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9 octobre 2026 5 09 /10 /octobre /2026 09:33

 Les débats concernant les dettes publiques semblent devoir devenir l'essentiel de l'enjeu de la prochaine présidentielle française. Nous avons tenté de montrer dans notre précèdent article ( https://www.lacrisedesannees2010.com/2026/10/la-banque-universelle-adore-les-lois-de-finance-tres-deficitaires.html) à quel point les acteurs des débats semblaient, avec une belle unanimité, ignorer la réalité fondamentale du problème.

Une planche à billets de la finance devenue illimitée?

Il est largement inutile de continuer à expliquer simplement le pourquoi fondamental de la gourmandise infinie de dette publique par les institutions financières: les révolutions coperniciennes n'accouchent pas spontanément. Avec toutefois une petite lumière: Les meilleurs spécialistes s'étonnent qu'un Trésor prétendument en faillite continue de bénéficier d'une demande d'OAT très supérieure à l'offre du dit Trésor ( 12 Milliards d'euros demandé contre 6,2 offerts lors de la dernière adjudication). En revanche ils ne vont guère plus loin dans l'analyse et ne se rendent pas compte que la finance droguée par la monnaie qu'elle crée en continue- sa matière première fondamentale quasiment gratuite-    cherche tout simplement à demander toujours davantage de dette publique pour mieux se rentabiliser. Nous renvoyons ici à notre papier précèdent. 

Entre planche à billets de la finance et planche à billets de l'Etat il faut choisir.

Il semble toutefois que les esprits s'ouvrent et que les meilleurs spécialistes s'inquiètent du cout du capital résultant de la demande croissante de dette publique ( 3600 milliards d'euros pour la France....et 40000 milliards de dollars pour les USA). Cette hausse tendancielle n'est guère compensée par les banques centrales qui maintiennent des taux élevés afin de contenir une inflation elle-même nourrie par les déficits publics. Le marché est donc haussier et tous les taux sont contaminés avec pour résultat une contradiction fondamentale entre l'économie réelle et la finance. Un résultat qui présente 2 dimensions: la plus importante étant que les services de la dette publique raréfient les investissements normalement attendus des activités régaliennes des Etats, l'autre étant qu'un cout plus élevé du capital vienne réprimer les activités de l'économie réelle. La planche à billets de la finance étouffe l'économie réelle.

Aucun économiste en vogue ne se pose la question de cette quasi répression du monde réel par la seule finance. Aucun économiste en vogue ne s'est intéressé au monopole strict de la création monétaire par la finance. Aucun économiste en vogue ne se pose la question de l'origine de la planche à billets de la finance. Aucun économiste en vogue ne se pose la questions de l'imapact de cette planche à billets sur les cours des actifs financiers devenus aujourd'hui détachés de la réalité économique concrète. Pourquoi des cours si élevés pour une croissance économique proche de zéro? 

 Je laisse au lecteur le soin de vérifier ces débats et questions. Pour autant si la monnaie est un bien public permettant de faire circuler la valeur comme les routes sont un bien public permettant de faire circuler les citoyens, il serait normal que l'Etat cesse au moins en partie de déléguer la création monétaire à la seule finance. Il serait donc normal que le Trésor retrouve sa souveraineté et impose à ce qui n'est plus sa banque centrale (elle est devenue autonome depuis un demi siècle) un volume d'achat de dette publique. La dette publique ne serait plus gâteau financier monopolisé par les seules institutions financières mais une coproduction monétaire  entre finance et Etat. De quoi exercer une forte pression à la baisse sur les taux et renouer aves un équilibre entre finance et Etat. 

Entre réprimer la finance et réprimer les Etats et leurs économies il faudrait choisir. Un choix encore impossible dans le cadre institutionnel et intellectuel actuel. Et donc nous bénéficieront d'une campagne présidentielle qui restera dans la vision Ptoléméenne du monde. Marx n'a pas tout découvert et ne savait pas tout mais il savait déjà que la dette publique du 19ième- avec un service de la dette régulier de 2,5% du PIB- était déjà une victoire de la finance sur le capital industriel. 

Quelques grains de lumière?

La prochaine campagne électorale sera peut-être le moment  de quelques bribes de réflexion et de quelques questions de bon sens: Pourquoi la banque centrale française qui a déjà avalé environ 20% de dette publique sur le marché secondaire ne pourrait pas relancer un quantitative easing? Pourquoi le quantitative easing jadis envisagé pour la sécurité des bilans bancaires devient -il interdit pour les Etats? Pourquoi ne pas envisager un emprunt public obligatoire? Etc. Hélas, aucune réponse censée ne sera apportée: la finance ne peut que s'opposer avec radicalité à tout ce qui viendrait réduire son marché. Rétablir un semblant d'autorité financière en raccrochant la banque centrale à l'autorité politique consisterait à mettre fin à la planche à billets financière. Un emprunt public serait en revenir aux vieux bons du Trésor échappant au marché de la dette et donc viendrait réduire le monopole de la finance. Etc. Les prochains débats concernant l'élection présidentielle évacueront , dans toute la mesure du possible, de poser les vraies questions et les économistes en vogue seront très mobilisés pour asséner leur vérité. de quoi cadenasser ce que Foucault appelait un "régime de véridiction" pour une société.   Pas de révolution copernicienne en vue. La finance restera un empire granitique et, même les dangers provoqués par un élargissement infini des dettes publique restent une aubaine de marché, par exemple celui des "couvertures" qui se développent aujourd'hui  et redonnent de la vigueur à celui  des CDS et autres dérivés. 

Sans projet radical - politiquement impensable dans la prison intellectuelle dans laquelle nous sommes plongés - la prochaine élection présidentielle ne peut rien apporter d'autre que le rétrécissement supplémentaire de la prison réelle. Plus la finance élargit son monopole et plus le monde réel se rétrécira.

Jean Claude Werrebrouck- 9 octobre 2026.

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3 octobre 2026 6 03 /10 /octobre /2026 06:56

1 Une première photographie de la finance

Les derniers chiffres concernant notre dette publique nous font probablement entrer dans un début de panique. Et au montant de la dette des administrations publiques (119% du PIB) il convient d'ajouter celles des entreprises (90% du PIB ) et celle des ménages (60% du PIB). De façon approximative cela représente un montant d'actifs financiers d'environ 9000 milliards d'euros. En admettant un taux moyen d'intérêt de seulement 2% cela représente une rémunération à hauteur de 180 milliards d'euros pour le système financier irriguant la totalité de l'économie. Une rémunération qui en contrepartie vient ponctionner cette même économie à hauteur de 6% de son PIB. 

Une façon de mesurer le poids de la finance est aussi d'en examiner sa population àctive dans la population active totale. Le résultat est éclairant et sans même se poser la question du bien fondé de la valeur ajoutée dans les questions monétaires on peut s'étonner qu'avec seulement 1,2 % de la population active le système monétaire et financier créée - au moins comptablement-  6% du PIB du pays.

Nous proposons d'explorer de façon simple cette réalité jamais évoquée sérieusement y compris dans les universités.

2 De la photographie au fonctionnement concret.

Dans un pays très bancarisé comme la France, le réseau bancaire esr de fait un ensemble institutionnel chargé  d'assurer la sécurité des transactions et donc la bonne circulation de la valeur. D'une certaine façon le système est un ensemble de gares à partir desquelles la monnaie circule, non sur des rails mais des réseaux électroniques. Le système  est aussi chargé d'assurer la dilatation du PIB par des opérations de création monétaire, de gestion des actifs correspondants, le tout à partir de la mine de monnaie constituée par les dépôts des acteurs de l'économie réelle.

Sans s'interroger sur le point de départ de la mine figurant dans chaque gare, on sait que c'est à partir des dépôts que va se créer une offre de crédit. Le service rendu par chacune des gares se doit d'être rémunéré d'où la nécessité de voir naitre quelque choses comme des taux d'intérêt. Ce qui n'est jamais évoqué est le fait que les crédits émis dans chaque "gare à monnaie" se retrouvent sous forme de dépôts dans les autres gares. En effet le client bénéficiaire d'un crédit passe des commandes dont les montants deviendront des dépôts dans d'autres banques, d'autre gares. Au final ce sont les crédits - donc la création monétaire-  qui permettent d'abonder continuellement la mine des dépôts. D'où une conclusion curieuse mais essentielle: alors que dans l'industrie du pétrole l'exploitation des gisements appauvrit les réserves, dans l'industrie bancaire l'exploitation des dépôts ne fait qu'enrichir les réserves. Le devenir des gares est de grossir continuellement.

Bien évidemment cela suppose un certain nombre de règles permettant la bonne circulation entre les gares...ce que les praticiens appellent  les règles de gestion du marché monétaire. D'où au final la possibilité pour le système financier de devenir le grand maitre de la croissance: il organise la création monétaire qui elle-même permet d'engendrer la croissance. Notons bien ici que l'utilité fondamentale d'un tel dispositif qui s'est historiquement mis en place    a rendu possible pour les agents de l'économie de disposer d'une masse croissante de monnaie susceptible de faire circuler une masse croissante de richesse... Simplement la monnaie supplémentaire est toujours de la dette supportant un taus de l'intérêt. Théoriquement dans un tel système il n'y a pas de monnaie en dehors des gares et tous les utilisateurs sont soumis à péage. il en est de même pour l'Etat qui fut pourtant historiquement le fondateur de la monnaie. Une anomalie qu'il convient d'expliquer. 

3 La grande bataille de la finance et de l'Etat autour de la maitrise de la monnaie

Logiquement la monnaie est un bien commun utilisable par tous les acteurs. Historiquement on sait que la monnaie fut d'une certaine façon le premier bien commun promulgué par l'Erat naissant. Un bien qui devait lui servir d'instrument du paiement de l'impôt et qu'il pouvait autoritairement manipuler sous forme de seigneuriage. Dans les premiers âges des Etats n'existait guère la logique de crédits pouvant engendrer celle de dépôts. Pas de gares et pas de circulation entre gares permettant une création illimitée de monnaie et des intérêts correspondants. A l'époque la création monétaire était limitée aux seules capacités de mines de métal précieux à conquérir. D'où le rognage du métal et déjà une dette publique qui deviendra le souci croissant des Etats dans leur construction. La dette sera de plus en plus achetée par ceux qui ultérieurement deviendront des banquiers. Plus tard , a la fin du 17ième siècle; les premières banques centrales apparaissent avec monopole d'émission de papier et garantie contre les dettes publiques. Simultanément devenues institut d'émission, les banques centrales vont devenir l'outil de l'Etat pour l'émission monétaire et donc la possibilité d'un financement hors du contrôle de l'actuel marché de la dette publique. 

Au total 2 possibilités pour la création monétaire, celle de l'Etat central qui contrôle sa banque centrale comme institut d'émission, émission pour  laquelle ne figure aucun taux de l'intérêt,  et celle du système bancaire moderne qui peut créer sans limite de la monnaie contre un taux de l'intérêt. 

