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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 20:07

 

Globalement, les débats dans la campagne n’abordent que peu l’Europe, et ce y compris à l’occasion du soixantième anniversaire de la signature du traité de Rome. Et, lorsque certains candidats en parlent, c’est souvent en termes d’aménagement, de renégociation, de démocratisation, de visite de son périmètre ou de ses frontières, etc. Aucun candidat ne pose évidemment le problème dans les termes généraux qu’ils convient, à savoir la crise de l’institution étatique. L’article que nous proposons ci-dessous, déjà publié le 25/O9/2015, mérite que l’on s’y arrête. Antérieur au BREXIT et à ses conséquences sur la menace de dislocation du Royaume Uni, il pourrait sans doute aussi éclairer cet événement majeur.

Bonne lecture.

 

Résumé.

L’organisation bruxelloise souvent désignée par le mot « Europe » est un outil efficace de reconfiguration des vieilles structures étatiques. Ces dernières ne sont ni détruites ni homogénéisées. A l’inverse, elles se « spécialisent » et anéantissent le vivre-ensemble qui était pourtant la finalité de l’organisation bruxelloise.

 

La construction européenne, plus particulièrement dans sa dimension Euro zone, est une machine reconfiguratrice des modes de capture des Etats. Ces derniers, en particulier ceux concernés par la-dite construction, furent d’abord - au cours de leur très longue période historique de construction et de consolidation - accaparés par des entrepreneurs politiques classiques, princes ou monarques, définissant et redéfinissant des frontières au terme d’alliances et de stratégies guerrières.

 

La décomposition des 4 piliers de ce qu’on appelle un « Etat ».

Dans ce contexte historique, la progressive montée des Etats nations, devait aboutir à ce que l’on définisse, au vingtième siècle, un Etat par 4 capacités fondamentales : celle de créer une monnaie, celle d’établir la loi, celle de rendre la justice, et enfin la capacité de déclarer et faire la guerre.

On sait aussi que les formes brutales de capture se sont progressivement « civilisées » : les entrepreneurs politiques, aux prises avec leur finalité d’accroissement de puissance, devant composer avec des groupes sociaux de plus en plus larges. Les premiers d’entre-eux seront les entrepreneurs de la finance et de l’économie. C’est ainsi que les modalités concrètes de la capture des Etats se sont progressivement complexifiées, avec avancée progressive vers ce qu’on appelle « l’Etat de droit », puis la démocratie, cette dernière étant précisément le mode moderne d’accaparement ou de capture des outils de la contrainte publique. D’où l’expression libertarienne selon laquelle la démocratie serait la possibilité pour une majorité « d’exploiter » une minorité.

L’édifice européen s’est d’abord construit sur la volonté de mettre fin à la quatrième capacité fondamentale des structures étatiques : supprimer la guerre comme réalité inacceptable. Nombre d’entrepreneurs politiques ont pu ainsi asseoir leur popularité et donc leur capacité à se reproduire au pouvoir, donc aussi leur légitimité, à partir de ce premier et sans doute fort louable renoncement à la pleine souveraineté.

Mais la construction européenne se devait toutefois d’aller beaucoup plus loin en raison de la place de plus en plus importante que devaient prendre les entrepreneurs de la finance et de l’économie. Commencée avec un curieux mélange de considérations politiques (la question allemande) et économiques (l’établissement d’un grand marché) la CECA devait pouvoir élargir son champ de compétences pour aller, dans un premier temps, jusqu’au Traité de Rome.

Dans ce type de configuration, les entrepreneurs politiques sont bien sûr toujours présents, mais ils acceptent progressivement leur démonétisation comme prix de leur reconduction au pouvoir. A ce titre, la capture des Etats devient extrêmement partagée et la loi comme la Justice doivent se conforter à des métarègles bruxelloises dont le contenu est de plus en plus décidé par d’autres groupes sociaux.

La mise en place d’une monnaie unique est, probablement, le couronnement de la démonétisation du politique, lequel sera désormais asservi aux règles de la finance et de l’économie : les 4 piliers de ce qu’on appelle « l’Etat » sont bel et bien en voie de disparition.

On aurait toutefois tort de considérer que la disparition soit complète. Les entrepreneurs politiques et les Etats en lambeaux qu’ils chevauchent encore, pouvant être utiles pour nombre d’acteurs. C’est ce que nous proposons d’appeler « processus de reconfiguration des Etats ».

S’il y a domination de la finance et de l’économie, le politique se trouve simplement asservi dans des espaces de « post-souveraineté », difficiles à définir, mais dont le contenu règlementaire se doit de protéger l’essentiel des libertés économiques : libre-circulation des marchandises, des capitaux et des hommes. Ces libertés ont une conséquence : faiblesse de la capture fiscale désormais concurrencée par les autres espaces de post-souveraineté, absence de solidarité entre espaces excédentaires et espaces déficitaires, asservissement par colonisation interne ou externe des restes des structures étatiques les plus vulnérables.

Ces quelques réflexions peuvent être illustrées par l’observation de quelques situations empiriques telles le Luxembourg, la Grèce ou l’Espagne, structures étatiques qui ont pu faire récemment l’actualité.

 

Le Luxembourg : coloniser l’Etat pour ne pas payer.

La situation géographique du Luxembourg a toujours fait de cet espace une zone tampon entre grands Etats prédateurs classiques : Duc de Bourgogne, Habsbourg, empire allemand, monarchie française et empire napoléonien, etc.

La construction européenne fut, pour le Luxembourg, une opportunité de nouvelles captures, gigantesques par la taille, et relativement réparties entre tous les acteurs présents et étrangers. L’entrepreneuriat politique fut consolidé et stabilisé par sa stratégie de braconnage fiscal des autres Etats en reconfiguration. Le « Tax ruling », le système bancaire, le « shadow banking » et la logistique financière sont devenus une gigantesque industrie exigeant de très nombreux emplois de très haut niveau (juristes, financiers, statisticiens, etc.) , dont les revenus anormalement élevés « ruissellent » sur des activités de services qui génèrent l’essentiel d’un PIB dont le niveau par habitant est 2 fois supérieur à celui validé en Allemagne. Un PIB artificiel fait de prédations et de paris sur différences de prix.

Il s’agit d’un processus de colonisation interne : Les innombrables étrangers ne sont pas des colonisateurs classiques (45% de la population totale). Ils utilisent un reste de souveraineté pour transférer des fonds issus du reste du monde et de la zone euro en particulier. Ils utilisent les services de l’Etat non pas pour l’asservir mais pour être protégé par ce qui lui reste d’autonomie : la possibilité de dessiner une frontière juridique dans les espaces règlementaires les plus avantageux et uniquement dans ceux-là. Une frontière juridique elle -même conférée par l’absence de souveraineté des autres Etats : Le Luxembourg n’a pas à craindre une intervention militaire de la part des victimes du braconnage. En ce sens, la perte de la quatrième capabilité des Etats, celle de mener la guerre, est un élément fondamental de la reconfiguration de l’Etat du Luxembourg. Historiquement pauvre, il était victime des grands prédateurs de l’entrepreneuriat politique du moment (Napoléon en fera un simple département). Aujourd’hui très riche, il ne craint plus les anciens prédateurs et se trouve protégé dans sa propre pratique prédatrice. Dans cette forme de reconfiguration, le non-respect de la contrainte publique la plus ordinaire, le paiement de l’impôt, devient droit positif.

 

La Grèce : coloniser l’Etat pour être payé.

Le cas de la Grèce est fort différent. Il n’y a pas d’étrangers qui conçoivent des accords de prédation fiscale avec des entrepreneurs politiques qui, contre rémunération, (tax ruling) accordent le braconnage de la fiscalité des Etats étrangers. Il y a à l’inverse des fonctionnaires étrangers qui depuis un hôtel édicte les règles du jeu du marché politique grec. Il s’agit ici d’une colonisation non plus pour moins payer mais pour être payé.

Parce que la construction européenne est l’asservissement de l’entrepreneuriat politique par les entrepreneurs de la finance et de l’économie, la grande question de la gestion des excédents et des déficits n’a pu être réglée comme cela se faisait à l’époque des Etats nations, c’est-à-dire par des transferts manifestant la solidarité entre des citoyens habitants des régions différentes et de niveaux de développement différents.

Les entrepreneurs politiques allemands ont bien eu le devoir de mettre en place chez eux les métarègles européennes. Par contre, ils n’ont pas reçu l’ordre de mettre en place un système de transfert garantissant le bon règlement des marchandises que l’industrie allemande déverse sur la Grèce. Un tel système, allant contre les intérêts de nombre d’acteurs allemands (entrepreneurs économiques bien sûr qui n’ont pas envie de payer des impôts pour la Grèce, mais aussi tous les autres acteurs et ce, pour les mêmes raisons) il n’était pas question qu’il devienne métarègle européenne.

Bien évidemment le résultat est connu : sans transfert dans un espace où l’Etat est historiquement d’une très grande fragilité en raison de la mémoire laissée par 450 années de lutte contre le pouvoir Ottoman, la faillite est au bout du chemin. Le transfert ne peut devenir métarègle, mais la concurrence se devant de rester libre et non faussée, une concurrence aboutissant à un énorme surplus allemand, la solution est donc la colonisation directe afin d’imposer la dévaluation interne comme seule possibilité d’assurer le fonctionnement du système. Le nouvel « Etat » grec est ainsi un protectorat avec des entrepreneurs politiques qui ne sont plus que des marionnettes actionnées par des fonctionnaires appliquant les métarègles.

 

La Catalogne : créer un Etat pour ne plus payer.

Il s’agit ici d’une reconfiguration par sécession. La relative disparition des 4 piliers fragilise, bien sûr considérablement, les structures étatiques les plus récentes ou les plus contestées historiquement. De ce point de vue, l’Espagne est une structure fragile avec des revendications identitaires dans nombre de provinces. A cette structure fragile se sont ajoutées les métarègles bruxelloises.

