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28 novembre 2022 1 28 /11 /novembre /2022 08:01

Thomas Reverdy est un sociologue français qui s'est spécialisé dans la logique des organisations et des marchés. Aux frontières de la sociologie et de l'économie, beaucoup de ses travaux portent sur la question des systèmes énergétiques et de leurs mutations induites par des réseaux d'acteurs eux-mêmes animés par des logiques paradigmatiques variées. Nous proposons l'un de ses textes où il est question de la grande transformation du système énergétique français, transformation aujourd'hui questionnée par sa grande fragilité. De lecture aisée et surtout animé par un soucis de grande neutralité idéologique, ce texte permet de mieux comprendre l'effondrement actuel de notre écosystème énergétique.

Bonne lecture.

À la fin des années 80, La Commission Delors se donne un programme ambitieux de relance de l’intégration européenne. Il existe alors un consensus au sein de la Commission Européenne : le marché commun est un puissant facteur d’intégration économique, d’efficacité et de compétitivité… La principale activité de la Commission consiste alors à libéraliser les activités de réseau (télécom, énergie), le transport aérien et ferroviaire, mais aussi de consolider la régulation de la concurrence, y compris contre les politiques industrielles des États, jugées peu efficaces et facteur d’injustice. Ces réformes ont été qualifiées de néolibérales, dans la mesure où elles font la promotion du marché comme norme de gouvernement y compris dans des espaces économiques et pour des enjeux où il était absent.[2]

Cette croyance puissante dans l’efficacité du marché et ses capacités intégratives guide aussi le projet de libéralisation des secteurs du gaz et de l’électricité. La Commission Européenne va s’employer à réformer les approvisionnements en gaz, qui jusqu’alors reposaient sur des contrats à long terme indexés sur le prix du pétrole. La première étape est de séparer les activités de production et de fourniture d’un côté, les activités de réseau et de distribution, de l’autre côté. Ces dernières sont considérées comme des monopoles publics. On parle alors d’accès des tiers aux réseau.

La Commission Européenne va encourager la mise en place d’un marché de gros européen, permettant aux importateurs d’échanger leurs surplus de gaz et donc une optimisation en temps réel de la consommation. Cette nouvelle organisation va s’accompagner d’un développement des usages du gaz, en particulier dans la production électrique et de nouveaux approvisionnements avec le gaz liquéfié. Concrètement, la place de marché virtuelle hollandaise TTF (qui signifie « Title Transfer Facility ») centralise aujourd’hui une large partie des transactions et permet l’affichage d’un prix de marché du gaz en temps réel. Ce prix s’impose progressivement comme référence dans toutes les transactions. Plusieurs types de contrats non négociés sur cette plateforme : des ventes spot en temps réel, des contrats à terme (pour une période donnée et à un prix fixe). Les prix de ces transactions, rendus publics, sont aussi utilisés comme des références pour d’autres transactions qui ne passent pas par les place de marché. Ainsi, avec cette organisation le prix de marché reflète la rencontre de la courbe des offres et celle de la courbe de demande du secteur et ce prix est la référence pour la très grande majorité des transactions.

En parallèle, la libéralisation du secteur de l’électricité s’est traduit aussi par la formation d’un marché de gros européen, grâce entre autres au développement des interconnections. Il était attendu de ce marché qu’il participe à une dynamique concurrentielle favorable au consommateur. Compte tenu de l’hétérogénéité du secteur européen, ce marché européen pouvait aussi faciliter les échanges entre pays et optimiser l’usage des moyens de production. Ces échanges existaient déjà avant la libéralisation, essentiellement dans un objectif de sécurisation du réseau. Comme pour le marché gazier, on observe un changement dans l’établissement des offres de prix : les prix qui se forment sur le marché spot de l’électricité devient aussi la référence pour les transactions. Selon l’intensité des échanges entre pays européens et l’état des interconnexions, les prix peuvent se former à l’échelle d’un pays ou être alignés entre plusieurs pays. Il est aussi prévu que le prix de marché devienne la référence pour le tarif réglementé, dont la portée doit être la plus limitée possible.

C’est aussi une période où la Commission Européenne défend le mécanisme de marché pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le mécanisme des quotas de CO2 devait permettre d’intégrer les externalités environnementales dans le marché et donc faciliter rapidement la transition écologique du secteur électrique.

Cette adhésion globale au mécanisme de marché pour les industries de réseau et son extension aux enjeux environnementaux s’appuient sur des expériences essentiellement anglo-saxonnes, considérées alors comme réussies, alors qu’aucune étude ne propose des contrefactuels solides ou ne cherche à comprendre les conditions précises de ces réussites. Dans cette période, les échecs de ces réformes sont systématiquement réinterprétés comme des étapes de mise au point et d’apprentissage et non comme des fragilités structurelles de ces marchés.

Par exemple, un des premiers grands marchés d’électricité, le marché californien, connait en 2000 et 2001 une grave crise avec une hausse des prix et d’importantes coupures (dans un des États les plus riches au monde !). Cette crise est immédiatement réinterprétée comme le résultat d’une libéralisation incomplète du secteur et des faiblesses dans la surveillance des comportements des traders. Mais l’observation du marché californien témoigne déjà des faiblesses structurelles du marché de l’électricité, en particulier le comportement erratique des prix. Le prix spot a pour fonction d’assurer, en temps réel, l’équilibre entre l’offre et la demande, mais la demande d’électricité est à la fois très variable et très peu sensible au prix. Quant à l’offre, elle dépend de capacité de production dont la construction demande des délais importants. Il faut donc de grande variations de prix pour assurer l’équilibre du réseau : en situation de surcapacité, les prix s’effondrent rapidement, à l’inverse, si les moyens de production sont insuffisants, ils explosent. Les variations peuvent aussi être de grande ampleur et sur de longue périodes, à cause des délais d’investissement ou de la durée d’amortissement des installations.

À la fin des années 90 et au début des années 2000, les gouvernements successifs et les dirigeants de EDF sont plutôt favorables au projet de libéralisation. Ils sont convaincus que le nucléaire historique est suffisamment compétitif pour que EDF tire bénéfice du marché, et puisse se développer en investissant dans d’autres pays. L’activité nucléaire ne sera pas démantelée, au nom de l’efficacité d’un parc standardisé. Les moyens de production cédés à la concurrence sont limités à quelques centrales thermiques et aux barrages de la Compagnie Nationale du Rhône.

Les promoteurs du nucléaire sont les plus inquiets : ils anticipent que le marché va se traduire par une très grande incertitude de revenu pour les producteurs d’électricité. Les investissements deviendront beaucoup plus risqués et donc imposeront des taux d’intérêt élevés. Or les projets nucléaires, dont les investissements sont amortis sur de très longues périodes, sont fortement pénalisés par des taux d’intérêt élevés. Autrement dit, avec le marché, l’avantage comparatif du nucléaire s’effondre. Le marché est surtout favorable aux centrales combinées à gaz, qui ont des coûts fixes assez faibles et des délais de construction assez rapides.

Les promoteurs des énergies renouvelables sont moins inquiets car ils ont déjà obtenu que les investissements dans ces moyens de production soient financés par des rémunérations garanties, sous la forme de tarifs réglementés ou d’appel d’offre. Ces mécanismes de financement publics sécurisent les investissements et permettent des financements bancaires par des taux d’intérêt beaucoup plus bas. S’il existe bien une concurrence entre entreprises pour accéder à ces financements, ce « marché » est totalement découplé du marché de gros de l’électricité.

Les effets inattendus de la libéralisation en France et les premiers réajustements

À partir de 2000 et l’ouverture à la concurrence, l’adhésion au marché se renforce en France avec ses premiers effets, une baisse des prix de l’électricité entre 2000 et 2003 pour les clients industriels. Mais, dès la fin de l’année 2003, les industriels électro-intensifs observent une légère remontée des prix dans les offres de fournisseurs. Ils prennent rapidement rendez-vous avec les ministres et commencent à faire pression sur les parlementaires. À la demande du gouvernement, le haut fonctionnaire Henri Prevot rédige un rapport en 2004 qui anticipe une accélération de cette hausse en France. Le rapport explique comment fonctionne le marché de l’électricité européen : dans un contexte de rareté des moyens de production en Europe, c’est le prix des centrales allemandes qui utilisent du gaz qui s’impose pour former le prix de gros.[3]

À peine engagés dans la libéralisation du secteur, les industriels électro-intensifs et le gouvernement français cherchent à s’affranchir du marché. Ils commencent à négocier avec EDF un contrat à long terme, mais les réticences de la Commission Européenne ralentissent le projet. Les clients industriels se mobilisent largement et obtiennent, par le vote d’un amendement de la loi sur l’énergie de 2006, la possibilité de bénéficier d’un tarif transitoire (appelé TARTAM) pour les protéger de la hausse. Cette décision n’est pas du goût de la Commission Européenne qui ouvre une procédure contre la France pour aide d’État illégale.

La France s’était aussi engagée à ouvrir à la concurrence le marché des particuliers en 2007. Or les fournisseurs alternatifs sont pris dans un effet de ciseau tarifaire : ils s’approvisionnent sur le marché de gros, à un prix plus élevé que les coûts de EDF, ils ne sont pas capables de concurrencer le tarif réglementé. Considérant qu’il faut maintenir le tarif pour protéger le consommateur, le Conseil de la Concurrence décide alors d’imposer à EDF de vendre une part de son électricité à ses concurrents à son coût.

