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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 06:41

 

Résumé des conclusions :

- La réduction des déséquilibres entre zones économiques inégales et de même monnaie suppose des transferts.

- Machines à homogénéiser, les Etats voient dans les transferts une source de légitimation.

-L’euro chevauchant des zones économiques inégales correspondant à des souverainetés différentes contrarie le fonctionnement normal des Etats.

- L’Etat de l’économie la plus performante ne peut que s’opposer à des transferts.

- l’union monétaire produit de la désunion économique entre nations.

- L’union monétaire fabrique un ensemble articulé « centre/périphérie » produisant l’affaissement de toute possibilité de choix démocratique dans les zones périphériques.

- En raison d’un taux de change inadapté, il est pour toute périphérie impossible de rejoindre le centre en respectant les règles du jeu.

- La pérennisation de la monnaie unique engendre des effets dépressifs sur la zone monétaire.

- Les effets dépressifs se propagent sur l’ensemble de la planète en raison du poids important de l’économie européenne dans le monde.

 

Développement:

Le monde politico-médiatique ne permet en aucune façon de comprendre la nuisibilité génétique de l’Euro.

Bien sûr, il ne lui est plus possible,  sous peine de dé-crédibilisation, de nier l’existence de difficultés gravissimes, mais la réponse est toujours la même : l’euro nous sauve de difficultés autrement plus graves, à savoir une faillite généralisée.

Il est donc important d’expliquer, le plus simplement du monde, en quoi l’euro constitue l’un des drames de l’humanité contemporaine.

1) La monnaie unique dans un espace national où les échanges entre régions sont déséquilibrés.

Pour cela, nous raisonnerons à partir d’un exemple très concret, celui d’un Etat-Nation où bien sûr une seule monnaie circule. Imaginons deux régions, l’ex-bassin minier du Nord et du Pas de Calais dans ses relations avec la région parisienne. Pour simplifier encore, nous supposerons que  la France ne comporte que ces deux régions.

 Sans donner de chiffres, on sait immédiatement que la première est  déficitaire, tandis que la seconde est excédentaire. Clairement, les houillères ayant disparu[1] pour ne laisser que du vide, un espace de consommation ne peut être assis sur un espace de production disparu et donc des transferts proviennent de la région réputée excédentaire.

La solution des transferts comme seul choix possible.

Comment les choses se manifestent sur le plan du système financier et en particulier des banques ?

 Pour simplifier nous imaginerons qu’il n’existe qu’une seule banque pour la région des Houillères (« banque des houillères » : BH) et une autre pour la région Parisienne (« Banque de Paris » :BP).

Puisque la première région est déficitaire,  les flux financiers se dirigent depuis  BH vers BP. Ce flux ne fait que traduire le fait que, par exemple, les clients de BH paient les fournisseurs dont le compte se trouve sur BP. La monnaie fuit ainsi BH pour se diriger vers BP. Matériellement, chaque banque bénéficiant d’un compte à la banque centrale, cette fuite se repère au niveau de cette dernière et celle-ci  va débiter en continu le compte de BH et créditer celui de BP.

Puisque la région des Houillères ne produit plus, les marchandises achetées proviennent de la région parisienne qui, elle, est censée produire beaucoup. A ce flux physique correspond un flux des paiements en sens contraire.

Constatant que  BH se vide progressivement, quelles sont les solutions qui permettraient d’éviter la rupture entre les deux régions ?

Il en existe théoriquement 6 :

1- BP accorde continuellement des crédits aux clients de BH, ce qui alimente les comptes clients qu’elle gère, et donc son compte à la banque centrale.

2- BP accorde continuellement des crédits à BH, ce qui permet à cette dernière de faire circuler les paiements vers BP.

3- La  Banque de France (la banque centrale) fait crédit à BH et alimente le compte de cette dernière.

4- Le Trésor qui est l’organisme financier public au -dessus des deux régions, subventionne la région des Houillères ( RSA pour les anciens mineurs, aides diverses, aide à l’investissement des entreprises, investissements publics, etc.) Ces subventions viennent compenser la fuite de monnaie de BH vers BP.

5- Aucun crédit ni subvention n’est accordé à personne et la région des Houillères se détache progressivement du reste du corps social et politique. Il n’y aurait pas à proprement parler de rupture, mais  émergence d’une zone de marginalisation très éloignée des standards de la région parisienne. Laissons le lecteur imaginer ce que serait la région sans les retraites des houillères, la reconfiguration du patrimoine immobilier, l’absence de réels outils de formation, l’absence du Fond d’Industrialisation du Bassin Minier (FIBM), etc. Il n’y aurait même pas les entreprises de la Grande Distribution qui constituent l’essentiel du tissu économique et qui, toutes, se nourrissent des seuls fonds de transferts….

6- L’Etat introduit une nouvelle monnaie dans les Houillères, une monnaie ne s’échangeant avec l’ancienne que sur la base d’un taux fort réduit. On peut ainsi espérer que les habitants de la région vont moins consommer de produits, devenus excessivement chers, en provenance de la région parisienne et vont créer des activités compétitives dont le résultat sera une exportation vers la région parisienne. De quoi rééquilibrer les flux entre les deux banques.

Laquelle ou lesquelles de  ces 6 solutions, théoriquement envisageables, sera (ont) retenue(s) ?

Les solutions 1 et 2 ne sont évidemment pas crédibles et on ne voit pas pourquoi BP ferait crédit à des débiteurs insolvables.

La solution3 est envisageable dans le cas d’une Banque centrale soumise au Trésor : l’Etat donne l’ordre de créer de la monnaie au profit de BH. Elle est peu pensable dans le cas d’une banque centrale indépendante.

La solution 4 est celle qui est historiquement constatée dans à peu près tous les pays du monde : la région déficitaire est largement subventionnée par les pouvoirs publics. Son défaut est naturellement qu’elle alimente les clientélismes et devient un enjeu majeur des marchés politiques.

La solution 5 n’est envisageable que fort rarement et peu de nations laissent en déshérence l’emploi.

La 6 n’existe pas au sein des Etats classiques obéissants au modèle westphalien. Elle peut se vivre dans des conglomérats, très rarement dans des Etats fédéraux ou des empires mais jamais au sein d’Etats Nations classiques. Cela signifie que la fin de l’Union monétaire qui existe dans un Etat, est politiquement impensable. A Paris comme à Lens on utilisera la même monnaie. Il y a bien « irréversibilité » de la monnaie unique comme il devenu habituel de le dire pour l’Euro.

A y regarder de plus près les solutions 5 et 6, sont historiquement non vérifiées car elles sont contraires au principe même du fonctionnement des Etats. Sans revenir à la question de la nature profonde des Etats, souvent examinée sur le blog[2], on sait qu’un Etat est logiquement producteur d’une identité commune, en ce sens il produit de l’homogénéité et ce, même s’il est décentralisé ( souveraineté sur un espace délimité par des frontières, système juridique, linguistique, monétaire, militaire, etc. mais aussi principes d’égalité, d’unité nationale et territoriale, etc.)

Dans ces conditions lorsque des déséquilibres entre régions émergent les solutions 5 et 6 apparaissent comme des échecs politiques majeurs et au nom de la solidarité qui se niche dans un intérêt général, la solution des transferts  et aides diverses s’impose, donc au final la solution 4.

Si l’on dresse le bilan des possibles face à un déséquilibre régional, nous avons :

- Sur le plan financier, Impossibilité du recours durable au crédit, surtout dans un monde où l’indépendance des banques centrales est la règle (solutions 1,2 et 3).

- Sur le plan politique, Impossibilité des choix sécessionnistes (solutions 5 et 6).

Le seul choix est donc celui des transferts dont les caractéristiques quantitatives et qualitatives sont historiquement très variables. Ainsi on peut avoir le choix de solutions complètement rentières ( la population est subventionnée pour rester fidèle à l’ordre en place) ou au contraire de mise à niveau ( la région déficitaire bénéficie d’un programme visant à l’alignement sur la productivité de la région excédentaire). Dans les faits, au gré des marchés politiques,  c’est souvent un mix qui finira par s’imposer.

Les conséquences macro-économiques.

La solution des transferts pose celle de son financement.

 Dans notre exemple, le déséquilibre correspondait au fait que le charbon n’est plus acheté par la région parisienne, laquelle va acheter du pétrole et va ainsi bénéficier d’un effet coût et d’un effet revenu. Les parisiens feront des économies lesquelles pourront être redéployées vers de nouvelles consommations. Les producteurs de la région parisienne verront leur efficience productive s’améliorer - une énergie moins coûteuse -  et la valeur ajoutée correspondante pourra se déverser sous la forme de profits, de salaires, voire de baisse de prix. De la même façon, si l’on suppose que les producteurs de pétrole sont dans la région parisienne, les revenus de cette profession viendront s’ajouter à la demande globale.

En contrepartie, la région parisienne perd sa clientèle du bassin houiller. Le redéploiement, faisant suite à la fin du charbon, n’est globalement avantageux que si des ouvertures extérieures permettent l’exportation au profit de la région parisienne.

Si l’on raisonne en économie sans échanges extérieurs[3], ce que les économistes appellent l’économie fermée, la solution politique des transferts ne peut se faire que sur la base d’un prélèvement fiscal supplémentaire venant gommer tous les effets positifs du passage au pétrole. En revanche, ce même prélèvement vient aussi gommer les effets négatifs de la perte de débouchés correspondants à la crise du bassin houiller.

D’où la conclusion : en économie fermée le rétablissement de l’équilibre régional par le biais des subventions permet de maintenir les débouchés (les subventions deviennent des  chiffres d’affaires) tout en assurant la solidarité (les subventions sont des revenus et capitaux de substitution). En revanche la compétitivité de l’ensemble n’est pas améliorée.

