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1 décembre 2020 2 01 /12 /décembre /2020 07:43

Les partisans de l’ordre monétaire et financier actuel sont  sur la défensive quand on leur parle, depuis quelques jours, de l’opportunité d’une annulation de la dette COVID. C’est vrai qu’ils ne peuvent plus se cacher derrière la défense des investisseurs ou celle des épargnants, puisque ladite dette se trouve très largement logée à l’actif de la BCE, une institution qui ne repose pas sur de vrais créanciers potentiellement victimes d’indélicats défauts. Les arguments de défense empruntent alors la paresse du juridique : les traités interdisent l’annulation des dettes. Mais le politique n’est-il pas source de refondation du droit ? Ils empruntent aussi le scabreux argument de l’inflation qui résulterait d’un tel relâchement disciplinaire. Mais l’actuelle monétisation massive est- elle source d’inflation ?

En sorte qu’il existe probablement un risque caché, autrement plus important derrière cette mobilisation contre une annulation de la dette COVID. Quel est-il ?

Bien évidemment, à horizon assez bref, le roulement de la dette publique serait allégé. A priori de quoi limiter les déficits futurs ou baisser la pression fiscale ou augmenter les dépenses de reconstruction. Au total de quoi apporter de l’oxygène aux Etats les plus endettés. De quoi faire rêver un pays comme la France dont le gigantesque roulement de la dette n’est plus très éloigné du total de ses recettes fiscales. C’est oublier les réactions du marché et ce avant même de décider - par un Etat, voire plusieurs, voire même l’Union Européenne dans son ensemble -  l’annulation des dettes COVID.

Le fait d’en parler- à quelque niveau que ce soit, Etats, Conseil européen, Commission, etc.- entrainerait automatiquement une hausse des taux assortie de spreads considérables. La raison en est simple. Bien sûr aucun « investisseur » ou épargnant ne serait lésé puisque cette dette est, ou serait cantonnée, à l’actif de la seule banque centrale. Toutefois, une perte de confiance se manifesterait légitimement : les Etats ne vont-ils pas s’affranchir du respect qu’ils doivent à l’autre  partie de la dette publique, celle acquise par des investisseurs et qui figure dans des patrimoines privés, voire publics ? Plus simplement après avoir « tiré » sur une cible largement virtuelle - la BCE - ne vont-ils pas « tirer à balles réelles » sur les épargnants ?

Il est clair qu’un « bouquet » de hausse des taux s’élèverait rapidement et qu’un comportement de contagion mimétique s’enclencherait avec la vitesse de l’éclair. Dans le même temps, et à l’échelle planétaire, tous les produits financiers incorporant de la dette publique européenne verraient leur valeur s’affaisser avec effet boule de neige sur la plupart des titres mondiaux. N’oublions pas non plus les effets dévastateurs sur les dettes des pays émergents.  Bref, une série « d’événements » qui ferait  disparaître rapidement l’espoir d’une diminution du roulement de la dette et mettrait en cause la signature, donc les cotations, de la totalité des pays de l’Union Européenne

C’est dire que les principaux acteurs qui récemment sont intervenus après les propos du Secrétaire d’Etat italien Riccardo Fraccado, (le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau ; le chef Economiste du Trésor, Agnés Benassy-Quéret ; mais aussi Bruno Le Maire  et beaucoup d’économistes) ont utilisé des arguments qui cachaient le véritable objectif : celui de maintenir en l’état le dispositif monétaire et financier. La crise financière serait d’une telle puissance que l’ensemble de l’édifice financier serait détruit, laissant alors la place à un tout autre monde qu’il faudrait construire. Soyons donc rassurés, tout sera mis en œuvre pour entretenir la fiction d’un remboursement de la dette. C’est très difficile, mais il faut y arriver.

 Et donc tout sera mis en œuvre pour poursuivre les réformes structurelles censées participer aux redressements des finances publiques… comprenons ici le maintien de la rentabilité des grandes entreprises financiarisées…. avec ses effets en chaîne sur les petites entreprises dépendantes toujours enkystées dans un taux de change irréaliste… lesquelles  attendent des réformes structurelles en compensation de la faiblesse des marges laissées par les grandes entreprises qui nourrissent leurs carnets de commande….

 Il est évident que l’annulation des dettes COVID ne lèse aucun épargnant, mais il faut surtout ne pas en parler.

 

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 13:52

On en sait maintenant davantage sur le plan de relance européen et ses conséquences pour la France. Celle-ci recevra une subvention de 37,39 milliards d’euro. Compte tenu de sa participation d’un peu plus de 17% au budget européen, cela signifie mécaniquement que le pays devra rembourser 17% de 390 milliards de « subventions » offertes par la Commission, soit 66,3 milliards. En admettant que les taux de l’intérêt soient nuls comme ils le sont en utilisant les services de l’Agence France Trésor (AFT), cela signifie une perte de 28,9 milliards. Par comparaison, l’Allemagne recevra 22,72 milliards et remboursera 78 milliards (transfert de 55,28 milliards), l’Italie recevra 65,46 milliards et remboursera 54,6 milliards (gain de 10,86), et l’Espagne recevra 59,17 milliards pour un remboursement de 37 milliards (gain de 22).

Globalement, nous confirmons notre point de vue du 24 août dernier, [1]la France, pays beaucoup plus proche du sud que du nord est très mal traitée dans l’accord bruxellois du 21 juillet dernier. Notons également la relative faiblesse des gains pour le sud.

Le plus important toutefois est l’ensemble de contraintes associées au versement des fonds : disponibilité éloignée (jusque 2023), conditionnalité avec imposition d’une articulation des subventions aux plans nationaux et droits de regard de la commission sur l’ensemble, etc. A cet égard cette dernière vient de publier un « formulaire modèle » de 44 pages[2], que chaque gouvernement devra remplir, afin d’assurer une grande transparence de l’audit de recevabilité des projets. Bien évidemment seront retrouvées, dans les conditions de  la recevabilité, les anciennes « recommandations » concernant les réformes du marché du travail et les systèmes de retraites. La précision des demandes devra être appuyée sur une liste d’indicateurs chiffrés que chaque gouvernement devra construire d’ici le 15 octobre. On notera l’aspect humiliant de la procédure en examinant le document susvisé, notamment sa page 35 ramenant le dirigeant politique élu, au statut d’exclu implorant une aide auprès d’une administration. L’accord du 21 juillet est donc bien une montée en puissance de la Commission et une avancée spectaculaire dans la servitude des Etats…. toujours applaudie par leurs personnels politico-administratifs respectifs…

Cet aspect est d’une certaine façon bien plus important que les chiffres susvisés. Les remboursements des « subventions » ne commencent qu’en 2028 et vont s’échelonner jusqu’en 2058. Cela signifie que le coût économique, y compris pour l’Allemagne, sera négligeable ( 1, 8 milliards d’euros l’an…. et seulement à partir de 2028, soit moins de 0,01% du PIB allemand d’aujourd’hui). Par contre, l’avantage symbolique est important et surtout il y a une avancée significative d’un fédéralisme non démocratique et en toute hypothèse non adapté à un certain nombre de pays dont la France.

Il existait probablement d’autres voies pour financer la relance. Nous voudrions dans cet article évoquer celle de la crypto-monnaie nationale.

Une crypto-monnaie nationale.

L’idée est de s’extirper des contraintes de l’euro qui a construit les grandes faiblesses du pays. Parce que l’économie française s’est trouvée devoir s’appuyer, d’abord sur un « Franc fort », ensuite  sur une monnaie confirmant un taux de change durablement inadapté, le pays s’est acheminé vers des politiques de dévaluations internes masquées qui ont construit progressivement et durablement sa fragilité.

Sa première fragilité, souvent exprimée, est l’importance excessive des dépenses sociales. A ce titre, il est généralement affirmé qu’elles constituent le premier chantier des nécessaires réformes. C’est pourtant oublier que ces dépenses constituent la contrepartie, probablement involontaire, d’un déficit de compétitivité dû au taux de change. Parce que la dévaluation externe est devenue impossible depuis l’époque du Franc fort (Bérégovoy), il a bien fallu payer le prix du refus socialement exprimé de la dévaluation interne. Logiquement, parce que la masse des salaires est une composante macroéconomique fondamentale, la dévaluation se devait d’être essentiellement salariale : prise en charge du chômage résultant de l’implacable désindustrialisation, outils bureaucratiques de couvertures de dépenses sociales, de compensation du délitement économique, prise en charge par l’Etat de cotisations etc. La dévaluation interne directe sur les salaires s’avérant politiquement impossible, le déficit budgétaire est devenu le prix réel de ce refus. Avec bien sûr,, des conséquences sur d’autres dépenses. Nous y reviendrons. Globalement nous avons l’œil sur les réformes portant sur la boursouflure du social, question réelle, sans se poser la question de l’origine première de cette dernière.

Face à cet enfermement, la mise en place d’une crypto-monnaie nationale permettrait-elle de quitter les contraintes de l’euro et la pérennisation du modèle social français devenu dans le présent contexte impraticable ? Clairement existe-t-il une voie permettant de respecter plus ou moins les contraintes de l’euro tout en refusant la pleine dévaluation interne frappant ouvertement les salaires ?

La mise en place d’une crypto-monnaie nationale.

Le gouvernement Chinois, soucieux de sa pleine souveraineté teste actuellement avec l’aide de sa banque centrale, sa propre crypto-monnaie. Cette dernière permettrait aussi une traçabilité complète des échanges à l’intérieur du territoire. Il n’est évidemment pas question de demander à la Banque de France de produire une crypto-monnaie nationale : la banque étant soumise à l’euro-système, seule le Trésor serait en mesure, en toute liberté, de créer une crypto-monnaie dont l’usage serait la relance. De ce point de vue, le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne n’est en aucune manière trahi par une telle décision. Techniquement, les choses sont aisées et la gestion de la pandémie avec l’aide massive du Trésor et de ses satellites a montré, au printemps dernier, que l’administration française était suffisamment équipée : elle possède l’identité des comptes bancaires et coordonnées de tous les agents économiques, en particulier ceux des entreprises et des ménages. Plutôt que d’envisager un plan de relance en euros, très long à mettre en place,  avec forte surveillance de la bureaucratie bruxelloise prenant en charge une partie des projets (à hauteur de 37,39 milliards),  il s’agirait de mettre en place un plan adapté et souple permettant la fin des dévaluations internes et une authentique reconstruction du pays.

Une crypto-monnaie du Trésor pourrait s’appeler « crypto-euro », serait parfaitement convertible avec l’euro au taux de 1 contre 1, et détiendrait un pouvoir légal et libératoire sans limite. Pour autant, aurait-elle les moyens d’assurer une relance quelconque sans entrer en contradiction avec ce qui est devenu l’autorité bruxelloise ?

Logiquement, au titre de la relance dont il faudra présenter la philosophie générale, il y a émission de monnaie nouvelle, donc dépense publique supplémentaire qui n’affecte pas le solde public en euros :la dépense publique supplémentaire s’effectue dans une nouvelle monnaie souveraine. Les ressources distribuées sont des moyens de paiement pour tous les agents. Aucun agent n’est censé la refuser en raison de la parfaite convertibilité et du cours légal. Toutefois, on peut penser que la loi de Gresham va s’appliquer, aussi en raison de l’énorme scandale provoqué, bien sûr auprès des autorités européennes, mais au-delà, à l’échelle du monde. Cela signifie que le circuit du Trésor va s’appliquer de façon intégrale : les agents économiques auront le souci de payer la totalité de leurs impôts et autres prélèvements publics obligatoires en crypto-euros. Bien sûr, fort classiquement, aux dépenses publiques nouvelles -circuit du Trésor oblige- se trouvent assorties des recettes induites. Elles seront logiquement libellées en crypto-euros. Mais, loi de Gresham aidant, les recettes publiques jusqu’ici payées en euros seront payées en crypto-euros et ce jusqu’au dernier centime. Les administrations publiques vont donc perdre des recettes en euros. Et donc l’utilisation de la crypto monnaie ne sera pas neutre sur le déficit « officiel » en euros. Dans un dispositif de relance en crypto-monnaie, le déficit supplémentaire en euros provient des recettes et non des dépenses, alors que dans un dispositif de relance en euros, le déficit provient des dépenses et non des recettes. Il est toutefois difficile de dire si l’un domine l’autre en termes d’effet sur le budget officiel.