En 2010, la loi pour une Nouvelle Organisation du Marché de l’Électricité (NOME) propose de généraliser ce mécanisme pour intégrer les clients industriels et les particuliers. Ainsi cette loi impose à EDF de vendre un quart de sa production à ses concurrents. C’est le mécanisme d’Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique (ARENH). Cette décision a été justifiée comme une régulation asymétrique en faveur de la concurrence, mais la vraie motivation de l’ARENH, c’est de protéger les consommateurs français, particuliers ou industriels, d’une première hausse des prix de gros, qui augmentent de 25 €/MWH à 90 €/MWh entre 2004 à 2008 avant de redescendre suit à la crise de 2008.

Avec cette solution institutionnelle, l’État français parvient à un certain équilibre : participer au marché européen, satisfaire les attentes de la Commission Européenne d’ouverture à la concurrence, bénéficier de l’optimisation du parc électrique européen, tout en protégeant les consommateurs français.

Le marché a donc été contourné assez rapidement en France. Il a aussi échoué à encourager les investissements. La combinaison entre le marché de gros de l’électricité et des mécanismes comme le marché du CO2 ou le marché des certificats verts ne sont pas parvenus à encourager le développement des énergies renouvelables[4]. La quasi-totalité des investissements ont été réalisés hors de ces marchés, sécurisés par des tarifs d’achat, des appels d’offre spécifiques, ou des compléments de rémunération…

La progression du prix spot comme référence de la valeur de l’électricité

À quoi a servi le marché dans cette période ? Exercer une pression financière sur les productions non renouvelables. En effet, les ENR subventionnés par les États-membres, augmentent les capacités et déséquilibrent le marché et font chuter les prix. Pour autant, pas suffisamment pour fermer les unités de production non renouvelables. Au cours des années 2008 à 2017, l’électricité produite à partir du charbon et du nucléaire, est bradée par les producteurs sur le marché de gros européen

Dans cette période, l’État français retarde la mise en concurrence des concessions des barrages hydroélectriques. Les justifications sont principalement techniques mais cette mise en concurrence présente aussi un risque important pour l’équilibre économique du secteur. En effet, les barrages sont des moyens de production très flexibles, qui peuvent répondre aux pics de demande et à la production d’électricité intermittente. La valeur économique de leur électricité peut donc être très élevée. Mais leur revenu dépend aussi de leur remplissage, et donc de la météo. Compte tenu des fortes incertitudes de revenu, il est probable que la cession des concessions rapporte peu aux pouvoirs publics. En les conservant dans le périmètre de EDF, on évite que les revenus aléatoires des barrages ne soient réappropriés par les acheteurs des concessions sous forme de rente. On permet ainsi que les revenus soient mutualisés avec le reste de la production de EDF et soient restitués aux consommateurs.

En 2016 et 2017, le prix de marché de gros descend en dessous des coûts du nucléaire français.  Les fournisseurs français concurrents de EDF peuvent renoncer à l’ARENH et acheter directement leur électricité sur le marché de gros. Ils en profitent pour développer leurs volumes. EDF est obligée de vendre sur le marché de gros à un prix plus bas que ses coûts[5]. Le gouvernement découvre alors que le mécanisme de l’ARENH est asymétrique : il protège les clients de la hausse, mais pas EDF de la baisse. EDF doit faire un plan d’économie drastique et ralentir ses investissements, et l’État doit venir à son secours par une recapitalisation.

Pour rétablir un prix de l’électricité à un niveau suffisant, EDF et le gouvernement français sont très actifs pour relancer le marché des quotas CO2. À partir de 2018, le prix de l’électricité européen est gonflé par le prix du CO2 et la réduction des surcapacités, par l’Allemagne qui planifie sa sortie du charbon. Avec la fermeture des centrales à charbon, le marché spot de plus en plus fréquemment les coûts de production des centrales à cycle combiné à gaz. Le prix du marché est donc reparti dans une dynamique haussière. Les répercussions sont immédiates en France. Les fournisseurs concurrents de EDF, qui ont développé leur chiffre d’affaire, n’ont pas assez d’ARENH et doivent augmenter leur prix. La Commission de Régulation de l’Énergie décide alors d’augmenter le tarif réglementé pour maintenir la concurrence ce qui provoque une polémique. EDF, qui doit faire face à de nouveaux coûts de maintenance, est mieux rémunérée.

Que retenir de cette histoire du marché de l’électricité avant la crise ukrainienne ?

Tout d’abord, elle pose la question de l’acceptabilité politique des variations de prix. Le maintien d’importants décalages, sur de longues périodes entre les prix et les coûts moyens de production, affaiblissent la légitimité du prix comme référence de la valeur de l’électricité. Certes, le prix de marché spot assure une fonction d’équilibre entre offre et demande à court terme, et donc permet l’équilibre entre production et consommation nécessaire à l’équilibre en temps réel du réseau électrique. Cependant, le prix de marché ne parvient pas à orienter les investissements de façon à retrouver un équilibre à moyen terme : le secteur a besoin de temps pour réaliser les investissements nécessaires pour s’adapter aux chocs externes (crises économiques, décisions politiques). Il n’y a pas de convergence entre le prix spot moyen et les coûts moyens de production.  

La mise en place de l’ARENH a permis à l’Etat français de retrouver d’importants leviers d’action comme la possibilité d’augmenter ou de restreindre la place du prix dans la valeur de l’électricité. L’Etat l’a utilisé de façon assez habile : l’ARENH a permis de réduire l’influence du marché, quand le prix augmentait. Quand le prix diminuait, l’Etat a laissé le marché prendre une plus grande place. Grâce à ce contrôle des prix, l’Etat a pu conduire une politique énergétique sans impact excessif sur les consommateurs : augmenter les taxes pour financer le développement des ENR, mettre en place les certificats d’économie d’énergie pour financer la politique d’efficacité énergétique. Selon la Cour des Comptes, cette politique a aussi permis de garantir un revenu acceptable pour EDF. 

Paradoxalement, l’ARENH a permis de maintenir l’illusion que le marché concurrentiel participe à la baisse des prix (ou au moins à leur maîtrise) alors que dans les faits, les hausses ont été contenues grâce au tarif et à l’ARENH et non grâce à la concurrence. Les offres avantageuses des concurrents de EDF ne proviennent pas d’une meilleure performance mais du différentiel entre l’ARENH et le tarif réglementé qui a été ajusté dans cet objectif. L’illusion d’un marché concurrentiel moteur de la baisse des prix a été aussi alimentée par le caractère asymétrique de l’ARENH, qui a permis une baisse des prix des offres de marché des fournisseurs alternatifs à EDF quand le prix de marché de gros est passé en dessous de l’ARENH. 

La crise ukrainienne et l’explosion des prix

Cette illusion d’une maîtrise des prix par le jeu concurrentiel s’effondre avec la crise ukrainienne. On ne peut nier le fait que les marchés de gros du gaz et de l’électricité jouent un rôle amplificateur en transformant une situation de rareté du gaz en véritable explosion des prix.

Ainsi la crise gazière a commencé avant l’invasion de l’Ukraine. Dèbut 2021, le marché du gaz est déjà très tendu du fait de la reprise économique et du développement de l’utilisation du gaz dans le mix électrique.  Pendant l’automne 2021, les Russes ont commencé à restreindre leur fourniture de gaz, en prétextant des soucis techniques. Ils ont pu vérifier qu’une réduction de leur volume pouvait les enrichir en faisant monter très haut le prix spot du gaz. Puis après le déclenchement de la guerre, le prix spot du gaz explose, reflétant la situation de rareté : il faut aller chercher des approvisionnements de plus en plus couteux, par des méthaniers, déroutés de leurs clients habituels. 

Le fait que les transactions gazières, y compris les contrats à long terme (10 à 15 ans), prennent comme référence les indices de marché (marché spot, contrat à deux ou trois mois) a des répercussions importantes sur l’ensemble des approvisionnements. Tous les producteurs de gaz réalisent des bénéfices importants  puisque le prix spot s’applique aussi à leurs contrats. Les producteurs d’électricité subissent ce prix spot du gaz dans leur propre coût. Le prix européen de l’électricité explose à son tour. Et là encore, comme ce prix de marché spot est la référence pour les transactions, l’ensemble de l’électricité, même produite par d’autres moyens, prend ce prix spot comme référence.

Face à la crise, que propose la Commission Européenne ? Concernant le marché gazier, les marges de manœuvre sont limitées car les approvisionnements sont extérieurs à l’Europe. La mise en place d’un achat centralisé est le seul moyen de renégocier les contrats et d’obtenir des prix différents avec chaque fournisseur. Si elle s’accompagne d’une gestion administrée de la rareté du gaz (par des fermetures d’usine par exemple), cette solution peut participer à contenir le coût global de l’approvisionnement en gaz.

La Commission encourage les pays à fixer un prix maximal pour les moyens de production d’électricité qui ne dépendent pas du gaz : nucléaire, énergies renouvelables, charbon, fioul. Les revenus de ces activités seront plafonnés à 180 €/MWh, les États-membres pourront s’approprier la différence entre le plafond et niveau du prix de marché pour le redistribuer ensuite aux entreprises. Ironie de l’histoire, elle fait la promotion d’un mécanisme qui ressemble beaucoup à l’ARENH.

