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3 juillet 2026 5 03 /07 /juillet /2026 13:05

La note que nous venons de publier le 30 juin montrait clairement l'inadaptation de nos institutions financières au regard du mur climatique. Les énormes capitaux à mobiliser pour adapter le pays à la nouvelle donne ne peuvent en aucune façon correspondre à un nouvel élargissement d'un dette publique déjà hors de contrôle. Au delà, un milieu climatique adapté constitue un bien commun payable par tous et ne peut  profiter à un groupe quelconque sous la forme d'une nouvelle rente financière. Le projet d'euro numérique de banque centrale pourrait de ce point de vue devenir la solution. Cela suppose quelques innovations dans le projet Ce que nous proposons dans  la note qui suit.

L'actuel  projet d'euro numérique de banque centrale: un désordre dans l'ordre financier.

Simplement exprimé le projet actuel consiste à autoriser- depuis un simple smartphone-  à vendre et acheter en monnaie centrale numérique des biens et services à l'échelle de toute l'Europe. Manifestement un tel projet ne peut être que très polémique puisqu'il assure une prépondérance considérable à la banque centrale et le risque de marginalisation des comptes classiques figurant encore dans les  bilans du système bancaire. Moins de monnaie de banque et plus de monnaie centrale. Donc moins de matière première pour les banques et bien davantage pour la BCE. D'une certaine façon les banquiers ont raison de voir dans un tel projet un risque de  débancarisation et plus encore la fin du pouvoir de création monétaire. Ajoutons que cette opposition des banques est d'autant plus grande qu'elles voyaient dans les monnaies digitales la possibilité de passer à la privatisation générale des monnaies. Le projet, très polémique, mais ayant reçu l'approbation du parlement européen devrait entrer en vigueur en 2029. Déjà la volonté politique de renoncer au processus de création monétaire complétement privée se fait sentir avec la disparition des plateformes numériques incapable de respecter une directive MICA jugée trop contraignante.

Proposition de compromis citoyen entre finance menacée et menace climatique?

Une façon de réduire la vigoureuse opposition des banques au projet d'euro numérique est de proposer un compromis:

-d'abord la BCE réduit son projet au seul objectif d'autoriser - sans déficits publics supplémentaires - les gigantesques investissements imposés par la modification climatique;

-ensuite faire disparaitre le risque d'évaporation des comptes bancaires en monnaie numérique de banque centrale.

Architecture générale du projet 

1 Les autorités européennes créent  un dispositif contraignant obligeant la BCE à mettre en place un fond européen au titre de l'atténuation et de l'adaptation des pays au risque climatique. Ce fond se doit d'être à la hauteur des enjeux et peut être imaginé à partir de quelques chiffres connus: 822 milliards d'euros de dommages climatiques sur les 40 dernières années, dont 25% sur les 4 dernières années; 43 milliards de recul d'activité en 2025; etc. Chiffres à vérifier mais non dépourvus de vraisemblance.  Derrière ces chiffres se profilent déjà  des propositions complètement irréalistes sur les marchés politiques...lesquels  ne peuvent imaginer des investissements sans dettes nouvelles....

2 La BCE crée annuellement un certain montant de monnaie numérique en créditant les comptes des Trésor des divers pays de l'UE. Existent donc désormais les compte des Trésors classiques et des comptes des Trésors en monnaie numérique de banque centrale.  La répartition entre les pays s'opère sur la base de critères objectifs tel les PIB. Le total du bilan de la BCE s'accroit d'un même montant.

2 La monnaie numérique distribuée n'a pas le caractère de prêt et n'est donc ni remboursable ni chargée d'un taux de l'intérêt. Le montant distribué et réparti entre les pays de l'UE est annuellement décidé selon un processus démocratique. La BCE devient politiquement dépendante des autorités européennes pour la gestion de la monnaie centrale numérique..

3 La dépense publiques à partir du compte en monnaie centrale numérique est fléchée et ne correspond qu'à des commandes au titre du seul environnent climatique. Les entreprises bénéficiaires sont labellisées. Dans le souci de préserver les marchés financiers Il reste interdit aux Etats de financer les déficits courants à partir de l'euro numérique.

4 Les agents- entreprises fournisseuses et salariés- bénéficient du ruissellement en euros numériques sur des comptes annexes à leurs comptes bancaires classiques. Dans le souci de préserver les infrastructures bancaire les comptes classiques ne peuvent être transformés en euros numériques. A l'inverse les euros numériques peuvent être convertis en monnaies bancaires classiques. 

5 Le dispositif est neutre au regard de la finance: la capacité de création monétaire par les banques est maintenue et reste soumise à la politique de la BCE. La liquidité bancaire bénéficie aussi de l'asymétrie dans la convertibilité: les euros numériques sont convertibles en monnaies de banques lesquelles ne le sont pas en monnaie numérique. en retour il n'est pas impossible que la liquidité générale accrue développé un surcroit d'inflation gérable à partir des outils classiques de la banque centrale 

Conclusion:

Le dispositif proposé échappe aux propos démagogiques qui naissent déjà sur les marchés politiques et qui tous sont incapables de dépasser la logique de l'endettement. Incapacité qui amplifie une incrédibilité déjà très lourde: comment réduire les déficits publics en les alourdissant à grande échelle?

Le dispositif rassure le système bancaire qui peut expérimenter l'euro numérique de banque centrale sans en être la potentielle victime. Le ruisselement fait que les bilans bancaires s'alourdissent de comptes numériques sans risque de fuite de la monnaie de banque vers la monnaie numérique. Le poids de la finance sans doute beaucoup trop important demeure intact.

Le dispositif restaure une partie de la puissance des Etats en limitant la sempiternelle indépendance des banques centrales.

Jean Claude Werrebrouck - 3 juillet 2025.

 

 

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30 juin 2026 2 30 /06 /juin /2026 08:33

 Il est intéressant de revenir aux grands choix de 1945 en France pour imaginer un remède à l'urgence climatique que nous vivons. A l'époque la planification a commencé par l'édification du canevas d'un futur désirable. Ce dernier fût constitué- entre autres-  d'investissements très lourds dans 4 industries parentes: CDF, EDF, GDF,SNCF. A l'échelle du pays ces investissements furent pharaoniques et ce sans ressources budgétaires. D'une certaine façon nos débats actuels sur l'urgence climatique sont un peu du même ordre: mettre en place un canevas général permettant par investissements massifs de retrouver une liberté d'agir. Et sans doute avec des débats sur le choix des solutions comme ce fut celui des choix de la planification d'après guerre. Mais aussi des débats qui s'inscrivent dans un déficit massif de ressources budgétaires.

Les investissements pharaoniques sur les 4 industries susvisées débutent en 1947 après des nationalisations  dont le cout budgétaire fût artificiellement réduit ( paiement en obligations de 50 ans et charge d'intérêt supportés par la banque centrale) Le budget public de 1947 présente des recettes d'environ 200 Milliards de francs et des dépenses de 500 milliards, soit un déficit public de quelque 300 milliards. Le déficit est couvert par des bons du Trésor, achetés par un système bancaire contrôlé et dont la liquidité est elle-même assurée par la banque centrale. Il n-y a donc pas de financement monétaire direct. 

Si l'on compare avec la situation d'aujourd'hui nous avons une urgence ( économique, écologique et surtout humaine) qui suppose des investissement gigantesques à mobiliser très rapidement ( écoles, hôpitaux, infrastructures industrielles et logistiques, patrimoine immobilier, etc.) Un mur d'investissements sans doute comparable au mur de l'après guerre et sans doute aussi urgent.

Sur le plan budgétaire la situation d'aujourd'hui est toutefois beaucoup plus difficile. Si l'on prend l'année 2025 on constate des recettes publiques d'environ 310 milliards d'euros, des dépenses d'environ  445 milliards et donc un déficit de 135 milliards. En comparant les deux époques on constate que le poids du déficit est beaucoup plus lourd en 1947. Il représentait à l'époque 150% des recettes ( 300/200) et ne représente plus aujourd'hui que 43% ( 135/310) de ces mêmes recettes. Pour aller plus loin dans la comparaison, aligner 2025 sur la réalité de 1947 - donc faire en sorte que le poids du déficit représente 150% des recettes- signifierait un déficit 2025 de 465 milliards d'euros ( 150% de 310)....probablement par conséquent un appel au marché de la dette publique (il faut assurer le service de la dette) dépassant largement les 700 milliards d'euros....Le marché ne pourrait en aucune façon absorber un tel volume sans une refonte complète de nos modalités de fonctionnement.

Précisément ces modalités de fonctionnement étaient très différentes en 1947. De fait le déficit gigantesque de l'époque va fort bizarrement correspondre à un relatif effacement de la dette publique en raison du miracle inflationniste. D'abord le financement de la dette ne passe pas par le marché et passe par ce qu'on appelait les correspondants du Trésor. Ainsi le système bancaire est condamné à l'achat obligatoire de titres publics à peine de très lourdes sanctions. C'est dire que le financement des pharaoniques investissements ne se fait pas par le biais d'un contrat de dette. Il se fait sous l'autorité du Trésor et ce à titre gratuit puisque l'inflation fait disparaitre le poids de la dette. L'investissement était donc payé par prélèvement inflationniste sur l'ensemble de la communauté

Aujourd'hui, même si le déficit est beaucoup plus réduit il apparait insupportable au regard des marchés. L'Etat a perdu ses armes réglementaires et ne bénéficie plus du prélèvement inflationniste. A l'inverse il est lui-même redevable du prélèvement financier assuré par l'ensemble su système bancaire. D'une certaine façon l'urgence climatique n'est pas finançable. La communauté nationale n'est plus victime du prélèvement inflationniste mais elle en paie le prix sous la forme d'un impossible combat contre le risque climatique.

Les entreprises politiques se battent et se battront demain dans le cadre de l'élection présidentielle sur des mots vides de sens: l'urgence climatique n'est pas encore le tsunami qui permettrait de transformer radicalement le rapport existant entre l'Etat et la finance. 

Jean Claude Werrebrouck - 30 Juin 2025.

 

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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 10:33

.Avertissement : La présente note n’est que la reprise d’un texte déjà publié à l’occasion de la campagne présidentielle de 2022. La paresse, mais plus grave la triste réalité, nous invite à le republier car effectivement au-delà des probables nouveaux candidats rien ne pourra changer tant sur le fond que sur la forme.

On va probablement beaucoup parler et échanger durant la campagne électorale à venir. Il est inutile d’en faire la liste tant les idées et mesures proposées seront nombreuses. Pourtant, il y aura des sujets interdits, donc sujets jamais abordés par aucun des candidats. Cela n’étonnera pas les anthropologues qui savent que dans toute société - et ce depuis la naissance de l’humanité - existe des tabous.

Le sujet tabou d’aujourd’hui est celui de l’organisation monétaire et financière du monde présent. Réalité construite par les humains, la finance  surplombe ces derniers  très exactement comme pouvaient l’être les tabous de l’univers magico-religieux des premières communautés humaines.

