Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 14:46
Partager cet article
Repost0
20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 17:40

 

Il y a peu, La Voix du Nord, rappelait son passé de "Journal né de la Résistance".
N'y aurait-il plus aujourd'hui de raisons pour que ce passé soit toujours vivant ? N'y a t- il aucune raison, aucun motif, aujourd'hui,  pour résister et appeler à Résister. Et pourtant, nous pourrions évoquer la désinformation généralisée, l'abrutissement télévisuel  et tant d'autres...
Prenons un exemple chez notre  "Journal né de la Résistance". 

 Le samedi 19 mars, paraissait sur une pleine page (43) un article qui permettait à des économistes d'une école de commerce nordiste, l’EDHEC, d'asséner sans aucune démonstration leurs  vérités.
 La situation économique de notre pays plonge dans la paupérisation,  pas seulement financière, une part de plus en plus grande de la population. Un "Journal né de la Résistance" se devrait de publier différents points de vue pour permettre à chaque citoyen de se faire une opinion et peut être de résister ou non d'ailleurs, aux choix politico-économiques actuels.
Toujours se reposer sur un comportement passé ne peut en aucune manière justifier la passivité d'aujourd'hui. Pire encore, se référer à un passé pour influencer les esprits est difficilement qualifiable.
RÉSISTER AUJOURD'HUi c'est faire connaître les différents points de vue, c'est expliquer de façon non partisane, c'est INFORMER . Alors Chiche La Voix du Nord........

Et d’abord informer c’est expliquer de quoi l’on parle…

L’ensemble de l’article du 19 mars tourne autour des résultats chiffrés d’un « modèle nouveau ».

Qu’est-ce que ce « premier modèle français de simulation économique sur les conséquences d’une dévaluation du nouveau franc en cas de sortie de l’euro »  qui démontre en toute rigueur mathématique des effets catastrophiques : une baisse du pouvoir d’achat, une forte augmentation des prix, une croissance nulle, une chute de compétitivité, etc?

Les lecteurs de la « Voix du Nord » sont en droit de savoir qu’un modèle, pour les économistes, est un ensemble d’équations comportant des paramètres et des variables. Les équations reposent sur des hypothèses théoriques, des à priori en termes de relation entre croissance et emploi, entre production et exportation, entre salaires et demande, etc. Ces relations  elles- mêmes introduisent d’autres relations, d’autres paramètres fort complexes et toujours discutables. Le tout dépend ensuite du point de vue du chef du modèle qui, tel un chef de cuisine, en combine les innombrables ingrédients. L’ensemble structuré  est ensuite « avalé » par un ordinateur qui en fonction des paramètres introduits « crache » les résultats.

Les modèles sont d’autant plus nombreux que l’on est affamés de chiffres, mais ils sont comme dans la gastronomie un ensemble d’ingrédients dont les proportions, qualités et façon de les combiner font la réalité du met : agréable ou détestable.

Le modèle des économistes de l’EDHEC produit un résultat détestable : toute sortie de l’Euro est une catastrophe. Si les journalistes de la Voix du Nord s'étaient donné la peine d’aller voir d’autres chefs de modèles, et ils sont nombreux, ils apprendraient que la sortie, sans être agréable, est pourtant une nécessité quasi vitale….Pourquoi ne pas laisser parler les 11 prix Nobels d’économie dont certains, disparus, ont pourtant laissé des traces : M Allais, M Friedman,F Hayek, P Kruugman, J Mirrlees, R Mundell, C Pissarides, T Sargent, A Sen, C Sims, J Stiglitz. ? Et si la Voix du Nord les trouve trop savants pourquoi ne pas consulter les centaines d’économistes universitaires, voire d’entreprises et même de banques qui aimeraient aussi s’exprimer, mais qui se heurtent au mur du système politico-médiatique ?

