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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 06:32

 

 

Le « Long Term Refinancing Opération » lancé par la BCE de puis fin décembre 2011 – plus de 1000 milliards de liquidités versées au profit des banques - a déjà épuisé ses effets : les banques italiennes et espagnoles pourtant gavées de monnaie émise depuis Francfort n’arrivent plus à maintenir le cours des dettes publiques correspondantes.

Ultime outil de ravaudage, le LTRO  voit ses défauts mis à nu : il n’apporte aucune solution aux déséquilibres extérieurs qui causent la ruine publique et privée du Sud. Qui plus est, le stock de monnaie créée n’est pas ciblé, et tombe dans la trappe à monnaie, avec ces errances que sont sa transformation en matière première pour la spéculation, et surtout le non investissement productif.

La France est désormais en première ligne, et avec elle tout le dispositif européen (FESF et MES) qui ne peut  reposer que sur la seule Allemagne. D’où, potentiellement, un effondrement brutal de la zone euro, avec toutes ses conséquences sur la construction européennes et le reste du monde.

Il est pourtant une ultime possibilité que la violence de la crise pourrait imposer aux nouveaux dirigeants européens : le lancement d’un « LTRO nouveau » radicalement différent de l’ancien.

Le principe en est simple : Le conseil européen donne l’ordre à la Banque Centrale de lancer un LTRO massif (plusieurs milliers de milliards d’euros), et fléché selon une double orientation et répartition : public/privé d’une part , nord/sud d’autre part.

Décision bien sûr difficile, et surtout en marge de la réglementation, puisqu’elle aboutirait à un financement direct des Etats. Mais décision assurant la logique du moindre coût : choix du respect du dogme monétaire ou choix du probable chaos ?

L’objectif du fléchage  doit être particulièrement clair : renouer avec une croissance plus auto centrée et moins déséquilibrée, mais aussi définanciariser l’économie, et notamment mettre progressivement fin à la dépendance financière des Etats.

Le « LTRO nouveau » est affecté aux pays connaissant un problème de « déficits jumeaux » ( déficit extérieur et déficit public) récurrents. Des droits de tirage sur le dispositif « LTRO nouveau » sont ainsi attribués pour un volume proportionnel à la somme des 2 déficits. Clairement, cela signifie que dans les présentes conditions, les pays du Nord, dont bien sûr l’Allemagne, voient leurs droits de tirage réduits à Zéro, tandis que les grands pays du sud, par exemple l’Espagne, bénéficient de droits de tirage potentiellement considérables. Chaque Etat est responsable de la répartition interne de son droit de tirage entre secteur public et secteur privé : Trésor lui-même, Banques publiques d’investissement, banques privées.  Bien évidemment, la partie du droit de tirage réservée au Trésor d’un Etat est obligatoirement affectée à l’investissement public, ce qui interdit les facilités du comblement d’un déficit de fonctionnement par simple création monétaire.

Aux droits de tirage des pays, viennent s’ajouter un droit de tirage européen dont le montant, lui aussi fixé par le Conseil européen, correspond aux grandes infrastructures publiques politiquement décidées : protection de l’environnement, indépendance énergétiques, réseaux européens de transports, etc.

Les droits de tirage  affectés aux Trésors nationaux, allègent progressivement le service de la dette, et viennent tout aussi progressivement, limiter le périmètre de la rente correspondante. La monnaie nouvelle n’est plus la contrepartie d’une dette donnant naissance à de nouveaux prélèvements : la machine à faire de la dette, machine qui enfonce la zone euro, est ainsi, au moins provisoirement, mise au rebut.

Les droits de tirage affectés aux banques publiques d’investissement et au secteur bancaire privé, orientent leurs prêts aux partenaires économiques, dans le cadre du second objectif  de définanciarisation généralisée : on peut ainsi envisager de mettre progressivement fin aux pratiques excessives du modèle de « corporate  governance » des entreprises. Cela peut passer par des politiques sélectives : prise de participation dans le capital ; orientation de l’investissement vers des entreprises non affectées par la dictature de l’actionnariat ; contrats de responsabilité actionnariale faisant évoluer l’entreprise, d’un statut de simple sous jacent d’un titre de propriété, vers l’entreprise représentant une institution dépassant le strict droit de propriété ; etc.

La décision de lancement d’un « LTRO nouveau » est efficace à plus d’un titre.

A situation exceptionnelle mesures exceptionnelles, ce qui veut dire qu’au fond, le « LTRO nouveau » pourrait s’envisager sans modifier les statuts de la BCE : de quoi soulager le partenaire allemand. Les mesures LTRO prenant fin avec le redressement des pays du sud disposant désormais d’investissements de mise à niveau considérables. Mais aussi , mesures exceptionnelles permettant d’ obtenir sur les marchés, une chute conséquente de l’euro, à des fins de redressement de la compétitivité. Il semble en effet évident que la gigantesque création monétaire serait de nature à affaisser durablement l’euro.

Mais l’efficacité du « LTRO nouveau » proviendrait aussi du fait qu’il est facteur d’optimalisation ( au sens de Mundell) de la zone monétaire. On sait que cet économiste a démontré, il y a bien longtemps, que la pérennité d’une zone monétaire supposait, en cas de chocs asymétriques, d’importantes  redistributions budgétaires, depuis les zones avantagées vers les zones sinistrées. Le « LTRO nouveau » permet ce transfert vers le sud, à coût budgétaire nul pour le nord, puisqu’il s’agit d’investissements sur  création monétaire. L’Allemagne qui ne veut pas payer pour les « cueilleurs d’olives » ne disposerait pas de droits de tirage sur la BCE, mais en retour n’aurait rien à payer pour la mise à niveau de sud.

