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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 09:57

 

L’euro a déjà ruiné l’Europe.....

Il est inutile de rappeler qu’une homogénéisation financière dépourvue de puissance souveraine constitue la matière première fondamentale du fonctionnement de la zone euro. Sans totale liberté de circulation des capitaux et sans indépendance des banques centrales il n’y avait pas de monnaie unique possible. Et c’est cette homogénéisation qui fut à l’origine de l’aggravation de l’hétérogénéité économique entre Etats. C’est bien  le système financier homogénéisé qui va permettre l’implantation massive de banques françaises et allemandes en Grèce, et va autoriser la ruine de ce pays : développement du crédit public et privé, destruction d’une industrie locale au profit de la grande distribution et d’importations massives…aves ses conséquences en termes de diminution de la production, d’élévation de la demande globale, et au final la ruine, y compris celle des banques qu’il faudra réellement sauver derrière le mythe du sauvetage de la Grèce. Parce que les impérieux ingrédients du bon fonctionnement de l’euro produisent de l’homogénéisation financière, ils produisent aussi ce que l’on ne voulait peut-être pas, à savoir de l’hétérogénéité économique avec, selon l’expression de Charles Gave, « trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en Grèce et trop d’usines en Allemagne »[1]. Ce dernier auteur aurait pu ajouter : « trop de braconnage fiscal au Luxembourg ».

Mais les sauvetages et rapiéçages successifs initiés depuis 2010 ne font qu’aggraver la marche vers la ruine de l’Europe. Une ruine économique croissante, mais aussi une ruine politique.

Une ruine économique croissante car les transferts du nord excédentaire vers le sud déficitaire sont légitimement inacceptables pour l’Allemagne. L’Europe n’est pas un Etat Nation porteur d’incontestables et incontestées solidarités internes, et l’Allemagne d’aujourd’hui n’est pas l’Amérique de 1945, porteuse d’une idée régionale ou mondiale : elle ne peut initier un quelconque plan Marshall[2].

Parce que les soldes TARGET 2 du sud figurent au bilan de la banque centrale Allemande, qu’ils matérialisent le déficit du sud et sont la marque de son insolvabilité, ils sont repoussés par une Allemagne qui exigera de Bruxelles la mise en place de politiques d’austérité porteuses d’une aggravation continue de la ruine. Le taux de change ne pouvant être modifié, le déséquilibre est censé devoir être combattu par la dévaluation interne, d’où un multiplicateur négatif générant une contraction de la demande globale, une chute de l’investissement public et privé, elle-même porteuse de la ruine aggravée future…. L’austérité exigée prévalant sur l’ensemble des pays du sud, c’est bien évidemment la totalité de la zone qui en sera affectée.

Une ruine politique croissante car c’est dans l’urgence que l’on devra adopter un ensemble de règles techniques porteuses d’une prétendue régulation. Une urgence qui, à ce titre, ne peut passer par des débats démocratiques dans chaque pays concerné. D’où des débats budgétaires nationaux qui doivent s’inscrire dans un cadre imposé de l’extérieur. D’où des législations nationales, de fait toutes celles portant sur les réformes dites « structurelles », imposées par l’extérieur. Autant de règles qui stipulent que les élections ou référendums doivent déboucher sur des résultats bien délimités, à l’exclusion de tous les autres…D’où l’idée de démocratie et de souveraineté limitée. D’où au final la démonétisation de gouvernements jugés compradores et la contestation grandissante de la légitimité des pouvoirs en place.

Mais la BCE va aider à quitter le champ de ruines........

En quittant d’abord doucement puis plus vivement le champ de ses activités traditionnelles, la BCE flirte déjà avec les prémices de la fin de l’euro.

L’irruption du QE fut déjà une première entorse puisque de fait il s’agir d’un outil qui contourne l’interdit de l’achat direct de dette publique. Il ne s’agit pas d’une monétisation et le volume de dette publique ne diminue pas. Par contre il en allège considérablement sa gestion et a fait disparaitre les spreads de taux….de quoi maintenir l’homogénéité financière…et donc la survie de l’euro. En poursuivant, cette même BCE a sécurisé la dette publique jusqu’à la transformer en « service de coffre-fort » : les taux négatifs sont le prix d’un tel service. La gestion de la dette publique s’en trouve considérablement allégée, un peu comme au temps du circuit du Trésor français au cours de la période de reconstruction[3]. Et il est vrai que le QE peut donner des idées : pourquoi ne serait-il pas aux mains des Etats qui eux ne se contenteraient pas d’assurer la solvabilité et la liquidité bancaire dont on sait qu’elle ne débouche pas sur de l’investissement ?

Beaucoup plus intéressante est la perspective de « l’helicopter money » (HM). La résistance allemande sera en principe très forte tant elle remet en question un ordo- libéralisme jusqu’ici sacralisé. Et ici l’innovation est radicale puisqu’à l’inverse du QE, il s’agit d’une monétisation pure : de la monnaie serait émise sans contrepartie d’une dette….comme au bon vieux temps des « avances non remboursables » que le Trésor Français obtenait de la banque de France . De surcroit, si un tel débat devait s’enclencher on s’apercevrait très vite que la BCE ne dispose pas des autorisations nécessaires pour se lancer dans une telle politique, mais surtout on constaterait la radicale opposition du système financier qui verrait sa part de marché considérablement diminuée. Au-delà encore quelle légitimité aurait une organisation pour sélectionner les agents économiques bénéficiaires, distinguer la part du HM pour l’investissement public , l’investissement privé, la consommation des ménages, etc. 

On sent ici que si le scénario du HM devait, malgré les multiples oppositions se manifester, il resterait système assis entre 2 chaises : interventionnisme accru et donc plus de surveillance, plus de règlements, plus de barrières, plus de décisions et moins de marché….sous la houlette d’un acteur- la BCE- situé en dehors du champ politique… une BCE devenue sorte d’Autorité Administrative Indépendante à l’instar de toutes les autres qui ont tant fait pour la marginalisation du débat démocratique. Parce qu’une telle réalité deviendrait politiquement difficilement gérable,Il est clair que le chemin menant au HM a pour destination ultime la fin de l’indépendance des banques centrales…surtout si le dispositif devait- comme la simple logique le voudrait-  être décentralisé au niveau des banques centrales nationales….

A ce niveau, si le monde a déjà changé, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et prendre la corde que la BCE tend aux Etats pour la pendre ? La question est donc de savoir qui, quel Etat, poussera un peu plus la BCE dans sa chute en prenant directement les commandes, une prise qui correspondra de par ses conséquences à une possible fin de l’euro zone. Il est impossible de décrire le scénario de cette « pendaison » et le rétablissement de la souveraineté qui va lui correspondre. Il est simplement recommandé aux acteurs politiques les plus conscients de la future élection présidentielle française de saisir opportunément cette corde et de s’en servir comme arme de guerre pour changer les règles du jeu. Les choses sont évidemment très limpides : déclarer qu’en cas de victoire électorale il sera proposé à l’Allemagne de mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale, c’est entrer dans un combat clair qui l’empêchera de fuir : accepter la proposition française au prix du renoncement à l’ordo- libéralisme , ou quitter le terrain de jeu et accepter la responsabilité politique de la fin de la zone euro. La France n’a aucun intérêt à conserver la « patate chaude », et les acteurs politiques non compradores doivent courageusement et durablement la céder à l’Allemagne qui doit légitimement et moralement supporter l’intégralité des conséquences de son carcan idéologique.

Si l’on se place dans le scénario d’une victoire de forces politiques non compradores en France en 2017, victoire associée au refus de l’Allemagne de toute modification du statut de la BCE, il est clair que l’on se dirige vers un rétablissement des taux de change….à l’échelle de l’Europe toute entière à l’exception probable d’un « groupe Mark ».

 Le rétablissement des taux de change peut ne pas être ruineux....

Au-delà du protocole technique qui ne soulève guère de problèmes (maintien du système des prix internes par définition d’une unité de compte ayant valeur légale et correspondant à un euro, surcharge d’un tampon sur chaque billet avant impression de nouveaux billets par la Banque Centrale nationale, échange rapide des pièces, etc..), une garantie juridique est promulguée par le ou les dirigeants politiques ayant pris la décision : garantie portant sur le maintien nominal de la valeur de tous les actifs au moment où est prise la décision.

La prise de décision vaut par conséquent gel de toutes les positions et peut-être fermeture momentanée de la Bourse et des banques. Il est par ailleurs évident que décision de sortie et décision de garantie publique se trouvent dans le même acte juridique. C'est dire que les pays pouvant procéder de manière autoritaire, par simple ordonnance de l’exécutif, disposent d’un avantage. Ce qui pose la question du déclenchement de la panique dans les pays qui ne peuvent agir ou réagir avec la célérité qui s’impose.

La garantie de la valeur nominale suppose la définition d’un point fixe qui n’est autre que la définition de la nouvelle parité, laquelle doit être déclarée intangible bien au-delà de la période de temps nécessaire à une réorganisation générale aux effets neutres sur tous les bilans et contrats. Le champ de la garantie offerte à tous les agents économiques du pays sortant concerne les détenteurs d’actifs étrangers : ménages, entreprises, institutions financières, Etat lui-même. Il s’étend aussi aux non-résidents et étrangers détenteurs d’actifs nationaux.