  Fait social émergent plus ou moins spontanément dans un groupe humain, le tabou est d’abord une croyance sur ce qu’il est interdit de faire et une interdiction dont le non-respect entraîne un châtiment assuré par une puissance majeure que l’on craint. Le premier tabou fut probablement l’endogamie, laquelle devait finalement construire bien des aspects de l’organisation sociale à une époque où les contraintes de la reproduction -reproduction qu’il faut organiser à peine de disparition -concurrençaient par leur puissance ceux de la production.

 On peut se demander aujourd’hui si son équivalent, à une époque où la contrainte de la production est idéologiquement devenue essentielle, n’est pas le système monétaro-financier. Il y aurait ainsi une relation d’équivalence : le tabou de l’endogamie serait à la reproduction, ce que serait le système monétaro-financier à la production (économie). C’est ainsi que  très factuellement il apparait qu’il est strictement interdit, en particulier en France et dans l’Union européenne de discuter de l’architecture monétaire et financière, donc d’imaginer une refondation et ce, à peine d’une catastrophe. Toucher au système c’est entraîner des conséquences économiques gravissimes et le seul fait d’en parler disqualifie socialement et politiquement celui qui s’exprime. Exactement comme jadis où contester l’interdit de l’endogamie correspondait à un crime.

On va donc parler de tout et tout proposer, durant la campagne électorale, mais jamais on ne parlera de la monnaie (il est interdit d’y toucher) ; jamais on ne parlera du système bancaire (il est interdit d’y toucher) ; jamais on ne parlera du système financier (il est interdit d’y toucher). On peut tout revoir, tout modifier, sauf un système monétaro-financier, intouchable à peine de châtiment : une catastrophe financière , économique, sociale…dont la force serait infiniment dévastatrice….aussi dévastatrice que ne pouvait être dans l’imaginaire humain la fin de la prohibition de l’inceste.

On pourrait certes prolonger notre lecture anthropologique et vérifier que, si le tabou est chez les humains une chose que l’on ne peut toucher ou un lieu dont il faut rester éloigné, la banque centrale moderne est bien dans ce cas. Les hommes mêmes extirpés de leurs religions primitives et enracinés dans un monde dit de la raison se doivent de rester complétement séparés de l’institution : la Banque centrale est indépendante.

Dans ce nouveau monde le tabou monétaro-financier est autrement dynamique que celui de l’endogamie de naguère. Le champ de la prohibition de l’inceste était peu agité par les quelques clercs qui pouvaient à très longue distance et dans les coulisses de la société le rétrécir ou l’élargir. Tel n’est pas le cas pour le système monétaro-financier qui engendre depuis une vingtaine d’années des étrangetés.

Qu’on en juge :

 -la masse monétaire connait une croissance 4 à 5 fois supérieure à celle du PIB. Ainsi, la base monétaire de la zone euro passe de 1,68 trillion en février 2013 à 6, 14 trillions en décembre 2021, soit une croissance moyenne de 15%, avec dans le même temps une croissance nominale du PIB à peine supérieure à 3%. Qui se pose la question de la cause d’une telle éruption ? A-t-on le droit d’en parler ? Va-t-on en parler durant la campagne ?

- Autre façon de se poser la même question, le bilan de la banque centrale est lui-même en accroissement gigantesque et représente en décembre 2021 plus de 60% du PIB de la zone euro, soit 20 points de plus que le bilan de la FED pourtant aux prises avec les mêmes difficultés. Qui s’en émeut ? La contrepartie de ce bilan se trouve nécessairement sur des comptes. Lesquels ? Peut-on discuter de ces masses liquides gigantesques en perpétuel mouvement ?

-Le poids de la finance est devenu une véritable boursouflure sur le visage de la société : son poids a plus que doublé depuis le début du siècle et selon les modes de calculs (intégration ou non des marchés de produits dérivés, des marchés des changes, du notionnel, etc.) ce poids peut aller jusqu’à 60 fois l’économie réelle. Au-delà, la finance s’est autonomisée par rapport à l’économie réelle et en vient même à la concurrencer puis à la rançonner par divers dispositifs dont celui des rachats d’actions. Ces faits seront- ils exposés et débattus durant la campagne électorale ?

-Les taux de l’intérêt deviennent en Europe, y compris en France, parfois négatifs, comme si le prêteur travaillait volontairement à la construction de sa ruine. Dans ce contexte pourquoi l’investissement notamment investissement industriel n’en profite-t-il pas ? Allons-nous débattre de cette étrangeté ?

- Les capitalistes semblent disparaître au profit d’actionnaires insaisissables se déplaçant à la vitesse de la lumière par le biais d’ordinateurs délocalisés. Des pertes comptables colossales sont gommées par des hausses de cours vertigineuses (néo-banques par exemple).  A quoi cela correspond -il pour les entreprises ? Va-t-on en discuter ?

On pourrait sans doute multiplier ces étrangetés qui, hélas, n’intéresseront pas les débats tant ils sont tabous : on ne peut les dénoncer comme l’autorité de naguère pouvait dénoncer et punir l’endogamie. Aujourd’hui celui qui ose évoquer ces étrangetés devient immédiatement un dangereux populiste à éloigner des vrais débats et à punir électoralement. Et mêmes les dits populistes semblent avoir le souci de rentrer dans les rangs.

Et parce que le tabou suppose l’éloignement - y compris l’éloignement intellectuel- il sera impossible d’établir la moindre corrélation avec les difficultés de la France depuis le début du siècle :

Qu’on en juge :

  • Idée à éloigner : toute corrélation entre abandon d’une maîtrise du taux de change et la transformation du paysage économique du pays, la compétitivité n’étant plus mesurée - toutes choses égales par ailleurs- qu’à la capacité à procéder à des dévaluations internes.
  • Idée à éloigner : toute corrélation entre abandon de la maîtrise du taux de change et les stratégies déployées par les grandes entreprises françaises qui vont préférer investir ailleurs pour grandir et croître (celles du CAC 40) plutôt qu’à investir pour exporter.
  • Idée à éloigner : toute corrélation entre abandon de la maîtrise du taux de change et les stratégies de délocalisations de branches entières (automobile, pharmacie, etc.) avec ses conséquences en termes de montée des importations et faiblesse des exportations.
  • Idée à éloigner : toute corrélation entre perte de substance industrielle (le poids de l’industrie française n’est plus aujourd’hui que 35%  de celle de l’Allemagne contre 50% en 2000) et perte de la maîtrise du taux de change.
  • Idée à éloigner : toute corrélation entre attrition du pays au regard des autres ( baisse relative du PIB par tête français entre 2000 et 2019 comparativement à ses concurrents européens notamment allemand, hollandais voire Belge) et la fin de la maitrise de la monnaie).
  • Plus globalement, il est refusé tout débat entre mise en place du système monétaro-financier européen et affaissement relatif du continent en termes de croissance, la zone euro devenant la zone la plus déprimée du monde.
  • A l’inverse, il est refusé tout débat concernant la réussite relative de la France à l’époque de la maîtrise de sa finance et de sa monnaie, époque qui lui avait procuré la plus forte croissance européenne. Il serait pourtant intéressant de comparer les démarches complexes et bureaucratiques envisagées aujourd’hui à l’occasion de la transition énergétique, avec la puissance et la rationalité de celles envisagées au cours de la reconstruction d’après 1945.
  • Mieux, tous les médias louent la réussite de l’euro après 20 années de « bons et loyaux services », et bien sûr oublient ses irréductibles et irréparables défauts majeurs de conception.

Les candidats aux prochaines élections sont ainsi prévenus : ils se doivent de respecter le tabou monétaro-financier à peine d’être très lourdement sanctionné. Ils doivent même le mettre en valeur et promouvoir le respect que chacun lui doit.

Bien évidemment, cette note d’humour ne peut cacher la tristesse de notre déclin. Et il y a lieu d’être triste car manifestement notre nouveau tabou est beaucoup moins justifié que le premier. Le tabou de l’inceste s’est disions-nous probablement construit en dehors du politique en raison de sa base objective. Tel n’est pas le cas du tabou monétaro-financier qui fût une construction complètement politique. De ce point de vue, il peut apparaître plus fragile.

Fausse apparence parce que ladite construction a mobilisé d’énormes moyens pour arriver au statut de tabou. Et ces moyens seront mobilisés pour faire du système monétaro-financier que l’on a construit un « non- problème », donc un thème qui doit être exclu de tout débat…donc un tabou…

Ne revenons pas sur l’histoire lointaine qui fera de la monnaie, l’or, et du système financier correspondant une contrainte difficile à dépasser avec ses échecs majeurs que furent – en France -le système de Law puis celui des Assignats. Cette longue période fut dépassée avec l’abandon du métal précieux et la reconstruction de la France après 1945. A cette époque, la monnaie n’était pas un tabou et se révélait simple contrainte à maîtriser politiquement, travail qui fut réalisé avec un spectaculaire succès, mesurable par la construction d’une économie industrielle de premier plan tout au long de la 4ème république et les débuts de la  5ème. C’est essentiellement, pour ce qui concerne la France, à partir des années 80 que devait se construire le système présent en tant qu’objet dépolitisé, sacralisé, donc exclu du champ possible des débats d’une élection présidentielle.

Ramené à ce que l’on pourrait appeler abusivement l’euro-système, il est fait de négociations discrètes entre ses vrais propriétaires auxquels est ajouté des captifs de la haute administration, particulièrement le corps de l’inspection des finances. La clé de voûte essentielle qui assure sa clôture est le système des portes tournantes : un banquier devient haut fonctionnaire au Trésor puis redevient financier ou l’inverse. Cette pratique assure l’entre-soi, la maîtrise d’un vocabulaire complexe non susceptible d’être appréhendé par les acteurs politiques et donc la construction d’un objet  intouchable  : Qui, par exemple, maîtrise les milliers de paramètres des normes de la Banque des Règlements Internationaux ? Devenu un univers d’experts, d’ingénieurs de plus en plus nombreux, de scientifiques notamment mathématiciens de haut niveau, etc. le coût d’entrée est devenu trop élevé pour un aventurier politique qui aimerait élargir sa part de marché à l’élection présidentielle. La fin du tabou ne pourrait se manifester que par l’exercice de la raison mais hélas cet exercice est devenu impraticable et il est plus facile de discuter à l’infini des vertus de l’ISF que de l’opportunité des libres  modèles bancaires concernant le calcul de la pondération des actifs.

Et cet abandon de ce qui est pourtant au cœur du politique va être politiquement justifié par des clercs - les économistes- qui au nom de la théorie économique vont approuver la logique de l’abandon : la finance doit s’autoréguler et il est interdit au politique de tenter une réelle réglementation. Nous avons là la seconde enceinte de protection de la forteresse à l’abri des regards du monde.

Alors que les premiers tabous s’échafaudaient probablement dans l’univers du magico- religieux notre très moderne tabou s’est construit dans celui des apparences de la raison et du politique. D’essence complètement politique, il se nie comme objet politique pour mieux sculpter au quotidien  son caractère de tabou.