Centrales nucléaires à l’arrêt : une dépendance inédite de la France vis-à-vis du marché de gros européen

En France, ce nouveau plafond concerne peu de moyens de production (puisque le nucléaire est déjà plafonné par l’ARENH): principalement la production d’électricité à partir des barrages hydroélectriques. Si l’ARENH protège les consommateurs, elle expose fortement EDF. Les prolongements des arrêts des centrales nucléaires pour maintenance rendent l’entreprise plus dépendante des importations. S’ajoute à cela la sécheresse de cet été qui a réduit la production et les réserves d’eau dans les barrages, ainsi que les faillites des concurrents… EDF est pris en étau puisqu’elle est obligée de restituer aux consommateurs français l’électricité au coût du nucléaire, pour un volume de d’électricité qu’elle ne parvient plus à produire. En effet, il est tout à fait possible que EDF soit obligée de racheter de l’électricité à un prix élevé sur le marché pour fournir l’ensemble de ses clients le volume attendu. Ce type de situation la rend vulnérable à des stratégies de spéculation par des intermédiaires du marché qui détiendraient des contrats à terme. 

Fidèle à sa tradition de stabilité du tarif réglementé, le gouvernement français ajoute un bouclier tarifaire au mécanisme d’ARENH. Le consommateur final est donc protégé de la hausse des prix. Les autres consommateurs (entreprises, collectivités, administrations) sont protégés par l’ARENH et par quelques mesures conditionnelles de soutien. Le bouclier tarifaire présente deux inconvénients. Tout d’abord un coût exorbitant pour les finances publiques. Il traite le symptôme, la hausse des prix, mais risque d’aggraver le problème, la rareté des ressources énergétiques disponibles. La logique même du marché, dans un contexte de rareté, est d’envoyer un signal tel que les consommateurs renoncent à consommer, de façon à retrouver l’équilibre. Y compris si cela signifie pour des industriels utilisateurs d’électricité d’arrêter leur moyen de production. Si le bouclier tarifaire intervient, il faut trouver d’autres solutions pour gérer la rareté, sinon, en toute logique, le prix suit une courbe exponentielle (et la dépense publique avec elle).

Le maintien du bouclier tarifaire suppose donc que l’on cherche d’autres solutions que le prix pour gérer la rareté. Le gouvernement français fait un formidable pari qui témoigne d’une grande confiance dans la citoyenneté des français et leur capacité à réduire d’eux-mêmes la consommation. C’est là le véritable paradoxe de la crise actuelle : l’équilibre du réseau n’est plus assuré par le prix de marché, mais par les efforts individuels et par le sens de la responsabilité. 

Dans cette crise, beaucoup de mythes sont tombés. Au niveau européen, on trouve de moins en moins de responsables politiques convaincus des vertus autorégulatrices du prix de marché. Les différences entre les opinions portent sur la gestion de la crise, certains pays préférant limiter les interventions pour préserver la confiance des investisseurs. Les choix économiques passés et les règles institutionnelles constituent un véritable carcan qui empêche des remises en question plus radicales. Les réponses européennes sont conjoncturelles, elles ne sont pas structurelles.

En France, l’adhésion de la classe politique au marché de l’électricité n’était déjà pas très élevée. La classe politique a unanimement renoncé à un ajustement de la demande forcé par la hausse des prix. Le plan de sobriété témoigne d’un pari politique majeur : reprendre le contrôle de la consommation par la responsabilisation des consommateurs, des administrations, des acteurs économiques. Mais la croyance dans l’autonomie énergétique du pays s’est effondrée. La prise de conscience de la fragilité du système énergétique, de sa dépendance, est brutale et inattendue.

La crise va donc probablement favoriser un projet politique en faveur d’une plus grande indépendance, et donc des investissements dans des moyens de production renouvelables ou nucléaires. Le plan de sobriété est une action de court terme, mais peut contribuer à des transformations de long terme : de la même façon que la crise du COVID a permis le développement de nouvelles pratiques, comme le télétravail, il est possible que cette crise énergétique soit l’occasion d’expérimenter un nouveau rapport à l’énergie et qu’elle encourage des modes de consommation plus sobres. En espérant que ces efforts de sobriété ne soient pas découragés par les bénéfices exorbitants de certains producteurs de gaz et d’électricité.   

Thomas Reverdy

 

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4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 19:33

La vidéo proposée ci-dessous est une bonne illustration et un bon résumé de la douzaine d'articles consacrés à la crise énergétique que nous avons publié sur le blog cette année. Loïk Le Floch-Prigent interrogé par Marianne analyse avec  précision et grande simplicité l'histoire de l'effondrement énergétique de la France. Rappelons  que monsieur Le Floch- Prigent fut président de Gaz de France et PDG d'Elf Aquitaine pendant de très nombreuses années. 

L'intérêt de l'interview est qu'il fait remonter très loin les causes de la marche vers l'effondrement d'un dispositif qui était de loin le plus performant de la planète jusqu'au début du présent siècle. C'est en effet en pleine fin de cohabitation et en pleine compétition entre Chirac et Jospin - 13 mars 2002- que la France décide  droite et gauche rassemblée, de se conformer -dans une rencontre de chefs d'Etat européens à Barcelone- à la volonté Bruxelloise en renonçant  aux monopole des services publics. Ces grands serviteurs de l'Etat qu'étaient les ,ingénieurs du couple EDF-GDF savaient déjà que la construction rationnelle et ultraperformante menée depuis la seconde guerre mondiale se terminait en cette fin d'hiver 2002. L'ère des grands organisateurs chère à James Burnham s'achevait et le pouvoir ne supportait plus ce que l'on appelait à cette époque "l'Etat EDF". Les grands ingénieurs devaient laisser la place au grand marché. A partir de ce moment tout devenait clair et l'industrie de l'énergie devait s'asseoir  dans un toboggan: 

- La concurrence devait laisser une place grandissante aux énergies renouvelables dont l'intermittentes pouvait -pensait-on - être contenue par la magie du marché.

- L'électricité n'étant pas stockable il fallait Parallèllement construire autant de puissance que celle de ces nouvelles énergies pour assurer l'équilibre entre électrons appelés et électrons produits. D'où le propos de Le Floch- Prigent  selon lequel l'éolien massif  suppose un recours tout aussi massif au gaz. D'où un stock global de capital installé plus lourd et donc des rendements globaux plus faibles. 

- l'équilibre instantané et  obligatoire, entre énergie appelée et énergie produite dans un contexte de concurrence imposée, suppose la naissance de marchés à terme dont la  liquidité doit-être impérativement assurée par  la financiarisation et la naissance des titres correspondants. D'où, au- delà du cout marginal comme prix directeur, l'immersion de l'industrie de l'énergie  dans la spéculation financière.

- La concurrence devenue obligatoire dans un contexte où EDF reste de loin le meilleur suppose la création d'un marché artificiel dans lequel baignera des entreprises tout aussi artificielles. Il faudra près d'une dizaines d'années pour son accouchement (Loi NOME de janvier 2010) et rendre possible le ponctionnement d'EDF par le dispositif ARENH que nous avons longuement discuté. Désormais EDF sera privé des amortissements souhaitables lesquels deviendront les couts et résultats des entreprises artificielles. Le Floch Prigent évoque cela très simplement avec l'exemple d'un boulanger.

-Parce qu'artificiel le marché de l'énergie ne peut tenir que fortement encadré par une bureaucratie complexe à l'échelle de l'entreprise mais aussi à l'échelle du pays et à celle de l'Europe. Des milliers d'emplois improductifs mais de haut niveau sont ainsi crées et vont concourir à l'affaissement du dispositif.

- L'entreprise EDF est invitée à entrer pleinement dans la concurrence internationale. Il s'agit d'acquérir en toute hâte la culture mondialiste des grandes entreprises internationales et d'oublier le parc électro nucléaire français que l'on ne peut plus entretenir et qui doit être progressivement abandonné.

- La perte progressive de toutes les compétences fera que toute renaissance sera très difficile, d'où des délais planifiés 2 fois plus importants aujourd'hui pour construire une centrale qu'il y a trente ans. L'affaissement du pays est donc durable et concerne plusieurs générations.

Arrêtons de commenter ce qui devient le prochain drame français et laissons parler Monsieur Le floch-Prigent.

Bonne écoute.

 

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31 mai 2022 2 31 /05 /mai /2022 08:32

Olivier Passet ( XERFY) affiche dans le texte ci-dessous une interprétation très innovante du ralentissement des gains de productivité. Loin d’être technique comme nombre d’explications économicistes, ce ralentissement serait fondamentalement d’essence politique et correspondrait aux effets sans doute inattendus d’une prise de pouvoir par une nouvelle catégorie d’élites. Le caractére simplement descriptif de la thèse développée ne permet toutefois pas de conclure que la corrélation vérifiée entre nouvelle élite et productivité correspond à un lien causal réellement démontrée.  

C’est le paradoxe de notre époque. Nos économies concurrentielles déploient une armada de stratèges, de spécialistes en optimisation des organisations ou des flux, de plus en plus de cerveaux chargés de connaissances managériales ou marketing, placent les entreprises sous la tutelle d’actionnaires guettant le moindre faux pas en matière de profitabilité, font planer la menace ultime de l’intrusion de fonds activistes pour les groupes tentés par la mollesse, et cette mise sous pression débouche sur une érosion lente et sûre de la productivité horaire du travail. Ce constat peut être fait en France, mais aussi en Allemagne. Il est moins vrai pour les États-Unis qui sont engagés depuis plus longtemps sur un sentier de faible croissance de la productivité, partant d’un niveau plus haut que l’Europe. Mais au fond, lorsque l’on prend du recul, plus nos productivités européennes se rapprochent du niveau américain, plus elles s’essoufflent. Comme si en « américanisant » nos modes de  régulation, nous avions américanisé notre productivité.


