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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 10:43

                      

Le scénario de la « double inflexibilité» (scénario 1)  imaginé dans notre précédent article semble se mettre en place[1] :

- La BCE n’accepte plus à l’actif de son bilan le rachat de titres publics grecs et le dispositif  ELA, plus couteux,  est étroitement contrôlé et limité dans le temps. Décision très vite actée par Standard § Poor's sous la forme d'une nouvelle dégradation de note.

- Les Etats, par le biais des entrepreneurs politiques au pouvoir, semblent accepter la volonté  allemande qui se cache dans la décision de la BCE[2].

- Les entreprises politiques d'oppositions, y compris certaines dites populistes préfèrent protéger leur clientèle potentielle en affirmant que les peuples européens ne peuvent payer pour les Grecs[3].

- Seules les entreprises politiques, qui séparent encore les concepts de  souveraineté nationale et de souveraineté populaire pour se positionner dans un cadre de lutte des classes, se risquent à soutenir la démarche du gouvernement grec[4].

 Ce mouvement semble devoir cristalliser la position de SYRISA et de ses alliés nationalistes :

- Le soutien populaire au gouvernement empêche ce dernier de recourir à la trahison[5].

- Les conséquences en seraient dramatiques avec l’irruption de forces politiques beaucoup plus brutales.

Le jeu de l'affrontement semble donc devoir l’emporter.

Dans cette affaire, il apparait que SYRISA, à l’inverse d’expériences antérieures, comme celle du « cartel des gauches » en France en 1926, devra et pourra briser le « mur de l’argent » qui lui est opposé.

La raison en est simple : le mur de l’argent est idéologiquement aussi solide qu’en 1926[6], mais il est, en raison de la structure du pouvoir monétaire européen et du comportement récent de la BCE, beaucoup plus fragile.

Nous avons en effet souligné la maladresse[7] qu’il y avait à lancer un QE en janvier dernier reposant sur l’achat de dettes non mutualisées, achat remettant sur le devant de la scène les banques centrales nationales. Nous avons traduit cette maladresse par l’idée d’une BCE qui sciait la branche sur laquelle elle se trouvait assise. La décision très  contradictoire de refuser toute forme de rachat pour la seule Grèce doit aider SYRISA à franchir le Rubicon et à aller beaucoup plus loin dans la renaissance de la Banque Centrale Grecque : s’en saisir.

En clair, ce qu’Edouard Herriot n’a pu faire en 1926 pourra être fait par Tsipras : donner l’ordre à la Banque Centrale de Grèce de financer en euros, et le Trésor, et les banques grecques proches d’une situation de bank-run[8].

 Inonder les banques grecques de liquidités à partir d’Athènes n’est au fond qu’une optimisation logistique dans un très complexe QE européen de plus de 1000 milliards d’euros.

 A partir du robinet monétaire restauré, le gouvernement grec peut alors rembourser l’ensemble de ses créanciers et ainsi respecter - formellement - les contrats. Le refus par les créanciers[9]  de telles légèretés au regard des règles, se solderait - au final - par une extinction souveraine de la dette et de la rente correspondante (environ 4 points de PIB) , laquelle pourra servir au financement du programme  de SYRISA.

Dans ce scénario,  le Rubicon étant franchi, tout peut arriver, avec bien évidemment comme imaginé dans notre article précédent, le démantèlement rapide de la zone euro.

Le gouvernement grec peut-il encore ne pas franchir le Rubicon ? 

 


 

[1] Cf. : http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/02/la-petite-grece-viendra-t-elle-a-bout-de-l-allemagne.html

[2] C’est le cas de tous les gouvernements de la zone.

[3] C’est le cas du Front National.

[4] C’est le cas de l’extrême gauche.

[5] Les sondages semblent montrer que le soutien au pouvoir dépasse largement la base électorale de SYRISA.

[6] A l’époque la Banque centrale était indépendante  et la monnaie prisonnière de sa « loi d’airain ». Cf. Jean Claude Werrebrouck ;« la loi d’airain de la monnaie » MEDIUM ; N° 34 ; Janvier, février ,mars 2013 ; pages 101 à 119.

