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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 13:46

Il existe des candidats courageux qui engageront le débat sur une réelle reconfiguration des institutions européennes. Ces candidats doivent savoir qu’ils se heurteront à des forces d’une puissance inouïe. Face à cela il faut savoir engager une guerre éclair : attaquer l’ennemi là où il ne s’y attend pas et frapper avec la force de l’instantanéité et une puissance de destruction que l’ennemi ne sera pas en mesure de contenir.

Le contenu de la campagne :

  • Il doit tourner sur l’impossibilité de reconstruire le « vivre ensemble » et l’économie du pays sur la base des règles du jeu de l’UE.
  • Il doit insister sur l’impasse dans laquelle se trouvent tous les pays partenaires au bénéfice de la seule Allemagne laquelle jouit d’une compétitivité artificielle.
  • Il faudra insister lourdement sur la Finance qui fabrique de la fausse monnaie pour « se sauver », pour spéculer, avec effets de détruire les entreprises et rendre insupportables les inégalités, et finalement pour ne plus assurer sa fonction première qui est l’investissement.
  • Ne pas hésiter à mettre en avant notre prix Nobel : Maurice Allais.
  • Repérer, sélectionner, responsabiliser et former les hauts fonctionnaires chargés de rendre  exécutoires les « décisions » prévues dans la rubrique « Après l’élection ».  

L’engagement :

  • Engagement sur l’honneur que les Traités seront renégociés.
  • Que La France s’engage à bloquer tout « approfondissement » de l’UE et ce quelle qu’en soit la forme, tant que ses revendications essentielles sur la monnaie et la finance, ne seront pas prises en considération.
  • Parmi ces revendications il y a la mise à l’index de la finance folle, le retour de la souveraineté budgétaire et le contrôle de la banque centrale par les citoyens.
  • Pas de référendum sur l’appartenance à L’UE pour ne pas donner d’armes à une spéculation amie des représentants des institutions bruxelloises. (On ne s’attaque à l’ennemi que lorsqu’on est sûr de remporter la victoire).

Après l’élection :

  • Attendre de pied ferme le déclenchement de la spéculation. On peut même habilement la précipiter.
  • Frapper très fort en décidant de l’utilisation de l’article 16 de la Constitution aux seules fins de réquisitionner le gouverneur de la banque centrale et tous les dirigeants du système financier. (Après inventaire il n’existe pas d’autre outil juridique que l’article 16, en particulier l’utilisation du principe de respect de « l’identité constitutionnelle » n’a aucune portée).
  • Proposition de texte : « Attendu que la spéculation sur les marchés financiers menace gravement l’indépendance de la France et fait obstacle au fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le président de la République active l’article 16 de la Constitution. A cet effet il prend toutes dispositions pour mettre fin aux activités financières nuisibles à la France. Dans ce cadre une série de « Décisions » portant sur les prérogatives du gouverneur de la banque de France , celles des responsables des grandes institutions financières et des hauts fonctionnaires chargés de l’application desdites décisions  est prise. Leurs effets sont immédiats ».
  • La protection de l’épargne nationale constitue l’un des objectifs principaux des Décisions prises par le Président de la République. Cette volonté doit figurer dans les attendus de chacune des Décisions.
  • Il n’est pas nécessaire d’attendre les élections législatives pour agir.
  • Attendre, par « exportation » de la spéculation, la grande dislocation de la zone en laissant à l’Allemagne le soin de retrouver sa monnaie si tel est son désir.
  • Entrer concrètement dans la phase de reconstruction globale (institutionnelle, sociale, économique, etc.) notamment par le caractère massif de l’investissement autorisé par une architecture financière nouvelle.

Nous n’avons là que les premières clés de la porte d’entrée d’une alternance, qui ne peut être comme les autres, et doit devenir une phase historique nouvelle pour le pays. Elles sont nécessaires mais non suffisantes. Les autres clés très nombreuses qui doivent figurer dans un programme véritable ne sont pas concevables sans le sursaut autorisé par les premières.

 

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 07:57

 

Bien évidemment, nous ne pouvons  connaitre  l’issue du référendum britannique du 23 juin prochain. Par contre, au-delà de remous légers sur certains marchés, nous sommes déjà assurés que le départ de la Grande Bretagne, s’il a lieu, sera - à court terme et toutes choses égales par ailleurs - complètement indolore pour les britanniques[1].

La raison en est – toujours à court terme-  que le grand marché sera toujours présent et que nulle barrière  ne viendra s’opposer à la libre circulation des marchandises et des capitaux. C’est la raison pour laquelle aucune spéculation déstabilisante ne viendra contrarier le vote des électeurs.

Si la France devait suivre l’exemple britannique, les choses seraient incontestablement beaucoup plus douloureuses et la seule annonce d’une renégociation suivie d’un référendum programmé entrainerait un déchainement incontrôlable des marchés. La raison en est que l’engluement de la France dans la zone euro est autrement plus marqué que celui de la City. Nous avons souvent ici indiqué que, de fait, une telle renégociation était tout simplement impensable. On ne peut plus aller plus loin sans défigurer complétement l’identité de la France et l’affaisser davantage encore. Que deviendrait notre politique étrangère ? notre outil de dissuasion ? la souveraineté militaire ?  Mais on ne peut plus retrancher sans prendre le risque d’un déchainement des marchés. Comment renoncer au pacte de stabilité ? Comment modifier le statut de la Banque centrale ? Comment reprendre le contrôle des banques ? Comment renégocier la dette publique ?

Nous sommes ainsi placés dans la situation du TOUT ou RIEN.

LE RIEN  signifiant au mieux une renégociation globale entre tous les partenaires, et une renégociation sous la triple surveillance très  étroite des marchés,  des partis dits populistes qui sont devenus porte-paroles des peuples.… et des épargnants allemands. Il n’y a pas d’espace d’accord mutuellement avantageux possible dans le cadre d’une renégociation et c’est la raison pour laquelle  les diverses propositions des uns et des autres - même celles  les plus hardies[2]- ne sont que de l’agitation sans contenu.  Tous veulent aller dans une « union toujours plus étroite » … seul chemin offert dès le Traité de Rome… mais le dit chemin se trouve aujourd’hui impraticable….

Si donc le rien n’est vraiment pas grand-chose, Le TOUT signifie à l’inverse une rupture qui ne peut même pas être anticipée, par exemple dans le cadre de programmes politiques. On ne peut rien négocier, mais au-delà, on ne peut même pas promettre une négociation si d’aventure le parti qui la propose risque de gagner l’élection : les marchés seraient « affolés» et donc quel que soit le vainqueur de la primaire française de l’automne prochain, on peut être certain que s’agissant de l’Union européenne la prudence des mots sera de rigueur. Seul le parti dont on est assuré qu’il ne gagnera pas, pourra parler d’une sérieuse renégociation….dont le système politico-médiatique pourra affirmer  avec force et hauteur de vue qu’elle ne relève pas du raisonnable voire du simple sérieux….

Il s’agit, bien sûr, d’un emprisonnement complet qui, seul, peut s’expliquer par ce qui est devenu le pouvoir bureaucratique européen : des acteurs qui peuvent quasi complètement s’autonomiser vis-à-vis des  Etats et  des pouvoirs économiques pourtant omniprésents dans les institutions européennes. Un personnel politico-administratif de haut niveau qui s’arroge des compétences non prévues par les textes et qui décident de la politique économique des Etats adhérents, allant contre l’intérêt de ces derniers et allant parfois contre l’intérêt de ses acteurs économiques[3].

 

Quand tout est bloqué, quand les règles du vivre ensemble deviennent complètement inadaptées, quand le chômage (Europe du Sud),  les inégalités (toute l’Europe),  le non-respect de la démocratie (Grèce2015, France 2005, Pays-Bas 2005, etc.), quand la ghettoïsation/fragmentation (France, Italie, Espagne, etc.,) quand les comportements sécessionnistes de ceux qui le peuvent (toute l’Europe) quand les migrations (toute l’Europe) ou le développement de divergences nouvelles colossales  entre pays (toute l’Europe), deviennent des sources majeures de destruction, seule une décision aux effets instantanés peut  redessiner un espace du vivre ensemble – une refondation du contrat social -  acceptable par tous. Parce qu’au final on perçoit de sourdes menaces sur la paix civile elle-même, il devient urgent d’agir avec la vitesse de l’éclair.

Il se trouve que, sauf coup d’Etat, les règles constitutionnelles des divers pays empêchent cette décision radicale aux effets instantanés. Sauf la France qui, constitutionnellement  équipée d’un article 16[4], peut  réécrire les règles du jeu.

Parce que les règles présentes ont perdu toute légitimité[5] , qu’elles détruisent « les corps politiques »[6], et la souveraineté comme condition nécessaire de toute démocratie, il est important de rétablir le droit en tant qu’instrument de régulation  des rapports sociaux acceptables par le plus grand nombre.

L’utilisation de l’article 16 permet-elle  de rétablir la souveraineté démocratique ?

Voulue par le général De gaulle, elle fut souvent contestée en ce que, pour les juristes classiques, elle pouvait être l’outil de la tyrannie[7]. Elle reste contestée aujourd’hui car, pour nombre d’ entre-eux, elle est un outil devenu obsolète au regard de l’évolution du droit. Il est ainsi vrai que des droits dits fondamentaux sont susceptibles d’être opposés au législateur lui-même. Tel est le cas des effets de la ratification de la Convention européenne des Droits de l’homme, qui entraine l’acceptation du droit de recours individuel devant la cour européenne des droits de l’homme. On pourrait citer d‘autres cas.

Pour autant, même toilettée dans le cadre de la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, l’outil reste d’une extraordinaire puissance et se trouve être à la disposition de celui qui voudra redonner espoir à la France.

On sait quels sont les actes essentiels qui doivent être publiés dans la minute qui suit la mise en action de l’article 16, pour l’essentiel : réquisition de la banque de France et de la totalité évidemment du système bancaire, contrôle des changes et fin de la libre circulation du capital et des biens :  l’ensemble des textes propres à une refondation doivent alimenter les rotatives du Journal Officiel au moment même où le Président de la République s’arroge les pleins pouvoirs.

Ces actes ont juridiquement le caractère de « Décisions » et sont des « actes de gouvernement »[8]  insusceptibles de recours juridictionnels. Leur force juridique est extrêmement puissante et seules les « décisions » portant sur la Constitution sont interdites au Président de la République. Ceci est extrêmement important : il ne peut toucher au  « bien commun » de la Constitution et se transformer en tyran. Il est dans la légitimité et en utilise les ressources pour simplement rétablir la paix dans une société menacée.

La décision d’utiliser l’article 16  est elle-même juridiquement inattaquable et ne peut donner lieu à des situations ingérables. Certes, elle est encadrée par des conditions (cf note 4) mais le Président est seul à pouvoir juger de la menace qui pèse sur le Pays, et son interprétation ne peut donner lieu à des interventions de la part d’instances qu’il aura simplement informé : premier ministre, présidents des 2 assemblées, Conseil Constitutionnel. Pendant toute la période de rétablissement de la souveraineté et de la démocratie, le parlement est lui-même dans l’impossibilité de légiférer et de contrarier les « Décisions » du Président. Cette période est bien sur limitée par la Constitution : l’aticle 16 n’est là que pour rétablir une paix civile et une démocratie que la bureaucratie européenne a largement détruite.

L’article 16 allie ainsi deux qualités souvent opposées : la légitimité et la vitesse . Il n’est pas acte fondateur de la tyrannie mais permet le rétablissement d’un ordre démocratique miné par une bureaucratie européenne souvent aidée par des pouvoirs politiques compradores bien répartis sur le territoire de l’Union. Mais il permet aussi d’étouffer les risques d’inefficience et, le cas échéant, de renégocier à l’abri de la violence des marchés, les modalités des nouvelles relations avec l’Union européenne.

Certes, cette renégociation, très différente de celle qui vient d’être menée par la Grande Bretagne, risque d’être un peu théorique en ce sens que l’utilisation de l’article 16 par la France vaudra à lui seul la probable destruction quasi complète de l’édifice européen.

Néanmoins, on peut imaginer que le Président de la République respecte l’intégralité des règles de l’article 50 du TUE[9]. C’est conformément aux règles constitutionnelles que la France décide de se retirer (alinéa 1 de l’article 50), et c’est conformément aux alinéa 2 et 3 du TUE que la France pourra - à l’abri des marchés mis sur le côté par les « Décisions »- renégocier des accords mutuellement avantageux avec l’Union ou ce qui en restera.

