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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 23:00

 

Aprés un premier développement publié le 2 janvier, On trouvera ci-dessous une partie de la suite du texte de mon intervention prévue pour la fin de ce mois. Ce texte est court et  extrait  d'autres développements qui, étrangers au thème général du Blog,  n'ont pas à  figurer ici.

Bien évidemment il est vivement conseillé pour les arrivants sur le blog de lire la première partie.

 

....Vous pourriez considérer qu’un pouvoir qui n’aurait plus la main qui tremble serait pour vous une bonne solution. La renationalisation de la monnaie fait disparaitre jusqu’à l’idée même de dette publique ce qui permettrait le maintien de l’Etat-social à la française. Cela permettrait par exemple de régler d’un seul coup la grave affaire des emprunts toxiques des hôpitaux publics ou des collectivités publiques qui, par effet de contamination, a pu toucher votre secteur. Une main qui ne tremble plus permettrait aussi selon les écologistes d’assurer la transition vers ce nouvel état du monde que serait l’économie « décarbonnée » avec une banque centrale qui finance sans limite des investissements pharaoniques en contrepartie « d’actifs carbone » inscrits à l’actif de son bilan.  

Pour autant, ce qui est probable n’est jamais sûr et il faut savoir que la métastabilité peut être maintenue, car il existe de puissants intérêts à ce que les catalyseurs évoqués, soient contenus par des décisions permettant de gagner- une fois de plus -  du temps.

Gagner du temps est fondamental pour les entrepreneurs politiques dont l’objectif, de reconduction ou de conquête du  pouvoir, privilégie une stratégie prudente – celle qui maintient les choses en l’état – et qui éloignent les décisions ambitieuses et risquées dans un univers mondialisé.

 Gagner du temps, est tout aussi fondamental pour les entrepreneurs de la finance qui n’ignorent évidemment pas la gravité de la situation, et pour lesquels le report des grandes décisions reste un immense profit.

Ces deux groupes devenus oligarchie relativement homogène, avec carrières permettant le cas échéant  de passer de l’un à l’autre et réciproquement, ont probablement des intérêts de long terme divergents. Les entrepreneurs politiques - après les évènements de 2008-  n’ignorent plus qu’ils sont prisonniers des entrepreneurs de la finance. Et ces derniers savent qu’ils dépendent des décisions des premiers.

Le cas européen est à nouveau exemplaire : l’euro est bien devenu le bateau de ces deux passagers clandestins. Les entrepreneurs politiques, qui à l’époque ne savaient peut-être pas, ont tiré de grands avantages symboliques de la mise en place de l’euro, et la mise en cause de la monnaie unique, reste un débat interdit pour la génération correspondante. Mais les entrepreneurs de la finance savent aussi que la fin de l’euro, qui – en première lecture - ne serait pas une catastrophe pour la finance spéculative,  serait pourtant un tsunami : la fin de l’euro- zone ne pouvant déboucher  que sur la fin de la privatisation de la monnaie avec ses immenses avantages, et la réapparition d’un pouvoir politique reprenant le pouvoir monétaire. 

C’est ce jeu complexe qui maintient la métastabilité et fait la résilience du dispositif institutionnel.

Un jeu qui a même pu se cristalliser en gangue idéologique, au cours de la génération suivante, avec désormais des acteurs dirigeants politiques et financiers, qui ont été intellectuellement nourris – par l’Université- aux bienfaits de la dérégulation financière et de la monnaie unique, et sont devenus véritablement incapables de penser autrement. En 2014, 2015, etc, et plus loin encore si possible, tout sera fait pour maintenir le système en l’état.

 

Le scénario de la prolongation de la métastabilité.      

Si donc l’ancien monde perdure quelques années encore, les restrictions budgétaires se feront de plus en plus lourdes pour tenter l’impossible à savoir le « containment » de la dette publique. Les deux groupes- entrepreneurs politiques et financiers, alliés et pourtant opposés, iront- simple question de survie - le plus loin possible dans le rétrécissement de l’Etat-social. Et ce, sans espoir de sortie puisque la crise financière n’est que le reflet de la crise de la mondialisation. C’est dire que si la « Revue Générale des Politiques publiques » (RGPP) n’avait pas encore touché votre secteur, la « Modernisation de l’Action publique » (MAP) qui atteindra nécessairement toute les collectivités territoriales frappera de plus en plus durement votre branche professionnelle. Le ministère français de la Défense a été lourdement frappé par la crise (budget de 45,4 milliards d’euros en 2008, mais seulement 39,1 en 2012 et entre 31 et 32 milliards pour les prochaines années), d’autres le seront, et on ne voit pas pourquoi votre secteur ne serait pas frappé lui aussi. Je vous laisse le soin  d’imaginer une telle baisse de vos ressources en si peu de temps.

 

Le scénario du nouvel état du monde.

Si maintenant le nouvel état du monde devait se mettre en place très rapidement, vous auriez pourtant tort de considérer que ce monde ne serait que la restauration de l’ancien.

Le rétablissement probable de la souveraineté monétaire avec tous ses attributs crée effectivement un nouveau monde, mais à l’inverse de la métastabilité du mélange gazeux oxygène/hydrogène qui parvient dans l’instantanéité à un nouvel état stable (l’eau), l’arrangement institutionnel nouveau consomme du temps pour se mettre en place. Si les nouveaux taux de change laisseront un vrai espoir de futur à l’industrie, et indirectement à vos activités de sous-traitance de celle-ci, il faudra plusieurs années avant de pouvoir bénéficier d’un «  effet prix » avantageux. Il faudra aussi gérer de nouveaux problèmes sociaux : que faire de tous les métiers, souvent très hautement qualifiés, liés à la spéculation désormais probablement limitée ou interdite : traders, et back-office des banques de financement et d’investissements, entreprises d’audits et de conseils, entreprises de notation et d’évaluations, cabinets juridiques, quants, bureaux d'analyses, etc. ? Cela ferait dans un premier temps beaucoup de chômeurs supplémentaires.

Le rétablissement de la souveraineté monétaire ne peut non plus correspondre à l’oubli d’une bonne gestion de la monnaie. La création monétaire par la banque centrale se doit  d’être guidée par un marché des changes qui lui, définira un taux de change à surveiller. C’est dire que la suppression de la prédation financière ne libèrera pas facilement votre branche d'activité  de sa contrainte budgétaire. La fin de "l'argent- dette" n'est pas l'évaporation de toute contrainte monétaire. 

Mais ce nouvel état du monde ne sera pas non plus que la restauration de l’ancien car les exigences sur votre offre sont déjà et resteront rapidement  croissantes : Apparition et développement des nouveaux problèmes sociaux que la fin de la crise ne règlera pas d’un trait de plume, très forte croissance de l’espérance de vie de vos usagers, augmentation de la population vieillissante, fort développement des technologies de l’industrie médicale et explosion des coûts de la santé, croissance de 31% des effectifs de pauvres entre 2002 et 2011, etc. C’est dire que vraisemblablement votre secteur devrait connaitre une croissance probablement plus élevée que la croissance économique… à supposer que cette dernière soit  restaurée par une hypothétique fin de crise. Et si le poids du secteur augmente au niveau macroéconomique, il est difficile d'imaginer que l'on accepte qu'il fonctionne à rendements simplement constants. 

Il faut donc en conclure que la collectivité ne pourra probablement pas se désintéresser de la composante coût des services rendus. Oui, dans un monde dé- financiarisé ayant reconstruit un autre modèle de régulation de la mondialisation, votre secteur redeviendrait à la fois coût et débouché, comme au bon vieux temps des trente glorieuses, mais il faut reconnaitre que sa composante coût ne peut être oubliée dans un débat sur la productivité globale de l’économie. Et cette contrainte se portera sur toutes les rentes de protection  vous concernant - elles sont nombreuses et importantes - ou concernant votre environnement immédiat : rente des médecins, des laboratoires, de l’industrie pharmaceutique, etc.

 

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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 14:56

Mes lecteurs trouveront ci- dessous la première partie d'un texte correspondant à une intervention prévue pour la fin de ce mois. Une seconde partie sera mise en ligne ultérieurement, et de plus amples détails seront donnés le 22 janvier. Le propos tenu , au bénéfice de non spécialistes, est d'une approche simple et concerne bien sûr l'état de la crise en ce début d'année.

 

 

 

La France constitue l’un des pays qui a été le plus loin dans la construction d'un Etat-social avec aujourd’hui des dépenses publiques représentant plus de 56% de la richesse produite dont la moitié (33%) relève des dépenses sociales.

Votre secteur se situe à l’intérieur de cette moitié et en occupe une part très importante. Ce poids très lourd de l’Etat- social devait logiquement aboutir à une compétition entre groupes en quête de protection – professions de santé, retraités, associations, etc.- groupes recherchant aussi parfois rentes et privilèges que l’on « achète » par le biais des marchés politiques.  L’Etat-social est donc aussi fait de clientélismes politiques qui l’amène à un « grossissement » autoentretenu. Parce que le fil conducteur d’un Etat-social est d’assurer la protection par la solidarité et non par la charité, ou tout dispositif ayant recours au marché (marché de l’assurance par exemple), alors nécessairement les agents sont invités à rechercher cette protection par des règles et donc les marchés politiques, plutôt que de recourir aux marchés économiques. Votre secteur en particulier- parmi bien d’autres qui se sont  édifiés en corporations (Taxis, Opticiens, etc.) - préfère la loi au marché. La contre- partie du clientélisme politique, des rentes et privilèges associés, est nécessairement une affectation discutable des ressources et donc un Etat-social à productivité améliorable. Réalité qui sert de bouc- émissaire aux bénéficiaires potentiels de la mondialisation.

Le passage à la mondialisation s’est fait dans le cadre d’une contestation forte des Etats-nations et pour ce qui concerne l’Europe, la fin des souverainetés monétaires.

La contestation des Etats-nations correspond au fait que l’on va éloigner progressivement le dispositif d’assurance anti-crise de la période antérieure. Il devient possible- fin des barrières tarifaires et effondrement des coûts de transport et communication aidant  - de produire à l’étranger dans des conditions économiques beaucoup plus avantageuses. Le salaire, amélioré de ses charges devenues très lourdes avec la construction de l’Etat-social, devient un vrai problème pour les entreprises nationales désormais concurrencées sans limite par des entreprises à bas coût. D’où le lancinant problème de compétitivité.

En théorie il eut été possible de construire une autre forme de mondialisation passant par l’édification d’un Etat-social mondial. En théorie, car en pratique la multiplication des Etats et des marchés politiques planétaires interdisait pareille construction. Dans ce contexte, les vieux Etats-nations  vont tenter de maintenir l’Etat-social national à crédit. D’où le tout aussi lancinant problème de baisses de charges (impôts , cotisations sociales) que l’on tente de diminuer avec de la dette …et qui pour autant ne peuvent  diminuer en raison de l’approfondissement d’une mondialisation qui va toucher de plus en plus de secteurs sur lesquels il faudra réagir : il faut limiter l’Etat-social, mais l’exacerbation de la concurrence mondiale fait de nouveaux dégâts qu’il faut colmater avec davantage de ressources….donc de prélèvements que l’on doit néanmoins diminuer….

Alors que dans l’économie mondiale du stade de l’Etat-nation, les échanges restaient équilibrés- et avec eux restaient en équilibre les offres et demandes nationales de marchandises- avec le choix de la contestation de l’Etat-nation, on se dirige vers une crise planétaire de surproduction. L’explication est simple : si, antérieurement, les salaires et charges de l’édification de l’Etat- social correspondaient simultanément à un coût et à un débouché, au stade de la mondialisation, ces charges ne sont plus que des coûts à museler pour mieux assurer la compétitivité à l’échelle planétaire. La mondialisation choisie est dislocation de l’Etat-social, alors qu’il était théoriquement possible d’édifier une mondialisation avec Etat-social mondial. Petit à petit, les vieux Etats développés sont passés d’une "constitutionnalisation" de l’Etat-social, à la "constitutionnalisation" d’un libre échange et  libre circulation du capital, soit une concurrence « libre et non faussée » comme il sera dit en Europe.

C’est ce changement de paradigme – des échanges croissants de marchandises, capitaux services contestant les Etats-nations – qui créent une crise planétaire de surproduction (tous doivent exporter, disposer d’un excédent commercial,  ce qui est évidemment impossible). Et cette crise fut retardée par l’endettement, à commencer par l’immense endettement américain. Ainsi très longtemps les déficits américains ont produit  l’illusion de l’enrichissement US ….et la croissance chinoise…

La mondialisation, telle qu’elle fut construite, supposait donc la mise en place d’une « machine à faire de la dette » dans la plupart des pays. Et c’est l’explosion de la dette qui va révéler à partir de l’année 2008 l’étendue de la crise.