Si maintenant, l’inondation de la société par l’économie est plus aisée dans une province que dans une autre, il est clair que l’on retrouve la situation de l’Allemagne par rapport au reste de l’Europe. On peut ainsi dire que la Catalogne est à L’Espagne ce que l’Allemagne est au reste de l’Europe.

La Catalogne exporte beaucoup vers l’Espagne (50% du total de ses exportations) et importe assez peu du reste de l’Espagne. Un peu comme l’Allemagne par rapport au reste de l’Europe. Toutefois comme la Catalogne reste dans un espace de solidarité, il est évident que des transferts importants existent entre la Catalogne et l’Espagne. Ces transferts essentiellement fiscaux représenteraient 16 milliards d’Euros. Rien de très choquant pour un Etat nation classique. Mais, transferts devenus insupportables pour des acteurs qui cessent d’être citoyens dans un Etat dont la légitimité est contestée par l’existence des métarègles. Parce que l’européisme développe dans un même geste l’ouverture des marchés et la fin de la citoyenneté, donc le repli sur soi, le temps des fragmentations est arrivé et la Catalogne, comme l’Allemagne, ne peut accepter les transferts. D’où une exigence d’indépendance.

De fait, l’incertitude qui va probablement se prolonger, devra aussi intégrer le fait que la rupture comporte des coûts en termes d’économies de transactions : déplacement de sièges sociaux, mise en place d’institutions spécifiques, telle une banque centrale, etc., et bien sûr des coûts de négociation avec l’organisation bruxelloise qui, elle, soucieuse de sa propre reproduction devra choisir.

On le voit, les reconfigurations sont multiples et d’autres exemples pourraient être exposés (Italie, Belgique et bien sûr la Grande Bretagne). Ce qu’il faut toutefois retenir est, bien évidemment, que ce sont les structures étatiques les plus fragiles, fragiles par la taille ou par l’histoire, qui sont davantage prisonnières de l’étau de la reconfiguration.

On comprendra que le BREXIT est aussi une affaire de reconfiguration. Seulement l’Etat qui siège à Londres est évidemment une structure beaucoup résistante que celles que nous venons de décrire. C’est la raison pour laquelle les entrepreneurs de la finance et de l’économie alliés des oligarques bruxellois et entrepreneurs politiques européens déjà démonétisés n’ont pu imposer aux entrepreneurs politiques londoniens, le Remain tant souhaité. La reproduction au pouvoir de ces derniers étant liée à une majorité de Britanniques qui, pour de multiples raisons, restent beaucoup plus citoyens que dans nombre d’autres espaces.

Quand maintenant on parle d’une élection présidentielle faite de multiples événements inattendus, il faut bien comprendre que les dits événements ne se comprennent que dans le contexte de l’effondrement institutionnel lié à la présente reconfiguration des Etats. Et de ce point de vue l’issue de l’élection ne pourra en aucune façon correspondre au retour d’une période de sérénité.

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Etats et politiques
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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 15:53

 

Jacques Sapir vient de retrouver l’un des textes fondateurs de l’euro. L’extrait ci-dessous tiré du Journal Officiel permet de répondre à tous les agitateurs qui parlent d’une augmentation considérable d’une dette à rembourser avec un Franc dévalué. Le présent texte vient utilement contredire les mensonges de toutes les officines chargées de défendre l’euro. Je laisse le lecteur apprécier lui-même la force du texte.

Règlement (CE) nº 1103/97 du Conseil du 17 juin 1997 fixant certaines dispositions relatives à l'introduction de l'euro

Journal officiel n° L 162 du 19/06/1997 p. 0001 - 0003

 

(CE) N° 1103/97 DU CONSEIL du 17 juin 1997 fixant certaines dispositions relatives à l'introduction de l'euro

LE CONSEIL DE L'UNION EUROPÉENNE,

vu le traité instituant la Communauté européenne, et notamment son article 235,

vu la proposition de la Commission (1),

vu l'avis du Parlement européen (2),

vu l'avis de l'Institut monétaire européen (3),

Voici ce que nous trouvons dans le Considérant 8:

 

(8) considérant que l'introduction de l'euro constitue une modification de la loi monétaire de chacun des États membres participants; que la reconnaissance de la loi monétaire d'un État est un principe universellement reconnu; que la confirmation explicite du principe de continuité doit entraîner la reconnaissance de la continuité des contrats et autres instruments juridiques dans l'ordre juridique des pays tiers;

Il serait honnête que les officines chargées de répandre la peur corrigent d'elles mêmes leurs mensongères affirmations.

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 16:35

 

Il y a le monde facile des apparences et des faits, et il y a le monde plus difficile de la mise en cohérence au travers de l’interprétation.

Au niveau des apparences, le désastre est partout présent : entrepreneurs politiques embarqués dans un mouvement brownien car dépourvus du GPS révélant le meilleur chemin de la conquête du pouvoir, partis politiques méprisant les résultats des primaires et donc le principe même de souveraineté, juristes discutant savamment de la réalité d’un coup d’Etat ou d’une séparation des pouvoirs légitimant la délinquance la plus crue, lobbyistes peu discrets mobilisant la grande presse pour développer la terreur sur l’euro, électeurs éclairés pris de vomissements mais d’autres complètement dépolitisés entrant en servitude volontaire au profit de candidats joueurs de flûte, programmes constitués d’histoires à dormir debout avec chiffrages au doigt mouillé, tireurs de ficelles bruxelloises affolés, etc.

Constatons pour se rassurer que les USA n’ont pas connu une situation si différente pour l’élection présidentielle de 2016, et que les débats concernant le Brexit n’étaient pas non plus très enthousiasmants.

Tentons de prendre un peu de hauteur par rapport aux évènements afin de saisir toute la substance de ce qui se passe. Et pour cela reprenons certains développements accessibles sur le présent blog.

 

Notre article consacré à la spécificité des crises de l’entrepreneuriat politique débutait ainsi :

« Les entreprises politiques sont des organisations en concurrence pour l’accès à ce monopole qu’est l’Etat. Animées par des intérêts privés : le goût du pouvoir, la recherche d'avantages matériels ou symboliques, elles utilisent -et parfois en sont victimes - la puissance idéologique d'un "intérêt général", et transforment en métier, l’édiction de l’universel de la société, à savoir la production du cadre institutionnel et juridique général. [1]»

 

Bien évidemment les faits qui se manifestent dans le marigaud électoral ne démentent pas cette hypothèse. Allons plus loin dans l’observation.

 

Sauf disparition, hypothèse que l’on ne peut à priori exclure – phénomène qui serait sans doute fort étranger à la thèse de la « fin de l’Etat » des marxistes – les Etats restent en raison de leur nature même une structure monopoliste. Et il est très difficile d’aller contre cette nature ainsi qu’en témoigne la crise de l’institution européenne.

Si d’aventure cette structure monopoliste se brise, on obtient assez logiquement plusieurs monopoles (pensons à l’URSS). Seules les modalités de la capture de l’Etat[2] évoluent et se transforment. Pendant très longtemps les modalités historiques de cette dernière purent développer la grande croyance en un bien commun appelé intérêt général.

 

Etat-Nation et grandeur d’un intérêt général

 

L’Etat-Nation résultait le plus souvent de la sublimation des ordres anciens, l’intérêt général étant le dernier substitut des dieux ou des conceptions organicistes de la société. Et un substitut fondamental, les hommes du stade historique correspondant ayant besoin de croire en lui, et devant affirmer bruyamment son existence, dans le cadre d’entreprises politiques pouvant elles-mêmes s’appuyer, plus tard, sur une science : celle de l’économie. Jadis il fallait impérativement croire en Dieu. Après l’éloignement de ce dernier il fallait croire en la nation, en la patrie enfin en un intérêt général. Plus tard encore cet intérêt général sera théorisé et légitimé par ces grands prêtres appelés économistes

Les formes de la capture de ce nouvel universel qu’est l’Etat-Nation par les différents acteurs – entrepreneurs économiques, citoyens validant plusieurs rôles, parfois simultanément, (salariés, consommateurs, épargnants)[3], et bien sûr entrepreneurs politiques - s’inscrivent toutes dans la ferme croyance de cet intérêt général, à construire et à reconstruire en permanence sur les marchés politiques. Ce qu’on appellera par exemple le « compromis social-démocrate » en France ou « l’ordo libéralisme » en Allemagne.

 

Le succès de cette forme s’est le plus souvent affirmé dans le cadre du développement de l’économie de marché, système produisant lui-même - selon Montesquieu et plus tard Albert Hirschman et tant d’autres - la « sublimation des passions vers les seuls intérêts ». Pourtant, et assez contradictoirement cette montée favorise celle de l’individualisme et l’effacement progressif de l’idéologie de l’intérêt général. Ainsi, en dehors de la science économique qui va maintenir son formidable ascendant sur une humanité consentante ou simplement résignée, les ersatz de Dieu comme la nation ou la patrie seront progressivement contestés.

 

Intérêt général et multiplication des produits politiques

 

Pendant très longtemps la montée de l’abondance sur les marchés économiques (trente glorieuses de l’occident et trente glorieuses des émergents) était en correspondance avec celle des marchés politiques. Correspondance logique, l’Etat n’étant qu’une extériorité à capturer, les grandes entreprises politiques et leurs acteurs franchisés que sont les entrepreneurs politiques, se devaient d’offrir comme sur les marchés politiques, l’abondance de produits, ici des produits politiques. Au fond, l’inondation de la société par l’économie était souhaitée par tous,elle était la forme concrète par laquelle devait passer l’intérêt général. Souvent ce qui ne pouvait être gagné sur les marchés économiques passait par la manipulation politique de ces derniers : élévation du taux de salaire, règles de protection ou de concurrence, taux de change, mise en place d’infrastructures, etc. Entrepreneurs politiques, entrepreneurs économiques et citoyens construisaient ainsi une interaction sociale adaptée à une formidable montée de l’économie mesurable par un taux de croissance.