 

 

 

 

 

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27 décembre 2025 6 27 /12 /décembre /2025 09:08

La France grande handicapée….

L’année 2025 va probablement se terminer sur un PIB d’environ 2984 milliards d’euros contre 2919 milliards en 2024. Ce calcul mené en valeur correspond à une croissance nominale d’environ 2,3% reflet d’une inflation d’environ 1,5% et d’une croissance réelle de moins de 0,9%. Et ce chiffre ridiculement faible n’est obtenu qu’avec l’intervention de l’Erat qui en termes de recettes et de dépenses s’est soldée par un déficit Public colossal d’environ 161 milliards d’euros. Au final pour obtenir (2984 – 2919) = 65 milliards de richesse apparente supplémentaire il aura fallu s’endetter de 161 milliards de plus (2,47 fois le surplus de richesse apparente). Un peu comme si un ménage voulant consommer 10 euros de plus chaque mois devait s’endetter mensuellement de 24,70 euros.

Croissance faible, cause de la dette ? Ou dette élevée, cause de croissance faible ?

Rééquilibrer les comptes suppose sans doute une combinaison de baisse d’impôts et de baisse des dépenses. Mais ce rééquilibrage va  en entrainer d’autres : des comptes bancaires allégés pour les ménages et les entreprises qui cesseraient de bénéficier de la dépense publique…mais augmentés de la baisse de l’impôt…le tout dans une proportion assurant la disparition du déficit. Qui va payer ? Si l’on privilégie la baisse de la dépense ce sont plutôt les ménages qui vont payer…et contribuer à la chute de la demande globale : les débouchés des entreprises s’affaissent  et les entreprises marginales disparaissent. Si l’on privilégie la fiscalité, le résultat dépendra du mode choisi de la baisse d’impôt, ce qu’on appelle l’assiette. Par contre cette voie suppose parallèlement une baisse de la dépense beaucoup plus radicale à la seule fin de faire disparaitre le déficit. D’où la contradiction entre amélioration possible du taux de marge dans un contexte de baisse du chiffre d’affaires. A moins que la baisse de la fiscalité entraine une compétitivité telle que des exportations nouvelles viennent compenser la perte des chiffres d’affaires internes. Mais, sous contrainte de disparition du déficit, plus la pression fiscale diminue et plus la demande interne s’affaiblit. Il est donc difficile d’imaginer et donc de chiffrer aisément le résultat du choix de la baisse de la fiscalité. Globalement il faudrait une élasticité/cout des exportations élevée dans un contexte où la contrainte fiscale représenterait un poids très élevé dans les couts de production. Comme quoi une politique de l’offre est toujours très complexe et vient se heurter au mur de la demande.

Mais Handicap indépassable…

Ce fort bref raisonnement nous montre toutefois que la question de la réduction de la dette n’est pas chose simple et, hors mobilisation de moyens touchant la relation du pays avec son environnement mondial, ladite réduction suppose une contraction très importante du PIB. Il suffit de reprendre les chiffres de 2025 et imaginer la baisse du PIB en utilisant un multiplicateur budgétaire même ramené- fort complaisamment- à l’unité. Dans cette hypothèse le PIB se contracterait de plus de 160 milliards d’euro, soit près de 6%. Sachant que l’impact d’une telle contraction est très inégal selon les différentes catégories sociales, Le pays est-il politiquement prêt à accepter un tel changement ?

Reste le recours à trois outils : la dévaluation externe de la monnaie, le rachat de la dette par la banque centrale, l’établissement de droits de douane. Les deux premières solutions sont exclues en raison de la méthodologie retenue pour la construction de l’Union européenne : La monnaie est devenue indépendante des Etats, lesquels ne sont plus maitre de leur banque centrale. Il n’est plus question - sans rupture- de recourir aux manipulations monétaires qui ont tant contribué à l’exceptionnelle réussite française de l’après-guerre.  La solution des droits de douane envisageable au niveau européen est -elle imaginable comme solution à la dette publique française ? Sans rétorsion de la part du reste du monde les droits de douane peuvent en principe réduire les importations sans toucher aux exportations. La baisse de la demande globale induite par la diminution de la dépense publique initiée pour faire disparaitre la dette publique pourrait ainsi être compensée par des échanges extérieurs mieux orientés. Les droits eux-mêmes viennent contribuer à la disparition du déficit. Dans le contexte géopolitique du moment cette solution qui n’est pas de rupture peut être envisagée et commence à l’être. L’UE ne peut en effet au nom de sa survie laisser la chine exporter son chomage par une balance des échanges devenue très déséquilibrés ( Plus de 1000 milliards de dollars d’excédents pour 2025).

La béquille pour tous…

Au-delà, il faut signaler que la dette devenue béquille de la France est entrain de le devenir pour la plupart des pays.

                                   Croissance              déficit public

Allemagne                          0,8                             2,7

Italie                                    0,6                              3

Espagne                              2,7                            2,7

Pays-Bas                              1,5                            2,8

RU                                         1,5                            4,5

Chine                                    5                                4

USA                                       2,3                             6,9

Comme pour la France nous constatons, certes à l’exception du cas chinois, qu’il faut pour tous ces pays beaucoup de déficit public pour faire grossir fort modérément voire très peu le PIB. Pour cet ensemble de pays et sans doute pour de nombreux autres une politique générale de disparition des déficits publics entraine une baisse des PIB donc une contraction planétaire de très grande ampleur. Et la Chine ne fait pas vraiment exception, car même en ne contestant pas les chiffres annoncés, le résultat- plutôt meilleur- se fait au prix d’une gigantesque montée des exportations (probablement plus de 1100 milliards de dollars en 2025). La constatation empirique de cette « impression de PIB étouffé » malgré un déficit gigantesque nous invite à imaginer l’hypothèse  d’un désajustement entre une offre constitutive d’un PIB logiquement ascendant par l’investissement et une demande qui  tire ce même PIB vers le bas. En termes savants la demande globale est -elle suffisante pour absorber toute l’offre proposée ? Hypothèse jamais abordée par les économistes contemporains.

...Béquille pour tous que les économistes éloignés de l’histoire de la pensée économique ne peuvent comprendre….

Derrière ces questions se trouve un problème beaucoup plus fondamental et fort ancien : celui de la « loi des débouchés » qui fut un débat depuis le début du dix-neuvième siècle. Pourtant cette question de l’équivalence entre l’offre globale et la demande globale n’est plus abordée depuis très longtemps dans les universités. Elle n’est plus dans la fenêtre d’Overton. Jadis l’étude de la théorie keynésienne réintroduisait mécaniquement le très long débat qui s’était introduit avec la critique de la « loi de Say » par ses contemporains et en particulier Ricardo, Sismondi et bien d’autres tout au long du siècle. Ces réflexions furent très longtemps poursuivies et la crise de 1929 fût très largement abordée à partir de la question. Globalement il fut admis que ladite crise était une crise de surproduction provoquée par la non redistribution des gains de productivité, donc la non vérification empirique de la « loi se Say » et la confirmation de ses critiques. Keynésianisme aidant, il fut admis que les trente glorieuses qui devaient suivre correspondaient à la mise en place d’outils autorisant la redistribution et donc un alignement de la demande sur une offre croissante (élargissement continuel des salaires y compris par voie d’Etat-providence).

Concrètement, comme dans les années 1920 aux USA,  nous retrouvons aujourd’hui le divorce entre une offre potentiellement sans cesse croissante et une demande qui ne peut suivre. Le problème  n’est plus aujourd’hui celui du divorce entre fordisme naissant et normes salariales de la première révolution industrielle, mais celui du divorce entre mondialisation et alignement de nouvelles normes salariales. C’est qu’en mondialisation les salaires  sont moins une source de débouchés qu’une source de couts. Mécaniquement la masse salariale vient de plus en plus nourrir les importations et beaucoup moins les productions nationales. Ces mêmes productions sont soumises à des concurrences étrangères qui invitent à un alignement progressif des salaires occidentaux sur ceux du sud. Ce mécanisme qui étrangle la demande globale, et  qui est pourtant l’essence même de la mondialisation est masqué par les béquilles : la demande globale qui ne peut suivre la production croissante devient artificiellement gonflée par des dépenses publiques de plus en plus importantes et des ressources publiques- l’impôt- qu’il faut contenir.

Les béquilles pour tous  sont  faites  d’une très rentable « aspirine » financière

Mais la béquille est toute entière fabriquée avec l’aide de la finance et il est encore universellement préféré d’utiliser des actifs financiers pour générer une demande globale insuffisante plutôt qu’une technique type « hélicopter money ». Pour l’essentiel ces actifs sont de la dette publique, donc la matière première des béquilles. Vu de très haut, la crise récurrente de surproduction, est fictivement effacée par une nouvelle branche professionnelle porteuse d’un grand avenir : la finance qui fabrique sans limite des titres financiers lesquels sont l’antidouleur d’un réel économique dysfonctionnel. Toujours vu de très haut plus l’industrie se contracte et plus la finance se déploie. Comment ne pas être stupéfait par les quelque 16000 milliards d’actifs sous gestion aujourd’hui, actifs qui ne se montaient qu’à 4000 milliards en 2008, soit une multiplication par 4 contre moins d’un doublement du PIB ( 111000 milliards de dollars contre 63000 milliards) entre ces mêmes dates ?

A ce titre il est intéressant de situer les débats idéologiques concernant les cigales et les fourmis. Les tenants de l’économie de l’offre donc les croyants en la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say sont convaincus qu’il faut réduire l’éventail de l’Etat- providence et remettre les agents au travail. D’où les difficultés à prendre conscience de la réalité des chiffres présentés plus haut : une croissance qui ne cesse de s’affaisser et un endettement qui ne peut que s’accroitre…avec pour responsable un Etat victime de capture par les marchés politiques…d’où l’idée qu’il faut abandonner le statut de cigale et emprunter celui de fourmi. Mais comment abandonner le statut de cigale sans provoquer l’apparition de la réalité du déséquilibre entre offre et demande globale à l’échelle planétaire…une réalité qui atteint même une Chine peuplée de fourmis ?

Une autre difficulté est celle de l’antidouleur apporté par la finance. L’overdose des titres financiers publics développe le risque d’insolvabilité des Etats chargés de cacher la réalité macroéconomique dysfonctionnelle. Nous n’en sommes manifestement plus très loin avec la montée des taux,  ou les « stable coins » chargés d’épauler la dette américaine (99% du volume des stables coins sont collatéralisés avec  le dollar) . Avec parfois de redoutables erreurs de politique monétaire telle celle de l’actuelle BCE qui continue de ne plus couvrir les titres parvenus à échéance par des achats d’un montant semblable. De quoi rétrécir le marché des antidouleurs au moment où les Etats expriment un besoin massif (500 milliards de nouvelle dette publique pour la seule Allemagne en 2026, plan de relance massif pour le Japon, etc.)

