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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 09:12

On parle à nouveau beaucoup de la chute du prix du pétrole et de ses effets sur les principaux acteurs économiques. A ce titre nous republions un article paru sur le blog le 20 janvier 2015 : « Les USA et la nouvelle géopolitique du pétrole ». De notre point de vue, il n’a pas pris une ride : l’offre de brut américain ne baisse que très peu et l’administration américaine se permet même de supprimer le vieil interdit d’exportations de produits pétroliers. Natixis[1] n’a sans doute pas tort d’imaginer l’émergence d’un cycle de prix…mais sur la base de la nouvelle structure des coûts américains. Bien évidemment nous restons dans l’incertitude radicale sur les conséquences ultimes de ce changement, aussi bien en termes économiques que politiques et sociaux.

 

Résumé: Contrairement à ce qui est trop rapidement affirmé, le nouveau pétrole américain n'est pas menacé par la chute des prix du brut. A l'inverse, les USA vont redevenir le "faiseur de prix" à l'instar de ce qui existait au beau milieu du 20ème siècle. Parallèlement L'Arabie Saoudite risque de perdre définitivement sa place de "swing producer".

La littérature concernant l'évolution du marché pétrolier à moyen terme ne permet pas de s'appuyer sur des conclusions convergentes quant aux prix futurs. Certains voient un effondrement rapide de la production américaine et donc une hausse des prix dès l'été prochain, hausse qui résulterait d'une chute de l'offre. D'autres pensent que la production américaine pourrait se maintenir et ainsi contribuer au maintien de prix faibles.

Il est temps de reconsidérer les raisonnements à partir d'une analyse des coûts de production.

Depuis la naissance de l'industrie pétrolière en Pennsylvanie dans les années 1870/1880 jusqu'au début des années 2000, nous étions dans une configuration où au niveau de chaque puits, les charges fixes étaient importantes et le coût marginal proche de zéro. Il en était ainsi car l'ouverture plus grande de la tête de puits est une opération de coût nul générant un flux plus important d'huile. S'Il est vrai que lorsque furent entrepris -au cours de la seconde partie du vingtième siècle- les opérations de récupération assistée le coût marginal cessa d'être nul, il était pour autant très faible.

Cette caractéristique fût celle qui devait expliquer la stucture fortement oligopolistique de l'industrie correspondante. C'est que, dans un tel modèle, les rendements étant sans cesse croissants, la concurrence devient rapidement catastrophique. Par exemple les petits producteurs américains des années 1880, endettés au titre de l'achat des appareils de forage optimisaient leur gestion par l'ouverture maximale des têtes de puits, d'où une offre rapidement croissante, une baisse brutale de prix, et la ruine, elle-même souvent accompagnée d'une pollution de la nature puisqu'il devenait avantageuc de jeter l'huile dans les rivières.

La suite est historiquement connue avec la fin de la concurrence au profit de la naissance de la Standard Oil qui devait réguler l'offre et stabiliser le marché. Une histoire qui se pousuivra par une régulation par les "sept soeurs", un "posted price" unique et mondial, des "frets fantômes", des accords secrets entre compagnies, etc ; mais aussi la naisssance de l'OPEP et des compagnies nationales de pays producteurs. De quoi construire à partir de coûts marginaux nuls ou proches de zéro une immense rente pétrolière.

Dans cet état du monde, les schistes bitumineux et autres sables asphaltiques étaient tout simplement hors-jeu, tant les coûts d'accès étaient incomparablement plus élevés qu'au Moyen Orient.

Depuis le milieu des années 2000, nous nous dirigeons vers une structure de coûts complètement différente.

S'agissant des nouvelles huiles extraites, notamment aux Etats-Unis, nous rencontrons une structure de coûts beaucoup plus classique. Les coûts de forage sont très faibles comparés aux nouveaux coûts de forage pour les pétroles classiques. Il est difficile de pénétrer dans le secret des coûts, mais l'on croit savoir qu'ils sont incomparablement plus faibles que les coûts d'accès aux grandes profondeurs au large du Brésil voire en Sibérie ou en Alaska. Par contre, les forages ont un rendement qui diminue rapidement (division par 2 au bout de 6 mois d'exploitation) alors que le forage sur gisement classique peut produire pendant 30 ans. Cela signifie une multiplication régulière du nombre de forages sur un gisement (jusqu'à 50 fois plus que sur un gisement classique).

Par ailleurs, les coûts d'exploitation -même instantanés- ne sont plus proches de zéro, car il s'agit toujours d'une récupération très assistée par l'injection de  grandes quantités  de produits et de liquides divers pour obtenir l'extraction.

La période 2005-2015 est ainsi très différente de celle des années 1880. Il n'y a pas de concurrence catastrophique et nombre de producteurs américains sont nouveaux et de petite taille, ce qui n'a pas débouché sur de catastrophiques rendements croissants impliquant leur élimination, comme ce fut le cas en Pennsylvanie.

Au delà, la technologie qui correspond à cette nouvelle structure de coûts est aussi celle qui permet d'introduire dans l'industrie des réserves naturelles jusqu'alors inexploitables. Shistes bitumineux et sables asphaltiques ne sont plus en dehors du théatre pétrolier et vont prendre une place décisive.

Et c'est ici qu'il convient de proposer ce que nous croyons être le scénario d'une très nouvelle géopolitique du pétrole.

Beaucoup de choses ont été dites -sans apporter de preuves- sur des accords entre Russie et Arabie Saoudite, ou entre ce dernier pays et les USA, dans un cas pour géner les USA et dans l'autre pour géner la Russie. Avec des conséquences secondaires lourdes pour d'autres pays: Vénézuela, Algérie, Nigéria, Iran,etc.

De fait, nous pensons que les Etats-Unis vont conquérir seuls, une place déterminante leur conférant un poids géopolitique nouveau.

Tout d'abord, l'offre américaine ( près  de 10 millions de barils/jour) est devenue majeure et anéantit l'efficience de l'OPEP, lequel voit sa part de marché passer de 55% en 1973 à 35% aujourd'hui. Cela signifie que l'OPEP n'a plus les moyens de fixer le prix. A l'intérieur de l'OPEP, l'Arabie Saoudite perd aussi son statut de "swing producer" qui lui allait si bien en diminuant ou en augmentant voire en doublant sa production en quelques jours - ce qu'elle fit lors de la première guerre du Golfe - grâce à la vertue des rendements croisssants sur chaque puits.

Face à l'offre américaine nouvelle, l'Arabie Saoudite a fait le choix du maintien relatif de sa part de marché au détriment des prix : sa production s'est maintenue. Elle espère que ce choix, très coûteux en terme de rente pétrolière,  va éliminer les producteurs marginaux américains.

Il est possible que les coûts unitaires totaux du baril américain soient trop élevés (60/70 dollars?), d'où la très forte diminution -en quelques semaines- des investissements de forage dans certaines zones du territoire américain. Coûts trop élevés jusqu'ici protégés par des couvertures à termes, y compris des CDS, qui seront  (on parle de plusieurs centaines de milliards de dollars) peut-être une lourde perte pour le système financier américain dès la fin du printemps 2015. Lourde perte aussi de débouchés pour l'ensemble des fournisseurs de l'industrie pétrolière, y compris les sidérurgistes.

Pour autant, la continuîté de l'offre de pétrole américain ne peut plus être entamée.

Lors des révolutions pétrolières des années 70 qui vont porter le "posted price" d'environ 2 dollars le baril à quelque  40 dollars, l'écart des coûts avec les huiles potentielles était beaucoup trop important: les USA, sans offre nationale alternative, devaient simplement payer. Tout au plus pouvait -on maintenir les routes de l'approvisionnement grâce à l'outil militaire.

Le paysage est aujourd'hui très différent. Parce que les technologies de production nouvelles le permettent, il existe désormais une solution de continuïté entre les différents pétroles, et le gouvernement fédéral américain pourra décrêter des mesures protectionnistes sur la nouvelle industrie du pétrole. Il s'agira de protéger une " industrie dans l'enfance", alors qu'il s'agissait de protéger des routes maritimes avec la flotte.

De fait, sans retrouver le vieux "posted price" à prétention planétaire des ports américains du golfe du Mexique, les USA vont devenir faiseurs de prix. Si le prix de marché détruit des producteurs marginaux américains, il est probable qu'une taxation sur huiles importées interviendra, taxe flottante puisqu'au nom du libre échange elle pourra disparaitre si les prix permettent aux producteurs marginaux de vivre.

Le coût en développement de la nouvelle industrie pétrolière américaine devient ainsi le pivot du prix mondial du pétrole. Notons enfin que ce  coût est probablement inférieur au prix du pétrole, garantissant la plus ou moins grande stabilité sociale de nombre d'Etats pétroliers. Le prix du pétrole assurant la paix sociale en Algérie, au Nigéria, etc. (80, 100 dollars le baril?) est de loin supérieur au coût en développement de l'huile américaine. De quoi donner aux USA , dans le domaine pétrolier, un poids géopolitique qu'ils n'avaient pas au 20ème siècle. Avec une nuance importante : les gisements de nouvelle huile seront-ils  capables d'envisager des plans de production de long terme ? Concrètement, le poids nouveau des USA sera-il durable?

 

 

[1] Flash économie du 2 février 2016, N° 107.

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 07:12

 

Les élections, qu’elles soient régionales ou nationales ne changeront rien tant que les partis politiques seront dans l’incapacité de prendre en compte  les bases d’une  réelle refondation. Hélas, ces bases ne peuvent facilement émerger comme produits politiques autorisant démocratiquement une prise du pouvoir. Le rejet européen de l’européisme s’étend et les partis traditionnels sont bien évidemment incapables de proposer une solution. Le questionnement fait de plus en plus place à l’inquiétude : si rien de sérieux ne peut être entrepris, l’approfondissement permanent de la crise économique et sociale risque de conduire, en France, mais aussi dans beaucoup d’autres pays, à des dégradations importantes du vivre-ensemble[1]. Une situation de rupture sociale avec, non pas une guerre civile, mais davantage une guerre de tous contre tous, n’est peut-être plus  à exclure.

Nous proposons dans le canevas ci-dessous les grandes lignes de ce qui nous semble indispensable pour la renaissance d’un vivre-ensemble désirable.

                                            Liste des réformes structurelles à envisager

-Détruire les racines de l'énorme « économie casino »[2] en :

        - interdisant la planche à billets  -« Quantitative Easing »- de ne fonctionner qu’au bénéfice exclusif des banques et des  Etats[3]

        - reprenant le contrôle de la Banque centrale,

        - reprenant le contrôle de la monnaie,

        - reprenant le contrôle du taux de change,

        - reprenant le contrôle des mouvements de capitaux.

Conséquences : 

         - suppression de dizaines de milliers d’emplois de haut niveau et néanmoins parasitaires (moins de 7% des échanges sur les marchés financiers concernent l’économie réelle)

         - suppression   de la prédation correspondante et ses « effets de démonstration »[4] ravageurs sur le vivre –ensemble 

         - suppression  des bulles spéculatives et risques systémiques associés 

         - suppression de  l’inutile marché de la dette publique[5] 

         - rétablissement de  l’idée que l’on ne peut s’enrichir sans travailler productivement ou sans investir dans l’économie réelle.

-Rétablir les racines de l’économie réelle en :

        - confiant au parlement la décision d’une création monétaire annuellement exécutée par la Banque centrale[6] 

        - fixant au système bancaire des objectifs d’enveloppes d’investissements privés et publics décidés par le parlement et exécutés sous le contrôle de la banque centrale

        -  réorientant l’épargne et le « shadow banking » vers le seul investissement productif 

        -  offrant, sous contrôle parlementaire, des garanties publiques sur opérations risquées 

        - déplaçant progressivement la fiscalité pesant sur les entreprises vers celle pesant sur la consommation et le revenu des ménages (les entreprises doivent être des chevaux de courses)

        -  fiscalisant les revenus du capital sur le critère de la durée de l’investissement (la spéculation est étrangère à l’investissement) 

        -  fixant les revenus de la « dirigeance » des entreprises sur des critères économiques et non seulement financiers ;

        - favorisant le rétrécissement des chaines de la valeur et la fin du démembrement à l’échelle planétaire des entreprises 

        -  favorisant une « authentique » concurrence entre partenaires égaux remplaçant la destructrice « concurrence libre et non faussée » 

        - interdisant toutes les formes de « capture » de la dépense publique.

        - programmant  la fin des régulations bureaucratiques et autres Autorités Administratives    dites « Indépendantes ».

Conséquences :

        -  augmentation considérable de l’investissement privé et public 

        -  mise en place  des voies d’une amélioration de la qualité de l’offre globale       

        -  fin des dispositifs d’austérité destructeurs économiquement, socialement, et politiquement 

        -  surplus assuré de l’activité et de l’emploi 

        -  fin du processus de développement vertigineux des inégalités sociales[7].

- Rétablir l’efficience de l’Etat- providence en :

         - évaluant chaque type de dépense sociale à partir d’une analyse coût/avantage effectuée par un organisme authentiquement indépendant 

        -  plaçant les organisations en charge dans un milieu concurrentiel sur la base du critère de l’efficience 

        - luttant contre toutes les formes de clientélisme et de captation de rentes.

Conséquences :

        -  diminution substantielle des dépenses sociales 

        -  responsabilisation croissante de tous les acteurs 

        -  amélioration des services rendus aux usagers.

        - relégitimer les dépenses sociales en tant qu’outils du vivre ensemble

- Rétablir l’efficience de l’Etat régalien en :   

         - rétablissant l’idée centrale de souveraineté, seul cadre possible de déploiement d’une authentique  démocratie 

         -   renégociant l’ensemble des traités européens qui ont entamé la souveraineté  

         -  investissant dans les dépenses militaires, pièces centrales du « ruissellement » du haut de gamme technologique vers toutes les branches de l’industrie

         -  augmentant la productivité de l’appareil juridique et judiciaire 

         -  investissant dans l’éducation, la formation et la recherche

         -  rétablissant les valeurs de la République

Conséquences :

            -  rétablissement d’un vivre ensemble aujourd’hui compromis 

            -  montée qualitative de l’offre globale avec ses effets sur la compétitivité 

            -  bien placer le pays dans le mouvement planétaire de naissance/renaissance des nations;

            -  mise en situation pour proposer un nouveau système de régulation (politique/ économique/ monétaire) planétaire. (nouveau Bretton-Woods ?)

- Rétablir la confiance en :

              -  interdisant la professionnalisation des « entrepreneurs politiques » (limitation des mandats dans le temps et l’espace)

              - favorisant le développement des initiatives partant de la base : référendums d’initiative populaire, surveillance étroite des mandats avec possible destitution, etc. 

              -  développant un statut de l’élu 

              -  organisant la transparence sur le lobbying, la négociation des Traités internationaux, etc. 

              -  organisant la fin de l’oligopole médiatique

              -  organisant la formation à la citoyenneté de la jeunesse.

Conséquences :

               -  renouer avec la tradition démocratique

               -  abandonner l’idéologie  gestionnaire et renouer avec le  politique

                - rétablir un vivre-ensemble, ouvert sur le monde, délibérable et désirable.

Ces quelques réformes n’ont évidemment que peu de rapport avec celles avancées et proposées à grand bruit par le système politico-médiatique actuel. Chaque point n’est qu’une ébauche ou un squelette qui doit être considérablement enrichi pour donner lieu à un dispositif programmatique sérieux. En revanche il s’agit d’un système articulé et les différents blocs (économie Casino ; économie réelle ; Etat providence ; Etat régalien ; confiance) sont dans la congruence de ce qui permettra de refaire nation et goût du vivre–ensemble dans un monde ouvert.

 


 

[1] « Un monde de violence, l’économie mondiale 2016-2030 »,Jean Hervé Lorenzi et Mickaël Berrebi, Eyrolles, 2015.

[2] Sans reprendre cette expression, l’ouvrage de Gaël Giraud ( « Illusion financière », les Editions de l’Atelier,2015 ), permet de bien comprendre les méfaits de ce que nous appelons « la boursoufflure" de la finance sur notre blog.

[3] Il est ici intéressant de se référer à un article de Flas Eco Natixis du 11 décembre 2015 : finanhttp://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=88551cière ».

[4] Au sens de Thorstein Veblen et de qu’il appelait la « consommation ostentatoire ».

[5] « Banques Centrales, Indépendance ou soumission, un formidable enjeu de société », Jean Claude Werrebrouck, Editions Y Michel, 2012.