Une machine à faire de la dette, est supportable si la création monétaire qui lui correspond, est le fait des Etats qui- contrôlant leur banque centrale- n’ont pas à payer d’intérêt pour un quelconque service de la dette. Ce ne sera plus le cas avec, notamment dans l’Euroland, la fin de la souveraineté monétaire. Désormais à la dette va correspondre une immense rente pour les titulaires d’épargne. 

Le schéma de la grande crise est donc le suivant :

 

 àMondialisation et contestation des Etats-nations et de leur Etat-social. "Constitutionnalisation" progressive de la  libre-circulation  généralisée  (années 80).

 

 àFin des salaires et charges simultanément coûts et débouchés. (années 90).

 

 àRecherche obligatoire de compétitivité par tous les Etats. Concurrence de plus en plus exacerbée entre entreprises.  (années 90).

 

 àExcédent mondial de production par rapport à une demande à museler (années 1990).

 

 àCrise de surproduction masquée par maintien d’une demande artificielle (« machine à faire de la dette »- fin des années 1990).

 

àCrise aggravée dans le cas de la perte de souveraineté monétaire et l’irruption d’un marché de la dette publique (fin des années 1990).

 

 àApparition de gigantesques rentes financières et inégalités sociales rapidement croissantes. (années 2000).

 àExplosion de la dette privée (USA, Irlande, Espagne, etc.) et publique (tous les anciens pays développés).  Apparition concrète de la grande crise (2008).


 àContestation croissante des Etats en particulier ceux qui avaient construits un grand Etat- social et qui doivent désormais en museler le périmètre.

 

 àDéveloppement de l’individualisme et rejet de l’autre pour accéder à l’échelle sociale.


 àRefus de nouveaux entrants sur les marchés : crispation sur la rigidité du marché du travail, tendances protectionnistes.


 àRenforcement de la contestation croissante des Etats et généralisation des populismes (risque de décomposition sociale).

 

La réalité au seuil de l’année 2014.

 

Jusqu’ici, la gestion de la grande crise s’est bornée à faire « rouler la dette » sans pouvoir la réduire. La réduire serait une catastrophe planétaire en raison de son impact sur la demande globale.

Les dettes publiques se sont considérablement accrues depuis 2008 en raison de l’effondrement financier et des choix effectués : les actifs bancaires se sont effondrés (immobilier US, Irlandais, Espagnol, etc.) et donc les Etats se sont portés au secours du système, ce qui a aggravé leur dette publique. Ainsi les dettes publiques irlandaise et espagnole pourtant faibles en 2007 (respectivement 25 et 36% de PIB) vont bondir (respectivement 124 et 95% de PIB en 2012). Il est vrai que le choix fut de faire payer le contribuable pour sauver les banques, un coût de sauvetage qui au total pour l’ensemble de l’Union européenne s’est monté selon la commission à 1611,9 milliards d’euros. Mais ce n’est pas tout et  selon Eurostat, le ratio de la dette publique rapportée au PIB de la zone euro aura encore augmenté de 4 points en 2013, ce qui représente 400 milliards de dette publique supplémentaire, soit 20% du PIB de la France…. Nous sommes très loin d’une simple stabilisation de la dette. Et encore plus loin d’une possible réduction.

Selon le FMI, cette croissance de la dette continuera en 2014 et atteindra en pourcentage du PIB : 174% pour la Grèce, 133% pour l’Italie, 125% pour le Portugal, 121% pour l’Irlande, 105% pour la Belgique, 99% pour l’Espagne, probablement 95% pour la France , 96% pour le Royaume- Uni, 90% pour l’Allemagne, mais aussi 107% pour les USA et 242% pour le Japon. Avec un nouveau venu dans le club: la Chine en serait arrivée à 56%.

L’accès direct aux banques d'émission  pour monétiser classiquement la dette étant interdit dans le cadre du système européen de banques centrales, les marchés financiers ont refusé d’aider les Etats les plus en difficulté, d’où une montée considérable des taux d’intérêt sur la dette publique de nombreux Etats : Irlande, Grèce, Italie, Portugal, Espagne , etc. Avec des services de la dette (paiement des intérêts) proprement ahurissants (83 Milliards d’Euros pour la seule Italie en 2013, soit approximativement 6% de son PIB…pour les seuls intérêts donc la seule rente financière…)

A partir de 2011, il fut  décidé de plans de rigueur qui, par hausse des impôts et diminution des dépenses publiques, permettraient de réduire les déficits publics, le tout sous la haute surveillance des autorités européennes. Logiquement, ces plans de rigueur affaissent les débouchés des entreprises : je ne puis dépenser ce qui m’est prélevé sous la forme d’un impôt supplémentaire, et moins de dépenses c’est moins de commandes pour ceux qui directement ou indirectement vivent de la dépense publique ( magasins dont le chiffre d’affaires est aussi fait de la dépense de ceux qui vivent d’allocations diverses, entreprises du secteur social et médico-social, entreprises du secteur de la santé, des travaux publics, entreprises d’armements, etc.).

Et cet affaissement des débouchés dans un contexte de crise de surproduction (essence de la crise) ne peut qu’aggraver les tendances à la dépression économique. Tendance aujourd’hui largement constatée notamment en zone Euro, avec il est vrai une certaine résistance de la France qui connait un plan de rigueur beaucoup plus modéré (les salaires directs progressent encore de 1,6% en 2013 dans un  contexte- en termes de prix- de quasi déflation  : +0,7%....d’où aussi un taux de marge de 27,7% au troisième trimestre 2013 contre 40,1% en Allemagne).

Cette résistance de la France fait que son secteur médicosocial est en pratique encore sanctuarisé et ne connait pas véritablement la grande crise.

Un grand débat est ouvert en France sur la question des effets relatifs des deux outils (impôts supplémentaires ou diminution des dépenses publiques) en termes de baisse de l’activité économique . l’Impôt supplémentaire frappe en principe les revenus élevés et donc plutôt des apporteurs d’épargne, tandis que les diminutions de dépenses publiques frappent plutôt des revenus faibles (secteur social), donc des agents qui épargnent moins et consomment l’intégralité de leur faible revenu. La question peut ainsi être formulée : quelle est la stratégie qui aura le moins d’impact négatif sur la demande globale et donc sur la capacité des entreprises à écouler leurs marchandises ? La question qui agite beaucoup les entrepreneurs politiques n’est pas tranchée en théorie.

Ce qui en revanche est certain, est que les politiques de rigueur sont et resteront un échec collectif pour la zone Euro....et pour le reste du Monde... Ainsi,  pour la seule France dont la politique de rigueur est relativement modérée, la non croissance qui s’en suit, s’est traduit en 2013 par des recettes fiscales inférieures de 10 milliards d’euros par rapport aux prévisions, d’où un déficit public qui reste élevé (4,2% du PIB).

 

Parce que la rigueur fut extrême dans un certain nombre de pays : Irlande, Portugal, Grèce, Espagne, etc. et qu’elle s’est manifestée sous la forme de forte hausse des prélèvements publics obligatoires et de coupes drastiques : diminution des retraites, des salaires, des dépenses sociales et médico-sociales, certains d’entre–eux redeviennent officiellement compétitifs : Espagne, Irlande. L’explication est simple : l’Etat-social s’est fortement réduit, ce qui signifie un allègement de charges pour des entreprises qui redeviennent compétitives. Avec la possibilité d’obtenir des échanges extérieurs excédentaires (les importations baissent faute de consommateurs, et les exportations augmentent car le coût du travail s’est fortement réduit).

 Cette compétitivité nouvelle est artificielle et affaiblit les autres pays. Artificielle car elle ne correspond pas à une amélioration de l’efficience productive (une chaine d’assemblage en Espagne n’est pas plus moderne qu’un chaine française) et surtout les pays en question ont connu et connaissent toujours un effondrement de l’investissement (plus de 30% de baisse de l’investissement global au Portugal, en Espagne en Grèce par rapport à l’année 2005). La compétitivité n’est donc acquise que sur la baisse du coût du travail et de l’Etat- social et surtout, elle n’est pas durable dans un contexte de non- investissement qui va jusqu’à atteindre l’Allemagne. Elle affaiblit maintenant les autres pays qui ne peuvent réagir qu’en diminuant davantage encore les rémunérations directes et indirectes. La France doit ainsi se méfier de la nouvelle compétitivité espagnole sur toute une série de produits.

Au surplus, la rigueur pour la compétitivité, n’a pas permis de contenir la dette qui continue sa vertigineuse croissance. Une croissance qui sera entretenue en 2014 par une  déflation qui rôde déjà dans nombre de pays. La déflation est ce qu’il faut éviter car elle est en principe une machine destructrice. Lorsque les prix baissent durablement, les agents économiques ont intérêt à retarder leurs achats pour bénéficier d’un pouvoir d’achat supplémentaire, ce qui ruine les débouchés et la production, donc provoque la dépression. C’est la raison pour laquelle les banques centrales se fixent des objectifs d’inflation autour de 2%. Maintenant la déflation, si elle se manifeste, rend plus couteuse la dette  puisque le taux d’intérêt réel se voit augmenté du taux de la baisse des prix. A titre d’exemple, si les taux de l’intérêt sur la dette publique italienne à 10 ans étaient de 5% en 2010, lorsque le taux d’inflation était de 3%, cela signifiait un taux réel de la dette de 5-3=2%. Si aujourd’hui, en 2014, le taux d’inflation n’est plus que  de 0,8%, le taux de l’intérêt sur la dette publique se monte à 5-0,8= 4,2%. La déflation risque ainsi, si elle devait se confirmer, d’alourdir considérablement la charge de la dette. Or les dernières informations ne sont pas positives et si l’évolution de l’inflation dans la zone Euro était encore de 2,5% en 2012, elle tendait à se fixer à 0,7% en fin d’année 2013. Avec un risque majeur pour l’Irlande (-0,1%) et l’Europe du sud très endettée : 0% pour le Portugal, 0% pour l’Espagne, 0,8% pour l’Italie et – 1,9% pour la Grèce. L’explosion de la Grèce, incapable d’affronter sa dette publique dans un contexte de défiance et de baisse des prix, reste une hypothèse raisonnable.

 

Le contexte fort étrange de la zone Euro ou la cocotte-minute européenne.

 

En raison de la compétitivité de l’Allemagne et de ses excédents commerciaux correspondants à près de 7%de son PIB (record mondial), mais aussi en raison d’une compétitivité nouvelle de certains pays du sud, l’euro zone connait un important excédent commercial (122,8 milliards sur les 10 premiers mois de l’année 2013 soit un doublement par rapport à la même période de l’année 2012). C’est dire qu’elle pourrait développer sa demande interne jusqu’ici combattue par des politiques d’austérité. Un début de développement de la demande interne semble être la voie prise par la nouvelle grande coalition allemande.

Dans le même temps, toujours au niveau européen, les déficits publics restés nationaux sont considérables et nécessairement fragmentés. Avec un grand clivage des taux selon qu’il s’agit de pays du nord ou de pays du sud. L’importance de la dette publique des pays du nord, y compris la France – environ 5500 milliards d’euros – font des titres publics correspondants (bons du Trésor) une source de placement sûre et parfaitement liquide. Clairement, cela signifie que les épargnants japonais, chinois, etc. voient dans la dette publique des pays du nord une source de placement sûr et toujours liquide en raison de la grande profondeur du marché. C’est dire que l’Euro devient une monnaie de réserve choisie par les épargnants du monde entier, y compris ceux du sud de la zone euro, acheteurs de dette européenne de bonne qualité.

Excédents extérieurs globaux et drainage de l’épargne mondiale, tendent à fabriquer un euro fort défavorisant un Sud et une France en position plus difficile : sa capacité exportatrice est insuffisante et ne peut supporter des prix trop élevés à l’exportation.

La fragmentation financière de la zone ne peut que se poursuivre, avec des taux réels élevés dans le sud ( d’après XERFY, pour les emprunts à 10 ans nous avions, fin 2013, 9,5% en Grèce, 4% en Espagne) et des taux faibles dans le nord ( 0,6% en Allemagne)  , même pour la France qui continue de jouir d’une position très privilégiée sur les taux ( 0,04% sur les emprunts à 3 mois soit quasiment 0 selon l’AFT). Cette fragmentation contribuera à détruire le tissu industriel du sud (depuis 2007 réduction de la production correspondante de 30% pour l’Espagne et la Grèce) où à le satelliser (sous- traitance) autour des donneurs d’ordre allemands (la compétitivité espagnole peut partiellement transformer le pays en petite Chine au profit de la grande économie allemande).