Cette érosion donne lieu à de multiples interprétations. La plupart se focalisent sur les carences des moins qualifiés. Trop faible mobilité de ces populations laborieuses qui se doivent d’être malléables. Défauts de formation, de compétences, évaporation des emplois de fabrication, et explosion concomitante des petits jobs de services à faibles productivité, émiettement et inefficience du tissu productif, en manque d’ETI, déficit de R&D etc… Si l’on débarrasse ces analyses de leur vernis technique, force est de constater qu’elles contiennent en creux une forme de procès du bas par le haut de la pyramide sociale. C’est le peuple et le petit patron réfractaire qui pèche par résistance à l’adaptation et qui ralentit l’ascension de nos économies. Les intelligents ne font jamais le procès de l’intelligence. Les universitaires et experts en appellent à toujours plus de moyens pour l’enseignement, la fabrication de diplômés et la R&D autrement dit pour eux-mêmes.


En 2013, l’anthropologue David Graeber a jeté un pavé dans la mare et bousculé la bien-pensance en créant le concept de « bullshit jobs », qui prolonge une réflexion de plus longue haleine sur la bureaucratie d’entreprise. A travers ce terme, Graeber pointait la prolifération dans nos sociétés de jobs qualifiés bien payés à l’utilité contestable et peu objectivable. Ces jobs dont la mise à l’arrêt n’aurait de conséquence ni immédiate ni catastrophique sur le cours de l’économie, contrairement aux infirmières, éboueurs, dockers etc. Comme l’ont bien révélé les premiers confinements de 2020. Son intention n’était pas de fournir une explication au paradoxe de la productivité. Mais elle en offre bien en creux une interprétation.


Je passe sur la taxinomie amusante de Graeber, en 5 types de « bullshit jobs », des « sbires » (qu'une entreprise recrute pour faire comme la concurrence), « aux sparadraps » (chargés de résoudre un problème qui n'existe pas), en passant par les « petits chefs » (supervisant des gens qui se débrouillent très bien tout seuls) etc., bref, ces boulots de cols blanc qui se légitiment sur la productivité des autres et ajoutent in fine des process aux process déjà existants. Ce que pointe Graeber, c’est la propension des organisations à produire des rituels de travail, souvent superflus voire néfastes, comme si tout le système s’ingéniait à faire échec à la prophétie de Keynes, selon laquelle les progrès technologiques permettraient d’ici la fin du XXe siècle de réduire le temps de travail hebdomadaire à 15 heures par semaine. Par crainte de cette vacuité, les cercles d’élites les plus formées, prospéreraient, privilégiant les complaisances de réseau, l’esprit de corps. Ils capteraient une part croissante de la valeur, trusteraient les plus hauts salaires, reportant la pression sur les rangs inférieurs, démultipliant les tâches pour absorber leur propre coût. Vraie ou fausse, cette thèse a au moins le mérite de questionner autrement la productivité.
Sans trancher la question de savoir si ces métiers sont la réponse incontournable à une complexité croissante, sans lesquels nos organisations ne seraient plus pilotables, ou une couche superflue, force est de constater qu’ils montent en puissance dans nos économies. Il suffit de regarder l’évolution de la part des cadres ou professions intellectuelles dans l’emploi en France pour s’en convaincre. Ou celle des services scientifiques et techniques les plus chargés en ce type de compétences, de gestion, de conseil, de contrôle, d’ingénierie, de R&D, de marketing. Il suffit aussi de regarder la productivité intrinsèque de ces services en comparaison des secteurs de fabrication. Ces mesures sont certes très imparfaites. Et à vrai dire contestables. Mais elles posent bien la question de l’efficacité de ces métiers. Si leur principale fonction est d’accroître l’efficacité des autres, alors pourquoi la productivité d’ensemble de l’économie tend à se tasser ? Approche trop stéréotypée du management, trop livresque, trop top down, teintée de la méconnaissance intime des tâches et des organisations à gérer. La question doit être soulevée. Et elle a au moins le mérite d’expliquer pourquoi le sentiment de mise en pression permanente des individus ou de la sous-traitance, les pathologies au travail montent, sans que la productivité horaire en porte la trace.

 

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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 10:00

Ce bref billet que Charles Gave vient de publier est, au-delà d’un vocabulaire sans doute un peu rude, en parfaite harmonie avec les thèses défendues sur notre blog. Bonne lecture et bonne réflexion.

Il y a trois mois, la Russie envahit l’Ukraine et tout a été dit sur les origines du conflit et les responsabilités de chacun dans son déclenchement.

Mais ce qui a été assez peu analysé fût la réponse au conflit des autorités européennes proprement dite (Bruxelles), mais aussi de certains pays comme la France et l’Allemagne.

Ce sont ces réponses que je vais analyser, pour en tirer la conclusion que les effets de cette guerre seront graves, mais beaucoup moins sérieux que les conséquences des décisions imbéciles qui furent prises par nos autorités à l’occasion de ce conflit.

Par exemple .

  1. Le ministre de l’économie française (si, si, il y en a un),  annonce avec un très joli coup de menton que « Nous allons provoquer l’effondrement économique rapide de la Russie. », le « nous » signifiant sans doute les services de Bercy, qui ayant déjà foutu en l’air l’économie française dans les dernières décennies avaient reçu l’ordre de s’attaquer maintenant à l’économie de la Russie et de la mettre au tapis le plus rapidement possible. A moins que ce « nous « ne signifie l’armée européenne partant en guerre contre la Russie, unie comme un seul homme sous le commandement de …(je cherche, mais le commandement de l’armée européenne n’est pas encore précisé, puisqu‘il n’y a pas d’armée européenne, à ma connaissance tout au moins ). Ou alors, il s’agissait d’un « nous » de majesté, Bruno Lemaire se prenant pour Louis XIV et parlant de lui à la première personne du pluriel ?
  2. Le président Français pour confirmer les dires de son ministre de l’économie, nous informe que l’économie Russe est « en état de cessation de paiement » et qu’elle va s’effondrer très rapidement puisque l’Europe allait cesser tout achat de matières premières (gaz pétrole, charbon, métaux, etc..) à la Russie et que la Russie n’aurait plus accès au système de paiement international Swift. Et le même président de nous annoncer que des mesures fortes allaient être prises contre la Russie et qu’elles avaient déjà commencé, puisque les réserves de change Russes en Euro ou en dollar étaient confisquées aussi bien à la BCE qu’à la banque centrale américaine. D’après le ministre des Finances Américain, madame Yellen,  qui était auparavant la Présidente de la Fed, ces confiscations étaient parfaitement illégales puisqu’elles ne pouvaient avoir lieu qu’après une autorisation donnée par les Nations -unies. On attend toujours…
  3. Et les mesures d’interdiction de tout commerce avec la Russie furent prises dans la foulée et entérinées dans des accords solennels passés à Bruxelles, ce centre de la démocratie mondiale, où seule règne la Loi et la recherche du bien commun.

Résultats.

Le rouble, au moment où le Président Français et son ministre disait que l’économie Russe allait s’effondrer était en forte baisse contre l’Euro étant passé de 75r/$ a 150r/$ et les journalistes français de nous décrire un Poutine, errant dans un palais solitaire et glacé comme le disait le poète, en parlant de quelqu’un d’autre sans doute…

Hélas, la réalité vint rapidement doucher toutes ces belles attentes.

D’abord, de nombreux pays, en Europe même, ne peuvent tout simplement pas se passer d’acheter du gaz, du pétrole ou du charbon à la Russie sans que leurs économies ne s’effondrent immédiatement.  Sans énergie, pas d’économie, puisque l’économie n’est que de l’énergie transformée. Et je ne parle pas de la Grèce,  ou du Portugal, mais de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, de la Hongrie… Et ces pays ne peuvent pas en acheter ailleurs puisqu’il n’y en a pas de disponible , personne n’ayant investi depuis quinze ans dans la recherche de combustible fossile, sauf en Russie. Et donc, des dérogations « temporaires » à l’achat de produits russes furent instaurées, ces pays jurant, qu’avant l’aout, foi d’animal, ils cesseraient tout achat de gaz , de pétrole ou de charbon en Russie, promis, juré.

Mais là, coup de théâtre : le Président Russe exige que les acheteurs paient en roubles, puisqu’il est interdit de dollar et d’euro. On voit mal en effet pourquoi il vendrait ses matières premières en recevant des monnaies qu’il n’aurait pas le droit d’utiliser.

Fureur générale en Europe, qui refuse « cette rupture de contrat unilatérale », complètement attentatoire au droit international ,ce qui n’empêche pas toutes les compagnies importatrices de gaz ou de pétrole de payer en roubles leurs achats, comme le demandaient les russes, faute de quoi les économies allemandes, hongroises, autrichiennes etc… et seraient déjà à l’arrêt.  De fait, toutes les grandes sociétés en Europe semblent se contrefoutre complètement des recommandations, des ordres ou des interdictions de madame Von der Leyen. Mais selon certaines informations que je n’ai pas pu vérifier, ceux qui achèteraient le plus en roubles, et de très loin, seraient les Italiens et personne ne comprend tres bien pourquoi. Mais la rumeur qui court est que ces achats seraient pour le compte des clients allemands des sociétés de trading Italiennes. En quelque sorte, les Allemands qui ne veulent pas acheter aux Russes pour ne pas fâcher les écolos qui font partie de la coalition au pouvoir outre Rhin ne voient aucun inconvénients à acheter à des Italiens ou à des Suisses, ce qui montre un sens aigu de la solidarité que chaque européen ressent envers les Ukrainiens.