La notion d’actif doit aussi être précisée. Il s’agit bien sûr de tous les titres financiers : actions, obligations privées et publiques, produits structurés, produits d’épargne et comptes bancaires, etc. Pour ces titres la garantie repose sur la seule variation (perte ou gain) mécanique de valeur, calculée sur la base du nouveau taux de change. La valeur sur laquelle s’applique le nouveau taux étant celle correspondant à l’heure fixée dans l’acte juridique de décision de sortie. Mais il s’agit aussi de tous les contrats de l’économie réelle et ce, y compris, les contrats de travail des travailleurs frontaliers.

La garantie publique est le point fixe qui se substitue à l’Euro, une sorte de SAS permettant le passage d’une zone où les taux de change ne sont pas maitrisés vers une zone où ces mêmes taux sont politiquement définis. La garantie publique du respect des contrats signifie que, si les agents économiques du pays sortant ne peuvent perdre, ils ne peuvent davantage gagner. A titre d’exemple, si des français titulaires de contrats d’assurance-vie incorporant des titres publics grecs ne peuvent être victimes du rétablissement de la Drachme, ces mêmes français titulaires de contrats semblables incorporant de la dette publique allemande ne peuvent bénéficier du rétablissement du Mark. La garantie correspond donc bien à la volonté de neutralité sur les bilans des agents vis-à-vis d’une sortie de l’Euro. Et cette neutralité est bien ce qui interdit tout mouvement spéculatif. Le déclenchement des CDS est lui-même interdit en ce que la sortie ainsi envisagée n’est en aucune façon un « incident de crédit ».

Un helicopter money maitrisé par le souverain....

Le respect intégral et rigoureux des contrats ne peut évidemment s’établir par une compensation directe entre gagnants et perdants. Il faut par conséquent trouver un tiers chargé d’assurer le passage de l’ancien au nouveau monde, si possible sans destruction du projet européen. Il faut en effet avoir en tête l’énorme effet destructif d’une explosion non contrôlée de l’Euro. Dès lors, la solution qui s’impose est le recours aux banques centrales nationales qui sont réquisitionnées dès l’annonce de la sortie. Et pour un travail d’importance car il faut se rendre compte que pour un pays comme la France l’empilement des actifs et dettes externes des entreprises, des banques et de l’Etat représente en 2016 620% du PIB[4]. Si donc La France devait dévaluer sa monnaie de 20%, nous sommes en présence d’un redéploiement approximativement égal au PIB du pays – environ 22OO milliards d’euros- ce qui est proprement colossal. C’est la raison pour laquelle une garantie publique s’impose.

La procédure est donc simple : Pour les pays qui quittent la zone en dévaluant, l’ordonnance de réquisition stipule que la Banque centrale de l’Etat sortant, crédite le compte du Trésor correspondant, à hauteur des engagements de ce dernier au titre de la garantie du respect de tous les contrats. Les fonctionnaires du Trésor fixent le montant des dédommagements et ordonnent à la Banque les paiements correspondants. Le cas échéant des magistrats et commissaires au compte attestent de la bonne exécution des garanties. L’unité de compte retenue pour le dédommagement peut être la nouvelle monnaie nationale. Ainsi l’exportateur allemand de marchandises vers la Grèce – si ce dernier pays quitte la zone- se voit payé par son client dans la monnaie dont il dispose, auquel il faut ajouter le prix de la dévaluation, prix exprimé en Drachmes, et au final supporté par la Banque centrale de Grèce. Toujours s’il s’agit d’une sortie grecque, La Société Générale voit, à l’actif de son bilan, ses obligations publiques grecques transformées en drachmes, valeurs augmentées du montant de la dévaluation. On pourrait multiplier les exemples. Bien évidemment s’élèvent d’immenses balances en Drachmes que le dispositif « Target 2 » cachait  difficilement. Il faut donc imaginer que ces balances en Drachmes sont acheminées vers les Banques centrales des Etats correspondants (dans notre exemple celle d’Allemagne pour l’exportateur allemand, et de France pour la Société Générale) et transformées en nouvelles monnaies nationales.

 

Au final la monnaie émise (dont la quantité est égale au produit de la dévaluation par le total des engagements) se trouve stockée dans les pays qui sont dans une situation favorable : peu ou pas de dévaluation, peu de dette extérieure, dette publique faible ou nationalisée. De quoi provoquer une hausse des prix plus rapide que dans les pays ayant massivement monétisés. Le dispositif, retenu, sans doute trop brièvement exposé, et ne réglant pas toutes les situations (comment traiter les CDS même s’il n’y a pas juridiquement « accident de crédit » ?) évacue complètement l’idée de défaut, de soutien au système bancaire, de surveillance des spreads de taux etc.

Quitter la monnaie unique pour reconstruire.....

La réanimation de l'outil " taux de change " constitue bien sûr un avantage puisque les dévaluations externes sont en théorie autrement plus efficaces que les dévaluations internes.

A l'inverse de la dévaluation interne, tous les prix sont affectés par le changement de parité et la demande interne n'est affectée négativement que si les importations - en supposant que les exportateurs étrangers ne changent pas leurs politiques de prix - sont incompressibles, soit une élasticité nulle. En revanche, la hausse de la demande externe est infiniment plus probable. La France est concernée par cette hausse de la demande externe dans la mesure où elle se situe dans des productions moyennes assez sensibles aux prix. Sa demande interne est aussi assez bien concernée par une modification de parité car elle importe davantage pour consommer que pour produire.

De ceci, il résulte que la dévaluation par réintroduction d'un taux de change, correspond à la mise en place d'un processus infiniment préférable à la dévaluation interne. En la matière, tout dépendra de la valeur des élasticités prix des importations et des exportations, ce qui nous renvoie au théorème dit des "élasticités critiques" de Marshall-Lerner. Et ce processus est en principe le retour de la croissance puisque les demandes aussi bien interne qu'externe peuvent logiquement augmenter.

Ce jugement doit pourtant être nuancé.

Tout d'abord, il convient d'introduire dans le raisonnement, des coûts de risque de change que l'euro avait fait disparaitre. Il est possible d'en diminuer l'importance en adoptant des taux de change fixes. Il n'est toutefois pas possible de les faire disparaitre. Ces coûts resteront proportionnels à la longueur des chaines de valeur et impulseront peut-être sa réduction et donc un processus de relocalisation pour les pays qui dévalueront. Un tel processus ne s'enclenche que dans la durée et ne produit pas de résultats immédiats.

En second lieu, l'élasticité prix de la demande d'importations peut entrainer un effet revenu négatif comprimant la demande interne. C'est le cas lorsque la dévaluation entraine une hausse des valeurs importées (pétrole). Auquel cas la demande interne entraine la chute du PIB, chute qui ne peut être compensée que par une forte élasticité prix des exportations.

En supposant qu'il n'existe pas d'effet revenu négatif, la hausse de la demande interne peut toutefois être bloquée par une inélasticité de l’offre : la non substituabilité des importations par des productions nationales s'expliquant par l'impossibilité de produire localement[5]. C'est malheureusement la situation présente, notamment pour la France : les biens importés peuvent techniquement être substitués par des productions domestiques en cas de dévaluation. Malheureusement des décennies de désindustrialisation ont fait table rase de compétences techniques et de savoirs faire, voire même d'outils de formation, capital qui exige de nombreuses années pour se reconstituer.

Une autre difficulté résulte du risque de guerre des monnaies. Les dévaluations internes étaient non coopératives et développaient des externalités : l'exportation possible du chômage. Les dévaluations externes ne le sont pas moins. L'ensemble de la zone euro dispose d'un Excédent de 2,6% de son PIB avec un euro dont le taux de change est probablement plus élevé que la moyenne des taux qui se formerait sur la base des anciennes monnaies reconstituées. C'est dire que l'excédent global pourrait s'élever davantage encore et gêner les pays émergents. C'est dire aussi qu'au-delà de possibles guerres des monnaies à l'intérieur de l'ex-zone, une réelle guerre des monnaies peut se matérialiser avec des nations (Chine en particulier) qui, jusqu'à présent, disposaient de solides possibilités exportatrices au regard de pays du sud (Grèce, Italie, Portugal, Espagne, etc.)

La fin de l'euro c'est assurément la fin des politiques suicidaires et donc la fin du processus menant à la ruine de l’actuel projet européen. Elle n'est pourtant pas un bond en avant automatique.

Miser sur un ordre monétaire respectueux des nations….

La zone euro est encore aujourd'hui un modèle réduit de mondialisation malheureuse : une offre potentielle excède une demande muselée par les politiques de dévaluation interne. D'où un surplus exportable et une demande qui, tout en étant muselée, est artificiellement gonflée par la croissance de la dette .

La mondialisation vit encore sur ce modèle initié dans les années 70 du siècle dernier. A l'époque, il s'agissait de délocaliser des productions comme solution aux premières formes d'un fordisme déclinant. Les gains de productivité qui s'affaissaient étaient compensés par la dévaluation du travail : les salaires des pays périphériques étaient autrement avantageux que ceux du centre. Les débouchés des implantations délocalisées n'étaient pas locales et correspondaient à des exportations vers le centre : la fameuse alliance de Wal-Mart et du parti communiste chinois. Simultanément, centre et périphérie devaient contenir les salaires : le centre pour ne pas être envahi, et la périphérie pour rester compétitive alors que le poids et le nombre de ses acteurs en concurrence entre-eux n’a cessé de s'élargir.

La mondialisation devenait ainsi "malheureuse" en ce qu'elle allait correspondre à un déséquilibre croissant entre offre et demande globale, déséquilibre masqué par une montée des dettes publiques et privées plus spécifiquement au centre.