2) L’Euro dans un espace international

Chacun a déjà pu comprendre que derrière l’exemple du bassin minier et de la région parisienne pouvait  se cacher celui de la Grèce et de l’Allemagne.

Ici bien sûr nous ne pouvons raisonner en économie fermée et la zone euro est elle-même ouverte sur le reste du monde.

La Grèce est bien sûr en situation déficitaire et l’Allemagne en situation excédentaire.

Reprenons les diverses solutions précédemment envisagées.

Les solutions 1 et 2 ont d’une certaine façon largement fonctionné au service de la Grèce, de son Etat et de ses entreprises et ménages : Toutes les banques européennes se sont précipitées avec comme produit phare des taux d’intérêt très bas, inconnus jusqu’alors dans le cadre de la Drachme. D’où un déséquilibre qui ne pouvait être que croissant : les marchandises allemandes notamment exportées  en Grèce sont largement financées par du crédit bon marché. Bien évidemment, s’il n’y a pas de base productive suffisante en Grèce capable de produire du revenu, le manège ne peut trop durer : il a cessé progressivement avec les plans d’aide de 2010 et 2012, puis l’arrivée de la Troïka.

La solution 3 est juridiquement impossible  car la BCE ne finance pas les Etats, sauf contournement des textes, ce qui s’est fait pour la Grèce[4] mais aussi pour nombre d’autres pays, comme l’Irlande ou le Portugal.

La solution 4 fut, de fait, largement pratiquée notamment par le biais des fonds structurels qui ont permis l’octroi à la Grèce d’environ 4% annuel de son PIB pendant de très nombreuses années. Elle s’est poursuivie avec le plan de 2012 qui a permis de faire passer la dette du secteur privé vers le secteur public.

La solution 5 n’a pas été retenue jusqu’à aujourd’hui et la Grèce n’était pas abandonnée par le reste de la zone.

La solution 6 est celle de la sortie de la Grèce de la zone euro.

Si l’on dresse un bilan des 6 solutions concernant les rapports entre Grèce et Allemagne, deux  points doivent être retenus :

-il est erroné de dire que la Grèce n’a jamais bénéficié de transferts, simplement ceux-ci se sont concentrés dans les fonds structurels- environ 200 milliards d’euros depuis 1981- lesquels furent  largement gaspillés dans le cadre de lobbys experts en jeux sur les marchés politiques tant grecs qu’étrangers. La preuve en est le délabrement de l’économie grecque et un recul des investissements, lesquels sont passés de 23,7points de PIB en 2008 à 11,6 en 2014. Tous les Etats, y compris la Grèce sont responsables de cela.

- Les solutions 1,2 et 3 ont fonctionné à l’excès d’où l’envolée des taux et les mémorandums imposés par la troïka. Elles tentent de fonctionner depuis 5 ans  mais à l’envers en provoquant un  énorme effet dépressif : 26 points de PIB partis en fumée depuis 2009 et probablement une dizaine de points supplémentaires si le nouveau plan devait se mettre en place[5].

La conclusion est donc l’alternative d’une solution 5 ou 6, ou d’un retour massif à la solution 4. Comme cette dernière solution n’est guère envisageable sur les marchés politiques du reste de l’Europe (Paris peut être solidaire avec Lens, mais Berlin ne veut pas être solidaire avec Athènes[6]), il ne reste que le choix du départ ou de la marginalisation dans un espace très assombri.

L’Euro est venu détruire les productions locales comme le pétrole devait détruire le bassin minier.

 C’est dire que le maintien de la monnaie unique est donc le choix d’une vraie marginalisation. Certains diront plutôt le choix de l’austérité, mais une austérité qui se pérennise alors même que d’autres espaces sont durablement en relative croissance, cela s’appelle marginalisation. L’Euro devait assurer le rapprochement des économies : il en assure l’écartèlement.

Conséquences macro -économiques.

Le raisonnement mené sur les rapports entre Grèce et Allemagne peut être étendu à l’ensemble de la zone. Les solutions 1, 2, 3 et surtout 4 sont très limitées et se heurtent frontalement à l’impossibilité  d’envisager une réelle politique de transfert à l’intérieur de la zone. Alors que les transferts ne soulèvent que peu de difficultés à l’intérieur des Etats nations classiques, ils se heurtent à de grandes difficultés à l’intérieur de ce qui reste un espace international. Le choix de l’euro devenant celui de la servitude et la probable marginalisation pour les zones dont le taux de change unique est inadapté à la réalité économique. Globalement, il n’y aura pas de transferts du nord excédentaire vers le sud déficitaire. Ce que l’on savait en théorie est désormais confirmé par la réalité empirique : les négociations de la nuit du 12 au 13 juillet 2015 resteront une date dans l’histoire.

Parce que le système financier du sud voit la monnaie fuir vers le nord (on peut reproduire le raisonnement mené plus haut entre BH et BP), parce que les solutions type endettement ont atteint leurs limites (solutions 1,2 et 3),  parce que les transferts sont interdits (solution 4), et  que le maintien de l’euro reste la « commune volonté » (l’euro constituerait une « irréversibilité »  donc il n’y aurait pas de solution 6) :  la seule réalité qui s’impose est la cure durable d’austérité(marche forcée vers la solution 5).

Mais cette « solution » est un drame pour l’ensemble de l’humanité puisqu’elle planifie durablement un déficit de la demande globale planétaire.

En effet, il faut empêcher la fuite de monnaie vers le nord, donc supprimer le déficit par la seule diminution des dépenses globales. Concrètement il faut moins consommer, moins investir, diminuer les dépenses publiques de toutes natures (régaliennes ou sociales)….autant de diminutions qui correspondent à une contraction de  débouchés pour un même montant. Quand tout est bloqué, maintenir l’Euro, c’est provoquer un déficit global de débouchés et donc une tendance planétaire à la récession.

En plus clair encore : ce que nous avons démontré pour la relation Bassin minier/Région Parisienne dans le cadre d’un monde fermé, se retrouve à l’échelle planétaire. Avec toutefois une différence importante : le système fermé national pouvait théoriquement se rééquilibrer, en terme macro-économique, en abandonnant le bassin minier à son sort. Offres et demandes étaient remodelées dans la continuité d’un équilibre. Même chose dans le cas beaucoup plus probable de transferts financés par l’impôt. Tel n’est plus le cas du système planétaire : la demande globale  diminue sous l’effet de pays qui se maintiennent dans la zone sous régime  d’austérité obligatoire. L’offre étant inchangée, la tendance planétaire à la récession se confirme….sauf si en d’autres points du monde l’endettement peut se propager.

 Maintenant il reste évident que les plus performants pourront dans un espace déprimé planétairement tirer leur épingle du jeu. L’Allemagne peut ainsi continuer à prospérer sur la base d’un mercantilisme ouvert. Par rapport à l’exemple de la Région Parisienne, dont on supposait l’impossible exportation en contrepartie de la perte de débouchés dans le bassin houiller, l’Allemagne non alourdie pas le poids des transferts peut connaitre un excédent jusqu’à plus de 7 points de PIB.

Les politiques d’austérité dans le sud finissent par gonfler ce qui est déjà un excédent de la zone vis-à-vis du reste du monde (2,5points de PIB de la zone). Politique et résultat  contestés par le reste de la planète qui considère qu’il n’a pas à souffrir de la monnaie unique.

Le lecteur de ce blog, parce que baignant dans un système politico-médiatique qui a fait de l’euro une religion, peut encore douter de l’ensemble du raisonnement qu’il vient de parcourir, et se dire qu’il faut rester optimiste et que la solution 5 est finalement rédemptrice : la Grèce peut être sauvée par le sang et la sueur. Et bien sûr il est possible de mettre en avant le cas de l’Irlande dont la croissance est aujourd’hui la plus élevée de l’ensemble de la zone. Argument malhonnête d’un pays qui en raison de son poids et de sa situation pratique le dumping fiscal en principe combattu par les autorités européennes.

Mais surtout, pour en revenir à la Grèce, c’est oublier la barrière que lui opposera l’Euro. Certes la Grèce ne dispose guère d’avantages comparatifs, mais avec de la volonté, de l’intelligence, des capitaux abondants qui restent stockés à l’étranger, et un pouvoir politique plus propre, le succès ne pourrait –il être au bout du difficile chemin ? La réponse  est clairement non, car le système de prix prévalent en Grèce n’est pas propice au développement d’activités pouvant gommer le déficit. Le premier élément  d’un système de prix est le taux de change : c’est lui qui fixe le périmètre des activités, ce qu’il faut produire, ce qu’il faut importer, ce qu’il est possible d’exporter, etc. Parce que l’euro interdit la construction d’un système de prix nourrissant les activités internes ( taux de change complètement inapproprié), il bloque toute activité permettant de sortir de l’étau dépressif. La Grèce, en raison de son histoire n’a jamais été très avantagée. Son adhésion à l’euro-zone a autorisé la dévastation de son économie. Son maintien achèvera l’entreprise de destruction. Toujours plus de sang et de sueur. Avec quelles conséquences politiques .


[1] 220000 salariés en 1947…contre pratiquement zéro aujourd’hui, avec une population totale qui n’a pas beaucoup variée.

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/04/avenir-des-etats-declin-fragmentation-union-desunion-partie1.html

[3] Ce qui suppose dans notre exemple que le pétrole soit produit dans la région parisienne….