[6] http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/11/front-national-comment-proposer-la-fin-de-l-euro-sans-perdre-les-elections-fin.html

[7] Au-delà de l’ouvrage de Jean Hervé Lorenzi et Mickaël Berrebi déjà cité, et bien sûr au-delà de Piketty, on pourra se référer à celui de Anthony Atkinson : «  Inegality What can be done ? », Harvard University Press, 2015.

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 10:54

 

Origine et métamorphoses de la  structure étatique.

La pensée politique libertarienne  présente l’aventure étatique selon le schéma classique suivant :

Echanges marchands->Agences de protections->Agence monopoliste->Etat-> Etat de droit->Mondialisation.[1] Dans un tel schéma l’Etat est le produit non désiré d’une interaction sociale : les hommes n’ont pas cherché à construire l’Etat, et ce dernier n’est qu’un sous-produit qui- hélas serait selon les libertariens- devenu une immense aliénation.

La contestation de l’individualisme méthodologique qui  surplombe une telle vision – « la soupe primitive » humaine n’était pas composée d’individus séparés -  nous a entrainé vers une explication fort différente, en particulier pour sa partie amont :

Religions primitives--> Etats enkystés dans la religion--> Religion enkystée dans les Etats--> Etat autonome--> Etat de droit--> Etat de droit + démocratie --> démantèlement de l’Etat de droit en mondialisation.

Derrière cette présentation très abrupte, se cache l’idée que tout groupe humain est fait d’individus dont la nécessaire interaction, suppose la présence d’un principe d’intégration extérieur à chacun, principe qui est le lieu de ce qu’on appelle le politique. Pour ne prendre qu’un exemple, la loi n’est « inventée » par aucun individu particulier, mais  s’impose à tous : il s’agit d’une extériorité. Globalement c’est l’Etat qui est, encore aujourd’hui,  ce principe général d’intégration.

Dans l’histoire concrète, ce lieu ou principe d’intégration est, sauf dans le cas des religions primitives, accaparé par des individus. Les religions primitives étant universellement présentes dans la soupe primitive humaine, la première forme d’extériorité est la religion. Cette forme restera longtemps sur le devant de la scène en se transformant et évoluant jusqu’aux monothéismes. D’une certaine façon l’Etat moderne, et donc le politique n’a fait que reprendre les fonctions de la religion.

 De la même façon l’époque présente, dite de mondialisation, se veut aussi nouvelle forme de « reprise » des fonctions de la religion : l’ordre du monde serait désormais assuré par l’économie. A contrario, la religion qui a été la matière première initiale du politique et des Etats, cesse d’être le principe d’organisation du monde.

Pour autant, on sait aussi que notre époque qui serait celle du démantèlement des Etats donne lieu à de formidables résistances. Certes des Etats se désagrègent mais ils ne se liquéfient pas dans l’océan du marché[2]. D’autres semblent même se constituer ou se reconstituer sur de vieilles bases : l’Etat Islamique serait-il un retour de la phase  « Etat enkysté dans la religion » ? Serait-il le masque du retour des grands prédateurs ? Et pourquoi ce retour ? Est-il une forme de résistance à l’ordre du marché planétaire ?

C’est sans doute cette dernière question qui est la plus importante et se doit d’être abordée.

Le couple mondialisation/fondamentalisme.

Il est tout d’abord erroné  d’affirmer qu’il y a déclin de l’occident, car de fait la mondialisation n’est que la reproduction élargie du capitalisme occidental à l’échelle de la planète. Avec tout ce qu’elle charrie et qui relève de son histoire : importance de la propriété, puis importance des droits de l’homme comme terreau d’un bon fonctionnement des marchés, par exemple l’individualisme… mais aussi effacement progressif de la démocratie au profit d’une technocratie productrice et protectrice d’une oligarchie. D’où les interrogations sur les grandes constructions méta-étatiques : Europe, OMC, TAFTA, etc. Simple questionnement toutefois, car il apparait que la démocratie ne peut plus permettre de choix tant l’obéissance aux règles du marché serait devenue horizon indépassable. Quand Dieu est parti et que l’individualisme radical pense pouvoir effacer la question du vivre ensemble, par quoi remplacer le marché ? Puisque le marché est indépassable, qu’il segmente, qu’il individualise, qu’il propose l’hédonisme, etc., la recherche complémentaire de sens, de spiritualité, ne se déroule plus au sein de vastes communautés religieuses mais dans l’intimité. Bien évidemment il s’agit d’une posture très éloignée du politique et d’un quelconque objectif d’action sur la société.

Cette grande transformation du monde agresse plus particulièrement les cultures les plus proches des bases anciennes de régulation du monde par la religion. C’est bien évidemment le cas de l’Islam avec des espaces devenus schizophrènes : ordre du marché d’un côté, et résistances extrêmes sur toutes les valeurs « qui font la société » et qui pourraient devenir de nouveaux espaces marchands.

L’Arabie Saoudite est de ce point de vue un magnifique exemple de schizophrénie.

On comprend par conséquent le raidissement fondamentaliste : il n’est que le bouclier légitime des cultures proches des vieux fonds religieux.

La grande scène mondiale est ainsi une nouvelle grande fracture qui succède à celle disparue entre Occident et bloc de l’Est. L’ancienne se déroulait entre modernes, entre ceux qui étaient selon la formule de Marcel Gauchet « sortis du religieux ». La nouvelle est, entre une complètement sortie du religieux et dont le fonctionnement ne peut être qu’élargissement, une économie monde, certes en crise grave, mais sans entraves, qui vient buter sur une autre dont l’organisation relève du religieux. Si maintenant c’est l’Islam qui est touché et non pas d’autres grandes civilisations, c’est évidemment parce que la désagrégation religieuse était beaucoup plus avancée en Asie ou ailleurs que dans la péninsule arabique.

Mais il existe d’autres causes à cette résistance particulière à la désagrégation : L’Islam est le dernier né du tronc monothéiste et, à ce titre, se pense comme celui pouvant resituer les parcours antérieurs qu’il croit surplomber. Cette position de surplomb par rapports aux monothéismes fera que la colonisation, la dépendance politique, et bien sur la dépendance économique seront beaucoup plus mal vécues que dans les autres cultures beaucoup plus étrangères aux religions occidentales. Le fondamentalisme est ainsi une réaction à une agression qui ne s’est pas achevée avec la fin de la colonisation.

Le fondamentalisme n’explique pourtant pas la réalité présente d’un Etat Islamique qui vient d’émerger et qui va beaucoup plus loin : l’agressé ne fait pas que se raidir derrière un bouclier, il devient agresseur radical.

Concernant la naissance, les causes sont multiples : désagrégation du conglomérat faussement laïc qu’était l’Irak, renaissance de la rivalité chiite/sunnite, désagrégation de l’Etat Syrien, non légitimité des frontières coloniales[3], interventions occidentales, russe, turque, etc . Le tout dans un contexte de rentes pétrolières de grandes dimensions.

L’Etat étant une réalité devenue indépassable, les désagrégations ne peuvent correspondre qu’à la naissance de nouveaux Etats. De ce point de vue, l’Etat Islamique se veut nouvel Etat, cherche à conquérir des territoires au détriment d’autres Etats, et prétend même "battre monnaie", ce que les Etats modernes ne font plus[4].

Dans les réalités concrètes, l’Etat Islamiste est largement le  fait de « déserteurs obligés »- les  officiers sunnites de l’armée, plus ou moins laïque de l’ancien dictateur irakien - qui se vengent contre l’humiliation imposée Par le protectorat américain de 2003. Le modèle d’Etat dominant dans la région est entre l’Etat autonome (Syrie ?) et la religion enkystée dans l’Etat (tous les autres y compris Israël). La construction du nouvel Etat, parce que contestation, ne peut passer par ces modèles et doit nécessairement repasser par une régression : celle de l’Etat enkysté dans la religion[5]. Parce que les nouveaux « entrepreneurs politiques » n’ont, au-delà de l’humiliation et du désir de vengeance, que peu de matières premières spécifiques à apporter dans la corbeille du nouvel Etat, et qu’ils ne peuvent pas proposer un Etat- nation à l’occidentale, il ne reste plus que la « matière première religieuse ». Et pour être vraiment spécifique et laisser jouer la logique de la vengeance, le seul registre de l’idéologie de « l’intérêt général » propre à toute structure étatique, n’est plus que celui de la souveraineté divine tel que celui théorisé par Sayyid Qutb[6]. Cette conception fait disparaitre toutes les médiations institutionnelles créées par les hommes, la législation positive ne devant reposer que sur la seule sphère divine.[7] Bien évidemment il n’existe pas de droits humains, pas de distinction entre sphère privée et sphère publique, pas de liberté de conscience et donc pas de principe de tolérance. Au-delà, puisque les sociétés, qu’elles soient musulmanes ou non, ne respectent pas le principe de souveraineté divine, il appartient à tout musulman de prendre le sabre pour faire respecter cette souveraineté. Les entrepreneurs politiques qui se cachent derrière un tel manteau sont bien à l’abri : Enkyster l’Etat en formation sur de tels principes permet l’exercice de la vengeance violente généralisée et le rétablissement du principe de l’honneur[8].

Réduire puis détruire la « chaudière Etat Islamique » : hypothèse crédible ?

L’enkystement dans un islam radicalisé n’interdit pas une logique de l’échange marchand – l’économie- car les nouveaux entrepreneurs politique- le Calife – « prince des croyants »-  et ses vassaux- ont besoin de rassembler de gros moyens financiers pour l’exercice de la violence. Il peut même se permettre de ne pas trop massacrer certains ennemis à partir du moment où un impôt peut être payé, prélèvement lui-même nourri par des activités marchandes[9].

Parce qu’enkysté dans une religion à vocation universaliste – il n’existe qu’un seul dieu souverain sur l’ensemble de l’humanité – Cet Etat nouveau ne peut que se mondialiser et se complaire dans l’ensemble des outils de la mondialisation marchande. Ainsi, il se déploie dans un marché mondial de la terreur et entre en concurrence avec d’autres entités du même type qu’il se doit de réduire :Al Qaïda, Al Nosra, Aqmi, etc. pour imposer son label à l’échelle de la planète.

C’est à ce titre qu’il distribue son label à des jeunes franchisés qui, loin de l’Etat Islamique, et souvent loin de la religion elle-même sont en souffrance. Il s’agira par exemple des jeunes musulmans de la seconde génération[10] écartelés entre 2 cultures, celles des parents qu’ils rejettent, et celles de l’Occident qu’ils admirent mais qui leur est dans son entièreté d’un accès difficile. Globalement pour ces jeunes, les droits de l’homme, la République et ses valeurs apparaissent d’autant plus exotiques que la socialisation par l’emploi- vecteur essentiel dans une société entièrement régulée par le marché- est une épreuve difficile. Les plus radicaux de ces jeunes ne vivront pas le terrorisme sous la forme d’un sacrifice mais d’un martyr « win/win » comme tant de contrats de l’échange marchand du monde moderne….

L’avenir de l’Etat Islamique est sans doute incertain. Sa prédation sur l’économie marchande est limitée. Elle le sera davantage avec l’étouffement économique qu’elle suscite - augmentation des taxes, baisse générale des revenus avec aussi fin du paiement des traitements des fonctionnaires jusqu’ici versés par Bagdad ou Damas, développement d’une économie souterraine, etc.- ou qu’on lui impose : destruction des installations pétrolières, gel des comptes, etc. Pour autant, ce type de structure peut proliférer en d’autres endroits car l’outil idéologique très simple est favorable à sa reproduction sur un terreau favorable : tant que la « sortie de la religion » n’est pas envisageable, la structure « Etat enkysté dans la religion » est un produit politique de qualité pour des entrepreneurs politiques prisonniers  de lourds ressentiments.[11]

Corrélativement, cette même simplicité idéologique pourra continuer à séduire des jeunes européens. Et ce beaucoup plus facilement que celle véhiculée par les jeunes extrémistes de gauche au siècle dernier. A l’époque l’idéologie supposait des livres difficiles à lire, et la violence se bornait à l’hypothèse d’une société réconciliée par la fin de la lutte des classes : un monde de vivants. La situation est plus difficile aujourd’hui, il n’y a plus rien à lire et la cause que l’on sert vaut qu’on y donne sa vie.

 

 

[1] C’est en particulier ce que l’on trouve chez un Richard Nozick.

[2] Laurent Davezies croit même pouvoir dire qu’il y aurait aujourd’hui 300 mouvements régionalistes dans le monde. Cf « La nouvel égoïsme territorial. Le grand malaise des nations » ; Seuil-La république des idées ;2015. Bien évidemment ces 300 mouvements  n’ont pas tous vocation à se transformer en Etats.

[3] Accords Sykes- Picot du 16 mai 1916.

[4] Il s’agit même d’un étalon-or, les pièces –dinar islamique- étant un mélange  d’or, d’argent et de cuivre.

[5] Notons que cette situation était celle plus traditionnelle de l’ensemble du Moyen-Orient avant la colonisation et la fin de l’empire Ottoman.

[6] Frère musulman égyptien condamné à mort par le régime de Nasser et dont les écrits servirent à Ben Laden pour justifier le Djihadisme dans sa version Al qaïda. On trouvera chez le sociologue olivier Carré ( « Mystique et politique, le Coran des islamistes, commentaires coraniques de Sayyid Qutb » ; CERF 2004) et chez Michel Terestchenko ( « l’ère des ténèbres » ; Le bord de l’eau ;2015) des développements intéressants sur l’œuvre de Sayyid Qutb. 

[7] Notons qu’il existe dans cette révolution un parallèle à mener avec la révolution française qui pourtant s’incarne dans un tout autre stade de l’aventure étatique. En effet, la révolution de 1789 va abroger toutes les intermédiations entre l’Etat et les citoyens.

[8] On pourra bien sûr critiquer comme le ferait Claude Berman le «  sociologisme » de nos explications ( cf Le Monde du 30 novembre 2015) . Ce dernier, reprenant les poètes de l’antiquité, voit la rage meurtrière comme un trait constant de la nature humaine. Pour autant il n’existe pas de rage sans contexte c’est-à-dire indépendamment d’une interaction sociale.  Que la chaine de causes soit complexe et difficile à remonter est incontestable. On ne peut toutefois pas renoncer à une démarche évacuant toute analyse causale.

[9] Pour plus de détails sur les finances de l’Etat islamique, on pourra se reporter à la rubrique « Géopolitique » du Monde du 29 novembre 2015.

[10]  Olivier Roy, « Le djihadisme est une révolte nihilisteé », Le Monde du 25 novembre 2015.

[11] Pensons par exemple aux palestiniens qui à force de constater qu’il n’y a pas d’issue pensable pourraient renverser leurs propres entités administratives dépendantes d’Israël et des finances européennes .

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 15:20

 

On évoque de plus en plus la difficulté pour la Chine de s’orienter vers un nouveau modèle de développement. Il s’agit de passer d’un modèle extraverti vers un modèle plus auto centré. Une réalité qui se vit déjà puisque le rapport X+M/PIB[1] est passé de 65% en 2006 à 50% en 2010 et qu’il ne sera plus que de 40% en 2015.

Mais aussi un passage de plus en plus difficile que semble attester le très fort ralentissement de la croissance, un peu plus de 2% selon Patrick Artus (NATIXIS).

Nous voudrions montrer dans le présent article qu’il existe non une corrélation mais un lien de cause à effet entre hausse des salaires, chute du rapport X+M/PIB, chute de la croissance, et difficulté de construire une très large classe moyenne protégée par un Etat social puissant.

L’étincelle.

En simplifiant beaucoup une réalité infiniment complexe, on peut considérer que si brutalement existe dans une économie, un doublement des salaires ne représentant jusqu’ici que, par exemple  30% du PIB, on assistera dans le court terme à une hausse des prix de toutes les marchandises produites et consommées.

A court terme, sans modification de la mobilisation des facteurs de la production et sans gains de productivité, il faut s’attendre à une hausse de prix de 30%. En effet les salaires passent de 30 à 60 points de PIB et, toutes choses égales par ailleurs[2], l’expression monétaire du PIB passe de 100 à 130.

Le choc externe.