 

Longtemps, il fût - pour les entreprises politiques - possible d’offrir comme au début du fordisme économique des produits politiques standards : perfectionnement des droits de l’homme, démocratisation croissante des institutions, droits sociaux généraux etc. Mais avec l’inondation de l’économie et l’émergence de produits de plus en plus personnalisés, les entreprises politiques, comme celles de l’économie, furent saisies de revendications multiples et de plus en plus personnalisées : fin du « nous » au bénéfice du seul « moi », fin du carcan des devoirs au seul profit des « droits liberté » et des « droits créances », fin de la loi comme générale abstraite et impersonnelle au profit d’une réglementation de niches qui vont proliférer, montée des agences de réglementation avec curieuse émergence d’une « soft Law », etc. Autant d’inflexions qui bien évidemment en arriveront au refus du destin partagé et jusqu’à la contestation radicale de l’impôt, d’où par exemple la multiplication de niches fiscales.

Cette réalité de la multiplication des produits politiques les plus divers et les plus variés est bien ce que nous constatons dans les multiples programmes jetés aujourd’hui au visage des citoyens comme des catalogues de la Grande distribution. Avec bien évidemment la grande difficulté de s’y retrouver puisque les produits se comptent par centaines, voire milliers. Derrière ces catalogues se profilerait encore l’idée selon laquelle les différents entrepreneurs politiques travailleraient à la construction d’un intérêt général, hypothèse hélas aujourd’hui magistralement contestée.

 

Le coût de production croissant de l’idéologie d’un intérêt général

 

Le manteau idéologique de l’intérêt général qui était le produit symbolique fondamental des grandes entreprises politiques laisse apparaitre , avec la tournure prise par la campagne électorale, la réalité cachée : les entrepreneurs politiques, qui ont depuis si longtemps et fort banalement, professionnalisé ce qui ne pouvait l’être, ne sont peut-être pas, (ou plus) altruistes et dévoués à la Nation. Plus brutalement encore, pour employer un langage libertarien, ces « coûts de la production de l’idéologie de l’intérêt général[1] » que sont les dépenses publiques pour augmenter la productivité des citoyens (leur plus grande efficacité augmente la matière première taxable), pour homogénéiser les populations et produire un « nous », c’est-à-dire une identité commune que l’on va célébrer (école), pour produire le respect des règles (police, gendarmerie, justice) pour légitimer l’obéissance et contrôler les croyances (dépenses sociales), vont se faire croissants. Ils deviennent asymptotiques avec les derniers évènements de la présente campagne.

Lorsque le coût de production de l’idéologie de l’intérêt général est faible, la nation est forte car le coût de se rebeller est élevé : les « barrières à l’entrée du désordre » sont élevées. Si maintenant les entrepreneurs politiques se démonétisent, les dépenses de production de l’idéologie de l’intérêt général deviennent hors de portée et les espaces de désordre ne feront que croître[2].

Ce que nous constatons bien évidemment aujourd’hui aussi bien en France que dans nombre d’Etats.

 

Marx expliquait, sans doute maladroitement qu’en capitalisme, le marché masquait la réalité de l’exploitation en transformant le coût du travail en un simple prix (le salaire), ce qui n’était pas le cas des modes de production antérieurs, où la réalité de l’exploitation se lisait brutalement à livre ouvert (esclavagisme, féodalisme, etc.). La fin de l’Etat-Nation serait ici un processus inverse : la réalité de l’Etat - un universel ou une extériorité accaparée et utilisée à des fins privées- n’apparait qu’avec la généralisation du marché, lorsque l’idéologie d’un intérêt général ne peut plus être facilement reproduite et à l’inverse a tendance à se trouver contestée. Le marché cachait la réalité du capitalisme, il découvre aujourd’hui la réalité de l’Etat. Avec toutefois un constat d’impuissance : capitalisme et Etat semblent être des réalités indépassables : par quoi remplacer le marché ? Par quoi remplacer l’Etat ?

 

Intérêt général démasqué et démonétisation de l’entrepreneuriat politique

 

De façon moins savante et à la « surface des choses » cela signifie le grand déclin des grandes entreprises politiques et de leurs franchisés, c’est-à-dire les entrepreneurs politiques eux-mêmes. Ces citoyens devenus simples consommateurs de produits politiques connaissent désormais la partie cachée du réel. Ils veulent de la transparence. Ils veulent de la participation. Ils pensent confusément que désormais, la démocratie telle qu’elle est, se révèle possiblement être un système qui permet à chacun de voler tous les autres. Mieux ils constatent l’affaissement de la démocratie avec des traités européens qui musellent concrètement les résultats du jeu démocratique. Ils pensent confusément que l’impôt est largement illégitime et ne s’émeuvent de l’exil fiscal que lorsqu’il est pratiqué par les grandes entreprises. Etc.

Mieux, ils contournent -comme dans la distribution- la chaine logistique de l’approvisionnement et créent des groupes de pression négociant directement avec les administrations. L’ivresse individualiste fera des anciens citoyens des révolutionnaires d’un type nouveau[3] avec volonté d’abattre toutes les structures intermédiaires qui faisaient aussi le miel des entrepreneurs politiques : syndicats, ordres, corps, etc. On sait aujourd’hui que le développement du numérique permet le plein épanouissement/aliénation de « l’individu désirant », et l’intelligence artificielle permet par connexion généralisée de le greffer en permanence sur le marché. Ce même numérique permet aussi de supprimer les tiers (Block-Chain) dans des transactions qui se feront toutes « pair à pair » et rendent ainsi la puissance publique inutile. « Libération de l’homme » et impérialisme du marché marchent ainsi main dans la main sur les chemins ouverts de la Silicone Valley. Comment encore respecter l’entrepreneur politique, qui, non seulement devenu inutile par l’efficience partout proclamée du marché - un marché qu’il vante sans se rendre compte qu’il scie la branche sur laquelle il est assis- se révèle être un délinquant ordinaire, ce que révèle l’actuelle campagne électorale?

 

Le grand démantèlement de l’Etat.

 

Toujours à la « surface des choses » on semble assister au grand affaissement de l’Etat. Ainsi pour ne parler que de la France on a vu apparaitre des agences indépendantes (« Autorités administratives indépendantes »), chargées de la régulation d’un secteur, par exemple l’AMF pour la régulation financière[4]. Bien évidemment on a vu apparaitre l’indépendance des banques centrales, ce que nous avons appelé « l’écrasement de la verticalité »[5]. On a vu également des institutions, théoriquement au service de l’Etat, telles le Conseil Constitutionnel ou la Cour de Comptes dépasser un simple contrôle de régularité (mission officielle) pour en arriver à émettre des injonctions. On a pu aussi voir des entreprises étrangères accaparer une procédure d’exception de Constitutionnalité, qui elle-même n’existait pas il y encore peu de temps. On voit aussi apparaitre des traités portant sur le libre -échange, traités interdisant ex-anté toute forme d’intervention étatique.

Il est vrai que cet Etat contesté est devenu lui-même squelettique, n’en déplaise aux critiques qui le voient imposants et briseurs de libertés individuelles. Ainsi, au sens comptable le bilan des Etats est devenu léger en termes d’actifs et lourd en termes de passif, ce qui laisse un actif net continuellement décroissant. Les causes en sont simples : les entrepreneurs politiques n’ont eu de cesse de privatiser et laisser au marché nombre d’entreprises publiques, alors même qu’ils endettaient considérablement la puissance publique pour grossir la capture du secteur privé (entrepreneurs politiques, et citoyens devenus « individus désirants », notamment d’un Etat-social toujours plus « nounou » ). Cette baisse de l’actif net fut un puissant outil de la reconduction au pouvoir ou de la conquête du pouvoir. Bien sûr, en retour, le bilan du secteur privé s’est lui considérablement amélioré : dette publique devenue matière première d’une épargne beaucoup plus importante avec la montée de l’économie[6]. Inutiles, les entrepreneurs politiques sont aussi devenus d’une certaine façon « pauvres »…tout au moins en moyens publics mobilisables…

Inutiles, délinquants, et de toutes façon pauvres….Comment encore les respecter ?

 

Bref, l’interaction sociale qui – il y a très longtemps et probablement plusieurs milliers d’années -avait généré puis sacralisé l’Etat, est aujourd’hui force de sa désacralisation. Et cette dernière ne peut évidemment pas servir des constructions supra-étatiques telle l’Europe : les Etats ne se déconstruisent pas au profit d’une identité européenne laquelle souffre au même rythme que ses participants. L’euro est le produit phare de la contestation de l’Etat-Nation, mais simultanément, de par ses effets destructeurs il détruit l’idée même d’un futur supra-étatique[7]. Il apparait ainsi impossible de construire le « supra » si « l’infra » est devenue matière première en décomposition. Dominique Reynié a ainsi tort de s’étonner que le désaveu européen ne corresponde pas à un regain de confiance de l’Etat-Nation.

Les entrepreneurs économiques ne sont sans doute pas en reste et sont les premiers à échafauder de puissants lobbys. Ils rêvent, avec la mondialisation d’un monde sans Etat et considèrent parfois ceux-ci comme des contraintes inutiles voire nuisibles au bon épanouissement du marché, d’où les procédures de contournement facilitées par l’immatérialité de leurs activités liées à Internet, et l’apparition d’entreprises dites « sans Etat » (Google, Amazone, etc.).