La zone euro toute entière est ainsi devenue le modèle réduit de cette mondialisation malheureuse avec une Allemagne devenue Chine de l'Europe en raison de son surplus exportable et donc de sa demande interne très insuffisante, et un sud, dont la France, jouant le rôle des USA importateurs.

La disparition de l'Euro ferait peut-être disparaitre le modèle réduit de mondialisation malheureuse mais ne ferait pas disparaitre le modèle global. Et si d'aventure le surplus exportable de ce qui serait devenu l'ex-zone euro devait s'accroitre en raison des dévaluations externes, la situation deviendrait insupportable pour l'ex- périphérie devenue ensemble de pays émergents connaissant toujours une demande interne largement insuffisante. Clairement l'euro leur permettait de ne point dévaluer. Sa disparition est donc  la possible naissance d'une guerre mondiale des monnaies dont l'origine repose sur une demande mondiale inférieure à l'offre.

La disparition de l'euro militerait ainsi pour un nouvel ordre monétaire basé sur un principe général de coopération et non de concurrence entre les nations. Une coopération visant à la recherche d'un équilibre extérieur de chaque nation. Cela passe bien sûr par un contrôle politique négocié des parités et la fin du processus de privatisation des monnaies commencé dans les années 70 du siècle dernier.

En finir avec l'euro c'est aussi la possibilité et la tentation de soustraire les monnaies à l'empire mondial de la finance. C'est aussi le possible rétablissement des souverainetés disparues avec la privatisation des monnaies[6] . C'est enfin le possible cheminement vers une forme renouvelée de l'Etat-Nation.

C'est en conséquence le possible rétablissement d'une démocratie confisquée. Un mouvement dont le cheminement et les contours sont encore difficiles à imaginer aujourd'hui.

.....Mais miser aussi massivement sur l’industrie

S’agissant de la France, la fin de l’euro, certes avec les difficultés sus visées, serait le point de départ à d’une authentique réindustrialisation du pays, réindustrialisation sous l’égide d’un Etat qui impulse et qui coordonne. On sait en effet que le taux de change imposé par l’euro fut particulièrement catastrophique pour l’industrie française laquelle fut la plus touchée par le phénomène de désindustrialisation qui a affecté tous les pays de la zone à l’exception de l’Allemagne.

 La fin de l’indépendance de la banque centrale et la possibilité de rè-initier l’équivalent de ce qui fut naguère le circuit du Trésor, permettraient le retour d’investissements massifs vers le cœur de l’industrie, c’est-à-dire l’ensemble des industries militaires, spatiales, aéronautiques, du transport et de l’énergie, auxquelles il faudrait ajouter aujourd’hui celles liées à l’environnement. Parce que ces branches sont le cœur de la Recherche/Développement d’un pays, qu’elles apportent l’essentiel des gains de productivité, et qu’elles sont aussi la pièce centrale de ses exportations, elles doivent recevoir la priorité des investissements engendrés par la nouvelle souveraineté monétaire.

 


[1] http://institutdeslibertes.org/wp-content/uploads/2015/09/IDL-Transfert.png

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/04/gestion-de-l-euro-l-helicopter-money-peut-il-remplacer-le-necessaire-deversement-des-excedents-allemands-vers-le-sud-il-est-inutile

[3] On trouvera un bon exposé du circuit du Trésor chez Benjamin Lemoine : « l’ordre de la dette ; enquête sur les infortunes de l’Etat et la prospérité du marché », La Découverte, mars 2016.

[4] Natixis : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=90392

[5] C’est globalement le point de vue des économistes de Natixis pour qui les taux de change dans un monde de très fort émiettement des chaines de la valeur n’ont plus qu’une opérationnalité limitée.

[6] Curieusement la Suisse avec son projet très spécifique et très doux « d’helicopter money » appelé « ration monétaire »st un pays qui réfléchit beaucoup à cette fin de privatisation des monnaies. Cf l’article de Michaël Malquarti : « La Suisse, pionnière de la monnaie par hélicoptère » dans Le Monde du 27 avril 20016.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans banques centrales
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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 10:52

 

Nous avons souligné dans notre dernier texte[1] qu’une réaction possible des banques, au taux de dépôt négatif imposé par la BCE sur les excédents de réserves obligatoires ( 0,3% encore aujourd’hui), était le report des charges sur des tiers.

Ainsi pouvait-on envisager un taux négatif sur les dépôts des clients, lesquels manifesteraient leur « préférence pour la liquidité » et transformeraient tout ou partie de leurs dépôts en billets de banque. Et c’est cet effet pervers potentiel qui serait à la base de l’idée de la suppression de la liquidité : il n’y aurait plus de monnaie disponible dans les poches des citoyens, les banques devenant leur souverain maitre.

La BCE a raison de s’intéresser aux effets pervers car le marché découvre toujours d’autres occasions possibles de résister à sa politique jugée calamiteuse par les banques. Si « l’impôt » n’est – pas trop élevé- puisque selon les « Echos », la charge annuelle du taux négatif sur réserves ne représente que moins de 10% du profit des banques européennes qui y sont assujetties[2]- il faut néanmoins le contourner. Et si on peut partiellement en reporter les charges sur des clients démunis de billets désormais interdits, il serait possible simultanément de  contourner les dites charges en transformant les réserves excédentaires en billets déposés dans des coffres forts…..C’est ce que propose le groupement bavarois des caisses d’épargne, prêt à louer un service de coffres-forts pour un coût global évalué à 0,18%....soit moins que le coût imposé par la BCE….

Les banques deviendraient ainsi schizophrènes : elles souhaitent la suppression des billets pour les clients  mais par pour elles-mêmes. On peut faire confiance à la BCE : elle n’acceptera pas un tel détournement de son pouvoir et interdira pour les banques elles-mêmes les liquidités. La BCE restera un Etat surplombant la montagne de cadavres des vrais Etats qui n’ont plus rien à dire sur la monnaie, un outil qui fut naguère l’une des pièces centrales de leur pouvoir.

 Les petits jeux sur la monnaie ne concernent que les banquiers entre-eux lesquels continueront à se battre avec les outils de l’idéologie d’un intérêt général totalement invisible. Une bataille dont le sol est jonché de cadavres étatiques.

 

[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/03/peut-on-accepter-le-projet-europeen-de-fin-de-l-argent-liquide.html

[2] Cf « Les Echos » du 7 mars 2016  qui croit pouvoir préciser que le taux négatif n’aurait couté jusqu’ici que  1,25 milliards aux banques et ne représenterait annuellement que 2,9 milliards si le taux devait passer à -0,5%.

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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 09:40

 

Nous avons souvent évoqué ici les difficultés des QE censés relancer la croissance. Parce qu’ils ne débouchent pas sur des investissements réels, ils correspondent aussi à un alourdissement des comptes des banques à la banque centrale que cette dernière taxe vient frapper sous la forme d’un taux d’intérêt négatif (-0,3% pour La BCE). En dehors des activités spéculatives dont le périmètre peut se développer,  les banques cherchent logiquement à sortir de la taxation par des achats par exemple de devises, ou en tentant de reporter sur d’autres acteurs les effets de la taxation.

Les comptes clients constituant près de 80% du passif bancaire, ces derniers peuvent devenir une cible privilégiée.

L’idée de faire payer la tenue de comptes sous la forme d’une taxation quelconque,  un taux d’intérêt négatif par exemple, peut être séduisant si toutefois il y a capture de la clientèle. Celle-ci peut en effet réagir soit en fuyant vers des banques plus complaisantes, soit,  face à la cartellisation souvent vérifiée, utiliser davantage d’argent liquide : la préférence pour la liquidité. L’idée est alors d’emprisonner les clients, donc les citoyens, en faisant disparaître la monnaie classique. Idée semblant devenir projet et se trouvant curieusement soutenue par les banquiers centraux qui proposent tout simplement de supprimer les liquidités en circulation….

Les lecteurs du blog savent que lorsque cet objet très politique appelé monnaie est historiquement apparu, il s’agissait aussi, pour le pouvoir, d’emprisonner ses débiteurs : le prince choisit le signe qui permettra à ses dépendants, assujettis à l’impôt de régler leur dette envers lui. Il s’agissait là d’un des tout premiers gestes de la souveraineté en formation. Si le projet des banquiers centraux devait aboutir, il s’agirait d’un curieux retour au début de l’aventure monétaire.

Certes, les acteurs des échanges du XXIème   ne sont plus vraiment dans un rapport de maitre à serviteur, toutefois il existe une certaine parenté.

Ils n’auraient  plus la possibilité juridique de s’affranchir du système bancaire et ils ne pourraient  plus être créanciers vis-à-vis de ce prêteur en dernier ressort qu’est la Banque centrale. Ils pourraient aussi comme naguère avec le Roi faussaire être victimes de la « refonte des monnaies ». Ce ne serait plus dans les ateliers des monnaies que l’aloi serait diminué mais dans la banque qui prendrait ainsi la place du souverain. Avec toutefois une curiosité : le nouveau souverain ne règne plus sur un territoire et un Démos, mais sur un espace sans limites et dénué d’identité. L’Etat-nation déjà déliquescent subirait une nouvelle descente aux enfers avec cette disparition de la monnaie liquide.

On peut toutefois penser qu’il s’agit d’une utopie tant les réactions risquent d’être sévères.

La monnaie liquide fait en effet partie des traditions et se trouve élément du vivre ensemble. Certains pays en font un usage très important et, notamment, l’immense majorité des paiements courants domestiques en Allemagne s’opère sous forme liquide.