Mais le problème n’est pas là. Il est plutôt dans le fait qu’une posture disons scientifique aurait d’abord exigé de comprendre dans le détail pourquoi l’Euro ne fonctionne pas, pourquoi il disloque et crée une hétérogénéité croissante entre les nations, pourquoi il commence à introduire de la méfiance dans la construction européenne, pourquoi - plus grave encore- il produit de la suspicion voire de la haine entre les peuples. Mais les économistes de l’EDHEC invités par la Voix du Nord, plutôt que de produire une analyse sérieuse, fouillée et argumentée de la réalité,  préfèrent dire que l’Euro ne marche pas à cause de l’absence de réformes structurelles….C’est tellement évident !

Philippe Pétain en visitant Paris en Avril 1944 ne disait-il pas, en bon connaisseur, et devant un peuple apparemment soudé derrière lui, que les malheurs venaient de ces bombardements génocidaires de la part des alliés ?

 Allons messieurs les journalistes de la Voix du Nord, ressaisissez-vous !

Partager cet article
Repost0
11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 14:11

Plan de mon intervention au colloque de la Sorbonne consacré à l’idée de Nation  au XXIe siècle

11 Mars 2016- Amphi Cauchy.

                  Les métamorphoses de la nation et de la monnaie

1) La monnaie comme outil de construction de la souveraineté

               - La monnaie comme enfant du sacré et de l’Etat

                              - Religions primitives comme dette de vie

                              - « Big bang » des l’Etats ou la capture de la dette sacrée

                              - De l’endettement envers les dieux à l’endettement envers la puissance souveraine.

                              - la monnaie comme instrument du règlement de la dette

               - La monnaie dans la dialectique de l’économie et de la puissance souveraine.

                              - L’Etat prisonnier de sa création : liquidité et illiquidité.

                              - Partage du pouvoir : entre la « verticalité » et « l’horizontalité ».

                              - Capture partielle de la monnaie par des banquiers

                              - Dette publique portant intérêt comme marqueur de délitement de la souveraineté

                              - Banques centrales et fin de la loi d’airain de la monnaie

                              - Pleine souveraineté parmi d’autres souverainetés.

                              - La répression de la finance

2) La monnaie comme outil de déconstruction de la souveraineté

               - Le taux de change n’est plus un choix politique mais un prix.

                              - la conférence de la Jamaïque (1976)

                              - la libre circulation du capital

                              - la libération financière comme cession de la puissance souveraine

               - l’indépendance des Banques centrales

                              - Un souverain interdit bancaire

                              - Renaissance et avenir radieux d’un marché de la dette publique

                              - Répression des Etats et souveraineté limitée.

               - Une monnaie sans Etat mais pas sans souverain

                              - Transferts impossibles et « usinage » du délitement social et politique

                              - Réformes structurelles comme destruction des nations

                              - Articulation impossible de la souveraineté limitée dans la démocratie

                              - Délitement généralisé et reconstruction de la haine entre les peuples

                              - Affaissement des Etats (politique) et crise générale de surproduction (économique).

 

               -

 

 

Partager cet article
Repost0
2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 07:46

 

Qu'est-ce qu'une nation au XXIe siècle ?

 

Vendredi 11 mars 2016, de 17h00 (précises) à 20h00

Sorbonne- Amphi Cauchy

(Accès par la cour d’honneur, rue de la Sorbonne, Paris 5e)

 

Attention pour des raisons de sécurité et d’un nombre limité de places, l’inscription gratuite mais préalable est obligatoire par courriel en écrivant à eric.anceau@paris-sorbonne.fr jusqu’au mardi 8 mars minuit délai de rigueur. Ce programme imprimé et une pièce d’identité seront requis.

