Toutes les analyses concernant l'évolution de la planète économique, avec ses conséquences géopolitiques, évoquent naturellement la place grandissante de la Chine et son avenir probable.
La note suivante tente d'apporter un complément d'explication en creusant ce qui nous semble constituer l'armature cachée de cette situation, à savoir la notion de gain de productivité.
Plan de la note:
-Que faire du progrès ou comment répartir les gains de productivité?
-Le miracle de la redistribution à l'échelle nationale
-Une mondialisation moins miraculeuse.
-Une chine qui fait du marché un moyen et non une fin
-A cheval sur les gains de productivité chinois: des dettes mondiales en plein essor.
Développement:
Que faire du progrès ou comment répartir les gains de productivité?
Historiquement c'est l'émergence du fordisme avant et après 1914 qui va poser la question de la répartition de ce qu'on appelait déjà le progrès. 3 cas de figures possibles:
1 Si les gains de productivité sont intégralement redistribués aux salariés sous la forme de pouvoir d'achat, la production supplémentaire bénéficie en théorie d'une demande supplémentaire possible: les salariés disposent théoriquement des moyens d'acheter ce qu'ils produisent.
2 Si les gains de productivité sont réputés être conservés sous forme de profit supplémentaire, une question va déjà se poser: ce profit sera t-il investi, donc dépensé ou bien sera t-il épargné? Premier problème car il n'est pas évident que l'on trouve une demande supplémentaire justifiant un investissement si au préalable il n'y a pas eu de distribution de revenu supplémentaire.
3 Si les gains de productivité sont cédés au marché sous la forme de baisse de prix, un autre problème va se manifester. La demande pour les entreprises qui ont développé des gains de productivité va augmenter...mais sans distribution de pouvoir d'achat supplémentaire, cette augmentation sera- pour un même montant- assortie d'une baisse de la demande d'autres marchandises.
Seule la première solution est réellement intéressante...mais rien d'évident, et si telle ou telle entreprise peut ne pas redistribuer les gains de productivité l'affaire n'est que plus intéressante au niveau microéconomique et négative au niveau macro.
Le miracle de la redistribution à l'échelle nationale
Il faudra la crise de 1929 et beaucoup plus tard l'avènement de la "Sociale Démocratie" sous des formes évidemment variées pour aboutir majoritairement à la première solution. Un régulateur puissant va équilibrer le marché et le passage à un fordisme généralisé - sous formes diverses- pourra s'opérer à l'échelle de l'occident. Ce fordisme se manifestera aussi à l'échelle des Etats-nations sur la base d'industries restées largement nationales. Ce qu'on appelait à l'époque des développements "autocentrés" que l'on comparait à ceux "extravertis" des économies dites sous développées ou du "Tiers Monde".
Une mondialisation moins miraculeuse
Si maintenant des gains de productivités peuvent aussi s'opérer au niveau des transports internationaux et de la logistique générale, il est clair que des effets de taille seront recherchés et plus encore la recherche de gains de productivité à partir de zones de salaires plus avantageuses. C'est qu'en effet les débouchés garantis par les divers Etats-providences qui se sont mis en place après la seconde guerre mondiale sont aussi des charges salariales, sociales, fiscales que les marchés devraient logiquement contourner. D'où la mondialisation... bien assimilées par le pouvoir chinois en tant qu'opportunité.
A l'échelle de la planète, il est donc logique de voir l'accumulation du capital se déplacer et, la nature des Etats Providences et autres sociales démocraties, se transformer. Il appartiendra de plus en plus à l'ancien Tiers-Monde d'assurer des gains de productivité sur des marchandises consommées par les anciens salariés de l'occident. La demande globale dans ce dernier espace étant de plus en plus garantie par une hausse du pouvoir d'achat résultant de marchandises importées et de revenus d'assistance devenus "restes" des miraculeuse redistributions nationales. Revenus qui eux-mêmes vont assurer les débouchés des marchandises désormais produites dans l'ancien Tiers-Monde et surtout la Chine.
A force de mondialiser il faudra de plus en plus de revenus de substitution pour garantir une demande globale permettant l'accumulation ...et principalement en Chine.
Une Chine qui fait du marché non une fin mais un moyen
Il fallait l'insouciance des économistes pour apprécier positivement l'entrée de la Chine dans l'OMC. En particulier il fallait que le mécanisme de la redistribution des gains de productivité soit fort mal compris pour imaginer que la Chine se contenterait d'un développement autocentré. Et bien sûr derrière cette incompréhension il y en avait une autre plus grande encore, celle de la nature ds l'Etat chinois.
Ce dernier se devait de se servir du libéralisme Occidental pour une stratégie de puissance: s'appuyer sur une logique de marché pour accélérer d'abord une autosuffisance puis une supériorité industrielle. Le libéralisme occidental débouche naturellement sur la concurrence dans la recherche des gains de productivité. Et ces gains seront offerts par un constructivisme chinois débouchant sur un scénario bien spécifique: la Chine offre massivement des gains de productivité dont le débouché sera l'énorme marché occidental et en particulier américains.
A cheval sur les gains de productivité chinois: des dettes mondiales en plein essor.
La Chine peut même reprendre les outils occidentaux matérialisant le fordisme classique à savoir les subventions et autres avantages fiscaux qui naguère firent des miracles en Occident. Simplement ces outils ne sont pas ceux de la construction d'un Etat providence à l'occidentale mais des armes dans la recherche de puissance. Naguère le fordisme autocentré pouvait ne pas être agressif et se contentait de l'idéologie du bien-être. Son accaparement par la Chine est directement impérial. D'où les craintes sur les "restes" des tissus industriels occidentaux: énergie, défense, spatial, automobile, robotique, IA, etc. Le fordisme classique pouvait ne pas être impérial. Son équivalent chinois ne peut se contenter d'un auto centrage débouchant sur sur une sociale démocratie politiquement impossible. L'auto centrage s'y accompagne nécessairement d'un surplus extérieur existentiel...financé par les dettes occidentales. Le plus curieux étant que le pouvoir chinois, lui aussi s'endette ( subvention et cadeaux fiscaux au profit de l'immense secteur exportateur) pour garantir un surplus extérieur acheté avec d'autres dettes, celle de l'Occident. La machine de l'endettement mondial fonctionne à haut régime.
Jean Claude Werrebrouck- 21 Aout 2026.
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