Plus grave sans doute, est le risque de bank run, de panique, et d’effondrement monétaire. Des risques qui vont rendre prudents ces faux souverains que sont les banques centrales. A la crise récurrente de l’Euro, il n’est vraiment pas nécessaire d’ajouter de nouveaux risques.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans banques centrales
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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 05:20

 

Il était une fois une Allemagne fort mécontente du comportement d’une banque centrale européenne dont elle était le principal actionnaire. Cette dernière avait pris l’habitude  d’accumuler à l’actif de son bilan des dettes publiques grecques que l’on disait de nulle valeur.

Furieuse, l’Allemagne voulut sortir du capital de la BCE. Petit problème : la BCE n’était  pas cotée en bourse et les avoirs allemands à la BCE risquaient  de ne point trouver preneurs. La BCE qui ne souhaitait faire de mal à personne pouvait choisir de créditer le compte du Trésor allemand ou, plus encore,  remettre à la chancelière allemande des liasses de billets de banques dont la somme correspondait au capital devant être récupéré….Nul ne sait quelle solution fut choisie par l’intrépide Banque centrale…. Bien sûr une folle histoire….

Quittons-la pour toutefois en retirer quelque enseignement. Si un tel comportement était validé, à supposer qu’il soit juridiquement pensable, on assisterait alors à la démonstration que les banques centrales n’ont nul besoin de capitaux propres… et que les Etats peuvent  faire l’économie d’une dépense inutile.

Bien évidemment on comprend que, dans la réalité, les banques centrales ont toujours disposé de capitaux propres. C’est que leur histoire n’est pas celle de la BCE, que  beaucoup étaient privées à leur naissance et  que certaines le sont restées. On comprend aussi qu’historiquement, instrument de sécurisation des échanges monétaires entre banques, il apparaissait peu pensable que cet outil puisse donner lieu au suicide de ses actionnaires : il ne fallait pas acheter aux banques de second rang des actifs douteux venant manger les capitaux propres, lesquels constituaient les avoirs des vrais capitalistes financiers de l’époque. En France ce qu’on appelait les 200 familles…

Toutefois notre petit exemple fort naïf révèle un vrai problème : Dans un système public, celui d’aujourd’hui, La BCE n’a pas besoin de ses encombrants actionnaires, notamment allemands… n’a pas besoin de capitaux propres indûment  exposés à des actifs pourris… Et donc sa recapitalisation potentielle en raison des éventuelles bêtises commises par ses dirigeants n’a strictement aucun sens. Ajoutons que les frayeurs impulsées par la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe ne sont que des inventions propres à faire peur, (aux Etats impécunieux du sud qui doivent se débrouiller), ou rassurer (les rentiers allemands inquiets d’une démographie moribonde).

Le vrai problème consiste donc à voir pourquoi la BCE  est comptablement présentée comme une banque classique. Ce qu’elle n’est pas en raison de son statut de prêteur en dernier ressort.

Car fort concrètement, on l’a bien compris,  la BCE pourrait payer ses créanciers, les Etats soucieux de quitter le capital de la banque avec… ô scandale …de la dette qu’elle détient à son actif, c’est-à-dire avec une créance sur autrui. Par exemple, le gouvernement allemand souhaitant sortir du capital de la BCE se ferait payer avec de la dette publique grecque… Bien  sûr, il n’acceptera pas et la Banque pourra alors le rembourser avec des billets qu’elle imprime. Elle pourrait ainsi rembourser tous ses actionnaires en billets. En théorie, ils seraient pleinement satisfaits d’être payés dans l’actif le plus liquide qui existe. Tout ceci pour dire, et pour confirmer, qu’une banque centrale moderne n’a pas besoin de capitaux propres.

Une grande question serait d’étudier comment se passeraient les choses s’il n’y avait pas de contrainte de passif juridiquement imposé. A priori il y aurait inflation puisque déresponsabilisation complète de tous les acteurs. Et même avec interdiction de l’achat direct de dette publique, on comprend que les banques seraient déresponsabilisées et, au-delà, la banque centrale participerait à cette course à la déresponsabilisation.

 L‘émission monétaire pourrait théoriquement devenir infinie : aucune banque, même celles en position difficile sur la marché monétaire, ne serait limitée dans l’octroi de crédit toujours renégociable auprès de la banque centrale qui, elle-même, ferait jouer son pouvoir illimité de création monétaire. Inflation…. mais probablement croissance par forte demande de capital et sans doute de consommation.

Le fait de donner aux banques centrales les apparences comptables  d’une banque de second rang peut donc avoir du sens : l’empêcher de reporter sur la collectivité les vicissitudes du crédit. En même temps, le fait de la rendre moins libre qu’une banque de second rang en l’empêchant d’acheter directement de la dette publique entraine les mêmes effets : rationner les Etats dans leur quête de crédits nouveaux.

Pour autant il peut exister des moyens moins onéreux. Point n’est besoin de disposer des vêtements comptables des banques classiques et gaspiller des capitaux propres inutiles –donc mauvaise allocation des ressources selon le langage des économistes- il suffirait de ne retenir que la responsabilité personnelle des dirigeants de la banque centrale. Pourquoi le choix d’un capital important à mobiliser au lieu d’un simple alinéa dans un contrat de travail ?

Ce qu’il faut retenir de notre petite histoire :

1. L’indépendance des banques centrales est bien le retrait du politique sur la création monétaire, ce qui est une innovation majeure pour nombre d’Etats. Le choix de capitaux propres contre celui de la responsabilisation du gouverneur est le signe du retrait.

2. Cette indépendance se fait au prix d’une mauvaise affectation des ressources : les capitaux propres de la BCE sont techniquement inutiles.

3. Le retrait du politique n’est pas sa disparition mais un nouveau fonctionnement privilégiant la stabilité monétaire au détriment de l’investissement

4. Le dispositif institutionnel mis en place joue sur la peur : celui de devoir faire payer le contribuable national en cas d’évaporation des capitaux propres. Et donc : techniquement inutiles, les capitaux propres  sont politiquement fondamentaux.

5. Parce que, techniquement inutiles, ils n’empêchent pas la BCE de faire grossir son bilan par monétisation immodérée d’un ensemble gigantesque d’actifs douteux. Discipline pour les Etats mais goinfrerie illimitée pour le système financier.

 6. La contrainte de bilan de la BCE étant pure fiction -une spécificité qui n’a pas été clairement perçue par l’Allemagne lors de la naissance de l’euro-système- celle des banques de second rang peut le devenir tout autant. D’où une croissance du système financier beaucoup plus rapide que le reste de l’économie où les contraintes de bilan n’ont pas changé.

7. Le passage à un système de monnaie pleine ou 100% monnaie ne peut se concevoir que par la fin de l’indépendance des banques centrales.

Ces conclusions sérieuses, issues d’une histoire qui ne l’était pas, mériteraient d’être diffusées :

 Non Messieurs les Allemands il n’y a pas à craindre l’évaporation des capitaux propres de la BCE. En évoquant régulièrement le risque de devoir recapitaliser la Banque centrale, vous cherchez surtout à vous prémunir d’une inflation que vos partenaires européens redoutent moins.

 

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 04:37

 

Le "special report" de Natixis en date du 10 février dernier [1] apporte de nouvelles confusions sur le statut réel d’une banque centrale. Reprenant la problématique du QE et son fonctionnement sur la base d’une non mutualisation, les auteurs posent la question d’une recapitalisation obligatoire des banques centrales nationales victimes d’un défaut sur les dettes publiques rachetées.

Présentons les choses de façon suffisamment détaillées pour mettre fin aux discours erronés sur la monnaie et les banques centrales.

Lorsqu’une entité classique subit un effondrement de la valeur de ses actifs, elle se trouve en situation d’insolvabilité pour faire face à ses créanciers dont les titres figurent au passif de la dite entité. Par exemple,  lorsqu’une banque est dans l’incapacité de recouvrer ses créances, elle devient rapidement insolvable : elle peut mobiliser quelques réserves et son capital social pour faire face à ses clients qui exigent des retraits sur comptes de dépôts, mais, la confiance n’existant plus, les files d’attente s’allongent et rapidement, la banque est en cessation de paiement. D’où l’idée de Bank run rapidement destructeur par ses effets systémiques.

Tel ne serait pas le cas si la banque en question avait la possibilité de fabriquer, sans limite, de la monnaie jouissant du cours légal, monnaie qui permettrait de répondre à toutes les demandes de retrait, y compris celles des actionnaires désormais protégés d’une extinction du capital qu’ils ont avancé à la banque.

Or précisément, une Banque centrale est à l’inverse de toutes les autres entités économiques, en situation de créer de façon illimitée de la monnaie. Alorsq que le passif d'une entié économique classique est normalement exigible, celui d'une banque centrale ne l'est pas. Si par conséquent l’activation du Quantitative Easing décidée par monsieur Draghi au niveau de chaque banque centrale nationale  devait s’accompagner d’un défaut de l’Etat bénéficiaire, si par exemple le Trésor français faisait défaut sur sa dette , La banque centrale-chez nous la Banque de France- ne serait en aucune façon piégée. Elle pourrait continuer à alimenter tous les comptes figurant à son bilan notamment les comptes de toutes les banques de son territoire d’exercice  et ce, sans limite. De même elle pourrait,  sans limite,  alimenter le compte du trésor figurant au passif de son bilan. Il s’agit bien d’un privilège statutaire : celui de prêteur en dernier recours. Ce qui dans le langage courant s’appelle la planche à billets.