La BCE se trouve de plus en plus incapable de maintenir des taux identiques dans toute la zone, homogénéité souhaitable pour l’émergence d’une construction authentique d’un espace économique commun.

Il faudrait pour cela un « quantitative easing » différencié aux proportions gigantesques au profit du sud. Solution que l’orthodoxie monétaire allemande ne peut accepter.

 

Les risques de l’avenir proche

 

Le problème est que la situation est globalement métastable, c’est-à-dire que nous sommes dans une configuration institutionnelle à priori solide, mais qui pourrait très vite se transformer en un autre monde à partir d’un évènement d’importance jugée secondaire.

La métastabilité est un phénomène étudié par les scientifiques, par exemple une combinaison gazeuse qui se transforme brutalement en liquide, ce qui nous fait penser à l’oxygène et à l’hydrogène qui se combinent pour faire apparaitre un autre état qui est l’eau. Mais c’est aussi un phénomène qui peut s’étudier dans les sciences sociales, par exemple la transformation brutale de la configuration institutionnelle soviétique en société de marché. Le monde soviétique que l’on croyait éternel, se transforme brutalement et en fait apparaitre un autre. Et le changement brutal apparait sur la base d’une entropie peu visible qu’un évènement fortuit fera basculer en ce que certains pourraient appeler une catastrophe, et que d’autres appelleront une heureuse révolution. L’évènement fortuit, ou déclencheur, est ce qu’on appelle un catalyseur pour ce qui est de la chimie.

Dans les sciences sociales on parlera volontiers d’un « effet aile de papillon » initiant un schéma de causes et de conséquences inattendues d’ampleur continuellement croissante.

Le monde se trouve dans une situation de blocage institutionnel comme l’était l’URSS : il faut continuer la mondialisation car on ne voit pas qu’il serait possible de l’arrêter, mais la continuer c’est prolonger la crise générale de surproduction à l’échelle de la planète ; il faut arrêter la croissance, mais nous restons majoritairement convaincus que cet arrêt mènerait au désastre économique ; il faut pérenniser la monnaie unique par la construction d’une Europe fédérale garantissant des transferts vers le Sud, mais de tels transferts sont impensables du point de vue du Nord, etc.

S’agissant, pour nous européens, de ce dernier point, le risque est qu’un évènement secondaire, un catalyseur inattendu, vienne assurer une transformation institutionnelle radicale au moins en Europe, mais vraisemblablement à l’échelle de la planète.

Il est possible d’en dresser une liste bien sûr non exhaustive :

--> Les « tests de résistance » des banques que la BCE va organiser tout au long du printemps 2014 confirment  et mettent en lumière les analyses de KPMG selon lesquelles les créances douteuses sous le tapis des banques se montent à 1500 milliards d’euros dont 600 pour l’Espagne, l’Italie et le Portugal. Il s’agit d’un premier catalyseur potentiel déclenchant une panique et l’effondrement du château de cartes.

--> Le passage obtenu à Bruxelles d’une stratégie de « Bail-out » (on fait payer les contribuables) à une stratégie de « Bail-in » partiel (les actionnaires et créanciers supportent partiellement les faillites bancaires) n’est pas accepté par les marchés qui prennent peur et entrainent un effondrement. Il s’agit d’un second catalyseur potentiel possible.

 

--> La Grèce et/ ou le Portugal, incapables de faire face à l’accroissement de leur dette publique, bloquent les négociations du printemps prochain avec la « Troïka » et quittent la zone Euro. Il s’agit d’un troisième catalyseur potentiel possible.

 

--> Le référendum prévu au titre de l’indépendance de la Catalogne ( 9 novembre 2014) se déroule malgré la grande bataille juridique qui s’est mise en place sous la houlette du premier ministre espagnol et donne un oui à l’indépendance. Ni Bruxelles, ni Madrid  ne reconnaissent  l’indépendance. Il s’agit d’un quatrième catalyseur potentiel possible.

 

--> Les élections européennes de juin 2014 font apparaitre une montée des populismes venant bloquer les négociations concernant des contrats de redressements des pays du sud voulus par l’Allemagne, et contrats déjà repoussés en Décembre 2013 sous la houlette de nombre de pays. Les capitaux quittent le sud pour rejoindre le nord et entraînent une fragmentation financière extrême. La reprise est définitivement bloquée dans le Sud. Voilà un cinquième catalyseur potentiel possible.


--> les discussions concernant la recapitalisation de Peugeot -10 milliards d’Euro à rassembler -tournent mal et l’entreprise dépose le bilan. Avec toutes les conséquences imaginables sur les entreprises sous-traitantes.  Devant la catastrophe, l’Etat français nationalise l’entreprise mais n’en pas les moyens et Bruxelles s’y oppose. De proche en proche, les marchés s’irritent et le taux sur les bons du Trésor flambent, ce qui  ruine les actifs bancaires lourdement chargés de dette publiques. Voilà un sixième catalyseur potentiel possible.


--> Les marchés prennent conscience que l’union bancaire décidée le 18 décembre dernier n’est qu’un leurre : l’Allemagne empêche la mutualisation des risques, la caisse de mutualisation ne sera opérationnelle qu’en 2026, cette dernière est beaucoup trop réduite face au risque potentiel ( 56 milliards alors que le coût du sauvetage 2008 des banques s’est monté à 1611,9 milliards, que les risques aujourd’hui sur les seuls produits dérivés à l’échelle mondiale s’évaluent selon Alpha Value à 693000 milliards de dollars, que la dite caisse de mutualisation ne pourra pas emprunter, etc.). Là encore un nouveau catalyseur est possible : le septième.


--> Devant le premier succès du « Tapering » (réduction de 10 milliards de création monétaire mensuel par la FED)  de Monsieur Bernanke, son successeur à la direction de la banque centrale américaine, Janet Yellen, constatant la forte reprise de l’économie US (4,1% au dernier trimestre 2013) décide de mettre fin au Quantitative Easing et à ses effets pervers sur l’inflation des actifs. Il en résulte un dégonflement de tous les actifs bancaires et une possible panique financière. Là encore, un nouveau catalyseur potentiel : le huitième.

 

--> l’Annonce du programme d’émission de dette publique pour l’Espagne et l’Italie , respectivement 210 et 470 ( !) milliards d’euros pour l’année 2014, dans un contexte de « Tapering » américain, rend tout simplement impossible un tel projet. Remarquons au passage le caractère ahurissant de la situation italienne: 470 milliards d'euros à emprunter en 2014 représente 30% de son PIB! (14% pour l'Esapgne et moins de 9% pour la France). Là encore affolement des marchés et nouveau catalyseur potentiel : le neuvième.

 

On pourrait bien sûr découvrir d’autres évènements à effet aile de papillon. Ajoutons que cet effet bénéficie lui-même d’un "catalyseur sociétal accélérateur" : recul général de la raison au profit des émotions, décrédibilisation des entreprises politiques, montée de l’individualisme et des effets de foule, eux-mêmes facilités par les interconnexions à la vitesse de la lumière issues des nouvelles technologies.

 

De ces scénarios il convient de retenir qu’à l’instar de l’URSS des années 80, le monde se trouve en situation de métastabilité, état qui n’incite guère à la mise en place de grands projets : la politique est devenue simple gouvernance de l’existant.

Tous ces catalyseurs possibles risquent de transformer brutalement le monde. Une nouvelle « Grande Transformation » comme dirait Karl Polanyi. Sans qu’il soit évidemment possible de préciser sa date de naissance, ni le nouvel arrangement institutionnel qui le constituera, on peut légitimement penser que les scénarios imaginés aboutissent tous à une panique financière.

Toutefois, il parait évident qu’à l’inverse de la dernière panique qui a conforté la puissance de la finance (les entrepreneurs politiques ont fait le choix du « bail-out »), ils seront cette  fois obligés de passer par le « Bail-in » et devront par conséquent reprendre le pouvoir. Si en 2008 la main du pouvoir s’est faite tremblante avec un coût de la crise qui a pu être reporté sur les contribuables, la nouvelle crise ne sera plus politiquement acceptable et sera probablement gérée avec brutalité au détriment de la finance. La métastabilité a pu être pérennisée aux grands avantages des entrepreneurs politiques et de la finance en 2008. Ce sera beaucoup plus difficile dans la période à venir si un nouvel effet aile de papillon devait s’enclencher.

Les étapes semblent évidentes et concerneront le maillon faible de la mondialisation c’est-à-dire l’Europe.

Le marché de la dette publique ne pouvant plus fonctionner en raison des taux, et les titulaires de comptes paniqués exigeant des billets ou transférant massivement leurs avoirs dans le pays centre, c’est –à- dire l’Allemagne, les pouvoirs publics seront obligés de renationaliser la monnaie et procéder à la saisie du système bancaire. (L’exposition des banques aux dettes souveraines reste colossale : 474,1 milliards d’euros pour l’Allemagne, 225,2 pour la France, Plus de 400 pour l’Italie, environ 300 pour l’Espagne, etc.)

Cela peut passer en France par l’activation de l’article 16 de la Constitution, et donc la mise sous tutelle de la Banque de France, chargée d’alimenter à coût nul le Trésor, d’instaurer un contrôle des changes, de rapatrier la monnaie fiduciaire au profit de la nouvelle monnaie, etc. Dans le même temps le Trésor est chargé du remboursement de la dette publique dans la nouvelle monnaie nationale, ce qui est prévue par les contrats de prêts qui sont dans leur immense majorité des contrats de droit français. Bien évidemment un taux de change est institué pour l’ensemble des transactions internationales. Inutile d’aller plus loin, il s’agit bien d’un nouvel état du monde, un nouveau projet européen, un nouvel arrangement institutionnel en devenir.

 A suivre.....dans quelques jours... 

 

 

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 07:33

 

JOL Press : Le regain de compétitivité des pays d’Europe du sud provient-il exclusivement des politiques d’austérité menées par les gouvernements ou faut-il y voir également des gains de productivité ?
 

J.-C. Werrebrouck : Cela provient effectivement, essentiellement, de la baisse des salaires. Je pense que l’on confond beaucoup productivité et compétitivité. Il faut savoir que la compétitivité peut être obtenue par des gains de productivité, ou simplement par une baisse du coût du travail.

Avec une hausse de la productivité, le « gâteau économique » devient plus grand, pour des investissements en capital et en travail identiques. Cette part supplémentaire peut être utilisée pour baisser les prix de la marchandise produite, pour accroître les profits ou pour augmenter les salaires.

Quand il n’y a pas de productivité, la seule solution pour s’en sortir, c’est effectivement de baisser le coût du travail, directement ou indirectement. C’est ce qui se passe actuellement en Espagne, au Portugal, ou encore en Grèce.

Mais il n’y absolument aucun gain de productivité dans ces pays, sauf dans certains cas rares, sans doute, dans des branches particulières.

JOL Press : Les balances commerciales se rééquilibrent donc aussi,  parce que les citoyens grecs, espagnols ou portugais n’ont plus les moyens de consommer autant, et donc parce que les importations diminuent ?
 

J.-C. Werrebrouck : Dans ce équilibre nouveau des échanges extérieurs, il faut effectivement surveiller les importations, qui se sont véritablement effondrées. On importe moins tout simplement parce que les revenus sont plus faibles.

A côté, il y a bien sûr les exportations supplémentaires induites par la baisse du coût du travail et donc par une compétitivité accrue. On peut vendre moins cher parce que les salaires sont moins élevés.

JOL Press : A long terme, ces pays ne vont-ils pas être pénalisés par la baisse importante de l’investissement qu’ils connaissent ?
 

J.-C. Werrebrouck : Effectivement, ils vont être pénalisés. Parce que si l’on regarde en longue période, depuis un peu moins d’une décennie, il y a un effondrement de ce que l’on appelle la formation brute de captal fixe, c’est-à-dire de l’investissement public et privé pour l’ensemble du pays. La chute est de l’ordre de 40% dans des pays comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne.

Mais c’est vrai aussi pour l’Allemagne, où les investissements en infrastructures ont plutôt diminué, même si, bien sûr, de l’autre côté, les investissements privés de modernisation, de productivité, se sont maintenus.

JOL Press : Où se situe la France au niveau européen ?  
 

J.-C. Werrebrouck : Elle est en bien meilleure position que les pays d’Europe du sud. On s’aperçoit que la formation brute de capital fixe ne s’est pas effondrée avec la crise. Donc effectivement, le pays n’est pas du tout aux abois comme cela peut être le cas de certains pays périphériques.

Cela étant, à partir du moment où les pays du sud font de la compétitivité par la baisse du coût du travail, il est clair que cela commence à gêner la France, sur les produits de moyenne gamme, qui peuvent être produits en Espagne par exemple.

