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2 septembre 2026 3 02 /09 /septembre /2026 05:47

De plus en plus la grande presse parle d'une possible crise financière en Russie. Et ses premiers signes se manifesteraient par des retraits sur les dépôts des banques classiques. De quoi parler d'un tout aussi classique "bank run". 

1 Un système financier qui se veut copie conforme de ce qui existe en Occident

Le système bancaire russe ne se distingue pas fondamentalement des systèmes occidentaux. Il est à priori fait d'entités bancaire en concurrence et se trouve sous l'autorité d'une banque centrale que l'on dit indépendante. La bancarisation est bien évidemment plus récente qu'en Occident mais aujourd'hui la plupart des échanges s'opère sous la houlette de banques qui assurent la circulation monétaire et qui sont émettrices de monnaie par le biais du crédit. Exactement comme en Occident avec toutefois une différence caractérisée par un double mouvement de concentration (deux banques "Sberbank" et "VTC" qui dominent massivement la marché) et d'émiettement (multitude de petits établissements répartis sur l'immense territoire). 

2 Une copie conforme pourtant très rigide...

Ce qui distingue le système russe du système occidental est bien évidemment le poids de la finance, très lourd d'un côté, et très léger de l'autre. Côté dette publique le marché est très différent de celui qui existe en Occident. Tout d'abord les citoyens ont directement accès aux bon du Trésors, les célèbres "OFZ", avec comme seule condition de disposer d'un compte bancaire. Cet accès ne donne toutefois pas lieu à l'émergence d'une forte liquidité associée à une grande profondeur de marché. Ensuite les banques ne sont qu'apparemment libres de répondre aux adjudications du Trésor, tandis que la grande industrie du pétrole - Rosneft, Likoil, Gazpron, surgutneftegaz, tatneft, etc.- est plus ou moins tenue d'acheter la quantité de dette fixée par le pouvoir. Le marché de la dette publique n'est donc pas un véritable marché à l'occidentale. 

Une autre caractéristique du système financier est l'importance croissante d'une dette publique en yuans. Une conséquence de la guerre en Ukraine est l'apparition d'un déséquilibre commercial majeur entre la Russie et la Chine, déséquilibre  associé à la disparition du Dollar comme instrument de transaction. Désormais ces échanges très déséquilibrés se réalisent en yuans et l'excédent chinois se convertit en titres de la dette publique russe. 

3 Couplage Russie/ Chine et couplage USA/Chine de même nature?

Ce point mérite une comparaison avec un autre déséquilibre celui entre les USA et la Chine. Dans ce scénario c'est le débiteur c'est-à-dire les USA qui règle son déficit en monnaie nationale, le dollar, et le créancier, la Chine, qui achète la dette publique américaine en monnaie étrangère, le Dollar. Dans cette situation c'est la Chine qui contribue au  pouvoir d'achat du monde américain: sans ses achats de dette américaine le Trésor US serait plus à l'étroit dans ses dépenses et les flux de revenus qui en découlent pour alimenter l'économie américaine. Dans le scénario Chine /Russie, c'est encore la Chine qui alimente le pouvoir d'achat, ici du Trésor Russe avec ses conséquences. Mais la différence est que c'est la Chine qui crée sa propre monnaie pour assurer les transactions. Sans cette création l'économie chinoise serait privée du débouché Russe: une production excédentaire par rapport à la capacité d'absorption du marché intérieur Chinois. Mais la différence principale est que la dette publique russe correspondante n'est guère liquide. Les acteurs privés chinois acheteurs de d' OFZ sont prisonniers d'une dette largement illiquide et peu convertible. Ce n'est évidemment pas le cas de la dette américaine dont la liquidité est très grande.

4 Mais couplages coproduisant un énorme espace de financiarisation.

A titre de simple remarque; retenons que le fonctionnement de ces deux couples est existentiel pour une  Chine qui tente avec un succès très mitigé d'exporter son chômage de masse (soit 17,9% de jeunes en juillet 2026, ou une "gig economy"pour 44% de la main d'oeuvre des grandes villes , soit enfin 320 millions d'emplois précaires selon l'Université d'économie et d'affaires de Pékin). Comme quoi, au delà de différences, une économie de la dette mondiale et de ses titres financiers correspondants est en plein essor.