Le présent texte tente ainsi de montrer que la France n’attend aucune alternance politique  classique et l’élection présidentielle de 2017 risque une fois de plus de décevoir. Les différents candidats ne pouvant se mouvoir que dans le cadre du logiciel qui s’est progressivement cristallisé avec la prétendue mondialisation et le totalitarisme de la marche forcée vers toujours plus d’intégration.

Quel président aura le courage de sortir le pays de son naufrage en utilisant l’article 16 ? René Capitant avait naguère considéré que le Général De Gaulle voulait avec cet article constitutionaliser « l’appel du 18 juin ». Il avait sans doute raison et c’est bien davantage d’un « 18 juin » que du hochet des primaires et d’élections, dont le pays a besoin.

 


 

[1] Ce qui ne veut pas dire qu’il ne se passera rien à plus long terme par exemple : l’indépendance de l’Ecosse. Par contre la chute de la livre sterling n’est pas ,contrairement à ce qui est, dit une catastrophe. Elle permettrait même un allégement du déficit extérieur et probablement la création d’emplois industriels  de qualité supérieure.

[2] C’est le cas de la note de 9 pages envoyée par le gouvernement italien à la commission laquelle évoque l’excédent d’épargne allemand, la mise  en place d’un système d’assurance chômage commun, la création d’un budget commun au titre des investissements communautaires,  etc.

[3] C’est bien évidemment la cas de l’Eurogroupe, institution juridiquement inexistante qui prend des décisions d’autant plus aisées que les acteurs politiques sont bâillonnés

[4] « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel

[5] Nous renvoyons ici à la distinction faite dans le dernier ouvrage de Jacques Sapir : « Souveraineté, Démocratie, Laïcité », Michalon, 2016.

[6] Expression largement utilisée dans le passionnant ouvrage de Frédéric Lordon : « Impérium », La fabrique , 2015.

[7] Certains parlent ainsi du « venin de l’article 16 ». Cf l’article de Sébastien Platon dans la « Revue de Droit Constitutionel », 2008/5 : « Vider l’article 16 de son venin : les pleins pouvoirs sont-ils solubles dans l’Etat de droit contemporain ?».

[8] Dans son arrêt Rubin de Servens du 2 mars 1962[1], le Conseil d'État précise que la décision de mettre en œuvre les pouvoirs exceptionnels est « un acte de gouvernement dont il n'appartient pas au Conseil d'État d'apprécier la légalité ni de contrôler la durée d'application ». Les décisions du président sont insusceptibles de recours juridictionnel.

 

[9] Article50 du T.U.E.
1. Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

2. L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

3. Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

 

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 16:11

En étant devenu le premier producteur mondial de pétrole en 2015 les USA ont considérablement et durablement modifié le rapport des forces au sein du marché.

Cette modification doit s’appréhender en termes d’élasticité de l’offre.

Jusqu’au milieu de la précédente décennie, l’offre était  inélastique d’où des raisonnements en termes de « peak-oil » ou des prévisions très pessimistes en raison d’une évolution considérable des prix (jusqu’à 250 dollars le baril de brut)

En dépassant les 10 Millions de barils/jours les USA ont – toutes choses égales par ailleurs-  restauré une élasticité bloquant toute hausse sérieuse des prix pour l’avenir. Et de ce point de vue ils ont trouvé chez leurs concurrents des alliés objectifs faisant des petits pétroliers américains les vrais faiseurs du prix du brut. Et ces concurrents sont devenus des « alliés objectifs » parce que tout simplement enfermés dans un espace sans stratégie de sortie possible. C’est que nous allons essayer de montrer.

Quels sont les stratégies possibles pour les autres offreurs ? Il y en a théoriquement 2.

Le scénario de la construction d’un cartel élargi.

Il s’agit ici, au-delà de l’OPEP, de rassembler des Pays aux fins de limiter l’offre mondiale et d’obtenir une hausse des prix. Cela passe bien sûr par un accord avec la Russie. Théoriquement il s’agirait de réduire de moins de 3 millions de barils/jour les productions non américaines de pétrole, ce qui permettrait d’assurer un volume de production (97 ,5Mb/j) approximativement égal à la consommation mondiale (environ 95 Mb/j).

Les pays rassemblés dans un tel cartel feraient de ce dernier un espace fort hétérogène.

La Russie est bien évidemment favorable en raison de ses coûts de production extrêmement élevés sur nombre de gisements notamment arctiques.

L’Arabie saoudite est dans une position beaucoup plus schizophrène : Des prix élevés permettent de supprimer les nouveaux et très importants déficits budgétaires, par contre ces mêmes  prix élevés favorisent le développement d’énergies de substitution pouvant déboucher sur une perte de capital gigantesque, à savoir les réserves (sous terre) elles- mêmes gigantesques qui seraient victimes d’obsolescence. Allant dans le même sens, des prix élevés favorisent aussi un compétiteur ennemi : l’IRAN dont il faut limiter une rente pétrolière menaçante.

Les autres pays sont dans une situation beaucoup plus difficile et il y aurait à comparer la perte de recettes due à une diminution de l’offre avec leur augmentation due au relèvement du prix. Les pays à forte rente comme l’Algérie - donc à coût très faible-  peuvent voir dans une limitation de l’offre un avantage….quitte à ne pas le respecter et à se comporter comme passager clandestin….gagnant sur les 2 tableaux.

L’idée de cartel élargi n’est donc pas évidente. Mais surtout l’élasticité de l’offre ferait que désormais toute tendance à la hausse des prix résultant d’une cartellisation serait combattue par une offre américaine venant presqu’immédiatement compenser la réduction de l’offre du cartel élargi.

Le bilan du scénario de construction d’un cartel élargi est donc très mince : non seulement l’hypothèse nous fait plutôt aboutir au « dilemme du prisonnier », mais un aboutissement accéléré de son résultat par le comportement de la multitude des petits producteurs américains, soucieux d’accroître leur offre aux premiers frémissements d’une hausse des prix. L’élasticité forte bloque toute stratégie de renouveau d’un cartel pétrolier, ce qui nous achemine vers un autre scénario….

Le scénario de l’impossible reconstruction d’un Cartel.

Dans ce cas les prix se maintiennent à un bas niveau.

Les conséquences sont les suivantes :

- La Russie voit ses difficultés s’accroître : le budget de l’Etat n’est rééquilibré que par la baisse parallèle du Rouble. Les dettes libellées en devises ne font que s’alourdir, et les réserves exprimées en actifs étrangers diminuent.

- L’Arabie Saoudite protège son capital sous terre et tient à distance l’ennemi Iranien, mais son déficit budgétaire s’accroit, ce qui oblige tôt ou tard à vendre le stock d’actifs qui constituait son fonds de réserve.

- Les autres pays sont dans une situation difficile avec des déficits budgétaires qui deviennent partout massifs et qui partout entrainent des ponctions sur les actifs stockés.

- Les petits producteurs américains connaissent une aggravation  des difficultés financières avec l’impossible remboursement de fonds  gagés sur les recettes.

Globalement, il en résulte des transferts de richesse à l’échelle de la planète, avec effets positifs ici et effets négatifs là. Ce transfert n’est pourtant pas un jeu à somme nulle pour la finance : les ventes massives d’actifs en dépriment les cours lesquels, ne peuvent être maintenus que par l’orgie des QE des banques centrales. C’est dire que la qualité des bilans des institutions financières n’est maintenue que par des moyens complètement artificiels.

Ce scénario est de loin le plus probable puisque celui du cartel élargi ne semble pas être une alternative possible.

Il faut donc en déduire que la libre concurrence des petits producteurs américains ne permet pas de mettre un coup d’arrêt à  l’affaissement de la puissance des Etats-Unis. C’est la raison pour laquelle nous pensons - toutes choses égales par ailleurs -  que le gouvernement fédéral viendra rapidement taxer les importations afin de :

1) protéger l’indépendance énergétique des USA,

2) maintenir durablement l’affaissement de la rente pétrolière des concurrents et donc le « containment »  de leur puissance.

Cela passe par des prix stabilisés…. une stabilisation jadis inventée, à la fin du 19 siècle, par Rockefeller avec ses célèbres « posted prices »….l'histoire cintinue...

 

 

 

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 09:12

On parle à nouveau beaucoup de la chute du prix du pétrole et de ses effets sur les principaux acteurs économiques. A ce titre nous republions un article paru sur le blog le 20 janvier 2015 : « Les USA et la nouvelle géopolitique du pétrole ». De notre point de vue, il n’a pas pris une ride : l’offre de brut américain ne baisse que très peu et l’administration américaine se permet même de supprimer le vieil interdit d’exportations de produits pétroliers. Natixis[1] n’a sans doute pas tort d’imaginer l’émergence d’un cycle de prix…mais sur la base de la nouvelle structure des coûts américains. Bien évidemment nous restons dans l’incertitude radicale sur les conséquences ultimes de ce changement, aussi bien en termes économiques que politiques et sociaux.

 

Résumé: Contrairement à ce qui est trop rapidement affirmé, le nouveau pétrole américain n'est pas menacé par la chute des prix du brut. A l'inverse, les USA vont redevenir le "faiseur de prix" à l'instar de ce qui existait au beau milieu du 20ème siècle. Parallèlement L'Arabie Saoudite risque de perdre définitivement sa place de "swing producer".

La littérature concernant l'évolution du marché pétrolier à moyen terme ne permet pas de s'appuyer sur des conclusions convergentes quant aux prix futurs. Certains voient un effondrement rapide de la production américaine et donc une hausse des prix dès l'été prochain, hausse qui résulterait d'une chute de l'offre. D'autres pensent que la production américaine pourrait se maintenir et ainsi contribuer au maintien de prix faibles.

Il est temps de reconsidérer les raisonnements à partir d'une analyse des coûts de production.

Depuis la naissance de l'industrie pétrolière en Pennsylvanie dans les années 1870/1880 jusqu'au début des années 2000, nous étions dans une configuration où au niveau de chaque puits, les charges fixes étaient importantes et le coût marginal proche de zéro. Il en était ainsi car l'ouverture plus grande de la tête de puits est une opération de coût nul générant un flux plus important d'huile. S'Il est vrai que lorsque furent entrepris -au cours de la seconde partie du vingtième siècle- les opérations de récupération assistée le coût marginal cessa d'être nul, il était pour autant très faible.

Cette caractéristique fût celle qui devait expliquer la stucture fortement oligopolistique de l'industrie correspondante. C'est que, dans un tel modèle, les rendements étant sans cesse croissants, la concurrence devient rapidement catastrophique. Par exemple les petits producteurs américains des années 1880, endettés au titre de l'achat des appareils de forage optimisaient leur gestion par l'ouverture maximale des têtes de puits, d'où une offre rapidement croissante, une baisse brutale de prix, et la ruine, elle-même souvent accompagnée d'une pollution de la nature puisqu'il devenait avantageuc de jeter l'huile dans les rivières.

La suite est historiquement connue avec la fin de la concurrence au profit de la naissance de la Standard Oil qui devait réguler l'offre et stabiliser le marché. Une histoire qui se pousuivra par une régulation par les "sept soeurs", un "posted price" unique et mondial, des "frets fantômes", des accords secrets entre compagnies, etc ; mais aussi la naisssance de l'OPEP et des compagnies nationales de pays producteurs. De quoi construire à partir de coûts marginaux nuls ou proches de zéro une immense rente pétrolière.

Dans cet état du monde, les schistes bitumineux et autres sables asphaltiques étaient tout simplement hors-jeu, tant les coûts d'accès étaient incomparablement plus élevés qu'au Moyen Orient.

Depuis le milieu des années 2000, nous nous dirigeons vers une structure de coûts complètement différente.

S'agissant des nouvelles huiles extraites, notamment aux Etats-Unis, nous rencontrons une structure de coûts beaucoup plus classique. Les coûts de forage sont très faibles comparés aux nouveaux coûts de forage pour les pétroles classiques. Il est difficile de pénétrer dans le secret des coûts, mais l'on croit savoir qu'ils sont incomparablement plus faibles que les coûts d'accès aux grandes profondeurs au large du Brésil voire en Sibérie ou en Alaska. Par contre, les forages ont un rendement qui diminue rapidement (division par 2 au bout de 6 mois d'exploitation) alors que le forage sur gisement classique peut produire pendant 30 ans. Cela signifie une multiplication régulière du nombre de forages sur un gisement (jusqu'à 50 fois plus que sur un gisement classique).