Résumons-nous : l’idée de cesser d’acheter des matières premières énergétiques en Russie pour la mettre à genoux en quinze jours a échoué de façon grotesque et humiliante et pour l’Europe et pour chacune des Nations qui en fait partie. En fait, l’Europe institutionnelle a géré cette crise aussi mal que celle du Covid , mais le pire est que ce n’est pas fini : non seulement, il va nous falloir acheter nos hydrocarbures en rouble, mais en plus il va falloir acheter, toujours avec des roubles, les matières premières alimentaires et les engrais pour que nous puissions nourrir nos populations. et ce d’ici à la fin de l’année

Depuis la fin 2019, le cours du pétrole est monté de 81 %, mais le prix du blé a été multiplié par 2.6. Et les récoltes s’annoncent mauvaises en Inde, aux USA,  au Canada, peut-être en France (sécheresse, inondations, manques d’engrais)…

Et c’est ici qu’il faut se souvenir que la Russie et l’Ukraine assurent environ 40 % des exportations mondiales de grain (3/4 Russie, ¼ Ukraine) et que seule la Russie pourra assurer ces contrats à l’exportation, tous les ports Ukrainiens étant fermés.

Et comme je sais que 100 % des importations de blé égyptiennes ou tunisiennes venaient d’Ukraine ou de Russie, je me dis que la machine migratoire d’Afrique du Nord va se remettre en route et que la Méditerranée va être encombrée cet automne.

Il me semble donc tout à fait évident que les Russes seront prêts à exporter vers les pays en Europe ou ailleurs, à condition bien sûr que le paiement ait lieu …en rouble encore une fois.

Les Russes ne verront aucun inconvénient à prêter des roubles aux Egyptiens ou aux Tunisiens,  contre quelques menus services rendus en Libye, mais certainement pas aux Européens.

Et ce qui est en train d’émerger grâce à l’inénarrable incompétence de l’Europe institutionnelle est un monde où nous aurons besoin de roubles pour pouvoir acheter les matières premières dont nous aurons besoin dans le futur, et nous nous sommes interdits toutes les issues pour pouvoir acquérir ces roubles.

Par exemple, nous ne pouvons plus vendre de voitures et d’avions ou de machines-outils aux Russes, pas plus que je ne peux leur vendre ma maison à Avignon et les Russes cette année vont passer leurs vacances en Turquie et non pas à Saint Tropez.

La question essentielle qui se pose est donc : d’où vont venir les roubles pour acheter et notre énergie, et notre nourriture, et nos engrais et nos grains ?

La seule réponse est qu’il nous faudra livrer tout ou partie de nos réserves d’or et que le rouble n’a pas fini de monter tandis que l’euro, lui, n’a pas fini de baisser et avec lui notre niveau de vie.

Ce qui m’amène à ma conclusion.

Medvedev, dans une de ses dernières communications officielles, a dit que les autorités européennes avaient fait preuve « d’un crétinisme institutionnel » remarquable pendant toute la période, ce qui est surprenant dans une communication officielle, mais ne m’étonne pas, tant je suis d’accord.

Je dis que cette crise était parfaitement évitable, mais que le personnel européen dans la gestion des problèmes, a été d’une nullité comparable à celle du personnel politique français en 1939 , et que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Un tel désastre diplomatique, économique, politique  devrait amener à des sanctions, madame Von der Leyen et ses deux acolytes devraient être virés toutes affaires cessantes, la commission ramenée à ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, un simple secrétariat, tandis que la BCE devrait cesser d’exister avec l’Euro, la cour de justice et la cour des droits de l’homme, ce qui permettrait à une nouvelle génération d’élus nationaux d’arriver au pouvoir partout en Europe.

Voilà qui permettrait de sauver ce qui peut encore être sauvé de la construction européenne, la tour de Babel ayant une fois de plus été détruite en temps utile.

Faute de quoi l’Allemagne et d’autres peuples européens, en particulier les Italiens (qui vont voter bientôt), les Hongrois et les Grecs, et qui sait les français tous habillés en jaune, vont vouloir sortir de la construction européenne comme l’ont fait les Britanniques pour pouvoir redevenir des nations «souveraines » dont les élus auront comme mission de défendre les peuples qui les ont élus et non pas les intérêts de l’OTAN.

Quant au Président nouvellement élu par les Français, on peut espérer qu’il cessera de nous parler de Souveraineté Européenne, qui n’a jamais existé et qu’ayant échoué dans tous les domaines, il fera ce que tout homme d’honneur ferait dans ce cas, démissionner et disparaître.

Mais en ce qui concerne ce dernier point, j’ai comme un doute.

Charles Gave

 

 

 

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 15:29

On ne peut qu'appuyer le point de vue d'Olivier Passet XERFY) qui se trouve exprimé dans ce très court billet.

 

Voici comme à chaque grand soubresaut du monde depuis 20 ans, que ressurgit la thématique de la bascule dans une nouvelle ère du capitalisme. Ce fut le cas après la dégringolade des bourses entre 2000 et 2003 qui semblait sonner le glas d’une économie de bulle surestimant les promesses d’un monde plat, hyper-fluide ayant aboli les distances et dont les technologies de l’information et communication ouvraient un horizon de croissance dématérialisée infinie ; le monde d’après devait se recentrer sur l’industrie, rebâtir de vrais moteurs de productivité et cesser de mythifier l’entreprise sans usine et sans frontière. Ce fut encore le cas après 2007, qui devait mettre un terme à une financiarisation débridée ayant conduit le monde au bord d’une faillite systémique. Le monde d’après serait celui de la régulation et d’un retour des États. C’est à nouveau le cas avec la pandémie, où l’on nous promet une ère de revalorisation de la proximité, de la traçabilité, des circuits courts et l’avènement d’un capitalisme responsable au plan social et environnemental. Et c’est à nouveau le cas avec la guerre en Ukraine, qui annoncerait une nouvelle régionalisation et sécurisation des échanges, une accélération des agendas climatiques au nom de l’indépendance. A chaque crise, le mot relocalisation revient comme un leitmotiv.


Et à chaque fois cette idée, nourrit l’espoir d’un retour au réel après plusieurs décennies d’exubérance, qui ressemblerait à un grand Kondratieff, mais exclusivement financier, patrimonial, déconnecté de l’économie réelle et qui se serait même développé à son détriment, sur la base d’une dégradation des conditions de travail (précarisation, polarisation entre non qualifiés et qualifiés, panne de l’ascenseur social, affaiblissement syndicats etc.) ; qui aurait concentré les gains patrimoniaux sur une infime minorité ; qui aurait relégué au second plan les enjeux de bien-être, chargeant le panier de consommation de dépenses contraintes qui n’auraient qu’une faible portée libératrice (contrairement à l’automobile ou à l’équipement ménager des années d’après-guerre) : prolifération des astreintes et notamment des dépenses afférentes au logement, à la communication addictive, à l’assurance, à la sécurité etc. ; coup d’arrêt au mouvement de baisse séculaire de la durée du travail, qui était vécu avant l’ère de la financiarisation comme constitutive du progrès. Sans parler du plafonnement, voire de la baisse de l’espérance de vie dans les pays avancés, de populations gavées au-delà de la satiété et exposées aux risques sanitaires.


Et il est vrai que si l’on reste sur le registre du logico déductif, plus que jamais la transmutation du capitalisme parait inéluctable.


Nous croyions que l’inflation était définitivement vaincue… Que la boucle prix salaire était reléguée aux oubliettes compte tenu du déséquilibre de rapport de force entre capital et travail…et voici que l’inflation et les conflits de partage reviennent au premier plan. La phase de désinflation, puis de grande modération à taux zéro, créant des opportunités de levier considérable pour la finance serait donc arrivée à son terme. La finance va devoir réapprendre à vivre avec des taux d’intérêts positifs. Voici aussi qu’au même moment, sur fond de déclin démographique, le travail redevient une ressource rare. Le rapport de force inégal entre travail et capital se rééquilibre, créant aussi un nouveau potentiel de conflictualité au sein des entreprises et recréant un besoin d’instances médiatrices pour en pacifier la résolution. Nous pensions que la globalisation des échanges de marchandises et de capitaux était un phénomène peu réversible, et voici que pour des raisons de sécurité des approvisionnements concernant des matériaux critiques, et non plus seulement par vertu sociale ou écologique, les entreprises doivent prendre au sérieux les enjeux de déglobalisation, de relocalisation, de circuits courts, d’économie circulaire. Les grands fonds d’investissement nous promettaient jusqu’ici la prise en charge de la réorientation des investissements pour opérer la transformation climatique, et voici que partout, les États reprennent la main face à l’urgence. Déglobalisation, planification, revalorisation du travail, sobriété semblent la seule issue pour sortir de l’impasse.


Oui mais, comme je l’ai dit d’entrée, ce n’est pas la première fois depuis 20 ans que nous caressons l’idée d’une nouvelle ère. Et chaque fois ce pronostic vire au fiasco. A tel point que la véritable question à ce jour est la suivante : par quelle nouvelle ruse de l’histoire une crise qui devrait porter un coup fatal aux folles dérives du capitalisme peut virer en nouveau tremplin d’une hyper mondialisation financière et digitale étanche aux enjeux climatiques ? Il suffit alors de scruter les énormes profits réalisés par les grands énergéticiens, la démultiplication des chantiers dans ce domaine, la formidable cash machine que peut constituer l’épisode d’inflation pour les géants du numérique à coût fixe, d’envisager demain l’effet du reflux du prix des matières premières et des taux d’intérêt sur des  bourses qui redémarreraient en fanfare. Pour comprendre  que ni les géants de la gestion de fond,  ni ceux du numérique ne sont proches de lâcher la main sur le façonnage d’un monde qui doit se conformer à leurs phantasmes avant de répondre à l’intérêt commun. 