L’utilisation d’une crypto-monnaie publique, sans renverser le dispositif européen, présente donc des effets difficilement évaluables. On peut penser que la propension à épargner (ici propension marginale) serait proche de zéro en raison de la possible loi de Gresham. Mais il peut y avoir substitution en raison du cours légal et donc apparition d’une propension marginale en euros…Il est donc difficile d’évaluer l’effet multiplicateur de la relance par la crypto-monnaie et de le comparer avec celui obtenu par l’euro. Nous y reviendrons. Dans le même ordre d’idées, on pourrait penser à de possibles réactions sur le marché officiel de la dette publique. Difficile de répondre à des questions qu’aucun modèle économétrique ne pourrait trancher.

Au-delà, en supposant que les effets pervers de la relance par crypto-monnaie soient sous contrôle, les avantages d’un retour partiel à la souveraineté vont se heurter à la question du taux de change.

Peut-on sauter au -dessus de la barrière de l’euro sans le faire tomber ?

Bien évidemment, le dispositif de crypto-monnaie permet d’échapper aux contraintes bruxelloises qui confondent les causes avec leurs effets : la situation très difficile du pays a moins pour cause des structures sociales à corriger, et bien davantage une  question de compétitivité.

En attendant, le retour de la souveraineté permettrait d’effacer une partie des dégâts provoqués par la servitude volontaire de nos personnels politico-administratifs. Les dévaluations internes masquées, et non assumées, ne  sont pas remarquées par la seule dette publique. De fait, c’est tout un ensemble de politiques qui se sont trouvées dans l’étau de la nécessaire dévaluation interne imposée par l’euro.

 On peut en citer quelques-unes. Ainsi les grandes infrastructures montées durant les trente glorieuses, sont relativement mal dotées, d’où des milliers de ponts devenus dangereux, un réseau routier insuffisamment entretenu, des voies ferrées dans un état désastreux, etc. Ainsi, des structures de recherche de moins en moins pourvues, tels le CNRS, l’INSERM, les Universités, etc. Ainsi les structures hospitalières victimes d’un ONDAM muselé transformant la T2A en « points flottants » continuellement décroissants. Ainsi, la spectaculaire diminution des dépenses militaires ( 3,5% de PIB en 1990 contre moins de 2% aujourd’hui) ou les insuffisances criantes sur l’appareil judiciaire. Les exemples pourraient être multipliés à l’infini et viennent s’ajouter aux énormes dépenses sociales qui ne sont, au moins partiellement, que la conséquence de l’effondrement progressif des structures productives du pays.

 L’essentiel de cet effondrement est, d’abord et surtout, celui des entreprises exposées à la concurrence internationale victimes d’un système de prix ne leur permettant plus de dégager des marges suffisantes pour investir. Elles aussi, en première ligne, furent et sont encore soumises à dévaluation interne. Ainsi le taux de marge ( Excédent brut d’exploitation/valeur ajoutée brute)  ne cesse de baisser depuis 2000 et se trouve aujourd’hui près de 11 points inférieur au taux allemand (environ 3O% contre 41 pour les entreprises allemandes) . Et là encore la  dévaluation fut plus ou moins masquée par des dispositifs malsains -tel celui du CICE- qui ont davantage préservés des emplois plutôt que d’en créer ou de contribuer à la modernisation.

Bien évidemment, une relance par le biais de la crypto-monnaie pourrait gommer cet ensemble de dévaluations internes.

En commençant par le début, il serait possible de revitaliser les entreprises par un apport massif de capitaux propres  dont certains pourraient être dépourvus de droits de vote, et ce afin d’éviter l’accusation d’étatisation. Il s’agirait non seulement de réduire leur endettement (près de 2000 milliards d’euros) mais de permettre une rupture soit technologique, soit de marché et d’autoriser une productivité permettant d’effacer la grande barrière de l’euro et d’entrer dans une compétitivité plus saine. L’enjeu est énorme car il s’agit de réduire un déficit commercial de 3 points de PIB (70 milliards d’euros) venant aussi affaisser le multiplicateur.

Pour réussir, une telle mise à niveau doit s’effectuer de façon simultanée et il ne peut plus être question de dévaluation interne masquée qui, depuis trente-cinq ans, pénalise directement certains agents pour en sauver d’autres. Clairement, les forces armées, l’hôpital, la science, les services publics, etc. ne doivent plus payer le prix d’un sauvetage d’entreprises menacées par le mur de l’euro et ses nécessaires compléments en termes de libre circulation du capital. Clairement, il faut à la fois aborder la question d’une réindustrialisation et la reconstruction de tout ce qui a été perdu sur l’hôtel de l’euro…y compris la qualité du lien social.

Cela signifie que la relance par la crypto-monnaie est plus affaire de projet global, ce qui implique que le volume de monnaie émise soit suffisamment important pour aborder tous les sujets, et ce de manière rapide.

Techniquement cela est possible puisque les lourdeurs bureaucratiques seraient allégées du détournement obligatoire et hautement surveillé de la Commission. De la même façon il ne sera plus question des réformes structurelles imposées par les exigences de l’euro-système, mais simplement choisies par un peuple souverain. De quoi renouer avec une culture commune et donc un lien social de meilleure qualité.

De ce point de vue, on peut être partiellement rassuré en revenant sur l’examen des déficits entrainés par la nouvelle monnaie. Prenons l’exemple d’une dépense supplémentaire de 100.

 Logiquement, pour un multiplicateur d’une unité, le retour correspond aux prélèvements classiques des administrations publiques, soit environ 45 pour la France. La loi de Gresham dont nous supposons l’application mécanique transformera ce retour en 100 unités puisque les agents voudront se débarrasser de la totalité de la monnaie nouvelle réputée « mauvaise monnaie ». Cela signifie en recettes une perte de 55 en euros sur le budget officiel surveillé par Bruxelles. D’où une aggravation du déficit officiel de 55.

Si maintenant, la relance ne  se fait pas par la nouvelle monnaie mais en utilisant l’euro, nous constatons le même résultat : Depense supplémentaire de 100 en euros et recettes publiques de 45, d’où un déficit accru de 55.

Bien évidemment, l’exemple est simplifié et évacue les remarques antérieures. Toutefois, nous pouvons choisir des multiplicateurs de valeurs différentes, le résultat est le même : le déficit est le même quelle que soit la voie empruntée.

Faire le choix d’une crypto-monnaie pour assurer une authentique transformation du pays n’est sans doute pas sans risque. Il est toutefois bien meilleur que celui consistant à aggraver le processus de dévaluation interne, aggravation autorisée par une Commission européenne qui, par le biais des modalités concrètes de son propre plan de relance, en arrive à contrôler le détail des plans nationaux. Parce que le plan de relance français, sous couvert de modernisation de « verdisation » et de « digitalisation » devient directement intégré  au contrôle européen à des fins de dévaluations internes, il est urgent d’envisager d’autres voies. Celle de la crypto-monnaie nationale en est une.

 

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 13:24

Quelques  idées complémentaires sont abordées dans ce papier :

  1. La forte montée de l’incertitude globale et mondiale engendrée par la pandémie détruit un capital social déjà fortement abimé. Les coûts de reconstruction de ce capital ne sont pas comptabilisés dans les plans de relance.
  2. L’oligopole asymétrique, et fortement coordonné des banques centrales autour de la FED, apparait faussement comme la solution présente à l’incertitude globale et mondiale.
  3.  Cet oligopole a pour actionnaires un duopole complexe fait de la finance mondialisée (actionnaire principal) et des organisations politico-administratives encore plus ou moins nationales (actionnaires secondaires ayant fait le choix de la servitude volontaire). L’oligopole asymétrique présente les caractéristiques d’un proto-Etat.
  4. Une façon de limiter la négativité de l’incertitude globale et la fausse solution d’un oligopole asymétrique se transformant en proto-Etat est le rétablissement de la souveraineté monétaire. Cette souveraineté peut profiter des technologies numériques et permet de remettre en pleine lumière ce qui fut historiquement la naissance du couple Etat/monnaie.

Le coût de la levée de l’incertitude et de la demande de protection

Les humains en tant que cellules formant un ensemble appelé « société » ont à régler les grands   problèmes de la vie : conservation, reproduction, régulation de l’ensemble. D’abord   conservation   qui oblige à absorber des éléments extérieurs (air, aliments) pour se maintenir en vie. Ensuite, reproduction qui, historiquement, a consisté à organiser la sexualité en vue d’une reproduction du monde. Enfin, régulation qui consiste en la mise à disposition d’un ensemble d’outils pour que la société fonctionne.

La résolution de ces grands défis a donné lieu à d’infinies variations de règles de fonctionnement d’où des cultures très diverses, voire des civilisations.

Ce phénomène de développement culturel répondant à des questions de vie est largement un fait         social émergent spontanément. De ce point de vue, Hayek a raison contre Descartes lorsqu’il affirme que si ce capital social (normes, visions, valeurs, morale, etc.) nous est largement utile dans notre interaction sociale quotidienne, nous n’en avons pas véritablement conscience. Clairement, notre action prend appui sur un capital socialement construit par les hommes mais très largement en dehors de leurs intentions.

Pour autant, ce capital est sécurisant puisque situé au-dessus de chacun d’eux, il est un langage commun sur le monde. Il permet d’anticiper assez largement les intentions des uns et des autres et fait que les sociétés humaines fonctionnent le plus souvent en dehors du risque de chaos. Ce capital forge des certitudes et de la confiance dans des actions concrètes jugées naturelles ou rationnelles et dont on attend un résultat avantageux.

On peut en déduire que la mise à disposition, toujours gratuite, de certitudes au profit d’un ensemble humain est fondamental. A contrario, l’apparition d’incertitudes provoque tout aussi naturellement un désordre qu’il faut éventuellement combler par des mesures réparatrices dont le coût est probablement proportionnel à la densité sociale, c’est-à-dire à la quantité des interactions sociales

C’est très exactement ce que nous rencontrons aujourd’hui avec la pandémie. Si un capital social plus ou moins dense permet de produire l’illusion sécurisante de contrôle du monde, la pandémie ouvre une période d’incertitudes difficiles à réduire en raison de l’extrême densité sociale qui caractérise le monde d’aujourd’hui. Inutile de rappeler ici toutes les mésaventures de l’interaction sociale que nous rencontrons.

Prenons simplement l’exemple de l’école et de la fermeture d’une classe pour risque sanitaire. L’extrême densité sociale fera que cela entrainera dans un certain nombre de cas, la mise au chômage partiel des parents et ce, avec des conséquences débouchant sur davantage d’incertitudes, pour les finances publiques, pour les charges des entreprises, pour leur fonctionnement concret avec toutes les conséquences pour la réalisation des contrats en cours ou marchés prévisibles, etc. Il n’y a pas que le virus qui est rhizomatique, et l’incertitude globale qu’il crée à partir d’une simple classe d’enfants d’âge scolaire concerne tous les aspects de la rencontre sociale et ce, à l’échelle de la société.

Nous ne parlerons pas ici des coûts de rétablissement du capital social. Ils sont probablement gigantesques à l’échelle de la planète. Signalons simplement qu’ils ne sont pas mesurables et ne peuvent pas être pris en considération dans les enveloppes des plans de relance de chaque pays. C’est dire aussi que ces enveloppes déjà non finançables sur les marchés classiques de la dette publique, devront probablement être corrigées à la hausse et ce, tant qu’un capital social suffisamment sécurisé ne sera pas rétabli. En attendant il semble qu’une sécurisation plus ou moins précaire apparaisse avec la montée en puissance d’un nouvel acteur dans le jeu social : le proto-Etat.