 

C’est  aussi un 11 mars (1882) qu’Ernest Renan prononça son fameux discours en Sorbonne : « Qu’est-ce qu’une nation ? ». Soixante-quinze ans plus tôt, Fichte avait prononcé sa série de « Discours à la nation allemande ». Deux conceptions bien différentes, mais proposées, dans les deux cas, à l’occasion d’une humiliation militaire. En ce début de XXIe siècle ressurgit la question des nations, de leur nature, de leur rôle sociologique et économique, de leur place dans les États et dans les institutions internationales d’une planète surpeuplée. On perçoit une grande attente dans le peuple français - et même chez les intellectuels une grande interrogation- qui transcendent les clivages traditionnels. N'est-il pas temps de reprendre les réflexions qui furent si intenses entre les deux guerres ?

 

 

Présidence et introduction Dominique Jamet, journaliste et écrivain

                                    

1 - Qu’est-ce que la nation en 1882 et aujourd’hui ? Perspective historique                   

Eric Anceau, historien, Université Paris- Sorbonne et Sciences-Po Paris

 

2- Entre psychologie et sociologie l'identité nationale, un droit de l'homme ?               

Henri Temple, juriste, universitaire honoraire à Montpellier, avocat

 

3- Entre Marché commun et mondialisation, la nation, seul cadre économique et social ? 

Jean-Claude Werrebrouck, professeur émérite d’économie à Lille 2

 

4- Entre constitution et traités internationaux, la nation, seul cadre démocratique ?                   

Olivier Gohin, professeur en droit constitutionnel, Université Paris Panthéon-Assas

 

Table ronde et questions  avec Pascal Cauchy, historien, Sciences-Po Paris   

Conclusion                                                                          

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 14:49

Colloque du Samedi 21 novembre 2015
Paris - Maison de l’Amérique Latine - 16h30
« L’Euro, un échec inéluctable ? »
Raisons d’être, conséquences et nécessité de sa disparition
Organisé par la Fondation pour une Europe des nations et des Libertés
en partenariat avec le Club Idées et Nations
Animé par Jean-Christophe MOUNICQ, économiste, et Bruno LEMAIRE, secrétaire général d’Idées Nation
Intervenants :
Alberto BAGNAÏ, Professeur à l’Université de Pescara
Jean-Pierre GÉRARD, Président de l’Institut POMONE
André-Jacques HOLBECQ, Economiste et écrivain
Jean-Jacques ROSA, Professeur à l’Institut des Sciences Politiques de Paris
Jacques SAPIR, Professeur, Directeur d'études à l’EHESS
Jean-Claude WERREBROUCK, Professeur honoraire à l’Université de Lille
Parmi les thèmes abordés, notons :
1. La création de l'euro : Pourquoi une telle erreur économique?
2. La trahison des clercs : pourquoi avoir négligé les avertissements?
3. De la nécessité de mettre fin à la monnaie unique
4. Peut-on rebâtir un système monétaire cohérent et efficace
5. Les différents plans de sortie de l’Euro : comment sortir de l’euro à moindres coûts
6. Sortir de l’euro, c’est nécessaire, mais est-ce suffisant ?
Le colloque sera clôturé par un cocktail dînatoire

Inscription:  http://colloque-euro.eu/

 

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 06:29
Colloque du  21 novembre 2015: Date à retenir

Je participe à cette table ronde avec mes collègues  Alberto Bagnaï, Jacques Sapir, André-Jacque Holbecq, Jean-jacques Rosa,et Jean-Pierre Gérard.

A l'issue du colloque je serai  heureux de poursuivre nos échanges autour d'un buffet dinatoire.

Au plaisir de vous rencontrer.

Jean Claude Werrebrouck

Partager cet article
Repost0
13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 14:30

J'ai ici répondu à un ensemble de questions concernant la mondialisation, l'euro, la Chine,etc.

Partager cet article
Repost0
1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 07:28

Les réactions se font vives autour de la proposition de Jacques Sapir de construire un "Front de libération nationale" pour en finir avec le drame de l'Euro.. Nous voudrions en termes de questions/réponses succinctes ajouter notre pierre à cette démarche.

Question :Est-il possible aujourd'hui d'évoquer un projet politique sans aborder la question de l'Euro?

Réponse: Non.

Pourquoi?