L’efficacité du « LTRO nouveau » proviendrait enfin  des bonnes incitations qu’il engendrerait. Les pays du sud ne sont pas incités à choisir le « modèle exportateur » pour en finir avec leurs difficultés, choix qui selon les règles du « LTRO nouveau » viendrait mécaniquement diminuer leurs droits de tirage. Symétriquement, le modèle exportateur choisi par  l’Allemagne , ne serait plus avantageux pour ce dernier pays interdit d’accès aux droits de tirage. De quoi se diriger vers un modèle de développement plus autocentré.

Les peuples européens, épuisés par une maladie dont ils ignorent profondément les origines, celle du dogme monétaire,  rejetteront, d’une manière ou d’une autre, le « Traité sur la Stabilité , la Coordination Et la Gouvernance dans l’Union économique et monétaire » ( TSCG). Substituons-lui, monsieur le Président de la République, le « LTRO nouveau » qui redonne du sens à la construction européenne. Cette exigence, décidée avec vos collègues a Bruxelles, est probablement la dernière chance avant l'implosion du dispositif européen.

                                                                                             

 

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 08:32

 

Nous connaissons maintenant la nature profonde des Etats comme entités très anciennes; celle des banques centrales , comme objets très récents au regard de l'histoire; et enfin celle des liaisons possibles entre les deux.

 

Si les Etats sont -dans leurs « structures génétiques » et donc leur acte de naissance- une extériorité fondamentalement prédatrice au détriment de ceux sur quoi ils règnent, l'émergence des banques centrales fût une étape décisive dans le partage de la prédation avec d'autres acteurs que les souverains. l'idée de partage est en effet opportune pour désigner le fait que désormais les États n'émettent plus - le plus souvent - directement la monnaie, et passent par une agence plus ou moins autonome, mais autonomie toujours limitée par le type de monnaie émise: celle de L'Etat.

 

Ainsi la Banque de France, institution juridiquement séparée de l'Etat, aura le pouvoir d'émettre de la monnaie, mais cette dernière sera tout aussi juridiquement monnaie légale et donc monnaie de l'Etat français.

 

Le cours légal est fort sympathique

 

Naguère l'Etat pouvait payer à partir de ses « débiteurs »: esclaves, seigneuriage, ensemble de la population taxée, etc. Avec les banques centrales, et les formes nouvelles de l'aventure étatique qui vont lui correspondre, il pourra certes perdre quelques avantages, mais il maintiendra le gigantesque pouvoir de payer à partir de sa propre monnaie, et même si le pouvoir de la fabriquer ne sera plus ce qu'il était. Dernier propos qu'il faut du reste nuancer car il fût des époques où les banques centrales étaient entièrement sous le contrôle des Etats.

 

En conservant bien sûr son droit de taxer, l'Etat prédateur, même affaibli par une banque centrale, conserve une grande partie de sa souveraineté: les agents économiques sont intéressés par sa monnaie qui seule dispose du cours légal, monnaie qu'il faut impérativement utiliser.... ne serait-ce que pour pouvoir payer l'impôt. Parce que resté maître de la base monétaire, et que tous les contrats sont libellés dans la monnaie qu'il reconnait, la notion de défaut apparaît relativement difficile: l'Etat a encore les moyens – si l’on ose dire-de faire varier le niveau de la "dette que sa banque centrale lui doit". La dette envers l'extériorité n'est plus infinie, mais le prédateur dispose encore des moyens de décider de son montant.

 

Ce serait évidemment beaucoup plus difficile s'il devait s'endetter envers une monnaie dont il ne maîtrise en aucune façon l'émission. Beaucoup plus difficile, mais pas impossible, ainsi que l'atteste la présente situation, où la pression des Etats de la zone euro a de fait obligé la BCE à fournir les liquidités nécessaires (plus de mille milliards d'euros en additionnant les émissions des 22/12/2011 et 28/02/2012) aux fins de diminuer les pressions sur les budgets publics. Beaucoup plus difficile mais pas impossible, ainsi que l’atteste également ce fait moins connu que fût l’octroi -de 25 milliards d’euros- directement depuis  la banque centrale irlandaise au Trésor correspondant en 2010.

 

L'Etat fédéral américain dispose de ce point de vue d'un avantage considérable sur les autres Etats: s'il décide de bien contrôler sa banque centrale, et il le peut assez facilement dans le cadre de la législation en vigueur, son défaut est impossible. On peut ainsi considérer que les débats d'Août 2011 sur le plafond de la dette fédérale n'avaient aucun sens. Il s'agissait de s'amuser à se faire peur et de "jouer au défaut". Parce que la dette américaine s'exprime en dollars, il suffit de produire davantage de dollars pour continuer à dépenser. L’Etat fédéral n'est d'une certaine façon pas endetté, et chacun sait qu'il ne remboursera jamais. Par contre, ce même Etat peut encore décider de "ce qu'on lui doit", et fixer le niveau du "quantitative easing" auquel la FED devra se soumettre.

 

De fait, l'Etat fédéral américain est dans une position plus avantageuse que celle des Etats plus anciens , et qui étaient en raison de la contrainte générale du métal, dans une position où il leur était depuis longtemps impossible de payer en utilisant une autre monnaie que l'argent ou l'or, ou une forme monétaire assurément convertible en métal . Déjà dans un milieu relativement ouvert, peuplé d'Etats en compétition, aucun d'eux ne pouvait créer et imposer une monnaie d'Etat parfaitement souveraine. D'où les catastrophes comme le système de Law ou les Assignats.

 

Et de ce point de vue, l'adoption progressive et organisée de l'étalon- or est un recul très net de la souveraineté: la loi d'airain de la monnaie va s'imposer à tous, bien davantage que l'Etat fédéral américain d'aujourd'hui. D’où les difficultés, anglaises notamment, dans le retour à l’étalon- or dans les années qui suivirent la première guerre mondiale. D’où aussi les énormes difficultés dans la gestion de la crise des années 30.