La fausse sécurisation par l’apparition de proto-Etats

L’élément, à première vue stable, qui produit encore un peu de certitudes dans un monde en déshérence, est sans doute le réseau des banques centrales dont on peut se demander s’il ne constitue pas les prémisses d’un ou de plusieurs proto-Etats.

De ce point de vue, il est clair que les banques centrales ont quitté leur métier de base consistant à valider le statut de simples infrastructures de marché, lesquelles autorisent le fonctionnement quotidien des banques et se trouvent faites logiquement de créances et de dettes à très court terme (prises en pension). Aujourd’hui, près de 80% du bilan de la BCE est constitué de prêts à moyen et long terme auprès du système bancaire (18%) et de prêts aux Etats (59%). Les montants correspondants sont colossaux : 1300 milliards pour 700 banques en juillet 2020, et un cumul au 19 juin 2020 de 3326 milliards d’euros pour les Etats. Dans le même temps est proposé un programme d’achat d’obligations d’entreprises, dont le contenu qualitatif serait finement précisé : éligibilité à la collatéralisation, à la cause climatique, etc. le tout assorti de protocoles de reporting tout aussi précis. Clairement, nous nous acheminons vers un dispositif d’aide au profit de la plupart des acteurs, les banques elles-mêmes avec un taux négatif permettant de remédier à leur rentabilité insuffisante, les Etats qui voient leurs engagements considérablement augmentés et sont tétanisés par la réapparition de spreads de taux, les entreprises qui, par le biais des 2 premiers acteurs, se maintiennent à flot par perfusion financière (20 points de valeur ajoutée pour les seules entreprises françaises). Comment ne pas découvrir une nouvelle réalité au-delà du voile déchiré de l’indépendance de la Banque centrale ? Comment ne pas voir qu’elle devient un proto-Etat chargé de la régulation d’un ensemble devenu chaotique ? Comment ne pas voir que de fait, elle a désormais pour acteurs un duopole composé de la finance et d’organisations politico-admiratives multiples (les Etats) ayant choisi la servitude volontaire pour se sauver elles-mêmes en sauvant les acteurs dont ils ont la charge (entreprises chargées de l’emploi du « demos ») ?

La FED est dans une situation analogue. Son bilan s’est accru de 3000 milliards de dollars pour soutenir un Trésor chargé d’un budget s’acheminant vers un déficit de 18,7 points de PIB en 2020. Simultanément, la FED s’est portée acheteuse sur le marché des ETF, marché qui représente les fonds indiciels et donc l’ensemble du paysage financier. Cette disposition ajoute à la grande porosité entre les deux marchés, celui des actions et celui des obligations, porosité déjà lisible avec les obligations convertibles et les obligations hybrides qui permettent à bon compte une augmentation des fonds propres.

 Tout aussi simultanément, la FED organise à des fins de protection à l’échelle planétaire la gestion de la dette des pays émergents. Pour se faire elle propose des swaps de devises entre banques centrales afin d’assurer une liquidité qui, en cas de disparition, pourrait avoir des conséquences à l’échelle du monde. Signalons enfin qu’une réflexion plus ou moins avancée concerne le projet de création d’une crypto-monnaie FED, dont l’usage serait proche de ce que l’on appelait « l’hélicoptère-monnaie ». Là encore comment ne pas voir l’apparition d’un couple finance/Etat, dont, il est vrai, la complexité en termes de rapports de forces est extrême (12 Banques centrales privées avec dominante de la Banque centrale de New York, elle-même dominée par 2 banques, Citigroup et JP Morgan ; articulation à un « Federal Open Market Comitee » (FOMC) présidé par le gouverneur de la Banque centrale de NY mais avec très fort poids du Trésor américain…..etc. ).

Plus globalement, la monnaie américaine étant encore la véritable monnaie de réserve, on comprend qu’il existe une certaine solidarité entre toutes les banques centrales occidentales avec, de fait, l’apparition d’un oligopole asymétrique avec dominance de la FED et des actionnaires, parmi lesquels les personnels politico-administratifs des Etats sont de fait en situation de servitude volontaire. Cette centralisation planétaire semble encore l’instrument le plus à même d’assurer la sécurisation évoquée plus haut.

 Le monde est devenu complètement instable, complètement imprévisible, et seul un proto-Etat composite ou multiple est encore capable de créer un minimum de sécurité. On en connait pourtant les inconvénients majeurs avec la croissance inéluctable des inégalités de patrimoine et de revenus correspondants, notamment des revenus insuffisants pour l’accès au logement de ceux qui ne sont pas rentiers. Question très débattue que nous n’aborderons pas tant elle est connue. L’avenir de ce faux pôle de stabilité reste évidemment un mystère. On peut certes penser à davantage de sélectivité dans la partie bancaire de la finance et ce, afin de restaurer des marges (une partie des actionnaires du proto-Etat ou des proto-Etats se révolte), mais les actionnaires principaux -conscients du risque accru de déflation et d’explosion sociale- ont les moyens d’éteindre l’incendie possible en subventionnant les banques avec des taux négatifs. Restaurer des marges avec de la déflation ou inonder les banques avec les subventions du ou des proto-Etats, bien malin qui pourra dire quelle solution, toujours précaire, émergera.

Le rétablissement d’une souveraineté monétaire par des Etats mettant fin à leur propre servitude ?

Au final c’est l’abandon soit d’une authentique souveraineté monétaire (Europe) ou son partage avec la finance (USA) qui questionne le retour à un monde plus stable. Or de ce point de vue nous avons déjà signalé les projets de crypto-monnaies souveraines par des proto-Etats Ces dernières, à supposer qu’elles puissent émerger,  peuvent-elles échapper à l’emprise de la finance ?

Dans la partie occidentale de notre monde nous avons, en dehors du projet américain encore très vague, des plans de création de monnaie centrale mais sans les caractéristiques de ce qu’était l’Etat souverain et démocratique, tel qu’il se manifestait encore avant l’ère de la prétendue indépendance des banques centrales. Curieusement, cette innovation semble être une copie moderne de ce qui fut la création historique des premiers Etats, lesquels se sont appuyés sur un objet de pouvoir qui allait devenir monnaie. Ce point mérite une explication.

Revenons quelques instants sur le capital social (normes, valeurs, visions, morale, etc). Produit par tous et n’appartenant à personne, il est, dans les sociétés premières, l’objet de questionnement dont la réponse est universelle : notre réalité est le fait des dieux, ce qui veut dire que la vie est un don de l’au-delà auquel il faut répondre par un contre-don. Fondamentalement, les humains sont des endettés. Ce que Pierre Clastres va appeler coup d’Etat fondant les premiers Etats est un processus historique, au terme duquel des individus vont prendre une partie de la place des dieux et devenir des créanciers vis-à-vis d’un « demos » désormais endetté. De ce point de vue on peut penser que la naissance des Etats est un premier exemple de privatisation et, ce qu’on appelle le personnel politico administratif, est le bénéficiaire de cette dernière : les anciens sacrifices envers les dieux deviennent des dettes envers des hommes (despotes, empereurs, princes, etc.), des dettes appelées plus tard impôts. Ces processus de privatisation de ce qui était commun s’est historiquement développé en de nombreux endroits, d’où une concurrence entre les gagnants de la privatisation.

Spontanément la dette doit aussi être réserve de valeur liquide d’où l’apparition des premiers circuits du Trésor : Contrôle d’une mine de métal précieux par le nouveau pouvoir étatique, transformation du métal en monnaie, circulation de la monnaie à l’intérieur de l’espace social soumis au phénomène étatique, retour au moins partiel vers l’Etat sous la forme de l’impôt.

En exigeant de la Banque centrale de Chine la création d’un devise numérique (« Central Bank Digital Currency » ou CBDC), le pouvoir chinois renoue spectaculairement avec l’antique modèle du couple Etat/monnaie. Chacun sait que l’indépendance des banques centrales est pure plaisanterie. Il en va évidemment de même pour la Banque centrale de Chine, laquelle pourra désormais être comparée aux vieux hôtels des monnaies de notre moyen-âge. Derrière cette construction nous retrouvons la question historique de la fusion entre Trésor et Banque centrale, lesquels ne font plus qu’un. Et déjà des journalistes évoquent, sans s’en rendre compte, le rétablissement du circuit du Trésor : la Banque centrale chinoise  commence à payer en cryptomonnaie des fonctionnaires qui peuvent ainsi payer leur cotisation au parti communiste Chinois….

Du point de vue du pouvoir, il s’agit de lutter contre les crypto-monnaies privées qui, en Chine, sont très répandues et sont considérées comme une menace : spéculation dans le champ de la finance de l’ombre (Shadow Banking) et surtout fuite des capitaux. Il s’agir de retrouver la centralité monétaire.

Y a-t-il risque d’une fuite devant la crypto- monnaie centrale et au final un destin tel celui des assignats des années 1790 en France ? La réponse parait négative car au-delà de la souveraineté classique, il y a en Chine une réalité identitaire : la souveraineté chinoise est aussi un nationalisme clairement affirmé. Et nationalisme qui se manifeste aussi dans les entreprises dont nombre d’entre-elles connaissent au passif de leur bilan une participation publique. De plus, sans connaitre davantage la réalité de la nouvelle monnaie, rien n’empêche de lui donner cours légal et cours obligatoire. En sorte que le destin de la monnaie numérique chinoise nous apparait être plutôt celui des effets « MEFO » de l’Allemagne nazie que celui des assignats dans une période où le capital social du royaume s’est largement effondré.

Au-delà des intérêts politiques dominants en France, rien n’interdit aujourd’hui le personnel politico-administratif français de créer une crypto-monnaie de nature identique. Bien évidemment, il ne peut utiliser la Banque de France prisonnière de l’euro-système. Par contre, il peut directement utiliser le Trésor. De ce point de vue la vitesse avec laquelle Bercy et ses satellites sociaux ont pu exécuter, lors du confinement, les décisions du pouvoir en matière d’aides aux ménages et aux entreprises, montre qu’il suffisait d’un simple changement de désignation de la monnaie pour échapper aux contraintes de l’euro.

 De quoi créer une monnaie locale à vocation nationale et ainsi restaurer les marges de manœuvre d’un Etat enfin rétabli dans la puissance conférée par la souveraineté. Une puissance évidemment contrôlée dans un cadre démocratique.

 S’agira-t-il de la prochaine étape dans la gestion de la crise ?

 

 

 

 

 

 

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 08:57

L’énorme crise économique à venir n’est plus gérable avec les règles de la mondialisation et plus encore, avec celles  de la communauté européenne.

Les différents instituts statistiques qu’il soient internationaux ou nationaux, privés ou publics s’orientent tous sur des scénarios de retour vers les chemins antérieurs de croissance. Les nuances se  font autour des formes de ce retour : « rattrapage », « récupération rapide », « longue traine » , « grande dépression ». Le vocabulaire utilisé en dit long sur la difficulté de penser le monde autrement.

S’agissant de la France une relance classique est aujourd’hui impensable pour toute une série de raisons.

La première obéit à un principe de réalité élémentaire : l’énormité des déficits publics dépasse de très loin les possibilités d’une gestion raisonnable de la dette. L’agence France Trésor chargée de commercialiser la dette devra cette année, au moins doubler ses efforts de commercialisation de nos OAT et autres titres publics (Passage de moins de 200 milliards d’euros à probablement près de 400 milliards d’euros). Cela signifie aussi qu’environ 70% des dépenses de l’Etat central correspondront à du crédit…à la consommation pour l’essentiel… Même avec une charge de la dette nulle (taux de l’intérêt proche de zéro) son simple roulement sera impraticable.