-Parceque l'euro réduit à trop peu de choses l'éventail des choix politiques;

-Parceque l'Euro est la clé de voute d'un édifice complet qui, de fait, met fin à la démocratie.

Question: Est-il possible aujourd'hui de créer un front puissant contre l'Euro?

- Reponse: Difficilement.

Pourquoi?

- Un front n'émerge que face à un véritable ennemi clairement repérable, or l'euro, simple bouclier d'une réalité autrement complexe n'a pas le visage de l'ennemi clairement identifié;

- Un front n'émerge que dans l'évidence des faits, or l'Euro revêt le masque  de la sagesse et du progrès.

 

Question: Est-il possible de développer un raisonnement solide dans le cadre du paysage politico-médiatique acteul?

Réponse: Non.

Pourquoi?

-Parceque les rencontres et joutes politico-médiatiques mobilisent davantage les émotions que la raison;

-Parceque le système médiatique est mono-centré sur le seul européisme, et défend - souvent sans le savoir - les intérêts gigantesques qui sont dans l'ombre de la monnaie unique;

Parceque la fin de l'Euro ne peut être obtenue que par une démarche préalable d'effacement de sa gangue quasi religieuse.

                                                      Quelles solutions?

Réponse:

-Mettre fin au brouillard qui interdit l'action collective ;

-Shunter radicalement le dispositif médiatique qui conforte l'interdit de la raison;

- Profiter des prochaines élections régionales pour organiser des soirées/séminaires sérieux dans un maximum de territoires

Thèmes abordés:

- Pourquoi mettre fin à la monnaie unique?

- Les difficultés posées par la fin de l'Euro;

- Le système monétaire et financier à reconstruire;

- Les perspectives pour la France et pour le Monde;

Forme pédagogique:

- Partir des problèmes quotidiens des citoyens, des entreprises, de l'Etat, et les resituer dans le corps de règles qu'impose le fonctionnement de l'euro;

- Rendre ainsi bien identifiée et visible la nouvelle forme de la "main invisible";

(Exemples: Les salaires, l'emploi et le taux de change disparu; Les entreprises et la libre circulation du capital; la dette publique et l'indépendance de la banque centrale.)

- Aborder sans détours l'ensemble des difficultés liées à la disparition accidentelle ou décidée de l'Euro, et comparer ces difficultés avec le développement de celles liées à son maintien.

(Exemple: analyse comparative des effets de la dévaluation interne par rapport à la dévaluation externe)

- Montrer que la "réforme de l'Euro", sa démocratisation, est politiquement impossible, et que même sa transformation en monnaie commune est utopique;

- Construire des scénarii sur le monde de l'après Euro: quelles politiques économiques? quel ordre international? Le tout étant aussi de montrer que la fin de la forme présente de mondialisation n'est pas un repliement sur soi, mais aussi la condition nécessaire du respect des peuples et de la démocratie, la possibilité de se projeter dans l'avenir, etc.

Effets attendus de telles rencontres:

- Prise de conscience collective d'une rupture par rapport aux bavardages classiques;

- Obligation - sous pression médiatique - pour tous les partis politiques de se repositionner et de communiquer avec plus de sérieux;

- Désacralisation de l'objet Euro: il est enfin possible d'en parler avec sérieux et honneteté;

- Rendre possible l'émergence d'un authentique "front anti-euro": il n'est pas un sympathique outil d'échanges mais une menace devenue directe sur la république.

Les
Partager cet article
Repost0
22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 13:36

On trouvera sur le lien ci-joint mon intervention du 20 janvier dans l'émission "Dans la boîte à outils des Etats" (1/3)

Pour une écoute efficace, on peut commencer à 4 minutes 37 secondes.

La partie la plus fondamentale se situe entre 14 minutes 18 secondes et la 27ème minute.