Dès lors, il nous faut essayer de comprendre pourquoi nombres d’acteurs engagés mais aussi d’auteurs continuent de parler de capitaux propres des banques centrales, du risque encouru, et de la possibilité de voir un Etat être dans l’obligation de recapitaliser sa banque centrale.

 

Le discours tenu aujourd’hui semble se baser sur l’idée que l’émission monétaire doit reposer sur des fonds propres, un peu comme jadis, elle devait reposer sur de l’or. C’est le cas lorsque la BCE s’inquiète de fonds propres négatifs de la Banque centrale Tchèque, banque centrale victime d’un effondrement d’actifs en devises qui ont vu leur taux de change s’effondrer. Pour autant, les arguments de la BCE ne reposent sur rien de concret et on se contente d’écrire dans un rapport qu’il s’agit « de se conformer au principe d’indépendance financière ».[2]

Cette expression très vague ne fait que renvoyer à l’idée d’indépendance de la banque centrale. Elle cache mal une réalité idéologique fort étrange et ce, à de multiples points de vues : 

- Tout d’abord demander une recapitalisation à un Etat devenu insolvable revient à exiger d’un mort qu’il se réveille. Pourquoi afficher des situations invraisemblables?

- De fait les banques centrales en raison même de leur privilège : « battre monnaie »,   n’ont en aucune façon besoin de capitaux propres, les seuls postes du passif réellement utiles étant les billets en circulation, le compte du Trésor et de certains de ses correspondants, et les comptes des banques assujetties à son territoire d’exercice. Pourquoi parler de contrainte qui n'existe pas?

- Il reste curieux dans le cadre libéral d’une économie de marché, de voir un Etat qui, recapitalisant sa Banque centrale, n’en est pour autant pas maître : elle est indépendante. Que la banque centrale d’Italie soit indépendante est à la limite acceptable puisque restée entité privée. Que la banque centrale française qu’il faudrait recapitaliser soit indépendante est une atteinte aux droits de propriété les plus élémentaires en économie libérale : une entreprise, une banque, appartient à ses propriétaires, et la stratégie des entités correspondantes est définie par eux. Pourquoi ne pas respecter les droits de propriétés des Etats?

- Jamais au cours des 30 glorieuses, il n’a été question des capitaux propres des banques centrales. La littérature de l’époque n’a jamais évoqué l’idée de recapitalisation alors même que l’indépendance n’existait pas. Pourquoi agiter des chiffons rouges?

- Jamais au cours de la période antérieure, celle de l’étalon-or, il n’a été question de problèmes de capitaux propres. De fait à cette époque la seule question qui se posait était celle du plafond d’émission en relation avec le stock métallique. Nous étions encore dans « la loi d’airain »[3] de la monnaie. C’est dire qu’aujourd’hui en voulant relier la question d’un QE (nouvelle forme d’émission) à des capitaux propres consiste bien à revenir à la « loi d’airain » du 19ème siècle. Pourquoi une telle aliénation monétaire?

- De fait évoquer des recapitalisations consécutives à des défauts consiste bien à exercer une pression maximale sur les Etats lesquels doivent se soumettre au « mode marché de la dette publique[4]. Pourquoi les Etats se trouvent ainsi expropriés?

Il serait bon que la recherche économique chez Natixis puisse devenir indépendante.

A cet égard, rappelons notre définition de ce qu’est une banque centrale :

« Une banque centrale est une institution, logée dans l’interface entre pouvoir financier et pouvoir politique et chargée d’exprimer le rapport de forces entre les deux, par des actions concernant la circulation monétaire, la monnaie elle-même et la dette. La position relative des 2 pouvoirs : absorption plus ou moins complète de l’un par l’autre, séparation radicale/opposition radicale, coopération mutuellement avantageuse, servitude volontaire, etc., est la source ultime de la compréhension des faits monétaires »(5)

Définition à méditer en période de tempête….

 

 

[1] http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=81590

[2] BCE : Rapport sur la convergence 2010

[3] Cf Jean Claude Werrebrouck : « La loi d’airain de la monnaie » ; MEDIUM N° 34, 2013, Pages 101 à 118.

[4] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-banque-centrale-et-tresor-une-tres-instructive-histoire-conclusions-66786166.html

(5) Jean Claude Werrebrouck , page 48 de "Banques Centrales  Indépendance ou soumission Un formidable enjeu de société" Editions Yves Michel, 2012,

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 10:38

 

Bien des choses peuvent se produire en 2015. Nous pensons toutefois que beaucoup peut se comprendre à partir de l’ADN des banques centrales. Aucune entreprise politique aujourd’hui, que ce soit en France ou à l’étranger, ne se pose la question de cet ADN. Il est pourtant ce qui presque mécaniquement explique l’essentiel de l’état du monde et des sociétés correspondantes. Pour faire simple et sans entrer dans les détails, ou bien la Banque centrale est indépendante (situation universelle ou presque aujourd’hui) ou bien elle se trouve soumise au Trésor et à son Etat correspondant ( ce qui était souvent le cas au milieu du vingtième siècle).

On peut sans doute imaginer des situations institutionnellement intermédiaires :une relative autonomie dans une relative dépendance. Toutefois par souci de clarté nous prendront ci-dessous des alternatives radicales

Tout peut se résumer dans le tableau suivant qu’il nous faut expliquer.

Banque centrale détachée du Trésor     /     Banque centrale soumise au Trésor

Implications:

1-Mode "marché" de gestion de la dette   contre  Mode "hiérarchique" de gestion de la dette

2-Etat enkysté dans la finance    contre  Finance enkystée dans l’Etat

3-Choix de la dette  contre   Choix de l’inflation

4-Répression des Etats  contre  Répression de la finance

5-Création monétaire plutôt par les banques de second degré  contre  Création monétaire

 plutôt par la banque centrale

6-Bilans bancaires hypertrophiés  contre  Bilans bancaires plus classiques

7-Inégalités croissantes des patrimoines et revenus,   contre Moyennisation possible de la société

8-Financiarisation généralisée  conre Financiarisation muselée

9-Congruence avec la mondialisation   contre  Congruence avec l’Etat- Nation classique

10-Contradiction entre statuts :salarié,consommateur,épargnant,citoyen, contre  Cohérence entre statuts : salarié,  consommateur, épargnant, citoyen.

11-Risques systémiques importants contre  Risques systémiques sous contrôle

12-Régulation démocratique contestée et difficile contre  Régulation démocratique plébiscitée.

13-Soldes extérieurs comme résultat  contre  Soldes extérieurs comme construction

Explications:

1- La gestion de la dette peut se faire comme aujourd’hui par émission de dette par un organisme qui vend des titres de créances à des acheteurs, et qui par conséquent s’adresse à des marchés où se négocient offre et demande de dette. On peut toutefois en cas de Banque centrale juridiquement dépendante, par exemple banque propriété de l’Etat, exiger d’elle qu’elle porte à son actif des titres publics remboursables ou pas contre de la liquidité. Dans le premier cas l’Etat a recours au marché, dans l’autre il produit lui-même les fonds dont il a besoin. Exactement comme l’entreprise qui a le choix entre produire elle-même ses consommations intermédiaires, ou au contraire les acheter sur un marché, soit la célèbre alternative entre le « make » ou le « buy »,le « mode marché » ou le « mode hiérarchique ». On observera que dans le cas de la dette, les consommations intermédiaires produites par la banque centrale sur ordre de l’Etat jouissent d’un coût économique nul, et par conséquent la logique du « make » devrait l’emporter.

Si tel n’est pas le cas c’est que d’autres intérêts interviennent sur les marchés politiques. Les entreprises sont libres de choisir et adoptent la stratégie conforme à leurs intérêts. On en déduit à l’inverse que les Etats ont aujourd’hui fait le choix de la dépendance. L’indépendance des banques centrales a pour corollaire la soumission des Etats.

2- Cette alternative résulte directement de la première. Avec l’indépendance des banques centrales, et plus encore lorsqu’il est interdit à la BCE d’acheter de la dette publique au moins sur les marchés primaires, les Etats sont enkystés dans la finance et deviennent des entités faisant l’objet d’une notation. Réalité impensable dans le cas de la logique du « make », dont on sait aussi qu’il correspond au concept central de souveraineté.

3- Le passage par le marché est aussi le plus couteux et la dette sera grossie par le montant des intérêts versés aux acheteurs. Dans le cas inverse, l’endettement se fait à coût nul et ce même si l’on imagine des avances au Trésor remboursables moyennant un taux d’intérêt : ce que paie le Trésor lui revient en tant que propriétaire des profits de sa banque centrale. Si l’Etat se fait très exigeant vis-à-vis de sa banque centrale et l’oblige à créditer des sommes considérables devenant ultérieurement dépenses publiques, un risque réel d’inflation se manifeste avec le cas échéant perte de la valeur externe de la monnaie.

4- Le choix du « make » comprime le déploiement de l’industrie financière puisque le périmètre de l’Etat est sanctuarisé. Simultanément l’arme de l’inflation rogne l’ensemble des actifs financiers existants ou en construction. On peut ainsi parler d’une répression de la finance. Le choix du « buy » aboutit à la situation inverse : les Etats sont réprimés par la finance, et si d’aventure l’émission de dette est jugée excessive et donc dangereuse une prime de risque sera exigée sur les marchés.