Sans revenir sur l'histoire dont bien sûr celle des guerres mondiales qui vont mobiliser d'énormes moyens monétaires, les Etats devenus porteurs d'une infrastructure monétaire devenue service public vont progressivement abandonner le pouvoir monétaire et laisser une autonomie de plus en plus grande à leur banque centrale. La production de monnaie supplémentaire nécessaire à la croissance va de moins en moins apparaitre comme production à cout nul et de plus ne plus production porteur de rente pour le système bancaire en voie d'universalisation. Concrètement les besoins des  Trésor seront de moins satisfaits en prêts gratuits des banques centrales, et de plus en plus en prêts payants du système financier. Toute création monétaire devient ainsi une rente perçue par le systéme financier. 

4 L'industrie financière est préférable à l'industrie pétrolière 

Et il s'agit bien de rente. En effet les mines de monnaies - concrètement les dépôts- sont alimentées collectivement par les crédits qui eux mêmes peuvent se nourrit des nouveaux dépôts. Un peu comme si collectivement les acteurs de l'industrie pétrolière produisaient collectivement et gratuitement de nouvelles réserves de pétrole. Dans cette industrie la production de réserve présente des couts très importants (recherche, forages, infrastructures, etc.) A l'inverse dans ce qui est devenu le système de banques universelles et de fonds associés, les nouvelles réserves de monnaie son le fruit gratuit et.  automatique  de la vente de crédit. 

5 Vive la dette publique

Si effectivement le système institutionnel arrive à l'éloignement des banques centrales au regard des Trésors, les mines de monnaies de ces gares à monnaie que sont les banques , vont s'accroitre considérablement. Au prélèvement de rente sur l'économie réelle (entreprises, ménages) va s'ajouter la rente perçue par la générosité des Trésors. Plus les dettes publiques se développent et plus la finance  est prête à la dévorer. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas lieu de s'étonner d'une montée des taux - près de 5% pour le Trésor français- pourtant assortie d'une demande gourmande de dette publique (plusieurs fois la quantité de titres offert par le Trésor). La finance est sans limite dévoreuse de dette publique.

Jean Claude Werrebrouck- 3 Octobre 2026.

 

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2 septembre 2026 3 02 /09 /septembre /2026 05:47

De plus en plus la grande presse parle d'une possible crise financière en Russie. Et ses premiers signes se manifesteraient par des retraits sur les dépôts des banques classiques. De quoi parler d'un tout aussi classique "bank run". 

1 Un système financier qui se veut copie conforme de ce qui existe en Occident

Le système bancaire russe ne se distingue pas fondamentalement des systèmes occidentaux. Il est à priori fait d'entités bancaire en concurrence et se trouve sous l'autorité d'une banque centrale que l'on dit indépendante. La bancarisation est bien évidemment plus récente qu'en Occident mais aujourd'hui la plupart des échanges s'opère sous la houlette de banques qui assurent la circulation monétaire et qui sont émettrices de monnaie par le biais du crédit. Exactement comme en Occident avec toutefois une différence caractérisée par un double mouvement de concentration (deux banques "Sberbank" et "VTC" qui dominent massivement la marché) et d'émiettement (multitude de petits établissements répartis sur l'immense territoire). 

2 Une copie conforme pourtant très rigide...

Ce qui distingue le système russe du système occidental est bien évidemment le poids de la finance, très lourd d'un côté, et très léger de l'autre. Côté dette publique le marché est très différent de celui qui existe en Occident. Tout d'abord les citoyens ont directement accès aux bon du Trésors, les célèbres "OFZ", avec comme seule condition de disposer d'un compte bancaire. Cet accès ne donne toutefois pas lieu à l'émergence d'une forte liquidité associée à une grande profondeur de marché. Ensuite les banques ne sont qu'apparemment libres de répondre aux adjudications du Trésor, tandis que la grande industrie du pétrole - Rosneft, Likoil, Gazpron, surgutneftegaz, tatneft, etc.- est plus ou moins tenue d'acheter la quantité de dette fixée par le pouvoir. Le marché de la dette publique n'est donc pas un véritable marché à l'occidentale. Ay delà la finance n'est guère assortie d'une créativité toute occidentale: peu ou pas de produits structurés , à priori pas de titrisation même sous sa forme la plus simple, donc pas de titrisation synthétique (SRT), pas de CDS, etc. , et donc pas d'outils de transferts de risques.

Une autre caractéristique du système financier est l'importance croissante d'une dette publique en yuans. Une conséquence de la guerre en Ukraine est l'apparition d'un déséquilibre commercial majeur entre la Russie et la Chine, déséquilibre  associé à la disparition du Dollar comme instrument de transaction. Désormais ces échanges très déséquilibrés se réalisent en yuans et l'excédent chinois se convertit en titres de la dette publique russe. 

3 Couplage Russie/ Chine et couplage USA/Chine de même nature?

Ce point mérite une comparaison avec un autre déséquilibre celui entre les USA et la Chine. Dans ce scénario c'est le débiteur c'est-à-dire les USA qui règle son déficit en monnaie nationale, le dollar, et le créancier, la Chine, qui achète la dette publique américaine en monnaie étrangère, le Dollar. Dans cette situation c'est la Chine qui contribue au  pouvoir d'achat du monde américain: sans ses achats de dette américaine le Trésor US serait plus à l'étroit dans ses dépenses et les flux de revenus qui en découlent pour alimenter l'économie américaine. Dans le scénario Chine /Russie, c'est encore la Chine qui alimente le pouvoir d'achat, ici du Trésor Russe avec ses conséquences. Mais la différence est que c'est la Chine qui crée sa propre monnaie pour assurer les transactions. Sans cette création l'économie chinoise serait privée du débouché Russe: une production excédentaire par rapport à la capacité d'absorption du marché intérieur Chinois. Mais la différence principale est que la dette publique russe correspondante n'est guère liquide. Les acteurs privés chinois acheteurs de d' OFZ sont prisonniers d'une dette largement illiquide et peu convertible. Ce n'est évidemment pas le cas de la dette américaine dont la liquidité est très grande.

4 Mais couplages coproduisant un énorme espace de financiarisation.

A titre de simple remarque; retenons que le fonctionnement de ces deux couples est existentiel pour une  Chine qui tente avec un succès très mitigé d'exporter son chômage de masse (soit 17,9% de jeunes en juillet 2026, ou une "gig economy"pour 44% de la main d'oeuvre des grandes villes , soit enfin 320 millions d'emplois précaires selon l'Université d'économie et d'affaires de Pékin). Comme quoi, au delà de différences, une économie de la dette mondiale et de ses titres financiers correspondants est en plein essor. Le double surplus extérieur chinois est une triple bouée de sauvetage, d'abord pour la Chine elle-même étouffée dans l'étroitesse de son marché intérieur, pour la Russie et les USA qui peuvent vivre au dessus de leurs moyens, pour la finance qui y voit une matière première source d'un auto-développèrent illimité. 

5 Une autorité qui étouffe le marché ou un marché qui étouffe le règlement?

Les grandes Banques et grandes entreprises russes subissent naturellement une forte pression politique pour l'achat de dette publique. S'agissant des épargnants russes les choses sont beaucoup plus complexes. La finance russe navigue  ainsi entre une autorité brutale et le marché, ce qui n'est évidemment pas le cas de la finance occidentale qui ,elle, navigue habilement  entre le règlement et le marché. On comprend ainsi pourquoi le Trésor russe peut renoncer à une adjudication (juillet 2026) sans déclenchement d'une panique et d'un bank-run. Que serait l'effet d'une adjudication prévue de longue date par l'Agence France Trésor ...et finalement abandonnée? 

6 Bilans bancaires flottants et bilans bancaires rigides.

La situation des banques, qu'elles soient russes ou occidentales,  est toutefois difficile en raison de contraintes de bilan qu'il faut expliquer. En théorie un "château de cartes" de type bancaire peut s'effondrer lorsque les exigences de passif dépasse les disponibilités en termes d'actifs. Si en raison d'une dévalorisation- réelle ou supposée- rapide des actifs ( dette publique, titres financiers, crédits, etc.) les clients des banques, donc les titulaires de comptes prennent peur, un bank-run se manifeste avec apparition d'un défaut qui bien sûr va se généraliser: les banques font faillites et la crise financière se généralise.

Dans le cas des systèmes bancaires occidentaux de telles situations sont hélas classiques puisque la totalité des actifs financiers fait l'objet d'un marché libre avec de larges et très libres fluctuations. La valeur des actifs d'une banque est donc une simple valeur de marché... et donc le total des bilans bancaire est de nature flottante.....

Bien évidemment on pourrait imaginer que le déséquilibre bancaire soit colmaté par des avances de la banque centrale. Techniquement les choses sont simples: chaque banque dispose d'un compte en banque centrale, compte qui est par conséquent un actif, et si d'aventure les autres actifs se dévalorisent, la banque centrale peut compenser et donc supprimer le risque de bank run. De quoi disposer de rustines pour des bilans trop flottants....Il n'en est pas ainsi dans la réalité puisqu'il est interdit pour les banques centrales, et ce dans l'ensemble de l'occident, de financer directement les Trésors publics et donc- par contagion ou effet d'éviction inversé-  la chaine des titres qui vont protéger la valeur des actifs financiers. Ce qu'on appelle crise financière est donc l'apparition de défauts d'actifs devenus complétement illiquides et non compensables par des banques centrales. situation qui intervient régulièrement en Occident où tout se comptabilise à la valeur des marchés. Dans ce type de situation il n'existe pas véritablement de fuite vers la monnaie par dé bancarisation mais plutôt par fuite vers des systèmes refuges.

7 Dé bancarisation Russe?

Parce que la sphère financière est très réduite et politiquement contrôlable, le risque parait très limité et les énormes déficits publics et déficits extérieurs provoqués par la guerre en Ukraine se paient simplement par une montée consdérable des couts de la dette. Cela correspond à des taux d'intérêt très supérieurs au taux de croissance. Le taux actuel sur les OFZ dépasse ainsi les 15% et la Chine ne peut augmenter ses achats de dette publique russe sans hausse des taux et donc sans rémunération d'un risque déjà important en raison de la non liquidité. Globalement la crise financière est contenue et même si le service de la dette devient prohibitif, une solution autoritaire sera trouvée.

La présente dé bancarisation -et donc les nouvelles exigences de passif- est davantage provoquée par un soucis d'évasion fiscale provoquée par la récente hausse de la TVA et l'élargissement de son assiette, décision gouvernementale elle-même censée allégée le déficit public croissant provoqué par la guerre et les difficultés sur les exportations. Très simplement, les petites entreprises devenues éligibles à la TVA cherchent à réduire leur activité par le recours au travail dissimulé , donc une tarification et des paiements en cash. De quoi faire maigrir les actifs bancaires , donc aussi l'offre de crédit et la montée correspondante des taux.

La pression monte dans le système financier Russe, mais le principe d'autorité reste un bon vaccin contre les crises financières.

Jean Claude Werrebrouck- 2 septembre 2026.