[4] Cf notamment : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=86184

[5] Lorsqu’on impose un excédent primaire pour rembourser la dette (solde budgétaire positif avant service de la dette) on diminue la demande globale et le PIB se contracte. Pour plus de détails voir : http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/07/peut-on-enfouir-la-bombe-atomique-grecque.html

[6] Ainsi que le confirme le « rapport des 5 sages », conseillers du gouvernement allemand, qui ont publié le 28 juillet dernier un document intitulé : « Sur les conséquences de la crise grecque », document qui proscrit radicalement toute « union de transfert ».

 

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 07:34

                                    

Il n’y avait pas de consensus chez les artificiers rassemblés autour de la bombe atomique grecque[1] dans la nuit du 12 au 13 juillet dernier. Certains pensaient pouvoir la faire exploser sans irradiations  (vassaux entrepreneurs politiques de l’Europe du nord n’osant contrarier le suzerain allemand) tandis que d’autres désiraient simplement la désamorcer (certains vassaux du sud, voire des seigneuries plus éloignées comme le FMI et la BCE).

Le résultat n’est ni l’un ni l’autre, et la décision est celle d’un enfouissement permettant une fois encore de gagner un peu de temps.

Trop peu de temps, sans compter celui nécessaire à  un enfouissement à grande profondeur permettant une explosion sans bruit ni danger. Parce que fort pressés par les marchés politiques des uns et des autres l’enfouissement est fort incomplet,  d’où un risque d’explosion avec irradiations.

Parlons du PIB grec : il  va donc encore beaucoup diminuer.

Il était de 242 milliards d’euros en 2008 pour fondre jusqu’ à 179 milliards en 2014 : 26% de baisse et 63 milliards d’euros partis en fumée. Et il faut souligner que l’outil de production de 2015 est autrement moins efficace que celui de 2008 car, dans le même temps, la FBCF est passée de 23,7% à 11,6%, chiffre qui signifie que les investissements nouveaux sont probablement inférieurs aux seules nécessités du simple amortissement. D’où une croissance potentielle probablement proche de zéro…

Cette situation est unique dans la zone euro : les autres pays du sud sont loin d’avoir connu un tel effondrement. Ainsi l’Espagne, toujours entre les mêmes dates, n’a perdu que 42 milliards de PIB[2] et sa FBCF n’est passé que de 22,2% de PIB à 18,9%. Le Portugal a perdu 5 milliards d’euros de PIB[3] avec il est vrai un bel effondrement de sa FBCF : 22,8% de PIB en 2008 et seulement 14,6% de PIB en 2014.

Dans le même temps cet épuisement de la Grèce correspondait à un effort gigantesque dans la gestion des finances publiques. Ainsi les dépenses publiques se montaient à 133 milliards en 2008 et  furent  ramenées à 87 milliards en 2013, soit une chute de 46 milliards….. Dans le même temps, les dépenses publiques au Portugal n’ont pas diminué et celles de l’Espagne ont augmenté d’environ 5 milliards.

D’où une interrogation s’agissant des réformes structurelles que l’on dit menées à bien en Espagne ou au Portugal et qui ne seraient pas intervenues en Grèce. Ce premier examen des chiffres tendrait plutôt à nous suggérer le contraire….

A cet argument, le suzerain allemand et ses vassaux peuvent rétorquer que les réformes ne furent pas les bonnes, qu’il fallait s’attaquer aux rentes des professions libérales, des armateurs, du clergé, des militaires, etc. Argument discutable car des réformes furent entreprises : lutte contre la fraude fiscale, bancarisation des rémunérations pour lutter contre l’économie souterraine…mais il est vrai, combats incertains en raison de la difficulté de faire naitre un authentique Etat de droit se substituant au clientélisme de toujours.

A priori, le pouvoir grec est sommé, cette fois, de gommer les rentes. …mais dans un contexte où les dépenses publiques seront à nouveau abaissées et ce, de façon quasi automatique, ainsi que le prévoit l’accord du 13 juillet.

 Qu’attendre de ce nouvel abaissement et d’un excédent budgétaire primaire qui devrait passer à 3,5% de PIB ?

L’expérience 2008-2014 a montré que les prélèvements fiscaux, malgré la hausse des taux, se sont abaissés de 11,5 milliards. Compte tenu de la baisse des dépenses publiques (46 milliards), l’effet récessif de l’Etat fut de : 46 - 11= 35 milliards. Ce montant est à comparer à la chute du PIB (63 milliards) et donne une appréciation du multiplicateur budgétaire grec : 63/35= 1,8.

Si donc, il est demandé, dans le cadre de l’accord du 13 juillet, une nouvelle baisse de 13 milliards de dépenses publiques, sachant que la hausse des rendements fiscaux restera longuement problématique en raison de la nature même de l’Etat Grec, on peut estimer à environ 25 milliards la nouvelle diminution du PIB. Soit donc un PIB qui passerait de 242 milliards (2008) à 155 milliards en 2018…..soit donc une chute de 36% du PIB en 10 ans. Du jamais vu au moins en temps de paix…

En admettant que les excédents budgétaires exigés permettent de réduire la masse de dette de 3 milliards en 2015 puis de 6 en 2016, puis de 12 en 2017, cela ramènerait la dette globale à 296 milliards au seuil de 2018. Chiffre qu’il faut rapprocher du PIB futur : 155 milliards. Nous arrivons ainsi à un taux d’endettement qui s’élève encore et passe de 177% aujourd’hui à  190% demain, chiffre qui est approximativement confirmé par le FMI (200%).

Le problème du poids de la dette future peut être abordé autrement. Si l’on admet que le respect de l’accord développe une contraction d’environ 4% annuels, et si l’on considère la stabilité des prix (hypothèse hardie), l’équation classique de calcul du solde primaire permettant la soutenabilité de la dette, montre que le dit solde est tout simplement irréaliste. Avec un taux d’intérêt moyen de 2%, nous arrivons à un solde de : 177% ( 2 + 4) = 10,6%  PIB….. Pour maintenir en l’état le stock de dettes il faudrait un excédent primaire de plus de 10% de PIB…dont les effets récessifs seraient bien sûrs massifs.

Nos conclusions sont simples : l’accord du 13 juillet, sur le seul aspect de la technicité, est complètement irréaliste.

Sa réalisation matérielle supposerait :

           - Des investissements en provenance, soit du reste de la zone, soit en provenance du reste du monde, de très grande ampleur, c’est-à-dire gommant les gigantesques effets récessifs de l’accord. Mais pourquoi investir dans une zone aussi déprimée, qui au surplus connait un système de prix dont l’irréalisme s’articule sur un taux de change dénué de tout bon sens ? Dans ce contexte les 35 milliards du plan Junker n’ont aucune crédibilité.

         - Une annulation elle-même gigantesque de la dette pour empêcher la mise en place de la nouvelle dépression programmée. Mais le marché politique allemand s’oppose radicalement à toute forme d’annulation[4].

La solution reste donc l’explosion de la bombe atomique grecque avec la très probable fin de l’Eurozone.

 Hélas, plus les artificiers gesticulent pour gagner du temps, et plus les lendemains de la funeste aventure de l’euro seront humainement difficiles. Et les entrepreneurs politiques, coupables devant l’Histoire de ce qui risque de devenir un crime contre l’humanité, pourront peut-être passer entre les gouttes, tant il est vrai que le processus historique devant accoucher du monstre euro fut complexe et interdit de fait une  claire traçabilité  des responsabilités individuelles.


[2] 1100 milliards en 2008 et 1058 milliards en 2014.

[3] 179 milliards en 2008 et 173 milliards en 2014.

[4] Le marché politique américain a pu tourner vers une forme de messianisme après la seconde guerre mondiale, d’où l’émergence du plan Marshall compensant l’énorme surplus extérieur. Il n’y a rien de tel aujourd’hui en Allemagne et le mercantilisme destructeur est le résultat normal du fonctionnement du marché politique allemand. La très relative prise de conscience de cette réalité par la Chancelière ne pourra rien changer.

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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 06:05

A la lumière des décisions du 13 juillet 2015, nous republions (pour la troisième fois) un texte écrit dans sa première version le 10 mars dernier. Les scénarios imaginés à l'époque n'ont pas pris de ride. Au surplus l'histoire n'est pas terminée et nous verrons si ce qui avait été imaginé à la fin de l'hiver se vérifie. Quant à la conclusion de l'article elles est plus que jamais d'actualité.

A la lumière des présentes négociations entre la Grèce et les institutions de l'ex Troïka, nous voudrions reprendre les scénarios établis dans le présent blog dans son article du 10 mars dernier.

Rappelons les brièvement, dans leurs développements, leurs conséquences et la situation d'arrivée tels qu'imaginés à la date du 6 mars:

1) Décision d’aider la Grèce :

                                        - Contestation de la coalition au pouvoir en Allemagne (AFD notamment)

                                        - Montée des populismes dans le sud, notamment en Espagne

                                        - Fin des politiques d’austérité

                                        - Monétisation massive de la part de la BCE

                                        - Décision très consensuelle - mais dramatique-  d’une sortie de       l’euro  par  les entrepreneurs  politiques allemands.

2) Décision de ne pas aider la Grèce :

                                        - Maintien de la coalition au pouvoir en Allemagne.

                                        - Maintien des politiques de dévaluation interne dans les autres                                                                          pays.                            

                                        - Aggravation continue des disparités intra européennes

                                        - Dépression à l'échelle continentale                                                         

Il semble donc évident - encore une fois toutes choses égales par ailleurs- que le choix de ne pas aider la Grèce domine celui de l’aider. L’Allemagne choisira donc de rester dans l’euro le plus longtemps possible en restant très soucieuse du respect des règles. Ce n’est qu’avec l’aggravation  de la crise sociale dans le sud et la perte de contrôle de ses entrepreneurs politiques que la décision très lourde et très difficile mais consensuelle de sortie de l’euro serait prise par les entreprises politiques allemandes.