5 Une autorité qui étouffe le marché ou un marché qui étouffe le règlement?

Les grandes Banques et grandes entreprises russes subissent naturellement une forte pression politique pour l'achat de dette publique. S'agissant des épargnants russes les choses sont beaucoup plus complexes. La finance russe navigue  ainsi entre une autorité brutale et le marché, ce qui n'est évidemment pas le cas de la finance occidentale qui ,elle, navigue habilement  entre le règlement et le marché. On comprend ainsi pourquoi le Trésor russe peut renoncer à une adjudication (juillet 2026) sans déclenchement d'une panique et d'un bank-run. Que serait l'effet d'une adjudication prévue de longue date par l'Agence France Trésor ...et finalement abandonnée? 

6 Bilans bancaires flottants et bilans bancaires rigides.

La situation des banques, qu'elles soient russes ou occidentales,  est toutefois difficile en raison de contraintes de bilan qu'il faut expliquer. En théorie un "château de cartes" de type bancaire peut s'effondrer lorsque les exigences de passif dépasse les disponibilités en termes d'actifs. Si en raison d'une dévalorisation- réelle ou supposée- rapide des actifs ( dette publique, titres financiers, crédits, etc.) les clients des banques, donc les titulaires de comptes prennent peur, un bank-run se manifeste avec apparition d'un défaut qui bien sûr va se généraliser: les banques font faillites et la crise financière se généralise.

Dans le cas des systèmes bancaires occidentaux de telles situations sont hélas classiques puisque la totalité des actifs financiers fait l'objet d'un marché libre avec de larges et très libres fluctuations. La valeur des actifs d'une banque est donc une simple valeur de marché... et donc le total des bilans bancaire est de nature flottante.....

Bien évidemment on pourrait imaginer que le déséquilibre bancaire soit colmaté par des avances de la banque centrale. Techniquement les choses sont simples: chaque banque dispose d'un compte en banque centrale, compte qui est par conséquent un actif, et si d'aventure les autres actifs se dévalorisent, la banque centrale peut compenser et donc supprimer le risque de bank run. De quoi disposer de rustines pour des bilans trop flottants....Il n'en est pas ainsi dans la réalité puisqu'il est interdit pour les banques centrales, et ce dans l'ensemble de l'occident, de financer directement les Trésors publics et donc la chaine des titres qui vont protéger la valeur des actifs financiers. Ce qu'on appelle crise financière est donc l'apparition de défauts d'actifs devenus complétement illiquides et non compensables par des banques centrales. situation qui intervient régulièrement en Occident où tout se comptabilise à la valeur des marchés. Dans ce type de situation il n'existe pas véritablement de fuite vers la monnaie par dé bancarisation mais plutôt par fuite vers des systèmes refuges.

7 Dé bancarisation Russe?

Parce que la sphère financière est très réduite et politiquement contrôlable, le risque parait très limité et les énormes déficits publics et déficits extérieurs provoqués par la guerre en Ukraine se paient simplement par une montée consdérables des couts de la dette. Cela correspond à des taux d'intérêt très supérieurs au taux de croissance. Le taux actuel sur les OFZ dépasse ainsi les 15% et la Chine ne peut augmenter ses achats de dette publique russe sans hausse des taux et donc sans rémunération d'un risque déjà important en raison de la non liquidité. Globalement la crise financière est contenue et même si le service de la dette devient prohibitif, une solution autoritaire sera trouvée.

La présente dé bancarisation -et donc les nouvelles exigences de passif- est davantage provoquée par un soucis d'évasion fiscale provoquée par la récente hausse de la TVA et l'élargissement de son assiette, décision gouvernementale elle-même censée allégée le déficit public. Très simplement, les petites entreprises devenues éligibles à la TVA cherchent à réduire leur activité par le recours au travail au noir, donc la tarification et les paiements en cash. De quoi faire maigrir les actifs bancaires , donc aussi l'offre de crédit et la montée correspondante des taux.

La pression monte dans le système financier Russe, mais le principe d'autorité reste un bon vaccin contre les crises financières.

Jean Claude Werrebrouck- 2 septembre 2026.

 

 

 

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