 

 

 

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5 août 2026 3 05 /08 /août /2026 15:38

Parce que la question de la dette publique est devenue ingérable il est probable que des forces nouvelles vont faire naitre des modèles organisationnels d'un genre nouveau. La grande résistance offerte par les systèmes bancaires européens à l'égard de l'euro numérique de banque centrale est probablement un signal faible de cet ordre nouveau en possible émergence.

Comprendre cela, voire en évaluer sa probabilité,  suppose  d'en vérifier la rationalité et donc vérifier qu'elle correspond bien à ce qui est logiquement attendu. Dans l'ordre des sciences de la nature, la découverte de Neptune résultait  du bien fondé de la force  de la gravitation universelle. Ladite  planète fut ainsi annoncée, par le calcul, plusieurs années avant sa découverte en 1846.  Dans l'ordre des sciences humaines l'émergence prévisible d'un ordre monétaire nouveau devrait résulter du bien fondé du principe d'un conflit public/privé qui parcourt l'histoire humaine depuis ses débuts. C'est ce que va tenter d'expliquer la présente note.

- Plan de la note:

1Conflit ahistorique public/privé.

2Emergence de l'économie et loi de la valeur.

3Statut de la monnaie dans le conflit public/privé.

4Un système bancaire qui échappe aux contraintes de la valeur?

5Des Etats monétairement mutilés?

6Privatisation générale de la monnaie?

7Recentralisation monétaire européenne?

8Prudence du yuan numérique?

- Développement:

 

1 Conflit ahistorique public/privé.

Les premiers temps du big bang de l'humanité font  de l'univers naturel et culturel un bien commun. Comme dans la soupe primitive de l'Univers, rien n'est isolé ou construit. Tout est collectif et la notion d'accaparement de ce qui est commun n'existe pas encore. De fait les premières transformations furent des processus de privatisation de ce qui était commun, et la plus grande d'entre elles  fut probablement la naissance des Etats. Réalité faite de la maitrise d'un commun donc une privatisation de ce qui était patrimoine collectif. Véritable "coup d'Etat fondant l'Etat". Ce dernier  relève ainsi de  la construction des premiers monopoles, lesquels vont essentiellement reposer sur ce qui est effectivement accaparable et monopolisable, c'est à dire les individus eux-mêmes et les éléments susceptibles d'assurer leur survie, le plus souvent la terre.

Dans un monde où ce qu'on appelle aujourd'hui économie n'est pas encore clairement séparé de la foule des interactions sociales, il y aura émergence d'une activité appelée travail lequel deviendra de plus en plus contraint sous la férule d'acteurs sociaux dominants. Il y aura aussi émergence  d'un outil ultérieurement appelé monnaie lequel permettra d'asseoir une forme moderne de prélèvement d'un surtravail appelé impôt. Même si ce qu'on appelle économie n'est pas encore autonomisée il y a déjà travail et surtravail; les premiers esclaves produisent davantage qu'ils ne coutent, et si leur production n'est pas encore mesurée en temps de travail, cette dernière apparait bien sous la forme d'une survaleur cachée dans des objets symboliques, politiques ou religieux glorifiant les pouvoirs en place. 

2 Emergence de l'économie et émergence de la loi de la valeur.

Il faudra attendre la relative autonomisation de l'économie pour voir apparaitre clairement la valeur travail et le processus de privatisation croissante de ce qui était commun à l'issue du big bang de l'humanité. Si l'on donne crédibilité aux axiomes marxiens de la valeur travail, il faut admettre :

- que seul le travail engendre de la valeur,

- que les moyens de production ne font que transmettre leur valeur,

- que ces deniers développent ainsi la productivité du travail sans  engendrer de valeur.

De ceci il résulte que si au nom de la productivité on utilise de plus en plus de moyens de production au regard du travail, il en découle mécaniquement une baisse tendancielle du taux de profit: de plus en plus de capital à rémunérer à partir d'un travail de moins en moins important. Cette contrainte d'une rentabilité continuellement recherchée et continuellement contrariée oblige historiquement à "sortir du cadre" et à privatiser des masses croissantes de biens communs convertibles en instrument de monopole porteur de rente. De quoi échapper à la logique de la baisse tendancielle du taux de profit

Ce fut historiquement le cas du mouvement des enclosures au début de la révolution industrielle anglaise ( fin des terres communes au bénéfice de la paysannerie). C'est bien évidemment le cas des connaissances qui vont transformer le travailleur producteur de valeur en élément de capital producteur de productivité ( le savoir et la science sont des biens communs qui ne créent aucune valeur mais des avantages de marchés et donc de revenus que l'on pourra partager entre salariés et entreprises). C'est aussi le temps libre qui devient de plus en plus privatisé et marchandisé. C'est bien évidemment le cas des batailles autour de l'intelligence artificielle avec la privatisation des données de l'interaction sociale. Ce cas est évidemment majeur puisqu'en limite il pourrait faire disparaitre le profit par extinction du salariat... de quoi voir une énorme bataille pour la privatisation des données, le choix des modèles (fermés ou non ), l'idée d'un revenu universel de base pour compenser une masse salariale porteuse de valeur mais disparue, etc.

3 Statut de la monnaie dans le conflit public/privé.

Mais nous voudrions porte la réflexion  sur le cas majeur de la monnaie dont le monopole public - battre monnaie était le fait du prince et de l'Etat-  devait progressivement être partagé dans le cadre d'un système bancaire complexe. Des individus appelés banquiers deviennent créateurs de monnaie et accaparent un bien construit historiquement comme bien public. C'est en effet la puissance souveraine qui fixe la nature collective de la monnaie: dénomination, unité de compte, règles de monnayage, pouvoir libératoire... alors qu'elle sera de plus en plus émise et commercialisée par des agents privés. 

Toutes ce privatisations concrètement et visiblement constatées, en particulier celle de la monnaie, sont au fond le résultat attendu de l'axiomatique marxienne, un peu comme la découverte de Neptune en 1846 n'était que le résultat attendu de l'axiomatique Newtonienne. 

Et c'est ce système bancaire complexe mi privé mi public répondant parfaitement à l'axiomatique marxienne qui  fait aujourd'hui problème...et problème que cette même axiomatique peut mette en lumière au profit des décideurs intéressés par le chemin probable d'un futur, en particulier économique.

4 Un système bancaire qui échappe aux contraintes de la valeur?

Ceci mérite explication. Le système bancaire tel qu'il s'est construit, notamment à l'époque de la "bancarisation", -celle où les entreprises vont vont faire face à leur masse salariale non plus avec de la monnaie centrale mais avec  des comptes bancaires- permet d'échapper avec radicalité à la contrainte de la valeur. En émettant un crédit pour une valeur nulle ( cout nul de l'émission monétaire) les banques fournissent un capital constant de valeur nulle à l'entreprise qui s'endette. Le taux de l'intérêt est ainsi un prix reflétant le partage d'une non valeur entre prêteur et débiteur. On comprend ainsi que plus la bancarisation se développe, plus la dette peut augmenter et plus un profit fictif partagé peut se développer. Les contraintes de la loi de la valeur sont ainsi levées.  C'est ce travail de contournement qui fait que logiquement les banques devaient se développer à un rythme dépassant très largement celui de l'économie, le tout intégrant les outils innovants des technologies: Néobanques totalement dématérialisées ( Revolut), Tokenisation, Blockchain, etc. afin d'obtenir des gains de productivité et d'élargir le périmètre des activité. De quoi parler d'une industrie financière. D'où ces constatations empiriques de masses gigantesques de capitaux fictifs qui n'arrivent pas à s'investir dans l'économie réelle, celle qui en particulier produit de la valeur, au sens de valeur travail. La contrainte de la valeur s'efface dans une stupéfiante financiarisation des activités. Le tout dans un monde complètement nouveau favorisant blanchiement et fraudes

Logiquement la banque centrale peut contrôler le développement de cette non richesse qui apparait très profitable. C'est très exactement ce qui s'est produit avec l'édification historique d'un système hiérarchisé. Sans entrer dans les détails techniques chacun sait que les réglementations concernant les réserves obligatoires sont un élément de limitation de la puissance créatrice de capitaux fictifs par les banques. Le dépassement de la contrainte de la valeur par la finance fut- après la période des 30 glorieuses - un combat extrêmement privilégié...lequel suppose naturellement la croissance de l'endettement généralisé.

5 Des Etats monétairement mutilés?

Une façon d'en développer le périmètre était d'interdire aux banques centrales de financer directement les Trésors Publics. D'où l'idée d'une privatisation complémentaire: les banques centrales doivent se détacher des Trésors et devenir indépendantes...ce qui fut obtenu au cours des années 80 du siècle précédent. Cela signifiait du même coup l'obligation pour les Etats de passer par ce que nous appelions naguère ce "curieux marché" où les Etats deviennent des interdits bancaires: ils ne pourront négocier un crédit auprès de la banque dont ils étaient les propriétaires. Le contournement de la loi de la valeur travail est ainsi la grande cause de l'endettement public. Et cet endettement s'il crée la rentabilité du capital bancaire vient aussi nourrir une masse de revenus difficiles à faire naitre si le travail se fait plus rare. Il appartiendra ainsi à des Etats-providence de distribuer des revenus issus de la dette aux fins d'écoulement des marchandises. Déjà des embryons de revenus de citoyenneté ont de fait pour fonction l'écoulement de marchandises invendables sans ces subsides. Vieille idée que l'on trouvait déjà chez un Thomas paine ou plus récemment chez un Gunnar Myrdal.

6 Privatisation générale de la monnaie?

Une autre façon était d'utiliser les nouvelles technologies pour s'émanciper davantage dans la création monétaire. Ce sera le cas avec l'idée de privatisation générale de la monnaie et la naissance des crypto monnaies il y a une quinzaine d'années. Nous avons ici la  disparition des restes de biens publics qui existent encore dans les monnaies de banque. Avec tout ce qui s'y rattache à savoir les contrôle des flux et donc des prélèvements fiscaux dont les Etats déjà démunis par la dette ne peuvent se passer. 

La photographie actuelle résulte directement du dépassement/contournement d'une hypothèse jusqu'ici restée féconde, celle de la valeur travail, photographie qui  aurait pu être imaginée il y a bien longtemps, comme cela était le cas d'une réalité astronomique, celle de l'existence de Neptune prévisible sur la base de simples calculs. Mais photographie jamais comprise et jamais imaginable dans un monde intellectuel qui à l'inverse de celui des sciences dites "dures" se trouve dépourvu de toute réflexion épistémologique.  

Face à un processus de privatisation de la monnaie qui va jusqu'à menacer les Etats en difficulté, il fallait néanmoins réagir ce qui correspond à la période présente avec l'émergence de l'idée de crypto monnaies de banques centrales. 2 modèles peuvent être ici examinés : le chinois et l'européen. Ou bien il est décidé que les monnaies numériques non plus privées mais recentralisées donnent lieu à établissement de comptes spécifiques pouvant échapper aux banques ( UE), ou bien il est décidé que ces comptes restent assignés dans les bilans bancaires (Chine).