Beaucoup veulent aller plus loin et - pensant que l’économie est un ciment social plus honnête que celui offert par les marchés politiques- ils se précipitent dans l’utopie du Zéro impôt ou de la monnaie privée. Ainsi le « Bitcoin » , non pas en tant que monnaie locale, mais en tant qu’étalon monétaire classique devrait, pense-t-on, se substituer aux étalons classiques en perte de crédibilité. Utopie bien sûr, puisque la monnaie – désormais éloignée d’un Etat qui ne l’émet plus et que l’on dit pourtant « équivalent général »- suppose la règle de la loi et donc la violence de l’Etat. Utopie donc, mais parfois rationalité prudente, et toujours sur le plan monétaire, face à l’insécurité grandissante sur les monnaies des Etats, utilisation de plus en plus massive des matières premières comme instrument de réserve des valeurs : blé, sucre, pétrole, or, etc.

A un niveau plus concret ces croyances et comportements plus ou moins libertaires déconstruisent le monde hiérarchisé de toujours pour plébisciter un monde plat : la société devient hall de gare ou d’aéroport pour reprendre l’expression de Finkielkraut. Le « vivre ensemble », question qui ne se posait pas, devient problème quotidien en ce qu’il désigne un mot signifiant la désintégration de la réalité qui lui correspond. Mais précisément, c’est cette désintégration qui propulse sur l’avant- scène d’autres forces souvent parfaitement contraires à celles du jusqu’auboutisme de « l’individu désirant ».

Que conclure de tout ceci ?

Les entrepreneurs politiques – dont on sait mieux aujourd’hui qu’ils sont de petites PME fonctionnant sur argent public- et les entreprises politiques dont ils sont les franchisés tentent au travers de l’élection présidentielle de maintenir la fiction d’un intérêt général dont ils seraient les porteurs. Jusqu’ici les grandes entreprises politiques classiques se devaient d’adopter des comportements de plus en plus mimétiques : Aucune ne pouvait résister sérieusement face à la puissance du marché fait de libéralisme économique et de libéralisme culturel. D’où la confusion croissante entre une gauche et une droite. D’où aussi l’acceptation du grand mouvement de dé- démocratisation notamment impulsé par les entrepreneurs politiques de l’Union européenne.

Précisément face à ce mimétisme pouvant aller jusqu’à la confusion avec le « macronisme » en France ou à la grande coalition en Allemagne, une résistance s’organisme et repose le principe de souveraineté de la période antérieure.

La résistance est ici le fait d’acteurs se disant encore citoyens et ne voyant dans l’effritement de la souveraineté, qu’une manipulation des entrepreneurs politiques qui, associés à des entrepreneurs économiques, détruiraient la Nation de toujours. Nous avons là l’émergence des entreprises politiques dites populistes, notamment celles que l’on rencontre aujourd’hui dans nombre de vieux Etats européens (Autriche, Pays-Bas, Slovaquie, Finlande, Hongrie, Grèce, France, etc.). Parce que résistante cette forme est évidemment moins pacifiste, et l’on y retrouve la logique violente de la recherche de boucs émissaires. Cette opposition nourrie par les perdants de la mondialisation se cache derrière un certain nombre de traits caractéristiques : valorisation du « nous » comme « descendants d’un âge d’or », rejet de l’autre (« Altérophobie ») et en particulier des élites coupables, conception organiciste du monde, évidemment rejet de la mondialisation.

Simultanément l’accélération de la marchandisation du monde, encore une fois la mondialisation, inquiète les plus éloignés des nouvelles réalités. Ainsi les changements technologiques majeurs, qui agitent le monde supposent de nouvelles formes d’apprentissage, d’amortisseurs sociaux, de nouvelles infrastructures, de nouvelles formes d’homogénéisation que les entrepreneurs politiques classiques disqualifiés sont incapables de proposer[8] .

Parce que la France est un vieil Etat-Nation et que ce pays est le plus résistant à l’ordre du marché, il est clair que l’entreprise Front National est porteuse d’avenir.

Constatons du même coup que les marchés politiques vont se faire plus violents, car l’élection présidentielle de 2017 ne concerne pas une alternance douce entre projets que l’inondation économique acceptée voire souhaitée, rendrait semblables. Le débat droite/gauche qui n’en était plus un depuis si longtemps est maintenant remplacé par le débat souveraineté/mondialisation et ce débat, autrement plus rude, pourra mener aux portes de la guerre civile.

 
 

[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-crise-de-l-ump-et-la-specificite-des-crises-de-l-entrepreneuriat-politique-123808610.html

[2] Cf: http://www.lacrisedesannees2010.com/article-que-signifie-l-idee-de-capture-de-l-etat-106249731.html

[3] Cf. http://www.lacrisedesannees2010.com/article-le-monde-tel-qu-il-est-78572081.html

[1] Et il faut bien comprendre ici que les entrepreneurs politiques ne font pas que tromper, ils se trompent eux même car la tromperie est le ciment social qui se passe de générations en générations.

[2] On parlera par exemple de zones de non droits , d’espaces où la République a disparue.

[3] Cf : l’essai de Gaspard Koening : « Le Révolutionnaire, l’Expert et le Geek ; combat pour l’autonomie » Plon 2015.

[4] Il existe aujourd’hui près de 1000 agences dites de régulation émettrices de ce qu’on appelle la « soft law ».

[5] Cf. « regard sur les banques centrales : essence, naissance, métamorphoses et avenir », Economie Appliquée, tome LXVI, octobre 2013).

[6] Thomas Piketty note ainsi que dans les années 60 le patrimoine public net représentait environ 100% du RN. Il est aujourd’hui dans nombre de pays européens proche de 0. Cf : « Capital public, Capital privé » dans Le Monde du 11 mars 2017.

[7] Les dévaluations internes imposées par Bruxelles dans les Etats du sud, font que les niveaux de vie entre le nord el le sud connaissent des écarts tels qu’il n’est plus imaginable d’habiter une maison commune. Qui à t-il de commun entre le Bade Wurtemberg et le Péloponnèse ?

[8] Cf le très intéressant ouvrage de Thomas friedman : « Merci d’être en retard » ; Saint Simon ; 2017.

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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 17:22

 

Les candidats souverainistes à l’élection présidentielle, à supposer que l’un ou l’autre arrive au pouvoir, ne pourront en aucune façon négocier ou renégocier les Traités et devront agir avec la rapidité de l’éclair pour mettre fin de façon unilatérale avec les structures de l’actuelle UE. Quelle que soient les modalités d’une refonte négociée des règles du jeu, le blocage interviendra avant même la prise de fonction à l’Elysée. Il n’y aura donc pas de négociation avec l’Allemagne et il n’y aura pas de référendum les sanctionnant.

La raison en est bien connue : les marchés ne peuvent intégrer pareil évènement tant son importance serait colossale et ses conséquences immédiates pour le pays.

La fuite vers la qualité, déjà commencée avec l’aggravation du spread de taux avec l’Allemagne[1] interviendra sans limite dès l’annonce du résultat. Dès le 8 mai le système bancaire sera en difficulté en raison de déplacements massifs de capitaux, tandis que le marché interbancaire, bien au-delà de celui du « repo », cessera de fonctionner. Le Trésor dont la gestion de trésorerie fixe un objectif de solde journalier nul sera lui-même en défaut bien avant la prise de fonction.

 

Telle que nous est présentée l’actuelle programmation des adjudications organisées par l’Agence France Trésor, il semble évident que l’adjudication du 4 mai sera très difficile si une victoire souverainiste est anticipée. Bien évidemment en cas de victoire, celle du 8 mai sera impossible à organiser, ce qui signifie un défaut du Trésor dans les heures qui suivront.

Il y aura donc, au-delà de la fuite des capitaux, un mouvement parallèle d’effondrement complet de la liquidité dans l’ensemble du système financier : les banques qui verront la disparition de leurs capitaux propres par effondrement de la valeur de la dette publique détenue en actif, le Trésor coupé de ses ravitailleurs que sont les SVT (Spécialistes en valeurs du trésor qui ne sont que des banques acheteuses de dette publique), les vendeurs de CDS[2] sur la dette de la France qui sont au cœur du shadow banking, etc. De proche en proche, c’est dans la journée du lundi 8 mai que l’ensemble du système financier français s’effondrera, avec la perspective d’un « bank-run » engendreur des premiers affrontements et violences dans les rues et les magasins.

Il est donc très important d’imaginer la réaction politique face à un tel évènement.

La première est celle imprimée par la puissance dévastatrice de la finance, qui déployée quelques jours ou semaines avant l’élection, aurait de quoi faire peur à l’électeur souverainiste et l’inviter à se ranger sagement sous la houlette des candidats européistes. De ce point de vue, la crise financière est un allié indéfectible des candidats européistes/mondialistes. Tout rentrerait ainsi dans l’ordre….en attendant un effondrement encore plus grand, encore plus douloureux, et de probables violences…. cette fois entre nations….

La seconde, plus difficile, est celle de la témérité des électeurs qui « n’en ayant plus rien à faire » décident d’affronter la finance et élisent un candidat souverainiste. Il est clair que, dans ce cas, il faudrait la coopération du pouvoir finissant pour prendre les mesures nécessaires. Elles sont connues : réquisition de la Banque de France[3], fin de la libre circulation des capitaux, réquisition de l’ensemble du système financier, et donc affranchissement au regard de l’ensemble des règles de l’UE.

Cette coopération ne serait pas facile à obtenir dans l’heure. Historiquement on sait que Raymond Barre n’a pas cru devoir informer sérieusement le nouveau président François Mitterrand dans les jours qui ont suivi le 10 mai 1981. Il est vrai qu’à l’époque la finance était encore dans sa « boîte » et qu’elle se trouvait être infiniment moins dangereuse qu’aujourd’hui. Le pouvoir finissant manifestera-t-il, dans un dernier geste certes fort contrariant pour lui, le sens de ses responsabilités historiques, lesquelles tout au long de son mandat lui ont fait si cruellement défaut ?