 

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25 avril 2022 1 25 /04 /avril /2022 07:03
 

Emmanuel Macron reste notre Président.

Les forces qui le soutenaient ont encore une fois gagné.

Mais hélas, une fois de plus, la France a perdu.

Une Constitution inique, couplée à un système électoral encore plus injuste a interdit au Peuple de s’exprimer.

Explication.

La France aujourd’hui est scindée en trois groupes

  1. Au centre, la bourgeoisie des grandes villes qui représente environ 35 % des voix, qui contrôle les médias, qui a monopolisé le pouvoir politique et qui occupe toutes les places du pouvoir intellectuel depuis des lustres.
  2. Aux deux extrémités, d’un côté, les banlieues (20% des votes), qui votent pour Mélenchon (par crainte de Zemmour?), et de l’autre la « France de la périphérie » (30% cf. les analyses de Christophe Guilluy), qui votent RN.

Il y a donc à peu près cinquante pour cent de français qui s’opposent, et depuis longtemps, au gouvernement par la bourgeoisie des villes. Et pourtant, les représentants de cette bourgeoisie sont élus à chaque fois et continuent à dominer la vie politique Française.

Pourquoi ?

  • La première explication se trouve dans ce qu’il est convenu d’appeler le « piège de Mitterrand » qui fonctionne grâce à la diabolisation de la droite soi-disant  « fasciste », diabolisation puissamment relayée par tous les media contrôlés d’une main de fer par les supporters de la bourgeoisie technocratique qui les contrôlent.  En excluant environ 30 % des votes en France,  et en fusionnant les deux partis de gouvernement en un seul parti sous l’égide de monsieur Macron,  voilà qui a permis au parti de l’étranger de garder le pouvoir la dernière fois, avec un peu moins d’un tiers des votes. Le succès de monsieur Macron ne s’explique au fond que par la coalition entre Juppé et Fabius pour se débarrasser du Peuple, qui les gêne beaucoup.
  • La deuxième raison qui explique le maintien au pouvoir de cette minorité est simplement l’insigne médiocrité de l’ancienne droite de gouvernement qui a accepté il y a bien longtemps l‘excommunication Mitterrandienne de la droite populaire et qui partage quasiment l’ensemble du programme de la droite technocratique . De ce fait, cette droite, qui a trahi la France, est en train de disparaître. Elle ne peut plus être élue,  et elle le sait, mais elle peut encore empêcher la droite populaire de gagner, et se glorifie de cette capacité, ce qui est curieux. C’est sans doute ce qu’elle a encore fait cette fois-ci.
  • La troisième cause est la trahison du peuple par la Gauche, qui a embrassé les valeurs internationalistes du centre technocratique plutôt que de maintenir ses valeurs populaires et nationales.  Qui plus est, cette gauche a présidé à l’écroulement de notre système d’éducation qui, du meilleur du monde, est passé en quelques décennies à une fabrique de crétins (Brighelli). Et ceux qui sortent de cette machine à décerveler ne sont pas des citoyens, mais des sujets, ce qui était sans doute le but à atteindre. Mais voilà aussi qui a tué l’ascenseur social, en panne depuis des décennies et interdit l’assimilation des nouveaux immigrants.

Le Président nouvellement élu, est donc certainement légal mais il n’est en rien légitime puisqu’il représente à peine trente pour cent des électeurs inscrits et que tout a été fait pour diviser les 65 % restants.

La question que l’on peut légitimement se poser est donc la suivante : Comment un homme aussi limité intellectuellement et humainement (voir son attitude pendant le débat avec madame Le Pen) et que plus de la moitié au moins de ses compatriotes haïssent passionnément, pourrait-il demander les sacrifices aux français que le futur va exiger ?

L’évolution du monde ne va en effet pas faciliter la tâche du nouvel élu.

Revenons sur quelques-uns des défis que notre pays va devoir relever.

  1. Une guerre en Europe qui est intrinsèquement reliée à la crise énergétique majeure qui va nous frapper, puisqu’une grande partie de notre énergie venait de Russie et qu’il va falloir, soit s’en passer, soit ne plus la payer en Euro, mais en rouble (indexé sur l’or) ou en dollar. Dans les deux cas, cela veut dire une baisse profonde de notre niveau de vie et de nos capacités d’action en tant que Nation. Toute hausse du prix de l’énergie se répercute automatiquement sur l’inflation,  à la hausse, et sur le niveau de vie, à la baisse et frappera le plus violemment les plus démunis des Français.
  2. Cette guerre amène inéluctablement à une césure du monde en deux camps et donc à une nouvelle guerre froide, tout cela demandant des augmentations des dépenses militaires alors que nous n’en avons pas le premier sou.
  3. Des fractures profondes en France entre les banlieues, la France périphérique et la France des grandes métropoles. Monsieur Macron a amplement montré dans le passé le mépris qu’il avait envers la France de la périphérie et l’on peut craindre de nouvelles jacqueries semblables a celles que nous avons eu au moment des gilets jaunes.
  4. Une fracture entre les banlieues et le reste du pays dont rien ne laisse présager que le Président saura la traiter, bien au contraire.
  5. Un changement profond du système monétaire mondial qui va rendre beaucoup plus difficile le financement de notre dette par les pays ayant des comptes courants positifs, puisque nous pourrions leur piquer leurs réserves s’ils venaient à nous déplaire, ce qui implique que nous allons souffrir de taux d’intérêts beaucoup plus élevés que par le passé, ce qui va rendre le poids de notre dette rapidement insupportable.
  6. Un poids de l’Etat absolument démentiel, 61 % contre 55 % quand monsieur Macron a été élu pour la première fois. La seule façon de faire baisser ce poids serait que nous retrouvions une croissance du secteur privé supérieure à 2 % , ce qui paraît bien difficile puisque nous savons déjà que compte tenu de la hausse des prix de l’énergie depuis quelques trimestres, nous allons connaître tres bientôt une nouvelle récession.  Et comme notre production industrielle en volume est inférieure de plus de 10 % à ce qu’elle était en 1998, moment où nous sommes entrés dans l’Euro, nous serions bien incapables de répondre à une augmentation de la demande venant de ces pays. Nos déficits extérieurs (80 % dus à nos importations d’énergie) vont donc exploser à la hausse, alors même que nous serons en récession et avec une inflation galopante. Et donc, nos déficits budgétaires vont encore une fois grimper, amenant la dette à plus de 150 % du PIB.

7.Des systèmes sociaux et de retraite à l’agonie et non financés, qui mettent en péril notre solvabilité tant ils sont incompréhensibles et mal gérés.

Le futur qui nous attend, c’est ce qu’a connu la Grèce depuis plus de dix ans.

Aucun de ces problèmes ne pourra être réglé sans que la population comprenne les mesures qu’il faudra prendre et y adhère.

Toute l’histoire des cinq dernières années semble montrer que le Président essaiera une fois de plus de passer en force et que des graves troubles sociaux en seront la conséquence.

Quand je lis la liste des problèmes qui nous attendent, je me dis que madame Le Pen a bien de la chance d’être battue puisque je suis certain que cet homme que nous venons d’élire et les gens qui l’entourent ne pourront effectuer la moindre réforme tant ils sont haïs.

Ce qui m’amène au troisième round qui devrait avoir lieu à l’occasion des élections législatives.

Et là encore, je n’ai aucun doute.

Ce qui reste de la droite de gouvernement va achever de se déshonorer en rejoignant la République en Marche, tandis que monsieur Mélenchon fera campagne un peu comme Bayrou en son temps pour gouverner avec monsieur Macron.

Voilà qui va rendre la campagne extrêmement difficile pour les candidats de la France périphérique, qui vont avoir bien du mal d’abord à se mettre d’accord entre eux et ensuite à faire entendre leurs voix puisqu’ils seront interdits d’antenne.

Cette droite de la France périphérique va devoir se présenter lors de triangulaires , où, à chaque fois, le « pacte Républicain » entre LREM et les insoumis sera mis en œuvre pour les battre (Voir les risettes de Mélenchon à Macron).

Je serais heureusement surpris si la droite périphérique avait plus de 15 députés lors des prochaines élections (soit moins de 3 % des députés) alors même qu’elle représente plus de 40 % de l’électorat comme on vient de le voir.

Dans l’ensemble, je persiste et je signe : ce résultat est le pire parmi tous ceux qui pouvaient se produire et tout cela risque de se terminer fort mal.

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25 avril 2022 1 25 /04 /avril /2022 06:39

On trouvera ci-dessous le point de vue de XERFY sur la période qui vient de s'ouvrit.

Le concours de beauté des présidentielles s’est enfin achevé, avec son lot de promesses. Pourtant cette élection, moins que d’autres encore, ne peut prétendre avoir une portée référendaire sur une plateforme de propositions qui lierait fortement le président élu, puisque le front du refus, polarisé aux extrêmes  est majoritaire. On voit dès lors difficilement le prochain quinquennat s’engager tambour battant et rejouer encore une fois la scène de la blitzkrieg réformatrice sur les 100 et 200 premiers jours, comme cela fut le cas avec Nicolas Sarkozy, François Hollande ou lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Il est des moments où l’histoire est trop puissante et impose sa loi. Ce fut le cas de la crise de 2008 qui a percuté de plein fouet et rendu caduc le cahier des charges que s’était assigné Nicolas Sarkozy. Ce fut encore le cas pour François Hollande piégé dans les effets déflationnistes de la crise des dettes souveraines. Ou encore d’Emmanuel Macron transformé en chantre du « quoi qu’il en coûte » avec le Covid et confronté aujourd’hui à une donne géopolitique qui place au premier plan les enjeux stratégiques.