La seconde est d’abord une logique de méfiance qui, déjà fort présente au regard des politiques publiques menées depuis plusieurs décennies, va considérablement s’aggraver au regard d’une crise sanitaire difficile. Cette logique a pour premier effet de développer l’épargne au détriment de la consommation et de l’investissement. Déjà vérifiée dans les pays au déconfinement avancé (Chine) elle ne peut que s’amplifier au regard des grandes inconnues de la crise : seconde vague ? quelle immunité ? quels décalages chronologiques dans les rythmes de la crise entre les zones géographiques ? Face à une offre globale difficile à rétablir va correspondre une demande durablement faible.

La troisième est, probablement, un début de prise de conscience que la dérégulation généralisée et que l’hypothèse d’un individu entrepreneur de lui-même, totalement délié au sein d’une société complètement liquide, est une erreur scientifique : les humains restent dans la nature, qu’ils façonnent  en y développant aussi des externalités… qui peuvent l’anéantir et ainsi détruire tous les calculs microéconomiques savamment menés. C’est ce que nous enseigne la crise sanitaire.  Nous retrouvons là le défi de la complexité chère à Edgar Morin, défi hélas complètement oublié dans les modèles économiques classiques enseignés dans les Universités.

Ces trois arguments se combinent pour toucher davantage la France que les autres pays. La dérégulation généralisée avec la fin du monopole monétaire, la sanctuarisation des 4 libertés, l’interdit de toute politique publique sérieuse, etc. était beaucoup plus choquante pour les français que pour les citoyens des autres pays. La raison est d’ordre culturel ou historique et le pays s’est très largement construit, beaucoup plus qu’ailleurs, autour de son Etat. C’est précisément parce que la culture française accorde une importance considérable à son Etat, que la rétraction industrielle du pays, la désertification des campagnes, la dérégulation financière,  la fuite des grands ingénieurs techniques vers la finance, la  transformation des entreprises en productrices de simples valeurs comptables, la confusion de l’investissement et de la spéculation, la transformation des cadres en agents taylorisés d’un reporting, devenu bible de bonne gestion,  la transformation des grandes écoles d’ingénieurs et des universités en écoles de commerce, etc. est, au final, très mal vécue.  Bien évidemment se trouve également, très mal vécu le délabrement progressif d’un hôpital public soumis aux réformes structurelles étonnamment bureaucratiques, et pourtant imposées par la dérégulation généralisée.

Cette place singulière de l’Etat en France mérite davantage d’explication. La clé de celle- ci se trouve probablement dans une identité culturelle pluriséculaire qui marque l’histoire du pays et en font sa singularité. Sans reprendre les travaux d’un Philippe d’Iribarne, on peut la dessiner par quelques traits : position honorable pour tous, passion de la grandeur, participation égale à la noblesse, passion de l’égalité exacerbée par une vision hiérarchique du monde, place non centrale de la propriété, méfiance vis-à-vis du marché.

Chacune de ces caractéristiques qui fixe la réalité culturelle française et la singularise par rapport à toutes les autres, peut être mobilisée pour comprendre des réalités concrètes. En particulier, elle permet de comprendre les difficultés humaines de l’entreprise française noyée dans les exigences de la finance : un contrat de travail n’est pas un contrat banal en France ; les inégalités salariales sont plus mal vécues, tous les métiers sont d’égale noblesse, et on préfère la logique des concours à celle des DRH recruteurs ; la haute fonction publique relève d’une noblesse d’Etat ;  le libre marché provoque des inégalités ; la rente est illégitime ; l’entreprise n’est pas un espace démocratique, etc.

Ces caractéristiques culturelles pluriséculaires furent historiquement protégées par un grand Etat devenu aussi au siècle dernier un Etat protecteur. Lorsque le capitalisme se trouve dans sa phase fordienne (gains de productivités considérables aisément partageables dans le cadre de l’Etat-Nation), il est clair que la France est un pays qui rayonne plus que d’autres : croissance au-dessus de la moyenne avec rayonnement de son socle culturel partout dans le monde. D’où la France des grands projets, celle capable en quelques années d’assurer une indépendance énergétique à nulle autre pareille, celle capable de construire un outil militaire, certes petit, mais sans égal dans le monde,  celle d’un rayonnement scientifique exceptionnel (Mathématiciens monopolisant la médaille Field, physiciens, astrophysiciens) ; celle d’un rayonnement technologique faisant jeu égal avec la première puissance du monde, celle d’un rayonnement culturel, philosophique et artistique, mondialement exportable (« French theory », écrivains, etc.). Une liste exhaustive serait difficile à établir.

Lorsque maintenant, il est décidé de passer de l’internationalisation à la mondialisation, passage qui est aussi celui du passage du capitalisme accumulatif au capitalisme spéculatif, et lorsqu’il est décidé de construire une Europe qui n’est qu’un édifice marchand, la France se tourne vers des choix impossibles en ce qu’ils ne correspondent pas à sa réalité culturelle et historique. Ce qui n’est pas le cas de nombres de partenaires pour qui le marché fait partie d’une liberté retrouvée ou à conquérir.

Dés lors, la réalité française va devenir schizophrène : ses élites vont se confondre de plus en plus avec celles du marché, et il faudra trouver des compensations pour la majorité qui refuse, avec détermination, la grande transformation.

L’élite découvre dans cette dernière, une réalité confortable : on continue d’aduler l’Etat tout en étant plongé dans les délices du marché, d’où par exemple le grand principe des « portes tournantes » à Bercy. D’où toute l’histoire bien connue du changement de statut, avec des grands commis qui deviennent dirigeants d’entreprises que l’on privatise, des dirigeants qui, petit à petit, auront pour interlocuteurs non plus des salariés, non plus des actionnaires bien légitimes, mais des fonds spéculatifs qui s’intéressent beaucoup moins à l’investissement -la réalité de l’entreprise- et bien davantage à la simple « valeur actionnariale »…parfois obtenue par des procédés douteux comme le rachat massif d’actions. Une réalité qui, étrangement, va générer une énorme bureaucratie chargée de surveiller l’efficience des grandes entreprises et de toutes leurs filiales, non celle assurant une réelle accumulation du capital avec croissance véritable et emplois réels mais - comme le dit, avec humour, un Jean-Luc Gréau, ou plus de tristesse, un Pierre-Yves Gomez - une « accumulation comptable ». D’où la multiplication d’experts à l’interne, en systèmes de paramétrages, en prescripteurs d’objectifs, en contrôle des activités, en calculs des écarts, en systèmes d’alertes, etc. D’où aussi à l’externe des consultants, des évaluateurs, des comptables, des juristes, des marchands de sécurité .financière, des notateurs, des organisateurs, des communicants, des lobbystes, des marchands de bonnes pratiques ou d’efficience managériale, des virtuoses en optimisation fiscale, en « Tarification à l’Activité » (Hôpitaux) ou en « Taux d’Occupation » (EHPAD), etc. La liste composant cette boursoufflure tant du « back office microéconomique » que du « back office macroéconomique » serait impossible à établir.

 Et chacun, constatant la probable démesure de cette liste, pose la question de l’évaporation des  producteurs réels. C’est pourtant dans cette boursoufflure qu’une bonne partie de la jeunesse diplômée  trouve son emploi, une jeunesse ainsi amenée à croire qu’il s’agit là d’un monde rationnel. Un monde qui, en quête permanente d’efficience, débouche sur son envers : une chute vertigineuse de sa croissance potentielle et ce depuis les oukases mondialistes et surtout européistes. Et, sans oublier la question majeure de l’environnement, Le monde fonctionne à rendements décroissants et ne peut plus satisfaire le système de valeurs qui fait la spécificité de la France.

Cette énorme bureaucratie copie singulièrement celle de l’Etat protecteur traditionnel qui, pour continuer jusqu’à l’impossible sa protection, s’enlise lui -même dans sa propre bureaucratie,  une bureaucratie qu’il importe maladroitement - gestion hospitalière par exemple-  depuis le secteur privé jugé rationnel. D’où au final une  quasi-généralisation des « Bullshit jobs » privés et publics tant décrits par David Graeber ;  jobs  qui parfois ressemblent à ceux  des acteurs du vieux monde soviétique empêtré dans les sables du « Gosplan ».

Le prix à payer est énorme car la vieille culture est toujours présente chez les plus nombreux et l’Etat se doit-être d’autant plus protecteur que, dans sa schizophrénie, il abandonne tous ses leviers et perd les ressources traditionnelles de son action. Curieusement, il ne peut que grossir avec une croissance dont le rythme ne peut que diminuer avec la chute de l’investissement productif national : ses moyens diminuent mais il faut compenser les désastres sociaux impulsés par la grande transformation. On comprend alors la litanie des 40 années de déficit public, des dépense publiques énormes , essentiellement sociales qui ne peuvent que croitre, sauf à abandonner les valeurs traditionnelles du pays.

La France n’est pas malade parce que, par rapport à l’Allemagne, ses dépenses publiques sont de 10 points de PIB supérieurs. la France est d’abord malade de sa schizophrénie : être dans la mondialisation tout en la refusant  foncièrement . Etre dedans tout en le refusant c’est bien sûr un double déficit, celui de la compétitivité, prix d’une protection coûteuse qui est, elle-même, le prix d’un abandon de l’internationalisation au profit d’une   mondialisation devenue dangereuse et faussement productive car assise sur un capitalisme spéculatif et non plus accumulatif. La conséquence ultime de cette schizophrénie est bien évidemment un délitement social de plus en plus dangereux. Inutile d’insister sur l’évidence des faits.

Cette constatation doit-être le point de départ de toute réflexion stratégique concernant le pays. Il ne peut, vu l’énorme puissance de la crise, y avoir de relance ni pour la France ni probablement  pour nombre d’autres  pays. Il ne peut plus y avoir de réformes structurelles qui s’attaquent stupidement aux valeurs fondamentales du pays… D’où l’abandon probablement intégral des réformes entreprises si l’actuel pouvoir se pense concerné par le souci de sa reconduction…

Il ne faut pas se tromper et la réflexion stratégique à mener doit d’abord concerner toutes les règles antérieures et en particulier celles de l’Union Européenne. S’il s’avère politiquement impossible de revenir sur la question de la monnaie unique, celle du marché unique, la question du  libre -échange, etc. Il faut impérativement réfléchir sur la question de leur contournement radical : rétablissement de barrières douanières ? émission d’une monnaie parallèle par une banque de France soumise ? restrictions sur les mouvements de capitaux ? Il n’y a plus à faire semblant de négocier avec des acteurs qui ne respectent pas fondamentalement les valeurs essentielles du pays. Et il n’y a plus à faire semblant de se réjouir sur les résultats des dernières négociations bruxelloises qui ne peuvent que prolonger l’agonie.

Tout aussi importante est celle du « containment » de la finance. L’entreprise doit retrouver un minimum de souveraineté avec la fin de sa soumission quasi-complète aux seuls intérêts d’acteurs qui se livrent à un quasi-détournement des droits de propriété. Actionnaires réels et collaborateurs réels doivent retrouver leur légitime place dans l’entreprise. C’est la condition fondamentale de sa résurrection, de son autonomie et du rétablissement du sens dans le travail de ses cadres. Cela passe par un bouleversement radical de la finance et une reprise en main sérieuse, et du système bancaire, et du « shadow banking » qui lui est associé. Sans pouvoir dessiner ce que serait le nouveau système, il est clair que l’activité financière doit se détourner complètement de ce qui est devenu un gigantesque casino où s’élaborent des paris sur fluctuations de prix, pour en revenir à sa fonction première : prendre des risques en finançant des investissements productifs. La refonte financière est probablement la mère de toutes les réformes mettant fin à la schizophrénie du pays.

Parce que nul ne peut s’attaquer à un système de valeurs et donc à une culture, mettre fin à la schizophrénie de la France suppose la mise en place de règles fondamentalement éthiques : celles qui respectent les méta-règles de son jeu social.