Le niveau général des prix étant plus élevé il affectera les exportations dont le volume variera  aussi en fonction de l’élasticité-prix. Dans la mesure où les exportations chinoises sont encore dans la gamme inférieure, la substituabilité est très forte ce qui signifie une élasticité élevée de la demande internationale. Si nous prenons pour cette dernière la valeur de  -1,25[3], cela signifie sur la base des exportations  2006[4] ( 35,65 points de PIB) une baisse potentielle de 37,5% des exportations ( -1,25X30), lesquelles ne vont plus représenter que 22,28 points de PIB , soit une chute de 13,33 points de PIB. Chiffre considérable.

Les importations sont aussi théoriquement affectées par le doublement des salaires et la hausse consécutive  des prix internes. Elles doivent logiquement bénéficier d’un effet revenu et d’un effet de substitution. Au-delà, et contradictoirement, elles vont surtout être affectées d’un effet mécanique consécutif à la baisse des exportations. N’oublions pas en effet qu’en sa qualité d’économie extravertie baignant dans un système mondialisé d’optimisation des chaines de la valeur, la chine est d’abord exportatrice de produits issus d’ateliers d’assemblage de matériaux importés. Les importations sont donc aussi  liées au flux des exportations, selon un multiplicateur de 0,35 d’après  l’OCDE. Finalement le passage de l’extraversion à l’auto centrage parce qu’agissant selon 2 forces de sens contraires peut être estimé sans grands effets sur les importations.

Au total la variation de la demande externe qui fait suite au doublement des salaires est de  - 13,33 points de PIB.

Le Choc interne.

Ce choc externe est toutefois à comparer au choc interne, qui lui, correspond à la hausse des salaires…et à ses effets sur les autres agents économiques.

A priori la demande interne augmente au rythme de la hausse des salaires, soit 30 points de PIB, et donc la demande interne augmenterait plus rapidement que ne se réduit la demande externe. C’est oublier 2 éléments, la hausse des prix qui fait dissocier salaire nominal et salaire réel d’une part, et l’impact d’une augmentation du cout du travail sur la demande d’investissements.

En termes réels, les salaires qui représentaient 30 points de PIB n’en présentent pas 60 après doublement mais 60/130 soit 46 points de PIB. Le choc positif interne à l’initiative de la dépense des salariés n’est plus que de 16points de PIB soit un niveau à peine supérieur à l’effet négatif du choc externe (16 contre 13 ,33).

Bilan et menace réelle.

Toutefois le nouveau partage salaires/ profit au détriment des profits réduit considérablement l’incitation à investir. D’où une chute de l’investissement productif.  Nous sommes donc dans une situation de déséquilibre macroéconomique qui doit d’abord se traduire par des surcapacités dans les branches produisant des biens capitaux comme l’acier ou le béton.

C’est dire que sans intervention gouvernementale massive le taux de croissance ne peut que s’effondrer. Le passage de l’extraversion à l’auto centrage est ainsi extrêmement difficile.

Mais les chinois aiment épargner.

De fait la difficulté apparait aussi grande si l’on enrichit le petit modèle présenté en y introduisant le comportement d’épargne des salariés chinois.

Si l’on suppose que la moitié de la hausse des salaires est épargnée, la hausse des prix se trouve plus faible et l’expression monétaire du PIB n’est plus de 130 mais de 115.

Cela signifie une moindre réduction du flux des exportations (- 1,25X 15= 18,75 % de baisse) , et au final une demande internationale qui ne chute que de 6,88 points de PIB.

Toutefois ce choc externe plus faible est à comparer au choc interne. En termes réels le doublement du salaire assorti de l’effet déflationniste de l’épargne fait que désormais le poids du salaire dans le PIB se trouve être de 60/115 soit 52 points de PIB, sur lequel l’épargne viendra contracter la demande globale. Au final les deux effets contradictoires sur la demande interne sont de 22 – 11 (épargne) = 11 points de PIB. L’écart entre les 2 chocs (externe et interne) est faiblement positif (11- 6,88= 5,12) mais là encore la nouvelle répartition salaires/profit fait s’effondrer l’investissement productif, et à sa suite celui de la croissance. D’où l’interventionnisme d’un Etat chargé de masquer la crise de surproduction par le développement de lourds investissements publics.

Quelles conclusions pouvons-nous tirer ?

Le pouvoir chinois dispose d’énormes moyens pour mettre en place un Etat providence facilitant le passage au modèle que l’occident a pu construire au cours des 30 glorieuses : il lui suffit d’utiliser l’énorme épargne internationale accumulée lors de la phase extravertie de son développement. A priori ces énormes moyens pourraient aussi maintenir la croissance.

Curieusement il les utilise davantage selon les habitudes prises dans la phase antérieure : infrastructures colossales à rendements décroissants, constructions, etc.  Plutôt que vers la construction d’un Etat social : retraites, santé, etc.

Il est urgent mais très difficile de sortir de l’étape de la transition.

Urgent, car désormais il faut rapidement monter en gamme pour ne pas être concurrencé par les nouveaux pays émergents dont les taux de salaires sont plus faible. Mais on sait aussi que la montée en gamme se réalise par les services lesquels sont moins porteurs de gains de productivité…. La simple stagnation des salaires en Chine ne permettra pas la chute de ses parts de marché.

Très difficile car la baisse de l’incitation à investir diminue les chances d’une hausse de la productivité limitant la dite concurrence. Avec la grande difficulté pour Un Etat de se substituer à l’entreprise dans un monde beaucoup plus complexe que lors du démarrage des 30 glorieuses en Occident. Cette très grande difficulté risque d’engloutir une bonne parti du surplus accumulé lors des 30 dernières années. Elle risque aussi de laisser en panne la construction d’une authentique et très large classe moyenne en Chine.

L’accumulation auto centrée accoucheuse d’un Etat social était une phase beaucoup plus aisée dans l’Occident du début des 30 glorieuses :  gains de productivité très élevés en raison de la nature de l’accumulation de l’époque, une accumulation industrielle- plus simple que celle d’aujourd’hui- et non de services ; absence de nouveaux émergents et de concurrence ; plus largement un milieu international guidé par le « plan mondial [5]» américain qui nourrissait avec ses surplus[6] les demandes renaissantes sur des économies détruites par la guerre.

La Chine, en raison de son poids à largement bénéficié du dépeçage volontaire des anciens pays à développement auto centrés. Elle a nourri son modèle extraverti de ce dépeçage. Elle aura beaucoup de mal à construire un authentique développement auto centré.

 


[1] Dans le langage classique des économistes, X est le total des exportations et M le total des importations.

[2][2] Hypothèse bien sûr extrêmement simplificatrice mais qui permet de comprendre le raisonnement de base.

[3] Sources : Natixis.

[4] Nous prenons l’année 2006 de façon sans doute arbitraire mais elle est néanmoins  l’une des dernières à correspondre à la Chine des bas salaires.

[5] Expression que nous empruntons à l’excellent ouvrage de Yanis Varoufakis « Le minotaure planétaire », Editions du Cercle ; 2015.

[6] Plan Marshall.

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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 13:17

 

 

Les surcapacités de production semblent devoir constituer le souci principal de nombre de branches professionnelles en Chine : Industrie Automobile, bâtiment, acier etc. Parallèllement les réformes structurelles en Europe continuent de triompher avec l’exemple grec. Olivier Passet , dans sa vidéo : « La crise chinoise met l’Europe face à ses responsabilités mondiales » ( Xerfi, 24/0915) est l’un des rares observateurs à voir dans ce double mouvement le paradoxe de la crise planétaire de surproduction.

Profitons-en pour rappeler la réalité des choses : le déséquilibre entre offre et demande agrégée qui s’est progressivement construit autour de la mondialisation. Une réalité très éloignée de la vision produite par les spécialistes qui recherchent la clé dans des lieux où elle ne se trouve pas. Bornons-nous à quelques grandes étapes en insistant sur les rapports entre offre et demande.

La première étape est celle qui permit d’en finir avec la crise précédente et va assurer les « 30 glorieuses ».

1) « L’Etat –Nation fordien développé » et le « sous-développement ».

Tout a été dit sur cette phase qui correspond aussi à l’après seconde guerre mondiale, il est donc inutile d’insister. Signalons simplement que cette étape est celle d’une garantie de l’équilibre entre offre globale et demande globale par forte redistribution de gains de productivité abondants. La montée d’une Etat social servira aussi d’assurance de débouchés : les entrepreneurs économiques paient une prime d’assurance garantissant des débouchés croissants,  (taxation de l’activité et en particulier du travail s’agissant plus particulièrement de la France) assurance qui sera aussi celle des entrepreneurs politiques qui se produisent et se reproduisent au pouvoir en construisant le produit politique « Etat-providence ».

Parce que l’on en est encore au stade de l’Etat-Nation, cela suppose aussi de lourds transferts entre régions, et au final un processus d’homogénéisation renforçant l’équilibre entre offre globale et demande globale. Au niveau mondial, cette étape se caractérise par une croissance forte de ce qu’on appelle les pays développés et beaucoup plus faibles, pour ce qu’on va à l’époque appeler pays de la périphérie ou pays sous- développés : entre 5 et 7 ou 8% d’un côté et moins de 3% de l’autre. Sur le plan monétaire, le modèle allemand[3] ne s’est pas encore mondialement imposé : «  la loi d’airain » de la monnaie[4] est abandonnée et la création monétaire, qui est le fait des banques centrales et des banques de second rang, est bien présente pour assurer la croissance.

Cette croissance monétaire est bien sûr une croissance par endettement, mais celui-ci est contenu par une inflation qui participe largement de la répression financière de l’époque.

2) Mondialisation acte1 : L’émergence du couple USA/Chine.

Ce que certains ont appelé le « mariage de Wal-Mart et du parti communiste  chinois »[5] marque l’une des premières étapes de la forme moderne de la mondialisation.

Il s’agit de la première grande rupture entre offre globale et demande globale. La production chinoise est appelée à devenir très supérieure aux débouchés nationaux. Pour les USA, les choses deviennent complexes : La croissance de la production peut encore se maintenir car la  concurrence  des importations en provenance de chine créent suffisamment d’effet-revenu au profit des salariés qui peuvent ainsi alimenter une demande domestique supplémentaire. Toutefois on se dirige vers un déficit extérieur et une demande interne appelée – sauf ouverture croissante du crédit et de la dette - à  se comprimer. Avec le temps cette compression se fera croissante: les salaires américains se bloquent avec une contrepartie en termes de revenus qui devient facteur de blocage de la demande.  le déficit, quant à lui, correspond à une production et un revenu  associé qui n'est plus assuré sur le territoire américain, donc une demande potentiellement déclinante. Les USA consomment et la Chine produit.

Déficit d’un côté et excédent de l’autre, il peut encore y avoir un équilibre mondial tant que « l’armée industrielle de réserve chinoise » ne heurte pas plus frontalement les salaires américains.

Cette étape 2 concerne les années 80 lesquelles voient un redéploiement de la croissance : Les taux baissent dans les vieux pays développés et montent dans les autres : environ 3% contre 8 à 10 d’abord chez les « tigres asiatiques », ensuite et surtout en Chine. La création monétaire doit bien sûr suivre, et à l’endettement qui ne fait que suivre la croissance il faudra ajouter l’endettement du aux premiers lourds déséquilibres : l’Asie  finance de façon croissante l’endettement américain, le moteur de l’immense machine à recycler se trouvant à Wall-Street.

3) Mondialisation acte 2 :L’ère des bulles.

L’expression de « pays sous-développés » n’est plus seulement remplacée par celle de  « pays émergents » car nombre de ces derniers deviennent « pays émergés ». Sans toutefois, sauf pour certains d’entre-eux,  devenir des Etat-Nations fordiens classiques. Ainsi la Chine verra la part des salaires dans le PIB devenir l’un des plus faibles du monde : 35%. Son équilibre ne peut donc résulter que d’excédents extérieurs de plus en plus massifs.

 Le déficit américain devient abyssal, car l’économie américaine absorbe une bonne part des excédents chinois, lesquels participent activement à la désindustrialisation du pays, avec en corollaire : le blocage de longue période des rémunérations et l’explosion des inégalités.

Désormais toutes les autoroutes de la mondialisation fonctionnant sans péages [6], le nouveau capitalisme voit le principe moteur  de la concurrence passer des gains de productivité à celle de la course à la baisse des salaires. C’est tout le sens qu’il faut donner à l’allongement considérable des « chaines de la valeur », et au primat du « Buy » sur le « make » : il faut sans cesse externaliser et transformer radicalement l’entreprise, qui devient de plus en plus un corps apparemment démembré[7]. Le déséquilibre planétaire devient difficilement gérable et la production croissante voit ses débouchés se restreindre de façon massive.

Toutefois la crise est refoulée par la montée considérable du crédit et de l’endettement qui en découle : une bulle de dettes sur laquelle sont branchés tous les nouveaux instruments d’une créativité financière qui n’est plus muselée par la répression de jadis. Les salariés américains, dont beaucoup sont devenus précaires, continuent de consommer grâce au crédit. L’Etat fédéral poursuit ses dépenses militaires pharaoniques grâce à l’épargne chinoise. Dettes publiques et privées, s’épuisent à maintenir le niveau de demande mondiale globale garantissant la croissance de l’activité.

Cette dernière reste déséquilibrée en faveur des pays émergents (plus de 10% pour la Chine), avec toutefois maintien d’une croissance non négligeable, dopée par la dette dans les anciens pays développés (surtout les USA qui maintiennent durablement des taux supérieurs à 3%).

4) Mondialisation acte 3 : Explosion de la dette et fragile digue des Etats.

Inutile de rappeler les évènements de 2008/2009 tant ils sont connus. Les entrepreneurs politiques devenus dépendants de l’industrie financière [8], et parfois même se confondant avec les dirigeants de cette dernière [9], font le choix du « Bail-out ». Il en résulte que l’immense dette privée qui se cachait dans la bulle devient dette publique et vient accroitre le poids des charges qui accablaient déjà certains Etats fort endettés [10]. La spéculation sur la dette privée, devient aussi spéculation sur les dettes publiques, avec attaques sur les parties les plus fragiles de la grande digue des Etats : la dette européenne. La zone euro devient ainsi un lieu privilégié, avec prise de conscience par la spéculation que nombre de dettes publiques ne sont plus soutenables. Les entrepreneurs politiques de la zone, ardents défenseurs de la conception allemande de la monnaie, défense qui est aussi celle des grands gagnants de la mondialisation, adoptent à la hâte des mesures d’austérité visant à contenir la vague des déficits et le service de la dette correspondant. Chaque point de PIB de dépense publique gagnée dans la course à un désendettement impossible à atteindre, devient un point de demande globale en moins, d’où- sous l’effet du multiplicateur budgétaire-  l’aggravation de la crise. Ce qui était la première économie du monde devient la zone la plus dépressive du monde, zone qui en raison de son poids, vient affaisser des croissances mondiales déjà sur le déclin. Le prétendu « rétablissement », utilisant y compris des bricolages statistiques [11], n’est que l’aggravation planétaire de la crise. D’où la nécessité de construire de nouvelles digues.

5) Mondialisation acte 4 : La construction de la digue des banques centrales et ses effets.

Parce que la mondialisation est devenue une logique de destruction, creusant un fossé de plus en plus large, entre offre globale mondiale et demande globale mondiale, fossé que les Etats ne sont plus capables de combler par des déficits, il faudra mettre en ordre de bataille les banques centrales chargées de monétiser ou racheter de la dette. Cela commence très tôt avec la FED et 3 « quantitative easings » laquelle sera suivie par les banques d’Angleterre, puis du Japon et  enfin la BCE et ses « LTRO » et autre « OMT » ou encore taux d’intérêts négatifs. Le comblement du fossé entre offre globale et demande globale se mesure à la démesure croissante des bilans des dites banques centrales : plus du quart des PIB des Etats correspondants et la moitié du PIB japonais pour la banque du Japon.

Commencée avec la mise en place des autoroutes de la finance, et donc la fin de la répression financière et de l’euthanasie des rentiers, la mondialisation poursuit sa course destructrice, en  revenant vers cette dernière  de façon imprévisible et inattendue : Les Etats, y compris ceux du sud de l’euro zone,  retrouvent des conditions d’endettement qui ne sont plus celles de la loi d’airain de la monnaie[12]. De la même façon les entreprises non financières voient leur rentabilité augmenter en raison de la baisse des taux[13]. A l’inverse, la menace est grande pour les fonds de pension à prestations définies et les compagnies d’assurances. La nouvelle euthanasie des rentiers permettrait ainsi de ne plus évoquer stupidement le « sacrifice des générations futures »- les ménages jeunes bénéficient de taux faibles- et « l’égoïsme des ainés », qui cigales plus que fourmis, auraient scandaleusement endettés leur pays.