Par ailleurs, les coûts d'exploitation -même instantanés- ne sont plus proches de zéro, car il s'agit toujours d'une récupération très assistée par l'injection de  grandes quantités  de produits et de liquides divers pour obtenir l'extraction.

La période 2005-2015 est ainsi très différente de celle des années 1880. Il n'y a pas de concurrence catastrophique et nombre de producteurs américains sont nouveaux et de petite taille, ce qui n'a pas débouché sur de catastrophiques rendements croissants impliquant leur élimination, comme ce fut le cas en Pennsylvanie.

Au delà, la technologie qui correspond à cette nouvelle structure de coûts est aussi celle qui permet d'introduire dans l'industrie des réserves naturelles jusqu'alors inexploitables. Shistes bitumineux et sables asphaltiques ne sont plus en dehors du théatre pétrolier et vont prendre une place décisive.

Et c'est ici qu'il convient de proposer ce que nous croyons être le scénario d'une très nouvelle géopolitique du pétrole.

Beaucoup de choses ont été dites -sans apporter de preuves- sur des accords entre Russie et Arabie Saoudite, ou entre ce dernier pays et les USA, dans un cas pour géner les USA et dans l'autre pour géner la Russie. Avec des conséquences secondaires lourdes pour d'autres pays: Vénézuela, Algérie, Nigéria, Iran,etc.

De fait, nous pensons que les Etats-Unis vont conquérir seuls, une place déterminante leur conférant un poids géopolitique nouveau.

Tout d'abord, l'offre américaine ( près  de 10 millions de barils/jour) est devenue majeure et anéantit l'efficience de l'OPEP, lequel voit sa part de marché passer de 55% en 1973 à 35% aujourd'hui. Cela signifie que l'OPEP n'a plus les moyens de fixer le prix. A l'intérieur de l'OPEP, l'Arabie Saoudite perd aussi son statut de "swing producer" qui lui allait si bien en diminuant ou en augmentant voire en doublant sa production en quelques jours - ce qu'elle fit lors de la première guerre du Golfe - grâce à la vertue des rendements croisssants sur chaque puits.

Face à l'offre américaine nouvelle, l'Arabie Saoudite a fait le choix du maintien relatif de sa part de marché au détriment des prix : sa production s'est maintenue. Elle espère que ce choix, très coûteux en terme de rente pétrolière,  va éliminer les producteurs marginaux américains.

Il est possible que les coûts unitaires totaux du baril américain soient trop élevés (60/70 dollars?), d'où la très forte diminution -en quelques semaines- des investissements de forage dans certaines zones du territoire américain. Coûts trop élevés jusqu'ici protégés par des couvertures à termes, y compris des CDS, qui seront  (on parle de plusieurs centaines de milliards de dollars) peut-être une lourde perte pour le système financier américain dès la fin du printemps 2015. Lourde perte aussi de débouchés pour l'ensemble des fournisseurs de l'industrie pétrolière, y compris les sidérurgistes.

Pour autant, la continuîté de l'offre de pétrole américain ne peut plus être entamée.

Lors des révolutions pétrolières des années 70 qui vont porter le "posted price" d'environ 2 dollars le baril à quelque  40 dollars, l'écart des coûts avec les huiles potentielles était beaucoup trop important: les USA, sans offre nationale alternative, devaient simplement payer. Tout au plus pouvait -on maintenir les routes de l'approvisionnement grâce à l'outil militaire.

Le paysage est aujourd'hui très différent. Parce que les technologies de production nouvelles le permettent, il existe désormais une solution de continuïté entre les différents pétroles, et le gouvernement fédéral américain pourra décrêter des mesures protectionnistes sur la nouvelle industrie du pétrole. Il s'agira de protéger une " industrie dans l'enfance", alors qu'il s'agissait de protéger des routes maritimes avec la flotte.

De fait, sans retrouver le vieux "posted price" à prétention planétaire des ports américains du golfe du Mexique, les USA vont devenir faiseurs de prix. Si le prix de marché détruit des producteurs marginaux américains, il est probable qu'une taxation sur huiles importées interviendra, taxe flottante puisqu'au nom du libre échange elle pourra disparaitre si les prix permettent aux producteurs marginaux de vivre.

Le coût en développement de la nouvelle industrie pétrolière américaine devient ainsi le pivot du prix mondial du pétrole. Notons enfin que ce  coût est probablement inférieur au prix du pétrole, garantissant la plus ou moins grande stabilité sociale de nombre d'Etats pétroliers. Le prix du pétrole assurant la paix sociale en Algérie, au Nigéria, etc. (80, 100 dollars le baril?) est de loin supérieur au coût en développement de l'huile américaine. De quoi donner aux USA , dans le domaine pétrolier, un poids géopolitique qu'ils n'avaient pas au 20ème siècle. Avec une nuance importante : les gisements de nouvelle huile seront-ils  capables d'envisager des plans de production de long terme ? Concrètement, le poids nouveau des USA sera-il durable?

 

 

[1] Flash économie du 2 février 2016, N° 107.

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 07:12

 

Les élections, qu’elles soient régionales ou nationales ne changeront rien tant que les partis politiques seront dans l’incapacité de prendre en compte  les bases d’une  réelle refondation. Hélas, ces bases ne peuvent facilement émerger comme produits politiques autorisant démocratiquement une prise du pouvoir. Le rejet européen de l’européisme s’étend et les partis traditionnels sont bien évidemment incapables de proposer une solution. Le questionnement fait de plus en plus place à l’inquiétude : si rien de sérieux ne peut être entrepris, l’approfondissement permanent de la crise économique et sociale risque de conduire, en France, mais aussi dans beaucoup d’autres pays, à des dégradations importantes du vivre-ensemble[1]. Une situation de rupture sociale avec, non pas une guerre civile, mais davantage une guerre de tous contre tous, n’est peut-être plus  à exclure.

Nous proposons dans le canevas ci-dessous les grandes lignes de ce qui nous semble indispensable pour la renaissance d’un vivre-ensemble désirable.

                                            Liste des réformes structurelles à envisager

-Détruire les racines de l'énorme « économie casino »[2] en :

        - interdisant la planche à billets  -« Quantitative Easing »- de ne fonctionner qu’au bénéfice exclusif des banques et des  Etats[3]

        - reprenant le contrôle de la Banque centrale,

        - reprenant le contrôle de la monnaie,

        - reprenant le contrôle du taux de change,

        - reprenant le contrôle des mouvements de capitaux.

Conséquences : 

         - suppression de dizaines de milliers d’emplois de haut niveau et néanmoins parasitaires (moins de 7% des échanges sur les marchés financiers concernent l’économie réelle)

         - suppression   de la prédation correspondante et ses « effets de démonstration »[4] ravageurs sur le vivre –ensemble 

         - suppression  des bulles spéculatives et risques systémiques associés 

         - suppression de  l’inutile marché de la dette publique[5] 

         - rétablissement de  l’idée que l’on ne peut s’enrichir sans travailler productivement ou sans investir dans l’économie réelle.

-Rétablir les racines de l’économie réelle en :

        - confiant au parlement la décision d’une création monétaire annuellement exécutée par la Banque centrale[6] 

        - fixant au système bancaire des objectifs d’enveloppes d’investissements privés et publics décidés par le parlement et exécutés sous le contrôle de la banque centrale

        -  réorientant l’épargne et le « shadow banking » vers le seul investissement productif 

        -  offrant, sous contrôle parlementaire, des garanties publiques sur opérations risquées 

        - déplaçant progressivement la fiscalité pesant sur les entreprises vers celle pesant sur la consommation et le revenu des ménages (les entreprises doivent être des chevaux de courses)

        -  fiscalisant les revenus du capital sur le critère de la durée de l’investissement (la spéculation est étrangère à l’investissement) 

        -  fixant les revenus de la « dirigeance » des entreprises sur des critères économiques et non seulement financiers ;

        - favorisant le rétrécissement des chaines de la valeur et la fin du démembrement à l’échelle planétaire des entreprises 

        -  favorisant une « authentique » concurrence entre partenaires égaux remplaçant la destructrice « concurrence libre et non faussée » 

        - interdisant toutes les formes de « capture » de la dépense publique.

        - programmant  la fin des régulations bureaucratiques et autres Autorités Administratives    dites « Indépendantes ».

Conséquences :

        -  augmentation considérable de l’investissement privé et public 

        -  mise en place  des voies d’une amélioration de la qualité de l’offre globale       

        -  fin des dispositifs d’austérité destructeurs économiquement, socialement, et politiquement 

        -  surplus assuré de l’activité et de l’emploi 

        -  fin du processus de développement vertigineux des inégalités sociales[7].

- Rétablir l’efficience de l’Etat- providence en :

         - évaluant chaque type de dépense sociale à partir d’une analyse coût/avantage effectuée par un organisme authentiquement indépendant 

        -  plaçant les organisations en charge dans un milieu concurrentiel sur la base du critère de l’efficience 

        - luttant contre toutes les formes de clientélisme et de captation de rentes.

Conséquences :

        -  diminution substantielle des dépenses sociales 

        -  responsabilisation croissante de tous les acteurs 

        -  amélioration des services rendus aux usagers.

        - relégitimer les dépenses sociales en tant qu’outils du vivre ensemble

- Rétablir l’efficience de l’Etat régalien en :   

         - rétablissant l’idée centrale de souveraineté, seul cadre possible de déploiement d’une authentique  démocratie 

         -   renégociant l’ensemble des traités européens qui ont entamé la souveraineté  

         -  investissant dans les dépenses militaires, pièces centrales du « ruissellement » du haut de gamme technologique vers toutes les branches de l’industrie

         -  augmentant la productivité de l’appareil juridique et judiciaire 

         -  investissant dans l’éducation, la formation et la recherche

         -  rétablissant les valeurs de la République

Conséquences :

            -  rétablissement d’un vivre ensemble aujourd’hui compromis 

            -  montée qualitative de l’offre globale avec ses effets sur la compétitivité 

            -  bien placer le pays dans le mouvement planétaire de naissance/renaissance des nations;

            -  mise en situation pour proposer un nouveau système de régulation (politique/ économique/ monétaire) planétaire. (nouveau Bretton-Woods ?)

- Rétablir la confiance en :

              -  interdisant la professionnalisation des « entrepreneurs politiques » (limitation des mandats dans le temps et l’espace)

              - favorisant le développement des initiatives partant de la base : référendums d’initiative populaire, surveillance étroite des mandats avec possible destitution, etc. 

              -  développant un statut de l’élu 

              -  organisant la transparence sur le lobbying, la négociation des Traités internationaux, etc. 

              -  organisant la fin de l’oligopole médiatique

              -  organisant la formation à la citoyenneté de la jeunesse.

Conséquences :

               -  renouer avec la tradition démocratique

               -  abandonner l’idéologie  gestionnaire et renouer avec le  politique

                - rétablir un vivre-ensemble, ouvert sur le monde, délibérable et désirable.

Ces quelques réformes n’ont évidemment que peu de rapport avec celles avancées et proposées à grand bruit par le système politico-médiatique actuel. Chaque point n’est qu’une ébauche ou un squelette qui doit être considérablement enrichi pour donner lieu à un dispositif programmatique sérieux. En revanche il s’agit d’un système articulé et les différents blocs (économie Casino ; économie réelle ; Etat providence ; Etat régalien ; confiance) sont dans la congruence de ce qui permettra de refaire nation et goût du vivre–ensemble dans un monde ouvert.

 


 

[1] « Un monde de violence, l’économie mondiale 2016-2030 »,Jean Hervé Lorenzi et Mickaël Berrebi, Eyrolles, 2015.

[2] Sans reprendre cette expression, l’ouvrage de Gaël Giraud ( « Illusion financière », les Editions de l’Atelier,2015 ), permet de bien comprendre les méfaits de ce que nous appelons « la boursoufflure" de la finance sur notre blog.

[3] Il est ici intéressant de se référer à un article de Flas Eco Natixis du 11 décembre 2015 : finanhttp://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=88551cière ».

[4] Au sens de Thorstein Veblen et de qu’il appelait la « consommation ostentatoire ».