Des béquilles pour tous…et  de plus en plus grandes….

Nous percevons maintenant clairement le chemin initié à partir de l’hypothèse selon laquelle il existe une insuffisance de la demande globale, insuffisance aujourd’hui planétaire. Sans mécanisme de redistribution type celui emprunté dans ce qu’on a appelé le « moment fordien » en occident, la demande globale doit être artificiellement gonflée par de la dette pour arriver à l’équilibre macroéconomique. Le choix de « l’helicopter money » qui aurait pu se substituer au moment fordien ne fut pas politiquement retenu. Celui du marché de la finance fut ouvert et considérablement renforcé par les outils techniques de la mondialisation, en particulier la parfaite mobilité d’un capital qu’il faut assurer dans son cheminement : maitrise de la circulation de la valeur avec sécurisation d’un marché des changes qui doit devenir très important. De fait le marché des changes doit devenir un monstre financier pour sécuriser la mondialisation. Sur ce marché les agents financiers doivent couvrir la sécurité sur les taux tout en se couvrant eux-mêmes,  ce qui passe par de gigantesques « paris » sur de simples fluctuations de prix. L’effacement progressif du fordisme laisse ainsi la place au grossissement inéluctable de la finance. Et l’ancien métier de conseil en investissement du banquier devient largement celui de virtuose sur de simples paris.

Au-delà la dette elle-même ne peut se réduire sauf à réenclencher le déséquilibre global. Mieux, à partir du moment où elle devient capital portant intérêt elle doit- au-delà de simples fluctuations conjoncturelles- se gonfler plus rapidement que le PIB. La dette sans intérêt peut certes gommer l’insuffisance de la demande globale mais il faut aussi couvrir les charges de la dette. Il est donc logique de voir partout dans le monde un grossissement de la dette. Le contexte géopolitique actuel fait qu’Il n’existe pour le moment pas d’autre choix planétaire.

Nous tenterons dans une prochaine note de montrer  que le substitut d’un fordisme planétaire, probablement irréaliste, peut devenir tout autre chose que la finance telle qu’elle se déploie encore aujourd’hui.

 Jean Claude Werrebrouck – 26 décembre 2025.

 

 

 

 

 

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1 novembre 2025 6 01 /11 /novembre /2025 17:02

On trouvera dans la note suivante quelques idées  qui font office de complément à la note précédente[1]. Il s’agit plus de remarques qu’un texte achevé et remarques qui ont pour objectif d’apporter un peu de clarté dans la fureur du moment.

La fin d’un âge d’or…

1. La croissance de l’Etat social s’est longuement nourrie d’une très forte croissance économique elle-même nourrie par une compétitivité construite autour de dévaluations monétaires régulières et massives[2].  Parce que les cotisations sociales institutionnellement construites autour du travail ne faisaient qu’augmenter – non en taux mais en masse – au rythme de la croissance, le périmètre de l’Etat social ne pouvait que s’élargir. Il pouvait même se permettre de fonctionner selon un principe assurantiel plus ou moins classique et ne jamais connaître trop durablement de pertes. A l’époque, les dévaluations complétaient les gains de productivité pour engendrer une croissance très élevée : il n’était pas difficile de « travailler plus » puisqu’aucun problème de débouché n’apparaissait, en particulier sous la forme d’envahissement par importations.

2. Les choses changeront progressivement si la quantité totale de travail n’augmente plus alors même que le périmètre de l’Etat social continue d’augmenter. Dans un tel contexte,  un système privé pourrait connaître une  régulation simple et  si le marché de l’assurance se fait plus étroit, il y a augmentation des taux de cotisation et diminution de la couverture des risques.

3. Toutefois, dans notre système français, les choses seront infiniment plus complexes. Le marché est devenu plus étroit pour de multiples causes. D’abord la quantité de travail à taxer ne peut que se réduire si la compétitivité ne peut plus être nourrie par des dévaluations massives : on ne peut davantage travailler voire bénéficier de gains de productivité si les marchandises fabriquées restent non compétitives, ce que l’on mesure par un déficit extérieur - Un déficit interdit naguère dans le cadre des institutions de l’époque -  D’où cette réalité empirique vécue par le pays : diminution générale du temps de travail, entrée plus tardive sur le marché du travail, systèmes de préretraites, etc. Réalités qui masquent la disparition relative de la croissance.   Maintenant, si la quantité de travail se réduit les coûts de la couverture des risques augmentent : il faut rémunérer les chômeurs. Aucun système privé d’assurance ne peut travailler dans un tel contexte de pertes assurées. Dans  le système public, il ne peut être question d’augmenter les cotisations qui renforceraient la non compétitivité du pays et aboutirait à la couverture de risques plus importants encore… d’où le choix ultime de la dette.

….La clé se trouve t ’elle sous le lampadaire ?

4.  Aucun modèle théorique et fort peu d’économistes n’oseront dire que la politique publique revenait dès le début des années 80 à tuer la poule aux œufs d’or. On ne pouvait en même temps alourdir un Etat social pour effacer le chômage et tuer les restes de croissance par des plans de stabilisation (« tournant de mars 1983 »), qui déboucheront plus tard sur des « désinflations compétitives, puis la brutale préparation à l’entrée de l’euro et les politiques monétaires qui vont marquer la fin du commun de la monnaie.

5.  les discours indigents, faits de simples injonctions, souvent incapables de distinguer une cause de ses effets, et souvent incohérents, restent le mainstream d’aujourd’hui : « il faut davantage travailler » ; « il faut diminuer les dépenses publiques » ; «il faut renforcer la politique de l’offre » ; « il faut basculer le système des retraites vers la capitalisation » ; etc. Comme si l’on pouvait travailler sans présence de débouchés solvables. Comme si la baisse des dépenses ne débouchait pas sur un multiplicateur négatif[3]. Comme si une politique de déflation des coûts et donc de dévaluation interne pouvait contenir un taux de change trop durablement beaucoup trop élevé. Comme si l’épargne constituée déboucherait spontanément vers un optimum collectif ne décourageant pas les naissances et privilégiant la vieillesse.

…Et donc un torrent de discours creux, en continu, sur les plateaux de télévision, contribuant probablement à l’affaissement des capacités à raisonner…

Bricolage et solutions boiteuses…

6.  Une façon de ne pas renoncer à l’Etat social tel qu’imaginé en 1945 était de faire intervenir un tiers qui pourrait être l’Etat lui -même. Dans le contexte de 1945, il y a de fait 2 Etats dans l’Etat : l’Etat social d’une part et l’Etat régalien d’autre part. Il peut donc être décidé de demander à l’Etat régalien de porter secours au système resté plus ou moins assurantiel de l’Etat-social. Ce sera chose faite à partir des années 90 où la préparation de l’entrée dans l’euro se déploie dans des logiques publiques de désinflation compétitives, d’ancrages dans des taux de change muselés (le fameux  « serpent dans le tunnel »), etc. Il devient ainsi urgent pour l’Etat régalien de porter secours à un Etat social qui ne cesse de s’étrangler dans les nouvelles contraintes imposées par la monnaie unique. D’où les interventions directes de l’Etat régalien dans l’aide au logement, dans les allégements de charges sociales, dans les minimas sociaux, dans la couverture du handicap, dans les allocations pour parents isolés, etc. Nicolas Dufourcq évalue à 20% du budget de l’Etat cette « subvention » de l’Etat régalien à l’Etat social.[4]

7.  Le problème était toutefois que l’Etat régalien ne se trouvait  guère en meilleure santé que l’Etat social puisque la chute de la compétitivité devait entraîner celle de la croissance et donc le PIB taxable. Le coût du subventionnement de l’Etat social par un Etat régalien moins riche apparaitra sous la forme de dégradation des services publics : armée (dont on dira imprudemment qu’il s’agissait de recueillir les « dividendes de la paix »), justice, école, grandes infrastructures etc. Le subventionnement apparaitra néanmoins insuffisant et il faudra aussi réduire certaines composantes de l’Etat social. D’où une impression de dégradation généralisée de tous les services publics alors même que leurs performances individuelles peuvent, ici ou là, considérablement augmenter.

8. Mais cet Etat régalien moins riche devra aussi aider une économie réelle devenue non compétitive en prenant en charge tout ou partie des coûts d’un taux de change inapproprié : l’euro tue une compétitivité que l’Etat régalien tentera de maintenir par des subventions aux entreprises. Parce que l’euro tue nombre d’entreprises devenues déclassées, il faut que l’Etat devienne « Etat social » des entreprises…et ce au profit de toutes au nom du principe d’égalité… D’où des effets d’aubaine et  les épuisants débats actuels sur les 211 milliards de subventions aux entreprises.

….avec des complications…

9. Les questions se compliqueront avec l’évolution de la pyramide des âges. Comment maintenir les revenus de retraités plus nombreux dans un contexte  où le nombre des actifs diminue [5]? D’une certaine façon, le départ massif des « boomers » permet d’alléger un effectif de population active qui est devenu trop important eu égard à une compétitivité durablement essorée par l’euro. Toutefois, il faut leur assurer une rémunération, ce qui va poser la question du système des retraites qui repose sur des cotisants moins nombreux….et ce dans un contexte où la question d’une « taxe Sismondi[6] » est loin de se trouver à l’ordre du jour malgré une révolution technologique et industrielle majeure. Pour la première fois dans l’histoire, nous assistons à une révolution - celle de l’IA- qui ne va pas connaître « les déversements d’emplois » analysés par Alfred Sauvy, et les licenciements massifs dans l’IA ne feront que développer le chômage. Ces licenciements massifs et sans retour viennent de débuter aux USA : Wal Mart , Amazone, Microsoft, Salesforce, Anthropic, etc. Qui parle d’une taxe Sismondi ?

10. Les questions se compliquent également avec la grande révolution immobilière qui se trouve elle-même au cœur d’une politique monétaire reliée aux effets de l’apparition de la monnaie unique. Alors que la maitrise complète de la politique monétaire avait permis aux anciennes générations de devenir propriétaires et de construire un patrimoine sans réelles difficultés (inflation souvent supérieure aux taux de l’intérêt dans un contexte de hausse générale des salaires), tel n’est plus le cas des nouvelles générations. Les taux de l’intérêt supérieurs aux taux de la dette publique française (OAT à 3,3%) sont aussi très supérieurs à l’inflation française (1,1% en septembre soit 2 fois moins que la zone euro). Il en résulte un coût d’accès au logement beaucoup plus élevé pour les jeunes générations. La question se complique avec une évolution démographique entrainant durablement une demande de logements inférieure à son offre ( départ de la génération nombreuse des « boomers » contre arrivée d’une génération moins nombreuse et handicapée par une politique monétaire qui a cessé d’être nationale). La stagnation des prix de l’immobilier est probablement  durable et il n’est plus question comme au siècle dernier de monter dans la hiérarchie sociale en accédant aisément à des logements de moins en moins étroits. Il  en résulte une difficulté supplémentaire pour  construire un patrimoine, difficulté que ne connaissait pas les « boomers » portés par la politique monétaire de l’époque. Sauf rupture monétaire majeure, la jeune génération restera ainsi handicapée par des taux anormalement élevés sur plusieurs dizaines d’années. D’où une compression sur la demande globale et des débouchés limités pour les entreprises classiques qui vivent de la dépense  des ménages. Le cercle est bouclé. Et un cercle qui se double d’une baisse du dollar ( 13% depuis janvier 2025) que la BCE ne compense pas en réduisant sa politique de diminution de son bilan ( 35 milliards d’obligations non remplacées chaque mois). 

