars 2013).

(4) C'est tout le sens qu'il fallait donner au "Longer-Term Refinancing Opérations" (LTRO) qui permettait au final en 2012 et 2013 le refinancement des Etats. C'est aussi celui de son prolongement: le "Target Longer- Term Refinancing Operations" qui, lancé dans quelques semaines pour un autre objectif, pourra servir à refinancer l'ancien LTRO pour lesquelles les banques italiennes et espagnoles restent débitrices après avoir trop financé leur Etat respectif.

(5) Ajoutons que la baisse des dépenses publiques, qui est une composante de la dévaluation interne, connait des effets dévastateurs en raison de la sous-estimation du multiplicateur budgétaire: 0,7 pour le modèle MESANGE de l'INSEE, alors que le FMI l'annonce à 1,2 et que des estimations sur la zone Sud évoquent des multiplicateurs encore plus élevés.

(6) Selon EUROSTAT, la FBCF de la zone euro diminue globalement et passe de 19,4 à 17,7% de son PIB de 2009 à 2013. celle des pays du sud s'effondre: passant de 19,9 à 12,1 pour la Grèce, de 23,6 à 17,7 pour l'Espagne, de 19,4 à 17,3 pour l'Italie, de 20,5 à 14,8 pour le Portugal, etc. Moins d'investissements, c'est moins de croissance de la productivité, et en mondialisation, c'est moins de marge. Il est très difficile d'imaginer par la violence de la dévaluation interne en Grèce ou en Espagne l'émergence de petites Chines européennes.

(7) L'Allemagne - dont l'une des caractéristiques est de beaucoup importer pour beaucoup produire et exporter en raison des typologies de ses chaines de la valeur - serait gagnante dans une reconstitution du mark : élasticité faible en raison du caractère haut de gamme de son industrie (0,3 selon NATIXIS), et baisse du coût de ses consommations intermédiaires.

(8) Un taux de change moyen des monnaies reconstituées inférieur au taux de change de l'euro est possible si la réévaluation du mark est relativement modérée. Du point de vue du solde extérieur de l'ex-zone euro, l'abaissement du premier supposerait une hausse très élevée du second.

(9) A ces difficultés il faudrait ajouter que le rôle de l'Etat dans le contexte du vingt et unième siècle n'est plus celui des trente glorieuses. L'innovation par les grands programmes publics laisse aujourd'hui la place à des innovations de conception reposant davantage sur des PME et innovations centrées sur les process, l'organisation et le marketing.

(10) La spirale dépressive fait aussi que la demande est muselée par le comportement des ménages, lesquels se mettent à épargner davantage tout en refusant d'investir. D'où, par exemple en France, un taux d'épargne qui passe de 14,7% du revenu disponible en 2013 à 15,9 au premier trimestre 2014, épargne qui s'accumule selon le baromètre de la Banque de France sur des comptes bancaires. Il est vrai que le risque de déflation développe celui de la "trappe à liquidités".

(11) Avec la possibilité de frapper les monnaies à bon escient . Cf à cet égard un texte étonnant : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-107637-frapper-monnaie-a-bon-escient-1034473. On pourra aussi se tourner vers nombre d'articles déjà publiés sur ce blog.

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 14:49

Colloque du Samedi 21 novembre 2015
Paris - Maison de l’Amérique Latine - 16h30
« L’Euro, un échec inéluctable ? »
Raisons d’être, conséquences et nécessité de sa disparition
Organisé par la Fondation pour une Europe des nations et des Libertés
en partenariat avec le Club Idées et Nations
Animé par Jean-Christophe MOUNICQ, économiste, et Bruno LEMAIRE, secrétaire général d’Idées Nation
Intervenants :
Alberto BAGNAÏ, Professeur à l’Université de Pescara
Jean-Pierre GÉRARD, Président de l’Institut POMONE
André-Jacques HOLBECQ, Economiste et écrivain
Jean-Jacques ROSA, Professeur à l’Institut des Sciences Politiques de Paris
Jacques SAPIR, Professeur, Directeur d'études à l’EHESS
Jean-Claude WERREBROUCK, Professeur honoraire à l’Université de Lille
Parmi les thèmes abordés, notons :
1. La création de l'euro : Pourquoi une telle erreur économique?
2. La trahison des clercs : pourquoi avoir négligé les avertissements?
3. De la nécessité de mettre fin à la monnaie unique
4. Peut-on rebâtir un système monétaire cohérent et efficace
5. Les différents plans de sortie de l’Euro : comment sortir de l’euro à moindres coûts
6. Sortir de l’euro, c’est nécessaire, mais est-ce suffisant ?
Le colloque sera clôturé par un cocktail dînatoire

Inscription:  http://colloque-euro.eu/

 

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 06:29
Colloque du  21 novembre 2015: Date à retenir

Je participe à cette table ronde avec mes collègues  Alberto Bagnaï, Jacques Sapir, André-Jacque Holbecq, Jean-jacques Rosa,et Jean-Pierre Gérard.

A l'issue du colloque je serai  heureux de poursuivre nos échanges autour d'un buffet dinatoire.

Au plaisir de vous rencontrer.

Jean Claude Werrebrouck

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 14:09

 

Le temps est passé et mes lecteurs ont probablement compris que malgré toutes les précautions nécessaires (cf la seconde partie), il est impensable d’imaginer de gagner des élections sur la base d’une proposition de sortie de l’euro.

Se séparer de l’euro comme nouvel Avatar des Lumières serait un désastre électoral

 Tout ce que nous avons imaginé sur la pédagogie et finalement la lutte contre la « religion officielle » reste trop peu crédible. La raison ne peut l’emporter sur les émotions et le mensonge facile ne peut que triompher sur une  raison aussi bien abstraite qu’abrupte. C’est dire que la panique (prétendument et imaginairement régulée par l’utilisation de l’article 16 de la Constitution) verrait, dans la rigueur de cet outil, le motif majeur du rejet du parti osant proposer de telles solutions.