[5] « Banques Centrales, Indépendance ou soumission, un formidable enjeu de société », Jean Claude Werrebrouck, Editions Y Michel, 2012.

[6] http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/11/front-national-comment-proposer-la-fin-de-l-euro-sans-perdre-les-elections-fin.html

[7] Au-delà de l’ouvrage de Jean Hervé Lorenzi et Mickaël Berrebi déjà cité, et bien sûr au-delà de Piketty, on pourra se référer à celui de Anthony Atkinson : «  Inegality What can be done ? », Harvard University Press, 2015.

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 10:54

 

Origine et métamorphoses de la  structure étatique.

La pensée politique libertarienne  présente l’aventure étatique selon le schéma classique suivant :

Echanges marchands->Agences de protections->Agence monopoliste->Etat-> Etat de droit->Mondialisation.[1] Dans un tel schéma l’Etat est le produit non désiré d’une interaction sociale : les hommes n’ont pas cherché à construire l’Etat, et ce dernier n’est qu’un sous-produit qui- hélas serait selon les libertariens- devenu une immense aliénation.

La contestation de l’individualisme méthodologique qui  surplombe une telle vision – « la soupe primitive » humaine n’était pas composée d’individus séparés -  nous a entrainé vers une explication fort différente, en particulier pour sa partie amont :

Religions primitives--> Etats enkystés dans la religion--> Religion enkystée dans les Etats--> Etat autonome--> Etat de droit--> Etat de droit + démocratie --> démantèlement de l’Etat de droit en mondialisation.

Derrière cette présentation très abrupte, se cache l’idée que tout groupe humain est fait d’individus dont la nécessaire interaction, suppose la présence d’un principe d’intégration extérieur à chacun, principe qui est le lieu de ce qu’on appelle le politique. Pour ne prendre qu’un exemple, la loi n’est « inventée » par aucun individu particulier, mais  s’impose à tous : il s’agit d’une extériorité. Globalement c’est l’Etat qui est, encore aujourd’hui,  ce principe général d’intégration.

Dans l’histoire concrète, ce lieu ou principe d’intégration est, sauf dans le cas des religions primitives, accaparé par des individus. Les religions primitives étant universellement présentes dans la soupe primitive humaine, la première forme d’extériorité est la religion. Cette forme restera longtemps sur le devant de la scène en se transformant et évoluant jusqu’aux monothéismes. D’une certaine façon l’Etat moderne, et donc le politique n’a fait que reprendre les fonctions de la religion.

 De la même façon l’époque présente, dite de mondialisation, se veut aussi nouvelle forme de « reprise » des fonctions de la religion : l’ordre du monde serait désormais assuré par l’économie. A contrario, la religion qui a été la matière première initiale du politique et des Etats, cesse d’être le principe d’organisation du monde.

Pour autant, on sait aussi que notre époque qui serait celle du démantèlement des Etats donne lieu à de formidables résistances. Certes des Etats se désagrègent mais ils ne se liquéfient pas dans l’océan du marché[2]. D’autres semblent même se constituer ou se reconstituer sur de vieilles bases : l’Etat Islamique serait-il un retour de la phase  « Etat enkysté dans la religion » ? Serait-il le masque du retour des grands prédateurs ? Et pourquoi ce retour ? Est-il une forme de résistance à l’ordre du marché planétaire ?

C’est sans doute cette dernière question qui est la plus importante et se doit d’être abordée.

Le couple mondialisation/fondamentalisme.

Il est tout d’abord erroné  d’affirmer qu’il y a déclin de l’occident, car de fait la mondialisation n’est que la reproduction élargie du capitalisme occidental à l’échelle de la planète. Avec tout ce qu’elle charrie et qui relève de son histoire : importance de la propriété, puis importance des droits de l’homme comme terreau d’un bon fonctionnement des marchés, par exemple l’individualisme… mais aussi effacement progressif de la démocratie au profit d’une technocratie productrice et protectrice d’une oligarchie. D’où les interrogations sur les grandes constructions méta-étatiques : Europe, OMC, TAFTA, etc. Simple questionnement toutefois, car il apparait que la démocratie ne peut plus permettre de choix tant l’obéissance aux règles du marché serait devenue horizon indépassable. Quand Dieu est parti et que l’individualisme radical pense pouvoir effacer la question du vivre ensemble, par quoi remplacer le marché ? Puisque le marché est indépassable, qu’il segmente, qu’il individualise, qu’il propose l’hédonisme, etc., la recherche complémentaire de sens, de spiritualité, ne se déroule plus au sein de vastes communautés religieuses mais dans l’intimité. Bien évidemment il s’agit d’une posture très éloignée du politique et d’un quelconque objectif d’action sur la société.

Cette grande transformation du monde agresse plus particulièrement les cultures les plus proches des bases anciennes de régulation du monde par la religion. C’est bien évidemment le cas de l’Islam avec des espaces devenus schizophrènes : ordre du marché d’un côté, et résistances extrêmes sur toutes les valeurs « qui font la société » et qui pourraient devenir de nouveaux espaces marchands.

L’Arabie Saoudite est de ce point de vue un magnifique exemple de schizophrénie.

On comprend par conséquent le raidissement fondamentaliste : il n’est que le bouclier légitime des cultures proches des vieux fonds religieux.

La grande scène mondiale est ainsi une nouvelle grande fracture qui succède à celle disparue entre Occident et bloc de l’Est. L’ancienne se déroulait entre modernes, entre ceux qui étaient selon la formule de Marcel Gauchet « sortis du religieux ». La nouvelle est, entre une complètement sortie du religieux et dont le fonctionnement ne peut être qu’élargissement, une économie monde, certes en crise grave, mais sans entraves, qui vient buter sur une autre dont l’organisation relève du religieux. Si maintenant c’est l’Islam qui est touché et non pas d’autres grandes civilisations, c’est évidemment parce que la désagrégation religieuse était beaucoup plus avancée en Asie ou ailleurs que dans la péninsule arabique.

Mais il existe d’autres causes à cette résistance particulière à la désagrégation : L’Islam est le dernier né du tronc monothéiste et, à ce titre, se pense comme celui pouvant resituer les parcours antérieurs qu’il croit surplomber. Cette position de surplomb par rapports aux monothéismes fera que la colonisation, la dépendance politique, et bien sur la dépendance économique seront beaucoup plus mal vécues que dans les autres cultures beaucoup plus étrangères aux religions occidentales. Le fondamentalisme est ainsi une réaction à une agression qui ne s’est pas achevée avec la fin de la colonisation.

Le fondamentalisme n’explique pourtant pas la réalité présente d’un Etat Islamique qui vient d’émerger et qui va beaucoup plus loin : l’agressé ne fait pas que se raidir derrière un bouclier, il devient agresseur radical.

Concernant la naissance, les causes sont multiples : désagrégation du conglomérat faussement laïc qu’était l’Irak, renaissance de la rivalité chiite/sunnite, désagrégation de l’Etat Syrien, non légitimité des frontières coloniales[3], interventions occidentales, russe, turque, etc . Le tout dans un contexte de rentes pétrolières de grandes dimensions.

L’Etat étant une réalité devenue indépassable, les désagrégations ne peuvent correspondre qu’à la naissance de nouveaux Etats. De ce point de vue, l’Etat Islamique se veut nouvel Etat, cherche à conquérir des territoires au détriment d’autres Etats, et prétend même "battre monnaie", ce que les Etats modernes ne font plus[4].

Dans les réalités concrètes, l’Etat Islamiste est largement le  fait de « déserteurs obligés »- les  officiers sunnites de l’armée, plus ou moins laïque de l’ancien dictateur irakien - qui se vengent contre l’humiliation imposée Par le protectorat américain de 2003. Le modèle d’Etat dominant dans la région est entre l’Etat autonome (Syrie ?) et la religion enkystée dans l’Etat (tous les autres y compris Israël). La construction du nouvel Etat, parce que contestation, ne peut passer par ces modèles et doit nécessairement repasser par une régression : celle de l’Etat enkysté dans la religion[5]. Parce que les nouveaux « entrepreneurs politiques » n’ont, au-delà de l’humiliation et du désir de vengeance, que peu de matières premières spécifiques à apporter dans la corbeille du nouvel Etat, et qu’ils ne peuvent pas proposer un Etat- nation à l’occidentale, il ne reste plus que la « matière première religieuse ». Et pour être vraiment spécifique et laisser jouer la logique de la vengeance, le seul registre de l’idéologie de « l’intérêt général » propre à toute structure étatique, n’est plus que celui de la souveraineté divine tel que celui théorisé par Sayyid Qutb[6]. Cette conception fait disparaitre toutes les médiations institutionnelles créées par les hommes, la législation positive ne devant reposer que sur la seule sphère divine.[7] Bien évidemment il n’existe pas de droits humains, pas de distinction entre sphère privée et sphère publique, pas de liberté de conscience et donc pas de principe de tolérance. Au-delà, puisque les sociétés, qu’elles soient musulmanes ou non, ne respectent pas le principe de souveraineté divine, il appartient à tout musulman de prendre le sabre pour faire respecter cette souveraineté. Les entrepreneurs politiques qui se cachent derrière un tel manteau sont bien à l’abri : Enkyster l’Etat en formation sur de tels principes permet l’exercice de la vengeance violente généralisée et le rétablissement du principe de l’honneur[8].

Réduire puis détruire la « chaudière Etat Islamique » : hypothèse crédible ?

L’enkystement dans un islam radicalisé n’interdit pas une logique de l’échange marchand – l’économie- car les nouveaux entrepreneurs politique- le Calife – « prince des croyants »-  et ses vassaux- ont besoin de rassembler de gros moyens financiers pour l’exercice de la violence. Il peut même se permettre de ne pas trop massacrer certains ennemis à partir du moment où un impôt peut être payé, prélèvement lui-même nourri par des activités marchandes[9].

Parce qu’enkysté dans une religion à vocation universaliste – il n’existe qu’un seul dieu souverain sur l’ensemble de l’humanité – Cet Etat nouveau ne peut que se mondialiser et se complaire dans l’ensemble des outils de la mondialisation marchande. Ainsi, il se déploie dans un marché mondial de la terreur et entre en concurrence avec d’autres entités du même type qu’il se doit de réduire :Al Qaïda, Al Nosra, Aqmi, etc. pour imposer son label à l’échelle de la planète.

C’est à ce titre qu’il distribue son label à des jeunes franchisés qui, loin de l’Etat Islamique, et souvent loin de la religion elle-même sont en souffrance. Il s’agira par exemple des jeunes musulmans de la seconde génération[10] écartelés entre 2 cultures, celles des parents qu’ils rejettent, et celles de l’Occident qu’ils admirent mais qui leur est dans son entièreté d’un accès difficile. Globalement pour ces jeunes, les droits de l’homme, la République et ses valeurs apparaissent d’autant plus exotiques que la socialisation par l’emploi- vecteur essentiel dans une société entièrement régulée par le marché- est une épreuve difficile. Les plus radicaux de ces jeunes ne vivront pas le terrorisme sous la forme d’un sacrifice mais d’un martyr « win/win » comme tant de contrats de l’échange marchand du monde moderne….

L’avenir de l’Etat Islamique est sans doute incertain. Sa prédation sur l’économie marchande est limitée. Elle le sera davantage avec l’étouffement économique qu’elle suscite - augmentation des taxes, baisse générale des revenus avec aussi fin du paiement des traitements des fonctionnaires jusqu’ici versés par Bagdad ou Damas, développement d’une économie souterraine, etc.- ou qu’on lui impose : destruction des installations pétrolières, gel des comptes, etc. Pour autant, ce type de structure peut proliférer en d’autres endroits car l’outil idéologique très simple est favorable à sa reproduction sur un terreau favorable : tant que la « sortie de la religion » n’est pas envisageable, la structure « Etat enkysté dans la religion » est un produit politique de qualité pour des entrepreneurs politiques prisonniers  de lourds ressentiments.[11]

Corrélativement, cette même simplicité idéologique pourra continuer à séduire des jeunes européens. Et ce beaucoup plus facilement que celle véhiculée par les jeunes extrémistes de gauche au siècle dernier. A l’époque l’idéologie supposait des livres difficiles à lire, et la violence se bornait à l’hypothèse d’une société réconciliée par la fin de la lutte des classes : un monde de vivants. La situation est plus difficile aujourd’hui, il n’y a plus rien à lire et la cause que l’on sert vaut qu’on y donne sa vie.