JOL Press : La croissance potentielle européenne n’est-elle pas la première à subir la généralisation de cette logique ?
 

J.-C. Werrebrouck : Je dirais même que l’impact se fait sentir au niveau mondial. C’est la raison pour laquelle la Chine et les Etats-Unis suivent de si près ce qui se passe en Europe. La politique de compétitivité de l’Europe, qui reste une grande économie sur notre planète, gène considérablement l’économie mondiale. Les politiques d’austérité entravent les débouchés, à l’échelle mondiale.

Cette question de compétitivité est une problématique globale. La crise financière, puis économique, c’est d’abord une crise mondiale de surproduction, qui est dûe à une forme de mondialisation. Il y a globalement une insuffisance des débouchés par rapport à la quantité de marchandises produites.

JOL Press : Pourtant, de nombreux économistes considèrent qu’en France notamment, le problème se situe au niveau de l’offre et non de la demande ?
 

J.-C. Werrebrouck : C’est fortement à nuancer. Dans un monde internationalisé, mais avec encore des Etats-nations, autrement dit, ce qui s’est passé jusqu'à la fin des années 80, pour chaque pays, on pouvait dire qu’il y avait un équilibre entre l’offre et la demande. Cet équilibre était dû au fait qu’il y avait, d’un côté, des politiques d’investissement, donc d’offre, et de l’autre côté, des politiques de demande. Le salaire représentait un coût pour les entreprises, mais également un débouché. Et donc, les Etats-nations ont veillé à l’époque à assurer, avec plus ou moins de réussite, l’équilibre entre l’offre et la demande.

Quand vous passez à un stade de mondialisation non réglementé, ce que nous connaissons aujourd’hui, la variable salaire n’a plus cette ambiguïté, à savoir à la fois un coût et un débouché. Elle ne représente plus qu’un coût, puisqu’au fond, chaque pays essaie de produire plus pour exporter ce qui n’est pas absorbé nationalement par la demande interne. Chaque pays veut dégager un excédent important, ce qui n’est pas possible.

Il y a aujourd’hui des cas de déséquilibres colossaux, en Allemagne notamment, qui produit beaucoup plus qu’elle n’absorbe. Si tous les pays, au nom de la compétitivité, produisent plus qu’ils n’absorbent, vous avez une crise mondiale de surproduction. Pour s’en sortir, il faudra réguler la mondialisation, trouver un équilibre planétaire, ce qui pour l’heure, est difficile à imaginer.

Propos recueillis par Rémy Brisson pour JOL Press

 

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 19:01

Je remercie bien vivement Clarisse Laurent d'avoir bien voulu traduire le texte de mon intervention lors la rencontre franco-allemande des 8 et 9 avril dernier.

 

 

« THE BIG BANG » VOM ENDE DER EUROZONE UND DIE FINANZWELT  IN DER WELT NACHHER.

                      Finanzielle Folgen der Neueinführung der Nationalwährungen.

 

 

Es wird darum gehen, sich die Frage vom  Stressniveau der Weltfinanzgemeinschaft zu  stellen. Und dieses Niveau hängt wahrscheinlich davon ab, wie sich der Übergangsprozess vom alten zum neuen System abspielen wird . Wird es das Ergebnis einer Beratung oder eines Vollendungsplans sein?  Werden alle Länder somit befragt? Oder wird der Ubergang wilderweise ablaufen, wird er von einem oder zwei Ländern herkommen, nach einem nicht kooperativem Prozess oder sogar  einem Panikprozess  ablaufen? Leider soll sich die zweite Lösung logischerweise durchsetzen.

1)     Die sehr schwierige kooperative Strategie

 

Es ist ganz klar, dass die Vollendungsgeschwindigkeit der Entschlüsse die Schlüsselvariable eines Erfolgs bildet. Es ist auch klar, dass eine Kooperation für die Anderung erst am Ende einer gemeinsamen  Analyse einer Situation eingreifen kann, deren Umrisse schon vorraus zu sehen sind, so auffallend sie sind.

 

Auf der Seite der Sozialkräfte, die  versuchen, den Euro zu behalten, werden wir folgende Gruppen haben, nämlich  die Rentner, die die Rückkehr der Inflation beängstigt, die groBen “Verbraucher” von Weltprodukten, die eventuell  billigere  Konsumentenkredite haben, die Touristen, die gegen  Grenzen mit Umtauschgebühren sind, aber auch die Unternehmen der Realwirtschaft, die mit dem Euro die Kosten der Wechselratsdeckungen und die Staatsrisiken verschwinden sahen , aber zuletzt auch einen grossen Teil der Politiker, die sich geschichtlich gesehen für den Aufbau der Eurozone engagiert   haben. Das sind insgesamt viele Leute und dies erklärt, dass sich die Umfragen trotz der  heftigen Krise, selbst in den am meisten betroffenen Ländern für das Bewahren  der Einheitswährung  aussprechen.( Trotz dem Ergebnis der  letzten Wahlen bleiben 74% der Italiener – so das französische Umfrageninstitut IPSOS für das Aufbehalten ihres Landes in der Eurozone.)

 

Auf der Seite der Kräfte, die sich für eine Auflösung aussprechen, nehmen objektive Elemente gegen die Subjektivität der Mitwirkenden oberhand und darüber hinaus der durch ungenügende Konkurrenzfähigkeit weggefegten Unternehmen.Es wird finanzieller Verlust in den Ländern festgestellt,die an eine sehr schwere Degradierung ihres Aussenhandels leiden und trotz allen Strengenpläne   nicht wieder auftauchen können. Merkwürdigerweise verschlechtert die objektive Situation mit ihren konkreten AuBerungen(  unter anderem massive Arbeitslosigkeit, ungesteuerte Staatsverschuldung und Verschwinden des Providenzstaats) die begeisterten Schwärmungen  für den Euro nicht. Es kommt vielleicht daher, dass eine Gruppe von Ländern-die im Nordeuropa- durch das System besonders  begünstigt werden: schwächere Geldwechselräte als der der D-Mark auBerhalb der Eurozone, eine für die weniger konkurrenzfähigen Partner verbotene Abwertung, usw… aber diese Vorteile erscheinen nur unter der Form einer Belohnung für ein Verhalten, das als sittsam vorkommt.

In der Tat besteht die groBe Schwierigkeit darin, dass die verführerischen Aspekte des Euro wie eine Droge ganz sichtbar , während seine entsetzlichen Folgen für den Bürger, der keine wirtschaftlichen Kultur hat, unsichtbar sind .Es wird deshalb in den Umfragen klar.

Die Krisenführung hat das Auftauchen einer Realität erlaubt, die wir im Artikel “Eurozone: die Illegalen bleiben es bis zum Ende” vorausgegriffen hatten, nämlich das Ubertragen der Verschuldun= gen auf die Zentralbank.

Diese schafft nun massiv Geld und ihre Rolle besteht nicht so sehr darin, die Liquidität  im Rahmen einer Preisstabilität zu sichern als  den Preis der Staatsobligationen weiter zu halten und somit jeden Obligationskrach zu vermeiden. Ohne es zu sagen, geht es hier um ein neues Paradigma für die Europäische Zentralbank, die sich damit zu den anderen groBen Zentralbanken gesellt.Ein neues Paradigma, das über die Aussagen hinaus Deutschland nicht miBfallen kann, denn Deutschland will selbst seine Exportfähigkeiten weiter halten einem Konkurrenten gegenüber ,nämlich Japan,das  seiner Zentralbank einen radikalen Wechsel von Paradigma vorgeschrieben hat und  infolgedessen seine ganze seit 2009 verlorene Konkurrenzfähigkeit wieder finden wird.

Es handelt sich aber um eine nicht dauerhafte Krisenführung, um eineFührung, die es zwar nicht erreicht hat, weder die Kreditgeschäfte zu fördern noch die Krediträte zu vereinheitlichen: die Bedürfnisse einer Anpassung der Südländer fordern ganz andere Methoden, die vom deutschen Standpunkt aus  wahrscheinlich unakzeptabel sind.  Es ist der Gegensatz zwischen dem Unakzeptablen und der alptraumartigen Vorstellung einer Sozialkrise im Süden, der sozusagen zu einem deutsch-französischen Abkommen über den Abbau des Euro führen sollte.Und dieses Abkommen wäre um so  wahrscheinlicher als Deutschland immer weniger Vorteile von der Eurozone hat und immer mehr zahlen wird, um weiterzubleiben.Die Vorteile vermindern sich wegen dem Zusammenbruch des Wachstums im Süden. Das politische Verfahren mit Inlandsabwertungen ist für diese Länder nutzlos wegen des Einschrumpfens der inneren Nachfrage, wegen einer zu schwachen Exportbranche und auch wegen einer potentiellen Beschwerung  der Staatsverschuldung. Sie sind für die deutschen Exporte besonders schmerzhaft.

Dagegen vermehren sich die Nachteile mit den an den Südländern angebotenen Darlehen durch das FESF und das MES. JP Vesperini schätzt somit ein, dass am Ende der Garantien, die Deutschland  am Kapital von MES angeboten hat,  die Verschuldung  jenes Landes um 319,7 Milliarden Euro d.h. 12,5% des Bruttoinlandsproduktes steigen würde.

Gleichzeitig vermindern sich manche Kosten eines Abtretens vom Euro für Deutschland, weil die Absatzmärkte in den Zonen mit starkem Wachstum schneller zunehmen als in Europa.Dieses Argument muss jedoch durch die groBe Rückkehr Japans gemäBigt werden, denn Japan hat dank des neuen Kontrollorgans seiner Zentralbank an Konkurrenzfähigkeit gewonnen.

Diese schlichte Feststellung eines Endspiels für den Euro bedeutet aber keinen einfachen Abbau der entsprechenden Spielregeln.

Auch  wenn die beiden groBen Länder ,nämlich Frankreich und Deutschland feststellen, dass es teurer ist, den Euro zu behalten  als ihn  abzubauen, ist es unvorstellbar , dass sie zu einem  geplanten und kooperativen Abbau kommen. Tatsächlich bedarf ein solcher Plan einer wenig realistischen Vertraulichkeit wegen der zahlreichen  Mitglieder- wahrscheinlich mehrerer Hunderten-, die an die Vorarbeiten teilnehmen würden.Das Risiko einer Indiskretion, die mit kolossalen Spekulationsgewinn verbunden ist, ist  wirklich groB .Man kann sogar vermuten, dass  sich viele Kandidaten für Insiderdelikte schon auf die Lauer legen.

Denn der Abbau stellt mehrere Fragen. Die erste Frage umfasst seinen Umraum. Wir haben mehrere Möglichkeiten zur Wahl : den totalen Abbau, die Schaffung mehrerer Zonen  (zum Beispiel Nord- und Südzone), einen Euro nur als Umschlag behalten,  den Wechselkurs der neueingeführten Nationalwährungen, den Umfang ihrer Konvertierbarkeit ( nur  in Euro oder in allen Währungen), die Verluste und die Gewinne der Aktiva  in den Finanzinstitutionen, die Behandlung der Staatsverschuldungen, die Liquidation oder die Nichtliquidation der damit verbundenen Institutionen wie das MES, abgesehen von der Europäischen Zentralbank usw…  Jede einzelne Frage ist selbst eine Baustelle von unglaublicher technischen Komplexität und es ist schwer zu begreifen, wie sich  eine solche Arbeit  in den Ministern, in Brüssel oder anderswo ohne Indiskretion einsetzen könnte, während die  Interessenkonflikte existieren und die damit verbundenen Gewinne kolossal sind.

 

Der SchluB ist also einfach : der Abbau der Eurozone wird sich ohne Koordination, wird von einem einzigen Land kommen, das eine Bewegung und vor allem eine ansteckende Panik auslösen wird. Indem Interessenkonflikte und  Insider- Delikte der Sprengstoff sind, in welchem das System natürlich eingetaucht ist, wird der Abbau von einem Staat kommen, dessen Fähigkeiten zum politischem EntschluB abrupt und unbestreitbar sind, z.B. von einem Mann allein. Von diesem Standpunkt aus bildet die Diktatur das ideale Regime... , das aber die Europäischen Verträge verbieten . Es ist also klar,dass sich der Abbau sehr wahrscheinlich nach einem Panikprozess verwirklichen wird, denn die Länder, die eine starke Exekutive haben, werden relativ begünstigt und als“privilegierte Kandidaten” für einen Ausgang betrachtet.

 

 

2) Die politisch-finanziellen Folgen, die von einem Abbau unter Panikprozess zu erwarten sind.