Si l’article 16 a pu être un authentique vecteur de résistance démocratique en 1961 lors du putsch des généraux d’Alger, comment expliquer qu’il pourrait être utilisé aujourd’hui alors que nulle liberté formelle n’est menacée ?

Comment expliquer que son utilisation à l’inverse de celle de 1961 aboutirait à moins de liberté ? Comment expliquer qu’il faut instaurer un contrôle des changes, alors que l’euro est quasi universellement perçu comme une nouvelle liberté ? C’est qu’il est très difficile de démontrer que la fin de la croissance, la dette, la nouvelle difficulté de faire société, etc. sont conséquences logiques de la monnaie unique….et tellement plus facile de constater concrètement que l’euro simplifie la vie et élargit l’éventail des possibles.

L’euro n’est donc pas une contrainte, une souffrance qui en ferait un bourreau, mais un droit fondamental, un objet rendant plus universel l’idée de « liberté frappée » donnée aux monnaies particulières de jadis.

Il faut donc introduire dans le programme des élections présidentielles une toute autre approche qui, pour autant, devra s’ancrer sur la nécessité d’un dépassement lui-même forgé dans la rigueur et l’honnêteté intellectuelle.

Et de ce point de vue, cette autre approche, devra reprendre nos développements sur l’idée d’une impossible réforme de l’euro, en particulier l’impossibilité d’imposer les nécessaires transferts entre nations excédentaires et nations déficitaires[1].

Le contournement des transferts interdits

C’est dire que toutes les explications -auprès des électeurs - de l’impossible fonctionnement de l’euro-zone  restent essentielles, mais qu’à l’inverse, au lieu d’en conclure qu’il faut mettre fin au dispositif, il faut au contraire trouver une solution permettant l’équivalent d’un transfert….qui toutefois n’en serait pas un réellement…. S’il y avait transfert – l’équivalent de 15 plans Marshall avions nous annoncé[2]- la question de l’euro ne se poserait pas et, à terme, un retour à l’équilibre à l’intérieur de la zone serait pensable. Ce transfert, payé par quasiment la seule Allemagne est bien évidemment impossible, mais est-il possible de lui découvrir un substitut plus acceptable pour cette même Allemagne ?

La réponse est affirmative et consiste à dire qu’il peut être créé - de par la BCE et les banques centrales de l’euro-zone-  de la « monnaie sans dette » pour un montant équivalent à ce qui serait exigé pour le rétablissement de l’équilibre et donc une réelle convergence entre Etats de la zone.

Proposer une création monétaire massive ne reposant sur aucun actif serait bien davantage que du QE, lequel n’est que du rachat de titres orienté autour du sauvetage des banques et des Etats. Parce que simple échange de monnaie contre titres, le QE est amortissable, même si dans les faits, il est probable que certains titres soient de nulle valeur . A l’inverse, une création monétaire non appuyée sur des titres, revient à une quasi-subvention au profit des Etats déficitaires. Son idée est relativement ancienne et fait suite à l’image « du déversement de monnaie par hélicoptère » de Milton Friedman et Ben Bernanke, ce qui est devenu dans la littérature l’ « Helicopter Money ».

Concrètement, la communication du Front National reposerait ainsi sur la refonte du système européen de banques centrales. Une refonte pouvant se borner à la possibilité offerte, aux banques centrales nationales des pays déficitaires, d’ émettre de la monnaie au profit d’investissements ayant vocation à assurer la convergence, et donc assurer que le taux de change de 1 contre 1, qui est celui de la monnaie unique, devienne réaliste. Sur le plan communicationnel il y a  bien un projet positif : l’euro est une construction maladroite mais il est possible de réparer et de maintenir l’ouverture et les libertés qu’il était censé apporter.

Gagner des voix par la mise à mort de l’ordo libéralisme[3].

Une telle proposition va bien sûr à l’encontre de la « religion » et naturellement de l’Allemagne. On peut citer en vrac tous les arguments qui vont la contester :

- Les traités interdisent le financement direct des Etats ;

- Il est impossible d’émettre de la monnaie sans actif correspondant ;

- Il n’est pas concevable d’avoir des banques centrales avec fonds propres négatifs ;

- Il faudrait recapitaliser les banques centrales et en particulier la BCE, or l’Allemagne n’acceptera pas de payer ;

- La dette publique est une matière première fondamentale pour la finance et l’épargne ;

- etc...

Au-delà, d’autres arguments seraient  évoqués :

- « l’Helicopter Money » ne peut que signifier une hausse généralisée des prix ;

- le non amortissement, donc le non remboursement fait disparaitre tous les coûts d’opportunité et garantit l’inefficience généralisée dans le choix des projets ;

- les Etats déficitaires ne reçoivent aucune incitation permettant l’alignement progressif sur les Etats du nord de la zone.

- La concurrence « libre et non faussée » est détruite par une monétisation pouvant toucher sélectivement les entreprises ;

- Le principe général de l’argent-dette est malmené et le système bancaire peut être marginalisé par un capitalisme d’Etat ;

- Etc.

Cette avalanche d’arguments peut évidemment être évoquée, expliquée et surtout tenue en échec par, une fois encore, le retour à la raison : « l’helicopter money » était d’un usage fort banal au XX ième siècle ; il n’existe aucune exigence de passif sur les banques centrales, et donc l’argument de recapitalisation n’a aucun sens ; « l’Helicopter money" doit se transformer impérativement en production, plus particulièrement en investissements générateurs de croissance et donc en alignement progressif sur l’Europe du nord. Etc.

Bien davantage encore, un grand souci de pédagogie permettra, par comparaison, de montrer qu’un « helicopter money » est autrement efficient que les QE d’aujourd’hui, lesquels aboutissent :

- à une distorsion des prix des actifs (les banques centrales n’achètent que des actifs peu risqués et laissent sur le marché les primes de risques) ;

- à un accroissement considérable de la liquidité engendrant bulles et volatilité croissante ;

- à une non descente de cette liquidité vers l’investissement productif.