Conclusions

A l’échelle mondiale aucune  des mesures envisagées ne correspond à la bonne clé d’une sortie de crise et le fossé entre offre globale et demande globale ne cesse de s’élargir : le processus de dislocation ne s’achève pas. Il est même conforté par la digue ultime des banques centrales….des établissements dont le passif n’est jamais exigible[14]… Plus clairement encore, la course à la baisse mondiale de la part des salaires dans la valeur ajoutée peut se poursuivre [15], et la logique de destruction continuer : expulsion de ceux qui bénéficiaient d’un Etat-providence, d’un emploi stable, d’une appartenance à la classe moyenne, etc. Mais aussi expulsion des entrepreneurs politiques classiques désormais supplantés par des gangs ou « formations prédatrices » [16] faites d’une élite mondialisée, hors-sol, bénéficiant de capacités systémiques surpuissantes et finalement peu maitrisables[17] : banquiers, juristes, comptables, mathématiciens, journalistes, dirigeants de grandes entreprises, informaticiens, physiciens, lobbyistes, etc.[18]. Au total expulsion de la démocratie au profit d’une oligarchie, avec maintien, voire sacralisation de droits de l’homme dans leurs versions les plus épurées, c’est-à-dire anglo-saxonnes. Le triste spectacle de la Grèce est là pour le confirmer.

Plus proche de l’Europe, cette nouvelle donne n’entraine évidement aucune solution à la crise de l’euro. Les pays du sud ne peuvent en aucune façon espérer de soulagement dans la course à la baisse des salaires par une modification du taux de change : il faut imaginer l’impensable et le cruel retour à des époques que l’on croyait révolues. Non seulement l’Europe du sud doit accepter la dévaluation interne exigée par l’Allemagne[19], mais elle doit aussi subir les assauts d’un processus plus vaste encore, celui imposé par l’écart croissant entre offre et demande planétaire. La Grèce souffre de l’imposition du modèle allemand…mais une souffrance aussi augmentée des difficultés des « émergés ». Les chinois auront-ils encore les moyens de racheter Le Pirée ?

Dernier point : la nouvelle euthanasie des rentiers ne peut être une incitation à l’investissement productif. Constatons que si la baisse des taux a permis aux entreprises non financières (ENF) d’accéder à une rentabilité plus élevée, l’investissement ne peut s’envisager sur la base d’une demande globale en réduction, déficit d’investissement qui en retour affaisse davantage encore la demande globale mondiale et fait grandir le fossé avec l’offre correspondante.[20]

Et la France dans tout cela ?

La France se trouve de plus en plus mal placée, certains osant même affirmer qu’elle devient le "pays dernier de classe". Dans la guerre de la mondialisation les plus hardis peuvent relativement moins perdre que d’autres. Ainsi la baisse des salaires en Espagne permet de rétablir un semblant de compétitivité et  laisse à ce pays l’ambition de devenir une petite Chine. Le même raisonnement peut se faire pour d’autres pays qui se « réforment » plus vite que d’autres : les petites Chines peuvent se multiplier. La Tchéquie n’est –elle pas parvenue au plein-emploi ?  D’où les lamentations concernant une France qui n’arrive pas à se réformer, qui connait encore une hausse des salaires et qui en contrepartie encaisse des déficits publics et  extérieurs croissants, avec le chômage qui lui est associé….  au grand soulagement des petites Chines qui voient leur stratégie couronnée de succés….Merci la France qui, difficilement intégrée dans la mondialisation, en accepte pourtant la charge croissante: elle encaisse sous forme de déséquilibre extérieur et de chômage les exportations croissantes des petites Chine.

La clé de la sortie de crise est introuvable si l’on se borne à ne la rechercher que là où la lumière du lampadaire se fait suffisamment vive.

Certains pensent en avoir trouvé une dans le maquis des réformes qui pour l’essentiel concernent la baisse des salaires pour leur pays ou –par effets de gains de productivité-  imposent de telles baisses aux pays clients  moins productifs. Toutes ces clés, peut-être utiles à l’échelle d’un pays, produisent un drame planétaire. Les pays émergés connaissent ainsi un étouffement de la croissance, avec dans certains cas- le Brésil par exemple mais plus encore aujourd’hui la Chine- l’apparition d’une étonnante stagnation…. D’où le développement de théories acadabrantesques concernant la chute de la « croissance potentielle".....

 

[1] « Refusons les vieilles recettes de la vieille gauche taxophile », Le Monde du 25 juin 2014.

 

[2] « Le socialisme de l’offre est une impasse », Le Monde du 25 juin 2014.

 

[3]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-independance-des-banques-centrales-et-paradigmes-culturels-117604632.html

 

[4]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-d-airain-de-la-monnaie-medium-n-34-janvier-2013-114312510.html.

 

[5] Expression que nous devons à Jean- Michel Quatrepoint.

 

[6]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-agonie-du-fordisme-forme-de-l-etat-et-gigantisme-financier-2-77358419.html

 

[7] La « tête » dans un pays, un bras sur un autre dans un autre continent, une jambe dans un troisième, etc.

 

[8]Phénomène bien expliqué dans l’ouvrage de Christian Chavagneux et Thierry Philipponnat : « La capture » ; La Découverte ; 2014.

 

[9] Cf. l’étude de Daron Acemoglu (MIT) : « The value of Connections in Turbulent Times: Evidence from the United States, NBER Workink Papers n° 19701, novembre 2013.

 

 

[10]D’autres qui l’étaient peu le deviennent brutalement en raison du sauvetage financier : USA, Irlande, Espagne, etc.

 

[11] Parmi ces derniers signalons la redéfinition des règles comptables pour le calcul des PIB, (par exemple les dépenses de recherche et développement sont désormais comptabilisées dans la FBCF) ce qui entraine une croissance « inédite », et les exceptions aux règles de calcul du déficit pour les pays les plus en difficulté notamment la Grèce. De quoi améliorer les images statistiques et donc de rassurer.

 

[12] D’où les prétendus retours triomphaux des Etats du sud de la zone euro qui connaissent des taux enfin abordables, tandis que la France n’a jamais connue de taux aussi bas qu’en ce printemps 2014.

 

[13] Cette baisse aurait représenté 20% de la croissance des entreprises américaines entre 2007 et 2012. Cf l’article de Martin Wolf déjà cité.

 

[14] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-oui-le-passif-d-une-banque-centrale-est-non-exigible-une-aubaine-pour-la-finance-121560542.html

 

[15] D’où le blocage des nouvelles et importantes classes moyennes des émergents : Chine, Brésil, etc. ..concurrencées par de nouveaux salariés des nouvelles périphéries : Vietnam, Bengladesh, Ethiopie, etc. Pour ne prendre qu’un exemple la nouvelle classe moyenne chinoise se trouve désormais exposée à la baisse des salaires américains (l’écart de cout unitaire étant passé de 17,1$ en 2005 à 6,9 en 2012…écart  disparaissant avec les couts américains de l’énergie, d’où les nouveaux investissements chinois dans le sud des USA) mais aussi à l’énorme compétitivité de ses voisins immédiats (Vietnam et Cambodge) dont les salaires très inférieurs aux salaires chinois justifient les massives délocalisations chinoises vers ces pays pour l’industrie du jouet ou du textile. A une échelle plus réduite la moyennisation de l’espace européen devient avec l’euro, un leurre, et l’écart de 1à 20  (selon XERFY) entre les 10% les plus pauvres (plutôt des ménages portugais) et les 10% les plus riche (plutôt des ménages allemands et luxembourgeois) ne va guère se réduire avec les politiques d’austérité. Et que dire de la Grèce ?

[16] Terme emprunté à Saskia Sassen dans son ouvrage : « Expulsions. Brutality and complexity in the Global Economy »; Harvard University Press ; Mai 2014.

 

[17]L’industrie financière dérégulée est en effet non maitrisable y compris par ses acteurs, lesquels sont parfois inquiets d’une création à la fois voulue et subie. De la même façon qu’un accident nucléaire développe des évènements hors de contrôle, un accident financier développe des conséquences non planifiables.

 

[18] Cette élite mondialisée hors sol - bien sûr investie dans l’immense industrie financière -  n’est évidemment pas victime de l’euthanasie des rentiers. Cette élite vit en effet moins de taux que d’écarts de prix. Parce que l’industrie en question vit de la recherche de l’information, elle patauge nécessairement dans les marécages des délits d’initiés et autres conflits d’intérêt. C’est cette matière première qui fait l’immensité de sa prédation, une prédation vis-à-vis de  laquelle les « régulateurs » s’avèrent impuissants.

 

[19]Laquelle détenait le record des inégalités dans les grands pays industriels et vient seulement d’être rattrapée par les USA, ce qui explique aussi, partiellement, son attitude vis-à-vis d’une Grèce dont les ménages disposeraient d’un patrimoine trop important (Cf le rapport OCDE présenté dans les Echos des 2 et 3 mai 2014).

 

 

[20] Ajoutons que les investissements programmés ne sont pas orientés vers la productivité et, la  « destruction créatrice » chère à Schumpeter, est toujours annoncée… et peu constatée. Cf. à cet égard les thèses actuelles développées par Peter Thiel, Garry Kasparof, Robert Gordon mais aussi Jean Paul Pollin et tant d’autres, qui insistent sur l’idée de longue stagnation en matière de technologie et d’innovation. Ces idées sont aussi confirmées par l’estimation de la qualité des emplois crées en France à l’horizon 2018 (Cf. le rapport McKinsey d’Avril 2014) qui révèle clairement le choix de branches non porteuses de gains de productivité (Maintenance et entretien, services aux particulier, hébergement et restauration, santé, etc.).

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 04:34

Résumé: Contrairement à ce qui est trop rapidement affirmé, le nouveau pétrole américain n'est pas menacé par la chute des prix du brut. A l'inverse, les USA vont redevenir le "faiseur de prix" à l'instar de ce qui existait au beau milieu du 20ème siècle. Parallèlement L'Arabie Saoudite risque de perdre définitivement sa place de "swing producer".

La littérature concernant l'évolution du marché pétrolier à moyen terme ne permet pas de s'appuyer sur des conclusions convergentes quant aux prix futurs. Certains voient un effondrement rapide de la production américaine et donc une hausse des prix dès l'été prochain, hausse qui résulterait d'une chute de l'offre. D'autres pensent que la production américaine pourrait se maintenir et ainsi contribuer au maintien de prix faibles.

Il est temps de reconsidérer les raisonnements à partir d'une analyse des coûts de production.

Depuis la naissance de l'industrie pétrolière en Pennsylvanie dans les années 1870/1880 jusqu'au début des années 2000, nous étions dans une configuration où au niveau de chaque puits, les charges fixes étaient importantes et le coût marginal proche de zéro. Il en était ainsi car l'ouverture plus grande de la tête de puits est une opération de coût nul générant un flux plus important d'huile. S'Il est vrai que lorsque furent entrepris -au cours de la seconde partie du vingtième siècle- les opérations de récupération assistée le coût marginal cessa d'être nul, il était pour autant très faible.

Cette caractéristique fût celle qui devait expliquer la stucture fortement oligopolistique de l'industrie correspondante. C'est que, dans un tel modèle, les rendements étant sans cesse croissants, la concurrence devient rapidement catastrophique. Par exemple les petits producteurs américains des années 1880, endettés au titre de l'achat des appareils de forage optimisaient leur gestion par l'ouverture maximale des têtes de puits, d'où une offre rapidement croissante, une baisse brutale de prix, et la ruine, elle-même souvent accompagnée d'une pollution de la nature puisqu'il devenait avantageuc de jeter l'huile dans les rivières.

La suite est historiquement connue avec la fin de la concurrence au profit de la naissance de la Standard Oil qui devait réguler l'offre et stabiliser le marché. Une histoire qui se pousuivra par une régulation par les "sept soeurs", un "posted price" unique et mondial, des "frets fantômes", des accords secrets entre compagnies, etc ; mais aussi la naisssance de l'OPEP et des compagnies nationales de pays producteurs. De quoi construire à partir de coûts marginaux nuls ou proches de zéro une immense rente pétrolière.

Dans cet état du monde, les schistes bitumineux et autres sables asphaltiques étaient tout simplement hors-jeu, tant les coûts d'accès étaient incomparablement plus élevés qu'au Moyen Orient.

Depuis le milieu des années 2000, nous nous dirigeons vers une structure de coûts complètement différente.

S'agissant des nouvelles huiles extraites, notamment aux Etats-Unis, nous rencontrons une structure de coûts beaucoup plus classique. Les coûts de forage sont très faibles comparés aux nouveaux coûts de forage pour les pétroles classiques. Il est difficile de pénétrer dans le secret des coûts, mais l'on croit savoir qu'ils sont incomparablement plus faibles que les coûts d'accès aux grandes profondeurs au large du Brésil voire en Sibérie ou en Alaska. Par contre, les forages ont un rendement qui diminue rapidement (division par 2 au bout de 6 mois d'exploitation) alors que le forage sur gisement classique peut produire pendant 30 ans. Cela signifie une multiplication régulière du nombre de forages sur un gisement (jusqu'à 50 fois plus que sur un gisement classique).

Par ailleurs, les coûts d'exploitation -même instantanés- ne sont plus proches de zéro, car il s'agit toujours d'une récupération très assistée par l'injection de  grandes quantités  de produits et de liquides divers pour obtenir l'extraction.

La période 2005-2015 est ainsi très différente de celle des années 1880. Il n'y a pas de concurrence catastrophique et nombre de producteurs américains sont nouveaux et de petite taille, ce qui n'a pas débouché sur de catastrophiques rendements croissants impliquant leur élimination, comme ce fut le cas en Pennsylvanie.

Au delà, la technologie qui correspond à cette nouvelle structure de coûts est aussi celle qui permet d'introduire dans l'industrie des réserves naturelles jusqu'alors inexploitables. Shistes bitumineux et sables asphaltiques ne sont plus en dehors du théatre pétrolier et vont prendre une place décisive.

Et c'est ici qu'il convient de proposer ce que nous croyons être le scénario d'une très nouvelle géopolitique du pétrole.

Beaucoup de choses ont été dites -sans apporter de preuves- sur des accords entre Russie et Arabie Saoudite, ou entre ce dernier pays et les USA, dans un cas pour géner les USA et dans l'autre pour géner la Russie. Avec des conséquences secondaires lourdes pour d'autres pays: Vénézuela, Algérie, Nigéria, Iran,etc.

De fait, nous pensons que les Etats-Unis vont conquérir seuls, une place déterminante leur conférant un poids géopolitique nouveau.

Tout d'abord, l'offre américaine ( près  de 10 millions de barils/jour) est devenue majeure et anéantit l'efficience de l'OPEP, lequel voit sa part de marché passer de 55% en 1973 à 35% aujourd'hui. Cela signifie que l'OPEP n'a plus les moyens de fixer le prix. A l'intérieur de l'OPEP, l'Arabie Saoudite perd aussi son statut de "swing producer" qui lui allait si bien en diminuant ou en augmentant voire en doublant sa production en quelques jours - ce qu'elle fit lors de la première guerre du Golfe - grâce à la vertue des rendements croisssants sur chaque puits.

Face à l'offre américaine nouvelle, l'Arabie Saoudite a fait le choix du maintien relatif de sa part de marché au détriment des prix : sa production s'est maintenue. Elle espère que ce choix, très coûteux en terme de rente pétrolière,  va éliminer les producteurs marginaux américains.

Il est possible que les coûts unitaires totaux du baril américain soient trop élevés (60/70 dollars?), d'où la très forte diminution -en quelques semaines- des investissements de forage dans certaines zones du territoire américain. Coûts trop élevés jusqu'ici protégés par des couvertures à termes, y compris des CDS, qui seront  (on parle de plusieurs centaines de milliards de dollars) peut-être une lourde perte pour le système financier américain dès la fin du printemps 2015. Lourde perte aussi de débouchés pour l'ensemble des fournisseurs de l'industrie pétrolière, y compris les sidérurgistes.

Pour autant, la continuîté de l'offre de pétrole américain ne peut plus être entamée.

Lors des révolutions pétrolières des années 70 qui vont porter le "posted price" d'environ 2 dollars le baril à quelque  40 dollars, l'écart des coûts avec les huiles potentielles était beaucoup trop important: les USA, sans offre nationale alternative, devaient simplement payer. Tout au plus pouvait -on maintenir les routes de l'approvisionnement grâce à l'outil militaire.