Ce second scénario doit être étudié en fonction des choix à court terme du gouvernement grec :

Choix 1:La Grèce fait défaut et décide de sortir de l’Euro :

               - Rétablissement du contrôle des changes et des mouvements de capitaux

               - Dévaluation de 20 à 30% de la nouvelle monnaie nationale.

               - Mise en place du programme gouvernemental dans les conditions d’un équilibre   budgétaire retrouvé (fin de la rente de la dette et utilisation de la marge du solde primaire 2014)

               - Investissements étrangers confortés sur la base de la compétitivité retrouvée.

Variante possible : réquisition de la banque centrale avec monétisation permettant de rembourser toutes les dettes sur la base du nouveau taux de change. Dans ce cas, les contrats sont formellement respectés

Choix 2 : La Grèce réquisitionne sa Banque centrale et conserve l’euro :

                     - La banque centrale monétise et fait face à l’ensemble de ses créanciers

                      - Le marché de la dette publique disparait au profit du financement direct par la   Banque  centrale.

                      - Mise en place aisée du programme gouvernemental annoncé.

                      - Mise en place le cas échéant d’un « 100% monnaie ».

                      - La BCE met fin au dispositif TARGET 2 jouant pour la Grèce.

                      - Le marché interbancaire se ferme et les banques étrangères disparaissent.

Ce scénario aboutit à la marginalisation complète de la Grèce. On en déduit que la stratégie correspondante est dominée par celle du choix 1.

On peut donc penser que le gouvernement grec choisira la première stratégie : celle d’une sortie de l’euro.

Voilà donc ce que concluait notre analyse  du 10 mars dernier.

Qu'est devenue cette analyse prospective quelques 2 mois plus tard?

Il est clair que la décision de ne pas aider la Grèce est toujours clairement retenue, même si, ici ou là, des concessions marginales viendraient limiter une trop apparente capitulation des entrepreneurs politiques grecs.

Par contre, on peut s'étonner que ces mêmes entrepreneurs politiques n'aient pas fait le choix proposé dans notre scénario du 10 mars.

Certes les entrepreneurs politiques grecs au pouvoir craignent les "effets de second tour" analysés dans notre article :

     - effet bombe atomique de 14 années de règne de l'euro,

     - difficulté de concevoir une authentique substitution des importations par des productions nationales,

      - pénurie massive de devises que le tourisme ne peut réellement juguler, etc.

Au-delà il existe aussi une raison majeure : nous avons sous-estimé l'attachement des grecs au modèle européen, attachement qui est aussi le rejet de ce qui relève de l'Est: monde Ottoman et ex-monde soviétique.  En sorte que, au moins à court terme, les entrepreneurs politiques grecs au pouvoir doivent choisir entre 2 maux: entrer en servitude volontaire avec l'Allemagne ou partir, ce qui serait  vécu comme un inacceptable éloignement de l'Occident.

  A court terme, ces mêmes entrepreneurs politiques au pouvoir, auront démontré qu'ils ont beaucoup œuvré pour sortir le pays du bourbier dans lequel d'autres entrepreneurs politiques l'ont plongé. Ils ne prendront donc que des risques limités en s'appuyant sur un peuple qui rejette massivement la Troïka, mais finalement la préfère à ce qu'il croit être  l'inacceptable séparation d'avec l'Occident. 

Bien évidemment, ce scénario corrigé serait encore un choix de court terme tant il est vrai que fondamentalement nous maintenons, comme dans le texte du 10 mars, qu'il n'existe pas d'espace de négociation mutuellement avantageux entre l'Allemagne et la Grèce.

Le monstre euro n'a pas fini de détruire les peuples européens.

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 12:35

A la lumière des présentes négociations entre la Grèce et les institutions de l'ex Troïka, nous voudrions reprendre les scénarios établis dans le présent blog dans son article du 10 mars dernier.

Rappelons les brièvement, dans leurs développements, leurs conséquences et la situation d'arrivée tels qu'imaginés à la date du 6 mars:

1) Décision d’aider la Grèce :

                                        - Contestation de la coalition au pouvoir en Allemagne (AFD notamment)

                                        - Montée des populismes dans le sud, notamment en Espagne

                                        - Fin des politiques d’austérité

                                        - Monétisation massive de la part de la BCE

                                        - Décision très consensuelle - mais dramatique-  d’une sortie de       l’euro  par  les entrepreneurs  politiques allemands.

2) Décision de ne pas aider la Grèce :

                                        - Maintien de la coalition au pouvoir en Allemagne.

                                        - Maintien des politiques de dévaluation interne dans les autres                                                                          pays.                            

                                        - Aggravation continue des disparités intra européennes

                                        - Dépression à l'échelle continentale                                                         

Il semble donc évident - encore une fois toutes choses égales par ailleurs- que le choix de ne pas aider la Grèce domine celui de l’aider. L’Allemagne choisira donc de rester dans l’euro le plus longtemps possible en restant très soucieuse du respect des règles. Ce n’est qu’avec l’aggravation  de la crise sociale dans le sud et la perte de contrôle de ses entrepreneurs politiques que la décision très lourde et très difficile mais consensuelle de sortie de l’euro serait prise par les entreprises politiques allemandes.

Ce second scénario doit être étudié en fonction des choix à court terme du gouvernement grec :

Choix 1:La Grèce fait défaut et décide de sortir de l’Euro :

               - Rétablissement du contrôle des changes et des mouvements de capitaux

               - Dévaluation de 20 à 30% de la nouvelle monnaie nationale.

               - Mise en place du programme gouvernemental dans les conditions d’un équilibre   budgétaire retrouvé (fin de la rente de la dette et utilisation de la marge du solde primaire 2014)

               - Investissements étrangers confortés sur la base de la compétitivité retrouvée.

Variante possible : réquisition de la banque centrale avec monétisation permettant de rembourser toutes les dettes sur la base du nouveau taux de change. Dans ce cas, les contrats sont formellement respectés

Choix 2 : La Grèce réquisitionne sa Banque centrale et conserve l’euro :

                     - La banque centrale monétise et fait face à l’ensemble de ses créanciers

                      - Le marché de la dette publique disparait au profit du financement direct par la   Banque  centrale.

                      - Mise en place aisée du programme gouvernemental annoncé.

                      - Mise en place le cas échéant d’un « 100% monnaie ».

                      - La BCE met fin au dispositif TARGET 2 jouant pour la Grèce.

                      - Le marché interbancaire se ferme et les banques étrangères disparaissent.

Ce scénario aboutit à la marginalisation complète de la Grèce. On en déduit que la stratégie correspondante est dominée par celle du choix 1.

On peut donc penser que le gouvernement grec choisira la première stratégie : celle d’une sortie de l’euro.

Voilà donc ce que concluait notre analyse  du 10 mars dernier.

Qu'est devenue cette analyse prospective quelques 2 mois plus tard?

Il est clair que la décision de ne pas aider la Grèce est toujours clairement retenue, même si, ici ou là, des concessions marginales viendraient limiter une trop apparente capitulation des entrepreneurs politiques grecs.

Par contre, on peut s'étonner que ces mêmes entrepreneurs politiques n'aient pas fait le choix proposé dans notre scénario du 10 mars.

Certes les entrepreneurs politiques grecs au pouvoir craignent les "effets de second tour" analysés dans notre article :

     - effet bombe atomique de 14 années de règne de l'euro,

     - difficulté de concevoir une authentique substitution des importations par des productions nationales,

      - pénurie massive de devises que le tourisme ne peut réellement juguler, etc.

Au-delà il existe aussi une raison majeure : nous avons sous-estimé l'attachement des grecs au modèle européen, attachement qui est aussi le rejet de ce qui relève de l'Est: monde Ottoman et ex-monde soviétique.  En sorte que, au moins à court terme, les entrepreneurs politiques grecs au pouvoir doivent choisir entre 2 maux: entrer en servitude volontaire avec l'Allemagne ou partir, ce qui serait  vécu comme un inacceptable éloignement de l'Occident.

  A court terme, ces mêmes entrepreneurs politiques au pouvoir, auront démontré qu'ils ont beaucoup œuvré pour sortir le pays du bourbier dans lequel d'autres entrepreneurs politiques l'ont plongé. Ils ne prendront donc que des risques limités en s'appuyant sur un peuple qui rejette massivement la Troïka, mais finalement la préfère à ce qu'il croit être  l'inacceptable séparation d'avec l'Occident. 

Bien évidemment, ce scénario corrigé serait encore un choix de court terme tant il est vrai que fondamentalement nous maintenons, comme dans le texte du 10 mars, qu'il n'existe pas d'espace de négociation mutuellement avantageux entre l'Allemagne et la Grèce.

Le monstre euro n'a pas fini de détruire les peuples européens.

 

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 06:58

 

Résumé : Le rétablissement de la souveraineté grecque sera une victoire de la guerre contre l’euro. Comme toute après-guerre, il faudra envisager la reconstruction. Une période difficile qui sera marquée par une grande faim du pays en devises. Mais une période qui pourra aussi déboucher sur davantage de solidarité.

La décision de quitter la zone euro procure immédiatement  les outils d’une politique macro- économique souveraine.  Le défaut sur la dette permet de retrouver 4,5 points de PIB jusqu’ici consacrés à son seul service. La fin de l’indépendance de la Banque centrale permet, elle, de ne plus dépendre des marchés et de fixer un taux d’intérêt nul pour l’Etat. Reste évidemment la question  de la reconstruction d’une offre nationale que l’euro a largement détruite. La guerre contre l’euro sera peut-être gagnée, mais l’après- guerre ne sera pas facile.