 

 C'est  parce que le contexte de l'étalon-or limite la possibilité pour l'Etat de payer avec une monnaie de son choix -qu'il émet souverainement - qu'il doit apporter la preuve de son auto limitation. La banque centrale apparait ainsi comme l'outil de cette auto limitation. Et bien sûr un outil que l'on cherchera souvent – selon l’état des rapports de forces sur les marchés politiques- à retourner à son avantage en délimitant, voire en renonçant à toute forme d'indépendance de la dite banque.

 

Ce sera souvent le cas, de la conjonction du stade de l'Etat-nation dans l'aventure des Etats, avec la fin de l'étalon -or et donc la fin de la loi d'airain de la monnaie. Conjonction qui s'est plus particulièrement matérialisée au vingtième siècle. Dans une telle configuration, la dette publique ne compte guère, et les Etats ont toujours les moyens de payer avec une monnaie produite et fournie par les banques centrales. Reste bien sûr une contrainte: veiller à ce que le pouvoir d'achat international des agents de l'Etat-Nation ne se déprécie pas, ce qui signifie maintenir le taux de change et donc contenir la tentation d'un « déficit sans pleurs », en ce qui concerne les finances publiques. Nous avons  là le contexte bien français, notamment  celui de la quatrième république, où il n'est jamais question de dette et toujours de lutte gouvernementale pour "sauver le franc"….qu’il faudra régulièrement dévaluer.

 

La zone euro est un formidable espace de régression

 

Curieusement, la zone euro constitue une formidable régression. La dette publique est conséquence d'une monnaie qui ne peut s'ajuster aux inégales compétitivités des pays membres. Elle n'est que le reflet de déséquilibres extérieurs que la monnaie unique cache aux acteurs. Le sud ne voit pas directement ses déficits extérieurs grandir (Grèce, Espagne, etc.) alors que le nord en perçoit la contrepartie sous forme d'excédents  (Allemagne , Hollande, etc.). La production insuffisante au sud, insuffisance due à la sous compétitivité en régime de monnaie forte, se lira, à la surface des choses, comme "paresse des acteurs » ( les fameux cueilleurs d’olives qui dansent le Sirtaki) , qu'un Etat entretiendra par des largesses non financées à partir d’impôts qui ne rentrent pas. Phénomène auto entretenu, puisqu'il développera le sous investissement dans des activités compétitives au sud. Non seulement les économies du sud, étouffées par une monnaie inadaptée, se spécialisent vers des activités importatrices nettes (Grande Distribution) qui détruisent le tissus local; mais en rétrécissant la matière taxable, il n'est guère question d'envisager de gros investissements publics de modernisation.

 

Ainsi, parce qu’équipé d'une monnaie qui développe des forces centrifuges, la dislocation à terme du chantier européen est en marche : la fameuse convergence attendue, laisse la place à la  divergence. Avec  ce nœud Gordien qui en découle : Peut-on abandonner l'euro, en tant que poison destructeur de l'harmonisation souhaitée, alors même qu'il est curieusement devenu le nouveau mythe enchanteur pour les peuples? Le petit peuple grec, inconsciente première victime du poison, n’est- il pas le tout premier adorateur de l’euro ?

 

Depuis le début de la crise, c'est bien ce paradoxe que les entrepreneurs politiques européens tentent de gérer, avec ce très lent mouvement vers une nationalisation de l'euro….que bien sûr l’on refuse.

 

Partis d'un refus complet, de venir en aide aux pays victimes de déficits publics qui ne sont que le reflet de déséquilibres extérieurs devenus invisibles, des éléments de solidarité active ou passive, sont venus apaiser les marchés de dettes souveraines: création du FESF, puis élargissement de sa puissance de feu, création du MES, conjonction et élargissement des deux institutions, débats sur les euro bonds, LTRO de la banque centrale européenne, taux directeurs historiquement bas, etc.

 

Ces mécanismes ne peuvent que se développer tant il est vrai que les dévaluations internes - les fameuses réformes du marché du travail partout dans le sud- s'avèrent socialement de plus en plus risquées, et économiquement de moins en moins efficace. Socialement risquées, car les réformes du marché du travail, ne touchent que les salariés déjà trop exposés  à la « falaise de la monnaie forte », les autres, la « sur classe mondialisée », voyant dans cette même falaise, non pas un lieu où l’on se fracasse, mais  une base d’envol pour stratégies mondialistes. Economiquement inefficace ensuite, car la demande globale se rétrécissant, un multiplicateur négatif se déploie.

Puisque le mythe est d'une extraordinaire puissance, l'euro étant le symbole vivant  et sacralisé de l'existence d'une communauté européenne, il suffirait de le nationaliser et d'en faire à la fois une monnaie unique et une monnaie nationale.

 

Et si chaque banque centrale de l’euro-zone émettait sur ordre des Etats des euros ?

 

Concrètement cela signifie que chaque banque centrale de l'euro système soit amenée à financer le Trésor local. La Grèce, comme la France de l'après seconde guerre mondiale, met fin souverainement à la loi d'airain de la monnaie que les traités imposent, et rétablit le vieux mode hiérarchique de gestion de la dette publique. La dette cesse d'être le souci des entrepreneurs politiques, la contrepartie étant bien sûr un effondrement de la valeur de l'euro. Un euro qui ne disparait que pour les Etats qui y renonceraient.

 

Quelles seraient les conséquences, d'une conjonction, des statuts de monnaie unique et de monnaie souveraine, censée dépasser le paradoxe du poison et du mythe enchanteur?

 

Elles sont lourdes et multiples :

 

1 la dette publique perd très largement le sens qu’elle a acquis au cours de ces 30 dernières années. Aussi bien en termes de stocks qu’en termes de flux. En termes de flux les choses sont évidentes surtout si l’on devait s’acheminer vers une situation telle celle examinée dans notre proposition de « révolution du systèmes monétaire ». En termes de stocks les choses le sont également : la spéculation sur dette souveraine disparait immédiatement ca dépourvue de tout sens. De quoi retrouver par conséquent en la matière, la fin de la loi d’airain péniblement obtenue au vingtième siècle.