 

Welches auch immer die Lösung im Wiederaufbau der Nationalwährungen sein mag,  ist es klar, dass die politischen Entscheidungsträger das Unbekannte betreten und alle, die davon abhängen,mit sich ins Unbekannte reissen.Wie ein Schachspiel ein Abenteuer ist, wo nichts  im  Voraus geschrieben ist- weder die Zahl der Spielpositionen noch  das Spielergebnis - bedeutet  der EntschluB,  einen Währungsabbruch zu vollenden( der weit über die schlichte Paritätsveränderung zur Zeit Bretton-Woods hinausgeht)  ein grosses Abenteuer zu umfassen, wo die einzige Sicherheit darin besteht, mächtigen  anpassenden Strömen zu trotzen, deren allgemeinen Sinn wohl bekannt ist, nämlich “flight to quality”.

Das läuft durch ungeheure “Bilanzstörungen” in den riesigen Institutionen , die die Banken bilden: breite Neuentwicklung von” souveränen Aktiva” zugunsten der deutschen Schatzanweisungen, Zusammenbruch des Wertes der anderen souveränen Aktiva und  Aktiva, die mit ihnen verbunden sind (besonders CDS), mechanisches Verschwinden der eigenen Anlagen und sofortige Zahlungs= unfähigkeit. Es betrifft eine Finanzmasse, die mehrmals dem gesamten Innenbruttoprodukt der Eurozone entspricht. Alle Finanzinstitutionen  werden  durch Ansteckung betroffen:  Versicherungsanstalten, Rentenfonds, Hedge-funds. Alle Märkte werden mit dem Verschwinden  der Liquidität, Verschwinden des Marktes unter den Banken, Zuflucht zum Gold und zu  den  gesamten Rohstoffen als Geldwert betrachtet. Natürlich verschwinden das Kredit und die Finanzierung der Wirtschaft.Und was können wir über die Staatsverschuldung sagen, die selbst stark  entformt ist, für manche ist sie verringert, für andere stark gesteigert?

Ganz natürlich wird der Aktienmarkt auch getroffen. Zuerst durch  die Neuorientierung  der Anlagewerte zugunsten der Aktien, aber auch Neuorientierung  zugunsten der Export= oder Importunternehmen für die jeweiligen abgewerteten oder aufgewerteten Währungen.

Die finanzielle Bilanz ist also äuBerst  schwerwiegend.

Es ist natürlich unmöglich zu denken, dass es sich hier um eine einfache Störung handelt und dass die Märkte ihr Gleichgewicht wiederfinden werden: der Euro war der  SchluBstein einer Anordnung. Ihr Verschwinden entspricht einem totalen Zusammenbruch und die Institutionen der neuen Märkte sind von Grund auf wieder aufzubauen. Dieser Wiederaufbau  führt zwangsläufig zur Rückkehr der autoritären Staatsform,” einem möglichen Weg der Sklaverei ”, so Hayek.

Wie könnte sich das heutige Statut der Banken so weiterhalten (eine”sui generis” Institution)? Die Rückkehr der Nationalwährung, wo Abwertung vorgesehen ist, kann aber rechtsweise nur geplant werden, wenn der Zentralbankier eine sofortige Pfändungs- und RequisitionsmaBnahme ergreift.Es ist eine auBergewöhnliche Situation, selbst in Frankreich  vor dem Europäischen Aufbau, wenn der Staat so stark war. Die Flucht nach der Qualität kann vielleicht nur durch ein strenges Verbot  des Kapitalsverkehrs eingedämmt werden,und wenn es sich um Frankreich handelt mit der sofortigen Steigerung von TRACFIN. Es heiBt vielleicht die Pfändung der Banken, die rechtliche Verantwortung der Bankiers  aber der Bankanstalten nicht.Dies gilt  für jedes Geschäft, das nicht in die Richtung eines Stoppens der Panik über die Bankkonten geht. Diese groBe Rückkehr zu einer autoritären Staatsform ist umso notwendiger als die Sozialkräfte, die im Euro nur die am meisten anlockenden Aspekte sahen, qualitativ und quantitativ sehr bedeutend sind.

Die Länder, die aufwerten werden, werden durch eine Rückkehr zu einer autoritären Staatsform nicht erspart und Deutschland selbst muss darauf achten, dass es sich in eine Bewegung von starker Steigerung seiner Währung nicht versinken lässt, im Moment , wo der groBe japanische Konkurrent seine Zentralbank zum Handeln zwingt. Uber diese strenge und sehr harte finanzielle Repression hinaus muss sich die groBe Rückkehr  des Staats in die Realwirtschaft klarmachen und  man muss  alle üblichen Mittel und Wege benutzen,die zur Zeit der Konferenz von Bretton -Woods zur Verfügung standen. Abgesehen davon, dass die Volkswirtschaften heutzutage viel mehr voneinander abhängen als früher, werden die einfache Bekämpfung der Inflation und die Preiskontrolle sehr ungenügend sein. Nicht nur die Bankbilanzen werden durch diese Panikbewegung geschüttelt: viele Bilanzen von Unternehmen, die durch sehr enge Verbindungen mit Nichtinländern engagiert sind, werden (abgesehen von den Grenzgängern) betroffen d.h. mögliche Bilanzzahlungsunfähigkeiten und  im Gegensatz dazu günstige Nachwirkungen.

Die Finanzskrise bekämpfen bedeutet insgesamt eine riesengroBe Kostensteigerung der Verhalten der  wirtschaftlichen handelnde Personen zu verursachen.  Jene Personen  versuchen  ihre Gewinne zu behalten und/oder zu bewerten.Die Welt der Finanzentregelung  lässt also den  Platz   für ein autoritäres und repressives System frei. Das Eurosystem ist eine fabelhafte rückgängige Maschine, die auBer Kontrolle ist, aber wenn man sie fasst, kann es uns zu anderen Regressionsformen führen, die viele befürchten, besonders diejenigen, die nur den sichtbaren Teil des Systems sehen. Es wird  dem politischen Dirigenten , der das Risiko des Abbaus eingehen wird oder zum Abbau gezwungen wird, schwerfallen. Die Hauptarbeit desjenigen, der den EntschluB des Abbaus fassen wird, wird darin bestehen, die Mittel und Wege zu entdecken, die die  Auslösung der Finanzpanik verhindert, während der SchluBstein des Systems, nämlich der Euro weggenommen wird.

Wie kann der SchluBstein weggenommen werden, ohne dass das Europäische Gebäude zusammen= stürze?

 

3) Abbau gegen Staatsgarantie für das Respektieren der Verträge:

 

Uber das technische Protokoll hinaus, das kaum Probleme bereitet (Aufrechterhaltung des Systems  der inneren Preise durch  die Festlegung einer Währungseinheit, die einen legalen Wert hat und einem Euro entspricht, Uberlastung eines Stempels auf jede Banknote vor dem Druck neuer Banknoten durch die Nationalzentralbank, rascher Austausch von Münzen usw...) wird eine rechtgültige Garantie von dem  oder den  politischen Dirigenten verkündet, die den EntschluB gefaBt haben. Diese Garantie betrifft  die  Aufrechterhaltung des Nennwertes aller Aktiva  im Moment, wo der EntschluB gefaBt wird. Das EntschluBfassen bedeutet infolgedessen das Einfrieren aller Positionen und vielleicht das vorläufige SchlieBen der Börse.

Es ist übrigens klar, dass sich sowohl die Ausgangs- als auch  die Staatsgarantieentscheidung in der gleichen Rechtshandlung befinden und, dass die Länder, die autoritärerweise durch einfachen BeschluB der Exekutive handeln können, einen Vorteil haben. Und dies stellt die Frage der Panik= auslösung in den Ländern, die nicht so schnell handeln oder reagieren können wie es notwendig wäre. Die Garantie des Nennwertes setzt die Festlegung eines fixen Punktes voraus, der nichts anderes ist als die Festlegung der neuen Währungsparität und diese Parität soll unberührbar erklärt werden, weit über der notwendigen Zeitspanne hinaus, die man braucht für eine gesamte Reorgani= sation mit neutralen Wirkungen auf alle Bilanzen und Verträge.

Das Feld der Garantie, die an alle wirtschaftlichen Kräfte des abtretenden Landes angeboten wird, betrifft die Besitzer von ausländischen Aktiven : Haushalte, Unternehmen, Finanzeinrichtungen, der Staat selbst. Dieses Feld erweitert sich auch bis an die Nicht-Inländer und an die Ausländer, die Inlandaktiva  besitzen.

Der Begriff “Aktiva” muss auch präzisiert werden. Es handelt sich natürlich um alle finanziellen  Wertpapiere : Aktien, Privat- und Staatsobligationen, strukturierte Produkte , Sparprodukte und Bankkonten usw...Für diese Wertpapiere liegt die Garantie auf der einzigen mechanischen Variation (Verlust oder Gewinn) des Wertes, der Aufgrund des neuen Austauschkurses kalkuliert wird. Der Wert, worauf der neue Satz basiert, ist der Wert, der der genauen Stunde entspricht, wo der  EntschluB des Abtretetens im Rechtsakt festgelegt ist.

Aber es handelt sich auch um alle Verträge der Realwirtschaft einschlieBlich um die Arbeitsverträge der Grenzgänger.Die Staatsgarantie ist der fixe Punkt, der den Euro ersetzt, wie eine Schleusen = kammer es erlaubt, von einer Zone, in der die Wechselkurse nicht gemeistert sind zu einer Zone zu übergehen , in der dieselben Wechselkurse auf politischer Ebene festgelegt sind.

Die Staatsgarantie mit dem Respektieren der Verträge bedeutet Folgendes : wenn die ökonomischen Kräfte des austretenden Landes nicht verlieren können, können sie nicht eher gewinnen. Als Beispiel: wenn Franzosen Lebensversicherungsverträge mit griechischen Staatseffekten besitzen, können sie nicht an die Wiedereinführung der Drachme leiden. Die selben Franzosen, die ähnliche Vertäge mit deutscher Staatsverschuldung haben, können keinen Vorteil aus der Wiedereinführung der D-Mark ziehen. Die Garantie  entspricht also doch dem Willen, sich neutral  über die Bilanzen der Kräfte zu zeigen dem Austreten aus dem Euro gegenüber. Und diese Neutralität ist wohl auch, was jede spekulative Bewegung verhindert. Die Auslösung der CDS ist ebenfalls verboten, indem das so geplante Austreten in keinem Fall “eine Kreditstörung” (sagen wir eine Zahlungsunfähigkeit) ist.

Die Garantie des austretenden Staats ist bei Weitem schmerzhafter als die von den Staaten angebotenen Garantien – jene Staaten, die im Oktober 2008 gemeinsam  jede Panikbewegung bei den Einlegern blockiert haben, deren Banken  vorraussichtlich zusammenbrechen sollten.Während zu dieser Zeit das Risiko nur potentiell war und eine Ankündigung reichen konnte,die Panik zu stoppen, muss man heutzutage im Fall eines Abbaus weiter gehen und die Betroffenen tatsächlich entschädigen.

Und was zu bezahlen ist, kostet um so mehr Geld als es dem austretenden Staat an Geld mangelt. Wie könnte der griechische Staat, der auf Grund einer massiven Abwertung austritt, seiner Garantie gewachsen sein? Wie könnten ebenfalls die abtretenden Staaten, die unter den Gewinnern sind, ihre Gewinne an die Verlierer verteilen? AuBerdem ist nocheinmal das Austreten weder kooperativ noch verhandelt und die Gewinner sind auch Privatpersonen, für die die Aufwertung ein Gewinn ist, der privat bleiben sollte.

Konkret gesehen muss ein deutsches Unternehmen, dessen Schuldner Franzosen sind, aus der Aufwertung der D-Mark logischerweise Vorteil ziehen. Und wie könnte dieser Gewinn benutzt werden, um die Garantien des griechischen Staats zu versichern? Aber wenn die Gewinne im Namen des vollständigen Respektierens aller Verträge leicht blockiert werden können( es kostet nichts), muss man doch die Mitteln finden, die Leute zu entschädigen, die von dem Austreten aus dem Euro betroffen werden.

 

4) Das Respektieren der Verträge durch Zentralbanken, die die Banknotenpresse anwenden.