5- Dans le cas du « buy » il est clair que l’Etat pourtant garant du bien public monétaire, n’est jamais créateur de monnaie. Il transfère ainsi son pouvoir au secteur bancaire, lequel crée de la monnaie en octroyant du crédit…y compris à l’Etat lui-même. La masse monétaire devient ainsi contrepartie d’une dette. Ce que certains appellent « l’argent dette ». La situation inverse est celle où la monnaie est créée sur injonction publique par la banque centrale, situation non grevée par de la dette. Derrière cette alternative se retrouvent les points 2, 3 et 4.

6- Le point 5 permet de comprendre le poids des bilans bancaire selon que l’on est dans l’un ou l’autre régime. Lorsque la Banque centrale est indépendante et que les banques créent de l’argent dette, la limite à la création d’actifs financier est d’autant plus éloignée que ce régime assure la stabilité des prix. Les actifs financiers s’accroissent à un rythme beaucoup plus élevé que ce qui est exigé par la quantité de monnaie nécessaire au développement de l’économie réelle. Ce phénomène fonctionne en boucle: parce que ces actifs doivent répondre aux exigences de liquidité, la tenue de marché exige de la profonduer et donc une très grande quantité disponible d'actifs les plus divers. Cette même exigence de liquidité développera l'innovation financière avec la création d'une multitude d'actifs synthétiques, et au total des bilans bancaires souvent plus élevés que le PIB du pays d'accueuil .

7- La dette publique et privée croissante dans un régime de « buy » devient un actif de plus en plus important pour une classe de rentiers, qui par ailleurs pourront bénéficier d’un recul de la pression fiscale ayant pour résultat un accroissement de dette publique, elle même source d’achats de titres publics avec les capitaux non accaparés par les Etats. L’absence de réelle dette publique dans le régime du « make » allège les Etats qui peuvent en retour mobiliser davantage de moyens au profit des classes moyennes et ainsi construire un projet de relatif moyennisation de la société.

8- ce dernier point est la conséquence des autres . En régime de « buy » et d’abandon de la monnaie en des mains privées, l’abondance de la liquidité permettra de financiariser toutes les activités, avec notamment irruption de cette dernière sur l’ensemble des grands marchés : « commodities », produits agricoles, matières premières, etc. Ce que le blog a apellé la "titrisation généralisée du réel". Le régime du "make" permet de limiter autoritairement la transformation des marchés en casinos.

9- Dépourvus de l’autorité monétaire les Etats du « buy » ont aussi abandonné la liberté de choisir un taux de change : la valeur de la monnaie nationale devient un prix comme les autres, prix dont les fluctuations pourront être encadrés ou protégés par des marchés financiers. La liberté de circulation du capital est complète et vient matérialiser le dessaisissement de la souveraineté. D’où l’idée de mondialisation. L’adoption en sens inverse de la logique du « make » est à l’inverse en congruence avec des taux de change décidés et des logiques de contrôle de la circulation du capital.

10-Il devient difficile dans le cas d’un dessaisissement du pouvoir monétaire d’éviter les logiques de délocalisation industrielle avec, en conséquence, une forte pression sur les salaires directs et indirects, lesquels cessent d’être à la fois couts et débouchés, à l’intérieur d’Etats-Nations, pour ne devenir que des couts à comprimer à l’échelle mondiale. L’irruption d’une monnaie unique, garantit tout taux de change politiquement défini, et vient aggraver l’impératif de dévaluation interne au titre du maintien d’une compétitivité que chaque Etat – désormais en situation de servitude volontaire- tente d’acquérir pour surnager parmi les autres. D’où l’idée d’incohérence : une course à la productivité qui ne mène qu’à la crise permanente de surproduction. Une incohérence qui à l’inverse dans le cas de la logique du « make » laisse la place à des politiques possibles de redistribution, et donc une échelle des revenus plus ressérée .

11- En mode « buy » le poids de la finance aggravée par le choix de la dette, elle-même liée à l’écart entre offre globale mondiale et demande globale mondiale (crise planétaire de surproduction) engendre une croissance hors de contrôle des dettes privées et publique. Cette croissance est imposée par la croissance des déséquilibres de l’économie réelle dans un contexte de mondialisation et se heurte aux limites des capacités d’endettement. D’où des crises financières qui ne peuvent que se reproduire à échelle continument élargie. On  notera qu’à l’inverse, le choix du « make », parce que correspondant à une création monétaire qui n’est pas de « l’argent dette », exclut très largement tout risque de crise financière.

12- La démocratie étant le choix d’une communauté, il est difficile de la faire fonctionner si des tiers interviennent en permanence dans les dits choix. La fin de la souveraineté imposée par celui de l’abandon de la monnaie signifie l’intervention permanente de tiers : les marchés, toujours accompagnés de « d’évaluateurs d’Etats ». Cela signifie aussi des fonctionnements démocratiques dégradés.

13- L’abandon de la monnaie signifiant aussi l’affaiblissement du repérage des frontières ( taux de change comme simple prix, circulation sans entraves du capital, etc.) le solde des échanges extérieurs n’est plus qu’un résultat constaté et peut même devenir une variable futile en cas de monnaie unique…avant bien sûr l’affolement des marchés et la crise correspondante….A l’inverse la souveraineté fait des échanges extérieurs un paramètre fondamental : son équilibre se doit d’être construit à peine de perdre le contrôle d’une monnaie dont les fondamentaux sont politiquement décidés.

Rien de sérieux ne peut être entrepris en 2015 sans un changement de logiciel des banques centrales. Bien évidemment les marchés politiques s'y opposeront avec énergie.

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 09:47

 

L’expression de passif non exigible est d’un point de vue libéral un incompréhensible choc des mots : Le passif est une dette, et sauf non-respect des droits de propriété il est en principe exigible. De fait dans un monde soucieux du respect des engagements, les agents se doivent de disposer d’actifs suffisants en qualité et quantité pour honorer les engagements figurants au passif de leur bilan. Au premier rang de ces agents figurent des entreprises économiques qui peuvent disparaitre après anéantissement de leur capital faute de pouvoir répondre à l’exigibilité.

Pour autant, s’il existe dans les sociétés concrètes des contrats dont le respect des termes est exigé et sanctionné, il existe aussi un « contrat social » -complètement fictif ou relevant du mythe- qui résulte de la présence d’une extériorité appelée Etat, et extériorité dont les outils – ce qu’on appelle la contrainte publique - sont captés par une coalition d’intérêts utilisant la loi (violente ou plus démocratique) à des fins privés[1]. Ce qu’on appelle « contrat social » relève en effet plus de la contrainte que  d’un échange de volontés. Ainsi, aucun acteur du monde social n’a signé de  contrat d’appartenance à une  nationalité, aucun acteur du monde social n’a signé de contrat portant  sur les qualités et quantités de dépenses publiques, ou portant sur les qualités et quantités des prélèvements publics précisément dénommés « obligatoires ». C’est dire que depuis l’émergence des Etats, il existe un agent manipulable et manipulé qui a la possibilité de ne pas respecter les droits de propriété, agent qui est l’Etat lui-même, et qui à ce titre peut ne pas respecter le jeu de l’échange volontaire. Cet agent-là peut connaitre des dettes et décider plus ou moins souverainement de leur non-exigibilité.

Le passif non exigible des princes

Nous ne reviendrons pas ici sur l’histoire des Etats et ses modalités de fonctionnement avec le passage progressif du créancier infini, vers le créancier fini, puis vers le créancier endetté[2]. Soulignons simplement, qu’en sa qualité indépassable de juge et partie,  il a – historiquement- massivement utilisé la violence et plus  rarement accepté la logique de l’échange volontaire.

C’est dire que pour lui la notion de passif non exigible est une réalité de toujours.

Une façon radicale de faire émerger le concept de passif non exigible est de transformer le créancier réel en débiteur : le sujet est porteur d’une dette de sang à régler au profit du prince. Une autre, beaucoup plus respectueuse des prolégomènes d’un Etat de droit, sera l’extinction violente des dettes publiques : un décret viendra les annuler. Une façon plus douce encore fut de mettre fin au mythe de la « loi d’airain de la monnaie »[3] et d’enfermer le créancier dans la monnaie dont le souverain aura décidé le cours légal. Le pouvoir d’achat du souverain devient ainsi infini et le passif, fictivement exigible ne l’est plus réellement, le créancier pouvant le cas échéant le vérifier dans  la sévérité d’un contrôle des changes.

Cette idée de passif non exigible est aujourd’hui curieusement reprise avec les banques centrales  dites « indépendantes ».

Les libéraux ne peuvent pas davantage  accepter l’idée  de banque centrale qu’ils n’ont accepté l’idée d’Etat. Et ils y sont opposés en ce sens que l’idée de passif non exigible est aujourd’hui transmise aux banques centrales par les Etats eux-mêmes.

Logiquement, selon les libéraux, une banque centrale devrait fonctionner comme simple assureur ou caisse de compensation sur un marché interbancaire. Cette fonction, du point de vue de l’idéologie libérale, suppose l’existence de fonds propres venant en garantie du respect des contrats. Les actionnaires d’une telle banque centrale seraient ainsi soucieux du sérieux et du bon déroulement des transactions au niveau des banques elles-mêmes. Cela passerait par la surveillance des risques et probablement par des règles très strictes en matière de création monétaire.

