Le blocus des ports iraniens par l'armée américaine fonctionne comme étranglement de la rente pétrolière iranienne. Cet étranglement est maintenant bien visible et les moyens utilisés par les gardiens de la révolution pour le contourner sont de moins en moins utilisables; Ainsi cette dernière semaine d'Avril voit le flux des exportations se ramener autour de 0,5 millions de B/J contre encore Plus de 2 millions de B/J au début du mois. Cela se traduit - à terme- par une lourde chute des revenus ( environ 150 millions de dollars quotidiens). Si donc la rente distribuée par les gardiens de la Révolution diminue dans les mêmes proportions, il est clair qu'il y a là une force destructrice de ce qui soude le groupe des criminels prédateurs marionnettistes et ses dépendants.
Des marionnettistes en difficulté vis-à-vis de leurs marionnettes
En particulier il sera de plus en plus difficile pour des marionnettistes moins nombreux de maintenir en ordre de bataille les centaines de milliers de "basij" et leurs familles si les rémunérations en provenance de la rente pétrolière s'effondrent alors même que le cours du Rial s'est effondré de 3134% depuis avril 2025. Clairement plus aucun bien importé n'est accessible pour les "basij" et leurs familles. Sans évidemment compter les millions de chômeurs iraniens apparus avec la destruction de l'appareil productif.
De la même façon il devient impossible pour les forces de projection régionales et les 4 armées parallèles de continuer à être entretenues par ce qu'on appelle le noyau dur des marionnettistes.
Mais des criminels prédateurs qui développent des externalités radicales...
Plus grave encore les gardiens de la Révolution verront de plus en plus s'opposes des régimes adverses (Arabie saoudite, Emirates, Qatar), mais aussi Irak et Kowait qui sont les deux pays les plus touchés par la guerre en termes d'affaissement des exportations pétrolières. (Plus de 50% pour chacun de ces deux pays). C'est qu'en effet très concrètement c'est le blocus iranien qui interdit les exportations de ces pays alors même que leurs tankers sont protégés par la marine américaine. Et l'argument des marionnettistes est bien de type rente pétrolière puisqu'il faut empêcher les pays du golfe de compenser l'effondrement des exportations iraniennes, voire- pour ces pays- de profiter d'une forte élasticité de substitution eu égard aux sanctions déjà lourdement imposées au régime.
D'une certaine façon tout sera fait pour contourner le blocage iranien. Sans véritable solution, le double étranglement de rente pétrolière vient déjà étrangler très fortement l'Asie ou l'Afrique et beaucoup moins l'Europe. Durablement les quelques 10 millions de b/J qui manquent ne seront que moyennement compensables par les autres producteurs du monde qui souhaiteraient bénéficier d'une rente pétrolière plus importante.
Les amis ne sont pas que des amis...
Bien sûr la demande est là et nombre de pays producteurs aimeraient profiter de la pénurie d'offre -de fait imposée par un Iran plongé dans sa lutte pour le maintien de sa propre rente pétrolière.- pour produire davantage en complète autonomie. D'où des forces centrifuges - généralement oubliées- au niveau géopolitique, par exemple la difficulté d'un sud Global, d'un groupe de Shangaï ou des Bricks, voire une possible dislocation de l'OPEP.
De ce point de vue le départ des Emirates est emblématique de cette possible dislocation, le pays voulant sortit de la contrainte des quotas de l'OPER en raison de ses capacités productrices en forte hausse et de l'indépendance que lui procure un oléoduc vers Fujairah. Les Emirates, sans le dire, pensent ainsi pouvoir récupérer une partie de la rente pétrolière perdue par l'Iran. D'une certaine façon il en est de même pour la Russie qui elle aussi souhaite compenser la rente qu'elle a perdue (avec les sanctions) en captant celle que l'Iran est entrain de perdre. De façon plus générale il en est de même pour ce qu'on appelle encore les "majors" (les grandes entreprises pétrolières) qui cherchent déjà à s'éloigner du Moyen-Orient pour davantage s'investir dans des lieux plus sécurisés ( Afrique et surtout Amérique latine , voire Amérique du nord)
Bataille autour d'une rente gonflée et déformée
Nous sommes ainsi dans un contexte où une multitude d'acteurs sont tentés de s'éloigner de l'Iran. Un Etat qui est hélas occupé par un groupe de criminels prédateurs ne cherchant qu'à maintenir une rente pétrolière, rente qui est de fait quasi privatisée. le plus curieux est que cette rente privatisée - et donc volée- est maintenue en la tuant... par imposition d'un blocus à des concurrents qui deviennent des ennemis. Les criminels prédateurs prennent ainsi une chemin potentiellement suicidaire. .
Le plus curieux est aussi que ces événements- que l'on taxe de "géopolitiques"- sont une reconfiguration et une déformation de la rente pétrolière planétaire. La crise géopolitique a fait gonfler la rente par le biais d'un effet prix plus important que l'effet quantité associé: globalement la hausse des prix est de l'ordre de 50% tandis que la baisse de la quantité disponible est inférieure à 20%.
Mais la crise la redistribue: les criminels prédateurs iraniens et les Etats emportés dans le naufrage direct et indirect ( Pays du golfe, Asie, Afrique, Europe) sont les perdants. A l'inverse les pays producteurs en dehors du Moyen-Orient et bien sûr plus particulièrement les Etats Unis - de très loin la première puissance pétrolière et gazière du monde- sont les gagnants. A ces gagnants il faut naturellement ajouter les "majors" et autre entreprises liées à l'industrie pétrolière sans oublier l'armée des échangistes et des spéculateurs.
Bien évidemment le plus grand des gagnants est bien sûr les USA avec une rente globale (pétrolière + gazière) peu inférieure à celle de la totalité de la rente du Moyen-Orient. En particulier la croissance de l'exportation de gaz devient explosive...avec des prix internes négatifs qui attendent des constructions accélérées d'oléoducs... pour livrer une UE engagée à acheter 750 milliards de GNL au cours des 3 prochaines années.... Un gain auquel il faut ajouter les effets sur des structures productives qui peuvent retarder le déclin américain.
Jean Claude Werrebrouck - 29 Avril 2026