 

Wenn das vollständige und rigorose Respektieren der Verträge eine Entschädigung der Verlierer einschlieBt, ohne dass die Gewinner mithelfen können, muss ein Dritter gefunden werden, der den Ubergang von der alten zur neuen Welt sichern soll, wennmöglich ohne den  europäischen Zukunfts= plan zu zerstören. Man muss die ungeheuren Zerstörungsfolgen einer nicht kontrollierbaren Sprengung des Euro vor Augen haben. Infolgedessen setzt sich die Lösung durch, sich zu den Nationalzentralbanken zu wenden, die gleich bei der Ankündigung des Abtretens requiriert werden. In der Tat handelt es sich nur darum, ein schon mit der EZB engagierten Prozess zu beschleunigen. Heute versucht die EZB die Fiktion des Euro zu behalten, indem sie massiv in die Staatsverschul= dungen  im Süden eingreift. Die heutige Aktion der EZB  ist ja schon ein Versuch, die destabilisierende Panik mit « spreads » einzudämmen, jene “spreads”, die man  in Grenzen halten soll, um sowohl  einen Obligationskrach als auch  ein “Bank-run” zu vermeiden.

Das Prozessverfahren  ist also einfach: für die Länder, die die Eurozone mit Abwertung verlassen, stipuliert der RequisitionsbeschluB, dass die Zentralbank des abtretenden Landes das entsprechende Konto der Staatskasse kreditiert – auf der Höhe von den Engagements des Staats als Garantie vom Respektieren aller Vertäge. Die Finanzbeamten bestimmen die Höhe der Entschädigungen und verlangen von der Bank die entsprechende Bezahlung. Eventuell bestätigen Richter und AbschluB= prüfer die regelmäBige Erfüllung der Garantien.

Die Recheneinheit, die als Entschädigungsleistung behalten wird, kann die Nationalwährung sein.

Somit kann der deutsche Exporteur von Waren nach Griechenland, - wenn dieses Land die Eurozone verlässt- von seinem Kunden mit der Währung bezahlt werden,worüber er verfügt. Dazu kommen die Kosten der Abwertung, die in Drachmen ausgedruckt sind und schlieBlich durch die griechische Zentralbank  getragen werden. Weiterhin, wenn es sich um ein griechisches Abtreten handelt, sieht die «  SociétéGénérale » in  der Gewinnrechnung ihrer Bilanz  ihre griechischen öffentlichen Schuldverschreibungen gegen Drachmen umgetauscht , jene Werte sind um den Betrag der Abwertung erhöht.

Man könnte die Beispiele multiplizieren.

Natürlich erheben sich riesengroBe Zahlungsbilanzen in Drachmen, die “das Boot der illegalen Passagiere” so gut verhüllte und die “ Target2”Anlage weniger verhüllte. Man muss sich also vorstellen, dass diese Zahlungsbilanzen in ”Drachmen” zu den Zentralbanken der entsprechenden Länder überführt werden( in unserem Beispiel zu der Deutschen Bundesbank für den deutschen Exporteur und zu der” Banque de France”für die ”Société Générale”) und wiederum gegen neue Nationalwährungen umgetauscht werden.

SchlieBlich wird die ausgegebene Währung (deren Menge dem Ertrag der Abwertung durch die gesamten Engagements gleicht) in den Ländern eingelagert, die sich in einer günstigen Situation befinden: wenig Abwertung oder keine Abwertung, wenig AuBenverschuldung, schwache oder nationalisierte Staatsverschuldung. Alles, was eine schnellere Preissteigerung verursachen kann als in den Ländern, die massiv die Banknotenpresse  benutzt haben.

Das zurückbehaltene Verfahren, das hier sicher zu kurz entwickelt worden ist und nicht alle Situationen regelt –wie sollen denn die CDS behandelt werden, auch wenn es gerichtlich keine  “Kreditstörungen” gibt, beseitigt ganz und gar den Begriff: Fehler, Unterstützung des Banksystems,Uberwachung der Ratsspreads usw...

 

5) Indirekte Nachwirkungen: eine gewaltige Beschleunigung der finanziellen Ent-globalisierung   ganz kurz der Ent-globalisierung.

 

Die finanzielle Ent-globalisierng ist mit der Krise verbunden : nämlich ein seit 2007 um 10% verminderter Umfang  im weltweiten Bruttoinlansprodukt, der Verkehr von grenzüberschreitenden Kapitalien, die um 61% eingestürzt sind und  Banken aus der Eurozone, die ihre Forderungen im Ausland um 3700 Milliarden  Dollars verringert haben. Offenbar würde ein  Ende des Euro wenigstens in seiner heutigen Form  eine solche Bewegung beschleunigen.

Dieser Standpunkt bedarf einer präzisen Beweisführung.

Es ist bekannt,dass die Finanzglobalisierung in der Geschichte mit einer ungeheuren Entwicklung der spekulativen Tätigkeiten der Markthaltung und  noch spezifischer der Deckungstätigkeiten  der Tauschrisiken  verbunden ist. Geschichtlich auch wurden diese Deckungsaktivitäten (im Rahmen des Jamaika Abkommens am 8.Januar 1976) durch die Wahl von flexiblen Wechselkursen  bedeutend impulsiert. Diese Wahl, die vorwiegend von den Aktivitäten der Lobbyer in the City abhängt, war natülich gut für die Deckungsaktivitäten.

Mit der Globalisierung der Austausche und auch was damit kongruent ist, mit der totalen Verkehrs= freiheit des Kapitals und mit der grenzenlosen Währungskonvertierbarkeit muBten sich die Aktivitäten über den “FOREX” vervielfachen, indem  immer raffiniertere finanzielle Deckungs= produkte geschaffen und benutzt werden. Zur Zeit Bretton- Woods erlaubte die Festlegung der Wechselräte die Spekulation nur in eine Richtung und nur mit unrealistischgewordenen Räten. Die Instabilität durch flexiblen Räten erlauben heiBt auch die Bereicherung der Finanz erlauben,  jene Finanz, die Garantie verkaufen wird, um somit der geschaffenen  Instabilität entgegenzukommen.

Indem die geförderte internationale Instabilität die Industrie und den Waffenverkauf fördert, wird gleichfalls die Spekulationsindustrie gefördert, indem die Instabilität der Devisenpreise gefördert wird.

Solange  diese Instabilität” wahrscheinlich” sein kann und sich in Mathematikmodellen, die eine günstige Einschränkung der Unsicherheiten erlaubt, einschreiben kann,  ist die Markthaltung durch das Finanzsystem relativ einfach und die Kosten für die Realwirtschaft erträglich. Mit der Krise sind die Modelle mit einer ungeheuren Kostenerhöhung der Markthaltung unsicher geworden .jene Kosten, die auf die Kunden der Realwirtschaft zu übertragen sind.

Von diesem Standpunkt aus zieht das Verschwinden der Eurozone neue Schwierigkeiten mit sich, die zu meistern sind. Kann man sich eine Erweiterung des”FOREX” für die neuen aus dem Abbau kommenden Devisen vorstellen , mit den entsprechenden  Kosten, die aus den neuen Deckungs= aktitvitäten kommen? Denn auch wenn der Handel sich verringert, stellt er innerhalb der Eurozone beinahe 50% des gesamten AuBenaustauschs dar. Es ist also für die Europäischen Banken undenkbar, sich in diese neuen Deckungsverfahren mit groBem Kapitalverbrauch (einem notwendigen Kapital für die  Investierung in die Realwirtschaft) zu stürzen. Es ist genauso schwierig für die Unternehmen,  dieKosten jener neuen und notwendigen Deckungen für Wechselkursrisiken zu ertragen. Hinzu kommt noch, dass die neuen Definitionen der Wechselkurse die verschiedenen Länder zu  einer politischeren Vorstellung der Währung führen...mit  dem Verschwinden der von den Banken aufgestellten wahrscheinlichen Modellen...

Es ist also anscheinend notwendig, kein System mit  flexiblem Wechselrat zu gebrauchen und sich an einer Vorstellung zu halten, die der Vorstellung von Bretton - Woods näher ist. Aber es besteht die Schwierigkeit, dass die globalisierte Umwelt in einem groBen Flexibilitätszustand stehenbleiben wird. Infolgedessen bedeutet es das wirklich dauerhafte Ende einer Unabhängigkeit der Zentralbanken, die  wahrscheinliche  Kontrolle des Kapitalsverkehrs und eine gewisse Devisenkontrolle usw...

Insgesamt sprechen diese Uberlegungen über die Deckungskosten für ein System, das den Euro als gemeinsame Währung mit festen Wechselkursen zwischen den neuen Nationalwährungen und  der   gemeinsamen Währung behält. Jede Währung ist nur in die gemeinsame Währung konvertierbar. Diese optimale Situation ist aber nur erreichbar , wenn man sich in einer verhandelten Neugestaltung befindet, was nicht offensichtlich ist, wenn das Abbauen nach dem Panikverfahren abläuft.

Es ist sehr schwer, das Bild der Welt nachher wiederzugeben.

 

Manche Anhaltspunkte können jedoch angegeben werden. Zuerst wird es Staaten geben, die ihre Währung, ihre Staatsverschuldung und ihre Zentralbank neunationalisiert haben werden.Es wird aber auch Staaten geben, die auf das Gleichgewicht der AuBenaustausche Rücksicht nehmen müssen und zugleich kooperative Strategien innerhalb eines neuen Europaprojekts wiederaufnehmen werden. Dies schlieBt selektive Politikverfahren ein, die den Kapitalumsatz und regelmäBigverhandelte Wechselräte betreffen. Das Ende der Benutzung der  Banknotenpresse, die mit dem Instabilitätsende der Wechselkurse begonnen hat, wird sich in der Struktur der Bankbilanzen abzeichnen. Diese Bilanzen werden weniger mit dem Rest der Welt verbunden sein, sie werden an GröBe erleichtert und vor allem ganz neu strukturiert sein, mit einer schwereren Handelsbankabteilung, mit einer leichteren Investmentbankabteilung und vor allem innerhalb jener Abteilung eine deutlich verminderte Unterteilung “Derivate”.

Vergessen wir aber nicht, dass das Ende der Benutzung der Banknotenpresse (dé-financiarisation) im Falle des Behaltens eines Euro als AuBenumschlag normalerweise viel einfacher sein wird. Es ist aber trotzdem beschränkt, wegen Deckungsprodukte, die behalten werden müssen: die festen Wechsel= kurse sind in einer globalisierten Umwelt, wo alles als Geldwert betrachtet wird, schwer zu definieren.

Diese neustrukturierten Banken, die direkt von der Zentralbank und deren Wechselkurspolitik abhängen, werden teilweise von der Finanzentfremdung befreit, die sie verhindert, ihre Arbeit zu tun, nämlich interessante Investitionen in der Realwirtschaft auszuwählen.Von diesem Standpunkt aus wird es wenig wirksam sein, zu jeder Form von “Glass-Steagall Act” zurückzukommen: die Spekulation darf nicht isoliert werden, sie muss verboten sein oder man muss den Umfang ihres Spielraums beschränken.

Der Bezahlpreis der so eingestellten finanziellen Unterdrückung ist das Auftauchen von schlichteren Sparangeboten, die auch gesünder sind, indem sie durch spekulative” finanziellen Wetten” (strukturierte Angebote) weniger beladen sind und durch “Wetten” über die Realwirtschaft(Aktien) mehr beladen sind.

 

                                                                                                          Jean-Claude Werrebrouck

                                                                                                           Le 25 mars 2013

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 09:07
    On trouvera çi-dessous les 4 réponses aux 4 questions qui me furent posées:
 
 
1- Le Nikkei, l'indice phare de la bourse de Tokyo, au Japon, a chuté de plus de 6% en début de séance jeudi matin. Le rôle des banques centrales américaine et japonaise, qui mènent des politiques beaucoup plus accommodantes que la Banque centrale européenne, sont en cause. Faut-il voir dans cette chute du Nikkei une inquiétude quant aux politiques monétaires menées ? Avec des taux directeurs à zéro ou quasi-nuls et le fonctionnement de la planche à billet à plein régime, les banques centrales ont-elles épuisé toutes leurs cartes pour contrecarrer la crise ?
  