Mettre fin à la schizophrénie, c’est aussi faire le choix de l’entre- deux : ni fermeture d’un Etat-Nation à l’ancienne, ni ouverture sans dures négociations. Ni fermeture en raison de l’universalisme de ce qui se dégage des vieilles valeurs du pays et qui en font sa grandeur. Ni ouverture sans récupération de tout ce qui participe à sa complète résilience : santé, éducation, énergie, environnement, agriculture, sûreté nationale, outils numériques, sont des « communs » qui, tout ou partie, peuvent échapper à une logique strictement marchande et doivent être repositionnés sur le territoire. De ce point de vue, les réussites des industries de l’armement peuvent aider à la réflexion.

 

 

 

 

 

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10 janvier 2020 5 10 /01 /janvier /2020 16:40

Tel que présenté dans le projet de loi, beaucoup en conflueront que la bureaucratie va accoucher d’une nouvelle usine à gaz. Un nouvel établissement public va naitre, établissement pantin d’un marionnettiste appelé Etat, lequel va fixer les paramètres du nouveau système de retraite. De quoi dépolitiser une fois pour toutes l’un des cadres fondamentaux de nos sociétés.  

Il y a dépolitisation puisque la règle sera vécue comme une extériorité radicale, une raison supérieure sur laquelle personne ne peut avoir de prise. Cette raison radicale est aussi la fin d’un système de solidarité : chacun étant entrepreneur de lui-même pourra, par le biais d’une analyse coût/ avantage complétement individualisée, acquérir une quantité jugée « optimale » de points.

Mais ce n’est pas parce que l’on aura dépolitisé l’un des cadres de la vie, qu’on aura réussi à transformer la retraite en marchandise. La suite de l’aventure sera bien évidemment l’exigence de transformation de cet objet administré qu’est le point de retraite en objet échangeable sur un marché. Impossible dira- t-on puisque la loi l’interdira.

Pour autant cette loi risque vite d’apparaitre comme une insupportable répression des gains potentiels à l’échange  entre acteurs dont certains désirent  davantage de points de retraites, et dont d’autres y voient un actif mobilisable au profit d’ actifs de nature différente. Par exemple, diront les économistes, le calcul coûts/avantages chez les moins de trente ans et chez les plus de 60 ans, fera que ces derniers seront éventuellement acheteurs de points de retraite, tandis que les premiers seront souvent vendeurs. La position des uns et des autres dans le temps de la vie, fait qu’un échange mutuellement avantageux existe potentiellement. Ainsi un jeune pourra trouver intéressant de vendre ses points pour rendre plus aisé l’acquisition d’un logement, tandis qu’un sexagénaire ayant épargné compléterait volontiers sa retraite par acquisition de points supplémentaires.

Il n’y a aucune raison de considérer que la grande vague de financiarisation des activités humaines s’arrêtera à la question des retraites. Bien sûr, existe déjà la retraite classique par capitalisation. Mais cette dernière repose sur des actifs financiers dont on sait qu’ils sont soumis à des crises régulières, des crises qui restent dans la mémoire des retraités, notamment anglo-saxons, qui en furent victimes voici une bonne dizaine d’années.

L’avantage du point bureaucratique de retraite est que sa valeur est administrativement fixée. Il n’y a pas risque de tromperie sur la marchandise comme cela est si souvent le cas sur les marchés financiers qui doivent se protéger pas de couteuses dépenses de couverture. En clair le point de retraite est potentiellement l’un de ces actifs sans risques tant recherchés par la finance.

La liquéfaction croissante de notre société passe donc par un marché du point de retraite, marché dont la naissance sera probablement exigée par tous les « modernisateurs » de la société, et marché que l’on ne peut concevoir à l’échelle de l’artisanat.

Il semble évident que les grandes institutions financières vont plutôt bouder les dangereux marchés de la retraite par capitalisation, pour exiger la naissance d’un confortable marché des points bureaucratiques. En cela elles s’annonceront porteuses de services « d’intérêt  général »: assurer la liquidité du marché. Les jeunes pourront facilement vendre leur portefeuille naissant et les vieux facilement ajouter au confort de leur retraite. A partir de là, toute une nouvelle pyramide financière pourra naitre et demain nous verrons peut-être les points bureaucratiques dans les « appels de marge », dans les « fonds propres », dans les « produits structurés », etc.

Bien évidemment, si un tel marché devait advenir le prix du point de retraite pourra s’éloigner de la valeur administrativement fixée, un peu comme du temps de l’étalon- or où chaque monnaie pouvait connaitre un cours légèrement différent de celui défini par le poids en métal précieux. C’est dire que sur une valeur solide,( merci la bureaucratie), les traders à venir, pourront parier sur les fluctuations de prix et s’octroyer de généreux bonus au nom d’un intérêt général bien compris.

Black rock a mieux à faire que de  s’attaquer à des « bouts de retraite par capitalisation ». S’il veut faire du lobbying intelligent, il doit attendre la fin des grèves,  attendre la fin de la résistance populaire, et proposer, à terme, un gigantesque marché des points de retraite. Mais peut-être y -a- t-il pensé avant nous.

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 13:49

Nous proposons, dans le très bref texte qui suit, l’examen des fondements de ce qui pourrait justifier une refonte en profondeur de l’organisation du système des retraites.

Il convient tout d’abord de considérer que ce qu’on appelle retraite, est une partie du « coût de la vie humaine », partie que l’on peut désigner par « coûts d’entretien de la vieillesse ». Ces coûts sont en quelque sorte la fin d’une longue série : « coûts de la production et de la formation » ( il faut élever les enfants et les former) ; « coûts du travail consommé » ( l’employeur doit aujourd’hui rémunérer les salariés dont il consomme le travail et les compétences qui s’y rattachent) ; « coûts intermédiaires » ( la vie est aussi parcourue par la maladie, voire de l’inadaptabilité au travail, laquelle correspond en particulier au chômage possible).

En très longue période, on peut constater que l’humanité a toujours recherché à retarder la « sortie de la vie » en construisant des outils propres à la sécuriser et à la prolonger. Globalement, l’augmentation considérable de l’espérance de vie est un fait récent à l’échelle de l’histoire de l’humanité. Elle est liée à l’augmentation considérable des « coûts de la production et de la formation » (on entre beaucoup plus tard sur le marché du travail). Elle est aussi liée à une augmentation « du coût d’entretien de la vieillesse ».

Dans le monde d'aujourd'hui, le coût complet de la vie (production, formation, travail consommé, coûts intermédiaires, coût d’entretien de la vieillesse) est globalement assuré par une Institution appelée « Entreprise ». Cette dernière distribue chaque mois des « bons » appelés « salaire », et « bons » qui prennent en charge les « coûts du travail consommé ». Au-delà,  les modernes fiches de paye, révèlent que l’institution « Entreprise » verse des « bons indirects » appelés charges sociales, lesquelles feront face à nombre d’ autres coûts de la vie ( allocations familiales, logement, chômage, maladie, vieillesse, etc.). c’est dire que l’institution « Entreprise » est au centre d’un réseau qui permet de solidariser le coût complet de la vie humaine. Au sommet de ce dernier se trouve l’Etat, acteur plus ou moins interventionniste dans un système social producteur de la dite solidarité. Empiriquement, on a pris l’habitude de distinguer un modèle social « bismarkien » d’un modèle « beveridgien », la réalité concrète étant souvent un mixe de ces deux modèles. Tout aussi empiriquement, on sait aussi que le coût complet de la vie n’a pas toujours été assuré par l’institution « Entreprise » et qu’il fut historiquement assuré par une cellule domestique plus ou moins élargie.

On oublie souvent que la prolongation de la vie est assortie d’un coût croissant : produire plus de temps de vie est assorti d’un coût croissant en charges indirectes : il faut beaucoup de formation, d’intelligence, de capitaux, pour améliorer l’espérance de vie par le biais d’un système de santé. C’est dire que le coût global de la vie, qui est aussi dans notre monde le coût global du travail, ne peut qu’augmenter. Lorsque l’on commence en France, à s’intéresser au risque de la vieillesse dans les années 30, on imagine déjà une augmentation du coût global du travail. Toutefois, le chemin est encore long car les salariés meurent peu de temps après la fin du travail. Il en résulte assez mécaniquement que même faibles les cotisations dépassent de loin les versements, et que naturellement le système des retraites devient un système excédentaire, pour lequel il faudra trouver des instruments de placement …..nous en sommes loin aujourd’hui

Et si, présentement, on dépense plus en soins pour prolonger la vie (12 points de PIB aujourd’hui contre moins de 1 point au début du siècle passé), le coût global du travail augmente par deux canaux : les dépenses croissantes de santé d’une part et celles tout aussi croissantes de retraites. Ces dernières ont en effet augmenté dans les mêmes proportions et vont passer de moins de 2 points de PIB au début du siècle précédent à 14 points aujourd’hui.

Quand on vit dans la période des 30 glorieuses, un système bismarkien est presque idéal. Il est un moment de social-démocratie où les partenaires sociaux, appuyés par un Etat bienveillant et bien nourri par un fort rendement de l’impôt, se partagent les gigantesques gains de productivité de l’époque ( 3 à 4% contre moins de 1% aujourd’hui). La hausse permanente du coût global du travail de l’époque est payée par les gains de productivité lesquels pourront aussi payer des hausses de profit justifiant des investissements eux-mêmes exigés par la hausse des dépenses salariales…Nous sommes dans un cercle vertueux.

Tel n’est plus le cas dans une économie mondialisée, où le coût global du travail perd sa contrepartie « débouché » pour n’être qu’un seul « coût » à comparer avec celui existant dans les pays émergents : Le coût global du travail ne peut plus augmenter. Si, au-delà, une monnaie unique fait disparaître l’outil "taux de change", et qu’en outre le taux initialement choisi est trop élevé, alors le coût global du travail doit impérativement baisser. Un malheur n’arrivant jamais seul, les dépenses croissantes de santé n’ assurent que peu de naissances supplémentaires mais sont la cause directe de beaucoup moins de décès. D’où la question démographique avec 0,74 retraité par actif aujourd’hui contre 0,24 en 1959.

Les entrepreneurs politiques qui ont mis en place, voici une quarantaine d’années, l’enveloppe règlementaire de la mondialisation, se doivent d’être cohérents et ne peuvent plus conforter un modèle bismarkien, ou social-démocrate qui, par ailleurs n’intéressent plus que les syndicats de salariés. C’est qu’en effet le basculement vers la mondialisation en provoque un autre : les entreprises ont davantage intérêt à négocier directement avec l’Etat et moins avec des syndicats restés enkystés sur un territoire jugé trop étroit.

La cohérence vise par conséquent à transformer le modèle bismarkien en modèle beveridgien. De ce point de vue, le projet gouvernemental - s’il ne dérape pas - est en parfaite adéquation avec les exigences de la monnaie unique. Il en est même une prothèse indispensable. On ne sait pas encore précisément comment fonctionnera la Caisse Nationale de Retraite Universelle, mais on sait déjà qu’elle sera, de fait, une agence centrale d’Etat dépourvue, à l’inverse des Autorités Administratives Indépendantes, d’une réelle autonomie. Les caisses existantes seront fermées et il sera ainsi mis fin au subventionnement de leurs déficits éventuels par le Trésor. C’est là un premier canal de diminution du coût global du travail.

La gouvernance de ce qui serait la « CNRU » sera paritaire mais des représentants de l’Etat y figureront comme employeurs, ce qui développe des conséquences essentielles.