Deux stratégies peuvent s’envisager  :l' une que l’on pourrait qualifier de libérale en laissant les forces du marché s’exprimer, l’autre dirigiste en ce qu’elle utiliserait massivement l’intervention publique.

Un libéralisme difficile.

Il est bien évident que le déficit commercial, dévoreur de devises que la banque centrale ne possède pas, devra être la toute première préoccupation. Outre le blocage des capitaux, même un gouvernement libéral ne pourra échapper au contrôle des changes et à la taxation très lourde des importations.

Laisser jouer le marché pour compter sur l’émergence d’activités substitutives d’importations est dangereux pour plusieurs raisons :

               - Le capital de ces activités et les consommations intermédiaires qui lui sont associées sont largement des produits importés beaucoup plus coûteux en raison de la dévaluation massive.

               - La Grèce ne dispose pas suffisamment de main d’œuvre adaptée à l’emploi rapide dans ce type d’activité.

               - Les investisseurs internationaux ne sont pas nécessairement rassurés après un défaut sur les dettes publiques.

 

Pour l’essentiel les ressources en devises viennent du secteur touristique. Or, l’offre touristique ne peut monter rapidement en raison de problèmes de capacité. Mais  surtout, le tourisme est une activité très fortement consommatrice d’importations[1], les productions nationales y compris dans le secteur des biens de subsistances ayant été largement abandonnées avec les « miracles de l’euro zone ». Il n’y a donc pas trop d’illusions à se faire sur une élasticité-prix de la demande touristique. De fait, le produit en devises de cette activité pourra certes s’accroître, mais faiblement, car sa valeur ajoutée restera longtemps muselée par des consommations intermédiaires importées dont les coûts auront augmenté proportionnellement à la dévaluation.

 

L’inflation sera probablement la première manifestation du retour de la monnaie nationale. D’abord une inflation des prix de toutes les importations, avec bien sûr ses effets multiplicateurs. Mais aussi une inflation consécutive à la hausse de la demande produite par des dépenses publiques libérées des contraintes de la dette. En la matière, il faudra beaucoup d’adresse pour justifier politiquement que le retour de la Drachme doit s’accompagner d’une politique de rigueur budgétaire. Le risque étant de s’aliéner les classes aisées désormais débranchées du flux des importations bon marché par les « grâces » de l’euro. Mais, plus grave, risque aussi de s’aliéner les classes populaires premières victimes de la monnaie unique et  impatientes de retrouver une plus grande aisance. Ne prenons qu’un exemple, celui de la fiscalité. Les classes populaires qui furent touchées gravement par une formidable hausse de la pression fiscale sous le gouvernement précédent ne revendiqueront-elles pas une baisse de cette dernière, avec toutes ses conséquences sur un élargissement des importations[2] ?

 

Une stratégie plus volontariste, plus dirigiste peut-elle raccourcir les délais d’une reconstruction sérieuse de l’offre interne ?

Un dirigisme qui suppose un Etat de droit efficace.

On peut imaginer une volonté forte d’accélérer la mise en place d’activités substitutives d’importations. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’en revenir aux désastres du développement par le jeu très volontaire des « industries industrialisantes » qui se sont parfois déployées au vingtième siècle[3]. Cela signifie de fortes incitations au développement d’activités dans le secteur des biens et services liés à la consommation nationale interne (celle des nationaux à laquelle il faut ajouter celle des touristes). Cela passe par des investissements massifs dans une agriculture aujourd’hui moribonde. Cela passe aussi par des investissements massifs dans d’autres activités légères  productrices de biens de consommation ( textile, ameublement, services liés au tourisme, bricolage, cadeaux, fleurs, etc.) Cela passe enfin par des investissements d’infrastructures liées aux nouvelles activités (energie).

L’épargne locale étant faible ou non mobilisable[4], il appartiendra à la banque centrale  de fournir, sans limite, le crédit à taux proche de zéro pour inciter les opérateurs locaux à se lancer. Pour autant, le problème de la pression sur les importations demeure puisque ces investissements permettant la conquête d’une autonomie face au marché mondial sont eux-mêmes très consommateurs d’importations. Cela signifie par conséquent des temps très difficiles où l’économie de devises sur les importations de produits de luxe, désormais lourdement taxés, est absorbée par des importations de biens d’équipements ( machines, engrais, énergie, matériaux de construction ,etc.). La banque centrale peut tout, sauf imprimer des devises….

On peut bien sûr imaginer des solutions militantes : ainsi, trouver des entreprises étrangères exportant des biens d’équipement vers la Grèce, et  acceptant des drachmes qui seraient redistribuées à leurs salariés désirant passer des vacances en Grèce….mais cela ne change guère le problème, les touristes militants n’apportant plus des devises mais des Drachmes …que l’on peut imprimer à coût nul… Il faudrait, si l’on veut poursuivre le raisonnement, un excédent de touristes pouvant financer des importations d’équipements supplémentaires, mais pour cela il faudrait aussi davantage de devises…

Bien évidemment, on voit ici que le recours au capital étranger, qu’il soit autonome ou qu’il soit associé à du capital local, s’impose. Compte tenu du défaut qui marque le point de départ du rétablissement de la souveraineté grecque, il faudrait imaginer des incitations puissantes à la venue du capital étranger dans le pays. Cela passe par du subventionnement d’infrastructures, la prise en charge d’une partie des coûts  opérationnels exprimés en Drachmes, etc. On peut aussi imaginer des plans de substitutions d’importations avec un subventionnement d’autant plus puissant que la substitution est plus rapide.  Mais tout  cela passe aussi par la confiance quant au rapatriement des profits, eux-mêmes bénéficiant  de garanties de taux de change.

La mise en place de telles incitations suppose un Etat stratège compétent, un Etat capable de légiférer, un Etat capable de garantir son fonctionnement, de garantir le respect des règles qu’il impose, de sanctionner les dérives, et donc un Etat  ayant éradiqué toutes les formes de corruptions et autres risques clientélistes[6]. Cela suppose également du temps, un temps pendant lequel les devises resteront particulièrement rares et donc un temps pendant lequel la stabilisation du cours de la Drachme autour de son taux de change ne sera pas facile à tenir. D’où de fortes incitations à un redéploiement géopolitique de la Grèce vers la Russie ou la Chine, lequel sera lui aussi consommateur de temps et de méfiance.

Ne pas se tromper et rompre avec le mondialisme.

En  matière de reconstruction, l’objectif final est de redonner vie à la société grecque en offrant un avenir à chacun par le biais de l’emploi. Cela signifie que les activités nouvelles ne peuvent en aucune façon suivre le chemin de la mondialisation libérale[7]. En clair, il ne s’agit pas d’aligner les nouvelles activités sur le critère de la compétitivité maximale et de viser la fin des barrières tarifaires. Il ne faut pas sortir de ce modèle réduit du mondialisme qu’est l’euro-zone pour se lover dans un autre plus vaste. A l’inverse, il faut viser ce qui pourrait être le modèle de demain à savoir l’équilibre extérieur comme objectif macroéconomique. Cet objectif est celui d’un équilibre offre globale nationale/demande nationale globale, permettant de donner un emploi à toute la population active potentielle. La Grèce ne doit plus être victime des « sur compétitifs » qui viennent « braconner » la demande finale du pays. Elle ne doit pas non plus se transformer en « tigre » en jouant sur les bas salaires, ainsi que semble le vouloir les classes dirigeantes espagnoles.

Le prix à payer est bien évidemment un appareil productif moins efficient[8] et donc une richesse produite plus limitée. En contre partie, le gain est bien évidemment la reconstruction d’une société plus solidaire avec un éventail des revenus plus limité, un resserrement aussi mécaniquement produit par la disparition relative  du chômage.

La violence de l’euro a détruit la société grecque. La reconstruction ne sera pas une promenade de santé, et il faudra beaucoup d’adresse et de courage pour parvenir à une situation plus favorable.

 

 

[1] De fait les touristes ne rémunèrent que les services associés à leur consommation (rémunérations des personnes liées directement ou indirectement à l’activité) et les administrations fiscales sous la forme de la TVA, laquelle bénéficie de taux minorés dans les iles. Pour le reste c’est-à-dire la plupart des consommations intermédiaires, il n’y a quasiment que des importations.

[2] Selon la fondation Hans Böckler, la hausse des impôts - au cours des 5 dernières années- fut de 337% pour les plus pauvres et simplement de 9% pour les catégories les plus aisées. Les 10% des ménages les plus pauvres, compte tenu du chômage non rémunéré auraient vu leurs revenus baisser de 84% au cours de la même période.

[3] Cf. notamment les travaux d’un Gérard Destanne de Bernis dont l’application fut en Algérie la catastrophe des années 70.

[4] Notamment celle de la classe aisée qui se trouve évidemment à l’étranger.

[6] Et de ce point de vue le gouvernement grec ne dispose pas d’un outil administratif suffisamment fiable.

[7] CF. tous les articles du blog qui concernent avec la mondialisation, la transformation progressive du salaire en seul coût alors que les 30 glorieuses l’avaient érigée dans une double dimension débouchés/coûts. En particulier on pourra se reporter sur : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-une-crise-qui-nous-vient-de-si-loin-99239161.html.

[8] Comme dans le modèle de Ricardo des avantages comparatifs où Portugal et Angleterre disposent d’une productivité du travail plus faible s’ils refusent le libre-échange.