Face aux soubresauts du monde, tout chef d’exécutif, qu’il soit français ou européen, doit d’abord s’atteler à rebâtir une sécurité économique fortement menacée. Etre à la hauteur de l’histoire aujourd’hui, ce n’est pas arracher au forceps une réforme des retraites, du chômage, du RSA ou engager le volet 2 des ordonnances travail, en misant sur un très improbable état de grâce. Paradoxalement, ces réformes incrémentales de marché, aux effets diffus sur la croissance et les comptes publiques paraissent dérisoires au regard des pertes de richesse qu’occasionnerait un mauvais positionnement stratégique de l’appareil productif hexagonal. Le discours, faire les réformes de marché ou décrocher n’est plus audible, pour un temps au moins.


Le défi climatique figure dès lors au premier rang des défis présidentiels, puisque écologie et autonomie énergétique sont maintenant perçues comme deux enjeux indissociables. Que le chancelier allemand soit adepte ou non d’une relance des infrastructures de son pays, il est aujourd’hui dans l’obligation d’investir en urgence dans des terminaux flottants d'importation de gaz naturel liquéfié et de repositionner en profondeur le mix énergétique de son économie. Que le revirement du président en matière de planification écologique soit  sincère ou non, c’est d’abord sur ce terrain qu’il sera attendu. La crédibilité présidentielle sera fortement attachée à sa capacité à mettre le même volontarisme dans ce chantier que celui dont il a fait preuve, sur un mode directif et militaire concernant la reconstruction de la flèche de Notre-Dame. Le quinquennat sera écologique ou ne sera pas.


Mais cette planification ne peut s’arrêter aux seuls aspects énergétiques et engage une réflexion plus large sur l’autonomie et la capacité à extraire de la valeur de nos filières. Car ce que met en exergue le conflit ukrainien c’est, de façon plus générale, la vulnérabilité de nos approvisionnements à des matériaux stratégiques qui surexposent nos entreprises à des risques de rationnement et de volatilité extrême des prix. Révolution climatique et digitale ne peuvent plus être des slogans creux. Ils redéfinissent en profondeur nos besoins et exigent a minima une forte coordination en matière de stockage stratégique, de diversification des approvisionnements et de constitution de capacités productives sur le territoire national ou européen. Et il est clair que face à cet enjeu, ce n’est plus la communication clinquante autour d’une startup-nation survalorisée et foisonnant de micro-projets serviciels qui peut faire office de réponse adéquate. Le quinquennat sera stratégique, engagera de grands investissements, ou ne sera pas.  


Troisième grand enjeu enfin bâtir un pacte social robuste financièrement. Il est peu probable que la question de l’endettement et de sa soutenabilité soit occultée durant toute la durée du quinquennat. Se posera alors celle de la pertinence du compromis qui s’est insidieusement instauré en France, où la baisse de la fiscalité des entreprises est devenue le principal instrument de reconquête de notre compétitivité-prix et la défiscalisation du travail ou la distribution de chèques celui de la préservation du pouvoir d’achat. Cette double facture pour l’État est profondément déstabilisatrice pour les finances publiques. Elle va de surcroît devenir de moins en moins justifiable si l’enjeu numéro 1  de notre compétitivité est celui de notre bonne spécialisation : celle qui nous dégage d’énergies fossiles coûteuses, celle qui nous positionne sur les segments de valeur stratégiques et en plein essor du digital et du climat. Nous entrons dans une ère de reconstruction et de rattrapage qui relègue au second plan les enjeux de compétitivité prix. Nous entrons aussi dans une ère de pénurie de compétences, où il est de moins en moins justifiable pour l’État de compenser la modération salariale par des chèques. Et c’est dans ce cadre que devra être pensé la réforme des retraites. Non comme la variable d’ajustement d’un France qui investit et se positionne mal, minant sa base fiscale, mais comme une réponse à des besoins réels.  Bref, le quinquennat sera celui d’un nouveau paradigme social et productif ou ne sera pas.

 

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19 avril 2022 2 19 /04 /avril /2022 17:00

On lira ci-dessous le point de vue de XERFY (Olivier Passet) concernant le monde en devenir. Constatons que cette réflexion très brève  est  proche des derniers articles publiés sur le blog.[1]

Après la guerre chaude ukrainienne, le monde fait un pas de plus vers une nouvelle guerre froide. Cette dernière, en dépit des circonstances présentes, ne fait pas revivre la rivalité États-Unis/URSS. C’est bien la course hégémonique Chine/États-Unis qui franchit un nouveau cap, même si à ce stade les différents pôles du monde ne sont pas encore alignés en deux fronts rangés.


Le mythe d’une mondialisation commerciale pacifiant le monde est mort


La Première Guerre froide opposait deux superpuissances disposant d’une forte autonomie du point de vue de l’énergie et des matières premières. Côté américain, leur indépendance n’était pas totale. Malgré leurs vastes ressources, les US furent globalement importateurs nets d’énergie de 1953 à 2018, cette dépendance culminant à 30% vers 2005. Mais globalement, comme l’URSS, l’Amérique, contrairement à l’Europe, disposait des réserves pour un fonctionnement quasi autarcique de son économie. Et si la question du contrôle et de la sécurisation des approvisionnements énergétiques faisait partie des intentions cachées de la guerre d’influence que se livraient les blocs, notamment au Moyen-Orient, elle n’en était pas le ressort premier. Forte de sa relative indépendance, la préoccupation première des États-Unis après les deux premiers chocs pétroliers fut de déverrouiller les marchés, d’étendre sa zone de libre-échange en brisant les anciennes sphères d’influence coloniale, pour qu’à travers le commerce, les pétrodollars accumulés dans le monde soient en partie recyclés en Occident. La libéralisation et la réciprocité des échanges ont été le mantra de la politique américaine. Avec l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001, puis de la Russie en 2012, l’Occident pensait avoir franchi un seuil de plus dans l’aplanissement du monde. Avec pour credo que le multilatéralisme commercial achèverait la mue libérale de ces deux empires, participant à la pacification du monde.


Or, c’est tout cet édifice de croyance qui s’est progressivement fissuré et s’effondre maintenant sous le coup des chocs récents. L’un après l’autre, ces chocs ont surligné le talon d’Achille lié à nos dépendances stratégiques inhérentes à la globalisation des échanges. Le mythe d’une mondialisation commerciale pacifiant le monde, homogénéisant les régimes, est bien mort. Celui d’un village monde a vécu lui aussi, où les enjeux de localisation et de géographie des chaînes de valeur étant indifférents pouvaient être laissés aux arbitrages de marché. Et avec lui aussi tout le dogme de l’efficience et de l’hyperfluidité des marchés à coût de transaction nul et son corollaire du flux tendu, du zéro stock assigné aux entreprises, comme Graal de la performance.


La logique de bloc reprend ses droits


Derrière cette bascule, plusieurs catalyseurs : la guerre en Ukraine qui rappelle la vulnérabilité des approvisionnements énergétiques européens, mais aussi la crise sanitaire qui a dévoilé notre incroyable dépendance médicamenteuse à la Chine, ou encore les menaces chinoises de tarir les exportations de terres rares vers les États-Unis, au moment du bras de fer commercial qui l’opposait à l’administration Trump en 2019.


Ces crises rapprochées ont mis en avant le fait que certaines zones du monde s’étaient constitué des monopoles stratégiques pouvant jouer comme autant d’armes redoutables sur nos économies. Les pays avancés ont pris la mesure de leur vulnérabilité sur des intérêts vitaux qui ont profondément changé de nature en l’espace de deux décennies. Avec pour arrière-plan : une profonde mue de nos systèmes productifs, dont l’architecture, livrée aux arbitrages de marché, focalisée sur les enjeux de rentabilité, a totalement sous-pondéré les questions de sécurité.


Or, l’importance névralgique de nos infrastructures digitales, dont dépendent toutes nos transactions de marché ou nos interactions sociales et l’accélération des agendas climatiques reconfigurent à marche forcée la géographie de nos dépendances stratégiques. Un grain de sable en amont de ces filières peut paralyser des pans considérables de nos économies. Au stade où nous en sommes, nos industries pharmaceutiques, de défense (par exemple pour les systèmes de guidage de missiles), de microprocesseurs, en passant par les voitures électriques et les énergies renouvelables (éoliennes offshore, panneaux solaires…) dépendent à 80 % de la Chine pour les principes actifs et les terres rares en amont des chaînes de valeur. Idem pour le palladium, en amont de l’industrie automobile, dont la Russie assure 40% des approvisionnements mondiaux.


Bref, la guerre de conquête idéologique de la globalisation a échoué. Et les pays occidentaux doivent jouer dorénavant en défense. Soit en rétablissant un équilibre de la terreur en matière commerciale, soit en réduisant leur dépendance vis-à-vis de leurs rivaux. La Chine jouera de son côté une autre partition, reflet de sa vulnérabilité à l’Occident : réduire sa dépendance aux devises et système de paiement occidental. La déconnexion économique ne sera pas totale. Mais la logique de bloc reprend ses droits, engageant le monde dans une guerre froide qui sera d’abord commerciale

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25 mars 2022 5 25 /03 /mars /2022 13:59

Oiivier Passet de Xerfy montre dans le billet suivant à quel point la crise ukrainienne est gênante pour la Chine. Rédigé il y a quelques jours, les idées qui y sont développées sont aujourd'hui confirmées par l'évolution du marché des titres en Chine: fuite des capitaux et "déchirure de la toile" comme supposé dans notre article précèdent? Bonne lecture.