Gagner des voix en mettant l’Allemagne au pied du mur

Par contre, ce qui dans ces explications - les plus simples et les plus pédagogiques possibles  - ne pourra pas être contesté est l’opposition radicale de l’Allemagne. D’où des propos extrêmement clairs qu’il faudra savoir tenir et qui, cette fois, ne seront pas pénalisants électoralement : si l’Allemagne s’oppose à ce qui permettrait un fonctionnement harmonieux de la zone, alors nous nous dirigerons vers son démantèlement. Il s’agit de mettre l’Allemagne au pied du mur et de montrer que dans cette hypothèse, elle est – et elle seule - responsable d’un éventuel futur désastre aux conséquences planétaires.

Résumons les propositions susceptibles d’entrainer une adhésion :

1) Parce que l’euro réduit considérablement l’éventail des choix et qu’il conteste  la démocratie, Il n’est pas aujourd’hui possible de construire un programme politique sérieux et honnête sans évoquer la question de l’euro.

2) Parce que des trésors de pédagogie n’arriveront pas à contester son visage de nouvel « Avatar des Lumières », il est suicidaire de proposer aux électeurs sa mise à l’index et son démantèlement.

3) Le chemin du succès électoral dans l’honnêteté, consiste donc à élaborer une stratégie respectant les croyances populaires, tout en détruisant l’ordo libéralisme allemand qui préside à sa construction et à son ancrage dans la durée.

4) Les transferts impossibles, parce que bloqués par l’ordo libéralisme, sont activés par un moyen détourné : la fin de l’indépendance des banques centrales désormais chargées de monétiser les déficits des Nations du sud de la zone.

4) L’Accord de monétisation proposé dans le programme prévoit des conditions qualitatives à détailler et à réglementer, mais qui surtout ne concernent que les seuls investissements réels susceptibles de rétablir les équilibres dans le respect de la contrainte écologique, essentiellement l’agriculture et l’industrie.

5) S’agissant de la France, pays qui est le seul à supporter des dépenses militaires au bénéfice de toute l’Europe, l’accord proposé prévoit une monétisation exceptionnelle dans les industries de la défense.

5) Ce même accord prévoit des clauses quantitatives (par exemple combinant poids du PIB et déséquilibres, avec bien sûr monétisation interdite pour le nord) inscrites dans la durée : la monétisation cesse lorsque le taux de change intra-zone de 1 contre 1 devient crédible.

6) Le refus potentiel de l’Allemagne renverse le paysage électoral : ce n’est pas la France qui veut quitter l’Euro mais l’Allemagne qui ne supporte pas le changement institutionnel.

7) Le chemin proposé concernant la question de l’Euro doit être expliqué dans ses détails. Il suppose pour cela de former un grand nombre de personnes susceptibles d’exposer clairement la problématique et de répondre dans un souci de grande honnêteté aux questions des électeurs.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 09:41

 

Quand nous parlons d’élections nous parlons de la mère de toutes c’est-à-dire  l’élection présidentielle.

2 sortes de problèmes se posent : le contenu du discours d’une part, et la façon dont il est reçu d’autre part. Ces deux problèmes sont maintenant liés : la façon de parler agit sur la réaction des acteurs, mais inversement le comportement des acteurs va rétroagir sur le discours.

S’agissant d’un projet d’abandon de l’euro et de ses effets sur les électeurs, les comportements ne sont certes pas connus ex-ante, mais par contre  on connait  l’éventail des possibles. Ce dernier passe de l’absence de toute réaction (comportements économiques et sociaux inchangés) à des mouvements de déstabilisation ou de panique (spéculation gigantesque avec toutes ses conséquences en tous domaines)

La connaissance de l’éventail des possibles permet alors la construction de scénarios et de discours associés. A priori, c’est bien évidemment celui qui « contient » (au sens de « containment ») la panique qui doit être valorisé, l’inverse signifiant un échec électoral majeur.

Maintenant la probabilité de l’occurrence de la panique est grande puisque nous  sommes  dans un espace de rationalité très limitée : l’euro est affaire de religion avec des acteurs ou des prêtres intéressés au développement de la panique.

Le discours portant sur la proposition de la fin de l’euro se doit par conséquent être extrêmement construit….y compris en expliquant les risques de panique qui en seraient les conséquences….avec les outils pratiques censés la contenir.

Expliquer sereinement le probable couple panique/spéculation.

Ce point de vue a déjà été abordé dans le blog et les différents articles qui se sont attachés à le développer montrent que de fait la sortie ne peut se faire que sur le mode panique. Pour autant il faut durant la campagne électorale aborder la question de la sortie comme question à proposer aux partenaires européens. Non pas une question sur l’autorisation qui serait donnée à la France de quitter l’euro système : l’autorisation est juridiquement impossible, mais  d’une décision du peuple français. La candidate du Front National doit par conséquent simplement déclarer que si elle est élue, elle entamera les consultations nécessaires afin d’assurer le transfert de souveraineté monétaire selon un mode organisé. Il ne s’agit pas de claquer la porte mais si possible de la refermer en douceur et de passer à d’autres formes de coopération.

Une version plus modérée, celle qui sera sans doute retenue est de déclarer qu’en tant que présidente élue, elle organisera un référendum sur le maintien de la France dans la zone. Cette version plus douce allonge la période dangereuse de transition. Mais une hypothèse  réaliste est de considérer que la spéculation commencera dès les résultats de l’élection présidentielle, c’est-à-dire avant le référendum.

C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de déclarer au préalable, c’est –à-dire durant la campagne, que si la spéculation et la panique se développent, une utilisation immédiate de l’article 16 de la Constitution de la 5ième République sera décidée. On peut même imaginer que cet Etat d’urgence soit déclaré, avant même l'installation de la présidente, par le biais d’un accord avec le président sortant dont on peut penser qu’il serait soucieux du respect des engagements du nouveau quinquennat.