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 12:53

 

Contrairement à ce que l'on entend parfois, les allemands peuvent encore se promener en toute sécurité  dans Athènes. Il est aussi vrai  qu'un  parti politique allemand " Alternative für Deutscland" comprend que l'euro constitue le poison qui fait mourir  l'économie grecque et,  plus grave encore, les valeurs de la  société correspondante. Nous publions ci-dessous le manifeste que vient de publier l'AFD.

Alternative für Deutschland (AfD):

Manifeste pour le rétablissement économique de la Grèce

 

Alternative für Deutschland (Une alternative pour l’Allemagne) est un parti pro-européen qui souscrit fondamentalement aux principes de compétitivité, de subsidiarité et de bonne entente entre les nations européennes, persuadé que chaque nation européenne doit avoir la maîtrise de son destin économique. Dans ce but, AfD :

- Constate avec inquiétude que la politique qui consiste à sauver l’euro à tout prix (politique soutenue par le gouvernement Allemand) a conduit à une forte réaction anti-Allemande en Grèce.

- Souligne qu’une monnaie surévaluée a détérioré sans espoir d’amélioration la compétitivité de l’économie grecque, a contribué à y développer un chômage de masse et a enfermé une  "génération perdue » dans une situation sans issue,

- Estime que le maintien de l’union monétaire sous sa forme actuelle est contraire aux intérêts de la société et de l’économie grecques, économie qui a besoin d’une forte dévaluation pour retrouver la voie de la reprise,

- Condamne la situation actuelle qui contraint les contribuables européens à porter à bout de bras une union monétaire qui a fait faillite et qui prolonge les souffrances de la population grecque, cette politique n’ayant aucune sorte de justification, ni économique, ni morale,

- Souligne que l’on ne peut attendre de l’Allemagne qu’elle réduise son niveau de compétitivité pour résoudre la crise de l’eurozone, tandis que la « dévaluation interne » ne peut réussir à améliorer la compétitivité de la Grèce,

- Soutient fermement que l’Europe dans son ensemble devrait se consacrer à améliorer sa compétitivité pour s’assurer une position de leadership sur la scène mondiale,

- Insiste sur le fait qu’il est de l’intérêt commun des contribuables européens et de la population grecque de mettre un terme à l’Union monétaire sous sa forme actuelle. Plus on la prolonge, plus lourdes seront les pertes que subiront à la fois les contribuables européens et la population grecque qui a déjà subi les effets destructeurs de la politique d’austérité,

- Affirme que tout projet de restructuration de la dette grecque doit être assorti d’un dispositif négocié de sortie de Grèce en dehors de la zone euro,

- Réaffirme qu’une telle sortie ne doit pas signifier une sortie de l’Union Européenne, ce que démontrent les exemples de plusieurs pays de l’Union qui ont à la fois une économie prospère tout en ne faisant pas partie de la zone euro,

- Soutient qu’au vu des dommages durables que la participation de la Grèce à l’union monétaire a infligé à ce pays il est essentiel de favoriser un retour de l’économie grecque à la croissance,

- Appelle les dirigeants européens à préparer l’ensemble des mesures juridiques et économiques qui pourront réduire le coût de la sortie de l’euro, à la fois pour la Grèce et pour l’ensemble des pays de la zone,

- Appelle les partis centristes européens, à collaborer à la mise en œuvre d’une procédure de sortie négociée pour les pays qui sont actuellement confrontés à de sérieuses crises économiques ; faute de quoi les partis extrémistes, de gauche et de droite, vont continuer à renforcer leur emprise sur la scène européenne.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 09:19

            La Grèce va-t-elle déclencher la liquidation de la monnaie unique ?

Le  présent texte a été discuté lors du colloque POMONE[1]  le 6 mars dernier à la Maison de l’Ecole Polytechnique à Paris. Le retour prévu de la Troïka à Athènes et ses conséquences ne font que confirmer les échanges qui se sont déroulés lors du colloque.

Nous avons souvent souligné que la probabilité du démontage de la zone euro selon le mode panique était infiniment plus forte que celui issu d’une négociation entre Etats[2].

Les derniers évènements survenus en Grèce ne modifient pas fondamentalement le paysage. Nous pensons seulement que la montée de l’antagonisme entre la Grèce et les autres pays de la zone est probablement inéluctable, et qu’elle mettra dos au mur le pouvoir grec. Un pouvoir qui n’aura que le choix entre l’aventure de la fin de l’euro et son rejet brutal et probablement violent par le peuple grec.

La montée de l’antagonisme résultera de la volonté de sauvegarder le dispositif tel qu’il est par les pays qui en sont encore les bénéficiaires (Europe du nord) mais aussi par les pays du sud dont les entrepreneurs politiques au pouvoir ne peuvent se déjuger sans être balayés par les urnes.

Il existe une alliance objective des pouvoirs en place au sein de la commission, les faucons se trouvant peut-être davantage dans le sud, victime, que dans le nord bénéficiaire.

Ceux du Nord craignent un effet « contagion » si des conditions trop généreuses se mettent en place en Grèce. Ceux du sud craignent plus banalement pour leur simple survie. La chaîne reliant tous les pays de la zone face à la Grèce ne peut se briser, alors même que tous restent passagers clandestins[3].

Côté grec, le soutien populaire massif ne peut être déçu et les entrepreneurs politiques au pouvoir sont dans une situation où la trahison est très difficile. Ils seront aidés en cela par des considérations géopolitiques dans lesquelles nous retrouvons l’appui de la Russie et la bienveillance de la Chine.

La tension montant, arrivera un moment où SYRISA abattra ses dernières cartes : le défaut ou/et la réquisition de sa banque centrale.

En refusant d’honorer les échéances de la dette, le défaut est un moyen de mobiliser les ressources nécessaires au plan de sortie de l’austérité.

La réquisition de la banque centrale est un autre moyen de mobiliser des ressources.

Les autres solutions sont inenvisageables car mobilisant trop de temps du point de vue des marchés politiques grecs, et/ou se rapprochant trop du défaut du point de vue des marchés politiques du reste de la zone.

Un espace de négociation théoriquement nul

Tout d’abord l’idée d’appuyer les dépenses liées à la fin de la crise humanitaire sur les recettes fiscales jusqu’ici non recouvrées (75 Milliards d’euros ?) ne peut être opératoire en raison du temps très long des recouvrements potentiels.

Par ailleurs, le seul maintien du taux d’endettement (175% du PIB) exige déjà un excédent primaire supérieur à 1%. Calculé sur la base d’une croissance en volume de 2% et un taux de l’intérêt de 2,5%  ce solde primaire de stabilisation de la dette est déjà optimiste en raison d’une déflation plus importante en Grèce que dans le reste de l’Europe. Il est encore plus optimiste d’imaginer des taux de croissance plus élevés permettant de diminuer très progressivement le poids de la dette. La raison en est simple : pour diminuer le poids de la dette il faudrait un excédent primaire plus élevé, donc un effet dépressif en parfaite contradiction avec l’idée de croissance plus élevée[4]. Par conséquent, l’idée de se donner des marges de manœuvres en réduisant la dette sans passer par un défaut ou une renégociation est totalement irréaliste.

Du point de vue des marchés politiques du reste de la zone, de la BCE et du FMI, nous sommes également aux limites du possible et ce, pour plusieurs raisons :

La Grèce bénéficie dans le cadre de la première restructuration de sa dette, de privilèges qui n’ont été accordés à aucun autre pays. Ainsi au-delà des taux préférentiels accordés par les pays membres et le FESF, la dette grecque figurant à l’actif du bilan de la BCE est gratuite puisque les intérêts versés par le Trésor sont intégralement reversés à ce dernier par la BCE.

De la même façon, les taux moyens étant très bas et la maturité beaucoup plus longue que celle constatée dans les autres pays du sud, le passage souhaité par la Grèce à une dette perpétuelle assortie d’un taux indexé sur la croissance revient à un quasi défaut du point de vue des pays du nord. En toute rigueur comptable, cela signifierait des pertes pour le FESF, les pays prêteurs, et la BCE qui verrait se loger à son actif des titres sans valeur. Les pertes les plus importantes étant celles de l’Allemagne au titre des prêts directs et des garanties offertes au FESF[5].

Au total nous sommes dans un espace de négociation où toutes choses étant égales par ailleurs, il n’existe aucune zone d’échanges mutuellement avantageux possibles. Seules l’intervention d’autres paramètres comme par exemple des considérations géopolitiques ou des lobbyings intenses sur les entrepreneurs politiques peuvent modifier - et probablement marginalement- cette cruelle constatation[6].

Identification des stratégies dominantes chez les acteurs principaux

Au point de vue « théorie des jeux » les entrepreneurs politiques au pouvoir à Athènes laisseront clairement percevoir cette stratégie - défaut ou/et réquisition de la banque centrale - en face de quoi les institutions (ex troïka) prendront position.

Hélas, les entrepreneurs politiques grecs se rendront vite compte que cette menace ne peut ouvrir un espace de négociation. Par peur, tous les pays de la zone laisseront à l’Allemagne le monopole d’une décision qui sera…. évidemment imputée au gouvernement grec[7].

Car l’Allemagne aura à choisir entre aider la Grèce au prix d’une disparition de ses privilèges et des risques politiques internes et maintenir sa position avec les avantages politiques associés au prix d’un risque d’effondrement de la zone.

Il existe toutefois un troisième scénario qui est celui du mensonge assumé par les deux parties. Son contenu serait simple et consisterait à présenter des chiffres irréalistes concernant le futur proche, par exemple celui concernant les recettes fiscales ou la croissance. De quoi permettre un début d’application du programme de SYRISA contre une autorisation allemande. C’est au demeurant ce scénario qui semble l’emporter dans un premier temps. Toutefois, très rapidement, la réalité devrait à nouveau frapper à la porte et remettre en pleine lumière l’inextricabilité de la situation et donc la décision de SYRISA d’obliger l’Allemagne à choisir entre l’aide ou son refus. D’où deux scénarios.