 

 

[1] Le spread sur le bund allemand à 10 ans, négligeable en 2016, est aujourd’hui proche de 100 points de base.

[2] L’encours de CDS sur la dette française ne cesse de croitre et se trouve être l’un des plus important du monde selon la Depositary Trust And Clearing Corporation (DTCC). Il se trouve que l’ISDA a diminué les critères de déclenchement des CDS, ce qui signifie que nombre de vendeurs de CDS sont très exposés à un effondrement du cours de la dette française.

[3] Pour plus d’informations on pourra se reporter à nombre d’articles sur le blog et en particulier : http://www.lacrisedesannees2010.com/2017/02/elections-presidentielles-ce-que-les-souverainistes-devraient-avoir-en-tete.html

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 13:50

 

La politique économique du nouveau Président sera un chemin difficile pour parvenir à l’objectif de réindustrialisation avec comme conséquence attendue l’équilibre des comptes extérieurs du pays.

Le plan d’investissements au titre des infrastructures (1000 milliards de dollars) associé à la diminution des prélèvements fiscaux aura d’abord pour effet d’augmenter la demande interne avec une réponse tardive en matière d’offre. La raison en est que le vrai chômage massif qui se cache dans un taux d’activité anormalement faible, est logiquement long à résorber : remotivation pour le travail de ceux qui ont quitté les statistiques du chômage, requalification des travailleurs, etc. Il s’en suivra logiquement un accroissement du déséquilibre extérieur accompagnant celui des comptes publics ( 6 à 7 % du PIB). Il s’agit là du destin quasi-naturel des pays devenus sous industrialisés. Avec toutefois une exception de taille dans le cas américain, à savoir la conquête d’une indépendance énergétique par la relance de l’extraction des huiles de schiste devenues aujourd’hui rentables à moins de 45 dollars le baril.

La fin du libre-échange et l’apparition de barrières douanières notamment vis à vis de la Chine, de l’UE et du Mexique, n’entrainera pas un retour facile à l’équilibre en raison de conséquences sur les taux de change : chute du cours des devises des pays fournisseurs, hausse du dollar en raison de la hausse des taux d’intérêt américains initiée par une dette publique croissante. Une variation des taux qui viendra limiter l’effet-prix des taxes. Il n’est donc pas évident que le double mouvement des droits de douane et des taux de change affaisse les importations. Par contre la hausse du dollar, elle-même affectée par la possible politique de hausse des taux de la FED (La FED restera-t-elle indépendante ?) devrait affecter la compétitivité américaine au regard des exportations.

Même à moyen terme il est donc très difficile de dire que le retour à l’équilibre extérieur sera assuré. L’échec du Trumpisme, s’il devait se produire, serait bienvenu pour le reste du monde globalement- et parfois considérablement- excédentaire au regard des USA ( Le déficit US au regard de la chine représentait 2% du PIB américain en 2016, au regard de l’Allemagne, il est de 0,8%). Sachant que le déficit US est de 2,95% du PIB, il est facile d’imaginer l’effet boule de neige d’une telle contraction avec le reste du monde, notamment la Chine ( Excédent de 3,55 % de son PIB) et l’Allemagne ( 7,81% de son PIB, et plus précisément 2% de son PIB sur les seuls USA) qui ne pourraient en aucune façon redéployer leur mercantilisme sur les autres pays eux-mêmes touchés par le retour à l’équilibre américain. Pensons, par exemple, au Japon qui lui aussi dispose d’un lourd excédent sur les USA (0,4% du PIB américain) ou le Mexique qui assure 80% de ses exportations avec son voisin du Nord, soit plus de 25% du PIB de ce pays réellement très dépendant des USA.

Mais si le monde doit souhaiter un échec du nouveau Président, c’est aussi pour une autre raison, à savoir la raréfaction de cette liquidité internationale que reste le dollar. Rappelons que le dollar n’est devenue monnaie de réserve que dans la mesure où après le second conflit mondial il était la seule monnaie convertible - certes au seul niveau des banques centrales- en métal précieux, et monnaie assise sur la puissance incontestée des USA. Cette condition ne fut hélas pas suffisante, et il fallait au-delà permettre des transferts massifs de dollars sur le reste du monde pour assurer les débouchés d’une énorme machine économique construite en temps de guerre. Cette période fut celle du « dollar gap », période de pénurie de liquidité internationale compensée par des transferts dont aussi des dépenses militaires massives sur l’ensemble de la planète. Cette période devait s’achever au tout début des années 60 avec les premiers déficits extérieurs et l’apparition de « balances dollars » nourrissant la liquidité internationale, et période que l’on a désignée « dollar glut ». Depuis l’équilibre extérieur ne fût plus jamais réalisé, une réalité qui devait faire le nid de la mondialisation à venir.

Si donc, les USA devaient connaitre, sans aucune concertation, le retour à l’équilibre, c’est un monde plus cloisonné d’Etats-nations qui devrait émerger, et un monde relativement dépourvu en liquidité devant assurer un commerce international qui, sans doute plus réduit, resterait néanmoins considérable. Comme le retour à une monnaie de réserve nouvelle supposerait l’émergence d’une très grande puissance déficitaire, on ne voit pas quelle monnaie pourrait prendre la succession du dollar. De là à penser que derrière la nouvelle politique américaine il y a le retour du plan Keynes de Bretton-Woods avec son célèbre « Bancor », il y a un pas que l’on ne saurait aujourd’hui franchir.

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 14:11

 

Redressement de la France : Les moyens économiques et les fins sociétales

Les Objectifs fondamentaux

1 - Le but de l’action politique est sa contribution à la qualité du « vivre ensemble » dans la société.

2- Parmi les facteurs fondamentaux du bien vivre ensemble, il y a l’importance de la classe moyenne. Plus cette dernière est large et plus l’ensemble est apaisé : confiance entre agents, confiance en l’avenir, confiance et respect dans la démocratie, émancipation visible, etc. (Ce qui ne veut pas dire bien sûr que tout soit réglé).

3 - Le dirigeant politique doit donc se servir des outils de la puissance publique pour reconstruire une classe moyenne aujourd’hui en déshérence. (Cela concerne la France et au-delà l’ensemble de l’Occident, mais aussi ce qu’on appelle aujourd’hui l’impossible « moyennisation » dans les pays « émergés »).

4 - L’immense classe moyenne à reconstruire n’est pas celle d’hier. Celle-ci doit pouvoir ancrer ses nouvelles aspirations d’autonomie, d’inventivité et de dynamisme sur une sécurité sociale retrouvée.

Les moyens principaux

1 - Les outils de la puissance publique doivent être maitrisables ce qui passe par le retour de la pleine souveraineté, sans laquelle le « Démos » se trouve contesté et emprisonné.

2 - Considérant que la valeur travail - même revisitée par des aspirations nouvelles (autonomie, réalisation de soi, etc.) - reste l’instrument fondamental de la socialisation, la reconstruction d’une immense classe moyenne passe par le rétablissement d’un plein emploi productif de qualité, autorisant une croissance inclusive forte et la fin du déséquilibre extérieur.

3 - Dans une réalité qui confirme que le monde restera celui de la cohabitation concurrentielle entre Etats nations, l’arme monétaire est un outil indispensable au rétablissement du plein emploi : elle est un filtre entre un dedans maitrisable et un dehors à maitriser.

4 - Parce que la cohabitation entre Etats nations est fondamentalement concurrentielle, l’arme monétaire est aussi une arme de compétitivité. (Dénoncer le caractère catastrophique des actuelles dévaluations internes).

5 - La compétitivité porteuse du rétablissement des classes moyennes et du bien vivre ensemble passe aussi par des choix privilégiés en termes de branches d’activité : d’abord l’industrie, mais aussi l’agriculture, l’écologie, les technologies numériques. Les activités non porteuses de rendements potentiellement croissants (celles imaginées aux fins du soulagement du poids de la crise, non susceptibles de contribuer à l’équilibre extérieur) ne sont plus à privilégier.

6 - Le rétablissement de la souveraineté monétaire est d’abord un coût élevé pesant sur les classes moyennes dont on veut, pourtant, rétablir la place centrale. Le maintien de la confiance durant la difficile phase de reconstruction suppose donc la promptitude et la non-limitation des moyens de l’investissement.

7 - Cette non-limitation passe par la mise sous tutelle de l’ensemble des outils monétaires et financiers et, en particulier la fin de l’indépendance de la Banque de France.

8 - Une arme privilégiée de la non-limitation de l’investissement est le rachat de dette publique à échéance par la Banque de France.

Les moyens correspondants sont redistribués :

- aux banques chargées d’une mission de service public,

- aux agents économiques sous la forme d’une baisse des prélèvements publics obligatoires,

- à la puissance publique elle-même,

- aux éventuels litiges avec les victimes (non-résidents) de la perte de change.

9 - La mission de service public du système bancaire concerne notamment l’aide au rétablissement de l’équilibre extérieur : relocalisations, investissements substitutifs d’importations, agriculture de proximité privilégiant l’autosuffisance alimentaire, dé-carbonisation etc.

10 - Les moyens nouveaux de la puissance publique doivent privilégier l’avenir : formation, recherche, coopération interétatique - en particulier européenne- sur grands projets, investissements stratégiques, etc.

11 - La méthodologie du retour à la souveraineté monétaire passe par une habile négociation ne portant au départ que sur le questionnement du caractère non approprié de l’ordo-libéralisme allemand : la responsabilité de la fin de l’euro doit reposer sur l’Allemagne et non sur la France.