 

2 Une autre question est celle de la cohabitation, entre monnaie unique et rétablissement de la souveraineté monétaire, sur la base du maintien de cette  monnaie unique. En clair, y aura t-il dislocation ? Curieusement les pays les plus bénéficiaires du rétablissement de la souveraineté et du passage au mode hiérarchique de gestion de la dette, pourraient souhaiter le départ des pays les plus opposés à la fin du présent  dogme monétaire. Et à l’inverse ces derniers pourraient souhaiter le maintien de la zone malgré les cris de leurs protestations. L’enjeu d’un tel débat est bien sûr les échanges extérieurs et le rétablissement de l’équilibre des balances. En clair, la Grèce pourrait souhaiter le départ de l’Allemagne et ce dernier pays pourrait- malgré tout- prolonger son maintien dans la zone, pour continuer à maintenir sa rente  de débouchés sur le sud. On le voit, l’unicité de compte entre monnaie unique et monnaie nationale ne règle pas  la question des taux de change entre pays de la zone.

 

3 Ce qui semble réglé, par contre, est le taux de change de l’euro : il diminue massivement en raison du maintien des croyances en la loi d’airain de la monnaie. La monétisation vaudra dévaluation et compétitivité nettement accrue de l’ensemble de la zone au détriment de l’Asie, de nombre de pays émergents, et des USA. Avec un fort rebondissement de la croissance, la fin du naufrage de l’Europe dans bien des domaines, y compris dans celui de la puissance, mais aussi le risque de guerre des monnaies.

 

4 Une autre conséquence est bien sûr la limitation de la financiarisation des activités humaines, surtout si cette solution se déroulait dans le cadre déjà proposé de « révolution des systèmes monétaires »

 

Le rétablissement de la souveraineté monétaire dans le cadre de la monnaie unique permet à nouveau de gagner du temps sur la crise : les problèmes de compétitivité du sud ne sont en aucune façon réglés dans le court terme. Par contre il redonne espoir pour ces mêmes pays qui ne sont plus broyés par des politiques restrictives guidées par le dogme monétaire.

 

Ce rétablissement de souveraineté, est l’avenir le plus probable, car il est le choix le plus avantageux dans le fonctionnement des marchés politiques. La loi d’airain reste en vigueur mais se trouve de plus en plus contestée y compris, très curieusement, par ceux des croyants qui tentent de détourner le dogme par des moyens ingénieux, tel celui qui consiste à monétiser massivement sur la base du patrimoine immobilier : le fameux  « MIEL » ou «  Mobilisation de l’Immobilier En Liquidité » de Guy Abeille, par exemple. Position qui nous fait penser à un Saint Thomas d’Aquin qui, au treizième siècle, continuait à répéter l’interdiction absolue du prêt à intérêt… tout en comprenant qu’il puisse se pratiquer dans certaines conditions. L’aliénation reste majeure et majoritaire. Mais beaucoup d’idées iconoclastes naissantes sont révélatrices du doute qui s’empare des esprits. Il est donc assez probable, que des entrepreneurs politiques européens, prolongent les pressions jusqu’ici exercées sur la BCE en exigeant la possibilité de rétablir – à des niveaux sans doute divers et peut-être négociables-  l’émission monétaire par les banques centrales nationales. Un néo-thomisme en quelque sorte.

 

 

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 17:42

François Hollande ne peut briguer un nouveau mandat car la constitution le lui interdit : Sur référendum d’initiative populaire, les français ont décidé en Juillet 2012 qu’ aucun mandat de la République ne serait renouvelable. Avec le temps, on se dit aujourd’hui que c’est peut -être la mesure qui a permis le terrassement de la crise, tant en France que dans biens des pays, qui ont adopté la même législation dans la foulée. Car, curieusement, et furieusement, les français qui étaient si pessimistes, ont commencé à croire en l’avenir : ils savent désormais que leurs  dirigeants ne sont plus aliénés, par les contraintes de leur reconduction au pouvoir, lesquels peuvent désormais, librement, et de façon apaisée, réfléchir à l’idée d’un bien commun à construire.

François Hollande – sa réélection ne faisant aucun doute tant les résultats sont brillants - est sans doute malheureux de ne pouvoir briguer un second mandat. En revanche, il peut être fier des changements qu’il a contribué à développer. La fin de l’indépendance de la Banque centrale (20mai 2012) et ses avances massives et gratuites au Trésor et à la banque publique d’investissement  (25 mai 2012) ont permis des investissements autrement importants que ceux escomptés par Mario Draghi avec les « facilités » offertes aux banques en décembre 2011 et Février 2012  - Plus de 1000 milliards d’euros de « création monétaire », soit la moitié du PIB de la France- pour simplement maintenir, dans des limites convenables, les spreads de taux des dettes souveraines en perdition. C’est que depuis prés de 5 années, les investissements ont été massifs dans les infrastructures : voies ferrées, fluviales, transports collectifs, etc. Mais aussi dans la dé -carbonisation de toutes les activités : logements à énergie positive, solaire, éolien etc. Mais aussi et surtout dans les investissements des PME qui ont largement bénéficié des crédits à taux Zéro et surtout de l’abolition de toutes charges sociales sur les « productions nouvelles substitutives d’importations » (loi du 7 juillet 2012). On voit même la transformation de l’auto-entrepreneuriat crée en 2008 comme « pansement au chômage » : des auto-entrepreneurs  deviennent dirigeants de PME et commencent à vendre à la Distribution ce qu’elle ne peut plus acheter aussi facilement en Chine en raison de la protection européenne que François Hollande a su proposer à nombre de pays européens. Mais il est vrai que sur ce sujet essentiel, il avait été beaucoup stimulé par les militants de "l'initiative citoyenne européenne sur le libre échange" qui avait rendu si populaire, le retour au tarif extérieur commun.

 l’automatisation des grandes entreprises industrielles est aussi devenue un grand chantier : elles aussi obtiennent des crédits à taux zéro sur une longue période. Beaucoup relocalisent en raison de la protection européenne, mais aussi en raison des gains de productivité offerts par l’automatisation. Et  Allemands  et Italiens ne s’en plaignent pas, eux qui dans le secteur des machines automatiques ont une compétence reconnue. N’oublions pas non plus l’agriculture dont la reconversion est maintenant bien enclenchée.