Sans spéculation entre le résultat de l’élection présidentielle et le référendum, l’utilisation de l’article 16 est néanmoins importante car elle seule permet , aves l’immédiateté nécessaire,  de trancher définitivement et placer le reste de la zone , en fait l’Allemagne, face au choix de la liquidation de la monnaie unique ou de son maintien sur une base très rétrécie.

Bien expliquer le mécanisme de l’article 16 comme arme de résistance démocratique

Le scénario de la panique étant infiniment probable, il est fondamental que la candidate du Front National décrive  immédiatement les effets à attendre de son probable déclenchement : l’explication de la montée des taux sur la dette souveraine, l’impossible fonctionnement de l’Agence France Trésor, la fuite massive des capitaux et la montée du solde TARGET2, le gel des projets d’investissements, l’insolvabilité brutale du système bancaire français, etc. Chaque évènement de panique anticipée se devra d’être expliqué de façon détaillée….révélant ainsi qu’au moment de son déclenchement les paroles correspondent bien aux faits… et que la violence de l’article 16 est bien justifiée. Bien expliquer les formes de la panique est preuve de compétence.

Et le mécanisme de l’article 16 doit être expliqué de façon précise en particulier les conditions de sa mise en service :« menaces graves et immédiates » qui pèsent sur les institutions de la république, et atteinte au fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Il faut aussi  en expliquer son extraordinaire portée : pleins pouvoirs du président qui prend « les mesures exigées par les circonstances ». Mais aussi insister sur les limites : consultation préalable du premier ministre, des présidents des deux assemblées et du Conseil Constitutionnel, possibilités d’interventions ultérieure de la part de ce même conseil ou mobilisations de parlementaires, etc. Il faut aussi expliquer le pourquoi de la mobilisation d’un outil fort rarement utilisé : saisie provisoire de la Banque centrale,  et du système financier, contrôle des changes, etc. Il faut enfin expliquer que cette mobilisation s’achèvera lorsque le gouvernement nouveau et le parlement, le résultat du référendum étant connu,  pourront gérer le fonctionnement normal des institutions. Ce qui peut également signifier le maintien de l’euro si tel devait être le résultat du référendum….

Ce travail fondamental doit se faire parallèlement à celui, tout aussi pédagogique, du pourquoi d’un rétablissement de la souveraineté monétaire.

Expliquer la cause principale du mal vivre ensemble.

En la matière  il est essentiel de partir du point de vue des agents qui victimes de l’euro ne se rendent pas compte de l’identité du bourreau. Il faut donc commencer par les problèmes de l’emploi, de la précarisation, de la réduction du périmètre des services publics, du repli communautaire et de la ghettoïsation,  etc. Questions qu’il convient de rattacher à une croissance qui n’est disparue que dans la seule zone euro. Des comparaisons avec le reste du monde doivent par conséquent mettre en avant cette étrange spécificité. Il faut ainsi bien expliquer que la croissance disparue, celle qui crée des emplois et des recettes pour l’Etat Providence, est corrélée avec la mise en place de l’euro-zone. Passer beaucoup de temps à détailler tous les liens, les relations de cause à effet, les exemples, etc. sera essentiel à la crédibilité de la candidature.

Il conviendra ensuite de démontrer, de façon rigoureuse et indiscutable, que l’auteur principal des problèmes quotidiens, l’euro, est bien un bourreau.

Expliquer que la zone euro est un bourreau

Ainsi il faudra répondre aux injonctions issues du catéchisme courant (« on ne peut plus être cigale et il faut impérativement devenir fourmis », « nous n’avons plus les moyens », « il faut savoir se serrer la ceinture » etc.) par le fait que la zone vit en dessous de ses moyens et qu’elle fournit une part croissante dans l’épargne mondiale. Chiffres à l’appui, il est essentiel de révéler le plus concrètement possible que les citoyens de la zone sont globalement des fourmis, et que les « sacrifices » imposés par la religion de l’euro sont injustifiés. Ils sont donc bien le fait d’un bourreau.

Expliquer que le bourreau ne peut se métamorphoser en personnage sympathique: l'euro n'est pas réformable.

Plus difficile, mais ô combien essentiel, sera de montrer que le bourreau ne peut pas se transformer en personnage sympathique. Il faudra donc des trésors de pédagogie pour montrer que la croissance ne pourrait  revenir que s’il existait un système de transferts à l’intérieur de la zone et que ces transferts sont de fait interdits. Il faut ainsi montrer que l’Allemagne n’est pas un bourreau heureux mais un Etat-Nation qui n’entend pas renoncer aux avantages que la monnaie unique lui à conférée jusqu’ici. C’est sans doute la partie la plus difficile d’une campagne électorale qui se doit d’être la plus honnête et la plus pédagogique possible. Et il faudra, concernant ce sujet, savoir s’entourer des spécialistes reconnus internationalement.

Il faudra enfin montrer qu’il n’y a pas de solution et que le seul effet du fonctionnement de l’euro-système produit une aggravation continue de la crise, avec des effets délétères en termes d’inégalités à l’intérieur des pays et entre pays, en termes de communautarisation et de ghettoïsation. Il faudra ainsi être patient et prendre le temps d’expliquer que tous les mécanismes mis en place depuis le déclenchement de la crise ne sont que des moyens de gagner du temps, et temps qui dans un même mouvement accumule des mégatonnes supplémentaires au profit de l’explosion à venir. Il faut donc bien explique que sortir de l’euro maintenant est préférable à son explosion demain. Parmi les mécanismes mis en place depuis 2009, il faudra insister sur l’émission de liquidités émises par la BCE, bien expliquer qu’il s’agit d’un processus de création ex-nihilo dont les seules fins sont bien le soutien d’un système financier qui lui-même n’est pas en mesure de soutenir l’économie réelle. Bien expliquer cela et de façon très détaillée est important pour mieux comprendre par la suite l’impérieuse nécessité d’en finir avec l’indépendance des banques centrales.