Conclusion : La fin du QE de l’actuelle BCE - qui augmente la base monétaire et non le crédit et donc l’investissement - et son remplacement par l’achat direct de dette publique participe à une véritable économie de l’offre rétablissant la confiance : l’aisance monétaire renoue avec le multiplicateur du crédit, lui-même encouragé par la baisse des prélèvements publics obligatoires. Parallèlement, les banques et en particulier, celles dites « Spécialistes en Valeurs du Trésors » (« SVT »), sont mécaniquement invitées à construire des produits financiers dont la contrepartie correspond à un investissement réel. (et non plus une dette publique dont la contrepartie est une dépense publique courante). Une croissance forte reconstructrice d’une classe moyenne large est ainsi enclenchée.

 

 

 

 

 

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 13:54

    

But ultime de tout programme républicain : porter au plus haut les valeurs de responsabilité, de solidarité, de tolérance et de confiance dans la fierté d’appartenir à une grande nation ouverte sur le monde.

Remontée de la chaine des moyens adaptés à la finalité :

Moyens de niveau 1 :

* Restaurer la liberté de choix des citoyens à l’intérieur du cadre républicain

* Reprendre le travail de construction d’une classe moyenne très large.

Moyens de niveau 2 :

* Proposer une conférence refondatrice de l’Europe avec comme objectifs de forger les moyens de niveau 1 en particulier le respect des identités nationales et de souveraineté, mais aussi des ambitions en termes de sens donné à l’Europe et aux peuples qui la composent.

Moyens de niveau 3 :

* Construire des relations économiques internationales qui interdisent le développement illimité des inégalités à l’intérieur des nations et entre nations.

Moyens de niveau 4 :

* Rétablir les souverainetés monétaires à l’intérieur d’un cadre coopératif visant à l’équilibre extérieur de chaque nation.

 * Assurer la correspondance entre le nombre des emplois et les effectifs de la population active.

  * Redéfinir et rééquilibrer   les rapports salariés/manageurs/actionnaires

Moyens de niveau 5 :  

  *  Définir un projet industriel et agricole pour le pays en accord avec ses atouts (Créativité/capacités scientifiques/technologiques/managériales) et ses contraintes (vieillissement/moyens limités/immensité du territoire à valoriser et à protéger).                  

  *  Rétablissement des gains de productivité et de la croissance potentielle.

Moyens de niveau 6 :   

  * Rétablissement d’une grande capacité d’investissement qualitatif et quantitatif dans la formation et la Recherche publique et privée.

   * Augmentation considérable de la productivité de l’Etat par redéfinition de son    périmètre, de sa centralité et de ses moyens d’action.

Moyens de niveau 7 :   

  * Etablir une politique budgétaire sans baisse de la dépense sociale frappant les couches moyennes ou défavorisées.

  * Eviter les effets dépressifs de la diminution  de la dépense publique.

* Diminuer considérablement la pression fiscale sur les entreprises et les              

ménages et bénéficier de ses effets d’expansion sur la demande globale.

Moyens de niveau 8 : 

  * Fin de l’indépendance de la Banque de France et réquisition au profit du Trésor et des entreprises.            

   * Réquisition de l’ensemble du système financier avec fin de la libre circulation du capital.

    *  Contenir la financiarisation des activités humaines dans d’étroites limites

     *  Utilisation massive de la monétisation pour des investissements eux-mêmes massifs dans la       reconstruction des grandes infrastructures (Energie/Transport/Armée/Transition écologique).

    *  Utilisation massive de la monétisation pour un Crédit National au profit des   entreprises notamment    dans la relocalisation et la réduction de la longueur des chaines de la valeur.

    *  Diminution de l’activité normative, de la présence de l’Etat dans le capital des     entreprises, et  éloignement  du souci de politique industrielle au profit d’une veille sur la gestion des externalités.

 

 

 

              

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 15:16
Kindle Edition, 2016, 448 pages.

Kindle Edition, 2016, 448 pages.

L’euro ou la bataille des idées

Un nouveau livre sur l’euro vient d’être publié par 2 universitaires de la London School of Economics , (Markus K Brunnermeier et Harold Jame) et un ancien haut fonctionnaire français qui fut aussi second sous gouverneur de la banque de France  (Jean Pierre landau).

Son mérite est d’explique la gestion des crises successives de la monnaie unique à partir d’une opposition idéologique fondamentale entre l’Allemagne et la France. Les auteurs resituent bien les clés fondamentales de cette opposition, le respect ou la dictature des règles d’un côté et le pouvoir discrétionnaire du politique de l’autre. Avec toutes ses conséquences sur les pratiques concrètes de la gestion : le principe de responsabilité avec la question de l’aléa moral , le « no bail out clause » et le souci de la solvabilité de long terme, d’un côté ; et de l’autre, le principe de solidarité , avec ses conséquences sur l’aléa moral, le possible « bail out » et l’idée que le vrai risque est celui de l’illiquidité. Les pays du sud et en particulier la Grèce auraient été victimes de cette opposition avec l’autorisation d’une survie sans avenir dans la zone euro[1].

Il est bon de rappeler cette opposition doctrinale fondamentale. Il eut été plus satisfaisant d’aller plus loin dans l’explication en rappelant aussi que l’univers de la règle intangible était fondamentale pour accoucher sans trop de difficultés des traités de Westphalie[2] et de leur application convenable dans un monde fort complexe – celui des allemands de l’époque - exigeant le partage strict des responsabilités entre un centre et des Etats membres. Une posture de responsabilité que l’Allemagne d’aujourd’hui aimerait imposer avec radicalité dans l’Europe d’aujourd’hui.

Il eut été aussi bon de préciser que ce qu’on appelle règle n’est qu’un contrat dont l’incomplétude est une donnée objective. Une règle parce que générale ne peut embrasser toute la richesse de l’histoire concrète de l’interaction sociale, et c’est la raison pour laquelle même les Traités, même les Constitutions se déployant dans l’incertitude radicale restent fondamentalement révisables.

Mais la critique la plus importante que l’on peut adresser à ce livre est qu’il oublie la logique des intérêts qui s’affrontent autour d’un prix désormais exclu du marché : le taux de change. L’Allemagne veut préserver l’euro dans son incomplétude car elle bénéficie d’un taux de change irréaliste. La France à l’inverse est victime d’un taux de change qui la  détruit et risquerait de la faire disparaitre, même en temps que puissance moyenne, si elle devait avec le pouvoir d’un nouveau président de la république se lancer dans le précipice de la dévaluation interne.

 

 

[1] Nous nous sommes intéressés à cette question à plusieurs reprises et notamment dans : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-regard-sur-les-banques-centrales-naissance-metamorphoses-essence-avenir-partie-1-117917128.html

[2] Ces traités signés le 24 octobre 1648 fixent les règles de fonctionnement de l’empire allemand et les règles internationales qui en découlent avec les autres signataires.

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 15:23

 

Les candidats à la primaire de la droite et du centre proposent en moyenne une baisse de 100 milliards de dépenses publiques sur 5 années. Cela représente 1% du Pib chaque année et 1,6% du montant total des dépenses publiques.

Compte tenu du multiplicateur budgétaire estimé à 2,6[1], cela signifie un potentiel de recul du PIB de 2,6% l’an. Bien évidemment d’autres facteurs interviennent, notamment la baisse de l’impôt associée dont le montant est plus difficilement détectable dans les programmes avec parfois de simples transferts entre classes d’impôts, en particulier baisse de la fiscalité directe contre hausse de la TVA. Cette baisse est assortie d’un multiplicateur plus faible estimé à O,4. Cela signifie, en estimant la baisse de la pression fiscale à 10 milliards d’euros l’an, une croissance de 0,002% de PIB. Valeur quasi négligeable. Il faut aussi comprendre que les programmes de baisse de la dépense publique sont beaucoup plus lourds que ceux de la baisse de la pression fiscale puisque l’un des objectifs de ces programmes est aussi la diminution du poids de la dette publique.

L’effet dépressif est ainsi nettement plus élevé que l’effet d’expansion. Il est important de préciser concrètement le phénomène en proposant d’expliquer le pourquoi de ces multiplicateurs jamais évoqués dans les débats publics.

Inégalités sociales croissantes dans la dépression

Démontrons en premier lieu qu’une baisse de la dépense publique affectera plutôt les classes populaires et moyennes que les classes aisées.

On peut certes envisager, et de façon assez irréaliste, un accès plus difficile aux services publics pour les classes aisées, espérer que les revenus moindres qui en découleraient donneraient lieu à une baisse de l’épargne et donc à un effet relance compensant l’effet contraction, mais il s’agirait de montants relativement faibles et sans impact macroéconomique. Il est donc assuré qu’une diminution importante de la dépense publique frapperait essentiellement, directement ou indirectement, les classes moyennes et populaires : Indirectement, s’il s’agit de s’attaquer aux dépenses plus ou moins régaliennes, en supprimant des postes ou en licenciant des instituteurs, des militaires, des policiers, etc. Directement en s’attaquant aux dépenses sociales, par exemple la diminution de revenus de transferts (allocations au titre du chômage, retraites, RSA, logement, etc.)

Pour ces couches sociales il n’est pas question de compenser la chute des revenus associés à la diminution de la dépense publique par une diminution de l’épargne, celle-ci étant trop faible. En contrepartie, une diminution du prélèvement fiscal n’affecte que fort peu ces mêmes couches sociales.

De tout ceci, il résulte que la diminution des dépenses publiques affecte massivement et rapidement le reste de l’économie : les acteurs de ces couches sociales moyennes et inférieures ne pouvant plus dépenser ce qu’ils n’ont plus. Dit très brutalement, la diminution des dépenses sociales est directement une mauvaise affaire pour les entreprises livrant des biens et services aux ménages. Elle peut même entrainer la disparition de celles d’entre-elles qui se situent dans des bassins où les revenus de substitution sont très importants, avec, par conséquent, aggravation de la situation dans les banlieues et ses risques politiques ce qu’on appelle depuis la dernière élection américaine « les banlieues des métropoles mondialistes ».