[7] Cf. : http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/01/modeste-conseil-au-gouvernement-grec-ou-comment-en-finir-avec-la-tyrannie-allemande.html

[8] A l’époque la lettre d’Emile Moreau (gouverneur de la Banque de France) avait déclenché un bank-run. Le gouverneur disposait d’une réelle autorité symbolique à l’intérieur d’un Etat-Nation. Le statut de Mario Draghi en Grèce en 2015 n’est pas celui d’Emile Moreau en France en 1926. Et la monnaie correspondante l’euro – même sertie dans une « loi d’airain » artificielle, celle de l’ordo libéralisme allemand - ne  dispose pas de la  force symbolique d’une monnaie nationale en quête d’un rattachement à l’or et donc d’une « loi d’airain » jugée indépassable, et donc politiquement indépassable. S'agissant de l'euro, sa force symbolique est au surplus démonétisée par le seul spectacle du QE : pourquoi une « loi d’airain » aussi sélective, avec tant de largesse pour les banques et rien pour les Etats ?

[9] A noter que ce refus est loin d’être évident : les créanciers publics (FESF, Etats, BCE, FMI) ayant à choisir entre le respect- certes très formel- des contrats et le défaut radical.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Finance et Etats
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commentaires

BA 14/02/2015 08:59

Jean-Claude, tu as lu ça ?

http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=81590

werrebrouck 14/02/2015 10:29

oui, j'ai lu! c'est assez étonnant de lire de telles choses. Les banques centrales n'ont pas besoin de capitaux propres. Il serait d'ailleurs intéressant de voir pourquoi elles en sont pourvues . En fait cela correspond à leur histoire d'abord privée et à la loi d'airain de la monnaie. Il est bien évident que ce que "ces capitaux propres" des banques centrales sont un merveilleux outil ( de communication) que l'on met en avant pour maintenir la vision allemande du monde. Que les experts de Natixis reprennent cela à leur compte ne doit pas nous étonner. Cela fait parti des grades croyances qu'il est essentiel de maintenir

BA 11/02/2015 16:11

Mercredi 11 février 2015 :

« La Russie examinera un éventuel appel au financement du gouvernement grec, qui subit comme elle la ligne illégitime des Occidentaux », a assuré mercredi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov qui recevait son homologue grec, Nikos Kotzias.

« En ce qui concerne les questions économiques, nous avons discuté aujourd'hui de la situation financière de la Grèce, qui est également dans une situation difficile en raison de la ligne unilatérale, illégitime de nos collègues occidentaux », a indiqué le ministre russe lors d'une conférence de presse avec M. Kotzias.

Le ministre russe a aussi discuté avec son collègue grec les excellentes perspectives d'un partenariat gréco-russe dans le secteur de l'énergie, compte tenu de l'intérêt d'Athènes pour le gazoduc que la Russie compte construire via la Turquie jusqu'à la frontière grecque pour livrer du gaz aux Européens.

Le nouveau gouvernement grec, élu le 25 janvier, ne cache pas ses sympathies pro-russes, suscitant des interrogations sur une possible réorientation stratégique de la diplomatie du pays membre de l'UE depuis 1981.

http://www.romandie.com/news/La-Russie-prete-a-examiner-une-demande-daide-financiere-de-la-Grece/564738.rom

BA 10/02/2015 20:53

Mardi 10 février 2015 :

Le ministre allemand des Finances met en garde Athènes.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a dit mardi que si la Grèce ne voulait pas d'un nouveau programme, alors tout était fini.

Le ministre a ajouté que l'Eurogroupe voulait entendre mercredi de la part d'Athènes quelque chose qui l'engage.

Il a par ailleurs démenti les informations selon lesquelles la Grèce serait parvenue à un accord avec la Commission européenne et a dit que l'Eurogroupe, soit l'ensemble des ministres des Finances de la zone euro, ne négocierait pas de nouveau programme pour la Grèce mercredi lors de sa réunion.

http://bourse.lesechos.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/le-ministre-allemand-des-finances-met-en-garde-athenes-1030668.php

BA 09/02/2015 21:05

Lundi 9 février 2015 :

Cameron a présidé une réunion consacrée à un éventuel "Grexit".

Le Premier ministre britannique David Cameron a présidé lundi une réunion avec des responsables du ministère des Finances et de la Banque d'Angleterre consacrée à la marche à suivre en cas de sortie de la Grèce de la zone euro ("Grexit"), a dit une source du ministère.

Le ministre des Finances George Osborne a dit dimanche que le pays accélérait ses préparatifs à une telle éventualité, notant que le rapport de forces entre la Grèce et la zone euro augmentait les risques pesant sur l'économie britannique.