Il est maintenant évident que la campagne électorale ne doit pas transformer l’euro en bouc émissaire et qu’il faudra expliquer que le retour à une meilleure qualité du vivre ensemble suppose des changements importants dont certains pourront être douloureux. La campagne devra donc aussi se décliner en mode projet avec la construction d’un chemin nouveau à emprunter : le vivre ensemble suppose la construction d’un avenir défini comme désir partagé.

(A suivre)

 

 

 

 

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 13:33

 

Les partis souverainistes sont évidemment les seuls à pouvoir évoquer la question du retour aux monnaies nationales. Position de confort mais aussi position de cantonnement.

Il s’agir d’une position de confort car ils bénéficient des difficultés des partis traditionnels bloqués dans la cage de fer de la religion de l’Euro. Plus de débats sérieux sur les politiques monétaires et budgétaires, sur la fiscalité, sur l’environnement, etc , débats devenus bavardages se métamorphosant et se sublimant dans des « réformes structurelles » qui elles donnent lieu à des analyses et réalités, éloignant leurs auteurs de nombre d’électeurs, malgré l’aide de médias défenseurs de la religion officielle.

Parce que le catéchisme, même universalisé bien au-delà de l’espace européen est devenu suspect, ces partis et plus particulièrement le PS sont les constructeurs du succès du Front National. Une réalité semblable se dessine progressivement dans le reste de la zone y compris l’Allemagne avec l’AFD. Bien au-delà du cas français, l’avenir des partis traditionnels se trouve dans des coalitions : l’euro ne permet aucune alternance possible, et cette alternance interdite sera de plus en plus garantie par des alliances entre partis traditionnellement opposés sur les marchés politiques. D’où la grande transformation des partis dits de gauche en droite classique. De fait il s’agit de construire un mur pour empêcher l’épanouissement de cet ennemi commun que serait le populisme anti-euro. Et plus le mur est apparent et plus l’idéologie d’un populisme dangereux devient suspecte auprès des victimes de la crise.

Mais il s’agit aussi d’une position de cantonnement car si le vécu des électeurs est globalement de plus en plus difficile dans la plus grande partie de la zone, globalement le sud, d’autres bénéficient du dispositif, en particulier les classes dominantes ou rentières allemandes. Et le vrai problème est que la puissance du catéchisme reste solide tant elle s’inscrit sur les traditions les plus éprouvées : « on ne peut dépenser davantage que ce que l’on produit », « il faut régler ses dettes », « on ne peut vivre aux dépends des générations futures », « il faut travailler plus »….et donc « les peuples du sud doivent se comporter avec le sérieux des allemands », etc….

L’analyse des causes – complexes - de la réalité supposant une grande rigueur et un minimum de formation dans le domaine des sciences humaines, le catéchisme, largement véhiculé par les médias et les entrepreneurs politiques traditionnels, l’emporte logiquement sur la raison. Entre un mensonge simple et une vérité difficile à démontrer c’est le menteur qui l’emporte.

Que les convergences promises par les adeptes de la « terre promise » deviennent des divergences abyssales ne gênent pas les menteurs. La réponse est simple et les solutions seraient - quand on est sérieux- à portée de main : Semestre Européen, Mécanisme européen de stabilité, Union bancaire, activisme de la BCE, etc…pour celles déjà en place. Mais aussi pour demain: union des marchés de capitaux, système commun d’assurances-dépôts, voix unique sur la scène financière internationale (FMI), etc…

Quels citoyens se trouvent suffisamment armés pour montrer que ces « outils de convergence » n’expriment qu’une volonté de simples équilibres financiers protégeant l’Allemagne de l’envoi vers le sud de l’équivalent de 15 plans Marshall…un versement consacrant son suicide ? Les partis souverainistes et bien sûr le premier d’entre- eux, le FN en France, se trouvent ainsi bloqués dans leur ascension : leur nombre d’électeurs peut devenir important car le malaise devient gravissime, mais parler de la cause la plus importante, l’euro, est délicat. En parler c’est s’attaquer frontalement à la religion. Se séparer de l’euro c’est proposer en 1700 , dans le royaume de France, la séparation de l’église et de l’Etat. Pour autant ces partis ne peuvent renoncer au programme de démantèlement de la zone euro : les propositions mises en avant devenant aussi peu crédibles que celles des partis traditionnels. Ne pas parler de l’euro, c’est de fait s’aligner sur les partis traditionnels et donc être en déficit de crédibilité. En parler c’est porter atteinte à un puissant mouvement religieux….et donc ne pas conquérir le pouvoir.

Briser le triomphe des menteurs devient ainsi la grande question que doivent aborder les partis souverainistes, en particulier le Front National.

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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 14:30

J'ai ici répondu à un ensemble de questions concernant la mondialisation, l'euro, la Chine,etc.

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 08:25

 

 

Résumé.

L’organisation bruxelloise souvent désignée par le mot « Europe » est un outil efficace de reconfiguration des vieilles structures étatiques. Ces dernières ne sont ni détruites ni  homogénéisées. A l’inverse, elles se « spécialisent » et anéantissent le vivre ensemble qui était pourtant la finalité de l’organisation sus-visée.

 

La construction européenne, plus particulièrement dans sa dimension Euro zone, est une machine reconfiguratrice des modes de capture des Etats. Ces derniers, en particulier ceux concernés par la dite construction, furent, au cours de leur très longue période historique de gestation, d’abord accaparés par des entrepreneurs politiques classiques, princes ou  monarques, définissant et redéfinissant des frontières au terme d’alliances et de stratégies guerrières.

La décomposition des 4 piliers de ce qu’on appelle un « Etat ».

Dans ce contexte historique, la progressive montée des Etats nations, devait aboutir à ce que l’on définisse, au vingtième siècle, un Etat par 4 capacités  fondamentales : celle de créer une monnaie, celle d’établir la loi, celle de rendre la justice, et enfin la capacité de déclarer et faire la guerre.