 Dans cette partie se trouve expliquée en quoi le discours allemand sur la recapitalisation de la BCE ne sert qu'à effrayer l'électorat de la coalition allemande.

http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-davos-2015-les-defis-de-l-economie-mondiale-13-dans-la-boite-a-outils-des-eta

 

Partager cet article
Repost0
24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 09:07

 

Les Etats sont des cadres d’intégration et de construction des communautés humaines. En très longue période, si d’autres cadres ont pu exister, notamment celui des religions dans leur infinie variété, Il semble qu’aujourd’hui le marché autorégulé s’annonce comme le nouveau principe d’intégration des individus dans un ordre collectif.

Ces cadres sont l’expression du politique comme dispositif général du vivre ensemble avec son liant indispensable : l’idée d’un intérêt général. Ces mêmes cadres ne correspondent pas à ce qui pourrait être une dynamique de l’histoire, avec un temps des religions suivi d’un temps des Etats, puis d’un temps du marché, avec sa vision universaliste que serait la mondialisation.

Une société historique concrète peut mixer les différents cadres avec bien sûr une dominante. Sans vouloir  ni pouvoir être exhaustif, on pourra distinguer des sociétés à religion enkystée dans des Etats ou des sociétés à Etats enkystés dans des religions ; des sociétés avec économie et donc marchés comprimés et/ou surveillés et/ou orientés par des Etats, ou des sociétés dont les Etats ne sont plus que le jouet utilitariste des marchés ; enfin des mondes où l’on retrouve les trois cadres intimement mêlés ou hiérarchisés et en interaction permanente.

Si l’on photographie la grande région Europe, celle qui irait de l’Atlantique à L’Oural, il semble bien que les sociétés qui peuplent cet espace s’organisent autour de 2 grands pôles : à l’ouest, des mondes qui semblent, par un processus de métamorphose, abandonner ce qui était l’Etat-nation au profit d’une mondialisation sans barrière. L’armature des vieux Etats semble devoir être abandonnée au profit d’une nouvelle qui est le marché autorégulateur. A l’est le maintien, voire le retour d’un cadre étatique solide, et entre les deux des communautés humaines travaillées par les forces attractives ou répulsives des 2 pôles.

A l’Ouest, la construction européenne n’est que la fausse barbe de la mondialisation radicale. Il ne s’agit pas de construire un grand Etat comme articulation ou synthèse d’une série de petits Etats-nation, il s’agit d’une dissolution des vieux Etats qui composent la partie ouest européenne. Cette dissolution passe par celle des frontières : fin des identités ou recompositions  culturelles ou sociétales avec développement d’un individualisme hors sol, libre circulation des personnes, disparition d’une souveraineté monétaire, disparition des péages monétaires ( taux de change « dépolitisés »[1] et absence de contrôle dans la circulation des capitaux etc.) , apparition d’agences privées de régulation (Autorités Administratives Indépendantes), recours judiciaire au détriment des cadres législatifs issus de la souveraineté populaire démocratique ( recours aux tribunaux contre une législation sur un smic[2]), Banque centrale séparée des Trésors, etc.

 A cette contestation des Etats « par le haut » va s’ajouter une contestation « par le bas » : celle issue d’une dévaluation interne se manifestant d’abord par une attaque de l’Etat social et le développement de la précarité, cette dernière étant aussi due aux exigences accrues d’employabilité dans un monde beaucoup plus concurrentiel. L’affaiblissement de l’Etat social justifie en retour la perte d’adhésion -  des communautés précarisées et/ou « inadaptées » -  à L’Etat lui-même. Avec bien évidemment une force accélératrice de promotion d’un individualisme aboutissant à la naissance d’une « société hall de gare »[3].

Le moteur de la broyeuse des Etats est bien évidemment l’usine de Bruxelles (il faut établir une « concurrence libre et non faussée ») curieusement animée par des rentiers politiques hors du marché, et  alimentée par les groupes intéressés par la construction de ces nouveaux biens publics que sont les autoroutes de la mondialisation.