La nouvelle croissance réelle n’est pas encore très élevée, mais la croissance potentielle augmente tous les jours : probablement près de 4% aujourd’hui. Tout n’est pas réglé, car de fait, beaucoup d’emplois sont crées, mais  d’autres sont détruits : dans la Distribution qui profitait largement, par ses centaines de milliers de containers en provenance d’Asie, de la grande dislocation des productions ; dans la banque aujourd’hui totalement repositionnée et amaigrie du fait  de la disparition de ses activité spéculatives, dans les métiers de l’épargne avec la disparition de la dette publique, matière première  de produits financiers magiques ; dans les activités de type « casino » avec la réforme élargie du code monétaire et financier.

Cette dernière réforme fût obtenue en quelques semaines, là où l’on butait à Bruxelles, ou ailleurs, depuis 5ans. Et pour accélérer les Choses, le président Hollande fit comme Bonaparte avec le code Civil : il a lui-même présidé plusieurs séances d’arbitrage. Avec les résultats que l’on sait : abandon de la cotation en continu, interdiction de la vente à découvert, séparation des activités, limite à la taille des bilans, interdictions des paris sur fluctuations de prix et réduction du périmètre des marchés à termes, interdiction des CDS, fermeture de l’AMF et rétablissement de l’autorité administrative, retrait de licence bancaire sur non fermeture des relations avec paradis fiscaux, etc. Curieusement,  presque tous les gouvernements  européens, en cela encouragés  par leur population, ont suivi le dynamisme français. Et la bureacratie bruxelloise a bien du suivre le mouvement des peuples : c’était cela ou la disparition de leur emploi. Et presque toutes les banques centrales sont aujourd’hui soumises à leur Trésor.

Evidement, la réforme bancaire fût le plus gros chantier de l’été 2012. Il est désormais interdit aux banques de créer de la monnaie, et seul l’Etat par le canal de la banque centrale, peut vendre de la monnaie- évidemment avec profit - aux banques, et ce à des fins d’investissement. Il s’en suit la disparition de l’Agence France Trésor (fermée le 20 septembre 2012), agence créée par  Laurent Fabius, qui empruntait de l’argent aux banques, pour couvrir le déficit budgétaire. Le monde est ainsi renversé…ou remis sur ses pieds : l’Etat n’a pas à dépendre de la finance, c’est plutôt à la finance de dépendre de l’Etat.

Bien évidemment, ce chambardement n’a pas fait plaisir  à tout le monde : il se trouvait très défavorable aux rentiers. Et les fonds de pension anglo -saxons, mais aussi les assureurs, ont beaucoup souffert .Mais comme le disait François Hollande : « entre le casino et l’entreprise, il faut choisir ». Le président expliquait ainsi qu’il était le vrai sauveur du capitalisme. Au 20ième  siècle, le socialisme avait menacé gravement le capitalisme ; au 21ième, c’était le financiarisme qui menaçait l’entrepreneur schumpeterien. Le capitalisme, la libre entreprise débarrassée du cancer de la finance, redevenait selon lui un « choix éthique de vie en société » : un vrai libéral ce président qui va nous quitter.

Tout ce changement a pu être initié très vite et presque sans résistance, exactement comme le fit Roosevelt en 1933  aux USA. Et, le plus curieux, avec une contagion internationale bénéfique.

Mais soyons juste , François Hollande ne peut partir sans rendre un hommage appuyé à son prédécesseur : c’est ce dernier qui a ouvert la voie, et a empêché – fort heureusement –l’application de cet irréel programme socialiste, construit sur  une croissance inatteignable . De quelle façon ? Rappelons nous, quelques semaines avant le premier tour de la présidentielle 2012, Le président se sentant perdu, a cherché à se sauver en renversant la table : en mobilisant l’arme absolue qu’est  l’article 16 de la Constitution – seul président des nations démocratiques  à disposer d’une telle arme - il a mis fin, par Ordonnance, à l’indépendance de la Banque de France. Dans le même geste, il ordonnait la réquisition du gouverneur de l’époque, Christian Noyer, lequel était invité à rembourser toutes les dettes du Trésor, bien évidemment dans la seule monnaie disponible : l’euro. De quoi libérer le Trésor, mais aussi de quoi obtenir une baisse massive et durable de l’euro sur le marché des changes. A la veille du premier tour de l’élection présidentielle, l’euro ne valait plus que O,96 dollars contre 1 ,34 quelques jours auparavant. Le tumulte qui devait s’en suivre fût grand, mais l’idée de passer de l’euro, monnaie unique à l’euro monnaie commune fût acceptée, Y compris par les pays du nord de la zone. Y compris par les USA et la Chine qui préféraient – malgré tout- une telle solution, plutôt que de voir dollar et Yuan sans bouclier. L’ancien président n’a pu se sauver, mais son échec a ouvert la voie au grand chambardement.