 

 

[1] C’est en particulier ce que l’on trouve chez un Richard Nozick.

[2] Laurent Davezies croit même pouvoir dire qu’il y aurait aujourd’hui 300 mouvements régionalistes dans le monde. Cf « La nouvel égoïsme territorial. Le grand malaise des nations » ; Seuil-La république des idées ;2015. Bien évidemment ces 300 mouvements  n’ont pas tous vocation à se transformer en Etats.

[3] Accords Sykes- Picot du 16 mai 1916.

[4] Il s’agit même d’un étalon-or, les pièces –dinar islamique- étant un mélange  d’or, d’argent et de cuivre.

[5] Notons que cette situation était celle plus traditionnelle de l’ensemble du Moyen-Orient avant la colonisation et la fin de l’empire Ottoman.

[6] Frère musulman égyptien condamné à mort par le régime de Nasser et dont les écrits servirent à Ben Laden pour justifier le Djihadisme dans sa version Al qaïda. On trouvera chez le sociologue olivier Carré ( « Mystique et politique, le Coran des islamistes, commentaires coraniques de Sayyid Qutb » ; CERF 2004) et chez Michel Terestchenko ( « l’ère des ténèbres » ; Le bord de l’eau ;2015) des développements intéressants sur l’œuvre de Sayyid Qutb. 

[7] Notons qu’il existe dans cette révolution un parallèle à mener avec la révolution française qui pourtant s’incarne dans un tout autre stade de l’aventure étatique. En effet, la révolution de 1789 va abroger toutes les intermédiations entre l’Etat et les citoyens.

[8] On pourra bien sûr critiquer comme le ferait Claude Berman le «  sociologisme » de nos explications ( cf Le Monde du 30 novembre 2015) . Ce dernier, reprenant les poètes de l’antiquité, voit la rage meurtrière comme un trait constant de la nature humaine. Pour autant il n’existe pas de rage sans contexte c’est-à-dire indépendamment d’une interaction sociale.  Que la chaine de causes soit complexe et difficile à remonter est incontestable. On ne peut toutefois pas renoncer à une démarche évacuant toute analyse causale.

[9] Pour plus de détails sur les finances de l’Etat islamique, on pourra se reporter à la rubrique « Géopolitique » du Monde du 29 novembre 2015.

[10]  Olivier Roy, « Le djihadisme est une révolte nihilisteé », Le Monde du 25 novembre 2015.

[11] Pensons par exemple aux palestiniens qui à force de constater qu’il n’y a pas d’issue pensable pourraient renverser leurs propres entités administratives dépendantes d’Israël et des finances européennes .

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 15:20

 

On évoque de plus en plus la difficulté pour la Chine de s’orienter vers un nouveau modèle de développement. Il s’agit de passer d’un modèle extraverti vers un modèle plus auto centré. Une réalité qui se vit déjà puisque le rapport X+M/PIB[1] est passé de 65% en 2006 à 50% en 2010 et qu’il ne sera plus que de 40% en 2015.

Mais aussi un passage de plus en plus difficile que semble attester le très fort ralentissement de la croissance, un peu plus de 2% selon Patrick Artus (NATIXIS).

Nous voudrions montrer dans le présent article qu’il existe non une corrélation mais un lien de cause à effet entre hausse des salaires, chute du rapport X+M/PIB, chute de la croissance, et difficulté de construire une très large classe moyenne protégée par un Etat social puissant.

L’étincelle.

En simplifiant beaucoup une réalité infiniment complexe, on peut considérer que si brutalement existe dans une économie, un doublement des salaires ne représentant jusqu’ici que, par exemple  30% du PIB, on assistera dans le court terme à une hausse des prix de toutes les marchandises produites et consommées.

A court terme, sans modification de la mobilisation des facteurs de la production et sans gains de productivité, il faut s’attendre à une hausse de prix de 30%. En effet les salaires passent de 30 à 60 points de PIB et, toutes choses égales par ailleurs[2], l’expression monétaire du PIB passe de 100 à 130.

Le choc externe.

Le niveau général des prix étant plus élevé il affectera les exportations dont le volume variera  aussi en fonction de l’élasticité-prix. Dans la mesure où les exportations chinoises sont encore dans la gamme inférieure, la substituabilité est très forte ce qui signifie une élasticité élevée de la demande internationale. Si nous prenons pour cette dernière la valeur de  -1,25[3], cela signifie sur la base des exportations  2006[4] ( 35,65 points de PIB) une baisse potentielle de 37,5% des exportations ( -1,25X30), lesquelles ne vont plus représenter que 22,28 points de PIB , soit une chute de 13,33 points de PIB. Chiffre considérable.

Les importations sont aussi théoriquement affectées par le doublement des salaires et la hausse consécutive  des prix internes. Elles doivent logiquement bénéficier d’un effet revenu et d’un effet de substitution. Au-delà, et contradictoirement, elles vont surtout être affectées d’un effet mécanique consécutif à la baisse des exportations. N’oublions pas en effet qu’en sa qualité d’économie extravertie baignant dans un système mondialisé d’optimisation des chaines de la valeur, la chine est d’abord exportatrice de produits issus d’ateliers d’assemblage de matériaux importés. Les importations sont donc aussi  liées au flux des exportations, selon un multiplicateur de 0,35 d’après  l’OCDE. Finalement le passage de l’extraversion à l’auto centrage parce qu’agissant selon 2 forces de sens contraires peut être estimé sans grands effets sur les importations.

Au total la variation de la demande externe qui fait suite au doublement des salaires est de  - 13,33 points de PIB.

Le Choc interne.

Ce choc externe est toutefois à comparer au choc interne, qui lui, correspond à la hausse des salaires…et à ses effets sur les autres agents économiques.

A priori la demande interne augmente au rythme de la hausse des salaires, soit 30 points de PIB, et donc la demande interne augmenterait plus rapidement que ne se réduit la demande externe. C’est oublier 2 éléments, la hausse des prix qui fait dissocier salaire nominal et salaire réel d’une part, et l’impact d’une augmentation du cout du travail sur la demande d’investissements.

En termes réels, les salaires qui représentaient 30 points de PIB n’en présentent pas 60 après doublement mais 60/130 soit 46 points de PIB. Le choc positif interne à l’initiative de la dépense des salariés n’est plus que de 16points de PIB soit un niveau à peine supérieur à l’effet négatif du choc externe (16 contre 13 ,33).

Bilan et menace réelle.

Toutefois le nouveau partage salaires/ profit au détriment des profits réduit considérablement l’incitation à investir. D’où une chute de l’investissement productif.  Nous sommes donc dans une situation de déséquilibre macroéconomique qui doit d’abord se traduire par des surcapacités dans les branches produisant des biens capitaux comme l’acier ou le béton.

C’est dire que sans intervention gouvernementale massive le taux de croissance ne peut que s’effondrer. Le passage de l’extraversion à l’auto centrage est ainsi extrêmement difficile.

Mais les chinois aiment épargner.

De fait la difficulté apparait aussi grande si l’on enrichit le petit modèle présenté en y introduisant le comportement d’épargne des salariés chinois.

Si l’on suppose que la moitié de la hausse des salaires est épargnée, la hausse des prix se trouve plus faible et l’expression monétaire du PIB n’est plus de 130 mais de 115.

Cela signifie une moindre réduction du flux des exportations (- 1,25X 15= 18,75 % de baisse) , et au final une demande internationale qui ne chute que de 6,88 points de PIB.

Toutefois ce choc externe plus faible est à comparer au choc interne. En termes réels le doublement du salaire assorti de l’effet déflationniste de l’épargne fait que désormais le poids du salaire dans le PIB se trouve être de 60/115 soit 52 points de PIB, sur lequel l’épargne viendra contracter la demande globale. Au final les deux effets contradictoires sur la demande interne sont de 22 – 11 (épargne) = 11 points de PIB. L’écart entre les 2 chocs (externe et interne) est faiblement positif (11- 6,88= 5,12) mais là encore la nouvelle répartition salaires/profit fait s’effondrer l’investissement productif, et à sa suite celui de la croissance. D’où l’interventionnisme d’un Etat chargé de masquer la crise de surproduction par le développement de lourds investissements publics.

Quelles conclusions pouvons-nous tirer ?

Le pouvoir chinois dispose d’énormes moyens pour mettre en place un Etat providence facilitant le passage au modèle que l’occident a pu construire au cours des 30 glorieuses : il lui suffit d’utiliser l’énorme épargne internationale accumulée lors de la phase extravertie de son développement. A priori ces énormes moyens pourraient aussi maintenir la croissance.

Curieusement il les utilise davantage selon les habitudes prises dans la phase antérieure : infrastructures colossales à rendements décroissants, constructions, etc.  Plutôt que vers la construction d’un Etat social : retraites, santé, etc.

Il est urgent mais très difficile de sortir de l’étape de la transition.

Urgent, car désormais il faut rapidement monter en gamme pour ne pas être concurrencé par les nouveaux pays émergents dont les taux de salaires sont plus faible. Mais on sait aussi que la montée en gamme se réalise par les services lesquels sont moins porteurs de gains de productivité…. La simple stagnation des salaires en Chine ne permettra pas la chute de ses parts de marché.

Très difficile car la baisse de l’incitation à investir diminue les chances d’une hausse de la productivité limitant la dite concurrence. Avec la grande difficulté pour Un Etat de se substituer à l’entreprise dans un monde beaucoup plus complexe que lors du démarrage des 30 glorieuses en Occident. Cette très grande difficulté risque d’engloutir une bonne parti du surplus accumulé lors des 30 dernières années. Elle risque aussi de laisser en panne la construction d’une authentique et très large classe moyenne en Chine.

L’accumulation auto centrée accoucheuse d’un Etat social était une phase beaucoup plus aisée dans l’Occident du début des 30 glorieuses :  gains de productivité très élevés en raison de la nature de l’accumulation de l’époque, une accumulation industrielle- plus simple que celle d’aujourd’hui- et non de services ; absence de nouveaux émergents et de concurrence ; plus largement un milieu international guidé par le « plan mondial [5]» américain qui nourrissait avec ses surplus[6] les demandes renaissantes sur des économies détruites par la guerre.

La Chine, en raison de son poids à largement bénéficié du dépeçage volontaire des anciens pays à développement auto centrés. Elle a nourri son modèle extraverti de ce dépeçage. Elle aura beaucoup de mal à construire un authentique développement auto centré.

 


[1] Dans le langage classique des économistes, X est le total des exportations et M le total des importations.

[2][2] Hypothèse bien sûr extrêmement simplificatrice mais qui permet de comprendre le raisonnement de base.

[3] Sources : Natixis.

[4] Nous prenons l’année 2006 de façon sans doute arbitraire mais elle est néanmoins  l’une des dernières à correspondre à la Chine des bas salaires.

[5] Expression que nous empruntons à l’excellent ouvrage de Yanis Varoufakis « Le minotaure planétaire », Editions du Cercle ; 2015.

[6] Plan Marshall.

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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 13:17

 

 

Les surcapacités de production semblent devoir constituer le souci principal de nombre de branches professionnelles en Chine : Industrie Automobile, bâtiment, acier etc. Parallèllement les réformes structurelles en Europe continuent de triompher avec l’exemple grec. Olivier Passet , dans sa vidéo : « La crise chinoise met l’Europe face à ses responsabilités mondiales » ( Xerfi, 24/0915) est l’un des rares observateurs à voir dans ce double mouvement le paradoxe de la crise planétaire de surproduction.

Profitons-en pour rappeler la réalité des choses : le déséquilibre entre offre et demande agrégée qui s’est progressivement construit autour de la mondialisation. Une réalité très éloignée de la vision produite par les spécialistes qui recherchent la clé dans des lieux où elle ne se trouve pas. Bornons-nous à quelques grandes étapes en insistant sur les rapports entre offre et demande.

La première étape est celle qui permit d’en finir avec la crise précédente et va assurer les « 30 glorieuses ».

1) « L’Etat –Nation fordien développé » et le « sous-développement ».