On sait aussi que les formes brutales de capture se sont progressivement « civilisées » : les entrepreneurs politiques,  aux prises  avec leur finalité  d’accroissement de la puissance prédatrice, devant composer avec des groupes sociaux de plus en plus larges, les premiers étant les entrepreneurs de la finance et de l’économie. C’est ainsi que les modalités concrètes de la capture des Etats se sont progressivement enrichies, avec marche progressive vers ce qu’on appelle « l’Etat de droit », puis la démocratie, cette dernière  étant précisément le mode d’accaparement ou de capture démocratique des outils de la contrainte publique. D’où l’expression libertarienne selon laquelle la démocratie serait la possibilité pour une majorité « d’exploiter » une minorité.

L’édifice européen  s’est d’abord construit sur la volonté de mettre fin à la quatrième capacité fondamentale des structures étatiques : supprimer la guerre comme réalité inacceptable. Nombre d’entrepreneurs politiques ont pu ainsi asseoir leur capacité à se reproduire au pouvoir, et donc leur légitimité,  à partir de ce premier renoncement à la pleine souveraineté.

Mais la construction européenne se devait toutefois d’aller beaucoup plus loin en raison de la place de plus en plus importante que devaient prendre les entrepreneurs de la finance et de l’économie. Commencée avec un curieux mélange de considérations politiques (la question allemande) et économiques (l’établissement d’un grand marché) la CECA devait pouvoir élargir son champ de compétences pour aller, dans un premier temps, jusqu’au Traité de Rome.

Dans ce type de configuration, les entrepreneurs politiques sont bien sûr toujours présents, mais ils acceptent progressivement leur démonétisation comme prix de leur reconduction au pouvoir. A ce titre, la capture des Etats devient extrêmement partagée et la loi comme la Justice doivent se conforter à des métarègles bruxelloises dont le contenu est de plus en plus décidé par d’autres groupes sociaux.

La mise en place d’une monnaie unique est, probablement, le couronnement de la démonétisation du politique, lequel sera désormais asservi aux règles de la finance et de l’économie : les 4 piliers de ce qu’on appelle « l’Etat »  sont bel et bien en voie de disparition.

On aurait toutefois tort de considérer que la disparition soit complète. Les entrepreneurs politiques et les Etats en lambeaux qu’ils chevauchent encore,  pouvant  être utiles pour nombre d’acteurs. C’est ce que nous proposons d’appeler « processus de reconfiguration des Etats ».

S’il y a domination de la finance et de l’économie, le politique se trouve simplement asservi dans des espaces de « post-souveraineté », difficiles à définir, mais dont le contenu règlementaire se doit de protéger l’essentiel des libertés économiques : libre-circulation des marchandises, des capitaux et des hommes. Ces libertés ont une conséquence : faiblesse de la capture fiscale désormais concurrencée par les autres espaces de post-souveraineté, absence de solidarité entre espaces excédentaires et espaces déficitaires, asservissement par colonisation interne ou externe des restes des structures étatiques les plus vulnérables.

Ces quelques réflexions peuvent être illustrées par l’observation de quelques situations empiriques telles le Luxembourg,  la Grèce ou l’Espagne, structures étatiques qui ont pu faire  récemment l’actualité.

 

Le Luxembourg : coloniser l’Etat pour ne pas payer.

La situation géographique du Luxembourg a toujours fait de cet espace une zone tampon entre grands Etats prédateurs classiques : Duc de Bourgogne, Habsbourg, empire allemand,  monarchie française et empire napoléonien, etc.

 La construction européenne fut, pour le Luxembourg, une opportunité de nouvelles captures, gigantesques par la taille, et relativement réparties entre tous les acteurs présents et étrangers. L’entrepreneuriat politique fut consolidé et stabilisé par sa stratégie de braconnage fiscal des autres Etats en reconfiguration. Le « Tax ruling », le système bancaire, le « shadow banking » et la logistique financière sont  devenus une gigantesque industrie exigeant de très nombreux emplois de très haut niveau (juristes, financiers, statisticiens, etc. , dont les revenus anormalement élevés « ruissellent » sur des activités de services qui génèrent l’essentiel d’un PIB dont le niveau par habitant est 2 fois supérieur à celui validé en Allemagne. Un PIB artificiel fait de prédations et de paris sur différences de prix.

Il s’agit d’un processus de colonisation interne : Les innombrables étrangers ne sont pas des colonisateurs classiques (45% de la population totale). Ils utilisent un reste de souveraineté pour transférer des fonds issus du reste du monde et de la zone euro en particulier. Ils utilisent les services de l’Etat non pas pour l’asservir mais pour être protégé par ce qui lui reste d’autonomie : la possibilité de dessiner une frontière juridique dans les espaces règlementaires les plus avantageux et uniquement dans ceux-là. Une frontière juridique  elle -même conférée par l’absence de souveraineté des autres Etats : Le Luxembourg n’a pas à craindre une intervention militaire de la part des victimes du braconnage. En ce sens, la perte de la quatrième capabilité des Etats, celle   de mener la guerre, est un élément fondamental de la reconfiguration de l’Etat du Luxembourg. Historiquement pauvre, il était victime des grands prédateurs de l’entrepreneuriat politique du moment (Napoléon en fera un simple département). Aujourd’hui très riche, il ne craint plus les anciens prédateurs et se trouve protégé dans sa propre pratique prédatrice. Dans cette forme de reconfiguration, le non-respect de la contrainte publique la plus ordinaire, le paiement de l’impôt, devient droit positif.

La Grèce : coloniser l’Etat pour être payé.

Le cas de la Grèce est fort différent. Il n’y a pas d’étrangers qui conçoivent des accords de prédation fiscale avec des entrepreneurs politiques qui, contre rémunération, (tax ruling) accordent le braconnage de la fiscalité des Etats étrangers. Il y a à l’inverse des fonctionnaires étrangers qui depuis un hôtel édicte les règles du jeu du marché politique grec. Il s’agit ici d’une colonisation non plus pour moins payer mais pour être payé.