7 Recentralisation monétaire européenne?

Le modèle européen qui pourrait se mettre en place permettrait techniquement de transformer la BCE en une sorte de proto-Etat avec potentiellement nouvelle fusion entre Trésors et Banques centrales. A la limité, le périmètre de la finance serait durement réduit et la levée de la contrainte de la valeur serait recentralisée. Dans ce schémas possible les bilans bancaire seraient allégés par le départ des comptes clients qui seraient, au moins partiellement ,  transférés au bilan des banques centrales. Un tel cheminement serait celui de la quasi disparition des marchés de la dette publique et la monétisation de la dite dette par les banques centrales. Le dépassement de la contrainte de la valeur prend un nouveau chemin, une nouvelle réalité empirique possible. Au final la dette publique s'efface doucement au profit du retour d'un commun fonctionnant au  détriment du privé. C'est ce possible chemin- peut-être déjà perçu- par certains acteurs de la finance- qui donne déjà lieu à une très vive opposition. Clairement les banquiers ne peuvent accepter que l'euro numérique de banque centrale devienne un passif de la BCE. Pour eux l'euro numérique ne peut être qu'un substitut aux vieux billets et pièces. Clairement les banquiers ne peuvent accepter ce qui serait un processus de dé bancarisation et la fin de la mécanique des "crédits qui font des dépôts"; donc la fin d'une création monétaire par la seule dette, dont bien sûr une dette publique qui nourrit massivement le système bancaire. Clairement le système bancaire ne peut accepter que la création monétaire repasser dans les mains de la collectivité, ici ce proto-Etat que serait devenu la BCE. Il en est évidemment de même de toutes les institutions qui se nourrissent du monde des crypto-monnaies. Reconnaissons qu'hélas le personnel politique n'a aucunement conscience des immenses enjeux qui se profilent derrière l'euro numérique de banque centrale.

8 prudence de l'Yuan numérique?

Le modèle chinois déjà en place n'a pas besoin du même chemin: le commun l'emporte depuis toujours et le privé reste obéissant. Par contre il faut donner- à l'échelle géopolitique-  l'illusion d'un système financier décentralisé classique. D'où le maintien d'un système bancaire hiérarchisé et l'interdiction de voir apparaitre des comptes en crypto monnaies de banque centrale au passif de l'institut d'émission. Il faut en effet comprendre que l'emprunt de la voie européenne du "e-CNY", donnerait une place inutilement trop importante à la monnaie chinoise et risquerait un emballement de la compétition avec le dollar. La centralité chinoise existe et il serait maladroit de trop l'afficher de façon agressive. D'où cette impression de prudence: Le e-CNY reste l'équivalent des vieux billets et il est interdit à la banque centrale chinoise d'ouvrir des comptes en e-CNY. 

Affaire à suivre.

Jean Claude Werrrebrouck- 6 aout 2026.

 

 

 

 

 

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3 juillet 2026 5 03 /07 /juillet /2026 13:05

La note que nous venons de publier le 30 juin montrait clairement l'inadaptation de nos institutions financières au regard du mur climatique. Les énormes capitaux à mobiliser pour adapter le pays à la nouvelle donne ne peuvent en aucune façon correspondre à un nouvel élargissement d'un dette publique déjà hors de contrôle. Au delà, un milieu climatique adapté constitue un bien commun payable par tous et ne peut  profiter à un groupe quelconque sous la forme d'une nouvelle rente financière. Le projet d'euro numérique de banque centrale pourrait de ce point de vue devenir la solution. Cela suppose quelques innovations dans le projet Ce que nous proposons dans  la note qui suit.

L'actuel  projet d'euro numérique de banque centrale: un désordre dans l'ordre financier.

Simplement exprimé le projet actuel consiste à autoriser- depuis un simple smartphone-  à vendre et acheter en monnaie centrale numérique des biens et services à l'échelle de toute l'Europe. Manifestement un tel projet ne peut être que très polémique puisqu'il assure une prépondérance considérable à la banque centrale et le risque de marginalisation des comptes classiques figurant encore dans les  bilans du système bancaire. Moins de monnaie de banque et plus de monnaie centrale. Donc moins de matière première pour les banques et bien davantage pour la BCE. D'une certaine façon les banquiers ont raison de voir dans un tel projet un risque de  débancarisation et plus encore la fin du pouvoir de création monétaire. Ajoutons que cette opposition des banques est d'autant plus grande qu'elles voyaient dans les monnaies digitales la possibilité de passer à la privatisation générale des monnaies. Le projet, très polémique, mais ayant reçu l'approbation du parlement européen devrait entrer en vigueur en 2029. Déjà la volonté politique de renoncer au processus de création monétaire complétement privée se fait sentir avec la disparition des plateformes numériques incapable de respecter une directive MICA jugée trop contraignante.

Proposition de compromis citoyen entre finance menacée et menace climatique?

Une façon de réduire la vigoureuse opposition des banques au projet d'euro numérique est de proposer un compromis:

-d'abord la BCE réduit son projet au seul objectif d'autoriser - sans déficits publics supplémentaires - les gigantesques investissements imposés par la modification climatique;

-ensuite faire disparaitre le risque d'évaporation des comptes bancaires en monnaie numérique de banque centrale.

Architecture générale du projet 

1 Les autorités européennes créent  un dispositif contraignant obligeant la BCE à mettre en place un fond européen au titre de l'atténuation et de l'adaptation des pays au risque climatique. Ce fond se doit d'être à la hauteur des enjeux et peut être imaginé à partir de quelques chiffres connus: 822 milliards d'euros de dommages climatiques sur les 40 dernières années, dont 25% sur les 4 dernières années; 43 milliards de recul d'activité en 2025; etc. Chiffres à vérifier mais non dépourvus de vraisemblance.  Derrière ces chiffres se profilent déjà  des propositions complètement irréalistes sur les marchés politiques...lesquels  ne peuvent imaginer des investissements sans dettes nouvelles....

2 La BCE crée annuellement un certain montant de monnaie numérique en créditant les comptes des Trésor des divers pays de l'UE. Existent donc désormais les compte des Trésors classiques et des comptes des Trésors en monnaie numérique de banque centrale.  La répartition entre les pays s'opère sur la base de critères objectifs tel les PIB. Le total du bilan de la BCE s'accroit d'un même montant.

2 La monnaie numérique distribuée n'a pas le caractère de prêt et n'est donc ni remboursable ni chargée d'un taux de l'intérêt. Le montant distribué et réparti entre les pays de l'UE est annuellement décidé selon un processus démocratique. La BCE devient politiquement dépendante des autorités européennes pour la gestion de la monnaie centrale numérique..

3 La dépense publiques à partir du compte en monnaie centrale numérique est fléchée et ne correspond qu'à des commandes au titre du seul environnent climatique. Les entreprises bénéficiaires sont labellisées. Dans le souci de préserver les marchés financiers Il reste interdit aux Etats de financer les déficits courants à partir de l'euro numérique.

4 Les agents- entreprises fournisseuses et salariés- bénéficient du ruissellement en euros numériques sur des comptes annexes à leurs comptes bancaires classiques. Dans le souci de préserver les infrastructures bancaire les comptes classiques ne peuvent être transformés en euros numériques. A l'inverse les euros numériques peuvent être convertis en monnaies bancaires classiques. 

5 Le dispositif est neutre au regard de la finance: la capacité de création monétaire par les banques est maintenue et reste soumise à la politique de la BCE. La liquidité bancaire bénéficie aussi de l'asymétrie dans la convertibilité: les euros numériques sont convertibles en monnaies de banques lesquelles ne le sont pas en monnaie numérique. en retour il n'est pas impossible que la liquidité générale accrue développé un surcroit d'inflation gérable à partir des outils classiques de la banque centrale 

Conclusion:

Le dispositif proposé échappe aux propos démagogiques qui naissent déjà sur les marchés politiques et qui tous sont incapables de dépasser la logique de l'endettement. Incapacité qui amplifie une incrédibilité déjà très lourde: comment réduire les déficits publics en les alourdissant à grande échelle?

Le dispositif rassure le système bancaire qui peut expérimenter l'euro numérique de banque centrale sans en être la potentielle victime. Le ruisselement fait que les bilans bancaires s'alourdissent de comptes numériques sans risque de fuite de la monnaie de banque vers la monnaie numérique. Le poids de la finance sans doute beaucoup trop important demeure intact.

Le dispositif restaure une partie de la puissance des Etats en limitant la sempiternelle indépendance des banques centrales.

Jean Claude Werrebrouck - 3 juillet 2025.

 

 

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30 juin 2026 2 30 /06 /juin /2026 08:33

 Il est intéressant de revenir aux grands choix de 1945 en France pour imaginer un remède à l'urgence climatique que nous vivons. A l'époque la planification a commencé par l'édification du canevas d'un futur désirable. Ce dernier fût constitué- entre autres-  d'investissements très lourds dans 4 industries parentes: CDF, EDF, GDF,SNCF. A l'échelle du pays ces investissements furent pharaoniques et ce sans ressources budgétaires. D'une certaine façon nos débats actuels sur l'urgence climatique sont un peu du même ordre: mettre en place un canevas général permettant par investissements massifs de retrouver une liberté d'agir. Et sans doute avec des débats sur le choix des solutions comme ce fut celui des choix de la planification d'après guerre. Mais aussi des débats qui s'inscrivent dans un déficit massif de ressources budgétaires.

Les investissements pharaoniques sur les 4 industries susvisées débutent en 1947 après des nationalisations  dont le cout budgétaire fût artificiellement réduit ( paiement en obligations de 50 ans et charge d'intérêt supportés par la banque centrale) Le budget public de 1947 présente des recettes d'environ 200 Milliards de francs et des dépenses de 500 milliards, soit un déficit public de quelque 300 milliards. Le déficit est couvert par des bons du Trésor, achetés par un système bancaire contrôlé et dont la liquidité est elle-même assurée par la banque centrale. Il n-y a donc pas de financement monétaire direct. 

Si l'on compare avec la situation d'aujourd'hui nous avons une urgence ( économique, écologique et surtout humaine) qui suppose des investissement gigantesques à mobiliser très rapidement ( écoles, hôpitaux, infrastructures industrielles et logistiques, patrimoine immobilier, etc.) Un mur d'investissements sans doute comparable au mur de l'après guerre et sans doute aussi urgent.

Sur le plan budgétaire la situation d'aujourd'hui est toutefois beaucoup plus difficile. Si l'on prend l'année 2025 on constate des recettes publiques d'environ 310 milliards d'euros, des dépenses d'environ  445 milliards et donc un déficit de 135 milliards. En comparant les deux époques on constate que le poids du déficit est beaucoup plus lourd en 1947. Il représentait à l'époque 150% des recettes ( 300/200) et ne représente plus aujourd'hui que 43% ( 135/310) de ces mêmes recettes. Pour aller plus loin dans la comparaison, aligner 2025 sur la réalité de 1947 - donc faire en sorte que le poids du déficit représente 150% des recettes- signifierait un déficit 2025 de 465 milliards d'euros ( 150% de 310)....probablement par conséquent un appel au marché de la dette publique (il faut assurer le service de la dette) dépassant largement les 700 milliards d'euros....Le marché ne pourrait en aucune façon absorber un tel volume sans une refonte complète de nos modalités de fonctionnement.