Tout a été dit sur cette phase qui correspond aussi à l’après seconde guerre mondiale, il est donc inutile d’insister. Signalons simplement que cette étape est celle d’une garantie de l’équilibre entre offre globale et demande globale par forte redistribution de gains de productivité abondants. La montée d’une Etat social servira aussi d’assurance de débouchés : les entrepreneurs économiques paient une prime d’assurance garantissant des débouchés croissants,  (taxation de l’activité et en particulier du travail s’agissant plus particulièrement de la France) assurance qui sera aussi celle des entrepreneurs politiques qui se produisent et se reproduisent au pouvoir en construisant le produit politique « Etat-providence ».

Parce que l’on en est encore au stade de l’Etat-Nation, cela suppose aussi de lourds transferts entre régions, et au final un processus d’homogénéisation renforçant l’équilibre entre offre globale et demande globale. Au niveau mondial, cette étape se caractérise par une croissance forte de ce qu’on appelle les pays développés et beaucoup plus faibles, pour ce qu’on va à l’époque appeler pays de la périphérie ou pays sous- développés : entre 5 et 7 ou 8% d’un côté et moins de 3% de l’autre. Sur le plan monétaire, le modèle allemand[3] ne s’est pas encore mondialement imposé : «  la loi d’airain » de la monnaie[4] est abandonnée et la création monétaire, qui est le fait des banques centrales et des banques de second rang, est bien présente pour assurer la croissance.

Cette croissance monétaire est bien sûr une croissance par endettement, mais celui-ci est contenu par une inflation qui participe largement de la répression financière de l’époque.

2) Mondialisation acte1 : L’émergence du couple USA/Chine.

Ce que certains ont appelé le « mariage de Wal-Mart et du parti communiste  chinois »[5] marque l’une des premières étapes de la forme moderne de la mondialisation.

Il s’agit de la première grande rupture entre offre globale et demande globale. La production chinoise est appelée à devenir très supérieure aux débouchés nationaux. Pour les USA, les choses deviennent complexes : La croissance de la production peut encore se maintenir car la  concurrence  des importations en provenance de chine créent suffisamment d’effet-revenu au profit des salariés qui peuvent ainsi alimenter une demande domestique supplémentaire. Toutefois on se dirige vers un déficit extérieur et une demande interne appelée – sauf ouverture croissante du crédit et de la dette - à  se comprimer. Avec le temps cette compression se fera croissante: les salaires américains se bloquent avec une contrepartie en termes de revenus qui devient facteur de blocage de la demande.  le déficit, quant à lui, correspond à une production et un revenu  associé qui n'est plus assuré sur le territoire américain, donc une demande potentiellement déclinante. Les USA consomment et la Chine produit.

Déficit d’un côté et excédent de l’autre, il peut encore y avoir un équilibre mondial tant que « l’armée industrielle de réserve chinoise » ne heurte pas plus frontalement les salaires américains.

Cette étape 2 concerne les années 80 lesquelles voient un redéploiement de la croissance : Les taux baissent dans les vieux pays développés et montent dans les autres : environ 3% contre 8 à 10 d’abord chez les « tigres asiatiques », ensuite et surtout en Chine. La création monétaire doit bien sûr suivre, et à l’endettement qui ne fait que suivre la croissance il faudra ajouter l’endettement du aux premiers lourds déséquilibres : l’Asie  finance de façon croissante l’endettement américain, le moteur de l’immense machine à recycler se trouvant à Wall-Street.

3) Mondialisation acte 2 :L’ère des bulles.

L’expression de « pays sous-développés » n’est plus seulement remplacée par celle de  « pays émergents » car nombre de ces derniers deviennent « pays émergés ». Sans toutefois, sauf pour certains d’entre-eux,  devenir des Etat-Nations fordiens classiques. Ainsi la Chine verra la part des salaires dans le PIB devenir l’un des plus faibles du monde : 35%. Son équilibre ne peut donc résulter que d’excédents extérieurs de plus en plus massifs.

 Le déficit américain devient abyssal, car l’économie américaine absorbe une bonne part des excédents chinois, lesquels participent activement à la désindustrialisation du pays, avec en corollaire : le blocage de longue période des rémunérations et l’explosion des inégalités.

Désormais toutes les autoroutes de la mondialisation fonctionnant sans péages [6], le nouveau capitalisme voit le principe moteur  de la concurrence passer des gains de productivité à celle de la course à la baisse des salaires. C’est tout le sens qu’il faut donner à l’allongement considérable des « chaines de la valeur », et au primat du « Buy » sur le « make » : il faut sans cesse externaliser et transformer radicalement l’entreprise, qui devient de plus en plus un corps apparemment démembré[7]. Le déséquilibre planétaire devient difficilement gérable et la production croissante voit ses débouchés se restreindre de façon massive.

Toutefois la crise est refoulée par la montée considérable du crédit et de l’endettement qui en découle : une bulle de dettes sur laquelle sont branchés tous les nouveaux instruments d’une créativité financière qui n’est plus muselée par la répression de jadis. Les salariés américains, dont beaucoup sont devenus précaires, continuent de consommer grâce au crédit. L’Etat fédéral poursuit ses dépenses militaires pharaoniques grâce à l’épargne chinoise. Dettes publiques et privées, s’épuisent à maintenir le niveau de demande mondiale globale garantissant la croissance de l’activité.

Cette dernière reste déséquilibrée en faveur des pays émergents (plus de 10% pour la Chine), avec toutefois maintien d’une croissance non négligeable, dopée par la dette dans les anciens pays développés (surtout les USA qui maintiennent durablement des taux supérieurs à 3%).

4) Mondialisation acte 3 : Explosion de la dette et fragile digue des Etats.

Inutile de rappeler les évènements de 2008/2009 tant ils sont connus. Les entrepreneurs politiques devenus dépendants de l’industrie financière [8], et parfois même se confondant avec les dirigeants de cette dernière [9], font le choix du « Bail-out ». Il en résulte que l’immense dette privée qui se cachait dans la bulle devient dette publique et vient accroitre le poids des charges qui accablaient déjà certains Etats fort endettés [10]. La spéculation sur la dette privée, devient aussi spéculation sur les dettes publiques, avec attaques sur les parties les plus fragiles de la grande digue des Etats : la dette européenne. La zone euro devient ainsi un lieu privilégié, avec prise de conscience par la spéculation que nombre de dettes publiques ne sont plus soutenables. Les entrepreneurs politiques de la zone, ardents défenseurs de la conception allemande de la monnaie, défense qui est aussi celle des grands gagnants de la mondialisation, adoptent à la hâte des mesures d’austérité visant à contenir la vague des déficits et le service de la dette correspondant. Chaque point de PIB de dépense publique gagnée dans la course à un désendettement impossible à atteindre, devient un point de demande globale en moins, d’où- sous l’effet du multiplicateur budgétaire-  l’aggravation de la crise. Ce qui était la première économie du monde devient la zone la plus dépressive du monde, zone qui en raison de son poids, vient affaisser des croissances mondiales déjà sur le déclin. Le prétendu « rétablissement », utilisant y compris des bricolages statistiques [11], n’est que l’aggravation planétaire de la crise. D’où la nécessité de construire de nouvelles digues.

5) Mondialisation acte 4 : La construction de la digue des banques centrales et ses effets.

Parce que la mondialisation est devenue une logique de destruction, creusant un fossé de plus en plus large, entre offre globale mondiale et demande globale mondiale, fossé que les Etats ne sont plus capables de combler par des déficits, il faudra mettre en ordre de bataille les banques centrales chargées de monétiser ou racheter de la dette. Cela commence très tôt avec la FED et 3 « quantitative easings » laquelle sera suivie par les banques d’Angleterre, puis du Japon et  enfin la BCE et ses « LTRO » et autre « OMT » ou encore taux d’intérêts négatifs. Le comblement du fossé entre offre globale et demande globale se mesure à la démesure croissante des bilans des dites banques centrales : plus du quart des PIB des Etats correspondants et la moitié du PIB japonais pour la banque du Japon.

Commencée avec la mise en place des autoroutes de la finance, et donc la fin de la répression financière et de l’euthanasie des rentiers, la mondialisation poursuit sa course destructrice, en  revenant vers cette dernière  de façon imprévisible et inattendue : Les Etats, y compris ceux du sud de l’euro zone,  retrouvent des conditions d’endettement qui ne sont plus celles de la loi d’airain de la monnaie[12]. De la même façon les entreprises non financières voient leur rentabilité augmenter en raison de la baisse des taux[13]. A l’inverse, la menace est grande pour les fonds de pension à prestations définies et les compagnies d’assurances. La nouvelle euthanasie des rentiers permettrait ainsi de ne plus évoquer stupidement le « sacrifice des générations futures »- les ménages jeunes bénéficient de taux faibles- et « l’égoïsme des ainés », qui cigales plus que fourmis, auraient scandaleusement endettés leur pays.

Conclusions

A l’échelle mondiale aucune  des mesures envisagées ne correspond à la bonne clé d’une sortie de crise et le fossé entre offre globale et demande globale ne cesse de s’élargir : le processus de dislocation ne s’achève pas. Il est même conforté par la digue ultime des banques centrales….des établissements dont le passif n’est jamais exigible[14]… Plus clairement encore, la course à la baisse mondiale de la part des salaires dans la valeur ajoutée peut se poursuivre [15], et la logique de destruction continuer : expulsion de ceux qui bénéficiaient d’un Etat-providence, d’un emploi stable, d’une appartenance à la classe moyenne, etc. Mais aussi expulsion des entrepreneurs politiques classiques désormais supplantés par des gangs ou « formations prédatrices » [16] faites d’une élite mondialisée, hors-sol, bénéficiant de capacités systémiques surpuissantes et finalement peu maitrisables[17] : banquiers, juristes, comptables, mathématiciens, journalistes, dirigeants de grandes entreprises, informaticiens, physiciens, lobbyistes, etc.[18]. Au total expulsion de la démocratie au profit d’une oligarchie, avec maintien, voire sacralisation de droits de l’homme dans leurs versions les plus épurées, c’est-à-dire anglo-saxonnes. Le triste spectacle de la Grèce est là pour le confirmer.

Plus proche de l’Europe, cette nouvelle donne n’entraine évidement aucune solution à la crise de l’euro. Les pays du sud ne peuvent en aucune façon espérer de soulagement dans la course à la baisse des salaires par une modification du taux de change : il faut imaginer l’impensable et le cruel retour à des époques que l’on croyait révolues. Non seulement l’Europe du sud doit accepter la dévaluation interne exigée par l’Allemagne[19], mais elle doit aussi subir les assauts d’un processus plus vaste encore, celui imposé par l’écart croissant entre offre et demande planétaire. La Grèce souffre de l’imposition du modèle allemand…mais une souffrance aussi augmentée des difficultés des « émergés ». Les chinois auront-ils encore les moyens de racheter Le Pirée ?

Dernier point : la nouvelle euthanasie des rentiers ne peut être une incitation à l’investissement productif. Constatons que si la baisse des taux a permis aux entreprises non financières (ENF) d’accéder à une rentabilité plus élevée, l’investissement ne peut s’envisager sur la base d’une demande globale en réduction, déficit d’investissement qui en retour affaisse davantage encore la demande globale mondiale et fait grandir le fossé avec l’offre correspondante.[20]

Et la France dans tout cela ?

La France se trouve de plus en plus mal placée, certains osant même affirmer qu’elle devient le "pays dernier de classe". Dans la guerre de la mondialisation les plus hardis peuvent relativement moins perdre que d’autres. Ainsi la baisse des salaires en Espagne permet de rétablir un semblant de compétitivité et  laisse à ce pays l’ambition de devenir une petite Chine. Le même raisonnement peut se faire pour d’autres pays qui se « réforment » plus vite que d’autres : les petites Chines peuvent se multiplier. La Tchéquie n’est –elle pas parvenue au plein-emploi ?  D’où les lamentations concernant une France qui n’arrive pas à se réformer, qui connait encore une hausse des salaires et qui en contrepartie encaisse des déficits publics et  extérieurs croissants, avec le chômage qui lui est associé….  au grand soulagement des petites Chines qui voient leur stratégie couronnée de succés….Merci la France qui, difficilement intégrée dans la mondialisation, en accepte pourtant la charge croissante: elle encaisse sous forme de déséquilibre extérieur et de chômage les exportations croissantes des petites Chine.

La clé de la sortie de crise est introuvable si l’on se borne à ne la rechercher que là où la lumière du lampadaire se fait suffisamment vive.