Le paysage est aujourd'hui très différent. Parce que les technologies de production nouvelles le permettent, il existe désormais une solution de continuïté entre les différents pétroles, et le gouvernement fédéral américain pourra décrêter des mesures protectionnistes sur la nouvelle industrie du pétrole. Il s'agira de protéger une " industrie dans l'enfance", alors qu'il s'agissait de protéger des routes maritimes avec la flotte.

De fait, sans retrouver le vieux "posted price" à prétention planétaire des ports américains du golfe du Mexique, les USA vont devenir faiseurs de prix. Si le prix de marché détruit des producteurs marginaux américains, il est probable qu'une taxation sur huiles importées interviendra, taxe flottante puisqu'au nom du libre échange elle pourra disparaitre si les prix permettent aux producteurs marginaux de vivre.

Le coût en développement de la nouvelle industrie pétrolière américaine devient ainsi le pivot du prix mondial du pétrole. Notons enfin que ce  coût est probablement inférieur au prix du pétrole, garantissant la plus ou moins grande stabilité sociale de nombre d'Etats pétroliers. Le prix du pétrole assurant la paix sociale en Algérie, au Nigéria, etc. (80, 100 dollars le baril?) est de loin supérieur au coût en développement de l'huile américaine. De quoi donner aux USA , dans le domaine pétrolier, un poids géopolitique qu'ils n'avaient pas au 20ème siècle. Avec une nuance importante : les gisements de nouvelle huile seront-ils  capables d'envisager des plans de production de long terme ? Concrètement, le poids nouveau des USA sera-il durable?

 

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 17:01

 

Résumé :

Une littérature abondante se focalise aujourd’hui sur le prix du pétrole : Certains voyant les avantages d’une baisse et d’autres, les inconvénients. Il est bon de resituer les invariants d’une économie pétrolière devenue mondiale pour aborder de façon plus informée le contenu du marché pétrolier. On en déduit qu’il n’existera pas  de concurrence catastrophique avec élimination des productions coûteuses américaines et fin de l’essor énergétique des USA.

 

Le prix du pétrole fait à nouveau l’objet de toutes les attentions et commentaires. Au-delà de la chute des cours du baril, généralement attribuée au ralentissement de la croissance et à  l’émergence d’une nouvelle offre rapidement croissante (USA), les analyses se sont portées sur des considérations géopolitiques entre ce qui est considéré comme les trois acteurs fondamentaux : Arabie saoudite, Russie et Etats-Unis. Certains voient, dans le refus de l’Arabie de jouer son rôle traditionnel de « swing » producteur, l’indice d’un accord avec les USA contre la Russie, tandis que d’autres voient à l’inverse un pacte avec la Russie contre les Etats-Unis.

Nous pensons, qu’avant d’émettre tout jugement, il convient de souligner les fondamentaux historiques de l’économie pétrolière,  plus précisément ses invariants.

En 1859, la grande surprise du premier foreur de l’histoire- le colonel Drake qui voit le pétrole jaillir du forage qu’il vient de réaliser en Pennsylvanie - s’accompagne aussi d’une donnée majeure : la technique retenue offre une production dont le coût marginal est strictement nul. Tout accroissement de la production par ouverture plus importante de la tête de forage se réalise à coût strictement nul[1].

Cette donnée  signifie qu’au niveau de chaque puits, il n’est rencontré que des charges fixes : celles du coût complet des recherches et forages. Une donnée qui s’accompagne d’une autre : chaque propriétaire du sol est aussi en droit américain propriétaire du sous- sol et ce jusqu’au centre de la terre. Il va en résulter une exploitation et donc une économie pétrolière, où la concurrence entre petits producteurs de l’époque revêt mécaniquement une dimension catastrophique.

C’est que les charges fixes qui se ramènent beaucoup à l’époque au coût de l’endettement auprès des banquiers qui ont financé le matériel de forage, sont d’autant plus supportables qu’elles sont réparties sur de grandes quantités produites : l’optimum de gestion d’un puits est son débit maximum. On connait la suite : offre excédentaire, chute des prix qui renforce la tendance à produire davantage, laquelle en retour accélère la chute des prix avec ruine des producteurs. La disparition de nombre de producteurs rétablit les prix qui attirent de nouveaux producteurs pour une nouvelle concurrence catastrophique…

C’est Rockefeller qui, observant cela,  a sans doute été l’un des premiers à comprendre que le pétrole devait devenir une industrie à offre monopolistique. D’où la suite d’une histoire bien connue avec l’émergence de ce qui allait devenir le trop célèbre oligopole pétrolier du vingtième siècle[2].

Les crises pétrolières qui vont marquer le dernier quart de ce même siècle ne mettent pas fin à un marché qui a quitté le champ de la concurrence catastrophique.

En effet, l’oligopole privé cohabite d’une certaine façon avec un oligopole public constitué par les Etats de l’OPEP, Etats qui mettent en place des compagnies nationales. De fait, la fin du vingtième siècle se caractérise par une volonté de la part de tous les acteurs du théâtre pétrolier de récupérer l’essentiel de la rente pétrolière. Il s’agit, par la forte montée des prix[3], d’accroître la rente et d’en redessiner un partage de plus en plus favorable aux propriétaires fonciers étatiques[4]. On sait que du point de vue de la théorie, la rente pétrolière est une rente différentielle[5], évaluée sur la base de la différence entre coûts des énergies de substitution et coût du pétrole[6]. A l’époque des « posted price » (prix affichés), la rente était faible en raison de la volonté de l’oligopole de faire du pétrole une matière première quasi hégémonique. Dans un premier temps (années 70-80) les prix restent des prix décidés par une organisation oligopolistique. Ultérieurement, ils deviendront des prix de marché avec la multiplication des gros Etats producteurs dont bien sûr la Russie, mais aussi celle de compagnies pétrolières de taille plus réduite ( Cove Energy, PTT Exploration § Production, Anardako, Tullow, etc. Ajoutons que l’irruption du trading pétrolier fera de cette matière première un produit financier avec apparition d’un nombre considérable d’acteurs complètement étrangers au pétrole ( Traders de Genève, de Londres, de Singapour, etc.[7]).

Si toutefois la concurrence n’était pas catastrophique comme elle l’était au Dix-neuvième siècle, c’est, au-delà d’une demande en très forte expansion[8] , en raison du poids encore élevé des majors et surtout du poids de l’OPEP qui décidait  de la production et de sa répartition (les quotas des pays producteurs) entre Etats Pétroliers maitrisant de grandes compagnies publiques.

Les choses vont se transformer avec l’irruption d’un nouveau géant : les USA dont la production journalière rejoint présentement celle de l’Arabie et celle de la Russie[9]….dans un contexte – crise oblige- de demande quasi constante.

L’irruption massive des USA peut-elle réenclencher, à l’échelle planétaire, la concurrence catastrophique qui assombrissait la Pennsylvanie du dernier tiers du dix-neuvième siècle ?

Si le contexte est différent -les compagnies sont enkystées dans des Etats qui sont aussi acteurs- la baisse de prix constatée en cette fin 2014 entraîne des conséquences très négatives pour la plupart des acteurs : chute gigantesque des revenus des grands Etats pétroliers dont les entrepreneurs politiques se reproduisent au pouvoir par la redistribution de la rente : OPEP, Russie, Venezuela, etc[10]. Mais aussi, mise en difficulté de l’ensemble des gisements marginaux américains dont les coûts unitaires sont beaucoup plus élevés qu’au Moyen-Orient,[11]avec la particularité déjà constatée en Pennsylvanie au dix-neuvième siècle : beaucoup de gisements nouveaux nord-américains relèvent d’une mise en exploitation financée par de la dette que les banques titrisent… d’où des risques financiers[12] dans le cadre d’un marché type high yield que l’on dit généralement peu liquide.

La présente littérature qui prend souvent position dans ce qu’elle croit être un jeu entre Trois grands acteurs Russie, Arabie, USA, avec alliance de 2 contre 1 ne se rend pas compte du fait que si une concurrence catastrophique devait se déclencher, avec  ou sans l’aide de l’éclatement d’une bulle associée, les trois acteurs y seraient perdants.

De fait, il n’existe probablement pas de pacte, mais bien plutôt une nouvelle modalité du dilemme du prisonnier.

Face à la montée considérable de la production américaine, Russie et Arabie ne peuvent pas accepter une diminution de leur propre production pour maintenir les cours : cela réduirait tout d’abord leur part de marché et donc leurs revenus, mais cela permettrait aussi une augmentation de la part de marché américaine avec des producteurs américains qui exigent du gouvernement fédéral la possibilité d’exporter les nouvelles huiles de schiste. Il en résulte que le meilleur choix est de maintenir la production en espérant que la chute de prix soit douloureuse pour les producteurs américains qui, pris dans un piège type Pennsylvanie des années 1870, seraient acculés à la faillite. Faire chuter les prix à environ 60 dollars le baril, permettrait ainsi d’éliminer nombre de  producteurs américains et rétablirait un marché jugé plus sain.

Outre que le coût de ce rétablissement est politiquement très risqué pour nombre d’Etats trop habitués aux conforts de la rente pétrolière, il n’élimine pas la possibilité pour l’Etat américain de protéger, le cas échéant, ses nouveaux producteurs par une taxation des importations de pétrole. Il n’élimine pas non plus la possibilité pour ces mêmes producteurs américains de tenir au moins quelques mois en raison d’un coût marginal qui n’est certes plus nul pour l’huile de schiste mais qui est inférieur au prix de vente, même si ce dernier est ramené à moins de 60 dollars le baril. Exactement comme le faisaient les petits producteurs de Pennsylvanie avant l’arrivée de Rockefeller.

Parce que le marché du pétrole mixe aujourd’hui  des acteurs étatiques et des producteurs privés, ce qui n’était pas le cas au dix-neuvième siècle, la concurrence pétrolière ne peut pas se transformer en concurrence catastrophique et il faudra bien que les acteurs laissent toute sa place à la production américaine. Le seul espoir pour ces acteurs est que la production non conventionnelle soit un feu de paille en raison d’un épuisement très rapide des gisements.

 


[1] Cette « découverte » n’en est plus une aujourd’hui et, d’une certaine façon, l’économie des réseaux et plus encore l’économie numérique repose sur cette notion d’absence de charges variables dans le total des coûts de production.

[2] Ce que l’on appelait à l’époque les « 7 sœurs » : 3 américaine, 2 anglaise, une anglo-hollandaise et une française

[3] Passage par exemple de moins de 2 dollars le baril en 1972 à 11,652 dollar au 1er janvier 1973, puis à 40 dollars en 1979.

[4] Cf : Jean Claude Werrebrouck, « Evolution du marché pétrolier et nouveau partage de la rente pétrolière », Revue d’Economie Industrielle, N°34, 1985.

[5] Cf : Jean Claude Werrebrouck,« Contribution à la théorie de la rente pétrolière », Revue d’Economie Industrielle,N° 9, 1979.

[6] Cf : Jean Claude Werrebrouck, « Histoire de la concurrence entre énergies fossiles et construction de la rente pétrolière », in « Rente et structures des industries de l’énergie », PUG, collection Energie et Société, Octobre 1983.

[7] Les offreurs et demandeurs de pétrole sont aujourd’hui pour 99% d’entre-eux étrangers à l'usage de la  matière première.

[8] Industrialisation rapide de ceux que l’on va appeler les « émergents ».

[9] Environ 9,2 millions de barils journaliers en décembre 2014.

[10] Avec toutefois de grandes différences selon que l’on est un Etat très peuplé et jouissant d’une rente faible ou moyenne (Venezuela, Algérie, Nigéria, etc.) ou un Etat faiblement peuplé et jouissant d’une rente considérable ( principautés du golfe, Arabie,etc.)

[11] Environ 6O dollars le baril. Notons aussi que ce coût unitaire n’a qu’un sens limité en raison de la structure des coûts complets du pétrole telle que déjà évoquée.

[12] Le chiffre de 300 milliards de dollars est souvent évoqué.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 17:06

  Résumé:

Les difficultés qui sont le quotidien de la grande crise sont aussi le produit d'une difficulté croissante à envisager le vivre ensemble. La déconstruction de la société est le produit de la radicalisation de la modernité: plus rien n'est naturel et tout devient culturel, lequel est par essence individuellement ou socialement contestable.

De quoi détruire les repères et donc les marchés des entreprises politiques qui elles aussi ne peuvent que se déconstruire.                   

Pour les socio-biologistes il faudrait considérer la société comme une forme de super organisation du vivant. Dans cette perspective il faudrait s’appuyer sur le fait que  le vivant se caractériserait par 3 principes fondamentaux : l’auto-conservation ou auto-construction, l’auto-reproduction, et l’auto-régulation.[1]

Sociobiologistes et Ethnologues

Le premier principe signifie que toute organisation vivante est dotée d’un équipement qui lui permet de se maintenir en vie, équipement procédant par prélèvement sur l’extérieur et assimilation de ce qui est prélevé. C’est, par exemple, l’air ou la nourriture. Ce principe dans sa traduction sociale pourrait signifier l’activité économique et son organisation en tant qu’organisation de travail. Avec une conclusion morale possible : il faudrait travailler pour vivre.

Le second principe, celui d’auto-production, signifie que les organismes vivants sont équipés pour reproduire la vie et la propager. A l’échelle d’un organisme complet, cela signifie la multiplication cellulaire et la question de la  sexualité. Au niveau sociétal, cela signifie que la société peut être amenée à s’organiser pour reproduire la vie : famille, règles matrimoniales, etc. Historiquement la reproduction de la vie, et donc celle de la société, n’a rien d’évident et  un pouvoir fort sera souvent présent pour instituer et contrôler la famille.

L’auto régulation enfin, correspond à l’idée que tout organisme vivant est équipé pour coordonner les activités de la réalité biologique. Ce sont de véritables outils de régulation ou de protection de la vie (température, lumière, contrôle des qualités des ingrédients de ce qui est constitutif de la vie, etc.). Au niveau sociétal, on peut imaginer que les règles de droit et l’organisation institutionnelle sont les outils d’auto-régulation de la société. Notons enfin qu’au niveau sociétal ce principe d’auto organisation découle des deux premiers : il faut réguler la production et la distribution de la nourriture ou des biens économiques en général, et il faut réguler la fonction sexuelle chargée de reproduire le monde.

Ces deux régulations, celle de la production et celle de la reproduction n’ont pas nécessairement la même importance, et leur hiérarchisation est variable selon les lieux et les époques historiques.

Selon le paradigme marxien, le « développement des forces productives » serait le moteur d’un processus historique. Ce paradigme est aujourd’hui contesté et on croit savoir qu’à l’aube de l’humanité, le défi de la reproduction, était probablement plus important que celui de la production. D’où une régulation aboutissant au contrôle du sex- ratio entre groupes,  à l’engendrement de règles matrimoniales visant à assurer son équilibre,  donc à assurer la circulation équilibrée des femmes en tant « qu’outils de reproduction du monde » et assurant in fine chez les intéressées, une condition de dépendance[2].

A l’inverse des animaux qui - vivant souvent  en société -  semblent obéir à une logique de la vie qui les dépasse (les abeilles constituent une société mais ne connaissent pas d’Histoire), les humains ont un regard sur leur propre vie et jouissent d’une capacité à interpréter les contraintes d’une nature biologique à priori indépassable.

C’est cette interprétation variable selon les lieux et les époques qui font que les humains ont une Histoire, et qu’au cours d’une même époque, puisse cohabiter voire s’opposer des visions et pratiques sociales différentes. Nous proposons d’appeler : « Cultures » ces visions et pratiques. Il y a donc dans la culture une certaine vision de la condition humaine en tant qu’êtres biologiques.

Dans un monde concret, il est probable que les individus qui y vivent, auront des difficultés à distinguer ce qui relève de la condition biologique stricte et ce qui relève de la pratique culturelle qui lui est associée. Ainsi les mythes que l’on rencontre dans toutes les cultures et qui, bien évidemment, correspondent à des pratiques sociales sont vécus comme faits naturels et correspondent à des vérités indépassables.[3]

Petit détour chez les économistes

 Hayek qui travaille dans un tout autre registre que celui de l’Ethnologie  considère que l’auto régulation du monde n’est pas faite de règles inventées par une pensée organisatrice, lesquelles dépassent chacun des acteurs qui les reçoivent, et  sont vécues comme des faits de nature.[4]

Les deux régulations, qui expriment des visions et pratiques correspondantes et donc une culture, ne sont pourtant pas figées et il existe des transformations possibles, qui produiront  l’histoire de l’ensemble social.