Il faut d’abord reconnaitre que la gestion présente- qui peut choquer les partisans de l’ordo-libéralisme notamment allemand- n’est que la conséquences des erreurs ou politiques passées en matière de dérégulation économique et financière. Si la spéculation et la dette publique et privée se sont emballées c’est bien en raison de règles du jeu et de choix dont nous sommes tous responsables.Et il est vrai que sans dette toujours croissante on ne voit pas comment dans “l’économie monde” l’offre globale de marchandises pourrait être absorbée par une demande équivalente. C’est bien avec des montagnes de dettes publiques et privées qu’on a pu trouver des clients pour construire des logements aux USA, en Irlande , en Espagne etc., qu’on a pu trouver des clients pour des infrastructures civiles et militaires,notamment en Chine et aux USA, qu’on a pu trouver des clients pour l’industrie de la santé ,notamment en France, etc.... Si donc il existe aujourd’hui un état quasi planétaire d’insolvabilité, c’ est bien en raison d’un déséquilibre d’abord économique qui s’est traduit dans un déséquilibre financier. Une montagne de dettes qui apparait dans les bilans et qui bloque l’activité.
Dans ce contexte les banques centrales sont aujourd’hui à la manœuvre et vont jusqu’au bout de ce qui est possible en facilitant la création de nouvelles dettes, avec évidemment de nouveaux risques puisque l’on combat la dette avec de nouvelles dettes. Nous avons là le cas du Japon avec des marchés financiers qui s’interrogent sur l’avenir de la dette publique que l’on accroit, et qui déstabilise l’indice Nikkei. Les plus optimistes répondront simplement que la montée des taux sur la dette publique japonaise est finalement une excellente chose en ce qu’elle anticipe le développement d’une inflation recherchée par la banque centrale. Donc la nouvelle politique japonaise serait la bonne...Mais ce débat sur la remontée des taux sur la dette publique masque une autre réalité: les banques centrales  cherchent, sauf pour la BCE , à faciliter la baisse des taux de change en vue de relancer les machines économiques nationales. Il s’agit toujours comme dans les années 30 d’exporter les difficultés nationales avec la mise en place d’une guerre des monnaies. De ce point de vue la BCE “ordo-libérale” est la banque centrale la plus mal placée et l’industrie allemande a du soucis à se faire avec une baisse du Yen de près de 25% depuis le début de l’hiver dernier. Et de ce point de vue aussi, la mise en cause du Q3E aux USA n’est probablement pas à l’ordre du jour malgré les rumeurs. Il faudra toujours plus d’eau pour continuer à se noyer.
  
 
2- Taux d'intérêt directeurs négatifs, taux de dépôts bancaire négatifs, acceptation d'une plus large palette d'actifs en contrepartie de prêts... Quels autres outils le banques centrales peuvent-elles utiliser pour stimuler l'économie ?
 
Les taux d’intérêt négatifs sont la nouvelle idée pour laquelle les banquiers centraux s’interrogent. Monsieur Draghi s’est déjà déclaré fort inquiet à propos de telles idées. Il faut en effet comprendre qu’un taux négatif est un défaut qui ne dit pas son nom puisque le prêteur n’est pas remboursé sur la totalité du prêt consenti. commencer à parler de taux négatifs c’est déjà aborder la question du non remboursement.
Maintenant accepter en collatéral des actifs plus douteux en échange de monnaie centrale fraiche, c’est aussi reconnaitre un défaut- au moins potentiel- avec des banques centrales qui deviennent de fait d’énormes Bad-Banks. C’est déjà largement le cas avec de précédents dispositifs mis en place ( LTRO, OMT, ELA) par la BCE.
Mais on comprend que ces outils peu orthodoxes sont plus faciles à mettre en place dans des banques centrales non contraintes culturellement et juridiquement par l’ ordo-libéralisme allemand. Ces Banques centrales obéissent à la norme planétaire d’indépendance mais prennent des libertés aux seules fins de sauver les banques et aussi l’économie réelle.
Ce n’est évidemment pas le cas de la BCE qui fut historiquement construite sur la base de l’ordo-libéralisme allemand. C’est dans ce cadre d’un très strict  respect des règles du jeu que la cour constitutionnelle de Karlsruhe s’inquiète du comportement de la BCE qui- prête à tout pour sauver l’euro- franchit le rubicon et en arrive à mettre en difficulté la banques centrale allemande par rapport aux règles constitutionnelles. Concrètement le QE à l’européenne est juridiquement interdit en ce que les règles de l’euro-système pourrait engager les finance publiques allemandes et donc le contribuable allemand qui doit être protégé contre les dérives financières.Jens Weidmann gouverneur de la Banque centrale allemande, se fixe d’abord comme objectif le respect de la contrainte monétaire avant de s’intéresser à la relance de l’économie. Il est en cela un gouverneur d’exception dans le monde et se bat contre le gouverneur de la BCE accusé de laxisme monétaire. L’Europe ne peut pas aisément compter sur sa banque centrale pour relancer l’économie, et si les difficultés et conflits  s’accumulent, il n’est pas impossible que l’Allemagne quitte la zone euro.
.

3- Finalement, la Banque centrale européenne, en refusant de céder rapidement à la planche à billet et à des taux directeurs à zéro comme ses homologues américaine et japonaise, s'est-elle gardée des marges de manœuvres pour la suite ?
 
De fait la planche à billets a déjà commencé comme vu plus haut. Par ailleurs il faut aussi dire que si la planche à billets publique est contrainte par la règle ordo-libérale, elle ne l’est an aucune façon au niveau privé. Le considérable accroissement des bilans des banques – 4 fois le PIB de la France pour les 4 plus grandes banques françaises- n’est rien d’autre que la création monétaire par les banques elles mêmes. Ce qui veut dire que la liquidité ne manque pas et qu’elle est simplement investie dans la spéculation beaucoup rentable que les investissements dans l’économie réelle. Le vrai problème du financement de l’économie est celui de la spéculation financière qu’il faudrait à tout le moins limiter par des règles nouvelles. Et, de ce point de vue une quelconque loi de séparation des activités au sein des banques dites universelles est de peu d’utilité. Il faudrait dans l’idéal pouvoir interdire nombre d’activités financières – purement spéculatives- très éloignée de l’économie réelle. Quand va t’on se rendre compte qu’il y a moins de trente ans il était possible de financer l’économie sans passer par la multitude de dérivés aujourd’hui proposés.?
Aujourd’hui la BCE est à cheval sur 2 groupes d’intérêt ou de conception du monde. D’un côté elle aimerait être beaucoup plus active, en sauvant les banques et les Etats insolvables, ce qu’elle fait partiellement avec les dispositifs mis en place par son gouverneur. Elle aimerait aussi sauver la zone Euro en luttant contre la balkanisation des bilans bancaires que l’on constate partout et en tentant d’homogénéiser les taux d’intérêt sur les crédits dans l’ensemble de la zone. Mais, d’un autre côté elle n’ignore pas qu’il lui faut impérativement respecter l’ordo -libéralisme allemand, qui lui, veut imposer les réformes dites structurelles et pourra en dernière instance recourir à la cour européenne de justice pour sanctionner son prétendu laxisme. Elle ne dispose par conséquent que de peu de marges de manœuvres.

4- Quels bilans pouvons-nous tirer des différentes politiques monétaires menées par les différentes banques centrales ? Leurs effets arrivent-ils à bout ?
     
Tout cela se soldera d’abord très probablement par la rupture du maillon le plus faible c’est à dire la zone-euro, rupture dont les modalités sont infiniment variables et que nul ne peut anticiper. Tout au plus peut-on monter des scenarios dont celui du départ de l’Allemagne comme étant l’un des plus probables. Au delà arrivera la question du défaut général et du redémarrage sur de toutes autres bases. Mais il est toujours très difficile de sauter par dessus sont temps. Avec toutefois une quasi certitude: le temps de l’idéologie de l’indépendance des banques centrales s’achève.

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 13:02
        ,
Il s'agit d'une vidéo déjà ancienne  ( Décembre 2012) qui présente l'intérêt de mentionner les principaux thèmes de mon livre

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 23:00

Atlantico : Dans une note technique, Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI estime que l’institution s’est trompée dans ses prévisions sur la Grèce et d’autres économies européennes car elle n’avait pas parfaitement réalisé à quel point les efforts exigés en termes d’austérité allaient amoindrir la croissance de ces pays. Les politiques d’austérité ont-elles eu des effets contraignants supérieurs à ceux prévus sur l’activité ? Où en sommes-nous sur le débat austérité vs. croissance ? Sommes-nous surtout perdus ?

 

Philippe Waechter :

 Le papier d'Olivier Blanchard et Daniel Leigh permet de mieux comprendre l'impact des politiques d'austérité en observant que depuis le début de la crise celles-ci avaient une influence plus marquée sur l'activité que par le passé. L'interrogation ne porte pas sur les mesures de la politique économique. En d'autres termes, les économistes du FMI tentent de comprendre les raisons qui ont systématiquement biaisé à la hausse leurs prévisions, les écartant des trajectoires plus négatives effectivement observées.

Une raison majeure qui permet de comprendre ce changement est le fait que les taux d'intérêt des banques centrales étaient très bas et ne pouvaient pas nécessairement compenser le caractère restrictif de la politique budgétaire. La politique économique se conçoit, en effet, comme une articulation, une coordination éventuelle entre politiques budgétaire et monétaire. Généralement lorsque l'une des deux devient plus restrictive, l'autre devient plus accommodante. Cela permet de réduire un déséquilibre sans pour autant pénaliser l'activité de façon excessive.

Ce mode de fonctionnement n'a pu être forcément possible lors de la période de crise. Pour améliorer le fonctionnement de la sphère financière les banques centrales ont adopté des stratégies très accommodantes. Cependant, lorsque les politiques budgétaires sont devenues plus restrictives, les banques centrales ne disposaient plus de marges de manœuvre permettant de compenser le caractère restrictif des politiques menées par les gouvernements pour réduire les pressions portant sur l'activité.

Jean-Claude Werrebrouck :

 Les modèles macroéconomiques se démonétisent avec la crise, car incapables d’intégrer toute la richesse de la contextualisation de la réalité observée. Les paramètres retenus dans un contexte de prospérité deviennent des variables. Il en va ainsi des évaluations des  multiplicateurs budgétaires qui ne sont plus ce qu’ils étaient et qui dévaluent les prévisions. Ce qu’on appelle austérité et qui est l’autre face de la recherche de la compétitivité, n’est solution rapporteuse de croissance que si les pays voisins ne déploient pas la même stratégie. Et de ce point de vue l’Allemagne du début des années 2000 avait tout à gagner de son plan d’austérité : les voisins qui ne connaissaient pas encore la crise pouvaient utiliser l’euro comme instrument d’une grande fête consumériste faisant tourner les usines allemandes.

Aujourd’hui, si tous deviennent allemands, il n’y a plus d’issue. La recherche mimétique de compétitivité est un drame collectif , comme celle  d’une foule face à un incendie. L’année 2013 est le moment où s’enclenche puissamment la mécanique suicidaire : La zone euro toute entière s’enfonce dans la crise. Même l’Allemagne sera prisonnière du mouvement mimétique et verra sa croissance très faible se détériorer davantage encore ( 0,9 points en 2012, contre 0,6 en 2013). De ce point de vue, il faudrait un signe extrêmement puissant pour bloquer la panique.

Les cures d’austérité imposées par le FMI ont-elles eu des effets très récessifs du fait d’une mauvaise coordination entre les politiques budgétaires menées par les Etats, et les politiques monétaires des banques centrales ?

 

Philippe Waechter :

 Dès lors, on observe que, par rapport à une situation plus habituelle, l'impact de ces politiques contraignantes devient plus fort. C'est ce qu'évoque le papier du FMI. Il n'en tire pas de conclusions particulières quant aux politiques à mener. Il constate simplement que les mécanismes n'ont pas fonctionné de la même façon que ce qui était observé par le passé. Dans le document, il est indiqué qu'en moyenne par le passé, un dollar de réduction de dépense se traduisait par un impact négatif de 0.5 dollar sur le PIB. C'est cette mesure "historique et moyenne" qui était utilisée initialement dans les prévisions du FMI. Les observations portées par Blanchard et Leigh suggèrent que parfois l'impact négatif pourrait être supérieur à 1 notamment dans les pays européens au cours de la période récente.

Cette découverte peut sembler tardive mais elle traduit une dynamique d'apprentissage et de réactivité dans un environnement de crise inhabituel et très contraint. 

Jean-Claude Werrebrouck :

 Le FMI a finalement  la main moins lourde que les décideurs européens. Les pactes de compétitivité sont une décision bruxelloise, largement influencée, il est vrai, par l’Allemagne elle-même sous le joug de ses croyances monétaires. Dans le contexte de notre représentation de l’ordre économique, il eut été préférable de jouer la carte de la complémentarité budgétaire, avec un resserrement  dans les pays du sud assorti d’une politique budgétaire plus extensive au nord et en particulier en Allemagne qui est le poids lourd de l’eurozone. Il y avait là de quoi rééquilibrer le fardeau de la dette avec peut –être un affaissement notable des spreads de taux sur les titres souverains. Et surtout il y avait de quoi empêcher la récession et autoriser un minimum de croissance.