Certains pensent en avoir trouvé une dans le maquis des réformes qui pour l’essentiel concernent la baisse des salaires pour leur pays ou –par effets de gains de productivité-  imposent de telles baisses aux pays clients  moins productifs. Toutes ces clés, peut-être utiles à l’échelle d’un pays, produisent un drame planétaire. Les pays émergés connaissent ainsi un étouffement de la croissance, avec dans certains cas- le Brésil par exemple mais plus encore aujourd’hui la Chine- l’apparition d’une étonnante stagnation…. D’où le développement de théories acadabrantesques concernant la chute de la « croissance potentielle".....

 

[1] « Refusons les vieilles recettes de la vieille gauche taxophile », Le Monde du 25 juin 2014.

 

[2] « Le socialisme de l’offre est une impasse », Le Monde du 25 juin 2014.

 

[3]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-independance-des-banques-centrales-et-paradigmes-culturels-117604632.html

 

[4]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-d-airain-de-la-monnaie-medium-n-34-janvier-2013-114312510.html.

 

[5] Expression que nous devons à Jean- Michel Quatrepoint.

 

[6]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-agonie-du-fordisme-forme-de-l-etat-et-gigantisme-financier-2-77358419.html

 

[7] La « tête » dans un pays, un bras sur un autre dans un autre continent, une jambe dans un troisième, etc.

 

[8]Phénomène bien expliqué dans l’ouvrage de Christian Chavagneux et Thierry Philipponnat : « La capture » ; La Découverte ; 2014.

 

[9] Cf. l’étude de Daron Acemoglu (MIT) : « The value of Connections in Turbulent Times: Evidence from the United States, NBER Workink Papers n° 19701, novembre 2013.

 

 

[10]D’autres qui l’étaient peu le deviennent brutalement en raison du sauvetage financier : USA, Irlande, Espagne, etc.

 

[11] Parmi ces derniers signalons la redéfinition des règles comptables pour le calcul des PIB, (par exemple les dépenses de recherche et développement sont désormais comptabilisées dans la FBCF) ce qui entraine une croissance « inédite », et les exceptions aux règles de calcul du déficit pour les pays les plus en difficulté notamment la Grèce. De quoi améliorer les images statistiques et donc de rassurer.

 

[12] D’où les prétendus retours triomphaux des Etats du sud de la zone euro qui connaissent des taux enfin abordables, tandis que la France n’a jamais connue de taux aussi bas qu’en ce printemps 2014.

 

[13] Cette baisse aurait représenté 20% de la croissance des entreprises américaines entre 2007 et 2012. Cf l’article de Martin Wolf déjà cité.

 

[14] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-oui-le-passif-d-une-banque-centrale-est-non-exigible-une-aubaine-pour-la-finance-121560542.html

 

[15] D’où le blocage des nouvelles et importantes classes moyennes des émergents : Chine, Brésil, etc. ..concurrencées par de nouveaux salariés des nouvelles périphéries : Vietnam, Bengladesh, Ethiopie, etc. Pour ne prendre qu’un exemple la nouvelle classe moyenne chinoise se trouve désormais exposée à la baisse des salaires américains (l’écart de cout unitaire étant passé de 17,1$ en 2005 à 6,9 en 2012…écart  disparaissant avec les couts américains de l’énergie, d’où les nouveaux investissements chinois dans le sud des USA) mais aussi à l’énorme compétitivité de ses voisins immédiats (Vietnam et Cambodge) dont les salaires très inférieurs aux salaires chinois justifient les massives délocalisations chinoises vers ces pays pour l’industrie du jouet ou du textile. A une échelle plus réduite la moyennisation de l’espace européen devient avec l’euro, un leurre, et l’écart de 1à 20  (selon XERFY) entre les 10% les plus pauvres (plutôt des ménages portugais) et les 10% les plus riche (plutôt des ménages allemands et luxembourgeois) ne va guère se réduire avec les politiques d’austérité. Et que dire de la Grèce ?

[16] Terme emprunté à Saskia Sassen dans son ouvrage : « Expulsions. Brutality and complexity in the Global Economy »; Harvard University Press ; Mai 2014.

 

[17]L’industrie financière dérégulée est en effet non maitrisable y compris par ses acteurs, lesquels sont parfois inquiets d’une création à la fois voulue et subie. De la même façon qu’un accident nucléaire développe des évènements hors de contrôle, un accident financier développe des conséquences non planifiables.

 

[18] Cette élite mondialisée hors sol - bien sûr investie dans l’immense industrie financière -  n’est évidemment pas victime de l’euthanasie des rentiers. Cette élite vit en effet moins de taux que d’écarts de prix. Parce que l’industrie en question vit de la recherche de l’information, elle patauge nécessairement dans les marécages des délits d’initiés et autres conflits d’intérêt. C’est cette matière première qui fait l’immensité de sa prédation, une prédation vis-à-vis de  laquelle les « régulateurs » s’avèrent impuissants.

 

[19]Laquelle détenait le record des inégalités dans les grands pays industriels et vient seulement d’être rattrapée par les USA, ce qui explique aussi, partiellement, son attitude vis-à-vis d’une Grèce dont les ménages disposeraient d’un patrimoine trop important (Cf le rapport OCDE présenté dans les Echos des 2 et 3 mai 2014).

 

 

[20] Ajoutons que les investissements programmés ne sont pas orientés vers la productivité et, la  « destruction créatrice » chère à Schumpeter, est toujours annoncée… et peu constatée. Cf. à cet égard les thèses actuelles développées par Peter Thiel, Garry Kasparof, Robert Gordon mais aussi Jean Paul Pollin et tant d’autres, qui insistent sur l’idée de longue stagnation en matière de technologie et d’innovation. Ces idées sont aussi confirmées par l’estimation de la qualité des emplois crées en France à l’horizon 2018 (Cf. le rapport McKinsey d’Avril 2014) qui révèle clairement le choix de branches non porteuses de gains de productivité (Maintenance et entretien, services aux particulier, hébergement et restauration, santé, etc.).

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 04:34

Résumé: Contrairement à ce qui est trop rapidement affirmé, le nouveau pétrole américain n'est pas menacé par la chute des prix du brut. A l'inverse, les USA vont redevenir le "faiseur de prix" à l'instar de ce qui existait au beau milieu du 20ème siècle. Parallèlement L'Arabie Saoudite risque de perdre définitivement sa place de "swing producer".

La littérature concernant l'évolution du marché pétrolier à moyen terme ne permet pas de s'appuyer sur des conclusions convergentes quant aux prix futurs. Certains voient un effondrement rapide de la production américaine et donc une hausse des prix dès l'été prochain, hausse qui résulterait d'une chute de l'offre. D'autres pensent que la production américaine pourrait se maintenir et ainsi contribuer au maintien de prix faibles.

Il est temps de reconsidérer les raisonnements à partir d'une analyse des coûts de production.

Depuis la naissance de l'industrie pétrolière en Pennsylvanie dans les années 1870/1880 jusqu'au début des années 2000, nous étions dans une configuration où au niveau de chaque puits, les charges fixes étaient importantes et le coût marginal proche de zéro. Il en était ainsi car l'ouverture plus grande de la tête de puits est une opération de coût nul générant un flux plus important d'huile. S'Il est vrai que lorsque furent entrepris -au cours de la seconde partie du vingtième siècle- les opérations de récupération assistée le coût marginal cessa d'être nul, il était pour autant très faible.

Cette caractéristique fût celle qui devait expliquer la stucture fortement oligopolistique de l'industrie correspondante. C'est que, dans un tel modèle, les rendements étant sans cesse croissants, la concurrence devient rapidement catastrophique. Par exemple les petits producteurs américains des années 1880, endettés au titre de l'achat des appareils de forage optimisaient leur gestion par l'ouverture maximale des têtes de puits, d'où une offre rapidement croissante, une baisse brutale de prix, et la ruine, elle-même souvent accompagnée d'une pollution de la nature puisqu'il devenait avantageuc de jeter l'huile dans les rivières.

La suite est historiquement connue avec la fin de la concurrence au profit de la naissance de la Standard Oil qui devait réguler l'offre et stabiliser le marché. Une histoire qui se pousuivra par une régulation par les "sept soeurs", un "posted price" unique et mondial, des "frets fantômes", des accords secrets entre compagnies, etc ; mais aussi la naisssance de l'OPEP et des compagnies nationales de pays producteurs. De quoi construire à partir de coûts marginaux nuls ou proches de zéro une immense rente pétrolière.

Dans cet état du monde, les schistes bitumineux et autres sables asphaltiques étaient tout simplement hors-jeu, tant les coûts d'accès étaient incomparablement plus élevés qu'au Moyen Orient.

Depuis le milieu des années 2000, nous nous dirigeons vers une structure de coûts complètement différente.

S'agissant des nouvelles huiles extraites, notamment aux Etats-Unis, nous rencontrons une structure de coûts beaucoup plus classique. Les coûts de forage sont très faibles comparés aux nouveaux coûts de forage pour les pétroles classiques. Il est difficile de pénétrer dans le secret des coûts, mais l'on croit savoir qu'ils sont incomparablement plus faibles que les coûts d'accès aux grandes profondeurs au large du Brésil voire en Sibérie ou en Alaska. Par contre, les forages ont un rendement qui diminue rapidement (division par 2 au bout de 6 mois d'exploitation) alors que le forage sur gisement classique peut produire pendant 30 ans. Cela signifie une multiplication régulière du nombre de forages sur un gisement (jusqu'à 50 fois plus que sur un gisement classique).

Par ailleurs, les coûts d'exploitation -même instantanés- ne sont plus proches de zéro, car il s'agit toujours d'une récupération très assistée par l'injection de  grandes quantités  de produits et de liquides divers pour obtenir l'extraction.

La période 2005-2015 est ainsi très différente de celle des années 1880. Il n'y a pas de concurrence catastrophique et nombre de producteurs américains sont nouveaux et de petite taille, ce qui n'a pas débouché sur de catastrophiques rendements croissants impliquant leur élimination, comme ce fut le cas en Pennsylvanie.

Au delà, la technologie qui correspond à cette nouvelle structure de coûts est aussi celle qui permet d'introduire dans l'industrie des réserves naturelles jusqu'alors inexploitables. Shistes bitumineux et sables asphaltiques ne sont plus en dehors du théatre pétrolier et vont prendre une place décisive.

Et c'est ici qu'il convient de proposer ce que nous croyons être le scénario d'une très nouvelle géopolitique du pétrole.

Beaucoup de choses ont été dites -sans apporter de preuves- sur des accords entre Russie et Arabie Saoudite, ou entre ce dernier pays et les USA, dans un cas pour géner les USA et dans l'autre pour géner la Russie. Avec des conséquences secondaires lourdes pour d'autres pays: Vénézuela, Algérie, Nigéria, Iran,etc.

De fait, nous pensons que les Etats-Unis vont conquérir seuls, une place déterminante leur conférant un poids géopolitique nouveau.

Tout d'abord, l'offre américaine ( près  de 10 millions de barils/jour) est devenue majeure et anéantit l'efficience de l'OPEP, lequel voit sa part de marché passer de 55% en 1973 à 35% aujourd'hui. Cela signifie que l'OPEP n'a plus les moyens de fixer le prix. A l'intérieur de l'OPEP, l'Arabie Saoudite perd aussi son statut de "swing producer" qui lui allait si bien en diminuant ou en augmentant voire en doublant sa production en quelques jours - ce qu'elle fit lors de la première guerre du Golfe - grâce à la vertue des rendements croisssants sur chaque puits.

Face à l'offre américaine nouvelle, l'Arabie Saoudite a fait le choix du maintien relatif de sa part de marché au détriment des prix : sa production s'est maintenue. Elle espère que ce choix, très coûteux en terme de rente pétrolière,  va éliminer les producteurs marginaux américains.

Il est possible que les coûts unitaires totaux du baril américain soient trop élevés (60/70 dollars?), d'où la très forte diminution -en quelques semaines- des investissements de forage dans certaines zones du territoire américain. Coûts trop élevés jusqu'ici protégés par des couvertures à termes, y compris des CDS, qui seront  (on parle de plusieurs centaines de milliards de dollars) peut-être une lourde perte pour le système financier américain dès la fin du printemps 2015. Lourde perte aussi de débouchés pour l'ensemble des fournisseurs de l'industrie pétrolière, y compris les sidérurgistes.

Pour autant, la continuîté de l'offre de pétrole américain ne peut plus être entamée.