Le même Hayek nous présente ainsi une théorie de l’évolution culturelle donc une réinterprétation plus ou moins continue des contraintes proprement biologiques. Evolution correspondant aux principes suivants :

- C’est l'efficience du groupe - efficience par rapport à ses contraintes biologiques -  qui est le critère de sélection des règles. Si une règle nouvelle profitable pour un individu mais nuisible pour le groupe émerge, elle ne deviendra jamais norme sociale, norme encore une fois vécue comme naturelle.

- Une règle ne s'apprécie jamais de façon intrinsèque, elle ne s'apprécie que dans un contexte de règles déjà existantes et d'un environnement. C'est la raison pour laquelle les normes sociales sont différentes d'un groupe à l'autre, d'une civilisation à l'autre, et qu’en  conséquence il existe des Histoires différentes.

- L’individu n'a pas besoin de comprendre comment fonctionne le groupe pour contribuer à le faire fonctionner. Il croit agir comme il l'entend, mais sa conduite- qu'il peut croire éventuellement libre- est de fait inscrite dans les règles faisant émerger l'ordre social. Il ne sait donc pas qu'il contribue à reproduire la société et ignore la genèse et le pourquoi des règles qu'il respecte et reproduit. Il sait seulement qu'il faut se comporter de telle ou telle façon.

-Les règles efficientes sont fixées par causalité circulaire. Le passage de la conduite innovante à la norme, est aidé par des mécanismes (louange ou blâme)   qui assurent l'imitation des comportements bénéfiques pour les nouveaux arrivants dans le groupe. Ces mécanismes permettent  une vitesse d'évolution plus grande que dans la biologie et, des groupes moins efficients, peuvent intégrer les règles de groupes plus efficients, ce qui est un processus courant dans l'histoire des civilisations.

Retour à l’Ethnologie

Parmi toutes les règles validées dans une culture - règles qui encore une fois correspondent à une interprétation, ou à une façon de répondre aux grands défis imposés par la vie – il y a la religion. Présente dans toutes les cultures, elle en est l’élément le plus important car elle assure une structuration complète du monde, en répondant aux questions que l’intelligence des hommes laisse être des angoisses et interrogations. Et là aussi, nous retrouvons dans l’invariant de toutes les religions les regards posés par les sociobiologistes : cette vie, qu’il faut maintenir et réguler socialement, est donnée par des forces qui dépassent les hommes. D’où la grande généralité des mythes selon lesquels les hommes seraient endettés vis-à-vis des Dieux : la dette de vie, qu’il faut régulièrement rembourser par le biais de l’institution du sacrifice. D’où aussi, la très grande généralité des croyances et règles comportementales associées, concernant le maintien d’une vie au-delà de la vie terrestre. Bien évidemment, l’enveloppe religieuse sera infiniment variée et dépendra encore une fois de la représentation que se font les hommes de leur condition biologique.

Elle pourra se confondre entièrement avec le monde visible (« La nature est enchantée par les dieux ») et fera que ce qui est complètement culturel - les pratiques sociales-  est lui-même invisible. Il n’existe pas à ce stade de séparation pensable entre nature et culture.

 Plus tard, ou en d’autres lieux, elle pourra créer un dualisme avec ce qui est une autorité terrestre. Nous avons là toute la problématique de l’apparition des Etats[5] en tant qu’autorité instituant des règles, avec des entrepreneurs politiques qui vont asseoir leur domination et leur capacité prédatrice, en se servant de l’enveloppe religieuse. Et plus l’enveloppe va s’abstraire et faire naitre l’idée d’universel (contestation des polythéismes et développement des monothéismes), et plus ces accapareurs de règles, qu’Hayek hésiterait à appeler « règles de juste conduite », seront -dans un mouvement inverse- amenés à déclarer naturelles les lois qu’ils émettent. Nous avons toujours l’idée de nature : les lois ne sont que déclaratives des lois naturelles[6]. L’ordre humain, les institutions, etc. sont un fait de nature et il n’appartient pas aux hommes de pouvoir s’en détacher.

Expansion du culturel et étiolement du naturel

Il faudra attendra la naissance de la modernité pour voir débuter une réelle révolution épistémologique[7] : les hommes prennent conscience que l’ordre de la société ne résulte que de leur propre action. Les règles du jeu social sont ainsi progressivement éloignées de l’ordre de la nature, pour rejoindre celui de la culture. La frontière se déplace massivement au profit de l’immense empire de la culture que l’on n’a pas fini d’explorer.

Mais les choses ne sont pas simples. Les dieux, parfois incarnés, du polythéisme disparaissent au profit d’un Dieu qui s’éloigne mais qui reste présent. Il n’est plus dans le monde des choses mais il reste présent dans les lois concernant les choses, et lois que les hommes peuvent découvrir. Enfin, il reste complètement dans la vie dont il est l’initiateur et le décideur ultime.

D’où l’ambiguïté qui pourra un jour apparaitre concernant les débats sur les droits de l’homme. Puisque toutes les pratiques sociales relèvent du culturel, toujours renégociables politiquement, tentons de découvrir ce qui relève de la seule nature et que l’homme ne peut toucher. Les libéraux, notamment anglo-saxons, vont énoncer l’existence de 3 droits naturels : vie, liberté, propriété, sans se rendre compte qu’ils peuvent donner lieu à débats sur l’authenticité de l’affichage  « droits naturels ».

A priori ces droits sont complémentaires, mais ils sont surtout hiérarchisés et tournent autour du socle de la propriété : pour me protéger contre ceux qui souhaitent prendre ma vie, il me faut  être propriétaire de cette dernière. Maintenant je ne suis libre, que s’il m’est possible de faire respecter mes droits de propriété. Les fonctions vitales dégagées par les sociobiologistes relèvent ainsi de l’activité volontaire, aux fins de conserver (auto conservation) la vie et de la  reproduire (auto production). On comprend dès lors que la vieille famille chargée de l’autoproduction, avec les rites sociaux qui lui étaient réservés, devient affaire de liberté contractuelle : nul pouvoir ne doit s’ingérer dans ce type d’affaires. Ce qu’on appelle droit de la famille ne saurait résulter d’injonctions de pouvoirs politiques ou religieux.

Pour autant, il existe une contradiction imaginable, celle fort inattendue entre les trois termes : propriétaire de mon corps, je puis décider (liberté) de me couper un doigt ou d’avorter. Dans ce dernier cas, il pourra être considéré qu’un tel geste, consiste à ne pas respecter le droit à la vie de celui qui n’est pas encore né. Une législation concernant l’avortement devient ainsi un fait culturel- donc fait relevant du politique- débouchant en toute hypothèse sur un non- respect de droits. Les droits de l’homme ne sont pas encore des droits naturels : ils ne se déduisent pas de la nature et restent politiques.

Si donc, le sujet n’est pas doté d’une nature de laquelle il serait possible d’extraire des droits, alors il devient un être indéterminé dont la seule nature serait d’être capable de revendiquer des aspirations.[8]Cela signifie que le rôle du politique revient alors, non pas à normaliser, mais à favoriser les opportunités ou les capabilités au sens d’Amartya[9] Sen ou de Martha Nussbaum[10]. Les sociologues en déduiront que les règles sociales qui limitent le champ des capabilités en introduisant une normalisation doivent être mises à distance. D’où « L’ABCD » de l’égalité dont il est parfois question aujourd’hui. Cette idée est déjà ancienne et reconnaissons qu’un Michel Maffesoli, avait il y a maintenant plus de 20ans  parler d’indifférenciation, d’effacement des repères, notamment l’identité sexuelle et familiale.[11]

Dans cette perspective, les révolutions technologiques notamment offertes par les sciences et technologies médicales, élargissent considérablement le champ des capabilités, avec l’idée d’un homme tellement « augmenté », devenu tellement « bionique » que l’on pourrait se diriger vers un « au-delà de l’humain ».

Que deviennent les marchés politiques lorsque le culturel perd son socle naturel ?

Bien évidemment de telles lignes de forces brouillent les repères les plus solidement établis et vont questionner l’ensemble des marchés politiques.

Les entreprises politiques, dites de droite, auront de plus en plus de difficultés à rassembler conservateurs et libéraux. Les premiers se raidissent et se fondent encore sur une religion qui, certes ne fait plus des hommes, des endettés, mais des êtres définis par les forces de l’au-delà. Ainsi Il existe encore une nature et l’arbitraire de l’illimitation reste un interdit radical[12]. Curieusement, ce raidissement ne s’accompagne pas d’une limitation du libéralisme économique, qui lui fabrique les outils de l’illimitation. Les seconds considèrent à l’inverse, que les nouveaux droits sont le prolongement de la logique d’un marché économique mondialisé que l’on ne saurait brider : libéralisme économique et libéralisme culturel marchent d’un même pas, la mondialisation produisant presqu’automatiquement, l’effacement des  vieux socles historiques des Etats et leurs traditions et valeurs dépassées. Bien évidemment, les conservateurs offriront beaucoup de résistance à l’effacement de l’Etat-nation, et les plus radicaux d’entre-eux, s’organiseront autour de rassemblements à forte identité tel celui qui anime le « printemps français ». Les libéraux peuvent aussi se diviser et se radicaliser, par exemple sur la question de l’avortement, dont on peut considérer qu’il est le lieu d’affrontement entre liberté, vie et propriété. Libéraux et conservateurs se divisent, mais la frontière est fort complexe et ne permet pas facilement d’identifier les groupes. Nous retrouvons Michel Maffesoli et l’idée de perte de sens des clivages politiques.

Les entreprises politiques dites de gauche, sont elles aussi en très grande difficulté car il apparait clairement que l’illimitation des droits dans le domaine culturel, ne peut logiquement pas entrer en contradiction avec une économie dont la régulation relèverait encore de l’Etat[13]. La liberté économique devenant ainsi un élément du stock de Capabilités qu’il faudrait développer. Le projet historique de la gauche libératrice ne veut plus connaitre de limites et l’encadrement des marchés économiques, devient fort curieusement une insupportable limitation de la liberté[14]. Le prix à payer est bien évidemment, la difficulté à intégrer tous les agents dans la grande machine salariale ou entrepreneuriale en situation de Grande crise. Les moins « productifs » qui, en raison de leur historicité, sont les mal placés de l’illimitation de l’économique, compenseront leurs difficultés par des revendications identitaires et tribales[15]. D’où une gauche qui, elle aussi, détruit le vieux socle de l’Etat-Nation. La branche libérale des entreprises politiques dites de droite peut s’allier à la nouvelle gauche. Bien évidemment, il y a la branche de la gauche qui n’en demandait pas tant et se contentait d’une libéralisation culturelle modeste, sans  la mondialisation et l’illimitation de l’économique.

Il devient difficile, par temps de brouillard, d’élaborer des plans marketing pour les grandes entreprises politiques. Le volcan des droits nouveaux, ne cesse de cracher de nouvelles revendications de la part de sujets qui ont perdu toute idée de citoyenneté. La fin des droits naturels, jusqu’ici bien repérables au profit d’une infinité de droits culturels, peut annoncer la fin des grands duopoles politiques, au profit de ce que l’on nomme encore des populismes qui eux-mêmes peuvent souffrir d’un manque d’homogénéité[16].

La politique du vivre ensemble dans le nouveau contexte.

Le politique était, avec l’apparition des Etats, l’appropriation à des fins privées de l’extériorité de tout groupe humain, et une extériorité reposant elle-même, sur des fondations imposées par des contraintes biologiques bien dessinées par les sociobiologistes. Si les contraintes biologiques peuvent désormais être travaillées : dissociation de la sexualité et de la procréation, modification de l’ADN, augmentation du cerveau, etc., alors les fondations de l’extériorité ne permettent plus à cette dernière d’être légitimée. C’est ce qui permet à Dominique Schnapper de s’inquiéter de ce qu’il croit être « l’ultra démocratie »[17] laquelle  deviendrait la corruption de la démocratie et au fond la fin de la société. De quoi détruire tout le raisonnement hayékien faisant émerger les « règles de juste conduite ».

Le politique, et ses entrepreneurs, peuvent-ils encore exister si le citoyen est complètement renversé au profit d’un nouveau souverain appelé individu désirant ? Il est sans doute difficile d’apporter une réponse précise, car si l’individu souverain rejette toute forme d’autorité et de contrainte publique- ce en quoi il conteste l’Etat qu’il juge être une externalité à réduire -  il est simultanément fortement consommateur d’interaction sociale, notamment celle qui répond à sa formidable appétence d’égalité et de protection, laquelle passe par une forme d’Etat-social à construire ou à reconstruire.

De cet écartèlement peut-il naitre un nouveau monde ?

 

 

 

 


[1] CF par exemple l’ouvrage de Jacques Golberg : « Ethologie et Sciences Sociales », L’harmattan,2010.

[2] CF en particulier les travaux de Claude Meillassoux, en particulier son ouvrage : « Femmes greniers et capitaux », Maspero, 1974.

[3] Paul Veyne , après une longue démonstration, termine son ouvrage « Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes » (seuil, 1992) en s’exclamant : « Mais bien sûr qu’ils y croyaient ! ». Notons toutefois que les Sophistes, en particulier Protagoras, Gorgias, Antiphon et sans doute d’autres encore, introduiront une première idée de distinction entre nature et culture dans les concepts de « phusis » et de « nomos ».

[4] Nous avons là tous ses développements  sur la qualification de ce qu’il appelle les «  règles de juste conduite » qui ne sont ni naturelles ni artificielles, qui sont entre l’instinct et la raison, mais que les agents vivent comme règles naturelles. Nous renvoyons ici au tome 1 « Règles et ordre » de « Droit Législation et Liberté »,PUF, 1985.

[5] CF : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-l-aventure-etatique-reprise-d-un-texte-ancien-119831125.html.

[6] C’est tout le sens qu’il faut donner à la réponse de François Quesnay au roi Louis XV qui lui demandait ce que devaient faire les princes : « Sire les princes n’ont rien à faire, ils doivent simplement  se borner à déclarer dans le droit positif l’ordre naturel des choses ».

[7] On trouvera une analyse très sérieuse et très pédagogique de la modernité dans l’ouvrage de Jean Marie Domenach : « Approche de la Modernité », Ellipse, 1990.

[8] Nous avons ici la position de Claude Lefort. On pourra consulter  une version résumée de ce point de vue chez Esteban Molina : « Le défi du Politique. Totalitarisme et Démocratie chez Claude Lefort », L’Harmattan, 2006

[9] Amartya Sen est prix Nobel d’économie et développe l’idée de Capabilité  notamment dans : «Rationalité et Liberté en économie » Odile Jacob,2005.

[10] Cf : La version française de son ouvrage est :« Capabilités. Comment créer les conditions d’un monde plus juste », Climats,2012.

[11] CF : « Le temps des tribus », Livre de Poche, 1988. Remarquons que chez Maffesoli le passage à l’indifférenciation repose sur un processus, type fin de civilisation, et annonce d’un autre monde , problématique fort étrangère à l’idée de Capabilité, telle que comprise par les politistes et sociologues d’aujourd’hui.

[12] Un interdit qui peut aller jusqu’à l’interdit du libre exercice de la pratique scientifique. C’est ainsi qu’il faudrait mettre fin aux prétendues études du genre. La validité scientifique peut ainsi se décider sous la pression de la rue ou des sondages. Ce que dénoncent bien évidemment la plupart des politistes et sociologues. Nous retrouvons le débat du normatif et du cognitif :(http://www.lacrisedesannees2010.com/article-republique-monnaie-construction-europeenne-121969067.html). Notons enfin que la théorie du genre donne lieu à des débats parfois violents, ses détracteurs n’hésitant pas à la rapprocher du Lyssenkisme et à la pseudo science soviétique .

[13] Question bien analysée par Jean Claude Michéa notamment dans : « Les mystères de la gauche : de l’idéal des lumières au triomphe du capitalisme absolu », Climats, 2013.

[14] D’où de comiques débats à fronts renversés, où l’on voit un responsable européen de la régulation bancaire et financière, qui se dit de droite, défendre un projet de séparation bancaire (de gauche) contre un ministre socialiste des finances français, qui veut maintenir la banque universelle et ses pratiques fort libérales.