La Chine est tiraillée entre des intérêts divergents face au conflit russo-ukrainien, devenu de fait un conflit russo-occidental. Sa neutralité diplomatique est à l’image du statu quo

+qu’elle souhaite conserver dans ses relations avec les deux blocs. Les dividendes immédiats qu’elle pourrait en effet engranger en cas d’une dégénérescence du conflit sont plus que contrebalancés par les effets collatéraux négatifs qu’elle en retirerait du point de vue commercial.

 


Le modèle économique de la Chine a besoin de l’Occident


Une situation qui dégénèrerait entre la Russie et l’Occident, conduisant à un gel des importations de l’Ouest venant de Russie, lui ouvre certes un accès quasi exclusif et bradé au pétrole, gaz et céréales russes. L’occasion pour l’empire du Milieu de s’accaparer le sous-sol et le grenier à blé de son voisin et de sécuriser sa boulimie, là où elle est en rivalité aujourd’hui avec les économies occidentales. En témoigne la signature dès mars d’un contrat de construction d’un second gazoduc reliant la Sibérie à la Chine via la Mongolie d’une capacité quasiment égale à Nord Stream 2. La consolidation de son partenariat avec la Russie torpille les sanctions occidentales. Et elle pourrait du même coup être tentée d’accélérer son hégémonie mondiale en misant sur l’affaiblissement économique de l’Europe et des États-Unis.


Mais ce versant de l’histoire oublie l’imbrication de ses intérêts avec l’Occident. La prospérité chinoise, bâtie sur un modèle extraverti d’exportation, a besoin de celle de l’Occident. Il suffit pour cela de prendre la mesure de son exposition commerciale aux marchés de l’Ouest. En misant sur la carte russe, la Chine se tirerait une balle dans le pied. La Russie représente moins de 2% de ses débouchés civils, quand les États-Unis en représentent 17,5 % et l’UE + Royaume-Uni près de 18%. Autrement dit, cet ensemble absorbe 35% de ses exportations en 2020. Lorsque l’on élargit le périmètre aux autres pays de l’ALENA et de l’Europe, cette part monte à 41,5% en 2020 et à plus de 51% si l’on ajoute le Japon et la Corée du Sud. En misant sur une embolie productive de l’Occident ou de l’Asie développée, la Chine saperait le cœur de réacteur de sa croissance.


C’est une partition qui s’expose de surcroît à des représailles, notamment sur les semi-conducteurs qui constituent son talon d’Achille dans sa dépendance aux pays avancés d’Occident et d’Asie : les circuits intégrés représentent son premier poste d’importation, devant le pétrole. Et en dépit de plans volontaristes, elle dépend encore en 2020 à plus de 80% de l’étranger, ce qui constitue une grande zone de vulnérabilité pour toute sa filière technologique.


L’Occident cherche à s’autonomiser de la Chine/Russie


De plus, à vouloir jouer les dividendes de court terme de la crise, le plus gros risque pour la Chine est d’accélérer la tentation occidentale de s’autonomiser économiquement de la Chine et de la Russie. En effet, la Chine serait perdante d’une scission du monde en blocs commerciaux autonomes et autocentrés. Pour des raisons d’asymétrie des échanges.


Si la majorité de ses débouchés extérieurs sont dirigés vers les pays avancés, à l’inverse, la Chine représente moins de 9% des débouchés américains et 4,5% des débouchés de l’Union européenne. Ce n’est donc pas un hasard si l’idée d’un découplage de l’économie américaine à celle de la Chine fait son chemin aux États-Unis. Et qu’elle germe également en Europe, les deux régions étant de plus en plus conscientes des risques stratégiques et climatiques inhérents à leur extrême dépendance à certains matériaux et composants incontournables.


L’État fédéral américain avait identifié en 2018, 35 minerais considérés comme stratégiques pour l’économie et la sécurité nationale, parmi lesquels les fameuses terres rares (indispensables aux systèmes de guidage de missiles, aux microprocesseurs, en passant par les voitures électriques et les énergies renouvelables) et sous un quasi-monopole chinois (l’empire du Milieu assurant plus de 80% des besoins US). Un plan visant à encourager la construction d’usines de minage et de raffinage aux États-Unis et diversifier l’approvisionnement est déjà couché sur papier. Et dès son accession au pouvoir, Joe Biden a quant à lui ouvert une commission qui a eu cent jours pour analyser les faiblesses de la chaîne de valeur américaine autour des minerais stratégiques, dédiant 80 millions de son plan d’infrastructure pour muscler les capacités de production et de raffinage américaines. Même éveil des consciences côté européen, avec la menace qui plane d’un embargo énergétique. Or, la volonté de sécurisation et d’autonomisation des ressources stratégiques ne s’arrête pas à la Russie. La Chine est en seconde ligne et elle le sait.


Mais entre intention et action occidentale, il y a un grand pas… Un grand pas que la Chine n’a pas intérêt à hâter si elle veut ménager ses rentes.

 

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15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 10:19

Voici un bref texte très intéressant d'Olivier Passet. Bonne lecture.

Nos cerveaux n’ont pas encore accoutumé cette idée. Mais la question de la pénurie de main-d’œuvre va devenir prégnante dans un horizon très rapproché. Pour deux raisons simples :


1. Premièrement, l’arrière-plan démographique n’a plus rien à voir avec celui des années 2000. Là où nous avions une population en âge de travailler qui augmentait au rythme de 200 à 300 000 par an en moyenne jusqu’en 2010, nous avons basculé en l’espace de quelques années sur une décroissance de 50 000 par an. Et même si l’on suppose une mobilisation accrue de la main-d’œuvre plus âgée, la population active plafonnera sur un seuil de 29-30 millions de personnes qui s’étirera jusqu’en 2050.


2. Deuxièmement, le contenu en emploi de la croissance s’est nettement accru depuis quelques années. L’économie française crée des emplois dès le seuil de 1% de croissance et même moins, plutôt 0,7%, quand ce seuil était de 1,5 à 2% jusqu’au milieu des années 2000.


La peur du grand remplacement de l’homme par la machine


Le bilan du quinquennat en matière de chômage porte la marque de ces inflexions. Fin 2021 les créations d’emploi sont placées sur une orbite de 200 000 créations d’emploi par an sur 5 ans. Qui est sensiblement supérieure au rythme des créations sur longue période. Mais cette performance n’a rien d’extraordinaire par rapport à ce que l’on observait dans les années 2000, et notamment sous l’ère Jospin-Chirac. En revanche, son pouvoir d’absorption de la population en âge de travailler et donc de décrue du chômage est très supérieur. Potentiellement de 200 à 250 000 par an si l’on exclut les effets amortisseurs du rallongement de la durée d’activité de seniors.


Ce nouveau contexte est loin d’avoir été intériorisé encore. 40 ans de chômage de masse nous ont conditionnés à considérer le sous-emploi comme un problème irréductible et les difficultés de recrutement comme la conséquence d’une déqualification par le chômage de longue durée. Nous vivons toujours dans la peur du grand remplacement de l’homme par la machine, que les spéculations sur la fin du travail, avec le digital, ont ravivée.


Vers un problème de pénurie de main-d’œuvre


Ce n’est pourtant pas ce à quoi nous assistons : les taux d’emploi tendent à progresser dans les économies développées, et le digital, loin d’opérer une substitution entre l’homme et la machine n’a fait jusqu’ici que renforcer le lien de complémentarité entre capital et travail. Lorsque l’on rapporte le stock de capital productif à la main-d’œuvre, ce que l’on appelle l’intensité capitalistique, la croissance de ce ratio décélère, en France comme aux États-Unis, témoignant d’une moindre substitution du travail par le capital. D’une part, la composante immatérielle du capital ne cesse de croître, et absorbe une part de plus en plus importante de travail qualifié pour produire ses logiciels, ses algorithmes ou sa composante R&D. D’autant plus que le déclassement rapide de ce type de capital implique un renouvellement et des développements permanents. Et le digital recrée un espace de complémentarité avec le travail non qualifié à travers ses mineurs du web et son armée de petits boulots dédiés à la logistique.


Cette dynamique conduit inexorablement nos économies vers un problème de pénurie de main-d’œuvre. Un problème d’autant plus intense que la transformation écologique de nos économies requière une mobilisation sans précédent de la main-d’œuvre locale : renouvellement de nos infrastructures énergétiques, chantier de l’isolation thermique, raccourcissement des circuits, pratiques moins productivistes dans l’agriculture, etc. Tout cela joue dans le même sens. Alors que la population d’âge actif tend à s’éroder, les besoins locaux de main-d’œuvre tendent à croître.


Les difficultés de recrutement que nous vivons déjà, et que pointent les enquêtes et l’augmentation des emplois vacants, ne sont que le prélude d’une tendance plus profonde. L’exacerbation des tensions en sortie de crise tient à la violence et à la rapidité de la recomposition de l’offre qui impose des réallocations violentes. Elles vont s’apaiser au fil des trimestres. Mais cela ne remet pas en cause le fait que le marché du travail va se transformer très rapidement en espace de gestion de la pénurie.
Un problème qu’il faut anticiper si l’on ne veut pas saper la croissance potentielle. Ce qui va nous conduire à reposer de façon radicalement différente les questions de formation, de salaire et d’immigration. Rivé sur un clientélisme de court terme, le débat présidentiel ne s’est pas emparé de cet enjeu majeur et demeure rivé sur des antiennes d’un autre temps. 

 
 
 
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