Précisément ces modalités de fonctionnement étaient très différentes en 1947. De fait le déficit gigantesque de l'époque va fort bizarrement correspondre à un relatif effacement de la dette publique en raison du miracle inflationniste. D'abord le financement de la dette ne passe pas par le marché et passe par ce qu'on appelait les correspondants du Trésor. Ainsi le système bancaire est condamné à l'achat obligatoire de titres publics à peine de très lourdes sanctions. C'est dire que le financement des pharaoniques investissements ne se fait pas par le biais d'un contrat de dette. Il se fait sous l'autorité du Trésor et ce à titre gratuit puisque l'inflation fait disparaitre le poids de la dette. L'investissement était donc payé par prélèvement inflationniste sur l'ensemble de la communauté

Aujourd'hui, même si le déficit est beaucoup plus réduit il apparait insupportable au regard des marchés. L'Etat a perdu ses armes réglementaires et ne bénéficie plus du prélèvement inflationniste. A l'inverse il est lui-même redevable du prélèvement financier assuré par l'ensemble su système bancaire. D'une certaine façon l'urgence climatique n'est pas finançable. La communauté nationale n'est plus victime du prélèvement inflationniste mais elle en paie le prix sous la forme d'un impossible combat contre le risque climatique.

Les entreprises politiques se battent et se battront demain dans le cadre de l'élection présidentielle sur des mots vides de sens: l'urgence climatique n'est pas encore le tsunami qui permettrait de transformer radicalement le rapport existant entre l'Etat et la finance. 

Jean Claude Werrebrouck - 30 Juin 2025.

 

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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 10:33

.Avertissement : La présente note n’est que la reprise d’un texte déjà publié à l’occasion de la campagne présidentielle de 2022. La paresse, mais plus grave la triste réalité, nous invite à le republier car effectivement au-delà des probables nouveaux candidats rien ne pourra changer tant sur le fond que sur la forme.

On va probablement beaucoup parler et échanger durant la campagne électorale à venir. Il est inutile d’en faire la liste tant les idées et mesures proposées seront nombreuses. Pourtant, il y aura des sujets interdits, donc sujets jamais abordés par aucun des candidats. Cela n’étonnera pas les anthropologues qui savent que dans toute société - et ce depuis la naissance de l’humanité - existe des tabous.

Le sujet tabou d’aujourd’hui est celui de l’organisation monétaire et financière du monde présent. Réalité construite par les humains, la finance  surplombe ces derniers  très exactement comme pouvaient l’être les tabous de l’univers magico-religieux des premières communautés humaines.

  Fait social émergent plus ou moins spontanément dans un groupe humain, le tabou est d’abord une croyance sur ce qu’il est interdit de faire et une interdiction dont le non-respect entraîne un châtiment assuré par une puissance majeure que l’on craint. Le premier tabou fut probablement l’endogamie, laquelle devait finalement construire bien des aspects de l’organisation sociale à une époque où les contraintes de la reproduction -reproduction qu’il faut organiser à peine de disparition -concurrençaient par leur puissance ceux de la production.

 On peut se demander aujourd’hui si son équivalent, à une époque où la contrainte de la production est idéologiquement devenue essentielle, n’est pas le système monétaro-financier. Il y aurait ainsi une relation d’équivalence : le tabou de l’endogamie serait à la reproduction, ce que serait le système monétaro-financier à la production (économie). C’est ainsi que  très factuellement il apparait qu’il est strictement interdit, en particulier en France et dans l’Union européenne de discuter de l’architecture monétaire et financière, donc d’imaginer une refondation et ce, à peine d’une catastrophe. Toucher au système c’est entraîner des conséquences économiques gravissimes et le seul fait d’en parler disqualifie socialement et politiquement celui qui s’exprime. Exactement comme jadis où contester l’interdit de l’endogamie correspondait à un crime.

On va donc parler de tout et tout proposer, durant la campagne électorale, mais jamais on ne parlera de la monnaie (il est interdit d’y toucher) ; jamais on ne parlera du système bancaire (il est interdit d’y toucher) ; jamais on ne parlera du système financier (il est interdit d’y toucher). On peut tout revoir, tout modifier, sauf un système monétaro-financier, intouchable à peine de châtiment : une catastrophe financière , économique, sociale…dont la force serait infiniment dévastatrice….aussi dévastatrice que ne pouvait être dans l’imaginaire humain la fin de la prohibition de l’inceste.

On pourrait certes prolonger notre lecture anthropologique et vérifier que, si le tabou est chez les humains une chose que l’on ne peut toucher ou un lieu dont il faut rester éloigné, la banque centrale moderne est bien dans ce cas. Les hommes mêmes extirpés de leurs religions primitives et enracinés dans un monde dit de la raison se doivent de rester complétement séparés de l’institution : la Banque centrale est indépendante.

Dans ce nouveau monde le tabou monétaro-financier est autrement dynamique que celui de l’endogamie de naguère. Le champ de la prohibition de l’inceste était peu agité par les quelques clercs qui pouvaient à très longue distance et dans les coulisses de la société le rétrécir ou l’élargir. Tel n’est pas le cas pour le système monétaro-financier qui engendre depuis une vingtaine d’années des étrangetés.

Qu’on en juge :

 -la masse monétaire connait une croissance 4 à 5 fois supérieure à celle du PIB. Ainsi, la base monétaire de la zone euro passe de 1,68 trillion en février 2013 à 6, 14 trillions en décembre 2021, soit une croissance moyenne de 15%, avec dans le même temps une croissance nominale du PIB à peine supérieure à 3%. Qui se pose la question de la cause d’une telle éruption ? A-t-on le droit d’en parler ? Va-t-on en parler durant la campagne ?

- Autre façon de se poser la même question, le bilan de la banque centrale est lui-même en accroissement gigantesque et représente en décembre 2021 plus de 60% du PIB de la zone euro, soit 20 points de plus que le bilan de la FED pourtant aux prises avec les mêmes difficultés. Qui s’en émeut ? La contrepartie de ce bilan se trouve nécessairement sur des comptes. Lesquels ? Peut-on discuter de ces masses liquides gigantesques en perpétuel mouvement ?

-Le poids de la finance est devenu une véritable boursouflure sur le visage de la société : son poids a plus que doublé depuis le début du siècle et selon les modes de calculs (intégration ou non des marchés de produits dérivés, des marchés des changes, du notionnel, etc.) ce poids peut aller jusqu’à 60 fois l’économie réelle. Au-delà, la finance s’est autonomisée par rapport à l’économie réelle et en vient même à la concurrencer puis à la rançonner par divers dispositifs dont celui des rachats d’actions. Ces faits seront- ils exposés et débattus durant la campagne électorale ?

-Les taux de l’intérêt deviennent en Europe, y compris en France, parfois négatifs, comme si le prêteur travaillait volontairement à la construction de sa ruine. Dans ce contexte pourquoi l’investissement notamment investissement industriel n’en profite-t-il pas ? Allons-nous débattre de cette étrangeté ?

- Les capitalistes semblent disparaître au profit d’actionnaires insaisissables se déplaçant à la vitesse de la lumière par le biais d’ordinateurs délocalisés. Des pertes comptables colossales sont gommées par des hausses de cours vertigineuses (néo-banques par exemple).  A quoi cela correspond -il pour les entreprises ? Va-t-on en discuter ?

On pourrait sans doute multiplier ces étrangetés qui, hélas, n’intéresseront pas les débats tant ils sont tabous : on ne peut les dénoncer comme l’autorité de naguère pouvait dénoncer et punir l’endogamie. Aujourd’hui celui qui ose évoquer ces étrangetés devient immédiatement un dangereux populiste à éloigner des vrais débats et à punir électoralement. Et mêmes les dits populistes semblent avoir le souci de rentrer dans les rangs.

Et parce que le tabou suppose l’éloignement - y compris l’éloignement intellectuel- il sera impossible d’établir la moindre corrélation avec les difficultés de la France depuis le début du siècle :

Qu’on en juge :

  • Idée à éloigner : toute corrélation entre abandon d’une maîtrise du taux de change et la transformation du paysage économique du pays, la compétitivité n’étant plus mesurée - toutes choses égales par ailleurs- qu’à la capacité à procéder à des dévaluations internes.
  • Idée à éloigner : toute corrélation entre abandon de la maîtrise du taux de change et les stratégies déployées par les grandes entreprises françaises qui vont préférer investir ailleurs pour grandir et croître (celles du CAC 40) plutôt qu’à investir pour exporter.
  • Idée à éloigner : toute corrélation entre abandon de la maîtrise du taux de change et les stratégies de délocalisations de branches entières (automobile, pharmacie, etc.) avec ses conséquences en termes de montée des importations et faiblesse des exportations.
  • Idée à éloigner : toute corrélation entre perte de substance industrielle (le poids de l’industrie française n’est plus aujourd’hui que 35%  de celle de l’Allemagne contre 50% en 2000) et perte de la maîtrise du taux de change.
  • Idée à éloigner : toute corrélation entre attrition du pays au regard des autres ( baisse relative du PIB par tête français entre 2000 et 2019 comparativement à ses concurrents européens notamment allemand, hollandais voire Belge) et la fin de la maitrise de la monnaie).
  • Plus globalement, il est refusé tout débat entre mise en place du système monétaro-financier européen et affaissement relatif du continent en termes de croissance, la zone euro devenant la zone la plus déprimée du monde.
  • A l’inverse, il est refusé tout débat concernant la réussite relative de la France à l’époque de la maîtrise de sa finance et de sa monnaie, époque qui lui avait procuré la plus forte croissance européenne. Il serait pourtant intéressant de comparer les démarches complexes et bureaucratiques envisagées aujourd’hui à l’occasion de la transition énergétique, avec la puissance et la rationalité de celles envisagées au cours de la reconstruction d’après 1945.
  • Mieux, tous les médias louent la réussite de l’euro après 20 années de « bons et loyaux services », et bien sûr oublient ses irréductibles et irréparables défauts majeurs de conception.

Les candidats aux prochaines élections sont ainsi prévenus : ils se doivent de respecter le tabou monétaro-financier à peine d’être très lourdement sanctionné. Ils doivent même le mettre en valeur et promouvoir le respect que chacun lui doit.

Bien évidemment, cette note d’humour ne peut cacher la tristesse de notre déclin. Et il y a lieu d’être triste car manifestement notre nouveau tabou est beaucoup moins justifié que le premier. Le tabou de l’inceste s’est disions-nous probablement construit en dehors du politique en raison de sa base objective. Tel n’est pas le cas du tabou monétaro-financier qui fût une construction complètement politique. De ce point de vue, il peut apparaître plus fragile.