François Hollande, dès le 7 mai 2012, a fait savoir que la monnaie commune, ne pouvait pas être le retour de l’antique serpent monétaire européen, antique serpent que l’on avait fait mourir dans la piscine de la spéculation. La spéculation est désormais  interdite, puisque les « euro monnaies » ne sont convertibles qu’en euro, sur la base d’un taux de change fixe, arrêté  par chaque Etat. Et Chaque année, des taux fixes sont renégociés lors d’une conférence au sommet bruxelloise : les moins bons dévaluent et les meilleurs réévaluent, chacun faisant obligatoirement la moitié du chemin . Aujourd’hui, en février  2017, l’euro franc vaut un euro, et la gamme des parités européennes va de 0,55 pour l’euro drachme à 1,2 pour  l’euro mark. A cette gamme de prix correspond des soldes extérieurs qui sans être totalement équilibrés suppriment les comportements de « passagers clandestins » : l’euro n’est plus une drogue, et la zone euro n’est plus une machine à détruire le projet  européen.  Sur la seule base d’une réduction du déficit extérieur de 70 milliards d’euro en 5 années, la France  a ainsi pu créer plus de 500 000 emplois.

Bien sûr, le PIB / tête exprimé en euro a diminué, et les français disposent d’un revenu globalement plus faible. Bien sûr les importations sont beaucoup plus couteuses et le périmètre de la Grande Distribution s’est réduit. Les coûts de transport ont beaucoup augmenté, d’où un plan massif de développement des transports en commun. Mais les français, désendettés par refus politique de la financiarisation, renouent avec le futur et construisent l’avenir de façon plus solidaire, les métiers et rémunérations scandaleusement parasitaires, devenant marginalisés.  Globalement, moins de biens, et plus de liens, autant à l’intérieur d’une génération, qu’entre générations. Décidément la grande nation est de retour.

Le nouveau président ne sera désigné que dans quelques mois, mais il a de la chance : le terrain est bien débroussaillé, et surtout il ne sera pas perturbé par l’angoisse d’une réélection. Et ce d’autant que le nouveau statut de l’élu, voté en Avril 2013, sécurise tous les engagements citoyens.

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 08:50

 le texte suivant constitue le résumé de mon intervention au colloque organisé à l'Assemblée Nationale par l'Association Pour un Débat sur le Libre Echange:

       "Protéger les intérêts économiques de la France : quelles propositions?"        

 

                

La mondialisation s’accompagne, pour presque tous les pays, de soldes extérieurs de plus en plus éloignés de l’équilibre. Parmi toutes les causes qui expliquent ces déséquilibres extérieurs, il y a aussi, au delà des taux de change- fixés soit administrativement soit  par le marché- le mode de gestion de la monnaie. Et, de ce point de vue, la monnaie peut, soit devenir la base d’une gigantesque pyramide d’endettement, soit être un objet, victime heureuse de ce qu’on appelait il y a bien longtemps, la répression financière. Tout dépendra ici du taux de l’intérêt réel, et de l’attitude des Etats vis-à-vis de l’organisation des systèmes financiers.

Lorsque les Etats font valoir la répression financière – ce qui était le cas de nombre de pays dont la France jusqu’au début des années 80 – la dette publique, lorsqu’elle existe, est sous contrôle. Les banques centrales, alimentant à coût nul les Trésors , ils ne sont gênés par aucun service de la dette étouffant l’investissement public, généralement modernisateur d’une économie, donc de son efficacité productive. Ainsi dans les décennies 50 et 60, la France pouvait à la fois financer la guerre d’Algérie, les plans de développement correspondants (par exemple le Plan de Constantine), une ambition spatiale et nucléaire, une gigantesque modernisation de son système éducatif, etc.

La même répression financière, développant des taux d’intérêts réels négatifs, permettait un investissement industriel plus aisé et une politique du logement fort ambitieuse. Avec  même la possibilité d’accéder à la propriété -pour les « baby boomers »-  dans des conditions qui feraient rêver les classes moyennes d’aujourd’hui. Avec aussi – il est vrai - en contrepartie, un contrôle des changes interdisant la fuite de capitaux cherchant à échapper à la répression financière.

Mais la répression financière, supposait aussi des gouverneurs de banques centrales dont le statut se ramenait à celui de simple préfet obéissant. Et cette obéissance était associée à celle du système bancaire lui-même en situation de subordination. Parce que la financiarisation était de fait interdite, les bilans bancaires ne se gonflaient pas artificiellement d’actifs, contrepartie de patrimoines plus ou moins fictifs. A l’époque, le bilan d’une grosse banque n’était pas beaucoup plus lourd que celui d’une grosse entreprise industrielle, et les capitaux propres étaient d’importance comparable. Pas comme aujourd’hui, avec une BNP dont l’actif est plus gros que le PIB de la France, alors que celui de Total se monte à moins de  7% du PIB français.

Lorsque les Etats sifflent la fin de la répression financière ( Loi du 3 janvier 1973 s’agissant de la France), ils risquent de s’endetter sérieusement puisque la gestion de la dette passe par le mode marché et non plus par celui de  l’autorité. Les banques centrales (176 aujourd’hui) deviennent toutes indépendantes et les gouverneurs devenus puissants dans leurs objectifs de garantir la stabilité monétaire, invitent les Etats à s’adresser exclusivement aux banques pour obtenir des prêts. Le système bancaire n’est plus en situation subordonnée et voit dans les Etats un simple partenaire de marché. Fini le temps où il devait respecter des planchers de bons du Trésor, avec contrôle journalier du respect des dits planchers par le ministère des finances. Fini également le temps où les Etats maitrisaient des taux de change aujourd’hui abandonnés au seul marché.

La fin de la répression financière est lourde de conséquences.

L’investissement public devient extrêmement coûteux puisqu’il faut payer un taux désormais positif. La fin de la répression financière est aussi la fin de l’âge d’or des investissements publics, dont on aurait tant besoin aujourd’hui : ils se sont sublimés en rentes improductives.