Lors des révolutions pétrolières des années 70 qui vont porter le "posted price" d'environ 2 dollars le baril à quelque  40 dollars, l'écart des coûts avec les huiles potentielles était beaucoup trop important: les USA, sans offre nationale alternative, devaient simplement payer. Tout au plus pouvait -on maintenir les routes de l'approvisionnement grâce à l'outil militaire.

Le paysage est aujourd'hui très différent. Parce que les technologies de production nouvelles le permettent, il existe désormais une solution de continuïté entre les différents pétroles, et le gouvernement fédéral américain pourra décrêter des mesures protectionnistes sur la nouvelle industrie du pétrole. Il s'agira de protéger une " industrie dans l'enfance", alors qu'il s'agissait de protéger des routes maritimes avec la flotte.

De fait, sans retrouver le vieux "posted price" à prétention planétaire des ports américains du golfe du Mexique, les USA vont devenir faiseurs de prix. Si le prix de marché détruit des producteurs marginaux américains, il est probable qu'une taxation sur huiles importées interviendra, taxe flottante puisqu'au nom du libre échange elle pourra disparaitre si les prix permettent aux producteurs marginaux de vivre.

Le coût en développement de la nouvelle industrie pétrolière américaine devient ainsi le pivot du prix mondial du pétrole. Notons enfin que ce  coût est probablement inférieur au prix du pétrole, garantissant la plus ou moins grande stabilité sociale de nombre d'Etats pétroliers. Le prix du pétrole assurant la paix sociale en Algérie, au Nigéria, etc. (80, 100 dollars le baril?) est de loin supérieur au coût en développement de l'huile américaine. De quoi donner aux USA , dans le domaine pétrolier, un poids géopolitique qu'ils n'avaient pas au 20ème siècle. Avec une nuance importante : les gisements de nouvelle huile seront-ils  capables d'envisager des plans de production de long terme ? Concrètement, le poids nouveau des USA sera-il durable?

 

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 17:01

 

Résumé :

Une littérature abondante se focalise aujourd’hui sur le prix du pétrole : Certains voyant les avantages d’une baisse et d’autres, les inconvénients. Il est bon de resituer les invariants d’une économie pétrolière devenue mondiale pour aborder de façon plus informée le contenu du marché pétrolier. On en déduit qu’il n’existera pas  de concurrence catastrophique avec élimination des productions coûteuses américaines et fin de l’essor énergétique des USA.

 

Le prix du pétrole fait à nouveau l’objet de toutes les attentions et commentaires. Au-delà de la chute des cours du baril, généralement attribuée au ralentissement de la croissance et à  l’émergence d’une nouvelle offre rapidement croissante (USA), les analyses se sont portées sur des considérations géopolitiques entre ce qui est considéré comme les trois acteurs fondamentaux : Arabie saoudite, Russie et Etats-Unis. Certains voient, dans le refus de l’Arabie de jouer son rôle traditionnel de « swing » producteur, l’indice d’un accord avec les USA contre la Russie, tandis que d’autres voient à l’inverse un pacte avec la Russie contre les Etats-Unis.

Nous pensons, qu’avant d’émettre tout jugement, il convient de souligner les fondamentaux historiques de l’économie pétrolière,  plus précisément ses invariants.

En 1859, la grande surprise du premier foreur de l’histoire- le colonel Drake qui voit le pétrole jaillir du forage qu’il vient de réaliser en Pennsylvanie - s’accompagne aussi d’une donnée majeure : la technique retenue offre une production dont le coût marginal est strictement nul. Tout accroissement de la production par ouverture plus importante de la tête de forage se réalise à coût strictement nul[1].

Cette donnée  signifie qu’au niveau de chaque puits, il n’est rencontré que des charges fixes : celles du coût complet des recherches et forages. Une donnée qui s’accompagne d’une autre : chaque propriétaire du sol est aussi en droit américain propriétaire du sous- sol et ce jusqu’au centre de la terre. Il va en résulter une exploitation et donc une économie pétrolière, où la concurrence entre petits producteurs de l’époque revêt mécaniquement une dimension catastrophique.

C’est que les charges fixes qui se ramènent beaucoup à l’époque au coût de l’endettement auprès des banquiers qui ont financé le matériel de forage, sont d’autant plus supportables qu’elles sont réparties sur de grandes quantités produites : l’optimum de gestion d’un puits est son débit maximum. On connait la suite : offre excédentaire, chute des prix qui renforce la tendance à produire davantage, laquelle en retour accélère la chute des prix avec ruine des producteurs. La disparition de nombre de producteurs rétablit les prix qui attirent de nouveaux producteurs pour une nouvelle concurrence catastrophique…

C’est Rockefeller qui, observant cela,  a sans doute été l’un des premiers à comprendre que le pétrole devait devenir une industrie à offre monopolistique. D’où la suite d’une histoire bien connue avec l’émergence de ce qui allait devenir le trop célèbre oligopole pétrolier du vingtième siècle[2].

Les crises pétrolières qui vont marquer le dernier quart de ce même siècle ne mettent pas fin à un marché qui a quitté le champ de la concurrence catastrophique.

En effet, l’oligopole privé cohabite d’une certaine façon avec un oligopole public constitué par les Etats de l’OPEP, Etats qui mettent en place des compagnies nationales. De fait, la fin du vingtième siècle se caractérise par une volonté de la part de tous les acteurs du théâtre pétrolier de récupérer l’essentiel de la rente pétrolière. Il s’agit, par la forte montée des prix[3], d’accroître la rente et d’en redessiner un partage de plus en plus favorable aux propriétaires fonciers étatiques[4]. On sait que du point de vue de la théorie, la rente pétrolière est une rente différentielle[5], évaluée sur la base de la différence entre coûts des énergies de substitution et coût du pétrole[6]. A l’époque des « posted price » (prix affichés), la rente était faible en raison de la volonté de l’oligopole de faire du pétrole une matière première quasi hégémonique. Dans un premier temps (années 70-80) les prix restent des prix décidés par une organisation oligopolistique. Ultérieurement, ils deviendront des prix de marché avec la multiplication des gros Etats producteurs dont bien sûr la Russie, mais aussi celle de compagnies pétrolières de taille plus réduite ( Cove Energy, PTT Exploration § Production, Anardako, Tullow, etc. Ajoutons que l’irruption du trading pétrolier fera de cette matière première un produit financier avec apparition d’un nombre considérable d’acteurs complètement étrangers au pétrole ( Traders de Genève, de Londres, de Singapour, etc.[7]).

Si toutefois la concurrence n’était pas catastrophique comme elle l’était au Dix-neuvième siècle, c’est, au-delà d’une demande en très forte expansion[8] , en raison du poids encore élevé des majors et surtout du poids de l’OPEP qui décidait  de la production et de sa répartition (les quotas des pays producteurs) entre Etats Pétroliers maitrisant de grandes compagnies publiques.

Les choses vont se transformer avec l’irruption d’un nouveau géant : les USA dont la production journalière rejoint présentement celle de l’Arabie et celle de la Russie[9]….dans un contexte – crise oblige- de demande quasi constante.

L’irruption massive des USA peut-elle réenclencher, à l’échelle planétaire, la concurrence catastrophique qui assombrissait la Pennsylvanie du dernier tiers du dix-neuvième siècle ?

Si le contexte est différent -les compagnies sont enkystées dans des Etats qui sont aussi acteurs- la baisse de prix constatée en cette fin 2014 entraîne des conséquences très négatives pour la plupart des acteurs : chute gigantesque des revenus des grands Etats pétroliers dont les entrepreneurs politiques se reproduisent au pouvoir par la redistribution de la rente : OPEP, Russie, Venezuela, etc[10]. Mais aussi, mise en difficulté de l’ensemble des gisements marginaux américains dont les coûts unitaires sont beaucoup plus élevés qu’au Moyen-Orient,[11]avec la particularité déjà constatée en Pennsylvanie au dix-neuvième siècle : beaucoup de gisements nouveaux nord-américains relèvent d’une mise en exploitation financée par de la dette que les banques titrisent… d’où des risques financiers[12] dans le cadre d’un marché type high yield que l’on dit généralement peu liquide.

La présente littérature qui prend souvent position dans ce qu’elle croit être un jeu entre Trois grands acteurs Russie, Arabie, USA, avec alliance de 2 contre 1 ne se rend pas compte du fait que si une concurrence catastrophique devait se déclencher, avec  ou sans l’aide de l’éclatement d’une bulle associée, les trois acteurs y seraient perdants.

De fait, il n’existe probablement pas de pacte, mais bien plutôt une nouvelle modalité du dilemme du prisonnier.

Face à la montée considérable de la production américaine, Russie et Arabie ne peuvent pas accepter une diminution de leur propre production pour maintenir les cours : cela réduirait tout d’abord leur part de marché et donc leurs revenus, mais cela permettrait aussi une augmentation de la part de marché américaine avec des producteurs américains qui exigent du gouvernement fédéral la possibilité d’exporter les nouvelles huiles de schiste. Il en résulte que le meilleur choix est de maintenir la production en espérant que la chute de prix soit douloureuse pour les producteurs américains qui, pris dans un piège type Pennsylvanie des années 1870, seraient acculés à la faillite. Faire chuter les prix à environ 60 dollars le baril, permettrait ainsi d’éliminer nombre de  producteurs américains et rétablirait un marché jugé plus sain.

Outre que le coût de ce rétablissement est politiquement très risqué pour nombre d’Etats trop habitués aux conforts de la rente pétrolière, il n’élimine pas la possibilité pour l’Etat américain de protéger, le cas échéant, ses nouveaux producteurs par une taxation des importations de pétrole. Il n’élimine pas non plus la possibilité pour ces mêmes producteurs américains de tenir au moins quelques mois en raison d’un coût marginal qui n’est certes plus nul pour l’huile de schiste mais qui est inférieur au prix de vente, même si ce dernier est ramené à moins de 60 dollars le baril. Exactement comme le faisaient les petits producteurs de Pennsylvanie avant l’arrivée de Rockefeller.

Parce que le marché du pétrole mixe aujourd’hui  des acteurs étatiques et des producteurs privés, ce qui n’était pas le cas au dix-neuvième siècle, la concurrence pétrolière ne peut pas se transformer en concurrence catastrophique et il faudra bien que les acteurs laissent toute sa place à la production américaine. Le seul espoir pour ces acteurs est que la production non conventionnelle soit un feu de paille en raison d’un épuisement très rapide des gisements.

 


[1] Cette « découverte » n’en est plus une aujourd’hui et, d’une certaine façon, l’économie des réseaux et plus encore l’économie numérique repose sur cette notion d’absence de charges variables dans le total des coûts de production.

[2] Ce que l’on appelait à l’époque les « 7 sœurs » : 3 américaine, 2 anglaise, une anglo-hollandaise et une française

[3] Passage par exemple de moins de 2 dollars le baril en 1972 à 11,652 dollar au 1er janvier 1973, puis à 40 dollars en 1979.

[4] Cf : Jean Claude Werrebrouck, « Evolution du marché pétrolier et nouveau partage de la rente pétrolière », Revue d’Economie Industrielle, N°34, 1985.

[5] Cf : Jean Claude Werrebrouck,« Contribution à la théorie de la rente pétrolière », Revue d’Economie Industrielle,N° 9, 1979.

[6] Cf : Jean Claude Werrebrouck, « Histoire de la concurrence entre énergies fossiles et construction de la rente pétrolière », in « Rente et structures des industries de l’énergie », PUG, collection Energie et Société, Octobre 1983.

[7] Les offreurs et demandeurs de pétrole sont aujourd’hui pour 99% d’entre-eux étrangers à l'usage de la  matière première.

[8] Industrialisation rapide de ceux que l’on va appeler les « émergents ».

[9] Environ 9,2 millions de barils journaliers en décembre 2014.

[10] Avec toutefois de grandes différences selon que l’on est un Etat très peuplé et jouissant d’une rente faible ou moyenne (Venezuela, Algérie, Nigéria, etc.) ou un Etat faiblement peuplé et jouissant d’une rente considérable ( principautés du golfe, Arabie,etc.)

[11] Environ 6O dollars le baril. Notons aussi que ce coût unitaire n’a qu’un sens limité en raison de la structure des coûts complets du pétrole telle que déjà évoquée.

[12] Le chiffre de 300 milliards de dollars est souvent évoqué.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans textes de portée générale
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