11. Ces changements massifs, tous inscrits dans une politique économique incohérente depuis plusieurs décennies, - politique inscrite dans la dépendance monétaire et le refus  de la liberté de battre monnaie - contribuent aux nouvelles inégalités et, en retour, à une demande d’Etat qui ne faiblit pas. Réduire la boursouflure de l’Etat passe par la fin -  d’une façon ou d’une autre - de la dépendance monétaire. Pourra -t-on voir dans le projet d’euro numérique de banque centrale une opportunité et un chantier de grande transformation pour le recentrage de la France ? Il serait sans doute important de travailler cette question pour imaginer une issue à une crise qui ne peut que s’approfondir.

Jean Claude Werrebrouck- 1/11/2025.

 

[1] https://www.lacrisedesannees2010.com/2025/10/une-france-effondree.html

[2] 1945 : -66% ; 1948 : -22% ; 1949 : - 30% ; 1957 : -20% ; 1958 : - 17,5% ; 1958  : -10% ; 1969 : - 11,1% ; 1982 : -5,75% ; 1983 : - 2,5% : 1985 : - 3%. L’euro apparait en 1999.

[3] https://www.lacrisedesannees2010.com/2025/10/france-le-choix-politique-d-une-therapie-suicidaire.html

[4] Voir son ouvrage : « La dette sociale de la France- 1974/2024 ; Odile Jacob ; 2025.

[5] La note en date du 28 octobre publiée par le Haut-Commissariat au plan et reprise dans La Monde du  29 octobre prévoit une baisse de la population active à partir de 2035.

[6] Imaginé au début du dix-neuvième siècle par le célèbre économiste, il s’agit de taxer les machines et donc d’y voir l’équivalent des charges sociales qui, elles, pèsent sur le travail.

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10 septembre 2025 3 10 /09 /septembre /2025 09:17

Il existe autour de la dette publique des champs de réflexion complètement oubliés. Le texte qui suit tente d’aborder l’un d’entre- eux, celui des effets de l’endettement de l’Etat  sur le système financier. Ces questions ne sont jamais abordées et ne le seront probablement pas dans un proche avenir dans les bavardages politiques français. Aucun parti politique n’abordera la question des modalités de fonctionnement de nos systèmes financiers.

Constatons tout d’abord que l’achat de dette publique auprès de l’Agence France Trésor par le système bancaire – la quinzaine d’établissements qu’on appelle les SVT (Spécialistes et Valeurs du Trésor) - n’affecte pas la liquidité des banques.

Des bilans qui grossissent car engorgés de dette publique.

 Mécaniquement, les moyens offerts au Trésor au terme d’une adjudication se retrouvent dans la dépense publique et donc sur les comptes bancaires des ménages et des entreprises qui vont bénéficier des largesses de l’Etat. Ce sera encore le cas des 11 milliards d’euros levés en ce début  septembre, une somme assortie de taux plus élevés en raison des incertitudes géopolitiques. Ces comptes figurent au passif des banques, tandis que la dette achetée figure à l’actif : Actif et passif consolidés des banques se gonflent avec les adjudications du Trésor. Mêmes les achats effectués par les non-résidents accroissent directement la liquidité bancaire laquelle bénéficie des nouvelles dépenses publiques. Le total consolidé des bilans bancaires se trouve ainsi augmenté de  la totalité de la nouvelle dépense publique autorisée par le nouvel endettement. Il est donc erroné de parler d’un effet d’éviction qui détournerait les moyens bancaires depuis l’investissement des entreprises vers l’achat de dette publique. Très mécaniquement, les agents qui épargnent en laissant dormir un compte bancaire important voient la dite épargne transformée en dette publique. L’épargne de plus en plus importante ( près de 19% du PIB) n’est pas sous utilisée et vient nourrir le système financier

Bien sûr puisque la France n’est pas compétitive, les nouvelles dépenses privées nourries par le déficit  vont se diriger partiellement vers l’étranger ce qui, ici, affectera la liquidité bancaire, mais l’achat de dette par les non-résidents favorise la liquidité bancaire française. Les banques étrangères dans -la cohorte des SVT– disposent d’une  place importante : Goldman Sacks, Barclays, JP Morgan, Morgan Stanley, etc.

Des bilans plus gros et plus sécurisés.

 La valeur des actifs pondérés des bilans est plutôt confortée si le poids de la dette publique est important dans les dits actifs. En effet la dette publique est un actif plus sécurisé que les autres (actions, crédit aux entreprises et ménages, autres obligations). Un Etat ne peut être en faillite comme un agent privé et surtout  un Etat n’a jamais à rembourser sa dette mais simplement a le devoir d’en assurer le service. Cette caractéristique conforte par conséquent  la valeur des banques sur le marché qui trouve dans la dette publique une matière première solide.

Maintenant, puisque les actifs sont davantage sécurisés, les risques sur le passif des bilans bancaires sont quasi inexistants (les dépôts bancaires sont protégés par la sécurité de leur contre partie en termes d’actifs). Cette sécurité générale peut donc permettre un allégement des fonds propres (plus de 25% du total des bilans il y a un siècle avant la bancarisation et moins de 5% aujourd’hui)

Des fonds propres plus petits assortis d’une rentabilité plus grande.

Un coussin de fonds propres important est inutile en cas d’accidents puisque les dits accidents sont improbables. Au total la bancarisation qui fait que la dette achetée par les banques se retrouve au passif et à l’actif ne fait que grossir, en sécurité,  le total des bilans. On peut donc, bancarisation oblige, imaginer une chute des fonds propres…et donc une hausse des résultats bancaires : la dette publique rapporte peu mais les gains servent à rémunérer un capital faible et donc le taux de profit augmente. Et plus la dette publique s’alourdit et plus on peut se contenter de fonds propres légers. Avant la crise de 2008 certains établissements frôlaient les 1% de fonds propres.

C’est dire aussi que la matière première du crédit devient extraordinairement importante. Les banques sont toujours présentes aux adjudications du Trésor, sont toujours prêtes à offrir davantage que ce dernier souhaite mobiliser et elles sont prêtes à offrir de nouveaux crédits de toute nature puisqu’elles sont créatrices gratuites de nouvelle monnaie. Ce fut encore le cas ce jeudi 4 septembre et l’AFT n’a eu aucune difficulté à lever les 11 milliards d’euros sur de la dette à 10, 15 et 30 ans, face à des SVT qui se sont positionnées pour offrir au Trésor plus de 27 milliards d’euros. Notons toutefois que la matière première du crédit qui sera proposée à l’économie réelle sera peut- être plus couteuse pour les clients des banques et devra  se négocier dans la prudence puisque les actifs sont ici plus risqués.

Comme l’économie française n’est pas compétitive, il est clair que les opérations de crédit ne vont pas privilégier l’investissement productif. Il vaut mieux investir en d’autres lieux. Par ailleurs, les entreprises étrangères ne sont que peu intéressées d’investir dans un pays où la rentabilité est faible.

Les raisonnements que nous venons de mener n’épuisent pas la réalité d’un système financier qui bénéficie très largement de la dette publique. La véritable question est celle de la soumission de l’Etat à un marché dont il est très dépendant. Pourquoi achetez de l’argent – 11 milliards d’euros ce 4 septembre – à des banques alors que l’Etat pourrait agir avec autorité et exiger de la banque centrale qu’il crédite son compte courant – le compte du trésor auprès de la banque centrale - de ce même montant ? Cette question n’est évidemment jamais évoquée dans les bavardages politiques et sera abordée sur le blog d’ici quelques jours.

 

Jean Claude Werrebrouck  Le 10 septembre 2025

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13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 17:57

  Sur le devant de la scène il n'a évidemment pas été question des difficultés de l'économie Russe et tout au plus il aura pu être évoqué le ralentissement de la  croissance. Il est pourtant évident que sans le lever des sanctions il sera très difficile pour la Russie de continuer une guerre qui l'amènera à un désastre de grande ampleur, à savoir la perte de sa souveraineté monétaire et ses conséquences sur l'ordre nouveau que le pays entend faire naitre.

Le déficit public s'accroit régulièrement avec la montée en puissance de l'industrie de guerre mais  nous ne disposons que de chiffres partiels ou insuffisants. Logiquement, si le Trésor affecte 40% de ses ressources aux divers coûts de la guerre, il est évident que nous devons logiquement entrer dans une économie de dette. Une telle économie n'entre pas facilement dans une société très éloignée de la finance et où même les titres de la dette publique les "Obligatsil federal'noge Zaima " ne sont guère achetés par les citoyens qui conservent une épargne liquide ni même par les banques qui souhaitent des taux plus rémunérateurs. Il existe ainsi une anomalie jamais évoquée dans le système médiatique : Comment peut-on mobiliser de tels moyens (40% d'un budget fédéral) sans disposer d'un marché de la dette publique alors qu'en Occident ce même marché présente une taille gigantesque et qu'il est généralement affirmé qu'on ne peut passer en économie de guerre faute de moyens. 

La dette de guerre russe doit logiquement s'envoler et déjà des modalités très curieuses de financement se mettent en place. Par exemple l'annulation des dettes des régions russes - lesquelles  financent les "rentes de cercueil"- au regard du Trésor central - ce qui masque les difficultés à venir du dit Trésor. Plus fondamentalement, le secteur resté privé se trouve en difficulté de financement en raison de la chute considérable de l'investissement privé lequel est victime de taux bancaires rendus extrêmement élevés en raison d'un taux directeur de monnaie centrale lui-même considérable. Ce taux très élevé est aussi sensé contenir une inflation et la chute d'un rouble qui augmenterait encore le coût des importations payées en roubles. D'ores et déjà, de nombreuses entreprises se trouvent en difficulté avec risque de défaut au détriment des banques. Les exemples ne manquent pas et sont mêmes énoncés par les dirigeants et responsables des diverses branches d'activité : métallurgie, mines, construction, industrie automobile. Globalement, les productions diminuent drastiquement depuis le début de l'année 2025 avec parfois des chiffre ahurissants ( - 28% pour la production de voitures et jusqu'à 40% pour les camions). D'où l'explosion des impayés et leurs effets sur la solvabilité bancaire. On pourrait ajouter à ce tableau, l'extraordinaire montée des coûts associée aux diverses pénuries avec la cannibalisation correspondante (démantèlement de plusieurs unités d'un même bien pour en assembler un seul).