[15] D’où les rapports incertains concernant ce qui devrait être une politique moderne d’intégration des minorités : faut-il une égalité compensatrice ? créer des quotas ? faut-il réintroduire  les langues régionales ? récuser l’Odonnance de Villers Cotteret ? etc….

[16] C’est le cas de FN en France avec une clientèle de la zone sud très éloignée culturellement et socialement de celle du nord du Pays.

[17] CF son dernier ouvrage : « L’Esprit démocratique des lois », Gallimard, coll. NRF Essais, 2014.

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 15:36

 

 Martin Wolf dans un article récent[1] évoque la « déficience chronique de la demande mondiale agrégée »,ce qui constitue une autre façon d’évoquer la crise mondiale de surproductioAn souvent mentionnée dans ce blog et en particulier les articles figurant dans le bloc « critique des raisonnements »[2]. Saluons cette prise de conscience, et profitons – en pour repréciser les grandes étapes qui mènent d’une grande crise de surproduction –celle de 1929 -  à l’autre, celle d’aujourd’hui.

La première étape est celle qui permet d’en finir avec la crise précédente et va assurer les « 30 glorieuses »

1) « L’Etat –Nation fordien développé » et le « sous-développement ».

Tout a été dit sur cette phase qui correspond aussi à l’après seconde guerre mondiale, il est donc inutile d’insister. Signalons simplement que cette étape est celle d’une garantie de l’équilibre entre offre globale et demande globale par forte redistribution de gains de productivité abondants. La montée d’une Etat social servira aussi d’assurance de débouchés : les entrepreneurs économiques paient une prime d’assurance garantissant des débouchés croissants,  (taxation de l’activité et en particulier du travail s’agissant plus particulièrement de la France) prime payée à des entrepreneurs politiques qui se produisent et se reproduisent au pouvoir en construisant le produit politique « Etat-providence ». Parce que l’on en est encore au stade de l’Etat-Nation, cela suppose aussi de lourds transferts entre régions, et au final un processus d’homogénéisation renforçant l’équilibre offre globale et demande globale. Au niveau mondial, cette étape se caractérise par une croissance forte de ce qu’on appelle les pays développés et beaucoup plus faibles, pour ce qu’on va à l’époque appeler pays de la périphérie ou pays sous- développés : entre 5 et 7 ou 8% d’un côté et moins de 3% de l’autre. Sur le plan monétaire, le modèle allemand[3] ne s’est pas encore mondialement imposé : «  la loi d’airain » de la monnaie[4] est abandonnée et la création monétaire, qui est le fait des banques centrales et des banques de second rang, est bien présente pour assurer la croissance. Cette croissance monétaire est bien sûr une croissance par endettement, mais celui-ci est contenu par une inflation qui participe largement de la répression financière de l’époque.

2) Mondialisation acte1 : L’émergence du couple USA/Chine.

Ce que certains ont appelé le « mariage de Wal-Mart et du parti communiste  chinois »[5] marque l’une des premières étapes de la forme moderne de la mondialisation.

Il s’agit de la première grande rupture entre offre globale et demande globale. La production chinoise est appelée à devenir très supérieure aux débouchés nationaux. Pour les USA, les choses deviennent complexes : La croissance de la production peut encore se maintenir car la  concurrence  des importations en provenance de chine créent suffisamment d’effet-revenu au profit des salariés qui peuvent ainsi nourrir une demande domestique supplémentaire. Toutefois on se dirige vers un déficit extérieur donc une demande appelée – sauf ouverture croissante du crédit et de la dette - à  se comprimer.

Déficit d’un côté et excédent de l’autre, il peut encore y avoir un équilibre mondial tant que « l’armée industrielle de réserve chinoise » ne heurte pas plus frontalement les salaires américains.

Cette étape 2 concerne les années 80 lesquelles voient un redéploiement de la croissance : Les taux baissent dans les vieux pays développés et montent dans les autres : environ 3% contre 8 à 10 d’abord chez les « tigres asiatiques », ensuite et surtout en Chine. La création monétaire doit bien sûr suivre, et à l’endettement qui ne fait que suivre la croissance il faudra ajouter l’endettement du aux premiers lourds déséquilibres : l’Asie doit commencer à financer l’endettement américain.

3) Mondialisation acte 2 :L’ère des bulles.

L’expression de « pays sous-développés » n’est plus seulement remplacée par celle de  « pays émergents » car nombre de ces derniers deviennent « pays émergés ». Sans toutefois, sauf pour certains d’entre-eux,  devenir des Etat-Nations fordiens classiques. Ainsi la Chine verra la part des salaires dans le PIB devenir l’un des plus faibles du monde : 35%. Son équilibre ne peut donc résulter que d’excédents extérieurs de plus en plus massifs.

 Le déficit américain devient abyssal, car l’économie américaine absorbe une bonne part des excédents chinois, lesquels participent activement à la désindustrialisation du pays, avec en corollaire le blocage de longue période des rémunérations et l’explosion des inégalités.

Désormais toutes les autoroutes de la mondialisation fonctionnant sans péages[6], le nouveau capitalisme voit le principe moteur  de la concurrence passer des gains de productivité à celle de la course à la baisse des salaires. C’est tout le sens qu’il faut donner à l’allongement considérable des « chaines de la valeur », et au primat du « Buy » sur le « make » : il faut sans cesse externaliser et transformer radicalement l’entreprise, qui devient de plus en plus corps apparemment démembrée[7]. Le déséquilibre planétaire devient difficilement gérable et la production croissante voit ses débouchés se restreindre de façon massive.

Toutefois la crise est refoulée par la montée considérable du crédit et de l’endettement qui en découle : une bulle de dettes sur laquelle sont branchés tous les nouveaux instruments d’une créativité financière qui n’est plus muselée par la répression de jadis. Les salariés américains, dont beaucoup sont devenus précaires, continuent de consommer grâce au crédit. L’Etat fédéral poursuit ses dépenses militaires pharaoniques grâce à l’épargne chinoise. Dettes publiques et privées, s’épuisent à maintenir le niveau de demande mondiale globale garantissant la croissance de l’activité.

Cette dernière reste déséquilibrée en faveur des pays émergents (plus de 10% pour la Chine), avec toutefois maintien d’une croissance non négligeable, dopée par la dette dans les anciens pays développés (surtout les USA qui maintiennent durablement des taux supérieurs à 3%).

4) Mondialisation acte 3 : Explosion de la dette et fragile digue des Etats.

Inutile de rappeler les évènements de 2008/2009 tant ils sont connus. Les entrepreneurs politiques devenus dépendants de l’industrie financière[8], et parfois même se confondant avec les dirigeants de cette dernière, font le choix du « Bail-out ». Il en résulte que l’immense dette privée qui se cachait dans la bulle devient dette publique et vient accroitre le poids des charges qui accablaient déjà certains Etats fort endettés[9]. La spéculation sur la dette privée, devient aussi spéculation sur les dettes publiques, avec attaques sur les parties les plus fragiles de la grande digue des Etats : la dette européenne. La zone euro devient ainsi un lieu privilégié, avec prise de conscience par la spéculation que nombre de dettes publiques ne sont plus soutenables. Les entrepreneurs politiques de la zone, ardent défenseurs de la conception allemande de la monnaie, défense qui est aussi celle des grands gagnants de la mondialisation, adoptent à la hâte des mesures d’austérité visant à contenir la vague des déficits et le service de la dette correspondant. Chaque point de PIB de dépense publique gagnée dans la course à un désendettement impossible à atteindre, devient un point de demande globale en moins, d’où- sous l’effet du multiplicateur budgétaire-  l’aggravation de la crise. Ce qui était la première économie du monde devient la zone la plus dépressive du monde, zone qui en raison de son poids, vient affaisser des croissances mondiales déjà sur le déclin. Le prétendu « rétablissement », utilisant y compris des bricolages statistiques[10], n’est que l’aggravation planétaire de la crise. D’où la nécessité de construire de nouvelles digues.

5) Mondialisation acte 4 : La construction de la digue des banques centrales et ses effets.

Parce que la mondialisation est devenue une logique de destruction, creusant un fossé de plus en plus large, entre offre globale mondiale et demande globale mondiale, fossé que les Etats ne sont plus capables de combler par des déficits, il faudra mettre en ordre de bataille les banques centrales chargées de monétiser ou racheter de la dette. Cela commence très tôt avec la FED et 3 « quantitative easings » laquelle sera suivie par les banques d’Angleterre, puis du Japon et en enfin la BCE et ses « LTRO » et autre « OMT ». Le comblement du fossé entre offre globale et demande globale se mesure à la démesure croissante des bilans des dites banques centrales : plus du quart des PIB des Etats correspondants et la moitié du PIB japonais pour la banque du Japon.

Commencée avec la mise en place des autoroutes de la finance, et donc la fin de la répression financière et de l’euthanasie des rentiers, la mondialisation poursuit sa course destructrice en  revenant vers cette dernière  de façon imprévisible et inattendue : Les Etats, y compris ceux du sud de l’euro zone,  retrouvent des conditions d’endettement qui ne sont plus celles de la loi d’airain de la monnaie[11]. De la même façon les entreprises non financières voient leur rentabilité augmenter en raison de la baisse des taux[12]. A l’inverse, la menace est grande pour les fonds de pension à prestations définies et les compagnies d’assurances. La nouvelle euthanasie des rentiers permettrait ainsi de ne plus évoquer stupidement le « sacrifice des générations futures »- les ménages jeunes bénéficient de taux faibles- et l’égoïsme des ainés, qui cigales plus que fourmis, auraient scandaleusement endettés leur pays.

Conclusions

La nouvelle euthanasie des rentiers n’est pas celle obtenue à l’issue de la crise de 1929.

A l’échelle mondiale elle n’empêche nullement le fossé entre offre globale et demande globale de s’élargir : le processus de dislocation ne s’achève pas. Il est même conforté par la digue ultime des banques centrales….des établissements dont le passif n’est jamais exigible[13]… Plus clairement encore, la course à la baisse mondiale des salaires peut se poursuivre[14], et la logique de destruction continuer : expulsion de ceux qui bénéficiaient d’un Etat-providence, d’un emploi stable, d’une appartenance à la classe moyenne, etc. Mais aussi expulsion des entrepreneurs politiques classiques désormais supplantés par des gangs ou « formations prédatrices »[15] faites d’une élite mondialisée, hors-sol, bénéficiant de capacités systémiques surpuissantes et finalement peu maitrisables[16] : banquiers, juristes, comptables, mathématiciens, journalistes, dirigeants de grandes entreprises, informaticiens, physiciens, lobbyistes, etc.[17]. Au total expulsion de la démocratie au profit d’une oligarchie, avec maintien, voire sacralisation de droits de l’homme dans leurs versions les plus épurées, c’est-à-dire anglo-saxonnes.

Plus proche de l’Europe, cette euthanasie n’entraine évidement aucune solution à la crise de l’euro : les pays du sud ne peuvent en aucune façon espérer de soulagement dans la course à la baisse des salaires par une modification du taux de change : il faut imaginer l’impensable et le cruel retour à des époques que l’on croyait révolues. Non seulement l’Europe du sud doit accepter la dévaluation interne exigée par l’Allemagne[18], mais elle doit aussi subir les assauts d’un processus plus vaste encore, celui imposé par l’écart croissant entre offre et demande planétaire. Alors que la première euthanasie des rentiers correspondait à un moment d’inclusion de la plupart des groupes sociaux à l’intérieur de l’espace « Etat-Nation », la seconde procède par expulsion croissante.

Dernier point : la nouvelle euthanasie des rentiers ne peut être une incitation à l’investissement productif. Constatons que si la baisse des taux a permis aux entreprises non financières (ENF) d’accéder à une rentabilité plus élevée, l’investissement ne peut s’envisager sur la base d’une demande globale en réduction, déficit d’investissement qui en retour affaisse davantage encore la demande globale mondiale et fait grandir le fossé avec l’offre correspondante.[19]

Mais où se trouve donc l’économie de l’offre ?

 



[1]« Euthanasions les rentiers » ; Le Monde du 10 mai 2014.

[2] La plupart des 16 articles figurant sous cette rubrique fait mention d’une critique générale de la loi de Say. Ajoutons-y : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-mir-acles-de-l-offre-competitive-et-aggravation-de-la-crise-planetaire-de-surproduction-123382311.html.

[3] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-independance-des-banques-centrales-et-paradigmes-culturels-117604632.html

[4] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-d-airain-de-la-monnaie-medium-n-34-janvier-2013-114312510.html.

[5]Expression que nous devons à Jean- Michel Quatrepoint.

[6] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-agonie-du-fordisme-forme-de-l-etat-et-gigantisme-financier-2-77358419.html

[7] La « tête » dans un pays, un bras sur un autre dans un autre continent, une jambe dans un troisième, etc.

[8]Phénomène bien expliqué dans l’ouvrage de Christian Chavagneux et Thierry Philipponnat : « La capture » ; La Découverte ; 2014.

[9] D’autres qui l’étaient peu le deviennent brutalement en raison du sauvetage financier : USA, Irlande, Espagne, etc.

[10] Parmi ces derniers signalons la redéfinition des règles comptables pour le calcul des PIB, (par exemple les dépenses de recherche et développement sont désormais comptabilisées dans la FBCF) ce qui entraine une croissance « inédite », et les exceptions aux règles de calcul du déficit pour les pays les plus en difficulté notamment la Grèce. De quoi améliorer les images statistiques et donc de rassurer.

[11] D’où les prétendus retours triomphaux des Etats du sud de la zone euro qui connaissent des taux enfin abordables, tandis que la France n’a jamais connue de taux aussi bas qu’en ce printemps 2014.

[12] Cette baisse aurait représenté 20% de la croissance des entreprises américaines entre 2007 et 2012. Cf l’article de Martin Wolf déjà cité.

[13] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-oui-le-passif-d-une-banque-centrale-est-non-exigible-une-aubaine-pour-la-finance-121560542.html

[14] D’où le blocage des nouvelles et importantes classes moyennes des émergents : Chine, Brésil, etc. ..Concurrencées par de nouveaux salariés des nouvelles périphéries : Vietnam, Bengladesh, Ethiopie, etc. Pour ne prendre qu’un exemple la nouvelle classe moyenne chinoise se trouve désormais exposée à la baisse des salaires américains (l’écart de cout unitaire étant passé de 17,1$ en 2005 à 6,9 en 2012…écart  disparaissant avec les couts américains de l’énergie, d’où les nouveaux investissements chinois dans le sud des USA) mais aussi à l’énorme compétitivité de ses voisins immédiats (Vietnam et Cambodge) dont les salaires très inférieurs aux salaires chinois justifient les massives délocalisations chinoises vers ces pays pour l’industrie du jouet ou du textile. A une échelle plus réduite la moyennisation de l’espace européen devient avec l’euro, un leurre, et l’écart de 1à 20  (selon XERFY) entre les 10% les plus pauvres (plutôt des ménages portugais) et les 10% les plus riche (plutôt des ménages allemands et luxembourgeois) ne va guère se réduire avec les politiques d’austérité.

[15] Terme emprunté à Saskia Sassen dans son ouvrage : « Expulsions. Brutality and complexity in the Global Economy »; Harvard University Press ; Mai 2014.

[16]L’industrie financière dérégulée est en effet non maitrisable y compris par ses acteurs, lesquels sont parfois inquiets d’une création à la fois voulue et subie. De la même façon qu’un accident nucléaire développe des évènements hors de contrôle, un accident financier développe des conséquences non planifiables.

[17] Cette élite mondialisée hors sol - bien sûr investie dans l’immense industrie financière -  n’est évidemment pas victime de l’euthanasie des rentiers. Cette élite vit en effet moins de taux que d’écarts de prix. Parce que l’industrie en question vit de la recherche de l’information, elle patauge nécessairement dans les marécages des délits d’initiés et autres conflits d’intérêt. C’est cette matière première qui fait l’immensité de sa prédation, une prédation vis-à-vis de  laquelle les « régulateurs » s’avèrent impuissants.

[18]Laquelle détenait le record des inégalités dans les grands pays industriels et vient seulement d’être rattrapée par les USA, ce qui explique aussi, partiellement, son attitude vis-à-vis d’une Grèce dont les ménages disposeraient d’un patrimoine trop important (Cf le rapport OCDE présenté dans les Echos des 2 et 3 mai 2014).