Fausse apparence parce que ladite construction a mobilisé d’énormes moyens pour arriver au statut de tabou. Et ces moyens seront mobilisés pour faire du système monétaro-financier que l’on a construit un « non- problème », donc un thème qui doit être exclu de tout débat…donc un tabou…

Ne revenons pas sur l’histoire lointaine qui fera de la monnaie, l’or, et du système financier correspondant une contrainte difficile à dépasser avec ses échecs majeurs que furent – en France -le système de Law puis celui des Assignats. Cette longue période fut dépassée avec l’abandon du métal précieux et la reconstruction de la France après 1945. A cette époque, la monnaie n’était pas un tabou et se révélait simple contrainte à maîtriser politiquement, travail qui fut réalisé avec un spectaculaire succès, mesurable par la construction d’une économie industrielle de premier plan tout au long de la 4ème république et les débuts de la  5ème. C’est essentiellement, pour ce qui concerne la France, à partir des années 80 que devait se construire le système présent en tant qu’objet dépolitisé, sacralisé, donc exclu du champ possible des débats d’une élection présidentielle.

Ramené à ce que l’on pourrait appeler abusivement l’euro-système, il est fait de négociations discrètes entre ses vrais propriétaires auxquels est ajouté des captifs de la haute administration, particulièrement le corps de l’inspection des finances. La clé de voûte essentielle qui assure sa clôture est le système des portes tournantes : un banquier devient haut fonctionnaire au Trésor puis redevient financier ou l’inverse. Cette pratique assure l’entre-soi, la maîtrise d’un vocabulaire complexe non susceptible d’être appréhendé par les acteurs politiques et donc la construction d’un objet  intouchable  : Qui, par exemple, maîtrise les milliers de paramètres des normes de la Banque des Règlements Internationaux ? Devenu un univers d’experts, d’ingénieurs de plus en plus nombreux, de scientifiques notamment mathématiciens de haut niveau, etc. le coût d’entrée est devenu trop élevé pour un aventurier politique qui aimerait élargir sa part de marché à l’élection présidentielle. La fin du tabou ne pourrait se manifester que par l’exercice de la raison mais hélas cet exercice est devenu impraticable et il est plus facile de discuter à l’infini des vertus de l’ISF que de l’opportunité des libres  modèles bancaires concernant le calcul de la pondération des actifs.

Et cet abandon de ce qui est pourtant au cœur du politique va être politiquement justifié par des clercs - les économistes- qui au nom de la théorie économique vont approuver la logique de l’abandon : la finance doit s’autoréguler et il est interdit au politique de tenter une réelle réglementation. Nous avons là la seconde enceinte de protection de la forteresse à l’abri des regards du monde.

Alors que les premiers tabous s’échafaudaient probablement dans l’univers du magico- religieux notre très moderne tabou s’est construit dans celui des apparences de la raison et du politique. D’essence complètement politique, il se nie comme objet politique pour mieux sculpter au quotidien  son caractère de tabou.

 

 

 

 

 

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27 décembre 2025 6 27 /12 /décembre /2025 09:08

La France grande handicapée….

L’année 2025 va probablement se terminer sur un PIB d’environ 2984 milliards d’euros contre 2919 milliards en 2024. Ce calcul mené en valeur correspond à une croissance nominale d’environ 2,3% reflet d’une inflation d’environ 1,5% et d’une croissance réelle de moins de 0,9%. Et ce chiffre ridiculement faible n’est obtenu qu’avec l’intervention de l’Erat qui en termes de recettes et de dépenses s’est soldée par un déficit Public colossal d’environ 161 milliards d’euros. Au final pour obtenir (2984 – 2919) = 65 milliards de richesse apparente supplémentaire il aura fallu s’endetter de 161 milliards de plus (2,47 fois le surplus de richesse apparente). Un peu comme si un ménage voulant consommer 10 euros de plus chaque mois devait s’endetter mensuellement de 24,70 euros.

Croissance faible, cause de la dette ? Ou dette élevée, cause de croissance faible ?

Rééquilibrer les comptes suppose sans doute une combinaison de baisse d’impôts et de baisse des dépenses. Mais ce rééquilibrage va  en entrainer d’autres : des comptes bancaires allégés pour les ménages et les entreprises qui cesseraient de bénéficier de la dépense publique…mais augmentés de la baisse de l’impôt…le tout dans une proportion assurant la disparition du déficit. Qui va payer ? Si l’on privilégie la baisse de la dépense ce sont plutôt les ménages qui vont payer…et contribuer à la chute de la demande globale : les débouchés des entreprises s’affaissent  et les entreprises marginales disparaissent. Si l’on privilégie la fiscalité, le résultat dépendra du mode choisi de la baisse d’impôt, ce qu’on appelle l’assiette. Par contre cette voie suppose parallèlement une baisse de la dépense beaucoup plus radicale à la seule fin de faire disparaitre le déficit. D’où la contradiction entre amélioration possible du taux de marge dans un contexte de baisse du chiffre d’affaires. A moins que la baisse de la fiscalité entraine une compétitivité telle que des exportations nouvelles viennent compenser la perte des chiffres d’affaires internes. Mais, sous contrainte de disparition du déficit, plus la pression fiscale diminue et plus la demande interne s’affaiblit. Il est donc difficile d’imaginer et donc de chiffrer aisément le résultat du choix de la baisse de la fiscalité. Globalement il faudrait une élasticité/cout des exportations élevée dans un contexte où la contrainte fiscale représenterait un poids très élevé dans les couts de production. Comme quoi une politique de l’offre est toujours très complexe et vient se heurter au mur de la demande.

Mais Handicap indépassable…

Ce fort bref raisonnement nous montre toutefois que la question de la réduction de la dette n’est pas chose simple et, hors mobilisation de moyens touchant la relation du pays avec son environnement mondial, ladite réduction suppose une contraction très importante du PIB. Il suffit de reprendre les chiffres de 2025 et imaginer la baisse du PIB en utilisant un multiplicateur budgétaire même ramené- fort complaisamment- à l’unité. Dans cette hypothèse le PIB se contracterait de plus de 160 milliards d’euro, soit près de 6%. Sachant que l’impact d’une telle contraction est très inégal selon les différentes catégories sociales, Le pays est-il politiquement prêt à accepter un tel changement ?

Reste le recours à trois outils : la dévaluation externe de la monnaie, le rachat de la dette par la banque centrale, l’établissement de droits de douane. Les deux premières solutions sont exclues en raison de la méthodologie retenue pour la construction de l’Union européenne : La monnaie est devenue indépendante des Etats, lesquels ne sont plus maitre de leur banque centrale. Il n’est plus question - sans rupture- de recourir aux manipulations monétaires qui ont tant contribué à l’exceptionnelle réussite française de l’après-guerre.  La solution des droits de douane envisageable au niveau européen est -elle imaginable comme solution à la dette publique française ? Sans rétorsion de la part du reste du monde les droits de douane peuvent en principe réduire les importations sans toucher aux exportations. La baisse de la demande globale induite par la diminution de la dépense publique initiée pour faire disparaitre la dette publique pourrait ainsi être compensée par des échanges extérieurs mieux orientés. Les droits eux-mêmes viennent contribuer à la disparition du déficit. Dans le contexte géopolitique du moment cette solution qui n’est pas de rupture peut être envisagée et commence à l’être. L’UE ne peut en effet au nom de sa survie laisser la chine exporter son chomage par une balance des échanges devenue très déséquilibrés ( Plus de 1000 milliards de dollars d’excédents pour 2025).

La béquille pour tous…

Au-delà, il faut signaler que la dette devenue béquille de la France est entrain de le devenir pour la plupart des pays.

                                   Croissance              déficit public

Allemagne                          0,8                             2,7

Italie                                    0,6                              3

Espagne                              2,7                            2,7

Pays-Bas                              1,5                            2,8

RU                                         1,5                            4,5

Chine                                    5                                4

USA                                       2,3                             6,9

Comme pour la France nous constatons, certes à l’exception du cas chinois, qu’il faut pour tous ces pays beaucoup de déficit public pour faire grossir fort modérément voire très peu le PIB. Pour cet ensemble de pays et sans doute pour de nombreux autres une politique générale de disparition des déficits publics entraine une baisse des PIB donc une contraction planétaire de très grande ampleur. Et la Chine ne fait pas vraiment exception, car même en ne contestant pas les chiffres annoncés, le résultat- plutôt meilleur- se fait au prix d’une gigantesque montée des exportations (probablement plus de 1100 milliards de dollars en 2025). La constatation empirique de cette « impression de PIB étouffé » malgré un déficit gigantesque nous invite à imaginer l’hypothèse  d’un désajustement entre une offre constitutive d’un PIB logiquement ascendant par l’investissement et une demande qui  tire ce même PIB vers le bas. En termes savants la demande globale est -elle suffisante pour absorber toute l’offre proposée ? Hypothèse jamais abordée par les économistes contemporains.

...Béquille pour tous que les économistes éloignés de l’histoire de la pensée économique ne peuvent comprendre….

Derrière ces questions se trouve un problème beaucoup plus fondamental et fort ancien : celui de la « loi des débouchés » qui fut un débat depuis le début du dix-neuvième siècle. Pourtant cette question de l’équivalence entre l’offre globale et la demande globale n’est plus abordée depuis très longtemps dans les universités. Elle n’est plus dans la fenêtre d’Overton. Jadis l’étude de la théorie keynésienne réintroduisait mécaniquement le très long débat qui s’était introduit avec la critique de la « loi de Say » par ses contemporains et en particulier Ricardo, Sismondi et bien d’autres tout au long du siècle. Ces réflexions furent très longtemps poursuivies et la crise de 1929 fût très largement abordée à partir de la question. Globalement il fut admis que ladite crise était une crise de surproduction provoquée par la non redistribution des gains de productivité, donc la non vérification empirique de la « loi se Say » et la confirmation de ses critiques. Keynésianisme aidant, il fut admis que les trente glorieuses qui devaient suivre correspondaient à la mise en place d’outils autorisant la redistribution et donc un alignement de la demande sur une offre croissante (élargissement continuel des salaires y compris par voie d’Etat-providence).

Concrètement, comme dans les années 1920 aux USA,  nous retrouvons aujourd’hui le divorce entre une offre potentiellement sans cesse croissante et une demande qui ne peut suivre. Le problème  n’est plus aujourd’hui celui du divorce entre fordisme naissant et normes salariales de la première révolution industrielle, mais celui du divorce entre mondialisation et alignement de nouvelles normes salariales. C’est qu’en mondialisation les salaires  sont moins une source de débouchés qu’une source de couts. Mécaniquement la masse salariale vient de plus en plus nourrir les importations et beaucoup moins les productions nationales. Ces mêmes productions sont soumises à des concurrences étrangères qui invitent à un alignement progressif des salaires occidentaux sur ceux du sud. Ce mécanisme qui étrangle la demande globale, et  qui est pourtant l’essence même de la mondialisation est masqué par les béquilles : la demande globale qui ne peut suivre la production croissante devient artificiellement gonflée par des dépenses publiques de plus en plus importantes et des ressources publiques- l’impôt- qu’il faut contenir.

