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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 05:58

Si effectivement ce qu'on appelle économie n'est que de l'énergie transformée on peut s'étonner que les USA restent plongés dans la vieille énergie fossile pour construire la nouvelle économie à base d'intelligence artificielle. Cette dernière très futuriste et très grande utilisatrice d'électricité repose aux USA sur une extraordinaire domination  énergétique, essentiellement celle du passé, en particulier le gaz et le pétrole. 

L'extraordinaire rétablissement/épanouissement du passé

Cette domination reposant plus particulièrement sur le pétrole est, aux Etats- Unis, en reconstruction. Très ancienne, elle avait contribué à construire la puissance de l'industrie américaine (fin dis neuvième  et première partie du vingtième siècle). Elle avait ensuite disparue du sol américain pour tenter de se maintenir- après la seconde guerre mondiale-  par la contrôle du Moyen- Orient. Elle se reconstruit aujourd'hui sur le sol américain, mais davantage encore par utilisation opportuniste de la fracturation d'un monde qui conteste et redéfinit les règles de la mondialisation. De ce point de vue la guerre en Iran est aussi une occasion de reconquête du pouvoir pétrolier. 

La guerre actuelle redéfinit complètement la cadre de la compétition économique à partir du pétrole. La rente pétrolière iranienne est présentement en voie de disparition et l'agressivité de ses dirigeants risque de limiter encore longtemps l'offre mondiale de pétrole: réduction considérable de la production de nombre de pays du golfe et apparition d'un déficit d'offre tournant autour d'une dizaine de millions de B/J.

Mondialement, ni les pays du golfe moins concernés (Arabie saoudite, Emirates) ni le continent africain ni le continent asiatique ne sont capables de compenser le déficit d'offre. Seule la Russie, malgré les sanctions, peut encore soulager les pays d'Asie très handicapés par la raréfaction de l'offre du Moyen- Orient, Approximativement le monde- hors Amérique,  ne peut compenser qu'environ 1,5 millions de B/J.

Par contre le continent américain de trouve davantage capable de bénéficier de la crise iranienne; Alberta, USA, Venésuela, Brésil, Guyana peuvent ajouter environ 2,5 Millions de B/J...dont probablement la moitié pour les seuls USA.  De ce point de vue on pourra mieux comprendre le retour de la doctrine Monroe qui vise , dans la fragmentation du monde à ce que les USA contrôlent leur zone géographique.

Au total c'est environ un peu plus de 6 millions de B/J qui vont manquer, soit environ 6% de la consommation mondiale. Si l'on considère que l'élasticité- prix de la demande n'est pas négligeable ( par exemple la diminution des quantités consommées en France sont  de 15% en Avril) on peut raisonnablement penser que le choc de l'offre au Moyen- Orient est supportable et qu'à terme il est techniquement possible de faire cesser la production en Iran. Ce que la réalité confirme avec les premières fermetures de puits.

En revanche la hausse des prix risque de se pérenniser  en laissant un avantage considérable aux USA.  Puisque désormais  grands exportateurs de pétrole,  ils vont durablement empocher une rente de prix. Devenu de très loin premier producteur mondial de pétrole ( probablement 14 millions de B/J en 2026, soit prés du double de celle de l'Arabie ) et premier producteur mondial de gaz (probablement 25% du total mondial en 2026 pour une population de 4% de celle de la planète) les USA aspirent une bonne partie de la rente planétaire des hydrocarbures. Et une rente qui fuit des mains d'un OPEP en voie de dislocation.

Sans doute cette rente n'est-elle pas encore partagée et se trouve même captée sur les consommateurs américains sous la forme d'un prix à la pompe. Toutefois rien n'empêche l'exécutif fédéral de procéder à une législation d'écrémage de la rente à des fins redistributives. L'exécutif fédéral y travaille déjà et seules les modalités techniques restent à l'étude.

