1 Une première photographie de la finance
Les derniers chiffres concernant notre dette publique nous font probablement entrer dans un début de panique. Et au montant de la dette des administrations publiques (119% du PIB) il convient d'ajouter celles des entreprises (90% du PIB ) et celle des ménages (60% du PIB). De façon approximative cela représente un montant d'actifs financiers d'environ 9000 milliards d'euros. En admettant un taux moyen d'intérêt de seulement 2% cela représente une rémunération à hauteur de 180 milliards d'euros pour le système financier irriguant la totalité de l'économie. Une rémunération qui en contrepartie vient ponctionner cette même économie à hauteur de 6% de son PIB.
Une façon de mesurer le poids de la finance est aussi d'en examiner sa population àctive dans la population active totale. Le résultat est éclairant et sans même se poser la question du bien fondé de la valeur ajoutée dans les questions monétaires on peut s'étonner qu'avec seulement 1,2 % de la population active le système monétaire et financier créée 6% du PIB du pays.
Nous proposons d'explorer de façon simple cette réalité jamais évoquée sérieusement y compris dans les universités.
2 De la photographie au fonctionnement concret.
Dans un pays très bancarisé comme la France, le réseauc bancaire esr de fait un ensemble institutionnel chargé d'assurer la sécurité des transactions et donc la bonne circulation de la valeur. D'une certaine façon le système est un ensemble de gares à partir desquelles la monnaie circule, non sur des rails mais des réseaux électroniques. Le système est aussi chargé d'assurer la dilatation du PIB par des opérations de création monétaire, de gestion des actifs correspondants, le tout à partir de la mine de monnaie constituée par les dépôts des acteurs de l'économie réelle.
Sans s'interroger sur le point de départ de la mine figurant dans chaque gare, on sait que c'est à partir des dépôts que va se créer une offre de crédit. Le service rendu par chacune des gares se doit d'être rémunéré d'où la nécessité de voir naitre quelque choses comme des taux d'intérêt. Ce qui n'est jamais évoqué est le fait que les crédits émis dans chaque "gare à monnaie" se retrouvent sous forme de dépôts dans les autres gares. En effet le client bénéficiaire d'un crédit passe des commandes dont les montants deviendront des dépôts dans d'autres banques, d'autre gares. Au final ce sont les crédits - donc la création monétaire- qui permettent d'abonder continuellement la mine des dépôts. D'où une conclusion curieuse mais essentielle: alors que dans l'industrie du pétrole l'exploitation des gisements appauvrit les réserves, dans l'industrie bancaire l'exploitation des dépôts ne fait qu'enrichir les réserves. Le devenir des gares est de grosir continuellement.
Bien évidemment cela suppose un certain nombre de règles permettant la bonne circulation entre les gares...ce que les praticiens appellent les règles de gestion du marché monétaire. D'où au final la possibilité pour le système financier de devenir le grand maitre de la croissance: il organise la création monétaire qui elle-même permet d'engendrer la croissance. Notons bien ici que l'utilité fondamentale d'un tel dispositif qui s'est historiquement mis en place a rendu possible pour les agents de l'économie de disposer d'une massee croissante de monnaie susceptible de faire circuler une masse croissante de richesse... Simplement la monnaie supplémentaire est toujours de la dette supportant un taus de l'intérêt. Théoriquement dans un tel système il n'y a pas de monnaie en dehors des gares et tous les utilisateurs sont soumis à péage. il en est de même pour l'Etat qui fut pourtant historiquement le fondateur de la monnaie. Une anomalie qu'il convient d'expliquer.
3 La grande bataille de la finance et de l'Etat autour de la maitrise de la monnaie
Logiquement la monnaie est un bien commun utilisable par tous les acteurs. Historiquement on sait que la monnaie fut d'une certaine façon le premier bien commun de l'Erat naissant. Un bien qui devait lui servir d'instrument du paiement de l'impôt et qu'il pouvait autoritairement manipuler sous forme de seigneuriage. Dans les premiers âges des Etats n'existait guère la logique de crédits pouvant engendrer celle de dépôts. Pas de gares et pas de circulation entre gares permettant une création illimitée de monnaie et des intérêts correspondants. A l'époque la création monétaire était limitée aux seules capacités de mines de métal précieux à conquérir. D'où le rognage du métal et déjà une dette publique qui deviendra le souci croissant des Etats dans leur construction. La dette sera de plus en plus achetée par ceux qui ultérieurement deviendront des banquiers. Plus tard , a la fin du 17ième siècle; les premières banques centrales apparaissent avec monopole d'émission de papier et garantie contre les dettes publiques. Simultanément devenues institut d'émissio, les banques centrales vont devenir l'outil de l'Etat pour l'émission monétaire et donc la possibilité d'un financement hors du contrôle de l'actuel marché de la dette publique.
Au total 2 possibilités pour la création monétaire, celle de l'Etat central qui contrôle sa banque centrale comme institut d'émission, émission pour laquelle ne figure aucun taux de l'intérêt et celle du système bancaire moderne qui peut creer sans limite de la monnaie contre un taux de l'intérêt.
Sans revenir sur l'histoire dont bien sûr celle des guerres mondiales qui vont mobiliser d'énormes moyens monétaires, les Etats devenus porteurs d'une infrastructure monétaire devenus service public vont progressivement abandonner le pouvoir monétaire et laisser une autonomie de plus en plus grande à leur banque centrale. La production de monnaie supplémentaire nécessaire à la croissance va de moins en moins apparaitre comme production à cout nul et de plus ne plus production porteur de rente pour le système bancaire en voie d'universalisation. Concrètement les besoins des Trésor seront de moins satisfaits en prêts gratuits des banques centrales-et de plus en plus en prêts payants du système financier. Toute création monétaire devient ainsi une rente perçue par le systéme financier.
4 L'industrie financière est préférable à l'industrie pétrolière
Et il s'agit bien de rente. En effet les mines de monnaies - concrètement les dépôts- sont alimentées collectivement par les crédits qui eux mêmes peuvent se nourrit des nouveaux dépôts. Un peu comme si collectivement les acteurs de l'industrie pétrolière produisaient collectivement et gratuitement de nouvelles réserves de pétrole. Dans cette industrie la production de réserve présente des couts très importants (recherche, forages, infrastructures, etc.) A l'inverse dans ce qui est devenu le système de banques universelles et de fonds associés, les nouvelles réserves de monnaie son le fruit gratuit et. automatique de la vente de crédit.
5 Vive la dette publique
Si effectivement le système institutionnel arrive à l'éloignement des banques centrales au regard des Trésors, les mines de monnaies de ces gares à monnaie que sont les banques , vont s'accroitre considérablement. Au prélèvement de rente sur l'économie réelle (entreprises, ménages) va s'ajouter la rente perçue par la générosité des Trésors. Plus les dettes publiques se développent et plus la finance est prête à la dévorer. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas lieu de s'étonner d'une montée des taux - près de 5% pour le Trésor français- pourtant assortie d'une demande gourmande de dette publique (plusieurs fois la quantité de titres offert par le Trésor). La finance est sans limite dévoreuse de dette publique.
Jean Claude Werrebrouck- 3 Octobre 2026.