Les béquilles pour tous  sont  faites  d’une très rentable « aspirine » financière

Mais la béquille est toute entière fabriquée avec l’aide de la finance et il est encore universellement préféré d’utiliser des actifs financiers pour générer une demande globale insuffisante plutôt qu’une technique type « hélicopter money ». Pour l’essentiel ces actifs sont de la dette publique, donc la matière première des béquilles. Vu de très haut, la crise récurrente de surproduction, est fictivement effacée par une nouvelle branche professionnelle porteuse d’un grand avenir : la finance qui fabrique sans limite des titres financiers lesquels sont l’antidouleur d’un réel économique dysfonctionnel. Toujours vu de très haut plus l’industrie se contracte et plus la finance se déploie. Comment ne pas être stupéfait par les quelque 16000 milliards d’actifs sous gestion aujourd’hui, actifs qui ne se montaient qu’à 4000 milliards en 2008, soit une multiplication par 4 contre moins d’un doublement du PIB ( 111000 milliards de dollars contre 63000 milliards) entre ces mêmes dates ?

A ce titre il est intéressant de situer les débats idéologiques concernant les cigales et les fourmis. Les tenants de l’économie de l’offre donc les croyants en la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say sont convaincus qu’il faut réduire l’éventail de l’Etat- providence et remettre les agents au travail. D’où les difficultés à prendre conscience de la réalité des chiffres présentés plus haut : une croissance qui ne cesse de s’affaisser et un endettement qui ne peut que s’accroitre…avec pour responsable un Etat victime de capture par les marchés politiques…d’où l’idée qu’il faut abandonner le statut de cigale et emprunter celui de fourmi. Mais comment abandonner le statut de cigale sans provoquer l’apparition de la réalité du déséquilibre entre offre et demande globale à l’échelle planétaire…une réalité qui atteint même une Chine peuplée de fourmis ?

Une autre difficulté est celle de l’antidouleur apporté par la finance. L’overdose des titres financiers publics développe le risque d’insolvabilité des Etats chargés de cacher la réalité macroéconomique dysfonctionnelle. Nous n’en sommes manifestement plus très loin avec la montée des taux,  ou les « stable coins » chargés d’épauler la dette américaine (99% du volume des stables coins sont collatéralisés avec  le dollar) . Avec parfois de redoutables erreurs de politique monétaire telle celle de l’actuelle BCE qui continue de ne plus couvrir les titres parvenus à échéance par des achats d’un montant semblable. De quoi rétrécir le marché des antidouleurs au moment où les Etats expriment un besoin massif (500 milliards de nouvelle dette publique pour la seule Allemagne en 2026, plan de relance massif pour le Japon, etc.)

Des béquilles pour tous…et  de plus en plus grandes….

Nous percevons maintenant clairement le chemin initié à partir de l’hypothèse selon laquelle il existe une insuffisance de la demande globale, insuffisance aujourd’hui planétaire. Sans mécanisme de redistribution type celui emprunté dans ce qu’on a appelé le « moment fordien » en occident, la demande globale doit être artificiellement gonflée par de la dette pour arriver à l’équilibre macroéconomique. Le choix de « l’helicopter money » qui aurait pu se substituer au moment fordien ne fut pas politiquement retenu. Celui du marché de la finance fut ouvert et considérablement renforcé par les outils techniques de la mondialisation, en particulier la parfaite mobilité d’un capital qu’il faut assurer dans son cheminement : maitrise de la circulation de la valeur avec sécurisation d’un marché des changes qui doit devenir très important. De fait le marché des changes doit devenir un monstre financier pour sécuriser la mondialisation. Sur ce marché les agents financiers doivent couvrir la sécurité sur les taux tout en se couvrant eux-mêmes,  ce qui passe par de gigantesques « paris » sur de simples fluctuations de prix. L’effacement progressif du fordisme laisse ainsi la place au grossissement inéluctable de la finance. Et l’ancien métier de conseil en investissement du banquier devient largement celui de virtuose sur de simples paris.

Au-delà la dette elle-même ne peut se réduire sauf à réenclencher le déséquilibre global. Mieux, à partir du moment où elle devient capital portant intérêt elle doit- au-delà de simples fluctuations conjoncturelles- se gonfler plus rapidement que le PIB. La dette sans intérêt peut certes gommer l’insuffisance de la demande globale mais il faut aussi couvrir les charges de la dette. Il est donc logique de voir partout dans le monde un grossissement de la dette. Le contexte géopolitique actuel fait qu’Il n’existe pour le moment pas d’autre choix planétaire.

Nous tenterons dans une prochaine note de montrer  que le substitut d’un fordisme planétaire, probablement irréaliste, peut devenir tout autre chose que la finance telle qu’elle se déploie encore aujourd’hui.

 Jean Claude Werrebrouck – 26 décembre 2025.

 

 

 

 

 

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1 novembre 2025 6 01 /11 /novembre /2025 17:02

On trouvera dans la note suivante quelques idées  qui font office de complément à la note précédente[1]. Il s’agit plus de remarques qu’un texte achevé et remarques qui ont pour objectif d’apporter un peu de clarté dans la fureur du moment.

La fin d’un âge d’or…

1. La croissance de l’Etat social s’est longuement nourrie d’une très forte croissance économique elle-même nourrie par une compétitivité construite autour de dévaluations monétaires régulières et massives[2].  Parce que les cotisations sociales institutionnellement construites autour du travail ne faisaient qu’augmenter – non en taux mais en masse – au rythme de la croissance, le périmètre de l’Etat social ne pouvait que s’élargir. Il pouvait même se permettre de fonctionner selon un principe assurantiel plus ou moins classique et ne jamais connaître trop durablement de pertes. A l’époque, les dévaluations complétaient les gains de productivité pour engendrer une croissance très élevée : il n’était pas difficile de « travailler plus » puisqu’aucun problème de débouché n’apparaissait, en particulier sous la forme d’envahissement par importations.

2. Les choses changeront progressivement si la quantité totale de travail n’augmente plus alors même que le périmètre de l’Etat social continue d’augmenter. Dans un tel contexte,  un système privé pourrait connaître une  régulation simple et  si le marché de l’assurance se fait plus étroit, il y a augmentation des taux de cotisation et diminution de la couverture des risques.

3. Toutefois, dans notre système français, les choses seront infiniment plus complexes. Le marché est devenu plus étroit pour de multiples causes. D’abord la quantité de travail à taxer ne peut que se réduire si la compétitivité ne peut plus être nourrie par des dévaluations massives : on ne peut davantage travailler voire bénéficier de gains de productivité si les marchandises fabriquées restent non compétitives, ce que l’on mesure par un déficit extérieur - Un déficit interdit naguère dans le cadre des institutions de l’époque -  D’où cette réalité empirique vécue par le pays : diminution générale du temps de travail, entrée plus tardive sur le marché du travail, systèmes de préretraites, etc. Réalités qui masquent la disparition relative de la croissance.   Maintenant, si la quantité de travail se réduit les coûts de la couverture des risques augmentent : il faut rémunérer les chômeurs. Aucun système privé d’assurance ne peut travailler dans un tel contexte de pertes assurées. Dans  le système public, il ne peut être question d’augmenter les cotisations qui renforceraient la non compétitivité du pays et aboutirait à la couverture de risques plus importants encore… d’où le choix ultime de la dette.

….La clé se trouve t ’elle sous le lampadaire ?

4.  Aucun modèle théorique et fort peu d’économistes n’oseront dire que la politique publique revenait dès le début des années 80 à tuer la poule aux œufs d’or. On ne pouvait en même temps alourdir un Etat social pour effacer le chômage et tuer les restes de croissance par des plans de stabilisation (« tournant de mars 1983 »), qui déboucheront plus tard sur des « désinflations compétitives, puis la brutale préparation à l’entrée de l’euro et les politiques monétaires qui vont marquer la fin du commun de la monnaie.

5.  les discours indigents, faits de simples injonctions, souvent incapables de distinguer une cause de ses effets, et souvent incohérents, restent le mainstream d’aujourd’hui : « il faut davantage travailler » ; « il faut diminuer les dépenses publiques » ; «il faut renforcer la politique de l’offre » ; « il faut basculer le système des retraites vers la capitalisation » ; etc. Comme si l’on pouvait travailler sans présence de débouchés solvables. Comme si la baisse des dépenses ne débouchait pas sur un multiplicateur négatif[3]. Comme si une politique de déflation des coûts et donc de dévaluation interne pouvait contenir un taux de change trop durablement beaucoup trop élevé. Comme si l’épargne constituée déboucherait spontanément vers un optimum collectif ne décourageant pas les naissances et privilégiant la vieillesse.

…Et donc un torrent de discours creux, en continu, sur les plateaux de télévision, contribuant probablement à l’affaissement des capacités à raisonner…

Bricolage et solutions boiteuses…

6.  Une façon de ne pas renoncer à l’Etat social tel qu’imaginé en 1945 était de faire intervenir un tiers qui pourrait être l’Etat lui -même. Dans le contexte de 1945, il y a de fait 2 Etats dans l’Etat : l’Etat social d’une part et l’Etat régalien d’autre part. Il peut donc être décidé de demander à l’Etat régalien de porter secours au système resté plus ou moins assurantiel de l’Etat-social. Ce sera chose faite à partir des années 90 où la préparation de l’entrée dans l’euro se déploie dans des logiques publiques de désinflation compétitives, d’ancrages dans des taux de change muselés (le fameux  « serpent dans le tunnel »), etc. Il devient ainsi urgent pour l’Etat régalien de porter secours à un Etat social qui ne cesse de s’étrangler dans les nouvelles contraintes imposées par la monnaie unique. D’où les interventions directes de l’Etat régalien dans l’aide au logement, dans les allégements de charges sociales, dans les minimas sociaux, dans la couverture du handicap, dans les allocations pour parents isolés, etc. Nicolas Dufourcq évalue à 20% du budget de l’Etat cette « subvention » de l’Etat régalien à l’Etat social.[4]

7.  Le problème était toutefois que l’Etat régalien ne se trouvait  guère en meilleure santé que l’Etat social puisque la chute de la compétitivité devait entraîner celle de la croissance et donc le PIB taxable. Le coût du subventionnement de l’Etat social par un Etat régalien moins riche apparaitra sous la forme de dégradation des services publics : armée (dont on dira imprudemment qu’il s’agissait de recueillir les « dividendes de la paix »), justice, école, grandes infrastructures etc. Le subventionnement apparaitra néanmoins insuffisant et il faudra aussi réduire certaines composantes de l’Etat social. D’où une impression de dégradation généralisée de tous les services publics alors même que leurs performances individuelles peuvent, ici ou là, considérablement augmenter.