Il est donc inexact de claironner que la crise est porteuse d'un désastre économique mondial. Les USA et en particulier l'ensemble de l'industrie pétrolière directe et indirecte profite très largement de la situation géopolitique. En revanche les autres pays se trouvent victimes avec globalement une chute des gains de productivité et de croissance. Bien évidemment cette réalité est prise en compte sur les marchés financiers,  avec des hausses spectaculaires aux USA. (Nasdaq en hausse de 25% depuis le début de l'année contre par exemple stagnation du CAC40, mais également sur tous les autres marchés ( création d'emplois, résultats bancaires, etc.)

Le couplage avec le futur

Cette puissance retrouvée et assurée par le retour du passé énergétique est mise à disposition pour nourrir sans limité le futur technologique et en particulier l'intelligence artificielle. les nouvelles aciéries, les nouvelles machines à vapeur et les nouvelles industries transformatrices s'appellent aujourd'hui les data centers, usines du 21ième sicle  et usines qui  mobilisent d'énormes quantités d'électricité.

Très nombreuses ( environ 5400 usines de calcul) elles représentent  48% des installations planétaires, autour de L'IA générative, autour du cloud hyperscale, autour du calcul haute performance scientifique et industriel. D'ici 2030 le ravitaillement en électricité pour ce nouvel écosystème devrait doubler, et représenter 8% de la production totale d'énergie électrique des USA , soit aussi la totalité des actuelles capacité électriques de la France. Certaines prévisions estiment que la part de la puissance américaine de calcul dans le monde devrait encore augmenter et représenter plus de la moitié de la puissance installée dans le monde. Celle du seul petit Etat de Virginie rassemble déjà-  non loin du Pentagone- 12% du total mondial. Très loin derière  nous avons la Chine (25% de part de marché?) et l'UE ( 20/25% de part de marché?)

Cet énorme système-  qui n'est pas sans rappeler ce qui s'est produit en Grande- Bretagne lors de la première révolution industrielle au dix-neuvième  siècle - suppose l'accessibilité  d'une électricité bon marché en rapide croissance comme cela fut le cas pour la vapeur actionnant les outils de l'industrie de naguère. Constatation  qui nous  renvoie à la production américaine d'hydrocarbures. Certes il faudra encore considérablement augmente la production de pétrole US, probablement dépasser les 15 et 16 milliards de B/J et donc éliminer les blocages actuels ( remédier au déclin rapide des puits nouveaux, ce qui- selon l'AIE-  est loin d'être simple, débloquer la production des appareils de forage, revoir les outils de gestion et les contraintes environnementales, etc. ). 

Aucun autre pays au monde ne connait l'opportunité d'un tel couplage entre énergie surabondante et peu couteuse et ivresse technologique. De façon plus approfondie il faut savoir que selon certaines prévisions le sous secteur des IA américaines utiliserait la moitié des "workloads" des data centers lesquels mobiliseraient 70 à 80% des infrastructures d'entrainement de modèles (NVIDIA, H100/H200, clusters hyperscale)...) sous secteur qui avalerait une croissance électrique supérieure à 30% l'an....De quoi encore "forer" davantage...pour ne pas être prisonnier des énergies intermittentes....

De la même façon que la Grande Bretagne travaillait au monde du futur en assurant la première révolution industrielle et en devenant -à partir de 1850-  la première usine du monde, on peut se poser la question pour les USA qui assurerait aujourd'hui une forme radicalement nouvelle de révolution industrielle. 

Divaguons pour conclure...

Une telle hypothèse supposerait que soit éclairci les multiples et sans doute gigantesques inconnues de le généralisation des outils numériques. les premières d'entre elles  étant l'hypothèse difficilement compréhensible de la fin du travail, et plus encore du dépassement de l'intelligence humaine par l'intelligence artificielle. S'il était prouvé que l'intelligence n'est qu'un état du réel, donc de sa complexité, l'intelligence humaine ne serait qu'une simple étape dépassable par des intelligences supérieures...De quo rassurer les USA qui ne produisent plus d'ingénieurs et sont dépassés par les scientifiques du reste du monde et en particulier d'Asie. De quoi par conséquent ne pas s'inquiéter des études ( rapport ASPI Critical Technology Tracker) qui établissent que la Chine est désormais en tête dans 69 des 74 technologies. Déclin américain à priori programmé et proclamé, ou émergence d'un tout autre monde?

Jean Claude Werrebrouck - 12 Mai 2026.

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