En effet, les partenaires seront peut-être censés fixer chaque année la valeur du point, l’âge d’équilibre, le taux de cotisation, l’indexation des pensions, etc. Mais il ne s’agit que d’une illusion puisque la Caisse étant universelle, de telles prérogatives toucheraient immanquablement la loi budgétaire dont l’artisan est Constitutionnellement le seul Parlement. Parce que les pensionnés de l’Etat sont couverts par la loi budgétaire, des acteurs étrangers au parlement ne peuvent décider d’un des chapitres du budget de la Nation. Clairement le projet de loi concernant la réforme des retraites devra obligatoirement prévoir la valeur simplement consultative des propositions des partenaires sociaux. Derrière l’apparente bienveillance du terme « universel » se cache une formidable reprise du pouvoir sur une partie essentielle du coût global du travail.

Nous serons donc bien dans un système où l’Etat reprendra l’essentiel des commandes et pourra lui-même procéder souverainement à la diminution du coût global du travail , ici, par la diminution sensible des pensions. Les instances de concertation seront le décor, mais le vrai partenariat sera celui entre les entrepreneurs politiques et les entrepreneurs économiques plongés dans le grand bain de la mondialisation.

Reste évidemment la question de la résistance syndicale vis-à-vis d’un basculement dont ils ne comprennent pas le principe, ni à fortiori le lien direct avec la question de l’euro. Il est très clair que, bizarrement, la négociation actuelle porte sur le prix de vente de la réforme. L’exemple des discussions ministérielles avec les enseignants est ici très symbolique. Dans notre langage, ce prix consisterait à relever de façon assez spectaculaire ce que nous avons appelé les « coûts du travail consommé ». Travail de gribouille pour les entrepreneurs politiques au pouvoir envers lesquels l’institution « Entreprise » exige une véritable diminution du coût global du travail, et non  du bricolage. La fin des corps intermédiaires au profit du partenariat entrepreneurs politiques/entrepreneurs économiques ne sera pas de tout repos.

Le premier tour de l’élection présidentielle de 2022 se jouera sur l’aptitude réelle du pouvoir à concrétiser l’exigence de baisse non dissimulée du coût global du travail. Les lecteurs de ce blog savent qu'il existe d'autres solutions que celles qui réaniment la Haine entre classes sociales. Celle du  rétablissement de l'Etat-Nation en est une....encore, il est vrai, peu déchiffrable sur les marchés politiques.

 

 

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9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 12:43

Nous publions ici une vidéo de jacques Sapir consacrée une fois de plus aux méfaits de l'euro. Curieusement le Centre de Politique Européenne de Fribourg-en- Brisgau, think tank traditionnellement  européiste a récemment publié une étude consacrée aux effets de l'euro sur les croissances de différents pays de la zone. Cette étude est largement commentée par Jacques Sapir qui y voit confirmation des travaux du FMI concernant les taux de change dévalués pour l'Allemagne et surévalués pour l'Italie et la France. 

Parallèlement , et avec une méthode voisine, l'Institut des Libertés publie une analyse de  Charles Gave allant dans le même sens (https://institutdeslibertes.org/retour-en-terre-de-connaissance-leuro-un-transfert-de-richesse-du-sud-vers-le-nord/. Ce dernier critique la méthode du centre de recherche allemand et mobilise les taux de croissance des différents pays sur une période longue ( 1960-2000) La comparaison étant difficile pour l'Allemagne en raison de la réunification, Charles Gave remplace l'Allemagne par les pays bas. Les résultats confirment les chiffres de la vidéo de Jacques Sapir: perte de 55000 euros par habitant sur 20 ans pour la France ( depuis l'avènement de l'euro et donc la fin des taux de change flexibles), de 75000 euros par habitant pour l'Italie, et gain de 20000 euros par habitant pour la Hollande.

On peut évidemment discuter des méthodologies retenues qui de fait sont assez semblables ( simulation de la croissance à partir d'un groupe de référence pour l'institut allemand, et simple prolongation des croissances en très longue période pour l'Institut français), on notera toutefois la très grande convergence des conclusions. Oui, l'irruption de l'euro est porteuse de la naissance de divergences considérables entre le nord et le sud de la zone.

Il faut toutefois aller plus loin car cette divergence dont la naissance remonte au début des années 2000 doit logiquement entrainer des déformations structurelles à l'intérieur de chaque pays. Une croissance plus élevée, toutes choses égales par ailleurs, entraine des recettes fiscales plus importantes ( l'Etat profite fiscalement du boum des affaires) et des dépenses publiques plus réduites (les dépenses sociales se réduisent avec une situation de l'emploi plus favorable) Globalement, et indépendamment des paramètres culturels de chaque pays, Les comptes publics et extérieurs doivent plutôt s'équilibrer dans le nord de la zone. En revanche dans le sud, avec une croissance plus faible, les déficits publics et extérieurs doivent menacer. 

Si maintenant on ajoute à ces données fondamentales les paramètres culturels, il est évident qu'un pays comme la France s'acheminera logiquement vers des déséquilibres majeurs. Parce que le modèle social repose sur une forte solidarité, la faible croissance entrainera des déficits que l'on ne peut réduire sans mette en cause la nature même du vivre ensemble. Et des déficits qui seront les jumeaux des déficits extérieurs. Symétriquement si le vivre ensemble passe moins par la solidarité et repose davantage sur la responsabilité individuelle ( Allemagne, Hollande, etc.) l'épargne croissante viendra consolider l'équilibre interne et autorisera des excédents extérieurs. On sait aujourd'hui grâce aux travaux de Natixis (Flash eco N°331- 8 mars 2019) que c'est l'épargne exceptionnellement élevée en Allemagne qui explique l'essentiel d'un surplus extérieur devenu mondialement inacceptable.

En conclusion l'euro introduit des divergences majeures en termes d'évolution des PIB. mais surtout il entraine des évolutions structurelles internes qui font qu'au delà de leur taille les différents pays se ressemblent de moins en moins: Etat de plus en plus gros pour la France, Etat beaucoup plus modeste pour le nord de la zone. Le modèle social français était compatible avec celui des autres pays par le biais d'un taux de change flexible. Il n'entrainait pas non plus  mécaniquement un accroissement irrésistible de la taille de l'Etat, un accroissement que l'on tente aujourd'hui de limiter par la réduction des dépenses régaliennes pour mieux faire face à un accroissement des dépenses sociales engendrées par un déficit de croissance du PIB. Si aujourd'hui notre Etat est si gros comme est considérable notre déficit externe, c'est tout simplement parce qu'un taux de change inadapté bloque une croissance qui devrait limiter les dépenses sociales….lesquelles pèseraient moins sur la compétitivité et donc sur le solde extérieur…. Retrouver de la croissance c'est permettre de baisser progressivement des dépenses publiques qui atteignent aujourd'hui près de 57% du PIB. Il existe 2 façons de réduire le poids de l'Etat: des réformes structurelles ( baisse généralisée des couts directs et indirects du travail), baisse dont on sait que le pays ne veut pas, et croissance plus élevée du PIB...qui suppose la fin de la contrainte monétaire...

La solution à la crise des gilets jaunes ne peut logiquement passer par la pérennisation de la baisse généralisée du cout du travail. le paysage politique est donc relativement clair: soit un retour brutal à l'ordre et un affaissement des valeurs solidaristes, soit la restauration de la souveraineté monétaire. 

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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 12:59

 Les crises sociales traditionnellement vécues concernaient jusqu’à aujourd’hui le partage classique salaires/profits. Bien évidemment ses acteurs étaient les salariés insatisfaits du pouvoir d’achat qui leur était alloué par les entreprises et leurs dirigeants. La grande nouveauté est que la présente revendication contre l’insuffisance du pouvoir d’achat est moins dirigée contre l’employeur capitaliste et davantage contre l’Etat.

On sait que depuis très longtemps ce dernier était, dans le cadre du fordisme classique français, un acteur important dans la formation du pouvoir d’achat. A cette époque, l’Etat surplombait encore la réalité économique et se trouvait être le grand régulateur des marchés, notamment la répartition jugée équitable des gains de productivité, ou une large socialisation du cout global du travail. Accessoirement cet Etat exprimait une forte présence assurantielle tant sociale qu’économique.

Ultérieurement ce même Etat, en se pliant ou en encourageant la mondialisation par toute une série de mesures règlementaires, se devait de réguler un marché d’un type nouveau : acceptant la concurrence des bas salaires de ce qui devenait le monde émergent, il encourageait la modération du cout du travail par la libre importation de l’ensemble des biens de consommation courants, tout en maintenant une politique sociale favorable aux travailleurs. De quoi préserver une sorte de « rente de citoyenneté »[1] avec des biens locaux encore protégés par un Etat bienveillant, et des biens mondiaux dévalorisés par un cout dérisoire du travail dans les pays émergents.

C’est cette « rente de citoyenneté » qui aujourd’hui s’efface lentement sous l’effet d’une mondialisation parvenant à maturité. Cette forme nouvelle de mondialisation déplace le statut de l’Etat – un Etat impécunieux ramené au second rang de la scène – et, simultanément, cesse d’assurer la dévalorisation constante des biens de consommation importés, le cout du travail périphérique commençant à croitre.

Parce que ramené au second rang, l’Etat n’est plus acteur dans la formation du pouvoir d’achat et n’a plus la possibilité de conserver un rôle dans le partage des gains de productivité en particulier dans cette nouvelle entreprise où le « winner takes all » en « oubliant » de payer l’impôt. Il n’a plus non plus la possibilité de participer à la construction macro-économique du plein-emploi. S’agissant de la France, les choix dans le taux de change fixé à la naissance de l’euro, le marché unique avec ses contraintes en matière de circulation du capital, de fiscalité, de choix budgétaires etc. sont autant d’interdictions d’exercer les fonctions qui naguère étaient les siennes : veiller au plein- emploi.

Le résultat est aujourd’hui l’apparition d’une foule de statuts divers forts éloignés de l’emploi permanent de jadis : 2,6 millions de CDD dont le turn- over ne cesse de s’accélérer en raison de leur durée de plus en plus brève ; 1,6 millions de temps partiels subis ; 1 million d’intérimaires ; 3,1 millions d’indépendants dont environ la moitié composée d’auto-entrepreneurs ; 1 million d’apprentis.

Ces nouveaux statuts sont vécus par 8,3 millions de personnes qui sont dans le monde du travail comme les 20 autres millions qui eux bénéficient d’un CDI et qu’on appelle volontiers les « insiders »[2].

Il faudrait sans doute aller plus loin car nombre de CDI sont assortis de rémunérations faibles, souvent compensées par des aides publiques qui montrent que malgré les difficultés l’Etat tente de maintenir une certaine « rente de citoyenneté »[3]. C’est dire aussi que pour la bonne dizaine de millions de citoyens qui ne sont pas les « vrais insiders », le pouvoir d’achat relève de plus en plus de l’Etat et de moins en moins de l’entreprise. Comme si la lutte des classes se dessinait aujourd’hui entre citoyens et Etats... Ce qui nous amène à mieux comprendre le mouvement des gilets jaunes qui se battent contre l’Etat et non contre les employeurs.

Il faudrait sans doute nuancer les chiffres que l’on vient d’énoncer et voir que derrière la précarisation il existe d’autres forces que la seule mondialisation, par exemple la tertiarisation ou les nouvelles révolutions technologiques. Il n’empêche que la réalité nouvelle est bien le clivage entre insiders- souvent bien protégés, et obtenant une évolution des rémunérations supérieure à la croissance de la productivité dans l’entreprise[4]-  et les outsiders qui n’ont que l’Etat pour assurer la subsistance.

Maintenant quand l’Etat fragilisé n’a plus que la dette pour maintenir la subsistance des plus démunis et qu’il tente de  contenir la dite dette par diverses taxes universelles et simplement proportionnelles, tout se passe comme s’il diminuait le « salaire » des outsiders. D’où la crise sociale.