 

Le passif non exigible des banques centrales

Dans la réalité les banques centrales disposent de fonds propres et dans l’euro zone la BCE elle-même, dispose d’un capital social constitué par les banques centrales des pays adhérents selon des pourcentages respectant le poids de chacun d’eux en termes de PIB. Certains libéraux pensent ainsi que la BCE, en particulier, est une vraie banque et s’inquiètent de la dégradation de son bilan au terme de politiques dites « non conventionnelles » menées depuis plusieurs années. Avec la possibilité de crises en boucles s’autoalimentant : Les Etats endettés se font racheter de la dette publique par des banques nationales qui cèdent elles -mêmes ces titres douteux à la BCE contre de la monnaie créée. Et face à l’apparente dégradation du bilan de la BCE, les Etats seraient obligés de souscrire à une augmentation des fonds propres, ce qui entraine un alourdissement des dettes publiques et leur refinancement impératif. La boucle est bouclée.

Cette version des choses n’a strictement aucun sens et la BCE n’a en aucune façon besoin d’être recapitalisée comme ce serait le cas d’une entreprise. Il n’y a pas non plus dégradation de son bilan, son passif étant constitué  de billets et des réserves des banques, qui sont de fausses dettes puisque la Banque centrale n’a besoin d’aucun actif pour répondre aux exigibilités. Une entreprise non couverte par un système assurantiel, victime pour une raison quelconque de la disparition de tout ou partie de ses actifs (Tsunami ravageant stocks, machines, bâtiments, etc.), ne peut échapper aux contraintes de son passif, les créanciers continuant d’exiger le respect des contrats.

Par contre la BCE, victime d’une dévalorisation massive des titres figurant dans son actif, ne connait pas de contrainte de passif.[4]

Il n’en serait bien sûr pas ainsi si les créanciers pouvaient exiger le paiement dans une monnaie que la BCE ne peut émettre, par exemple des dollars. Dans ce cas la banque devrait échanger des euros qu’elle émet contre des dollars…. situation fort épineuse car il n’y a aucune raison- en cette circonstance – qu’elle découvre des acheteurs d’euros si tous les agents internes refusent les euros et exigent leur transformation en dollars.

Parce que les banques centrales, ici la BCE, peuvent produire et imposer les paiements dans la monnaie qu’elles produisent[5] – de fait la monnaie dont le cours légal est fixé par l’Etat- elles ne connaissent pas de contrainte de passif : ce dernier est non exigible.

Et c’est ici que les choses deviennent intéressantes dans le processus historique de retrait des Etats et de montée de l’indépendance des banques centrales. Jadis, le privilège de passif non exigible était le fait de la violence des Etats qui, même parvenus dans la phase démocratique de leur histoire, imposaient à leurs  créanciers le choix d’une monnaie qu’ils créaient et manipulaient, dans le sens de leur intérêt : réduire le passif exigible. Cela passait par la dilution, les ateliers de rénovation monétaire, le seigneuriage, l’inflation, etc.

Aujourd’hui les banques centrales semblent plus efficaces : le passif devient non exigible – non plus partiellement- mais dans sa totalité.

Cette efficacité l’est à l’avantage du système financier car la contrepartie de la non exigibilité du passif est la production sans limite d’actifs nouveaux pour les banques qui, plongées dans le marché, se voient offrir une forte réduction de contraintes de leur propre  passif. La sécurité en liquidité et en solvabilité est artificiellement assurée par les privilèges quasi souverains de la banque centrale, et ce avec des contraintes de fonds propres qui resteront très faibles malgré les normes de « Bâle 3 ».

Bien évidemment cela n’a rien à voir avec le libéralisme et le respect de la propriété privée, et dans cette affaire,  les « ordo- libéraux » [6]allemands, pour qui la notion de passif non exigible relève de la forfaiture, sont éthiquement plus libéraux que les « brigands des marchés ». Ce qui ne veut pas dire que ces mêmes ordo-libéraux ont compris les mécanismes profonds de la grande crise. Le passif non exigible des banques centrales constitue – encore aujourd’hui – l’outil essentiel sur lequel peut s’appuyer la méga machine à faire de la dette, une machine venant à l’échelle planétaire combler le déficit de pouvoir d’achat par rapport à l’offre mondiale de marchandises[7]. Comme quoi les « brigands des marchés » ont au moins un rôle social : celui d’empêcher ou de retarder l’effondrement économique planétaire.



[1] Cf : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-l-aventure-etatique-reprise-d-un-texte-ancien-119831125.html

[2] Nous renvoyons ici à notre livre : « Banques centrales –indépendance ou soumission ? Un formidable enjeu de société » Editions Yves Michel, octobre 2012.

[3] Cf notre article dans le numéro 34 (janvier, février,mars 2013) de la revue Médium, Pages 101/119.

[4] Idée déjà exprimée dans le Flash Natixis du 27 juillet 2011 : « La qualité du bilan de la banque centrale est-elle une question sérieuse ?».

[5] Nous nous plaçons ici dans le cadre du paradigme néo-chartaliste. On pourra ici consulter : http://frappermonnaie.wordpress.com/tag/neochartalisme/

[6] Sur l’ordo libéralisme on pourra consulter notre article dans le tome LXVI- N°3- Septembre 2013 de la revue « Economie Appliquée » : « Regard sur les banques centrales : essence, naissance, métamorphoses et avenir ». En particulier on pourra lire les pages 167 et suivantes.

[7] On saluera la prise de conscience d’une réelle crise planétaire de surproduction- pour la première fois chez des responsables ou observateurs- dans l’article publié par « Le Monde » du 10/12/2013 « Pour un nouveau système productif français », article signé par les dirigeants de Xerfy, Laurent Faibis et Olivier Passet. C’est à notre connaissance la première fois que l’on trouve dans le monde des affaires la compréhension profonde de la nature de la grande crise.

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 22:00

  Le présent texte constitue une  synthèse  et un complément de:

 

    -http://www.lacrisedesannees2010.com/article-banques-centrales-la-fin-de-l-universalite-des-valeurs-germaniques-118080235.html

              -http://www.lacrisedesannees2010.com/article-regard-sur-les-banques-centrales-naissance-metamorphoses-essence-avenir-partie-1-117917128.html

             -http://www.lacrisedesannees2010.com/article-independance-des-banques-centrales-et-paradigmes-culturels-117604632.html

 

 

 

 

Résumé:

 

Pouvoir politique et pouvoir financier sont  deux forces partiellement englobées dans des signes appelés monnaie. La création monétaire fut historiquement le fait d’institutions progressivement accaparées par les Etats puis contestées par des financiers.  Les banques centrales modernes qui vont naitre avec l’épanouissement de l’économie vont exprimer dans leurs missions, l’évolution des rapports de forces entre politique et finance. L’indépendance des banques centrales est une période historique consacrant  la victoire  de la finance.

 

 

 

 

 

 

   

Le présent texte propose une explication du mouvement historique des banques centrales. Pourquoi il fallait les créer ? Pourquoi, plus tard, il fallait assurer leur indépendance ?  Pourquoi cette indépendance sera fondamentalement mise en cause dans le futur ? Cette explication reposera au préalable sur une analyse du couple Monnaie/Etat, couple dont la dynamique est véritablement porteuse de celle des banques centrales.

 

La monnaie… avant la monnaie et avant l’Etat.

 

Il est probable que l’histoire de la monnaie se ramène à celle d’une longue entropie. Née dans la chaleur des communautés holistiques, elle se dégrade lentement depuis l’apparition des Etats pour ne plus exprimer que les seuls liens entre des individus, des liens dont la force serait suffisante pour ne plus exiger la présence d’un souverain. L’Euro, monnaie sans maître, serait ainsi la forme la plus avancée de cette lente dégradation[1].

La monnaie primitive n’est pas la monnaie locale d’aujourd’hui et les liens qui s’y expriment ne sont pas librement choisis comme ils le sont dans cette dernière , liberté de choix qui en fait une sorte de « bien de club ». Ainsi Daniel de Coppet[2] nous explique longuement qu’à l’instar de ce qu’avait découvert Malinovski  chez les Trobriandais, la monnaie primitive est chargée d’essence spirituelle. Sa circulation permet « au tout » de fonctionner en reliant les hommes entre eux, qu’ils soient vivants ou morts mais aussi en les reliant à tous les ordres du monde, celui de la terre, de l’eau mais aussi du ciel.

Une première forme de dégradation pourrait  correspondre au « paiement du sacrifice » qui ne correspond plus à l’échange traditionnel de dons. Dans le monde primitif, le maintien du crédit des dieux exige la violence sacrificielle, laquelle sera suivie du paiement du sacrificateur, et paiement qui n’est plus suivi de réciprocité à l’instar de l’échange marchand moderne[3]. Une autre forme très comparable est le « paiement du neuf » qui met fin à la violence meurtrière entre groupes pris dans la logique infernale de la vengeance réciproque[4].

Paiement du sacrificateur ou du « neuf » vont dans le même sens, et mettent fin à un système de relations, exactement comme dans les monnaies modernes. Le paiement est –comme aujourd’hui – ce qui met fin à l’engagement et à toute obligation de réciprocité.

Il existe aussi un lien entre sacrificateur travaillant pour le crédit des dieux ou le rétablissement de la paix et mercenaires qui, plus tard, seront payés par l’Etat. Dans les sociétés primitives, le paiement du sacrificateur (mercenaire) est le fait de la communauté et ne concerne que quelques personnes. Plus tard, l’Etat constitué prenant la forme du souverain, assurera le paiement du service de la guerre à un nombre considérable de mercenaires, paiement avec ce qui sera bien davantage – nous le verrons –  de la monnaie moderne.

 

Un couple potentiel mais encore bien séparé : le stade de la monnaie anonyme.