Examinons ces deux scénarios  en termes très simplifiés.

1) Décision d’aider la Grèce :

                                        - Contestation de la coalition au pouvoir en Allemagne (AFD notamment)

                                        - Montée des populismes dans le sud, notamment en Espagne

                                        - Fin des politiques d’austérité

                                        - Monétisation massive de la part de la BCE

                                        - Décision très consensuelle- mais dramatique-  d’une sortie de       l’euro  par  les entrepreneurs  politiques allemands.

2) Décision de ne pas aider la Grèce :

                                        - Maintien de la coalition au pouvoir en Allemagne.

                                        - Maintien des politiques de dévaluation interne dans les autres                                                                          pays.                             

                                        - Aggravation continue des disparités intra européennes

                                        - Dépression à l'échelle continentale

                                                              

Il semble donc évident- encore une fois toutes choses égales par ailleurs- que le choix de ne pas aider la Grèce domine celui de l’aider. L’Allemagne choisira donc de rester dans l’euro le plus longtemps possible en restant très soucieuse du respect des règles. Ce n’est qu’avec l’aggravation  de la crise sociale dans le sud et la perte de contrôle de ses entrepreneurs politiques que la décision très lourde et très difficile mais consensuelle de sortie de l’euro serait prise par les entreprises politiques Allemandes.

Ce second scénario doit être étudié en fonction des choix à court terme du gouvernement grec :

Choix 1:La Grèce fait défaut et décide de sortir de l’Euro :

               - Rétablissement du contrôle des changes et des mouvements de capitaux

               - Dévaluation de 20 à 30% de la nouvelle monnaie nationale[8].

               - Mise en place du programme gouvernemental dans les conditions d’un équilibre                                budgétaire retrouvé (fin de la rente de la dette et utilisation de la marge du solde primaire 2014)[9].

               - Investissements étrangers confortés sur la base de la compétitivité retrouvée.

Variante possible : réquisition de la banque centrale avec monétisation permettant de rembourser toutes les dettes sur la base du nouveau taux de change. Dans ce cas, les contrats sont formellement respectés.[10]

Choix 2 : La Grèce réquisitionne sa Banque centrale et conserve l’euro :

                     - La banque centrale monétise et fait face à l’ensemble de ses créanciers

                      - Le marché de la dette publique disparait au profit du financement direct par la   Banque  centrale.

                      - Mise en place aisée du programme gouvernemental annoncé.

                      - Mise en place le cas échéant d’un « 100% monnaie ».

                      - La BCE met fin au dispositif TARGET 2 jouant pour la Grèce.

                      - Le marché interbancaire se ferme et les banques étrangères disparaissent.

 

Ce scénario aboutit à la marginalisation complète de la Grèce. On en déduit que la stratégie correspondante est dominée par celle du choix 1.

On peut donc penser que le gouvernement grec choisira la première stratégie : celle d’une sortie de l’euro.

On peut aussi penser que les paiements offerts par la Grèce au titre de sa  dette publique aux institutions créancières - BCE, Etats, et peut-être même le FESF, paiements obtenus par monétisation (variante examinée ci-dessus) – deviennent des « balances drachmes » comme il existe des « balances dollars ».

En effet, ces balances sont le reflet de la situation débitrice comme les balances dollars sont le reflet de la dette américaine. Ces dernières ont jusqu’ici toujours été recyclées et on ne voit pas pourquoi les balances drachmes accumulées par les créanciers de la Grèce ne pourraient pas être recyclées, soit auprès des banques, lesquelles pourraient offrir du crédit aux importateurs de marchandises grecques, ou tout simplement l’achat de bons du Trésor.  Scénario à priori surréaliste mais pourtant possible puisque du point de vue des créanciers européens : c’est cela ou rien. Mais en même temps, recyclage permettant d’alimenter la demande interne grecque. De quoi constater que même dans cette situation un échange mutuellement avantageux peut se dessiner entre la Grèce et ses créanciers.                            

Les effets de second tour.

Ils dépendent dans un premier temps de ce que sera la réalité grecque après la fin de l’euro. En la matière rien n’est écrit.  Toutefois un développement harmonieux de l’économie grecque est théoriquement possible sur la base du programme de SYRISA, programme nourri par la fin de la rente  (4 points de PIB) et l’excèdent primaire obtenu par le précèdent gouvernement (1  point de PIB).

Il est évident que les premiers temps seront difficiles et consisteront à réparer les dégâts provoqués par 14 années de monnaie unique complètement inadaptée à la réalité grecque : double inondation des importations et de la grande distribution qui lui est associée, avec ses effets dévastateurs sur une industrie et une agriculture peu compétitive[11]. Mais aussi difficultés résultant de ce qui a été associé à la politique de maintien en survie depuis le début des années 2010. Les exigences de la Troïka se sont concentrées sur la compétitivité de court terme, largement artificielle et ont négligé tout programme réel de compétitivité à long terme : chute considérable des investissements privés et surtout publics, recherche inexistante, éducation et université sacrifiées, etc. Le pays, redevenu indépendant est donc à rebâtir. Cette reconstruction ne pourra passer sous les fourches caudines de la finance et il est probable qu’elle se fera sous répression financière ce qui sera une innovation majeure dans le présent monde.

L’échec est bien évidemment possible en raison des bouleversements économiques et sociaux associés : hausse très importante des prix à l’importation avec produits de substitution absents du marché national, méfiance des investisseurs, résistance des oligarques, difficulté de construire un Etat de droit moderne, impatience des classes moyennes, laminage des stocks d’épargne, etc.

Conséquences sur le reste de la zone.

Il est d’autant plus difficile d’estimer des scénarios, que l’on ignore quelle sera l’évolution ultérieure de la Grèce. On peut toutefois envisager quelques pistes à partir de l’observation fine de la logique implacable de TARGET 2.

Le dispositif TARGET2 est un outil technique qui assure la parfaite fluidité des échanges interbancaires entre les divers pays de la zone. En termes concrets, il s’agit d’une pièce contribuant au bon fonctionnement du marché unique : exportations et importations entre pays sont parfaitement fluidifiées sur la base d’une monnaie unique.

Le problème est toutefois que les échanges ne sont pas équilibrés et après quelques années de fonctionnement, il apparait que le nord est toujours excédentaire et que le sud, y compris la France, est devenu toujours déficitaire.

De fait, les rapports entre l’Allemagne et les pays du sud y compris la France sont devenus l’équivalent des rapports entre les USA et la Chine, ce dernier pays étant l’équivalent de l’Allemagne, et les USA l’équivalent des pays de la zone sud. Ainsi à l’intérieur de la zone euro nous retrouvons les vieux  secrets du « déficit sans pleurs » d’où la magie d’un euro simultanément porteur de la désindustrialisation dans le sud.

Dans le cas des rapports Chine/USA le recyclage des excédents ne posait pas de difficulté et le bilan de la Banque centrale chinoise pouvait accepter sans difficulté les Bons du Trésor US dont la liquidité reste particulièrement élevée et la signature assurée. Tel n’est pas le cas avec les pays de la zone sud au regard de l’Allemagne dont la banque centrale nationale au titre de TARGET 2 est tenue d’accepter les déficits du sud sans réelle contrepartie.

Plus clairement encore, la fluidification des échanges aurait été impossible sans le dispositif TARGET2. En effet, entre le sud déficitaire et l’Allemagne excédentaire, un marché interbancaire classique aurait  très vite été bloqué et les échanges rendus difficiles. Les Allemands ont clairement conscience que les soldes Target2 sont dangereux, certains d’entre-deux insistant sur le fait que ces soldes en cas de défaillance des banques centrales du sud pourraient finalement être supportés par le contribuable[12].

C’est précisément ce risque qui rend la politique allemande si rigoureuse au regard du sud : Il faut rétablir les équilibres par de puissantes dévaluations internes permettant le retour à l’équilibre de comptes TARGET. En même temps, cette logique est collectivement ruineuse puisqu’elle affaisse les demandes globales dans le sud avec ses effets de contagion jusqu’au nord et globalement la stagnation économique de la zone.

L’Allemagne a besoin de conserver ses avantages compétitifs et pour cela, comme la Chine à l’égard des USA, elle a besoin d’un déficit sans pleurs… qu’elle ne peut pas- à l’inverse de la Chine-  accepter. Car l’Italie, L’Espagne, La France, ne sont pas les Etats-unis. Nous sommes au cœur de la contradiction allemande qui mène l’ensemble de la zone en très grande difficulté.

La conclusion est donc évidente :

Scénario 1 : la sortie de la Grèce de la zone euro est un succès :

On peut dans un premier temps s’attendre à un réveil des spreads de taux dans l’ensemble de la zone, spreads difficilement gérables par les modalités du Quantitative Easing qui vient d’être lancé par la BCE[13]. Dans ce cas l’effet dépressif de l’euro n’est plus supporté dans le sud et les entrepreneurs politiques au pouvoir disparaissent en laissant la place à d’autres qui abandonneront l’Euro. Par effet de contagion et d’une insupportable compétitivité de ceux qui ont dévalué, la France suit sans délai, et donc la zone toute entière disparait.

Scénario2 : La sortie de la Grèce de la zone euro est difficile, voire un échec :

Dans ce cas les entrepreneurs politiques au pouvoir dans le sud  bénéficient de l’effet Grèce et les politiques de dévaluation internes sont idéologiquement justifiées. D’où de nouveaux succès sur les marchés politiques de ceux qui entrainent le continent vers la dépression continue.