Par contre, pour les couches sociales aisées si la diminution de la dépense publique est d’impact faible, la baisse de la pression fiscale connait un impact non négligeable sur le chiffre d’affaires des entreprises leur livrant des biens et des services. Avec toutefois un très fort amortissement de cet impact provoqué par une épargne supplémentaire et des importations plus élevées.

On comprend ainsi mieux le poids de ces multiplicateurs annoncés plus haut avec globalement un effet dépressif très lourd et aussi des effets très mal répartis entre les différentes couches de la société et les espaces de vies correspondants : la fracture sociale ne peut que s’aggraver. Avec un mouvement auto-entretenu : Parce que l’effet dépressif est puissant, on ne peut qu’accélérer le processus enclenché si l’on veut maintenir les objectifs, de quoi entrainer la ruine économique et sociale du pays avec ses conséquences politiques.

Occulter l’avenir

Il est possible d’aller plus loin dans l’analyse.

Quand on veut diminuer la dépense publique de 20 milliards par an, on s’aperçoit vite que le chantier n’est guère aisé pour celles des dépenses liées aux rémunérations. Sauf à licencier sans indemnités des fonctionnaires, hypothèse peu réaliste, la suppression de postes ne signifie en aucune façon une diminution de la masse salariales distribuée. La raison en est simple, il faudra continuer à supporter le poids des retraites. Ne pas remplacer un fonctionnaire n’entraine une diminution de la dépense publique que par la mort, à attendre, de fonctionnaires retraités. La baisse de la masse salariale, sauf affrontement direct non inscrit dans les programmes, ne peut aller plus vite que ce qui est autorisé par les « sorties naturelles » des fonctionnaires.

Sachant que les dépenses publiques sont massivement des rémunérations (environ 75% du total de la dépense) on comprendra  mieux que le respect de la règle de la diminution annuelle de 20 milliards de dépenses passe soit par la baisse des consommations intermédiaires des services publics produits (baisse du chauffage dans les ministères et autres bâtiments publics, baisse de la consommation de papier, de seringues dans les hôpitaux, etc.) , soit par la baisse de l’investissement public ( non-renouvellement ou non-modernisation des infrastructures publiques, non-renouvellement ou non-modernisation des équipements militaires ou de sécurité, etc.), soit la baisse des transferts directs aux ménages et aux entreprises ( soins médicaux, retraites, RSA, CICE, etc.)

On comprend ainsi que le respect d’un tel programme de diminution des dépenses éclipsera largement le souci de l’avenir et frappera lourdement les services et transferts directs : soins, revenus de substitution. On comprend aussi que face à cette difficulté, des poches de dépenses publiques seront sanctuarisées (ensemble du secteur médico-social par exemple) au détriment de l’investissement public et donc de la construction de l’avenir. Qu’en sera-t-il de la branche énergie, des industries de la Défense, etc… ?

L’impossible épanouissement d’une économie de l’offre qu’ils souhaitent pourtant.

Bien évidemment, il est possible de renverser le raisonnement et dire que la diminution des dépenses publiques n’est pas la volonté d’occulter l’avenir mais au contraire de le préparer en extirpant de la sphère publique les poches de sous-productivité et autres activités inutiles. En termes gestionnaires, il est d’ailleurs possible d’affirmer que si l’on ne peut aisément diminuer la masse salariale, on peut élever la productivité du travail direct (produire autant de services avec moins de fonctionnaires), par exemple en augmentant le temps de travail, en le réorganisant, en luttant contre l’absentéisme, en supprimant les compétences multiples, etc.

Globalement, un tel scénario serait satisfaisant si les emplois de fonctionnaires libérés par des gains de productivité dans la sphère publique devenaient emplois nouveaux plus productifs dans la sphère marchande. Au fond, le choix d’une diminution de la dépense publique serait aussi celui de faciliter voire impulser une meilleure affectation des ressources. Encore faut-il se poser la question de savoir si cette contraction de la dépense publique autorise l’épanouissement du marché conduisant à cette meilleure affectation. Or la réponse est loin d’être évidente puisque l’effet dépressif lourd est d’abord une contraction de la demande globale, donc des marchés dont l’encombrement global ne peut être vaincu que sur la base de l’innovation (HUBER remplace les taxis), ou de gains de compétitivité acquis sur une productivité fausse (baisse des salaires), ou réelle (progrès technique). Le résultat global de cette tentative de passage à plus d’économie de l’offre est loin d’être évident.

Il résulte tout d’abord de l’orientation de contenu de ces nouvelles offres. Si la digitalisation est massive, cela pose le problème de la répartition mondiale des gains de productivité en corrélation avec le risque du « winner take all ». Si la compétitivité résulte uniquement des effets mécaniques de la baisse de la dépense publique (charges sur salaires), aucun gain de productivité n’est enregistré. Seul le progrès technique permettrait dans ce cas de figure un soulagement à la contraction de la demande globale. Or ce progrès technique, que l’on peut imaginer facilité par la nouvelle politique (aucune preuve ne peut être apportée), exige un temps long en contradiction avec le temps court de la machine dépressive.

Au total, si personne ne peut militer pour le maintien des poches de sous-productivité de la sphère étatique, il est évident que la stratégie générale proposée mène à l’impasse.

Un véritable programme de reconstruction passe par de tous autres moyens. Parce qu’il est très difficile de libérer l’offre globale en déprimant la demande globale, il faut changer de paradigme et libérer massivement l’offre dans un contexte de demande garantie.

Libérer l’offre passe par un premier non-respect de la réglementation européenne en réquisitionnant le gouverneur de la banque de France[2]. Ce dernier aura pour mission de monétiser la dette et de permettre  les investissements massifs donnant accès  dans un premier temps au rétablissement du bon fonctionnement des infrastructures de base ( 55milliards d’euros pour EDF, 30 milliards pour le rail, etc.,  mais aussi l’équipement militaire, et surtout la lutte contre le dérèglement climatique) . Simultanément la reprise en mains du système financier dont les dirigeants seront aussi réquisitionnés, permettra avec la monétisation assurée par la banque centrale d’envisager des investissements eux-mêmes massifs pour la mise à niveau d’un système productif (surtout industriel et agricole) devenu très en retard en termes de compétitivité. C’est dans ce cadre porteur que l’offre nouvelle pourra se libérer et assurer ce qu’on appelle la montée en gamme du système productif français.

Maintenant parce qu’il faut que les investissements gigantesques capables de redresser le pays ne débouchent pas sur un non moins gigantesque accroissement des importations[3]….assurant la relance à l’étranger….il faudra profiter de la probable disparition de l’euro, (dont le fonctionnement était lié à l’indépendance de la banque centrale….devenue organe financier dirigé par un gouverneur réquisitionné), pour procéder à une dévaluation massive.

Bien évidemment, tout cela ne pourra se déployer sans effets pervers qu’il faudra savoir maitriser : élasticités/prix à l’importation et à l’exportation beaucoup trop faibles, contrôle des mouvements de capitaux, risques d’inflation, pénurie de devises, etc. Et bien au-delà l’exigence d’une certaine patience, le rétablissement ne pouvant s’opérer que dans le cadre d’une dizaine d’années.

 

 

 

 

 

 

 

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/10/candidats-a-l-election-presidentielle-saisir-les-premieres-cles-permetant-la-reconstruction-de-la-france.html

[3] Même sans croissance réelle le commerce extérieur français ne cesse de se dégrader avec un déficit de 48,7 milliards d’euros entre septembre 2015 et septembre 2016 , contre « seulement » 45,4 milliards un an plus tôt.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 08:28

Quel que soit le résultat du référendum du 23 juin les conséquences seront probablement considérables.

Hypothèse du maintien dans l’UE

Ce scénario n’est pas celui de la continuité car il marque le succès d’une stratégie de blocage de l’intégration vers toujours plus d’Europe. Les britanniques en utilisant pour la première fois dans l’histoire un article conçu pour ne jamais être utilisé (article 50 évoquant les conditions d’un départ de la construction européenne) obtiennent un régime d’exception. Il n’est pas douteux que cette stratégie deviendrait un chemin banal pour les pays qui sans vouloir déserter chercheraient à améliorer leur position dans l’édifice. L’UE européenne ne serait plus un bouc émissaire seulement désigné mais concrètement utilisé, et les forces de dislocation concurrenceraient celles d’une cohésion historiquement toujours croissante.

La conséquence est bien sûr aussi la victoire des stratégies néo libérales de déréglementation et la fin des projets de mise en place d’un ministre européen de l’économie et des finances. Elle est aussi la continuité de l’approfondissement des accords de libre Echange avec les USA ou le Canada, l’accord sur la libéralisation des services, etc.

Hypothèse du « leave ».

N’abordons pas ici les résultats souvent négatifs proposés par la multitude des modèles qui se sont intéressés à la question. Calculer comme le font la plupart la prétendue diminution de PIB à partir de ce qu’on appelle une « augmentation des couts du commerce international », lui-même induit par un éloignement du marché unique n’a guère de sens. L’effet du Brexit n’est pas dans le registre du calculable. Et, n’est pas calculable non plus, la différence (donc le « solde » ?)  entre un éventuel PIB plus faible et une  « démocratie plus grande » en ce que les résultats de son jeu ne serait plus prédéterminé par les métarègles de l’UE.