Parce que la construction européenne est l’asservissement de l’entrepreneuriat politique par les entrepreneurs de la finance et de l’économie, la grande question de la gestion des excédents et des déficits n’a pu être réglée comme cela se faisait à l’époque des Etats nations, c’est-à-dire par des transferts manifestant la solidarité entre des citoyens habitants des régions différentes et de niveaux de développement différents.

Les entrepreneurs politiques allemands ont bien eu le devoir de mettre en place chez eux les  métarègles européennes. Par contre, ils n’ont pas reçu l’ordre de mettre en place un système de transfert garantissant le bon règlement des marchandises que l’industrie allemande déverse sur la Grèce. Un tel système, allant contre les intérêts de nombre d’acteurs allemands (entrepreneurs économiques bien sûr qui n’ont pas envie de payer des impôts pour la Grèce, mais aussi tous les autres acteurs et ce, pour les mêmes raisons) il n’était pas question qu’il devienne métarègle européenne.

Bien évidemment le résultat est connu : sans transfert dans un espace où l’Etat est historiquement d’une très grande fragilité en raison de la mémoire laissée par 450 années de lutte contre le pouvoir Ottoman, la faillite est au bout du chemin. Le transfert ne peut devenir métarègle, mais la concurrence se devant de rester libre et non faussée, une concurrence aboutissant à un énorme surplus allemand,  la solution est donc la colonisation directe afin d’imposer la dévaluation interne comme seule possibilité d’assurer le fonctionnement du système. Le nouvel « Etat » grec est ainsi un protectorat avec des entrepreneurs politiques qui ne sont plus que des marionnettes actionnées par des fonctionnaires appliquant les métarègles.

La Catalogne : créer un Etat pour ne plus payer.

Il s’agit ici d’une reconfiguration par sécession. La relative disparition des 4 piliers fragilise, bien sûr considérablement, les structures étatiques les plus récentes ou les plus contestées historiquement. De ce point de vue, l’Espagne est une structure fragile avec des revendications identitaires dans nombre de provinces. A cette structure fragile se sont  ajoutées les métarègles bruxelloises.

Si maintenant, l’inondation de la société par  l’économie est plus aisée dans une province que dans une autre, il est clair que l’on retrouve la situation de l’Allemagne par rapport au reste de l’Europe. On peut ainsi dire que la Catalogne est à L’Espagne ce que l’Allemagne est au reste de l’Europe.

La Catalogne exporte beaucoup vers l’Espagne (50% du total de ses exportations) et importe assez peu du reste de l’Espagne. Un peu comme l’Allemagne par rapport au reste de l’Europe. Toutefois comme la Catalogne reste dans un espace de solidarité, il est évident que des transferts importants existent entre la Catalogne et l’Espagne. Ces transferts essentiellement fiscaux représenteraient 16 milliards d’Euros. Rien de très choquant pour un Etat nation classique. Mais, transferts devenus insupportables pour des acteurs qui cessent d’être citoyens dans un Etat dont la légitimité est contestée par l’existence des métarègles. Parce que l’européisme développe dans un même geste l’ouverture des marchés et la fin de la citoyenneté, donc le repli sur soi, le temps des fragmentations est arrivé et la Catalogne, comme l’Allemagne, ne peut accepter les transferts. D’où une exigence d’indépendance.

De fait, l’incertitude qui va probablement se prolonger, devra aussi intégrer le fait que la rupture comporte  des coûts en termes d’économies de transactions : déplacement de sièges sociaux, mise en place d’institutions spécifiques, telle une banque centrale, etc., et bien sûr des coûts de négociation avec l’organisation bruxelloise qui, elle, soucieuse de sa propre reproduction devra choisir.

On le voit, les reconfigurations sont multiples et d’autres exemples pourraient être exposés (Italie, Belgique et même Grande Bretagne). Ce qu’il faut toutefois retenir est, bien évidemment, que ce sont les structures étatiques les plus fragiles, fragiles par la taille, ou par l’histoire, qui sont davantage prisonnières de l’étau de la reconfiguration.

 

 

 

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Etats et politiques
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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 13:02

 

L’Histoire enseigne que la monnaie est initialement un objet politique qui va d’abord servir au règlement de la dette des sujets envers le Prince. Les premières pièces vont ainsi, assurer le paiement des mercenaires au titre  du service de la guerre, circuleront vers des marchands, et reviendront vers le prince sous la forme de l’impôt. Nous avons déjà souligné qu’il s’agissait de la première forme de "circuit du Trésor". Le Prince choisit le véhicule ou le vecteur assurant le paiement de la dette des sujets envers lui. Historiquement, en raison de la compétition entre les princes, ce véhicule sélectionné sera le métal précieux.

Le Plan B de Yanis Varoufakis dont il a présenté quelques contours au NYT en Aout dernier relève un peu de cette logique de « circuit du Trésor ».

Mais pourquoi créer une monnaie parallèle en Grèce?

Pour répondre à cette question, il faut d’abord connaitre la situation bancaire Grecque telle qu’elle va apparaitre à la fin du printemps et au début de l’été 2015.

La crainte d’une sortie de la zone euro précipite les départs de capitaux vers le nord de la zone et aggrave la préférence pour les billets. Parallèlement l’endettement laisse progressivement la place aux défauts : parce que l’activité se réduit les échéances deviennent insupportables pour nombre d’acteurs, échéances non réglées qui mettent en difficultés d’autres agents, etc.

Concrètement les comptes bancaires (entreprises et ménages) se vident au profit de comptes bancaires ouverts à l’étranger ou se transforment en billets supplémentaires. Cette fuite réduit à zéro le compte des banques à la Banque centrale….invitée à l’abonder en permanence pour alimenter de nouvelles fuites. 