[19] Ajoutons que les investissements programmés ne sont pas orientés vers la productivité et, la  « destruction créatrice » chère à Schumpeter, est toujours annoncée… et peu constatée. Cf. à cet égard les thèses actuelles développées par Peter Thiel, Garry Kasparof, Robert Gordon mais aussi Jean Paul Pollin et tant d’autres, qui insistent sur l’idée de longue stagnation en matière de technologie et d’innovation. Ces idées sont aussi confirmées par l’estimation de la qualité des emplois crées en France à l’horizon 2018 (Cf. le rapport McKinsey d’Avril 2014) qui révèle clairement le choix de branches non porteuses de gains de productivité (Maintenance et entretien, services aux particulier, hébergement et restauration, santé, etc.).

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 09:00

 

 Martin Wolf dans un article récent[1] évoque la « déficience chronique de la demande mondiale agrégée »,ce qui constitue une autre façon d’évoquer la crise mondiale de surproduction souvent mentionnée dans ce blog et en particulier les articles figurant dans le bloc « critique des raisonnements »[2]. Saluons cette prise de conscience, et profitons – en pour repréciser les grandes étapes qui mènent d’une grande crise de surproduction –celle de 1929 -  à l’autre, celle d’aujourd’hui.

La première étape est celle qui permet d’en finir avec la crise précédente et va assurer les « 30 glorieuses »

1) « L’Etat –Nation fordien développé » et le « sous-développement ».

Tout a été dit sur cette phase qui correspond aussi à l’après seconde guerre mondiale, il est donc inutile d’insister. Signalons simplement que cette étape est celle d’une garantie de l’équilibre entre offre globale et demande globale par forte redistribution de gains de productivité abondants. La montée d’une Etat social servira aussi d’assurance de débouchés : les entrepreneurs économiques paient une prime d’assurance garantissant des débouchés croissants,  ( taxation de l’activité et en particulier du travail s’agissant plus particulièrement de la France) prime payée à des entrepreneurs politiques qui se produisent et se reproduisent au pouvoir en construisant le produit politique « Etat-providence ». Parce que l’on en est encore au stade de l’Etat-Nation, cela suppose aussi de lourds transferts entre régions, et au final un processus d’homogénéisation renforçant l’équilibre offre globale et demande globale. Au niveau mondial, cette étape se caractérise par une croissance forte de ce qu’on appelle les pays développés et beaucoup plus faibles, pour ce qu’on va à l’époque appeler pays de la périphérie ou pays sous- développés : entre 5 et 7 ou 8% d’un côté et moins de 3% de l’autre. Sur le plan monétaire, le modèle allemand[3] ne s’est pas encore mondialement imposé : «  la loi d’airain » de la monnaie[4] est abandonnée et la création monétaire, qui est le fait des banques centrales et des banques de second rang, est bien présente pour assurer la croissance. Cette croissance monétaire est bien sûr une croissance par endettement, mais celui-ci est contenu par une inflation qui participe largement de la répression financière de l’époque.

2) Mondialisation acte1 : L’émergence du couple USA/Chine.

Ce que certains ont appelé le « mariage de Wal-Mart et du parti communiste  chinois » marque l’une des premières étapes de la forme moderne de la mondialisation.

Il s’agit de la première grande rupture entre offre globale et demande globale. La production chinoise est appelée à devenir très supérieure aux débouchés nationaux. Pour les USA, les choses deviennent complexes : La croissance de la production peut encore se maintenir car la  concurrence  des importations en provenance de chine créent suffisamment d’effet-revenu au profit des salariés qui peuvent ainsi nourrir une demande domestique supplémentaire. Toutefois on se dirige vers un déficit extérieur donc une demande appelée – sauf ouverture croissante du crédit et de la dette - à  se comprimer.

Déficit d’un côté et excédent de l’autre, il peut encore y avoir un équilibre mondial tant que « l’armée industrielle de réserve chinoise » ne heurte pas plus frontalement les salaires américains.

Cette étape 2 concerne les années 80 lesquelles voient un redéploiement de la croissance : Les taux baissent dans les vieux pays développés et montent dans les autres : environ 3% contre 8 à 10 d’abord chez les « tigres asiatiques », ensuite et surtout en Chine. La création monétaire doit bien sûr suivre, et à l’endettement qui ne fait que suivre la croissance il faudra ajouter l’endettement du aux premiers lourds déséquilibres : l’Asie doit commencer à financer l’endettement américain.

3) Mondialisation acte 2 :L’ère des bulles.

L’expression de « pays sous-développés » n’est plus seulement remplacée par celle de  « pays émergents » car nombre de ces derniers deviennent « pays émergés ». Sans toutefois, sauf pour certains d’entre-eux,  devenir des Etat-Nations fordiens classiques. Ainsi la Chine verra la part des salaires dans le PIB devenir l’un des plus faibles du monde : 35%. Son équilibre ne peut donc résulter que d’excédents extérieurs de plus en plus massifs.

 Le déficit américain devient abyssal, car l’économie américaine absorbe une bonne part des excédents chinois, lesquels participent activement à la désindustrialisation du pays, avec en corollaire le blocage de longue période des rémunérations et l’explosion des inégalités.

Désormais toutes les autoroutes de la mondialisation fonctionnant sans péages[5], le nouveau capitalisme voit le principe moteur  de la concurrence passer des gains de productivité à celle de la course à la baisse des salaires. C’est tout le sens qu’il faut donner à l’allongement considérable des « chaines de la valeur », et au primat du « Buy » sur le « make » : il faut sans cesse externaliser et transformer radicalement l’entreprise, qui devient de plus en plus corps apparemment démembrée[6]. Le déséquilibre planétaire devient difficilement gérable et la production croissante voit ses débouchés se restreindre de façon massive.

Toutefois la crise est refoulée par la montée considérable du crédit et de l’endettement qui en découle : une bulle de dettes sur laquelle sont branchés tous les nouveaux instruments d’une créativité financière qui n’est plus muselée par la répression de jadis. Les salariés américains, dont beaucoup sont devenus précaires, continuent de consommer grâce au crédit. L’Etat fédéral poursuit ses dépenses militaires pharaoniques grâce à l’épargne chinoise. Dettes publiques et privées, s’épuisent à maintenir le niveau de demande mondiale globale garantissant la croissance de l’activité.

Cette dernière reste déséquilibrée en faveur des pays émergents (plus de 10% pour la Chine), avec toutefois maintien d’une croissance non négligeable, dopée par la dette dans les anciens pays développés (surtout les USA qui maintiennent durablement des taux supérieurs à 3%).

4) Mondialisation acte 3 : Explosion de la dette et fragile digue des Etats.

Inutile de rappeler les évènements de 2008/2009 tant ils sont connus. Les entrepreneurs politiques devenus dépendant de l’industrie financière, et parfois même se confondant avec les dirigeants de cette dernière, font le choix du « Bail-out ». Il en résulte que l’immense dette privée qui se cachait dans la bulle devient dette publique et vient accroitre le poids des charges qui accablaient déjà certains Etats fort endettés[7]. La spéculation sur la dette privée, devient aussi spéculation sur les dettes publiques, avec attaques sur les parties les plus fragiles de la grande digue des Etats : la dette européenne. La zone euro devient ainsi un lieu privilégié, avec prise de conscience par la spéculation que nombre de dettes publiques ne sont plus soutenables. Les entrepreneurs politiques de la zone, ardent défenseurs de la conception allemande de la monnaie, défense qui est aussi celle des grands gagnants de la mondialisation, adoptent à la hâte des mesures d’austérité visant à contenir la vague des déficits et le service de la dette correspondant. Chaque point de PIB de dépense publique gagnée dans la course à un désendettement impossible à atteindre, devient un point de demande globale en moins, d’où- sous l’effet du multiplicateur budgétaire-  l’aggravation de la crise. Ce qui était la première économie du monde devient la zone la plus dépressive du monde, zone qui en raison de son poids, vient affaisser des croissances mondiales déjà sur le déclin. Le prétendu « rétablissement », utilisant y compris des bricolages statistiques[8], n’est que l’aggravation planétaire de la crise. D’où la nécessité de construire de nouvelles digues.

5) Mondialisation acte 4 : La construction de la digue des banques centrales et ses effets.

Parce que la mondialisation est devenue une logique de destruction, creusant un fossé de plus en plus large, entre offre globale mondiale et demande globale mondiale, fossé que les Etats ne sont plus capables de combler par des déficits, il faudra mettre en ordre de bataille les banques centrales chargées de monétiser ou racheter de la dette. Cela commence très tôt avec la FED et 3 « quantitative easings » laquelle sera suivie par les banques d’Angleterre, puis du Japon et en enfin la BCE et ses « LTRO » et autre « OMT ». Le comblement du fossé entre offre globale et demande globale se mesure à la démesure croissante des bilans des dites banques centrales : plus du quart des PIB des Etats correspondants et la moitié du PIB japonais pour la banque du Japon.

Commencée avec la mise en place des autoroutes de la finance, et donc la fin de la répression financière et de l’euthanasie des rentiers, la mondialisation poursuit sa course destructrice en  revenant vers cette dernière  de façon imprévisible et inattendue : Les Etats, y compris ceux du sud de l’euro zone,  retrouvent des conditions d’endettement qui ne sont plus celles de la loi d’airain de la monnaie[9]. De la même façon les entreprises non financières voient leur rentabilité augmenter en raison de la baisse des taux[10]. A l’inverse, la menace est grande pour les fonds de pension à prestations définies et les compagnies d’assurances. La nouvelle euthanasie des rentiers permettrait ainsi de ne plus évoquer stupidement le « sacrifice des générations futures »- les ménages jeunes bénéficient de taux faibles- et l’égoïsme des ainés, qui cigales plus que fourmis, auraient scandaleusement endettés leur pays.

Conclusion

La nouvelle euthanasie des rentiers n’est pas celle obtenue à l’issue de la crise de 1929.

A l’échelle mondiale elle n’empêche nullement le fossé entre offre globale et demande globale de s’élargir : le processus de dislocation ne s’achève pas. Il est même conforté par la digue ultime des banques centrales….des établissements dont le passif n’est jamais exigible[11]… Plus clairement encore, la course à la baisse mondiale des salaires peut se poursuivre[12], et la logique de destruction continuer : expulsion de ceux qui bénéficiaient d’un Etat-providence, d’un emploi stable, d’une appartenance à la classe moyenne, etc. Mais aussi expulsion des entrepreneurs politiques classiques désormais supplantés par des gangs ou « formations prédatrices »[13] faites d’une élite mondialisée, hors-sol, bénéficiant de capacités systémiques surpuissantes et finalement peu maitrisables[14] : banquiers, juristes, comptables, mathématiciens, journalistes, dirigeants de grandes entreprises, informaticiens, physiciens, lobbyistes, etc.[15]. Au total expulsion de la démocratie au profit d’une oligarchie, avec maintien, voire sacralisation de droits de l’homme dans leurs versions les plus épurées, c’est-à-dire anglo-saxonnes.

Plus proche de l’Europe, cette euthanasie n’entraine évidement aucune solution à la crise de l’euro : les pays du sud ne peuvent en aucune façon espérer de soulagement dans la course à la baisse des salaires par une modification du taux de change : il faut imaginer l’impensable et le cruel retour à des époques que l’on croyait révolues. Non seulement l’Europe du sud doit accepter la dévaluation interne exigée par l’Allemagne[16], mais elle doit aussi subir les assauts d’un processus plus vaste encore, celui imposé par l’écart croissant entre offre et demande planétaire. Alors que la première euthanasie des rentiers correspondait à un moment d’inclusion de la plupart des groupes sociaux à l’intérieur de l’espace « Etat-Nation », la seconde procède par expulsion croissante.

Dernier point : la nouvelle euthanasie des rentiers ne peut être une incitation à l’investissement productif. Constatons que si la baisse des taux a permis aux entreprises non financières (ENF) d’accéder à une rentabilité plus élevée, l’investissement ne peut s’envisager sur la base d’une demande globale en réduction, déficit d’investissement qui en retour affaisse davantage encore la demande globale mondiale et fait grandir le fossé avec l’offre correspondante.[17]

Mais où se trouve donc l’économie de l’offre ?



[1]« Euthanasions les rentiers » ; Le Monde du 10 mai 2014.

[2] La plupart des 16 articles figurant sous cette rubrique fait mention d’une critique générale de la loi de Say. Ajoutons-y : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-mir-acles-de-l-offre-competitive-et-aggravation-de-la-crise-planetaire-de-surproduction-123382311.html.

[3] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-independance-des-banques-centrales-et-paradigmes-culturels-117604632.html

[4] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-d-airain-de-la-monnaie-medium-n-34-janvier-2013-114312510.html.

[5] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-agonie-du-fordisme-forme-de-l-etat-et-gigantisme-financier-2-77358419.html

[6] La « tête » dans un pays, un bras sur un autre dans un autre continent, une jambe dans un troisième, etc.

[7] D’autres qui l’étaient peu le deviennent brutalement en raison du sauvetage financier : USA, Irlande, Espagne, etc.

[8] Parmi ces derniers signalons la redéfinition des règles comptables pour le calcul des PIB, ce qui entraine une croissance « inédite », et les exceptions aux règles de calcul du déficit pour les pays les plus en difficulté notamment la Grèce. De quoi améliorer les images statistiques et donc de rassurer.

[9] D’où les prétendus retours triomphaux des Etats du sud de la zone euro qui connaissent des taux enfin abordables, tandis que la France n’a jamais connue de taux aussi bas qu’en ce printemps 2014.

[10] Cette baisse aurait représenté 20% de la croissance des entreprises américaines entre 2007 et 2012. Cf l’article de Martin Wolf déjà cité.

[11] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-oui-le-passif-d-une-banque-centrale-est-non-exigible-une-aubaine-pour-la-finance-121560542.html

[12] D’où le blocage des nouvelles et importantes classes moyennes des émergents : Chine, Brésil, etc. ..concurrencées par de nouveaux salariés des nouvelles périphéries : Vietnam, Bengladesh, Ethiopie,etc. Pour ne prendre qu’un exemple la nouvelle classe moyenne chinoise se trouve désormais exposée à la baisse des salaires américains (l’écart de cout unitaire étant passé de 17,1$ en 2005 à 6,9 en 2012…et disparaissant avec les couts de l’énergie d’où les nouveaux investissements chinois dans le sud des USA) mais aussi à l’énorme compétitivité de ses voisins immédiats (Vietnam et Cambodge) dont les salaires très inférieurs aux salaires chinois justifient les massives délocalisations chinoises vers ces pays pour l’industrie du jouet ou du textile.

[13] Terme emprunté à Saskia Sassen dans son ouvrage : « Expulsions. Brutality and complexity in the Global Economy »; Harvard University Press ; Mai 2014.

[14]L’industrie financière dérégulée est en effet non maitrisable y compris par ses acteurs, lesquels sont parfois inquiets d’une création à la fois voulue et subie. De la même façon qu’un accident nucléaire développe des évènements hors de contrôle, un accident financier développe des conséquences non planifiables.

[15] Cette élite mondialisée hors sol - bien sûr investie dans l’immense industrie financière -  n’est évidemment pas victime de l’euthanasie des rentiers. Cette élite vit en effet moins de taux que d’écarts de prix. Parce que l’industrie en question vit de la recherche de l’information, elle patauge nécessairement dans les marécages des délits d’initiés et autres conflits d’intérêt. C’est cette matière première qui fait l’immensité de sa prédation, une prédation vis-à-vis de  laquelle les « régulateurs » s’avèrent impuissants.

[16]Laquelle détenait le record des inégalités dans les grands pays industriels et vient seulement d’être rattrapée par les USA, ce qui explique aussi, partiellement, son attitude vis-à-vis d’une Grèce dont les ménages disposeraient d’un patrimoine trop important (Cf le rapport OCDE présenté dans les Echos des 2 et 3 mai 2014).

[17][17] Ajoutons que les investissements programmés ne sont pas orientés vers la productivité et, la  « destruction créatrice » chère à Schumpeter, est toujours annoncée… et peu constatée. Cf. à cet égard les thèses actuelles développées par Peter Thiel, Garry Kasparof, Robert Gordon mais aussi Jean Paul Pollin et tant d’autres, qui insistent sur l’idée de longue stagnation en matière de technologie et d’innovation. Ces idées sont aussi confirmées par l’estimation de la qualité des emplois crées en France à l’horizon 2018 (Cf rapport MCKinsey d’Avril 2014) qui révèlent clairement le choix de branches non porteuses de gains de productivité ( Maintenance et entretien, services aux particulier, hébergement et restauration, santé, etc.).

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