"Il s'est agi d'une réunion entre le Premier ministre et des responsables du Trésor et de la Banque centrale. Personne ne dit que cela (la sortie de la Grèce de la zone) va avoir lieu, mais il paraît judicieux d'examiner ce risque. Qui serait facteur d'une réelle instabilité", a dit la source.

La Bourse d'Athènes chutait de près de 6% vers 11h35 GMT, au lendemain du discours de politique générale du Premier ministre Alexis Tsipras, qui a réaffirmé vouloir s'affranchir de la "troïka" et en finir avec l'austérité.

« Une sortie forcée de la Grèce de la zone euro entraînerait la fin de la monnaie unique », a pour sa part affirmé dimanche le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis.

http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5N0VJ25620150209

RB 09/02/2015 17:16

Bonjour professeur,
Permettez- moi d'exprimer un léger désaccord.
A mes yeux, contrairement à ce que vous affirmez dans votre article "la-petite-grece-viendra-t-elle-a-bout-de-l-allemagne", il n'y a aucune raison de voir en même temps sortie du système euro et défaut sur la dette grecque.
Si je vous suis bien jusqu'au point ou une reprise en main de la BC grecque entraine un gel du compte target 2 par la BCE, ce qui constitue de facto une sortie de la Grèce du système Euro, vous effectuez un saut conceptuel à partir de ce point que j'ai plus de mal à suivre.

Tant que la sortie n'est pas entérinée de jure, on se retrouve dans un système bancal par lequel deux banques centrales émettent deux monnaies de même dénomination, non compensables puisque le compte Target 2 est gelé, donc distinctes et par suite divergentes, mais matérialisées par de espèces identiques (billets). Celles-ci, quoique marginales au regard des montants, restent indistinctes puisque malaisément identifiables.
A moins d'un passage à une situation de force (mandat d'arrêt pour fausse monnaie, voire pire) et faute d'accord, cela conduira forcément à un bank run en Grèce, et à l'émission massive d'espèces dans ce pays afin d'éviter des troubles graves. Il ne manquera surement pas d'opportunistes près à utiliser tout moyen de transfert physique, afin de profiter du moindre différentiel de valeur (le contrôle des changes sur la monnaie électronique n'a jamais arrêté les spéculations, même sur les monnaies légalement inconvertibles).
L'émetteur le plus solide, en l’occurrence la BCE, sera rapidement (si elle ne l'anticipe pas) amené à distinguer son émission matérielle en répudiant les billets postérieurs à un échange (la mauvaise monnaie, ici encore...). La situation intermédiaire ne peut pas durer bien longtemps.
De Facto, c'est la BCE qui sort de l'euro!

De jure, la BC grecque n'a aucun intérêt à renier l'ancienne monnaie puisque celle-ci lui permet d'éteindre toute contestation relative à la monétisation de ses dettes exigibles, lui permettant d’esquiver un défaut si elle souhaite.
Par défaut, ce sera encore la BCE qui sera amenée à dénoncer publiquement les émissions hellènes, et, s'en distinguant, créant un nouveau système, à sortir de l'ancien de jure.
Dès ce moment, identifiable juridiquement, il ne fait aucun doute que l'"eurogrec" s'effondrera, que les divers gouvernements le souhaitent ou non, entrainant avec lui toute valeur des titres de dette grecque. Plus aucun besoin de défaut.

Ainsi, la Grèce à en fait le choix entre un défaut coordonné avec ses partenaires de la zone, ou une sortie de l'euro détruisant sa monnaie et rendant un défaut inutile.

Je note néanmoins que la large majorité des commentateurs semble avoir un point de vue plus proche du votre.
Pourriez-vous m'indiquer la faille dans mon raisonnement qui fait que ma conclusion diverge?
Cordialement.