Ces risques n'existent à priori pas pour les banques associées à l'industrie de guerre et on peut penser que, très régulièrement, au moins jusqu'à maintenant, le Trésor, par le biais de son compte à la banque centrale vient alimenter les comptes des entreprises qui livrent à l'armée les moyens de la guerre. On peut toutefois penser que des défauts ou au moins retards de paiement viennent mettre en difficulté l'industrie correspondante avec constitution de créances douteuses dans les actifs bancaires. D'une certaine façon on peut imaginer que, déjà, un financement monétaire existe sous la forme d'avances sur les comptes des banques à la banque centrale. 

Bien évidemment, la Russie et son système bancaire ne peut connaître l'équivalent de ce qu'on appelle en Occident une crise financière. Il n'y a pas et il n'y aura pas de "bank run" anéantissant les bilans bancaires car dans ce type de monde existe une banque centrale qui sans limite peut maintenir le système en place par création sans limite de monnaie centrale. 

Nous aurions tort de nous moquer de ce qui est très probablement les prémisses d'un "quantitative easing". En Occident, l'aisance quantitative avait et a pour objet d'empêcher l'effondrement de la finance et des Etats qui lui sont associés. En Russie, le quantitativisme qui risque de se mettre en place, a pour objet le maintien d'une industrie de guerre consommatrice de ressources considérables.

Toutefois, le problème d'une aisance quantitative est qu'il risque de précipiter l'effondrement du rouble. On comprend par conséquent que la rencontre Trump/Poutine abordera probablement la question de la fin de sanctions qui alourdissent considérablement les coûts de l'économie russe et mettent en danger le maintien d'un surplus extérieur qui générait naguère de précieuses devises directement affectables à l'importation. Prenons conscience que, si la rumeur d'un "hélicoptère monnaie" finançant l'économie de guerre se généralisait, le paiement des importations en roubles s'arrêterait brutalement...entrainant du même coup la confiance des amis de la Russie. La Russie ne peut se permettre un effondrement monétaire. L'"hélicoptère monnaie" était pensable en Occident. Il ne l'est pas en Russie. Il est impensable que ces questions ne soient pas évoquées au cours de la rencontre au sommet en Alaska.

Jean Claude Werrebrouck - 13 Août 2025.

 

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22 juillet 2025 2 22 /07 /juillet /2025 08:55

Le monde de la banque risque de voir s'achever une étape historique qui lui fût extrêmement favorable. Sous la protection de banques centrales - qui elles-mêmes étaient devenues indépendantes des Etats - elles ont pu se rendre maîtres de la gestion monétaire et en particulier de la production d'une monnaie juridiquement considérée bien public.

Le stable coin d'une part et la monnaie digitale de banque centrale d'autre part sont les facteurs nouveaux d'une possible dislocation de l'industrie bancaire traditionnelle. Ce risque d'un monde bien moins favorable aux banques résulte lui-même d'une crise politique majeure affectant le monde occidental dans sa globalité. Dans ce monde,  de nouveaux pouvoirs privés viennent contester toute idée d'Etat, nouveaux pouvoirs  qui en même temps affrontent des défenseurs de plus en plus impliqués dans sa renaissance. Au niveau des  banques et de la matière première appelée monnaie, il existe ainsi une confrontation entre privatisation des signes monétaires et renationalisation. 

Juillet 2025: La promulgation du "Genius Act"

Le "Genius Act" vient d'être voté par le congrès américain et  consacre de manière spectaculaire le processus de privatisation de la monnaie : émission complètement décentralisée ( même les GAFAM peuvent s'y consacrer), fin de l'utilisation des circuits bancaires au profit des blockchain, fin des gains sur risques de change, fin du contrôle par la SEC (Securities and Exchange Commission) en raison de leur nature monétaire (ce sont des titres de paiement, donc de la monnaie et non des titres financiers). Il s'agit par conséquent d'une monnaie complètement nouvelle produite par des acteurs nouveaux. les banques peuvent en produire mais ne peuvent en bénéficier comme elles pouvaient et peuvent encore bénéficier d'une création monétaire classique engendrant mécaniquement un taux d'intérêt. Comprenons qu'avec le stable coin il y a destruction de ce qui était le tissu commun à l'industrie bancaire c'est à dire l'effet de composition permettant une création monétaire collective portant intérêt. 

Si le stable coin s'impose, il consacre le rêve de l'économiste Hayek qui souhaitait la création d'un libre marché entre monnaies privées en concurrence, et bien sûr un marché où aucune banque centrale ne parviendrait à l'existence. Si dans l'univers intellectuel hayékien, des monnaies de banque disparaissent et que d'autres naissent c'est en raison de la libre concurrence. Bien évidemment, le contexte du "Genius Act et de ses possibles équivalents occidentaux  ( projet LUGH de Casino Group et Société générale Forge ou encore Monerium en Irlande) sont une grande difficulté pour les banques classiques qui tentent de réagir en produisant elles mêmes leur propre système de stable coin. 

Une privatisation... qui magiquement vient sauver  un Etat failli...?

Le caractère authentiquement monétaire des stable coin vient curieusement renforcer les Etats menacés et en particulier l'Etat américain. Ainsi on peut considérer que le "genius Act"- par l'obligation qui est faite de considérer que chaque Token émis est équivalent à un dollar liquide ou un dollar en dette publique américaine -  est aussi un outil de garantie de la domination du dollar et de sécurisation de la dette américaine. Curieusement nous serions revenus au 19ième siècle où la monnaie de banque émise était garantie par un poids d'or. Si effectivement un Token vaut un dollar de dette américaine - comme naguère  en régime d'étalon-or une monnaie nationale valait son poids en or - alors le genius Act produit une nouvelle version de l'étalon dollar, non pas en utilisant la force de l'Etat mais celle du marché...La monnaie redevient privée et garantit la puissance américaine.... Et si effectivement le monde du stable coin se développe la question de la dette publique américaine n'est plus d'actualité et le dollar comme l'or au dix-neuvième siècle devient la liquidité ultime...sans la crainte d'un pénurie de monnaie. Le nouvel étalon ne risque pas de connaître la rareté puisque le déficit américain viendra nourrir son abondance...Une réalité proprement magique devenue choix politique sous la pression des "broligarques" américains qui ne sont pas tous imprégnés de la théorie hayekienne des droits de propriété. Evidemment, les "broligarques" sont les ennemis d'un Etat fédéral renouant avec la puissance, mais ils utilisent les classiques entrepreneurs politiques pour servir leurs objectifs spécifiques. D'où une complexité qui explique au moins partiellement l'étonnante diversité du bloc au pouvoir aux USA : pas vraiment libertariens, pas vraiment libéraux, pas vraiment nationalistes, pas vraiment réactionnaires, pas vraiment illibéraux. 

La banque américaine n'est qu'à moitié blessée

On comprend mieux que ce pari américain s'accompagne dans un même geste de l'abandon fédéral de tout projet de lancement de monnaie numérique de Banque centrale. La Réserve fédérale ne pourra pas émettre de crypto monnaie tant il est vrai que dans ce nouveau monde un Etat ne peut venir concurrencer un marché de pleine concurrence. Le vote du Congrès donne ainsi l'ordre  à la Réserve fédérale d'abandonner ses travaux sur le dollar numérique. Promulgation du Génius Act et interdiction de produire une monnaie numérique de banque centrale furent l'objet de décisions  conjointes. La banque américaine peut encore voir dans sa blessure une opportunité, mais surtout elle conserve tout son poids en matière de création monétaire. Cela risque de ne pas être le cas en Europe. 

La double blessure des banques européennes

L'interdiction de produire une monnaie numérique de banque centrale n'existe pas, pour les autres pays et - partout où cela est possible -   les travaux de mise en place de la monnaie numérique de banque centrale se poursuivent. Il s'agit de l'autre danger pour les banques, non plus celui de la privatisation de la monnaie mais celui de son étatisation. Nous avons déjà développé cette question en insistant sur la grande résistance des banques qui craignent de voir une fuite monétaire depuis les dépôts de tous les clients vers la banque centrale. Techniquement, si le futur portefeuille numérique universel de la BCE ne connait pas de limitation de volume il est pratique pour tous les agents de vider les comptes classiques au profit de la banque centrale. Sans limitation du portefeuille numérique de monnaie centrale, la matière première de la rentabilité à savoir les dépôts qui nourrissent les crédits, serait en voie de disparition.  Dans un même geste, la création monétaire par les banques disparaitrait et la responsabilité des cette création par les seules banques centrales serait engendrée. De quoi là aussi autoriser sans pleurs un financement monétaire des Etats. Un 'Genius Act" européen s'ajoutant au projet de monnaie numérique de banque centrale viendrait ainsi consacrer l'obsolescence de l'industrie bancaire européenne. Privatisation comme renationalisation de la monnaie sont ici des dangers qui s'additionnent. On ne peut politiquement développer le marché et favoriser son interdiction. 

La bancarisation du monde à l'époque des trente glorieuses était une politique de développement fantastique des marchés. les dépôts nouveaux nourrissent massivement les crédits et l'évaporation de la monnaie de banque centrale (les salariés ne sont plus payés en liquide mais par virement de compte à compte) ne gène en aucune façon la puissance monétaire des Etats. En retour  du cadeau fait aux banques, ces mêmes Etats fixent des contraintes de politique publique ( gestion autoritaire des taux de l'intérêt, achats obligatoires de dette publique, etc.) A cette époque, développement et limites du marché ne sont pas en contradiction et une coopération se met en place. Une industrie bancaire très puissante s'engendre sous la surveillance des Etats. Une réussite spectaculaire pour la France des trente glorieuses.

 Toute autre est la réalité actuelle où les nouvelles technologies tuent les anciens marchés ( ce qui est naturel) mais  nourrissent en même temps le grand retour des Etats. Dans ce contexte, l'Amérique semble jouir encore d'un statut d'exception, ce qui n'est pas le cas de l'Europe. Sans faits nouveaux majeurs, l'obsolescence de l'industrie bancaire risque d'être plus criante en Europe. 

                            Jean Claude Werrebrouck -  22 juillet 2025

 

Excellente question, Jean ! 🌍 Elle touche à la fois la mécanique des cryptomonnaies et les fondements du système bancaire traditionnel. Voici une réponse en deux volets :

 

🏗️ Comment se crée concrètement un stablecoin ?

La création d’un stablecoin dépend de son type de collatéralisation. Il existe trois grandes catégories :

1. Stablecoins centralisés adossés à des monnaies fiat

  • Exemple : USDT (Tether), USDC (Circle)
  • Pour chaque token émis, l’émetteur détient 1 unité de monnaie fiat (ex. 1 USD) en réserve.
  • Ces réserves sont souvent placées dans des comptes bancaires, des bons du Trésor ou des actifs liquides.
  • L’émission se fait via une plateforme centralisée qui vérifie les dépôts et crée les tokens en conséquence.