La décomposition des Etats-nation européens de l’Ouest fait émerger – au-delà d’un principe général de mutation en « Autorités Administratives Régionales » -  des situations nouvelles, lesquelles dépendent des modalités historiques de construction des dits Etats-Nation.

Lorsque nous avons des Etats incorporant des communautés distinctes (Espagne, Belgique, Grande Bretagne) la dislocation a pour origine la contestation des transferts. Il  s’agit moins de construire un Etat plus petit que de procéder à une analyse coûts /avantages d’une rupture avec l’Etat central.

Une autre possibilité est celle de la contestation radicale du processus en invoquant le retour au vieil Etat-Nation. Cela donne la montée de populismes de droite dans toute l’Europe avec parfois revendication de vieilles frontières aujourd’hui disparues (Hongrie).

Une autre situation nouvelle  consiste en l’émergence  du recours au communautarisme et le repliement identitaire : le marché pourvoyeur d’individualisme se confronte à des « grumeaux » pouvant alimenter des réseaux mafieux ou, à tout le moins, des espaces anomiques.   

 

Et puisque les Etats sont déconsidérés, la lumière nouvelle apportée par les autoroutes de la mondialisation pourra devenir un impérialisme : il faudra édifier au sein de la technocratie bruxelloise un « Commissariat à l’Elargissement »[4] qui devra justifier son travail par la recherche de nouveaux espaces pouvant répondre aux « critères de Copenhague [5]». La nouvelle frontière étant devenue la Biélorussie, la Moldavie, la Transnistrie et l’Ukraine. L’impérialisme, au moins dans sa dimension messianique, devient ainsi le stade suprême de l’intégration européenne. Certes un impérialisme d’un nouveau genre puisqu’il est censé apporter les droits de l’homme et les libertés individuelles.

 

A l’extrême Est de l’Europe, un monde néo westphalien s’est édifié sur les décombres de l’ex -URSS : La Russie. Il s’agit à n’en pas douter d’un Etat-Nation qui entend reprendre toute la logique de l’ordre Westphalien : Inviolabilité d’une souveraineté mise en exergue, frontière inviolable avec contrôle des mouvements de population, principe de non-ingérence avec sanction brutale à son manquement, mesures d’homogénéisation des populations : mythe fondateur, religion enkystée dans l’Etat ou Etat enkysté dans la religion, monnaie nationale et souveraine, langue, armée patriotique, etc. Bien évidemment l’idée d’un intérêt général passe davantage par des contraintes collectives que par l’explosion des libertés individuelles : le peuple n’est pas une somme d’individus dans un hall de gare.

 

Reprenant les origines- mêmes du concept westphalien ( 16 octobre 1648), le ou les politiques sont des prédateurs qui, sans avoir mis en place (et ne le souhaitant pas) les autoroutes de la mondialisation, cherchent à la vampiriser ou à en bénéficier : libre circulation du capital pour les oligarques en quête de paradis fiscaux, stratégie géopolitique de maximisation des rentes gazières et pétrolières, utilisation contrôlée des technologies numériques, etc. Il s’agit de fait de la reconstruction de la phase mercantiliste parcourue par nombre de vieux Etats-Nations.

Comme dans le vieux monde westphalien  les actions souveraines de l’Etat monopoleur et prédateur développent des externalités qui se règlent mal par un droit international trop imprégné de culture mondialiste et de respect des droits de l’homme. Le mythe de l’empire et celui de sa gloire passée, homogénéise et produit des tendances impérialistes nourries par la possibilité de se greffer sur une mondialisation honnie : le territoire souverain peut s’élargir notamment au détriment d’Etats moins résistants et proches d’un statut de « failed State ».

Entre l’Ouest qui est le seul véritable phare planétaire de la mondialisation diabolisant les Etats, et l’Est qui ne se ressource que par un Etat mercantiliste peu soucieux des droits individuels, s’étire les « failed States » déjà énoncés, territoires devenant des enjeux inter-impérialistes. Ces « failed states » sont ainsi désignés car ils sont de fait écartelés entre les deux pôles.