8. Mais cet Etat régalien moins riche devra aussi aider une économie réelle devenue non compétitive en prenant en charge tout ou partie des coûts d’un taux de change inapproprié : l’euro tue une compétitivité que l’Etat régalien tentera de maintenir par des subventions aux entreprises. Parce que l’euro tue nombre d’entreprises devenues déclassées, il faut que l’Etat devienne « Etat social » des entreprises…et ce au profit de toutes au nom du principe d’égalité… D’où des effets d’aubaine et  les épuisants débats actuels sur les 211 milliards de subventions aux entreprises.

….avec des complications…

9. Les questions se compliqueront avec l’évolution de la pyramide des âges. Comment maintenir les revenus de retraités plus nombreux dans un contexte  où le nombre des actifs diminue [5]? D’une certaine façon, le départ massif des « boomers » permet d’alléger un effectif de population active qui est devenu trop important eu égard à une compétitivité durablement essorée par l’euro. Toutefois, il faut leur assurer une rémunération, ce qui va poser la question du système des retraites qui repose sur des cotisants moins nombreux….et ce dans un contexte où la question d’une « taxe Sismondi[6] » est loin de se trouver à l’ordre du jour malgré une révolution technologique et industrielle majeure. Pour la première fois dans l’histoire, nous assistons à une révolution - celle de l’IA- qui ne va pas connaître « les déversements d’emplois » analysés par Alfred Sauvy, et les licenciements massifs dans l’IA ne feront que développer le chômage. Ces licenciements massifs et sans retour viennent de débuter aux USA : Wal Mart , Amazone, Microsoft, Salesforce, Anthropic, etc. Qui parle d’une taxe Sismondi ?

10. Les questions se compliquent également avec la grande révolution immobilière qui se trouve elle-même au cœur d’une politique monétaire reliée aux effets de l’apparition de la monnaie unique. Alors que la maitrise complète de la politique monétaire avait permis aux anciennes générations de devenir propriétaires et de construire un patrimoine sans réelles difficultés (inflation souvent supérieure aux taux de l’intérêt dans un contexte de hausse générale des salaires), tel n’est plus le cas des nouvelles générations. Les taux de l’intérêt supérieurs aux taux de la dette publique française (OAT à 3,3%) sont aussi très supérieurs à l’inflation française (1,1% en septembre soit 2 fois moins que la zone euro). Il en résulte un coût d’accès au logement beaucoup plus élevé pour les jeunes générations. La question se complique avec une évolution démographique entrainant durablement une demande de logements inférieure à son offre ( départ de la génération nombreuse des « boomers » contre arrivée d’une génération moins nombreuse et handicapée par une politique monétaire qui a cessé d’être nationale). La stagnation des prix de l’immobilier est probablement  durable et il n’est plus question comme au siècle dernier de monter dans la hiérarchie sociale en accédant aisément à des logements de moins en moins étroits. Il  en résulte une difficulté supplémentaire pour  construire un patrimoine, difficulté que ne connaissait pas les « boomers » portés par la politique monétaire de l’époque. Sauf rupture monétaire majeure, la jeune génération restera ainsi handicapée par des taux anormalement élevés sur plusieurs dizaines d’années. D’où une compression sur la demande globale et des débouchés limités pour les entreprises classiques qui vivent de la dépense  des ménages. Le cercle est bouclé. Et un cercle qui se double d’une baisse du dollar ( 13% depuis janvier 2025) que la BCE ne compense pas en réduisant sa politique de diminution de son bilan ( 35 milliards d’obligations non remplacées chaque mois). 

11. Ces changements massifs, tous inscrits dans une politique économique incohérente depuis plusieurs décennies, - politique inscrite dans la dépendance monétaire et le refus  de la liberté de battre monnaie - contribuent aux nouvelles inégalités et, en retour, à une demande d’Etat qui ne faiblit pas. Réduire la boursouflure de l’Etat passe par la fin -  d’une façon ou d’une autre - de la dépendance monétaire. Pourra -t-on voir dans le projet d’euro numérique de banque centrale une opportunité et un chantier de grande transformation pour le recentrage de la France ? Il serait sans doute important de travailler cette question pour imaginer une issue à une crise qui ne peut que s’approfondir.

Jean Claude Werrebrouck- 1/11/2025.

 

[1] https://www.lacrisedesannees2010.com/2025/10/une-france-effondree.html

[2] 1945 : -66% ; 1948 : -22% ; 1949 : - 30% ; 1957 : -20% ; 1958 : - 17,5% ; 1958  : -10% ; 1969 : - 11,1% ; 1982 : -5,75% ; 1983 : - 2,5% : 1985 : - 3%. L’euro apparait en 1999.

[3] https://www.lacrisedesannees2010.com/2025/10/france-le-choix-politique-d-une-therapie-suicidaire.html

[4] Voir son ouvrage : « La dette sociale de la France- 1974/2024 ; Odile Jacob ; 2025.

[5] La note en date du 28 octobre publiée par le Haut-Commissariat au plan et reprise dans La Monde du  29 octobre prévoit une baisse de la population active à partir de 2035.

[6] Imaginé au début du dix-neuvième siècle par le célèbre économiste, il s’agit de taxer les machines et donc d’y voir l’équivalent des charges sociales qui, elles, pèsent sur le travail.

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10 septembre 2025 3 10 /09 /septembre /2025 09:17

Il existe autour de la dette publique des champs de réflexion complètement oubliés. Le texte qui suit tente d’aborder l’un d’entre- eux, celui des effets de l’endettement de l’Etat  sur le système financier. Ces questions ne sont jamais abordées et ne le seront probablement pas dans un proche avenir dans les bavardages politiques français. Aucun parti politique n’abordera la question des modalités de fonctionnement de nos systèmes financiers.

Constatons tout d’abord que l’achat de dette publique auprès de l’Agence France Trésor par le système bancaire – la quinzaine d’établissements qu’on appelle les SVT (Spécialistes et Valeurs du Trésor) - n’affecte pas la liquidité des banques.

Des bilans qui grossissent car engorgés de dette publique.

 Mécaniquement, les moyens offerts au Trésor au terme d’une adjudication se retrouvent dans la dépense publique et donc sur les comptes bancaires des ménages et des entreprises qui vont bénéficier des largesses de l’Etat. Ce sera encore le cas des 11 milliards d’euros levés en ce début  septembre, une somme assortie de taux plus élevés en raison des incertitudes géopolitiques. Ces comptes figurent au passif des banques, tandis que la dette achetée figure à l’actif : Actif et passif consolidés des banques se gonflent avec les adjudications du Trésor. Mêmes les achats effectués par les non-résidents accroissent directement la liquidité bancaire laquelle bénéficie des nouvelles dépenses publiques. Le total consolidé des bilans bancaires se trouve ainsi augmenté de  la totalité de la nouvelle dépense publique autorisée par le nouvel endettement. Il est donc erroné de parler d’un effet d’éviction qui détournerait les moyens bancaires depuis l’investissement des entreprises vers l’achat de dette publique. Très mécaniquement, les agents qui épargnent en laissant dormir un compte bancaire important voient la dite épargne transformée en dette publique. L’épargne de plus en plus importante ( près de 19% du PIB) n’est pas sous utilisée et vient nourrir le système financier

Bien sûr puisque la France n’est pas compétitive, les nouvelles dépenses privées nourries par le déficit  vont se diriger partiellement vers l’étranger ce qui, ici, affectera la liquidité bancaire, mais l’achat de dette par les non-résidents favorise la liquidité bancaire française. Les banques étrangères dans -la cohorte des SVT– disposent d’une  place importante : Goldman Sacks, Barclays, JP Morgan, Morgan Stanley, etc.

Des bilans plus gros et plus sécurisés.

 La valeur des actifs pondérés des bilans est plutôt confortée si le poids de la dette publique est important dans les dits actifs. En effet la dette publique est un actif plus sécurisé que les autres (actions, crédit aux entreprises et ménages, autres obligations). Un Etat ne peut être en faillite comme un agent privé et surtout  un Etat n’a jamais à rembourser sa dette mais simplement a le devoir d’en assurer le service. Cette caractéristique conforte par conséquent  la valeur des banques sur le marché qui trouve dans la dette publique une matière première solide.

Maintenant, puisque les actifs sont davantage sécurisés, les risques sur le passif des bilans bancaires sont quasi inexistants (les dépôts bancaires sont protégés par la sécurité de leur contre partie en termes d’actifs). Cette sécurité générale peut donc permettre un allégement des fonds propres (plus de 25% du total des bilans il y a un siècle avant la bancarisation et moins de 5% aujourd’hui)

Des fonds propres plus petits assortis d’une rentabilité plus grande.

Un coussin de fonds propres important est inutile en cas d’accidents puisque les dits accidents sont improbables. Au total la bancarisation qui fait que la dette achetée par les banques se retrouve au passif et à l’actif ne fait que grossir, en sécurité,  le total des bilans. On peut donc, bancarisation oblige, imaginer une chute des fonds propres…et donc une hausse des résultats bancaires : la dette publique rapporte peu mais les gains servent à rémunérer un capital faible et donc le taux de profit augmente. Et plus la dette publique s’alourdit et plus on peut se contenter de fonds propres légers. Avant la crise de 2008 certains établissements frôlaient les 1% de fonds propres.

C’est dire aussi que la matière première du crédit devient extraordinairement importante. Les banques sont toujours présentes aux adjudications du Trésor, sont toujours prêtes à offrir davantage que ce dernier souhaite mobiliser et elles sont prêtes à offrir de nouveaux crédits de toute nature puisqu’elles sont créatrices gratuites de nouvelle monnaie. Ce fut encore le cas ce jeudi 4 septembre et l’AFT n’a eu aucune difficulté à lever les 11 milliards d’euros sur de la dette à 10, 15 et 30 ans, face à des SVT qui se sont positionnées pour offrir au Trésor plus de 27 milliards d’euros. Notons toutefois que la matière première du crédit qui sera proposée à l’économie réelle sera peut- être plus couteuse pour les clients des banques et devra  se négocier dans la prudence puisque les actifs sont ici plus risqués.

Comme l’économie française n’est pas compétitive, il est clair que les opérations de crédit ne vont pas privilégier l’investissement productif. Il vaut mieux investir en d’autres lieux. Par ailleurs, les entreprises étrangères ne sont que peu intéressées d’investir dans un pays où la rentabilité est faible.

Les raisonnements que nous venons de mener n’épuisent pas la réalité d’un système financier qui bénéficie très largement de la dette publique. La véritable question est celle de la soumission de l’Etat à un marché dont il est très dépendant. Pourquoi achetez de l’argent – 11 milliards d’euros ce 4 septembre – à des banques alors que l’Etat pourrait agir avec autorité et exiger de la banque centrale qu’il crédite son compte courant – le compte du trésor auprès de la banque centrale - de ce même montant ? Cette question n’est évidemment jamais évoquée dans les bavardages politiques et sera abordée sur le blog d’ici quelques jours.

 

Jean Claude Werrebrouck  Le 10 septembre 2025

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