Mais surtout, la fin de la répression financière correspond curieusement à une augmentation vertigineuse de la création monétaire : la légendaire « planche à billets » devient interdite pour les Etats réputés mauvais gestionnaires, mais pas pour les banques qui -elles -seraient infiniment plus responsables.  Et il est vrai que désormais protégées par des gouverneurs de banques centrales garants de la stabilité monétaire, il devient intéressant de développer- en aval de la « planche à billets » académiquement désignée par l’expression de « multiplicateur du crédit »  - une immense machine à fabriquer de la dette, c'est-à-dire des actifs désormais stockables, en ce qu’ils ne sont plus rognés par de l’inflation. Parce que réputés sûrs, il faut gorger les bilans bancaires d’actifs de toutes sortes et se munir de capitaux propres modestes pour augmenter l’effet de levier et le profit actionnarial. D’où le gonflement vertigineux d’actifs, avec des patrimoines qui augmentent beaucoup plus vite que la richesse réellement produite. Pour ne donner qu’un exemple dans la décennie 2000, le PIB français augmente en moyenne de 28 Milliards d’euros par an, tandis que les seuls actifs financiers augmentent à un rythme 10 fois plus élevé (649 milliards d’euros).

Le temps de la banque monumentale -  véritable danger public car plus grosse que les Etats -  est ainsi arrivé.

La fin de la répression financière est ainsi le début de celle des Etats,  lesquels, pour certains d’entre-eux, vont s’embourber dans une monnaie unique ajoutant à leur propre répression. Et à celle de l’économie réelle, car à la banque monumentale se trouvera associée une industrie devenue le plus souvent famélique. Pour ne donner qu’un chiffre, la base industrielle de la France qui nourrissait 30% de son PIB au début des années 80, n’en nourrit plus que 13% aujourd’hui.

Désormais, des Etats, en particulier ceux de l’euro-zone, vont aussi perdre leur politique de change, ce qui signifiera qu’il devient impératif pour tous de s’aligner sur le « meilleur », pour tenter d’équilibrer les comptes extérieurs, et empêcher que certains –les « meilleurs » -  ne viennent siphonner la demande interne des « moins bons » . Opération héroïque, car baisse des taux, et taux de change unique ,  autorisés par la monnaie unique invitent- rationnellement lorsque l’on est déjà pas très bon - à ne pas s’améliorer, et à seulement s’enivrer   d’une « monnaie de réserve à l’américaine » : Grèce, Portugal, Espagne, mais aussi la France sont amenés – par le marché- à faire des choix délaissant plutôt l’industrie (il devient impossible comme naguère de se protéger par une dévaluation) et privilégiant plutôt l’immobilier (faiblesse des taux avec forte incitation bancaire attisée par les vertus de la planche à billets), et les services , notamment la Grande Distribution, grande bénéficiaire de la monnaie unique et de la mondialisation, et faiseuse du miracle/mirage d’une consommation populaire rapidement croissante. Un grec muni d’euros devient ainsi, l’équivalent d’un américain muni de dollars. De quoi implanter cet importateur pur qu’est Wall-Mart à Athènes.

Sans l’outil du taux de change, les comptes extérieurs deviennent  de plus en plus déséquilibrés : les « meilleurs »- les allemands- le seront de plus en plus, et les « moins bons »- les grecs-  seront de moins en moins bons. Même la France connait un déséquilibre de plus en plus incontrôlable : sa balance commerciale encore excédentaire au début des années 2000, risque cette année de frôler les 70 milliards d’euros de déficit.

Le temps de la grande crise siffle la fin de la récréation – les patrimoines, par effet boursier d’une prise de conscience,  cessent de s’éloigner sans limites de la richesse réelle-  et l’impérieuse nécessité pour les Etats de reprendre le pouvoir qu’ils ont imprudemment laissés à ce qui est devenu une fort dangereuse industrie financière.

La gestion de l’inéluctable effondrement du gigantesque château de cartes financier passe par le rétablissement de l’autorité monétaire : la fin de l’indépendance des banques centrales, le financement direct des Trésors par ces dernières, la renationalisation de la dette publique désormais nourrie par la forte épargne des ménages, l’amaigrissement considérable des bilans bancaires, le rétablissement des planchers de bons du Trésor,  et  la maitrise des taux de change. Cela ne signifie pas nécessairement la fin de l’euro-zone, mais au moins le passage de la monnaie unique à la monnaie commune.

Mais cela signifie surtout un accord international visant ce que Keynes recherchait avec son bancor en 1944 : un monde où les équilibres des échanges extérieurs de chaque participant est recherché, notamment- mais pas uniquement- par des procédures de modification des taux où – à intervalles réguliers - le « meilleur » se trouve juridiquement obligé de réévaluer et le « moins bon », juridiquement obligé de dévaluer. Le commerce international n’est pas une guerre et les échanges se doivent de viser- autant que possible-  l’équilibre.

La dé mondialisation n’est pas la fin du libre commerce international, elle n’est que l’outil empêchant l’humanité de connaître de forts grosses déconvenues.

                                                                                               Jean Claude Werrebrouck

 

 

 

 

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 15:46

 

 On trouvera ci-dessous le texte d’une réponse à Jean Peyrelevade, réponse effectuée sur son Blog. Jean Peyrelevade, aujourd’hui à la retraite, fût un acteur essentiel de la réflexion économique à Matignon au début des années 1980. Il fût au cours de la même décennie, président du Crédit lyonnais. Il réfléchit actuellement, dans la foulée de la grande crise, à la refondation du capitalisme et prépare un livre sur le sujet.

Bonjour Monsieur Peyrelevade ;

L’ensemble de votre raisonnement et celui de vos collègues reposent sur la grande méfiance de l’Etat, donc de ses acteurs appelés hommes politiques, vis-à-vis d’une logique de l’intérêt général. C’est ainsi que vous affirmez que dans la plupart des mondes civilisés l’outil monétaire à été retiré de la main des Etats avec en conséquence l’idée d’indépendance des banques centrales. Cela signifie une forte conviction pour l’approche du « Public Choice » et de la réalité d’un intérêt général à ne pas pervertir.