Bien évidemment des conséquences économiques émergeraient rapidement, mais pour autant, elles seraient maitrisables. Rapides, car on peut parier sur un courant spéculatif vigoureux, portant sur la vente d’actifs britanniques défavorables à la tenue de la livre. La balance courante structurellement déficitaire est jusqu’ici couverte par des achats d’actifs britanniques.  La réorientation spéculative du flux de capitaux entrainerait une forte chute de la livre, d’où probablement une forte hausse des taux, et une augmentation de l’épargne. Le changement ne serait pourtant pas catastrophique et l’effet récessif attendu serait partiellement compensé par une amélioration de la compétitivité impulsée par la baisse du taux de change. Reste la question des taux sur une dette publique importante, question qui elle aussi n’est pas insoluble. Il est toutefois impossible de fixer le résultat global d’un tel changement et là encore les modèles économétriques ne sont pas épistémologiquement sérieux.

A moyen terme, sur le plan financier, la place de Londres ne serait pas menacée, car les barrières à l’entrée qui s’opposent à toute place se voulant concurrente sont colossales : accumulation de compétences techniques en tous domaines sur un même lieu, qualité des infrastructures, liberté des rémunérations, adossement « naturel » sur des paradis fiscaux, etc…. la place de Paris malgré ses compétences humaines ne saurait rivaliser avec celle de Londres de l’après Brexit.

Toujours à moyen terme, la renégociation des accords avec l’UE au-delà des intérêts divers est parfaitement envisageable. Inscrite dans la durée (deux années selon l’article 50) elle n’empêchera pas le maintien des contrats ou des normes, et permettra le maintien de toutes les activités tant il est vrai que l’esprit libre échangiste sera maintenu[1].

On voit mal la France punissant la grande Bretagne en imposant des clauses restrictives sur les importations en provenance d’Outre-Manche, au prétexte qu’il faut faire peur… au Front National…et ce d’autant que l’excèdent français sur la Grande Bretagne est important ( 8,4 milliards d’euros pour 2015) et présente un caractère d’exception puisque la France est déficitaire au regard de la plupart des grands pays partenaires. Il n’est pas dans l’intérêt de la France de gêner en quoi que ce soit l’épanouissement des intérêts britanniques jusqu’ici garantis par les textes existants.

On voit mal l’Allemagne punissant la Grande Bretagne alors qu’elle exporte massivement ( 89 milliards d’euros en 2015) vers ce dernier pays. Là aussi tout sera fait pour ne pas gêner un client si important.

On voit mal l’Irlande cherchant à créer une frontière avec sa partie nord pour punir la Grande Bretagne…

Etc.

 Clairement, le ton sera celui de la bienveillante dans les négociations de sortie et l’on se dirigera peut-être vers l’appartenance à L’Espace Economique Européen, (EEE) voire l’AELE (Association Européenne de Libre Echange). Plus probablement l’issue sera celle d’accords classiques en raison du fait que EEE et AELE valident la liberté de circulation du travail que la Grande Bretagne cherche à maitriser. Du point de vue de la grande Bretagne la sortie correspondrait mieux à sa vocation libre échangiste avec la possibilité de conclure des accords bilatéraux avec n’importe quel pays, ce qui n’est pas vrai aujourd’hui. Ajoutons qu’une telle solution correspondrait aussi mieux à sa réalité puisque plus de 50% de son commerce mondial se réalise avec des pays étrangers à l’UE. La Grande Bretagne libérée du carcan communautaire retrouverait ainsi sa vocation mondiale. Précisons enfin- pour reprendre les termes de « cout du commerce international » des fabricants de modèles-  que cette dernière solution est la plus avantageuse en raison des énormes contributions financières correspondants à l’appartenance à l’EEE ou L’AELE.

Les réactions politiques

Si le tabou de l’article 50 est levé et qu’au surplus il aboutit à une sortie, il est clair que les forces de dislocation deviennent plus dangereuses et qu’à cet égard les forces politiques intégratives seront déployées[2]. La première d’entre elle est bien sûr le personnel politico-administratif qui a fait carrière et trouve des débouchés croissants au sein des énormes pyramides institutionnelles de l’UE. Elle sera la première force en quête de mobilisation des acteurs politiques nationaux. Elle sera toutefois bien en peine dans son choix stratégique d’influence auprès des décideurs politiques nationaux : pour éviter la désintégration et donc se reproduire au pouvoir dans la pyramide institutionnelle européenne faut-il choisir davantage de fédéralisme ? Ou éviter toute nouvelle forme de mutualisation comme c’est le cas encore aujourd’hui ?

Les choses ne sont pourtant pas simples car il faut compter à l’intérieur de chaque Etat avec la montée des partis non européistes, voire des partis sécessionnistes. Et surtout il faut compter avec l’éternel problème de l’euro, monnaie dont on commence à avouer- avec 20 années de retard - qu’elle est « incomplète » …et probablement frappée d’incomplétude…ce qui n’est pas encore avoué…

 La Catalogne voit d’un bon œil le Brexit et ses conséquences possibles sur la sécession d’une Ecosse demandant son intégration dans l’UE. Son intérêt est peut-être de freiner une intégration plus forte l’emprisonnant davantage dans une Espagne qu’elle veut quitter. Les choses sont plus claires pour des Etats-nations plus solides :la montée du populisme en Hollande bloquera les ardeurs du président de l’Euro Groupe ; la montée de l’AFD en Allemagne rendra prudent le gouvernement correspondant ; la montée du Front National agira de la même façon pour la France. On pourrait multiplier les exemples.

Ces blocages internes qui poussent à l’arrêt de l’approfondissement se heurtent toutefois au problème fondamental de la monnaie unique qui lui exigerait à court terme une volonté plus intégratrice.

On sait que la suppression des taux de change est la condition fondamentale de l’existence d’une monnaie unique entre nations différentes. A l’intérieur d’une nation, les déséquilibres régionaux ne posent guère de problème et des transferts existent -et sont politiquement acceptés en raison de l’homogénéité existant à l’intérieur d’un espace national -  entre régions excédentaires et régions déficitaires. La région déficitaire ne dévalue pas une monnaie nationale – chose au demeurant impossible-  pour restaurer l’équilibre, et va donc bénéficier de la solidarité des régions riches de la même nation. Tel n’est pas le cas entre nations différentes où aucun espace de solidarité naturelle n’existe.

Concrètement le bon fonctionnement de l’euro suppose des transferts entre nations …des transferts dépourvus de toute légitimité naturelle. Il n’existe pas d’espace de solidarité entre l’Allemagne et la Grèce. D’où les très importants disfonctionnements de la zone euro. En cas de Brexit Les schémas d’intégration renforcée prennent -ils en compte cet élément d’hétérogénéité qui délégitime l’idée de solidarité ?  La réponse est clairement non.

Tous les projets de renforcement actuellement sur la table, près d’une dizaine, butent sur la question des transferts. Tous militent pour un pouvoir discrétionnaire appuyé par un parlement authentique de la zone euro. Tous militent pour un gouvernement économique avec un budget important, une convergence fiscale et sociale, parfois même avec une assurance chômage centralisée, des dépenses d’infrastructures appuyées par ce qui serait un budget de la zone euro au sein d’un Trésor de la zone euro. Mais quelle que soit la solution retenue, il est clair que l’Allemagne ne pourra que s’opposer au fait que les dépenses correspondantes seraient de fait payés automatiquement par les allemands. On peut ainsi penser que jamais l’Allemagne n’acceptera un parlement authentique, capable de légiférer démocratiquement sur des recettes et dépenses, un parlement où pour des raisons de simple arithmétique démographique elle serait éternellement et fort légitimement minoritaire

Ainsi on peut raisonnablement penser que le Brexit accélérera la mise à nu de l’existence d’un nœud gordien, que ce même Brexit permet de trancher. En particulier la Grande Bretagne partie, il n’y a plus que 2 pays importants : l’Allemagne et la France, de quoi imaginer l’instauration d’un rapport de forces nouveau pour peu que le nouveau président de la République prenne conscience de la nécessite de trancher le nœud gordien : ou bien l’Allemagne accepte de nouvelles règles ou bien la zone euro disparait…

Parce que le Brexit éloigne un tabou, parce qu’il permet de poser des questions jusqu’ici interdites, parce qu’il engendre des idées de liberté chez les peuples, une liberté que les appareils politico-administratifs nationaux et communautaires tenteront de contenir en démasquant - bien involontairement -  le nœud gordien de l’euro, il accélérera la décomposition de l’UE telle qu’elle s’est historiquement constituée.

Et cette décomposition porteuse du rétablissement de la démocratie ( le résultat des élections peut être respecté car les métarègles européennes non démocratiques ont disparu) va dans le sens de la présente histoire : l’affirmation , partout dans le monde, d’Etats- nations soucieuses de souverainetés portant en elles l’espérance démocratique.[3]

 

 

[1] Et cette bienveillance sera présente même si la colère de certains se fait vive, comme celle par exemple de l’euro députée Sylvie Goulard qui vient d’écrire une charge contre le premier ministre Britannique ;« Goodbye europe » publié chez Flammarion. Voici un court extrait qui donne le ton : « Un premier ministre britannique récalcitrant en difficulté avec son propre camp, dicte ses conditions et voilà que 27 dirigeants et toutes les institutions européennes cautionnent un discours de dénigrement et cèdent au chantage. C’est extravagant ».

[2] Il faut en effet bien comprendre que ce serait aussi historiquement le premier référendum contre l’Europe, consultation organisée dans un grand pays, qui donnerait lieu à un succès et surtout qui serait  exécuté. D’autres référendum se sont produits notamment celui du 29 mai 2005 en France, mais ils ont toujours terminé leur parcours dans les oubliettes. Ce ne serait pas le cas d’un Brexit.

[3] En reprenant les propos d’Olivier Gosset (XERFY) on assisterait ainsi à la « déseuropéanisation » en parfaite congruence avec ce qu’il croit être une démondialisation à l’œuvre. Il est vrai que déjà les mouvements de capitaux entre pays de l’UE ont pratiquement disparu tandis que le poids du commerce inter UE se réduit.

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