Sachant que la théorie économique nous apprend que la masse monétaire se trouvant sur les comptes est la contrepartie de crédits (les crédits font les dépôts), il est clair que le système bancaire grec se trouve avec des crédits douteux à l’actif du bilan, crédits qui sont la contrepartie de dépôts… désormais partiellement à l’étranger ou qui ont fui le système grec. Bien au-delà de l’insolvabilité du système bancaire grec c’est aussi- mais aussi de façon très théorique- l’insolvabilité de la Banque centrale.

On sait que le colmatage des fuites fut, au cours de l’été, l’imposition d’un contrôle des capitaux et la restriction de la conversion des dépôts en billets.

C’est dans ce cadre qu’est intervenu le projet non abouti du plan B de Varoufakis.

En attachant un compte numérique au code fiscal de chaque acteur (entreprises, ménages,etc.) le ministre de l’époque se proposait de créer un « circuit du Trésor » sans lien avec le système bancaire ni même sans lien avec la Banque centrale.

Prenons un exemple. Le circuit aurait pu fonctionner de la façon suivante : Une entreprise de fournitures militaires qui met en difficulté ses propres fournisseurs- parce que le Trésor grec est en position d’illiquidité et se trouve incapable de payer en faisant débiter le compte qu’il possède à la Banque centrale- se voit désormais payée directement par le Trésor. Ce dernier alimente en monnaie électronique le compte de l’entreprise concernée, monnaie avec laquelle ladite entreprise pourra régler ses dettes, ce qui permettra de régler d’autres dettes des fournisseurs situés plus en amont. La monnaie ainsi créée a pour propriété d’assurer la disparition d’une chaine de dettes immobilisant l’activité économique. En bout de chaine le retour de la solvabilité des acteurs permet le paiement directement au Trésor de l’impôt qui lui est du. Sans « aide » de la BCE, sans aucune autorisation de « l’euro-système » l’illiquidité du Trésor est ainsi vaincue.

Véritable retour à l’antique « circuit du Trésor » qui marquait la naissance de la monnaie dans les premières configurations de l’Etat.

En théorie le plan B de Yanis Varoufakis permettait aussi de se libérer de la dette publique dans sa dimension marchande c’est-à-dire celle passant par la finance internationale. En effet les échanges –échanges inter-entreprises notamment - auraient pu se généraliser à partir du compte numérique de chaque entité. Ce faisant un système de paiement alternatif se serait mis en place au détriment du système bancaire, système de paiement incorporant la gestion de la dette publique elle-même. Les comptes de chaque entreprise auraient désormais assuré un minimum de liquidité au Trésor. Et ce  minimum aurait pu être élargi par la possibilité d’inviter les entreprises à basculer une partie de leurs dépôts bancaires dans le compte désormais possédé au sein du Trésor, versement moyennant bien sûr une rémunération pour le service rendu.

Cette rémunération aurait pu tout simplement devenir une diminution de la pression fiscale.

Le plan B fût comme on le sait refusé et son inspirateur devait apparaitre comme un conspirateur à éloigner, voire à sanctionner. Varoufakis n’est plus ministre et s’est même trouvé menacé de connaitre les foudres de la justice.

De fait le rétablissement d’un « circuit du Trésor » en Grèce n’est pas chose simple.

Le premier défaut du plan Varoufakis est qu’il ne pouvait pas fonctionner sans la violence du cours forcé. Il serait difficile pour l’entreprise de fournitures militaires d’accepter le paiement numérique sans passer par les banques classiques, et ce pour la simple raison que « l’Euro du Trésor » vaut moins que celui de la BCE. La solution sera donc l’injonction :on ne discute pas avec le Trésor, ou la négociation: Le Trésor accorde un paiement en « euros-Trésor » supérieur au montant de la facture initiale. Sans l’injonction, et la violence correspondante, un taux de change « Euro-Trésor »/Euro BCE se met en place et se généralise avec tous les fournisseurs….lesquels pourront ultérieurement négocier avec le Trésor pour reporter les pertes de changes sur le montant de l’impôt….Le système est donc probablement générateur d’inflation. Sans compter les salariés qui bien évidemment pourraient manifester quelque mécontentement à être payés en « Euro-Trésors ».

En second lieu, la mauvaise monnaie chassant la bonne, la solution au maintien du service de la dette en bonne monnaie suppose le recours déjà indiqué : Le Trésor grec doit inviter au basculement d’une partie des dépôts restés dans le système bancaire vers les comptes numériques. La rémunération d’un tel service, au-delà d’un taux de change qui apparait spontanément suppose, comme vu plus haut quelque chose comme l’équivalent d’une baisse de la pression fiscale. Il n’existe pas d’autre solution car, victime de la loi de Gresham, le Trésor grec se trouverait rapidement exclu de tout accès à la bonne monnaie.

La troisième difficulté, et de loin la plus importante, est évidemment que « l’Euro-Trésor » ne règle en aucune façon la question de l’accès aux échanges internationaux. Il est vrai que « l’Euro-Trésor » peut initier un retour à la liquidité en autorisant l’extinction d’une chaine de dettes internes, de quoi aussi améliorer les bilans bancaires. Par contre , de par ses effets extrêmement négatifs sur le climat des marchés, d’une part, et de ses effets inflationnistes d’autre part, il est difficile d’imaginer que « l’Euro-Trésor » puisse régler la question de la compétitivité de l’économie grecque.

La conclusion de cette affaire de plan B est qu’il est illusoire de croire que l’on peut contourner ou plus exactement éviter un affrontement brutal avec les autorités européennes. La BCE, probablement sous l’ordre des autorités monétaires allemandes, a étranglé le système bancaire grec jusqu’à la commune décision de fermer les banques. Face à une telle situation, Il n’existe  pas de médecine pour soulager l’étranglement , et la seule solution est de couper la corde. Concrètement il est impérieux de réquisitionner la Banque centrale, de la saisir, et dans un même geste de détruire l’Eurosystème.

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck
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