Curieusement on pourra voir dans cette crise de nouvelles configurations et des jeux d’alliances complexes. Parce que l’Etat devenu acteur de second rang prétend encore à l’universalité, il pourra se heurter à des coalitions inédites entre employeurs et salariés qu’ils soient insiders ou outsiders. Par ses taxes proportionnelles qu’il impose pour se sauver lui-même, l’Etat, grand pourvoyeur de revenus, diminue de fait les « salaires » vrais ou faux des uns et des autres. Les employeurs d’insiders n’acceptent pas qu’une partie des rémunérations payées passe dans les poches de l’Etat et peuvent craindre des exigences nouvelles de rémunérations… ce qui nous renvoie à cette vieille histoire, déjà racontée par Ricardo, avec cet autre acteur qu’était à l’époque le propriétaire foncier, venant diminuer le taux de profit en incorporant souterrainement la rente foncière dans le cout du travail. D’où le slogan selon lequel il « faut diminuer les dépenses publiques ». Et il est vrai qu’insiders et entreprises modernes n’ont qu’un besoin limité de services publics : le marché assure l’essentiel. Beaucoup plus directement les outsiders ne peuvent accepter la baisse de leur rémunération largement publique, ce qui peut entrainer la solidarité des insiders, voire des employeurs eux-mêmes qui verront dans le mouvement de gilets jaunes des aspects positifs. D’où des revendications contradictoires de la part de ces derniers qui exigeront « moins de taxes et plus de services publics » de la part d’un Etat lui-même en faillite…D’où aussi des revendications plus rationnelles : il faut remettre l’Etat à sa place en se le réappropriant par le biais d’une démocratie directe…

Dans ce contexte cet Etat et son personnel politico administratif se trouve fort démuni. Fondamentalement il sait probablement qu’il faudrait refondre intégralement les règles du jeu. Ce n’est pourtant pas ce qui est attendu de lui par les bénéficiaires de la mondialisation, qui tout en pouvant manifester un regard de sympathie vis-à-vis des gilets jaunes, peuvent accélérer les pratiques sécessionnistes et déserter un peu plus une terre devenue fort aride. Le plus probable est donc que L’Etat et son personnel politico administratif tentera une fois de plus de gagner du temps et, si possible, de passer entre les gouttes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Expression que nous empruntons à Branic Milanovic dans son ouvrage : « Inégalités mondiales- Le destin des classes moyennes- Les ultra-riches et l’égalité des chances » : La Découverte : février 2019.

[2] Ajoutons que le nombre d’actifs est lui-même faible puisque le taux d’activité n’est que de 65%, alors qu’il est de 75% en Allemagne.

[3] Parmi les 5 millions de personnes qui vont bénéficier de la prime pour l’emploi, il y a un pourcentage non négligeable de titulaires de CDI dont la rémunération est supérieure au Smig.

[4] Selon Natixis (Flash Economie N°150 du 1-02-2019) le salaire réel par tête passe de 100 à 125 entre 98 et 2018, alors que la productivité par tête entre les deux mêmes dates passe de 100 à 125.

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30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 14:26

On discute souvent du taux de change de l’euro vis-à-vis des autres devises, mais jamais la question des taux ne se trouve posée à l’intérieur de la zone. Ce fait est pourtant facile à comprendre et l’existence même de l’euro interdit tout débat sur le taux de change entre les pays de la zone. Taux adopté lors de la naissance de la zone, il est devenu impossible pour chaque pays de manipuler les prix à l’exportation ou à l’importation , par l’utilisation d’un outil disparu. Désormais, la recherche d’équilibre des échanges extérieurs n’est plus affaire de taux , mais affaire de compétitivité, donc aussi affaire de coûts internes. La monnaie unique fait ainsi passer la construction européenne d’une logique de possible coopération à une logique de concurrence.

Tout ceci est parfaitement connu et il est inutile de rappeler que l’euro va contre l’Europe et qu’il  l’entraine vers une logique destructrice... déjà commencée…. Il est en effet très clair que si en 1999, date de naissance de la zone, les taux entre anciennes monnaies nationales et nouvelle monnaie pouvaient consacrer un certain équilibre des échanges intra-zone, la vie économique et sociale des uns et des autres s’est manifestée par des mouvements de productivité et de prix non convergents. D’où des déséquilibres qu’il a fallu, à partir de la crise grecque combler par des politiques de dévaluations internes, en particulier pour les pays qui n'ont pu suivre les plus avantagés dans le choix initial.

Le FMI s’est intéressé à ces divergences de prix et de productivité, ce qui l’a invité à calculer des écarts et de construire un tableau des ajustements nécessaires….. et pourtant devenus impossibles :

 

Ajustement moyen

Ajustement maximal

Ecart avec l’Allemagne

(normal-Maxi)

Ecart avec la France

(normal-Maxi)

France

+11,0%

+16,0%

26-43%

Italie

+9,0%

+20,0%

24-47%

+2/-4%

Espagne

+7,5%

+15,0%

22,5-42%

+3,5/+1%

Belgique

+7,5%

+15,0%

22,5-42%

+3,5/+1%

Pays-Bas

– 9,0%

-21,0%

6-6%

-20/-37%

Allemagne

-15,0%

-27,0%

-26/-43%

Source : écart des taux de change réels dans le FMI External Sector Report 2017

Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report

Si on considère la France relativement à l’Allemagne, ce tableau nous indique que le taux de change français vis-à-vis de l’extérieur de la zone est trop élevé (entre 11 et 16%) tandis que le taux de change Allemand vis-à-vis de l’extérieur est trop faible (entre 15 et 27%). Toutefois puisque les échanges à l’intérieur de la zone représentent selon les pays entre 50 et 70% du total des échanges, cela signifie que la France est pénalisée d’un taux de change beaucoup trop élevé vis-à-vis de l’Allemagne (entre  26 et 43%).

Bien évidemment un écart aussi gigantesque ne peut être comblé par des politiques dites de « réformes structurelles » affaissant les rémunérations directes et le poids de l’Etat social (dévaluations internes). Il ne peut non plus être comblé par l’impossible reconnaissance officielle d’un mercantilisme allemand (absence de sanction bruxelloise pour dérive excédentaire de l’Allemagne) et transferts obligatoires vers les pays déficitaires. Il suffit de lire la presse allemande pour se rendre compte de l’extraordinaire consensus autour de cette question ultrasensible : l’Allemagne ne paiera pas.

Existe-il une autre piste permettant de contenir les effets catastrophiques du maintien de l’euro à l’intérieur de la zone ? Le présent papier tente d’apporte une brève réflexion sur les conséquences de la création de barrières douanières.

On observera tout d’abord qu’une telle hypothèse ne devrait concerner que les échanges entre l’Europe du Nord (essentiellement l’Allemagne et les Pays Bas) et l’Europe du sud dans laquelle il faudrait intégrer la France. En effet, le tableau précèdent, dans sa quatrième colonne ne révèle pas de distorsions considérables entre ces pays ( moins de 5%), mais révèle un écart colossal de chacun d’eux vis-à-vis de l’Allemagne et de la Hollande (entre 22 et 47%). Si donc on devait compenser les écarts par des barrières douanières, ces dernières ne pourraient concerner que les rapports des divers pays avec le seul « bloc Allemand ».

Bien évidement la réflexion proposée suppose que l’on ne respecte pas les règles du marché unique, voire de l’OMC. La mise en place de ces barrières suppose donc une sorte de « coup d’Etat » difficile à décrire.

Nous supposerons que les barrières sont d’une hauteur susceptible de combler complètement les écarts estimés par le FMI et que leur produit soit redistribué aux agents résidents. Nous n’aborderons pas non plus la question de l’effet contagion et des représailles possible.

La première conséquence, sans doute la plus lourde, est de briser nombre de chaines de la valeur dont l’optimisation internationale reposait sur l’élimination des coûts de sécurisation des taux de change. Désormais les couts des produits intermédiaires sont plus élevés et se diffusent dans les chaines d’assemblages. L’effet est nul si le produit des taxes est judicieusement réparti sur les victimes, mais cette neutralité est difficile à mettre en pratique. Il n’est pas nul si, avec le temps, les chaines de la valeur se raccourcissent sur la base d’une productivité inchangée voire supérieure.

 Son effet est toutefois long car les investissements substitutifs des importations ne se mettent en place que dans la durée avec un effet retard considérable engendré par la requalification de travailleurs dont le métier a depuis longtemps disparu. Difficultés aujourd’hui mesurables par des élasticités/prix des importations devenues très faibles. Notons aussi que si les investissements substitutifs de produits intermédiaires importés ne permettent pas une productivité accrue sur lesdits produits, ils finiront par établir une chaine de la valeur nouvelle, certes plus nationale mais moins efficiente que l’ancienne plus mondiale. A cela s’ajoutera la disparition progressive des produits sur des droits à l’importation qui ne font plus recette ( la réindustrialisation s’est effectuée), mais qui protègent et donc affaiblissent l’incitation à la recherche de compétitivité. Dans le langage néolibéral les droits sont ainsi un « nudge » inapproprié.

S’agissant des importations de produits finis, la taxe pourra frapper davantage les importations en valeur et moins en volume, si les exportateurs étrangers victimes de la taxe cherchent à ménager leur marché en baissant les prix de vente. Dans ce cas les barrières sont avantageuses et sont sans effet sur les revenus internes s’ils sont redistribués. Elles incitent à des substitutions d’importation, mais là encore le temps sera long. Par ailleurs la protection, là encore, n’est pas une incitation positive à la recherche de combinaisons productives plus efficientes. Elle peut même permettre la survie d’entreprises zombies pérennisant une mauvaise allocation du capital.

En contrepartie il faut reconnaitre que la relocalisation développe de sérieuses externalités positives. Elle fait émerger de nouveaux revenus pour les résidents avec leurs effets multiplicateurs classiques. De quoi diminuer le périmètre des charges d’un Etat social devenu démesuré en raison des effets mécaniques de l’euro sur le tissu social des pays les moins bien placés. Il y a donc lieu de comparer les couts possibles de la relocalisation en termes de productivité des nouvelles chaines de la valeur, avec les gains possibles en termes de réduction du périmètre de l’Etat social. Calcul évidemment très difficile à mener en termes de stricte économicité.

 

Quels sont les effets des barrières sur les mouvements de capitaux ?

Résidents et non-résidents ont intérêt à rechercher la protection offerte par les barrières et chercheront à investir à l’intérieur de la clôture ainsi édifiée. Ils se heurteront toutefois aux limites précédemment évoquées en termes de qualification de la main d’œuvre, et devront accorder une grande confiance à notre hypothèse d’absence de contagion et de représailles. Simultanément ils s’interrogeront sur la diminution des effets d’échelle qui jusqu’ici justifiaient l’allongement mondial des chaines de la valeur, allongement peu contraint par des couts de transports en voie d’effondrement.  Au-delà, les choix méritent un examen attentif de la complexité. Il faut en effet prendre en compte les effets secondaires d’une relocalisation, effets appréciés en termes de nouveaux produits importés. Ainsi on peut imaginer une relocalisation de la fabrication de moteurs pour véhicules assemblées sur le territoire national… ladite fabrication supposant, au moins dans un premier temps, l’importation de nombreux composants taxés….Ainsi les barrières que l’on veut dépasser peuvent connaitre quelques difficultés à disparaitre. Dans ce cas la relocalisation devient très difficile car le volume des importations peut ne pas diminuer tandis que le coût des composants augmente.

La conclusion de notre raisonnement est quelque peu hésitante et rien ne garantit qu’à terme, même en négligeant les possibles représailles, le système productif renationalisé ou souverainisé sera davantage porteur de croissance potentielle venant justifier et récompenser la nouvelle politique économique.

Sur un plan strictement économique qui croire ? Le vieil argument de la théorie des industries dans l’enfance de Fréderic List, argument venant justifier les barrières douanières ? Ou bien l’argument libéral des gains à l’échange, gains dont la maximisation suppose la disparition de toutes les entraves ? Il est clair que le premier est devenu obsolète dans la mesure où l’époque de Fréderic List ne connaissait que fort peu d’industries aux rendement continuellement croissants. Aujourd’hui la nouvelle révolution industrielle passe aussi par l’apprentissage de rendements continuellement croissants…lesquels font des frontières des barrières artificielles et insupportables en ce qu’elles empêchant la maximisation de la croissance potentielle.