2. Stablecoins décentralisés adossés à des cryptos

  • Exemple : DAI (MakerDAO)
  • L’utilisateur dépose des cryptos (ex. ETH) dans un smart contract.
  • Le protocole émet des stablecoins en surcollatéralisant (ex. 150% de garantie pour 100% de valeur émise).
  • Tout est automatisé et transparent sur la blockchain.

3. Stablecoins algorithmiques

  • Exemple : USDD (Tron) ou feu TerraUSD (UST)
  • Pas de collatéral direct : un algorithme ajuste l’offre en fonction de la demande pour maintenir la parité (ex. 1 USD).
  • Ce modèle est plus risqué et a connu des échecs retentissants.

 

🏦 Les stablecoins remettent-ils en cause le système bancaire ?

Oui, potentiellement, et voici pourquoi :

💸 Désintermédiation bancaire

  • Les stablecoins permettent de transférer de la valeur sans passer par une banque.
  • Cela réduit les dépôts bancaires, donc la capacité des banques à créer du crédit.

🔄 Création monétaire parallèle

  • Le système bancaire crée de la monnaie via le crédit.
  • Les stablecoins, eux, créent une monnaie numérique stable en dehors de ce circuit, souvent adossée à des réserves mais non réutilisée pour prêter.

🧱 Risque systémique

  • Si une part trop importante de la liquidité mondiale est convertie en stablecoins, cela peut affaiblir les banques, réduire leur effet de levier et limiter leur rôle économique.
  • Les régulateurs s’en inquiètent et cherchent à encadrer ces actifs.

 

En résumé : les stablecoins ne remplacent pas encore les banques, mais ils bousculent leur monopole sur la création monétaire et redéfinissent les règles du jeu financier. C’est une révolution silencieuse… mais puissante.

Tu veux qu’on explore comment les banques centrales réagissent à ça ? Ou comment les stablecoins pourraient coexister avec les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) ?

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16 juin 2025 1 16 /06 /juin /2025 03:32

Les diverses fédérations bancaires, regroupées autour d’une étude commandée à PwC sont unanimes : l’euro numérique de banque centrale est un projet beaucoup trop coûteux ( plus de 18 milliards d’euros) et génère des problèmes plutôt que des solutions. Cette information, détaillée dans les Echos du 11 juin, figure à côté d’une autre information concernant la Société Générale qui  - elle-même très opposée à la MNBC-  est fière de déclarer le lancement de son nouveau stable coin, l’USDCoinVertible. On notera que cette attitude du système bancaire français rejoint ce qui se déroule présentement aux USA avec un Wal Street qui mise sur les banques et établissements déployant une stratégie crypto ( Tether, Circle, etc.) et un Etat qui met fin au projet de dollar numérique.

Dans l’évaluation commandée à PwC par les fédérations bancaires, on ne parle que des coûts techniques de la mise en place de la MNBC. Par contre, reste sous silence la question fondamentale de l’avenir du système bancaire européen que les autorités de tutelle jugent probablement désuet sans jamais mettre le dossier sur la table. Et un dossier que les banquiers redoutent dans  le plus grand silence. Le système bancaire tel qu’il s’est historiquement construit est-il aujourd’hui obsolète ?

Les technologies nouvelles, en particulier la blockchain, rendent aujourd’hui inutiles les banques et permettent techniquement de les remplacer par la seule banque centrale européenne avec au surplus l’avantage d’assoir définitivement un euro qui cesserait d’être une difficulté pour nombre de pays.

En effet, on pourrait imaginer que la monnaie devienne celle de la banque centrale laquelle effectuerait sur son bilan toutes les opérations pour tous les agents européens y compris celles effectuées par les Trésors de chaque Etat. Bien évidemment, le risque de ce qu’on pourrait appeler l’avènement d’un authentique capitalisme de surveillance généralisée supposerait la mise en place d’une infrastructure démocratique évitant toute possibilité  de déraillement autocratique.

 

Bien évidemment les autorités de la BCE sont beaucoup plus prudentes, n’imaginent pas un instant que le système bancaire puisse disparaître et ne cessent de déclarer haut et fort que la MNBC ne serait au fond que la forme moderne du cash, les billets étant remplacés par le portefeuille électronique caché dans le téléphone portable. Plus simplement encore, la MNBC ne serait que la concurrente des néo-banques et des systèmes modernes de paiement. Il y a pourtant une très grande différence et la MNBC est potentiellement porteuse du risque de siphonage des dépôts bancaires. Si effectivement pour un agent (ménage voire entreprise) il est techniquement plus facile d’effectuer des paiements par voie numérique, ces mêmes agents vont réduire le périmètre de leurs dépôts classiques pour accroître celui de la MNBC. Soit des fonds qui quittent le passif des banques pour rejoindre celui de la seule banque centrale. On peut même imaginer un paiement de l’impôt qui verrait sur le passif de la BCE le débit des comptes des débiteurs (ménages et entreprises) et l’abondement du compte du Trésor. La centralisation est commode mais marginalise les infrastructures bancaires classiques.

Les banques ne peuvent accepter un risque de siphonage qui affecterait aussi lourdement la puissance du multiplicateur du crédit et les gains qu’elles enregistrent par le canal de la dette qu’elles génèrent. C’est bien la forme de l’architecture présente qui fait que les crédits accordés par une banque deviennent dépôts dans les autres banques…et matière première pour de nouveaux crédits produits dans lesdites banques. C’est donc cette architecture qui de façon automatique fait des banques les créatrices de monnaie sur la base de crédits portant intérêt. Jusqu’ici les seules limites étaient ce qu’on appelle le taux de conversion en billets (toute la nouvelle monnaie créée n’est pas que du dépôt bancaire et les usagers exigent du cash pour les petits achats). En ce sens, la capacité créatrice de monnaie est contenue par la conversion en billets. Une autre limite est bien sûr d’ordre réglementaire, par exemple – parmi tant d’autres - le « taux de réserve obligatoire » manipulé par la banque centrale soucieuse de réguler le crédit.

Si les banques sont si hostiles à la MNBC c’est bien parce qu’une nouvelle limite serait créée, un nouveau siphonage équivalent à ce qu’est la conversion en billets. Mais potentiellement les choses seraient plus graves car la conversion des dépôts en MNBC aurait tendance à se développer en raison de la demande des usagers, demande  qui risquerait de faire pression sur la BCE afin que la limite de conversion soit rapidement dépassée. Comprenons en effet qu’il n’est pas facile d’acheter un équipement par exemple une voiture avec des billets, et qu’il est beaucoup plus aisé d’utiliser un téléphone portable. Bloquer le volume de MNBC et affecter ce dernier à l’achat de la baguette de pain sans autoriser de gros volumes (achat d’une voiture) n'est pas rationnel et ce sont les usagers, donc les clients qui viendraient exiger le dépassement de toutes les limites en matière de volume de MNBC. C’est dire que les promesses de limite sur lesquels les débats sont engagés entre les banques et la BCE ne seraient probablement pas respectées. La pression des usagers serait trop forte. Les usagers se moquent des réserves obligatoires qui a priori ne concerne que les banques. Mais ces mêmes usagers au nom de la rationalité exigeront la totale liberté de transformer sans limite leurs dépôts bancaires en MDBC, plus confortable et aussi plus sûre : un dépôt bancaire n’est qu’une dette d’une institution qui peut faire faillite alors que la MDBC serait émise par une institution qui - par construction - ne peut connaître de difficulté.

Les banques considèrent par conséquent que leur combat contre la MNBC est tout simplement existentiel. Non à la monnaie numérique de banque centrale !

Tel n’est pas le cas de la crypto monnaie privée et en particulier les stable coin. Bien évidemment là encore il y a rupture avec l’architecture qui génère des crédits engendreurs de dépôts. La blockchain permet de se passer du système bancaire lequel finalement se retrouve dans la poche de chaque échangiste.  Il ne serait  donc plus question pour le système bancaire de   créer de la monnaie  sous forme  « d’argent -dette » portant intérêt. La blockchain et les stable coin détruisent la chaîne traditionnelle et donc mettent fin au multiplicateur du crédit. Toutefois si le stable coin n’est pas la monnaie de base il peut encore être contenu dans le cercle de la spéculation et des transactions éloignées de l’usage traditionnel. Au-delà, parce qu’articulé à de la dette publique et particulièrement sur les bons du Trésor américain, il peut donner lieu à des opérations de crédit comme peut le faire un compte classique. Créer des stabble coin sans matière première de base est peut-être moins intéressant que de créer de la monnaie à coût nul, mais le geste est quand même porteur d’opportunités.

Bien évidemment, le système bancaire aurait aimé se contenter de sélectionner les outils  adaptés à sa numérisation spécifique et donc se lover dans une digitalisation sans remise en cause fondamentale du système, ce qui est le cas du monde des néo-banques devenu la bonne réponse aux exigences de la clientèle jeune. Hélas il ne peut ignorer le changement complet d’une technologie qui vient contester sa réalité institutionnelle. Dans le même temps, il ne peut ignorer le monde libertarien qui conteste les monnaies d’Etat et ce, même si cette contestation utilise ces mêmes Etats. Le libertarisme est aussi un opportunisme et peut utiliser la force de son ennemi, réalité fondamentale constatée aux USA avec une Silicone Valley qui devient l’allié du nouveau pouvoir étatique. Le système bancaire ne peut donc contester frontalement les crypto-monnaies et tente un processus d’adaptation. Le oui à la crypto monnaie et sa possible maîtrise par les banques n’est pas exempte de craintes et de réserves, mais il est difficile d’y échapper.

Au total,  la résistance à l’avènement des crypto monnaies privées sera faible et tout le lobbying bancaire se portera sur  la contestation de la MNBC.

Jean Claude Werrebrouck – 14- 06- 2025.

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9 juin 2025 1 09 /06 /juin /2025 05:08

 

Résumé et points essentiels de la note :

1.  L’émission de stable coins n’est pas un processus de création de monnaie et affecte directement la rentabilité des banques.

2.  Les stable coins circulant sur une blockchain n’ont nullement besoin d'un support en forme de comptes bancaires.

3.  Les Stable coins sont une inquiétude pour une architecture bancaire qui, déjà menacée par le shadow banking grandissant et par les monnaies numériques de banques centrales, se doit de réagir.

4.  Les stable coins libérés d’une supervision par des banques centrales ont besoin de s’articuler  sur une  monnaie de réserve et surtout les titres de la dette publique qui lui correspondent.

5.  Les USA ont intérêt au développement des stable coins lesquels deviennent une espérance du maintien  de la  dollarisation du monde et une nouvelle autorisation de laxisme budgétaire américain.

6.  La dé bancarisation est une opportunité pour les pays pauvres, mais les stable coins ne permettent nullement de contourner les contrôles des changes.