RB 12/02/2015 03:16

Merci pour vote réponse rapide.
Non en effet, je ne pensais pas à un bank run remettant en cause la solvabilité des établissements de dépôt. J'envisageai plutôt l'aspect psychologique et "trouble à l'ordre publique" du phénomène. Ce n'est pas parce que les coffres sont remplis de billets qu'il n'y aura pas d'émeute au guichet, les foules ne sont pas rationnelles!
C'est surtout le caractère intenable à relativement court terme d'une situation intermédiaire que je voulais évoquer.
A vrai dire, la fin de l'euro est inscrite en filigrane, comme vous l'avez relevé, dans la réactivation de bilans différenciés des diverses banques nationales. A chacun ses actifs amène à penser que ...à chacun sa gestion de la monnaie.
Reste à savoir qui appuiera sur le bouton.
Cordialement.

werrebrouck 09/02/2015 17:57

Merci pour votre commentaire.
Je vois mal le bank-run à partir du moment où les banques sont assurées de leur solvabilité. La masse de billets ne représente que peu de choses y compris en Grèce. Il n'y aura donc pas de spéculation. Par contre la fermeture de Target pose un problème pour les échanges extérieurs, pour le tourisme très certainement avec des vacanciers qui utilisent des cartes de crédits. Et vous avez raison, la réquisition entrainera la fin de Target.
En ce qui concerne la dette, ou bien le système politico/financier refuse le paiement intégral de la dette à partir de la monétisation, ce que j'appelle le respect formel des contrats....et ils perdent tout, ou bien ils acceptent ce qui au fond n'est que du quantitative easing à la sauce grecque. Le choix est stratégique et place la balle dans le camp de la troïka.
Mais bien sûr cela relève du cours terme car fondamentalement la réquisition de la banque centrale grecque mettra fin à l'euro système dans le moyen terme.
Cette réquisition est la bombe atomique planétaire...et c'est pourquoi il n'est pas impossible que le compte Target ne soit pas immédiatement supprimé. Il y aurait en effet des marges de négociations nouvelles si la réquisition pouvait être plus ou moins régulée comme cela se faisait jadis....et nous connaissons beaucoup de pays qui n'acceptent pas le QE sélectif. C'est pourquoi j'ai écrit que la BCE avait commencé à scier la branche sur laquelle elle était assise. Bien à vous.

BA 09/02/2015 11:18

Lundi 9 février 2015, vers 11 heures :

La Bourse d’Athènes chute, les rendements s’envolent.

L’indice ASE des marchés d’actions grecs chute de plus de 6% au lendemain du discours, ferme, de politique générale du premier ministre Alexis Tsipras. Les rendements s’envolent, celui à 3 ans frôlant le seuil des 20%.

Les banques sont une nouvelle fois les plus touchées. Si l’indice général du secteur chute de 7,04%, Banque du Pirée abandonne 8,1%, Euro Bank 6,68%, Banque nationale de Grèce 5,45% et Alpha Bank 8,79%.

Autre réaction, celle du marché obligataire, avec une poussée du rendement des emprunts d'Etat à dix ans à plus de 10%, à 10,6032%, contre 9,94% vendredi.

Pour le seul rendement à trois ans, on approche les 20%, à 19,97%, contre 17,48% vendredi.

Leçon grecque : plus aucun changement possible sans clash systémique.

http://yetiblog.org/index.php?post/1362

BA 08/02/2015 21:38

Dimanche 8 février 2015 :

Tsipras évoque l'obligation historique à réclamer le remboursement d'indemnités de guerre à Berlin.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a évoqué dimanche l'obligation historique et morale de son pays à réclamer le prêt forcé et des indemnités de guerre à l'Allemagne, un sujet sur lequel Berlin a déjà dit non.

« Il y a une obligation morale envers notre peuple, envers l'Histoire, envers tous les peuples européens qui se sont battus et ont donné leur sang contre le nazisme, une obligation historique à réclamer à l'Allemagne des indemnités de guerre et le remboursement du prêt forcé », a dit M. Tsipras en concluant son discours sur son programme de politique générale devant le Parlement.

Le parti de la gauche radicale Syriza d'Alexis Tsipras réclame une somme d'environ 162 milliards d'euros à l'Allemagne, soit l'équivalent de la moitié de sa dette publique de plus de 315 milliards d'euros.

Le Premier ministre a évoqué la lutte sur ce sujet de l'eurodéputé du Syriza, Manolis Glezos, 92 ans, figure emblématique de la Grèce, qui à l'âge de 19 ans pendant l'occupation nazie avait décroché le drapeau nazi du rocher de l'Acropole.

L'Allemagne a à plusieurs reprises refusé de payer cette somme à la Grèce, en soutenant que cette affaire n'a pas de base juridique et qu'elle a perdu sa légitimité 70 ans après la fin de la guerre.

http://www.romandie.com/news/Tsipras-evoque-lobligation-historique-a-reclamer-le-remboursement-dindemnites-de-/563702.rom

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