On notera ici  4 réflexions finales :

- L’euro peut encore bénéficier de béquilles : celles qui seraient procurées par un échec de la sortie grecque, échec venant confirmer le bien-fondé des exigences allemandes.

- La disparition de l’euro dans ce nouveau schéma n’est pas concertée. Nous restons dans un espace de décisions non coordonnées.

- Parce que la BCE a pris conscience qu’elle disposait de moyens illimités pour éteindre une crise financière, la disparition de l’euro selon le « mode panique » semble être une hypothèse toujours très réelle mais sans doute plus éloignée.

- L'Allemagne peut remercier la Grèce: ce n'est pas elle qui prendra le risque d'une nouvelle explosion continentale aux effets incertains. Par contre, après avoir bénéficié pendant 14 années d'une monnaie qui répondait pleinement à ses intérêts, elle ne sera pas victime d'une réevalauation de sa monnaie nationale: le contenu en importations de ses exportations est considérable. Au delà la réévaluation viendra confortée sa très forte inclination rentière.

                                                                                    Jean Claude Werrebrouck, le 6 Mars  2015.

                                                                                                     

 

              

 

                             

 

 

 

[1] « Pour Une Nouvelle Organisation  Monétaire en Europe » POMONE est présidé par Jean Pierre Gérard ex membre du Conseil de la Politique Monétaire à la Banque de France.

[2] Cf.: http://www.lacrisedesannees2010.com/article-le-big-bang-de-la-fin-de-l-eurozone-et-l-univers-financier-dans-le-monde-d-apres-116367504.html

[3] Cf. : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-l-euro-implosion-ou-sursaut-43801089.html

[4] Nous renvoyons ici aux travaux de Natixis qui présentent un modèle de réduction de la dette grecque par l’élévation du solde primaire. Les conclusions sont sans appel : la contraction du PIB par diminution de la demande globale contrarie toute volonté de sortie par allégement de la dette. C’est dire que le projet de budget 2015 dans lequel la Troïka exigeait un solde primaire de 4,5 points de PIB était tout simplement irréaliste, voire scandaleux.

[5] 79,8 milliards d’euros selon l’institut de conjoncture Allemand (IFO).

[6] Nous pensons par exemple à l’Argentine et à l’intervention du Venezuela puis de l’Iran qui, après la crise de 2000 va entrainer de larges bouleversements. Nous pensons aussi à ce qui est la grande industrie militaire qui a eu beaucoup d’influence sur les entrepreneurs politiques grecs.

[7] L’Allemagne, comme on le verra, sera amenée à prendre des décisions historiques majeures, décisions dont elle a peur elle-même.

[8] C’est moins que ce qui était prévu en 2012/2013 et ce en raison que la Grèce par sa massive dévaluation interne est redevenue presque compétitive.

[9] Ce qui donnerait en théorie une marge de 5 points de PIB, 4 au titre du service de la dette et 1 au titre de l’excédent primaire.

[10] http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/02/la-petite-grece-viendra-t-elle-a-bout-de-l-allemagne.html

[11] Et des dégâts bien supérieurs aux seuls 26points de PIB perdus depuis 2008 : tout est à reconstruire, y compris les savoirs faire disparus par les mirages du libre -échange  et de la Grande Distribution.

[12] HW Sinn avait même estimé que la faillite du sud pourrait représenter un  cout équivalent à 40% du PIB allemand, les agences de notation pouvant ainsi trouver une justification pour la dégradation de la dette allemande.

[13] On sait qu’il est quantitativement directement proportionnel au poids de chaque pays, ce qui fait qu’il est puissant là où la montée des taux ne se manifestera pas (Allemagne) et plus faible là où elle se manifestera brutalement (Italie, Espagne).

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 20:36

 

La victoire de SYRISA confirme bien que c’est plutôt le mode panique qui sera emprunté pour mettre fin à la monnaie unique. Nous avons souvent insisté sur l’impossibilité d’une négociation concertée en vue du démontage de la zone[1], laquelle déboucherait sur un embrasement généralisé des marchés financiers. D’où l’idée d’un démantèlement selon un « mode panique ». En proclamant que la Grèce resterait dans la zone malgré son exigence de renégociation, le nouveau gouvernement grec semble vouloir respecter l’impératif de ne pas appuyer sur le bouton atomique.

 Il en résulte que c’est bien le mode panique qui finalement devrait émerger.

Pour autant, avec les décisions de la BCE en date du 23 janvier dernier et la victoire de SYRISA le 25, le chemin de la dislocation en mode panique semble clairement se dessiner.

La BCE coupe la branche sur laquelle elle se trouve assise

Les décisions de la BCE ouvrent une brèche importante avec la réanimation des banques centrales nationales et le fait que les achats de dettes ne seront pas  mutualisés à hauteur de 80% du total.

De fait tout se passera comme si l’euro système était mis entre parenthèses, ce qui pose au demeurant de singuliers problèmes juridiques[2]. On sait en effet, depuis le 23 janvier, que les banques centrales nationales achèteront de la dette de différentes catégories, et vont ainsi émettre des euros qui viendront abonder les comptes des banques du second degré qui se trouvent au passif des bilans des dites banques centrales nationales. Un métier qu’elles exerçaient à l’époque des monnaies nationales.

Bien évidemment la communication de la BCE prend soin de souligner que l’achat des dettes nationales sera contrôlé par Francfort et que l’émission correspondante de monnaie, respectera la proportionnalité, qui se trouve dans la répartition entre Etats, du capital de la BCE. Concrètement puisque la Grèce ne possède que 2,9% du capital social de la BCE, elle ne bénéficiera que de 2,9% du QE lancé[3]. Il n’empêche que l’on met tout en place pour un authentique fractionnement, prélude à la disparition de la monnaie unique.

Car il suffira qu’une banque centrale nationale change de « maître »  pour que tout commence réellement à changer.

Que peut-il se passer si SYRISA reprend en douceur le contrôle de sa Banque Centrale ?

On peut en effet imaginer qu’un gouvernement, par exemple le gouvernement grec, décide que désormais le gouverneur de la banque centrale grecque, obéisse au ministre des finances et non plus au gouverneur de la BCE, pour que la zone euro s’enfonce dans des difficultés non maitrisables.

Que pourrait exiger le ministre en question ?

 Par exemple , de détourner complètement le QE de la BCE en exigeant que la Banque Centrale de Grèce garantisse des émissions primaires de dette publique, sous la forme d’un rachat immédiat sur le marché secondaire[4].

La règle européenne d’interdiction de se porter acquéreur sur le marché primaire est formellement maintenue, mais réellement contournée.

 De quoi résoudre le problème de la dette grecque sans passer par la sortie de l’euro.

 On peut même imaginer un rachat complet de la dette grecque, permettant le remboursement intégral au Fonds européen de la solidarité financière (EFSF), soit 141,9 milliards d’euros, l’ensemble de prêts bilatéraux, soit 52,9 milliards d’euros, ou les prêts du FMI, soit 32,9 milliards d’euros, voire les prêts de la BCE elle-même soit 25 milliards d’euro. De quoi aussi soulager les banques grecques qui pourraient bénéficier d’un QE national.

Bien évidemment la troïka pourrait protester, les comptes Target 2 pourraient être gelés, les déplacements de capitaux entre la Grèce et le reste du monde interdits, etc. Il n’empêche que la Grèce par cette audace respecterait intégralement ses engagements, les pays créanciers ayant le choix entre un tsunami financier, résultant d’une aggravation substantielle de leur propre dette, et la sécurité de ne rien avoir perdu sur le premier sauvetage de la Grèce en 2012.

Vers l’explosion

A partir de cette situation, il parait clairement que l’Allemagne, en raison des intérêts et croyances collectives, serait la première à quitter la zone, même si elle aussi serait formellement remboursée du total de ses créances sur la Grèce soit 41,3 milliards  au titre du EFSF et 15,2 milliards au titre des prêts bilatéraux. On pourrait imaginer qu’elle quitterait juste après avoir été remboursée dans les conditions que l’on vient d’énoncer.

Par effet d’imitation, on imagine  mal d’autres pays de la zone respecter les règles imposées par une BCE décrédibilisée et incapable de reprendre les rênes.

 C’est dire que l’orgie monétaire qui résulterait d’une telle situation entrainerait un effondrement du taux de change de l’euro. Un effondrement bien alimenté par toutes les banques centrales du monde, la banque centrale de Suisse n’ayant que pris un peu d’avance sur les autres.  Mais aussi un  euro qui, formellement, disparait en ayant remboursé tous les créanciers.

Oui, monsieur Monsieur le premier Ministre, restaurez la souveraineté de la Grèce tout en proclamant votre attachement à la zone euro : vous rendrez un immense service à une Europe qui sera débarrassée du poison qui la mine.  Une Europe qu’il faudra entièrement reconstruire, par exemple avec de véritables QE qui, au lieu d'alimenter les casinos des banques restées universelles, alimenteront des investissements publics massifs réalimentant et donnant confiance aux vrais entrepreneurs de l'économie réelle.

 

[2] Il est inexact  de dire que les banques centrales nationales vont supporter la dette. Juridiquement c’est l’euro système qui la porte.

[3] L’Allemagne en possède 25,6% et se trouve potentiellement grande bénéficiaire d’un QE dont elle n’a pas vraiment besoin.

[4] On pourrait évidemment se poser la question du marché primaire d’une telle émission de dette. Qui serait acheteur ? la réponse est simple : la réquisition des banques qui se verraient obligées d’acheter de la dette publique immédiatement remboursée par la banque centrale. Les banques devenant simples agents de la métamorphose du marché primaire en marché secondaire.

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