Quant à la politique monétaire, il est difficile de la croire efficace dans un contexte où il n’existe plus aucune marge sur les taux des banques centrales. Par contre dans un contexte de guerre des monnaies qui semble se mettre en place, il apparaît que là encore, la zone euro soit en difficulté et que sa banque centrale se détourne de l’évolution du cours de l’euro, un taux qui remonte alors qu’il devrait se situer aux environs de moins de 1,2 dollars. 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 23:00

Mario Draghi a déclaré jeudi 10 janvier que "nous retournions à une situation normale sur le plan financier, mais nous ne sommes pas du tout sur la voie d’une reprise rapide et forte". Après l’austérité, l’année 2013 sera-t-elle l’an 1 de la relance ? A défaut, doit-elle l'être ?

 

Philippe Waechter :

 Ces réflexions peuvent éclairer les choix qui sont faits en zone euro actuellement. Si les économies sont contraintes, vouloir allez vite dans la réduction des déséquilibres des finances publiques est prendre le pari que tous les autres déséquilibres se sont estompés. C'est une hypothèse forte et elle l'est d'autant plus que l'ampleur des ajustements budgétaires programmés est élevée.

La question est alors de s'interroger sur "pourquoi si vite et avec une telle ampleur"? Si l'on suit le raisonnement de Blanchard et Leigh sur la période très récente, l'impact des restrictions budgétaires à venir en zone euro pourrait être plus fort que ce qui est actuellement anticipé. C'est pour cela aussi que certains s'interrogent sur la nécessité de rallonger la période durant laquelle les budgets doivent tendre vers l'équilibre. Si l'impact était fortement négatif comme le laisse suggérer le document du FMI cela aurait une incidence forte sur la croissance et surtout sur l'emploi. Or, ce dernier point est le facteur de fragilité de la zone euro avec un taux de chômage à 11.8% à la fin du mois de novembre.

L'enjeu du papier du FMI est de dire : dans les conditions financières actuelles caractérisées par des taux d'intérêt très bas, adopter des stratégies budgétaires trop restrictives trop rapidement c'est prendre le risque de peser fortement sur l'emploi et la croissance. Il faut certainement aller plus lentement et trouver des moyens pour renforcer la croissance via des politiques structurelles pour redonner la capacité à davantage d'autonomie pour l'économie de la zone euro. Tant que les perspectives de croissance restent faibles, il sera probablement préférable d'être moins restrictif sur la politique budgétaire et d'être plus incisif dans les réformes structurelles afin d'améliorer l'autonomie de croissance de la zone euro. Or c'est aussi un des enjeux actuels forts.

 

Jean-Claude Werrebrouck :

 Non, la situation n’est pas normale sur le plan financier. La crise financière est l’aboutissement de la mise en place d’une économie Monde- pour parler comme Fernand Braudel - où le décalage entre offre mondiale excédentaire et demande mondiale insuffisante ne fût historiquement compensée que par de la dette privée et publique. Parce que la mondialisation crée une dichotomie dans un salaire qui était jusqu’alors coût et débouché et qui ne devient plus qu’un coût à comprimer, la demande mondiale ne suit plus une offre, laquelle n’est vendable dans sa totalité- à l’échelle planétaire- qu’en ayant recours à la dette privée et publique et une création monétaire conquise de haute lutte par le système bancaire.

Parce que la machine à fabriquer de la dette reste en place, le fardeau correspondant ne fait que s’alourdir. Comment se féliciter du dernier placement de dette souveraine en Espagne (jeudi 10 janvier) alors que le taux, certes plus bas ( moins de 5%) ne peut être payé par une richesse produite déclinante (recul de 1,4 points de PIB en 2013)? Il n’y aura évidemment pas de reprise en 2013, voire en 2014. Seul un changement radical des règles du jeu à l’échelle planétaire peut changer les choses.


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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 23:00

   On trouvera ci-dessous la seconde partie de l'interview d'Atlantico: 

 

Faut-il remettre en cause l'indépendance des banques centrales comme le gouvernement japonais menace de le faire ?

 

L'efficacité de l'action d'une banque centrale - notamment auprès des marchés - dépend fortement de sa crédibilité. Celle-ci peut-elle être ébranlée par une remise en cause de l'indépendance des banques centrales ?

Nicolas Goetzmann : Le cœur d’une politique monétaire est la crédibilité de sa banque centrale. Si l’indépendance de la banque est menacée, je ne donne pas cher de la peau de la dette de l’Etat concerné. Le pouvoir le plus important d’une banque est sa capacité à mobiliser les acteurs économiques sur une simple déclaration. Ceci est rendu possible par sa crédibilité. Si vous menacez cette crédibilité, vous mettez à mal son pouvoir même.

En revanche, il me semble que la crédibilité de la BCE est aujourd’hui mise à mal. Son mandat de stabilité des prix a provoqué une politique d’austérité monétaire destructrice de toute croissance. La BCE est crédible dans sa rigueur contre la croissance depuis 2008, voilà pourquoi les taux sont si bas aujourd’hui. Le défi d’aujourd’hui est que cette crédibilité en terme d’austérité soit mise au profit de la croissance, comme le fait aujourd’hui la Fed et la Bank of England. Ce dont l’Europe a besoin aujourd’hui c’est d’une modification du mandat de la BCE, en interrompant ce mandat de stabilité des prix pour mettre en place le "NGDP targeting", ou objectif de PIB nominal.

Jean-Claude Werrebrouck : Si un pays important remettait ouvertement en cause l’indépendance de sa banque centrale et exigeait la monétisation intégrale de sa dette, il en résulterait bien évidemment des mouvements de panique avec en premier lieu un effondrement de sa monnaie. Les choses ne sont pas simples, surtout pour la BCE dont l’indépendance est en principe la plus radicale. C’est la raison pour laquelle il faut, à mon avis, une action coordonnée décidée au terme d’une grande conférence internationale. Une conférence qui déciderait d’une refonte complète de la mondialisation avec l’obligation pour chaque pays d’équilibrer ses échanges extérieurs, donc la fin d’un libre échange devenu le protectionnisme des prédateurs, et surtout l’interdit juridique de la spéculation, celle-ci devenant un délit pénalement sanctionné. Cela passerait aussi par l’interdit de la création monétaire par les banques (le fameux système à "réserves fractionnaires") et le rétablissement de l’autorité monétaire de la banque centrale seule à pouvoir émettre de la monnaie sous le contrôle des Etats.

La configuration actuelle de la mondialisation s’achève avec la crise. Ne cherchons pas les coupables, en particulier la finance si souvent accusée : la finance est comme les gaz, elle occupe tout le volume disponible. C’est au décideur politique de réduire ce volume et aux différents peuples de la Terre de l’y inciter.

    
             

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 08:38

On trouvera ci-dessous la première partie d'un interview publié par Atlantico  Ce 3 janvier.
 La seconde partie sera sur le Blog demain
 

Faut-il remettre en cause l'indépendance des banques centrales comme le gouvernement japonais menace de le faire ?

 

Atlantico : Alors que Shinzo Abe a été élu Premier ministre du Japon le 16 décembre, il souhaite relancer les exportations de l'archipel en s’attaquant à la monnaie nationale, le yen, considérée comme surévaluée. Pour ce faire, il souhaite que la Banque du Japon (BoJ) adopte une politique monétaire plus accommodante. En cas de refus, le nouveau pouvoir en place pourrait remettre en cause l'indépendance de l'institution. Face à la crise et au ralentissement économique, faut-il remettre en cause l'indépendance des banques centrales ?

Nicolas Goetzmann : Non. En Aucun cas. L’indépendance d’une banque centrale est indispensable. Mais il est nécessaire d’ouvrir le débat sur la mission de l’autorité monétaire. Au Japon, la politique menée depuis 20 ans est totalement inefficace sur le plan de la croissance puisqu’elle préserve la stabilité des prix avant tout. Cette autorité a le pouvoir de déterminer le niveau de demande intérieure d’une économie, qui se ventile entre croissance et inflation. Son objectif est alors d’effectuer le meilleur arbitrage possible entre croissance et stabilité des prix. Le Japon a privilégié sa maîtrise des prix au détriment de la croissance ce qui a eu pour effet de placer le yen en monnaie la plus forte au monde. Shinzo Abe pose la question monétaire au centre du débat, et il a raison de la faire, la Banque du Japon (BoJ) se trompe depuis 20 ans.

La Fed est parvenue à se remettre en question sans intervention extérieure, c’est ce que Shinzo Abe veut pour le Japon. La BoJ ne peut se cacher derrière son indépendance pour rejeter les accusations qui pèsent contre elle. Indépendant ne signifie pas irresponsable.

Jean-Claude Werrebrouck : L’indépendance des banques centrales était l’une des pièces essentielles de la mise en place des règles du jeu de la mondialisation. De la même façon que le libre échange supposait la construction d’une logistique planétaire de circulation physique des marchandises, il fallait que la libre circulation des capitaux soit facilitée par une logistique financière dont tous les maillons seraient interconnectés selon des règles normalisées. Cela supposait un fort recul des Etats sur ce bien public essentiel qu’est la monnaie, avec en particulier la fin de l’idée de banque centrale comme banque des Etats.

La crise étant aussi une crise de la mondialisation, il est assez logique que les Etats reviennent doucement vers l’idée d’une banque centrale comme banque dépendante, et donc soumise au pouvoir. Bien évidemment la question est de savoir quel degré de soumission sera finalement imposé pour en terminer avec la crise. Et de ce point de vue, les configurations nouvelles seront variables et dépendront des histoires spécifiques de chaque nation. Il est clair, par exemple, que la banque centrale britannique dont la naissance fait suite à la "Glorieuse Révolution", n’a pas la même histoire que la banque de France qui va naître sous le joug d’un Bonaparte.

Une remise en cause - partielle ou totale - peut-elle permettre une plus grande harmonisation entre politique budgétaire (menée par le gouvernement) et politique monétaire (menée par la banque centrale) pour ainsi gagner en efficacité et conjurer les effets de la crise ?

Nicolas Goetzmann : L’harmonisation entre politique budgétaire et politique monétaire est le point crucial. Un mandat de stabilité des prix, méthode en cours au Japon ou en Europe par exemple, a pour effet de mettre le pouvoir budgétaire sous tutelle du pouvoir monétaire. Au contraire, un mandat de PIB nominal (Nominal Growth Domestic Product Targeting) permet de renverser cet état de fait et de redonner un pouvoir réel à la politique budgétaire. Le NGDP targeting devient la nouvelle norme, cette réforme est soutenue aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, et Shinzo Abe en a fait explicitement mention dans ses discours.

Il s’agit simplement de remplacer un objectif d’inflation (2% en Europe, 1% au Japon) par un objectif de croissance nominale (qui est la somme de la croissance et de l’inflation). Cet objectif permet dès lors de prendre en compte aussi bien la croissance (et donc le niveau de chômage) que l’inflation. Il n’est ainsi pas nécessaire de remettre en cause l’indépendance d’une banque centrale pour redonner le pouvoir au politique, une simple prise en compte des plus récentes évolutions de la doctrine monétaire suffirait.

Jean-Claude Werrebrouck : Dans le monde des apparences, la dette publique, devenue énorme et ingérable, est l’une des dimensions ou conséquences de la grande crise que connait le monde, et pas simplement le monde occidental. Cette dette est devenue ingérable aussi en raison des règles du jeu de la mondialisation qui supposent, partout, la lutte contre l’inflation et donc privilégient l’épargne rentière au détriment de l’investissement productif. Il existait autrefois, outre l’inflation un autre moyen de contenir la dette : les banques centrales avaient aussi pour mission de financer les Etats à taux nul, parfois - voire même très souvent au cours de l’histoire - sans remboursement réel. Ce fût le cas durant les 2 Guerres mondiales.

Ce qu’on appelle dettes publiques est donc aussi prioritairement la conséquence d’une coupure radicale entre les Etats et leur banque centrale. Des Etats qui seront, fort curieusement, obligés de passer par l’endettement bancaire pour se financer. Et il s’agit de quelque chose de fort curieux : imaginez un propriétaire de pommiers à qui il serait interdit de consommer sa récolte et qui serait obligé d’acheter des pommes sur le marché ! De fait, la crise de la dette est un choix politique inapproprié qui fut imposé par ceux qui avaient intérêt à sa marchandisation : financiers et marchands de produits d’épargne sécurisée. Politique budgétaire et politique monétaire seraient tout simplement libérées en les extirpant du joug financier.

Nicolas Goetzmann et Jean-Claude Werrebrouck

 


Nicolas Goetzmann est conseiller en stratégie d'investissement, gérant de fortune, auteur d'un rapport sur la politique monétaire européenne publié par la Fondation pour l'innovation en politique. En 2012, il a crée le site contrintuitif.com.

 


Jean Claude Werrebrouck, a été professeur de sciences économiques à l'université de Lille 2.
Il est l'auteur de Banques Centrales : Independance Ou Soumission ? paru en octobre 2012 aux éditions Yves Michel.

 

 

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
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