Un tsunami dans la longue histoire monétaire

Nous constatons aujourd’hui que des banques se portent créatrices de stable coins. En France, on notera la décision de la Société Générale qui après avoir lancé sa filiale consacrée aux crypto monnaies (SG Forge) se lance dans l’aventure. Sans doute les banques ont-elles peur de ce qui apparait déjà comme une concurrence d’objets facilitant et sécurisant les transactions pour un coût plus faible (volatilité plus faible, rapidité, transparence, etc.). De façon plus discrète, elles voient dans la nouvelle forme privée un moyen de lutter contre la menace de monnaie numérique de banque centrale qui risquerait, dans sa configuration la plus extrême, d’engendrer un possible bank run. D’une certaine façon, on peut ainsi risquer l’hypothèse que le système bancaire est pris en tenaille entre les stable coins décentralisés et la monnaie numérique de banque centrale complètement centralisée (MNBC). Nous sommes tentés, dans ce qui suit, de tester cette hypothèse à partir de l’histoire de la forme monnaie de banque.

En émettant des certificats d’or dès la fin du moyen-âge en Europe, des organisations appelées banques vont déjà émettre l’équivalent de ce qu’on appelle aujourd’hui des stable coins. Il s’agit ici de papiers, contrepartie du métal qui ne va plus circuler et rester dans des coffres. La couverture est en principe complète et la convertibilité totale. La valeur est fixe puisqu’il n’est pas question de gager sur un cours de l’or mais sur un poids de métal. C’est aussi en principe le cas des stable coins garantis sur des titres de dette publique, en particulier le dollar. C'est en particulier le cas des 2 plus importants stable coins ( USDT émis par Tether et USDC émis par Circle) lesquels assurent 90% des volumes échangés dans le monde en 2024). Et plus l'émission grandira, ce qui est le pari des grands fonds d'investissements ( Blackrock, Arc invest, etc.) et plus la demande de dollars augmentera. Jadis, l’émission de billets devait en principe suivre la quantité d’or disponible tandis qu’aujourd’hui l’émission suppose un élargissement de la dette publique, circonstance intéressant à priori pour les Etats très endettés.

Infrastructure ferroviaire, infrastructure bancaire...  gares et banques...

Le système bancaire tel qu’il s’est érigé jusqu’à aujourd’hui est au fond la construction d’une infrastructure de circulation de la valeur un peu comme le réseau ferré est une infrastructure de circulation des personnes et des marchandises. Les banques sont des gares qui réceptionnent et  envoient de la valeur à partir de supports appelés comptes exactement comme les quais des gares qui accueillent et facilitent le départ ou l'arrivée de voyageurs. Cette construction du système bancaire ne s’est pas faite en un jour et il a fallu beaucoup de patience et aussi d’interventions publiques pour faire naître une gare de premier rang, la banque centrale qui permet et garantit la bonne circulation de la valeur entre des entités - des banques - qui, à l’inverse des gares sont fragiles. Une gare peut être en difficulté si elle réceptionne beaucoup de voyageurs et de convois et ne connait que peu de flux inverse. Plus grave pour une banque est de voir partir de la valeur sans en recevoir. En effet, si en raison de telle ou telle circonstance la Société Générale voit fuir de la valeur vers la BNP sans jamais en recevoir cela s’appelle une fuite  et les actifs de la Société Générale ne peuvent plus couvrir le passif. Les risques de la circulation de la valeur font que la puissance publique ne s’est jamais désintéressée des questions monétaires et qu’elle a fini par imposer des institutions de sécurité avec une réglementation très stricte. Faire circuler de la valeur c’est donc vivre à l’ombre d’un tiers qui est la puissance publique. Si les banques sont des institutions plus risquées que les gares elles peuvent à l’inverse multiplier leur puissance sans réellement investir car la logique de la circulation de la valeur est aussi magiquement créatrice de valeur : les banques produisent de la valeur. Ainsi, en octroyant un crédit, une banque fait circuler de la valeur vers une autre banque qui constatera davantage de réception de valeur sur ses comptes clients. Ainsi dans les manuels d’économie est expliqué que si les dépôts permettent des crédits, les crédits fabriquent des dépôts...qui permettront de nouveaux crédits... Comme si les gares voyaient leur capacité grandir magiquement sans investissements.

Cette présentation simplifiée et rapidement brossée était nécessaire pour comprendre ce qui se passe avec l’émergence des stable coins.

Se débarrasser des tiers inutiles

On sait que désormais les nouvelles technologies permettent d’échanger, sur des distributeurs spécialisés, de la valeur (qui normalement passait par l’infrastructure bancaire) contre des "tokens" appelés à circuler non plus par le canal bancaire mais par un nouvel instrument de circulation appelé Blockchain. Un peu comme si les marchandises et les passagers n’avaient plus besoin de trains et de gares pour voyager, ni même à emprunter un quelconque réseau routier. Il n’y a plus besoin de tiers pour faire circuler de la valeur laquelle circule de pair à pair. Pour être tout à fait précis rappelons quand même que les stable coins à l’inverse de crypto monnaies type bitcoin sont rattachés à un tiers qui est une monnaie de réserve et en particulier sa forme dette publique.

Se débarrasser de la toile bancaire

Beaucoup d’entreprises peuvent émettre des stable coins et les banques peuvent s’inquiéter d’une pratique  qui dévore leur substance. En effet la métamorphose de la valeur, depuis la monnaie classique sur un compte figurant au bilan des banques vers la monnaie stable coin, est d’abord un recul des dépôts et donc un phénomène de dé bancarisation. Pour reprendre notre image nous n’avons plus besoin de passer par des gares pour voyager. Bien évidemment, les banques réagissent et se proposent d’émettre aussi des stable coins. On pourra même imaginer des opérations de crédit en stable coins... mais ces derniers ne peuvent pas se multiplier par le canal classique - désormais disparu -  des échanges interbancaires.

La multiplication des stable coins n’est donc pas comme pour la monnaie classique une multiplication des petits pains qui sont encore le monopole du système bancaire. Aujourd’hui encore, la Société Générale bénéficie indirectement d’une opération de crédit accordée à un client de la BNP débiteur d’un partenaire client de la SG. En effet,  cette même SG peut à partir du nouveau dépôt correspondant offrir un crédit qui viendra abonder un compte tenu par la BNP. Cette magie de la circulation monétaire disparait avec le monde de crypto monnaies

Précisons ce point délicat. Quand une banque crée un stable coin son bilan est doublement affecté : en actif, inscription de la valeur en titres divers de la contrepartie du stable coin ; au passif, la dette comme promesse de remboursement du stable coin émis. Parce que le stable coin est aussi une garantie de stabilité, l’actif remis par le client est transformé en dollars, et mieux encore en dette américaine laquelle rapporte un intérêt. Nous reviendrons sur ce point très important. Toutefois lorsque le stable coin est créé, il se met à circuler par le canal de la blockchain en utilisant un simple téléphone et n’affecte aucune opération de bilan sur le système bancaire. Ces gares que sont les banques deviennent complètement inutiles. Alors qu’une création monétaire classique par crédit et abondement d’un compte depuis une banque affecte l’ensemble du système bancaire lequel grossit par le biais du multiplicateur du crédit, une création de stable coin se trouve complètement neutre. Une création de stable coin n’a donc pas du tout les mêmes conséquences qu’une création monétaire classique. En ce sens, il y a perte d’une grande opportunité pour les banques.

La toile bancaire se dérobe et les banques en position de victime doivent réagir

Pour autant les banques restent encore des établissements de crédit et elles peuvent assurer une rémunération sur les stable coins créés. Dans ce cas, les bilans sont affectés de la façon suivante. La banque inscrit à son actif la dette de l’agent à qui est octroyé des stable coins. Cette dette doit être couverte par une écriture de passif. Pour le reste, la dette du client est transformée en dollars et les stable coins figurent au passif. Le ou les bilans grossissent mais il n’y a pas multiplication de signes monétaires du fait de l’existence des stable coins. En revanche, sa capacité à créer a été transférée sur la blockchain laquelle n’est qu’instrument de circulation et non d’expansion monétaire. Cette nouvelle configuration favorise le transfert des capacités à épargner jusqu'ici assez bien  gérable par les banques vers  l'ensemble du shadow banking, des plateformes DeFi (finance décentralisée) et de la finance spéculative. Les banques sont ainsi invitées à se transformer et à ne plus se contenter - au titre de l'innovation et de la modernisation -  d'une passage à la néo-banque et à la fermeture accélérée des établissements de proximité. Le stable coin est ainsi un point de passage opportun sur la route de la numérisation du monde.

65 ans après la fin de Bretton Woods et la dollarisation du monde…une nouvelle dollarisation ?

Une caractéristique essentielle de cette vaste transformation est l’augmentation de la demande de dette publique notamment américaine. Quand on dit que le caractère stable des stable coins est garanti par son appui sur une monnaie de réserve et non plus sur une banque centrale, on se rend vite compte que la monnaie de réserve de référence ne peut être que le dollar en raison de sa liquidité et de sa profondeur de marché. En sorte que le développement des stable coins devient une possible garantie sur la dette publique américaine et  sur le développement parallèle du dollar dans le monde. Il s'agit là d'une étape décisive tout aussi risquée que celle du 15 Août 1971 qui voit le président Nixon mettre fin à la convertibilité des balances dollars en or. Déjà, à l'époque, le déficit américain était important et la décision de fin de la convertibilité de la devise américaine en or sur simple demande des banques centrales était une position risquée. Une décision qui toutefois fut un très grand succès puisque le monde devait accepter que la liquidité ultime devienne la devise américaine, laquelle allait se substituer à  l'or. Contre toute attente, la fin de Bretton Woods correspondait ainsi non pas à la fin du dollar mais à son couronnement. De ce point de vue, on peut risquer l'hypothèse d'une sorte de nouveau Bretton Woods : le dollar resterait la monnaie ultime et les stable coins sa représentation. Hypothèse très risquée que  seule l'histoire tranchera. 

Une autre question reste évidemment celle du contrôle avec la possibilité d'un achat insuffisant de dette publique par rapport à l'émission. De quoi rétablir la vieille querelle entre la "banking school" et la "currency school" à propos de la couverture métallique au dix-neuvième siècle.  D'où l'importance de la régulation qui se met en place pour contenir la croissance très rapide du système.

Une circulation de la valeur plus libre autour des indéboulonnables prisons de l'inconvertibilité.

En revanche, les pays toujours contraints par un contrôle de change strict ne peuvent desserrer l'étau qui emprisonne les citoyens. Certes un compte bancaire devient inutile mais les monnaies inconvertibles sont mal accueillies sur les plateformes de crypto monnaies. De ce point de vue l'épargne en monnaies inconvertibles sur les territoires marquées par l'inconvertibilité, ne tire aucun bénéfice des libertés offertes par la dé bancarisation. Concrètement l'épargne algérienne ne tire aucun bénéfice de la blockchain. Depuis l'Algérie, il est évidemment possible de voir sur un écran les merveilles offertes par les stable coins. Hélas, le Dinar algérien épargné par les ménages ne se transformera pas en dollars via l'achat de "tokens" , le chemin de la blockchain et l'accès à la sécurité de la monnaie ultime. 

 

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