Et c’est cette conviction qui forme votre univers axiomatique et les théorèmes qui vont lui correspondre. De la même façon que « les nombres sont dans la nature » chez les premiers mathématiciens grecs…avec la crise épistémologique qui devait s’en suivre, lorsqu’il faudra mesurer la diagonale du carré… Les Etats,  sont potentiellement pourvoyeurs d’un intérêt général . Intérêt à construire ou à reconstruire, d’où vos réflexions sur la refondation du capitalisme.

La plupart des économistes acceptent cette épistémé, sauf il est vrai deux écoles de pensée : les libertariens,  d’une part, et Marx d’autre part. Si maintenant on embrasse l’axiomatique de l’une de ces deux écoles par exemple la libertarienne,  l’ensemble de vos raisonnements se trouve compromis.

Reprenons si vous le voulez bien quelques uns des points que vous abordez en réponse à mon intervention du 22 avril :

Point 2 : vous affirmez que « la bonne alimentation monétaire de l’économie suppose un appareil décentralisé de distribution de crédit convenablement alimenté en monnaie centrale » ; et vous insistez sur la capillarité insuffisante d’un système centralisé. Il est pourtant facile de répondre que ce système décentralisé fût un échec réel, et que la politique monétaire indépendante de l’Etat, celle de président Greenspan, est l’une des causes de la grande crise que nous traversons.

Point 3 : vous critiquez mon idée d’un monopole de création de monnaie centrale par le seul Etat, lui-même pouvant devenir banque centrale et distribuant des capacités monétaires aux banques. Vous en déduisez que « la monnaie centrale créée pour financer le déficit public s’ajoute et devient inflationniste » Là encore vous considérez avec l’école du « Public choice » que l’on ne peut faire confiance aux hommes politiques. Le libertarien est fondamentalement d’accord avec vous , sauf que pour lui, la solution inverse, celle que nous connaissons dans la réalité concrète, est aussi l’utilisation de la contrainte publique à des fins privées : celle de la finance, qui emprunte à un taux proche de zéro, pour acheter de la dette publique  au taux du marché, et devenir simple captatrice de rente, sa valeur ajoutée, colossale, ne devenant qu’une pirouette complètement fictive, puisqu’aucune richesse n’a été créée. Car c’est bien un acte juridique qui a créé le système décentralisé que vous appréciez, et, comme toute règle de droit , elle déplace du bien être- selon l’axiomatique libertarienne - d’un groupe vers un autre (ici, depuis les contribuables vers la finance). Il n’y a donc pas à opposer le système centralisé de Maurice Allais, à celui que vous préconisez. Il y a simplement à reconnaître que ces deux systèmes consacrent des modes d’équilibre différents entre acteurs en compétition pour le contrôle de la contrainte publique. Et le mode centralisé de Maurice Allais est tout aussi capable de limiter l’inflation et d’assurer la capillarité. Le groupe au pouvoir, pouvant par exemple décider, que le déficit public ne se conçoit que dans la limite supérieure de l’investissement public, et que l’approvisionnement en monnaie centrale des banques se réalisant dans des conditions de transparence, qui n’existent pas aujourd’hui dans le contexte d’indépendance des banques centrales . Faut-il rappeler que malgré des injonctions sénatoriales, la FED reste dans une relative opacité ? Combien a-t-elle distribué ? Et à qui ? Sans doute l’histoire révèle t’elle , ainsi que vous le soulignez , nombre de cas de caisses publiques vides associées à une hyperinflation . Mais cette situation ne fait que confirmer l’axiomatique libertarienne qui voit dans l’Etat non démocratique la violence pure et non négociée du prédateur public. La démocratie n’étant que le passage du monopole de la prédation à un marché plus concurrentiel.

Point 6 : Vous souhaitez bonne chance aux rédacteurs de la règle constitutionnelle venant limiter l’ardeur inflationniste des hommes politiques devenant de véritables banquiers centraux. Vous avez sans doute raison. Mais dans l’axiomatique libertarienne, encore un fois, la loi n’est qu’un rapport de forces. Et l’irresponsabilité politique, en particulier financière, que certains déplorent dans beaucoup de pays, est elle-même le produit d’un rapport de forces. Un autre rapport de forces pourrait, par exemple en France, transformer radicalement les règles de la comptabilité publique et responsabiliser davantage les hommes politiques. Gageons que les juristes qui ont si bien réussi à organiser- depuis maintenant près de deux siècles - l’irresponsabilité des responsables, sont aussi capables de parcourir le chemin inverse.

Point 7 : vous soumettez l’Etat à la contrainte de marché. Cela colle bien à l’univers néoclassique qui, n’expliquant pas la problématique de l’origine et du développement de l’Etat, se borne à dire qu’il joue un rôle de béquille des marchés défaillants. Vous en déduisez que l’Etat doit convaincre la société civile de lui prêter. Mais ce marché entre offre et demande de dette souveraine est encore une fois le produit d’une décision politique. C’est bien une loi, en France celle du 4 janvier 1973 qui va interdire à l’Etat de disposer d’un banquier, et va organiser sa fragilité….en créant de nouvelles parts de marché pour la finance. C’est bien une autre loi qui en créant l’Agence France Trésor en 1999 va organiser et renforcer le marché de la dette souveraine. Et la loi de finance annuelle, en confirmant et en renforçant le déficit  traditionnel, donne satisfaction aux groupes bénéficiaires du déficit…et fait la joie des 16 spécialistes en valeurs du Trésor. Là encore ces faits empiriques bruts confirment bien le modèle libertarien de compréhension du monde. Comme quoi il s’agit d’une axiomatique robuste.

Une axiomatique étant elle –même une simple idéologie, j’invite à nous méfier du modèle libertarien qui souffre aussi de difficultés épistémologiques. Le sens de mon propos était beaucoup plus modeste et pourtant très ambitieux : je refuse de discuter des théorèmes émis par ceux qui oublient la réflexion épistémologique. Et je crois que notre grande crise est aussi une crise épistémologique de très grande ampleur.

Bien à vous.

 

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
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