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30 juin 2026 2 30 /06 /juin /2026 08:33

 Il est intéressant de revenir aux grands choix de 1945 en France pour imaginer un remède à l'urgence climatique que nous vivons. A l'époque la planification a commencé par l'édification du canevas d'un futur désirable. Ce dernier fût constitué- entre autres-  d'investissements très lourds dans 4 industries parentes: CDF, EDF, GDF,SNCF. A l'échelle du pays ces investissements furent pharaoniques et ce sans ressources budgétaires. D'une certaine façon nos débats actuels sur l'urgence climatique sont un peu du même ordre: mettre en place un canevas général permettant par investissements massifs de retrouver une liberté d'agir. Et sans doute avec des débats sur le choix des solutions comme ce fut celui des choix de la planification d'après guerre. Mais aussi des débats qui s'inscrivent dans un déficit massif de ressources budgétaires.

Les investissements pharaoniques sur les 4 industries susvisées débutent en 1947 après des nationalisations  dont le cout budgétaire fût artificiellement réduit ( paiement en obligations de 50 ans et charge d'intérêt supportés par la banque centrale) Le budget public de 1947 présente des recettes d'environ 200 Milliards de francs et des dépenses de 500 milliards, soit un déficit public de quelque 300 milliards. Le déficit est couvert par des bons du Trésor, achetés par un système bancaire contrôlé et dont la liquidité est elle-même assurée par la banque centrale. Il n-y a donc pas de financement monétaire direct. 

Si l'on compare avec la situation d'aujourd'hui nous avons une urgence ( économique, écologique et surtout humaine) qui suppose des investissement gigantesques à mobiliser très rapidement ( écoles, hôpitaux, infrastructures industrielles et logistiques, patrimoine immobilier, etc.) Un mur d'investissements sans doute comparable au mur de l'après guerre et sans doute aussi urgent.

Sur le plan budgétaire la situation d'aujourd'hui est toutefois beaucoup plus difficile. Si l'on prend l'année 2025 on constate des recettes publiques d'environ 310 milliards d'euros, des dépenses d'environ  445 milliards et donc un déficit de 135 milliards. En comparant les deux époques on constate que le poids du déficit est beaucoup plus lourd en 1947. Il représentait à l'époque 150% des recettes ( 300/200) et ne représente plus aujourd'hui que 43% ( 135/310) de ces mêmes recettes. Pour aller plus loin dans la comparaison, aligner 2025 sur la réalité de 1947 - donc faire en sorte que le poids du déficit représente 150% des recettes- signifierait un déficit 2025 de 465 milliards d'euros ( 150% de 310)....probablement par conséquent un appel au marché de la dette publique (il faut assurer le service de la dette) dépassant largement les 700 milliards d'euros....Le marché ne pourrait en aucune façon absorber un tel volume sans une refonte complète de nos modalités de fonctionnement.

Précisément ces modalités de fonctionnement étaient très différentes en 1947. De fait le déficit gigantesque de l'époque va fort bizarrement correspondre à un relatif effacement de la dette publique en raison du miracle inflationniste. D'abord le financement de la dette ne passe pas par le marché et passe par ce qu'on appelait les correspondants du Trésor. Ainsi le système bancaire est condamné à l'achat obligatoire de titres publics à peine de très lourdes sanctions. C'est dire que le financement des pharaoniques investissements ne se fait pas par le biais d'un contrat de dette. Il se fait sous l'autorité du Trésor et ce à titre gratuit puisque l'inflation fait disparaitre le poids de la dette. L'investissement était donc payé par prélèvement inflationniste sur l'ensemble de la communauté

Aujourd'hui, même si le déficit est beaucoup plus réduit il apparait insupportable au regard des marchés. L'Etat a perdu ses armes réglementaires et ne bénéficie plus du prélèvement inflationniste. A l'inverse il est lui-même redevable du prélèvement financier assuré par l'ensemble su système bancaire. D'une certaine façon l'urgence climatique n'est pas finançable. La communauté nationale n'est plus victime du prélèvement inflationniste mais elle en paie le prix sous la forme d'un impossible combat contre le risque climatique.

Les entreprises politiques se battent et se battront demain dans le cadre de l'élection présidentielle sur des mots vides de sens: l'urgence climatique n'est pas encore le tsunami qui permettrait de transformer radicalement le rapport existant entre l'Etat et la finance. 

Jean Claude Werrebrouck - 30 Juin 2025.

 

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