Très courte note articulée sur 3 paragraphes :
1. Masquer le coût financier de la guerre
2. Economie de guerre sans finance de guerre.
3. Monétisation exigée mais monétisation interdite.
Une décision à priori fort technique mais sans doute très importante vient d'être prise par le pouvoir russe. Les 37 régions de la Fédération de Russie vont voir leur dette à l'égard du Trésor central annulée. Un peu comme si les considérables dettes publiques des Etats européens étaient annulées par décision souveraine de la BCE. Bien sûr, les acteurs ne sont pas les mêmes et le Trésor Russe n'est pas la banque centrale de Russie , mais il est clair que le chemin d'une monétisation du financement de la guerre en Ukraine se trouve progressivement mis en place et ce de la façon la plus discrète possible.
1. Masquer le coût financier de la guerre
Concrètement la guerre est coûteuse en moyens matériels et humains. S'agissant de ce dernier aspect, il s'agit d'enrôler une masse croissante de jeunes issus de régions pauvres et qui acceptent le départ vers le front contre un capital et une rémunération très importante eu égard aux conditions économiques générales. Les régions financent ce qui permet de masquer une partie des dépenses de guerre normalement assurées par l'Etat central. Toutefois, en acceptant d'annuler les dettes publiques périphériques (celles des 37 régions) à l'égard de l'Etat central, les dites régions sont invitées à poursuivre massivement l'enrôlement de la jeunesse. Concrètement, via la guerre et la mort, existe ainsi une véritable politique de redistribution vers les régions pauvres.
Le dispositif n'est qu'un masque transitoire puisque l'effacement de la dette (estimée à 11 milliards de dollars à l'horizon 2029) devient mécaniquement endettement pour un Etat central dont le déficit est estimé à 46 milliards d'euros pour 2025 soit 1,7% du PIB.
2. Economie de guerre sans finance de guerre
Par comparaison avec les USA et l'Union Européenne, la situation n'apparait pas catastrophique. Toutefois le paysage russe est fort différent de ce qu'il est en Occident. La Russie ne dispose pas d'un marché de la dette publique permettant le financement aisé des déficits. Les obligations de la dette publique russe ( Obligatsil federal'noge Zaima) ne disposent d'aucune profondeur de marché et le Trésor russe ne dispose pas comme en occident d'agences de stature mondiale qui peuvent mobiliser des sommes colossales. (Par exemple près de 1200 milliards d'euros pour la seule année 2025 pour la zone euro.
S'ils peuvent être acquis par les banques et les ménages les OFZ ne sont que moyennement appréciés dans un monde éloigné de la finance de marché. Par ailleurs, pour des raisons de recherche de confiance internationale, la banque centrale est officiellement indépendante et comme toutes les banques centrales du monde, elle s'interdit d'agir sur le marché primaire de la dette publique. Elle n'intervient que sur le marché secondaire et doit se livrer à de gros efforts pour inviter l'épargne vers l'achat d'OFZ. Les efforts concernent bien sûr les taux (taux croissant avec la durée) et la fiscalité, mais l'effet d'éviction est redouté au regard de l'investissement industriel, et le taux de change serait vite menacé s'il n'y avait pas alignement sur les pratiques occidentales.
3. Monétisation exigée mais monétisation interdite
La Russie est donc aujourd'hui dans un espace financier extrêmement tendu. On prend le chemin d'une monétisation avec des annulations de créances au détriment de l'Etat central, mais ce même Etat est lui- même incapable de reprendre du souffle sur un marché de la dette extraordinairement étroit et que la banque centrale n'ose pas alimenter par une intervention directe sous forme d'achat immédiat d'OFZ. Pensons par exemple aux exportateurs étrangers qui acceptent de vendre à la Russie contre paiement en roubles si demain la monnaie russe devait se déprécier fortement. L'Etat russe est loin de pouvoir se permettre les déficits jusqu'ici sans pleurs que connait l'Occident;