C’est cet écartèlement qui explique le caractère de structure conglomérale pré- moderne d’un pays aujourd’hui sur le devant de la scène : l’Ukraine.

Ce pays n’a jamais pu connaitre de moment westphalien en raison de l’impérialisme de ses voisins. Espace travaillé par la Russie, l’empire austro-Hongrois, La Pologne et la Lituanie, il n’a connu qu’une courte indépendance en 1917 avant une intégration plus complète dans l’URSS et une nouvelle indépendance en 1991.  Le système westphalien y a toujours fonctionné à ses dépens et les caractéristiques de l’ordre correspondant sont très mal établies : homogénéisation très faible (qui permet par exemple l’édification récente d’une statue du dernier des Habsbourg dans une région Ouest et de maintenir la statue de Lénine à Kharkiv[6]) et donc grande difficulté d’y faire naitre un peuple et une idée d’intérêt général. Cela signifie à contrario des coûts d’hétérogénéité très important avec une grande difficulté de transferts entre régions. Une telle désarticulation rend très difficile l’établissement d’un Etat de droit qui reste prémoderne.

En activant son commissariat à l’élargissement, lui–même influencé par l’activisme polonais, la CEE, heurte de manière frontale la partie Est du pays, elle-même économiquement complètement dépendante de la Russie. Ce dernier pays, lui-même doté d’un Etat qui refuse brutalement la mondialisation tout en la vampirisant, ne peut que réagir négativement à ce qui lui apparait comme une ingérence coloniale dans sa propre zone d’influence.

Les technocrates et rentiers politiques de l’organisation bruxelloise ne se rendent même pas compte du caractère violent et donc impérialiste de leur armada de normes ultra-libérales, les fameux « critères de Copenhague », normes qui détruisent un double système de valeurs et d’intérêts locaux.

Plus curieusement encore, les allemands ne se rendent pas compte - qu’initiateurs rigoureux, dogmatiques, et exigeants de l’ordo- libéralisme européen- ils risquent d’être les premiers concernés par les conséquences de l’affrontement inter-impérialiste.

Cet affrontement sera toutefois encore mieux évité qu’à Fachoda[7] : la haine de l’Etat-nation, avec ses contradictions, comme celle de la curieuse intangibilité des frontières, a produit l’affaissement de la puissance militaire. L’impérialisme de l’organisation de Bruxelles ne peut être que messianique et se bornera dans un premier temps aux habituelles exhortations concernant « l’impérieuse nécessité de réformes structurelles ». Un messianisme lui-même désargenté face à l’énormité des besoins qu’il faudrait rassembler  pour extirper l’Ukraine de sa tutelle russe[8].

 



[1] Selon la savoureuse expression de Jens Weidmann, président de la Bundesbank

[2] Rumeur persistante s’agissant de la présente négociation Transatlantique. Cf l’article de Lori M.Wallach dans le Monde Diplomatique de novembre 20123.

[3] Expression chère à Alain Finkielkraut.

[4] Son actuel responsable est le Tchèque Sefan Füle.

[5] Ces critères ou conditions, sont annoncées dans l’article 49 du Traité de Lisbonne et relèvent, pour l’essentiel de la conception ordo libérale allemande.

[6] Cf l’intéressant article de Georges Nivat : « Vers une troisième Europe » dans Le Monde du 23 et 24 mars 2014.

[7] Lieu de la dangereuse rencontre ( Sud Soudan actuel) entre les armées britanniques et française en 1898.

[8]Bruxelles propose 15 milliards d’aide, alors même que la dette de l’Ukraine se monte à 140 milliards (80% de son PIB), sa partie court terme étant évaluée  à 65 milliards d’euros. N’oublions pas également les coûts potentiels de désorganisation dont celui de l’Est industriel tourné vers la Russie.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le Blog de Jean Claude Werrebrouck
  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
  • Contact

Recherche