Sans répondre à la question, la réflexion sur les droits de douanes permet au moins de conclure qu’il s’agit effectivement, et fort banalement, de barrières à l’échange dont le bénéficiaire n’est pas l’économie- dans toute son abstraction- mais l’environnement auquel il faut ajouter la qualité du lien social. Au plus on limite la gigantesque ronde des marchandises - qui fait que contenant et contenu d’un pot de yaourt franchissent 10000 Km avant consommation- au plus nous économisons le transport correspondant avec les émissions carbonées qui lui sont associées. Simultanément, la limitation de la ronde des marchandises permet aussi la résilience accrue d’une société : quand ce geste banal d’absorption de nourriture en un endroit précis mobilise toute la planète, il est clair que tout déraillement, par exemple d’ordre politique, peut entrainer la famine y compris dans les sociétés réputées riches. Comment les français auraient -ils pu survivre après le cataclysme de juin 1940, si l’agriculture du pays s’était trouvée dans l’architecture mondialisée qu’elle connait aujourd’hui ?

Finalement des barrières tarifaires peuvent servir de béquilles à l’euro, moins dans un but économique et davantage selon une cible politique et sociale. La souveraineté est du point de vue du capitalisme mondialisé et financiarisé une probable limitation à la production de marchandises, donc une véritable répression, mais elle est un bien précieux en ce qu’elle autorise la solidarité et la résilience des sociétés.

De ce point de vue l’inondation de l’économie favorisée par l’euro comme outil majeur du néolibéralisme a largement dissipé la résilience des sociétés et des individus qui les composent. Face à la concurrence généralisée et au non- respect des promesses de la construction européenne, les individus  recherchent une résilience que Bruxelles ne peut apporter. Cette recherche dans un monde qui a perdu ses repères débouche sur une quête bruyante de resocialisation, sur une redécouverte active des peuples et des tribus, sur une redécouverts des cultures, sur une recherche d’identité, sur la fin de l’idéologie de la « fin des religions », sur la quête d’un chef, etc. Ensemble de mouvements disparates et vagabonds que l’on va stupidement taxé de populismes et qu’il faudrait pourtant arrimer dans le seul concept de résilience possible et atteignable, celui de souveraineté.

 

 

 

 

 

 

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7 septembre 2018 5 07 /09 /septembre /2018 04:46

1 – Dans un cadre expurgé des stratégies de « capture de l’Etat » par des groupes en concurrence, Le but ultime de l’action politique est sa contribution à la qualité du « vivre ensemble » dans la société.

2- Parmi les facteurs fondamentaux du bien vivre ensemble, il y a l’importance de la classe moyenne. Plus cette dernière est large, en position quasi hégémonique, et plus l’ensemble est apaisé :  confiance entre agents, confiance en l’avenir, confiance et respect dans la démocratie, émancipation visible, recul du communautarisme, avec au final entropie faible et « capital social » (au sens sociologique) élevé (Ce qui ne veut pas dire bien sûr que tout soit réglé).

3 - Le dirigeant politique idéal serait donc au service des outils de la puissance publique, outils choisis en vue de la reconstruction d’une classe moyenne aujourd’hui en déshérence. Cela concerne la France et au-delà l’ensemble de l’Occident, mais aussi l’ensemble des pays « émergés » victimes de ce qu’on appelle aujourd’hui l’impossible « moyennisation ».

4 - L’immense classe moyenne à reconstruire n’est pas celle d’hier. Celle-ci doit pouvoir ancrer ses nouvelles aspirations - autonomie radicale, inventivité, dynamisme, etc.- sur une nouvelle manière jugée positive du vivre-ensemble. De quoi mettre fin à l’émigration des jeunes diplômés.

5- L’objectif de reconstruction d’une immense classe moyenne doit tenir compte des nouveaux logiciels : disparition des grands paradigmes narratifs, quête de bien-être matériel, mais aussi et surtout préoccupation écologique majeure. Il doit aussi tenir compte d’une valeur liberté qui ne souhaite plus s’exercer dans un cadre protecteur et cherche à s’affranchir parfois de tout cadre (fin de la modernité, fin des pyramides hiérarchiques, corrosion de toutes les institutions, développement du « pair à pair » radical et rejet des « tiers »). Redonner du sens au vivre ensemble sera ainsi un travail politique difficile dans un monde composé d’individus.

Les moyens principaux

1 - Les outils de la puissance publique doivent tout d’abord être maitrisables, ce qui passe par le retour de la pleine souveraineté, sans laquelle le « Démos » se trouve contesté et emprisonné. Contestée aussi bien par l’extérieur (Union européenne) que par l’intérieur (dévalorisation, voire haine proclamée de la Nation), ce retour est la condition nécessaire de toute reconstruction du vivre ensemble.

2 - Considérant que le revenu de citoyenneté est peu engendreur de lien social (risque d’entropie élevée et capital social faible), il faut admettre que la valeur travail - même revisitée par des aspirations nouvelles (autonomie, réalisation de soi, etc.) -  reste aujourd’hui encore l’instrument fondamental de la socialisation. La reconstruction d’une immense classe moyenne passe par le rétablissement d’un plein emploi productif de qualité. Plein emploi autorisant, sous contrainte écologique élevée, une croissance inclusive forte  et la fin du déséquilibre extérieur du pays.

3 - Dans une réalité qui confirme que le monde restera celui de la cohabitation concurrentielle entre Etats- Nations, l’arme monétaire, dans sa dimension « taux de change », est un outil indispensable au rétablissement du plein emploi : elle est un filtre entre un dedans maitrisable et un dehors à maitriser. La maitrise relative d’un taux de change est ainsi la clé qui permet l’ajustement entre des mondes différents et ouverts à la cohabitation concurrentielle.

4 - Parce que la cohabitation entre Etats- Nations est fondamentalement concurrentielle, l’arme monétaire permet d’éviter les catastrophiques dévaluations internes pratiquées par les pays du sud de la zone euro (reculs du salaire réel, de la demande interne et de l’emploi, et pratique non généralisable en raison de ses effets externes négatifs sur les autres pays). Le rétablissement à court terme de la compétitivité passe donc par le taux de change et jamais par la baisse des salaires.

5 – A moyen et à long terme la compétitivité porteuse du rétablissement des classes moyennes et du bien vivre ensemble passe aussi par des choix privilégiés en termes de branches d’activité. Toutes les activités porteuses de croissance régulière de la productivité et aux effets externes positifs sont à privilégier. Il faut ainsi privilégier l’industrie, mais aussi l’agriculture, l’écologie, les technologies numériques, toutes activités qui de par leur nature peuvent, sous contrainte écologique, concourir au rétablissement de l’équilibre extérieur. Les activités non porteuses de rendements potentiellement croissants -celles imaginées aux fins du soulagement du poids de la crise, ou celles découlant des nouvelles féodalités managériales ("bullshit jobs"),  non susceptibles de contribuer à l’équilibre extérieur- ne sont plus à privilégier. En revanche un couplage innovant services/intelligence artificielle pourrait mettre fin  à la vieille loi de Baumol et alléger le poids des services sociaux. Un tel couplage innovant doit aussi viser à la mise sous contrôle des technologies numériques afin d'en éliminer les effets pervers en termes de déshumanisation et de concentration des richesses.

6 - Le rétablissement de la souveraineté monétaire est d’abord un coût élevé (dévaluation) pesant sur les classes moyennes dont on veut, pourtant, rétablir la place centrale. Le maintien de la confiance durant la difficile phase de reconstruction suppose une dimension spectaculaire, celle de la promptitude et de la non-limitation des moyens de l’investissement.

7- La non limitation de l’investissement est ce qui permet de sortir à moyen terme du plafond très bas de la croissance potentielle (à peine 1% aujourd’hui), plafond bloquant la création d’emplois et donc le rétablissement de la classe moyenne. Il est donc fondamental d’élever rapidement les taux d’activités dans toutes les classes d’âge par une embauche massive et rapide autour des moyens investis (écologie/climat, environnement, SNCF, Energie, infrastructures, etc.). Non seulement le chômage apparent doit disparaitre mais la population en activité doit croître dans d’importantes proportions (importance du critère du taux d’activité en équivalent temps plein comme seul outil de mesure du chômage réel).

7- Le risque de fuite considérable des investissements sous la forme d’importations massives doit être combattu par leur sélection : d’abord la requalification la plus rapide possible de ceux qui étaient devenus des « inutiles au monde » parfois depuis plusieurs générations (requalification d’abord sociale puis professionnelle), ensuite adoption d’un processus sélectif de l’investissement limitant la forte pression sur les importations.

8- Les contraintes, écologiques, de requalifications, et de fuite vers les importations, sont les seules pouvant être qualifiées d’objectives. Tel n’est pas le cas des moyens financiers. A ce titre la mise sous tutelle de l’ensemble des institutions monétaires et financière est requise et il est mis fin à l’indépendance de la banque de France.

9 - Une arme privilégiée de l’investissement est le rachat de dette publique à échéance par la Banque de France. Le cas échéant cette arme peut aussi être celle de l’émission directe par la banque de France, émission rétablissant le seigneuriage sur l’ensemble de la monnaie scripturale émise par les banques. (Principe de la « monnaie pleine » ou du « 100% monnaie »).

 Les moyens correspondants sont redistribués :

          - aux banques chargées d’une mission de service public,

          - aux agents économiques sous la forme d’une baisse des prélèvements publics obligatoires,

          - à la puissance publique elle-même,

         - aux éventuels litiges avec les victimes (non-résidents) de la perte de change résultant de la fin de l’euro.

10 - La mission de service public du système bancaire concerne notamment l’aide au rétablissement de l’équilibre extérieur : relocalisations, investissements substitutifs d’importations, agriculture de proximité privilégiant l’autosuffisance alimentaire, dé-carbonisation etc.

11 - Les moyens nouveaux de la puissance publique doivent privilégier l’avenir : formation, recherche, coopération inter-étatique - en particulier européenne- sur grands projets, investissements stratégiques, etc.

12 - La méthodologie du retour à la souveraineté monétaire passe par une habile négociation ne portant au départ que sur le questionnement du caractère non approprié de « l’ordo-libéralisme » allemand : la responsabilité de la fin de l’euro doit reposer sur l’Allemagne et non sur la France.

13 – Le retour massif de l’Etat politique et la fin de « l’Etat manager » voire de « l’Etat capturé » doit s’opérer dans le respect voire l’élargissement des droits/libertés de tous les agents. Le couple autorité/marché demeure et se trouve simplement revisité : une autorité légitimée par le retour de la souveraineté démocratique, et un marché à périmètre démocratiquement défini. Sous réserve du respect des droits fondamentaux, une totale liberté de tous les agents existe à l’intérieur du périmètre.

Conclusion :  La fin du QE de l’actuelle BCE - qui a augmenté la base monétaire et non le crédit et donc l’investissement - et son remplacement par l’achat direct de dette publique participe à une véritable économie de l’offre rétablissant la confiance : l’aisance monétaire renoue avec des investissements massifs, eux-mêmes encouragés par la baisse des prélèvements publics obligatoires. Parallèlement, les banques et en particulier, celles dites « Spécialistes en Valeurs du Trésors » (« SVT »), sont mécaniquement invitées à construire des produits financiers dont la contrepartie correspond à un investissement réel. (et non plus une dette publique dont la contrepartie est une dépense publique courante).  Une croissance forte reconstructrice d’une classe moyenne large est ainsi enclenchée.

Au final la seule contrainte réelle qui peut bloquer le retour d’une classe moyenne très large est d’ordre idéologique : l’époque est-elle disponible à la croyance en un démos et en une indispensable solidarité ?

 

                                                                         

 

 

 

 

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
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