 

Un certain « désenchantement du monde »[5]interviendra avec les premières civilisations qui introduiront souvent les tyrans et la problématique de l’Etat.

Si les sociétés primitives permettent de parler de paléo- monnaies, les premières civilisations permettent, bizarrement, de parler de « monnaies anonymes »[6]. Dans ce type de monde l’endettement envers les dieux s’est scindé  et  s’est partiellement muté en endettement envers les princes, ce qui fait naitre le politique et l’Etat et ce qui transforme, au moins partiellement le sacrifice en impôt envers lui.[7] Tout au moins, s’agissant de l’Orient ancien (entre 2500 et 539 AJC), il existe déjà un échange marchand avec des monnaies qui sont  davantage que des monnaies locales, car leur espace de circulation est probablement plus vaste, et sont assez probablement réserves de valeur. Mais ces monnaies sont aussi moins  que des monnaies locales, en raison de leur caractère beaucoup plus anonyme. Ces monnaies sont en effet composites et faites de métaux divers : or, argent, électrum[8], cuivre, bronze, étain, etc. Mais surtout ce qui est échangé, est souvent des morceaux découpés de métal, et ce sans trace d’une autorité quelconque, et par ailleurs sans trace visible d’une émission organisée. Cela signifie probablement que l’émission était plurielle, au moins au tout début de la période considérée.[9] Donc à priori peu ou pas de traces d’un ordre transcendant divin ou politique imprimant à ces monnaies la matérialisation d’une totalité sociale.

Ce fait, confirmé par toute l’école historique française est assez intrigant lorsque l’on connait la suite de la glorieuse aventure du couple monnaie - Etat. Comme si, l’Etat en formation avec ces premiers représentants, n’avait pas immédiatement pris conscience de tout l’intérêt qu’il y avait à lier son destin à celui de la monnaie. Si l’on tente toutefois de se situer dans les conditions de l’époque, il n’était probablement pas évident de prendre conscience que le contrôle d’un outil qui n’est pas encore construit, pouvait être un apport décisif dans la consolidation de l’Etat.

Pour autant, ces monnaies anonymes vont progressivement se transformer et concourir grandement à l’affermissement du phénomène étatique. Parce que les monnaies anonymes sont  réserve de valeur, elles deviennent particulièrement attrayantes pour les pouvoirs dont la reproduction et la survie sont consommatrices d’un objet réserve de valeur. Les guerres entre Etats en formation sont assez naturellement productrices et consommatrices de monnaies anonymes : il faut financer des armées avec d’autres moyens que des monnaies locales ou paléo- monnaies, accaparer des richesses dont la liquidité est la plus grande possible, se préparer – en cas de défaite – à payer sous la forme acceptée par le vainqueur. Tout concoure par conséquent à l’élection progressive de la monnaie anonyme comme objet de pouvoir, objet politique qui est aussi pourtant un objet économique.

 

Fondation du couple monnaie/ Etat et émergence des paléo banques centrales.

 

Fonction réserve de valeur  et parfaite liquidité progressent encore  si l’Etat en formation impose le règlement de tout ou partie des créances qu’il s’octroie- par la violence de son système fiscal- dans la monnaie de son choix. Nous ne sommes plus très loin du cours légal qui va permettre « le circuit du Trésor »[10], c’est-à-dire un système qui va assurer la solvabilité des Etats en formation.

La monnaie anonyme devient ainsi potentiellement monnaie souveraine, qualité qu’elle va acquérir lorsque les princes inscriront sur des rondelles appelées pièces de monnaie des symboles confirmant leur pouvoir politique. Ce sera le cas de Cyrus et de Darius, rois de Lydie au 6ième siècle av.jc.[11]

La monnaie souveraine moderne exprime ainsi une forme de dégradation de la monnaie. Beaucoup moins holistique que celle de la communauté ‘Aré’aré étudiée par Daniel de Coppet, elle est néanmoins fondamentalement hiérarchique et devient manipulable pour celui qui la contrôle.

La monnaie moderne continuera à exprimer le tout de la société, mais le réseau qu’elle va constituer et que l’économiste peut ne lire que sous l’angle du monopole naturel, relève surtout de l’affirmation du pouvoir du prince, pouvoir qui s’exprime dans un espace géographique délimité par des frontières. Le réseau, espace censé minimiser les coûts de transaction, est politiquement défini et s’arrête aux frontières politiques. Et ce n’est pas pour la fluidité des transactions que l’on crée le réseau, mais au contraire pour assurer une meilleure emprise politique sur un espace que l’on aura délimité, espace lui-même modifié par le résultat des guerres avec des souverains voisins. Frontières monétaires et frontières politiques vont ainsi largement se recouper.

Les Etats en formation se consolident en devenant aussi les premiers banquiers centraux. Si le métal frappé est richesse, alors il faudra le fabriquer, ce qui suppose le contrôle de mines de métal et le travail du minerai jusqu’à l’atelier de production des pièces. Mines et Hôtels des monnaies deviennent ainsi les premières banques centrales, des institutions qui ne sont pas séparées du politique et du Trésor correspondant. C’est que le contrôle de la production et de la circulation monétaire apporte un surplus de capacité prédatrice gigantesque pour le politique qui, jusqu’ici, se contentait de ses créances au regard d’une population souvent esclave, ou de prélèvements en nature sur les activités domestiques. L’édification de la monnaie moderne est donc aussi consolidation d’un Etat dans les premiers âges de son histoire. Et ces premières banques centrales que sont les organes du contrôle monétaire ne connaissent pas de division du travail, la monnaie (« nomisma ») est affaire de droit et de loi (« nomos ») laquelle va donner ou retirer la dénomination  de l’étalon et le « dokimon » c’est-à-dire le cours légal. Il sera alors plus ou moins aisé de changer la loi[12] et de gagner au change entre ancienne et nouvelle monnaie, ce que verra rapidement le tyran Hipias, fils de Pisistrate. Il sera aussi facile de jouer sur « l’Aloi » c’est-à-dire les contenus métalliques, de jouer sur le poids, sur le titre, mais aussi sur la composition du cocktail de métal de l’électrum, monnaie justement choisie en raison de la difficulté technique à déterminer le contenu métallique.[13] Bien évidemment la frappe elle- même est sujette à prélèvement, taxes de brassage et plus tard de seigneuriage sont les outils classiques de prélèvement, outils auxquels viendront s’ajouter des taxes de change sur les marchands qui s’adonnent à des activités « internationales ».

Le holisme institutionnel, qui fait que l’espace monétaire et l’espace juridique sont juxtaposés, sait toutefois être libéral, et les Etats conquérants peuvent laisser chez les peuples conquis les anciennes monnaies, ce qui entrainait l’émergence d’espaces pluri monétaires souvent hiérarchisés. Les avantages étaient évidemment politiques, les conquis conservant une certaine dose d’autonomie et le sentiment de n’avoir pas trop perdu. Assez rares furent les tentatives d’union monétaire et nous ne savons que fort peu de choses sur leur concrétisation.[14]

L’ordre monétaire est un ordre politique, fondamentalement hiérarchique, et donc constitutif d’une réalité sociale communautaire. Simplement, il faut rappeler que cette monnaie moderne qui fait son irruption au Moyen- Orient et en Chine à peu près à la même époque est déjà une monnaie dégradée. Dégradée parce que les princes vont la manipuler, mais aussi parce que ces mêmes princes sont déjà dans une situation de perte de monopole lorsqu’ils ne frappent plus « leur métal », mais celui dont ils ne sont plus les propriétaires : des marchands propriétaires de lingots peuvent les transformer en pièces dans les hôtels des monnaie, voire leurs propres banques . Parce qu’il existe dans les interstices de la société un ordre marchand plus égalitaire, les princes qui continuent à poser leur marque sur le métal réaffirment l’unité d’une communauté, mais une communauté qui cherche aussi à affaisser l’ordre hiérarchique.

 Les Etats voient dans la hiérarchie, en particulier monétaire, la pérennisation  de leurs « créances » sur l’ensemble humain qui leur est soumis. Les sujets les plus utilisateurs de monnaie, c’est-à-dire les marchands ou les banquiers, ne voient dans cette hiérarchie qu’une contrainte pratique permettant la circulation des marchandises. Pour les deux partenaires la hiérarchie monétaire est un moyen mais la fin est autre, les uns- les Etats- visent un monde vertical ; les autres, les marchands sont en quête d’horizontalité[15].

C’est cette conjonction des contraires[16] qui va marquer le dé- enchâssement des banques centrales primitives et leur progressive autonomie, voire indépendance.

 

Querelles de couple et émergence des prés banques centrales.

 

Une nouvelle dégradation de la monnaie résultera beaucoup plus tard de l’irruption de nouvelles formes monétaires, en particulier la monnaie fiduciaire émise librement par les banques.

La monnaie moderne métallique doit se multiplier pour assurer  la puissance des princes, mais aussi celle des marchands soucieux de faire progresser les volumes échangés de marchandises. L’abondance monétaire est donc nécessaire…..mais souvent contrariée en raison de sa fonction « réserve de valeur ». C’est que la monnaie qui doit circuler doit aussi être thésaurisée[17] à des fins d’épargne. Sans banques centrales primitives chargées de nouvelles mines de métal, ou ne pouvant dépasser les limites socialement tolérées de la dilution – l’ancêtre de la planche à billets- Etats et marchands sont bloqués dans leur ascension. Ascension du pouvoir politique d’un côté, ascension du pouvoir économique de l’autre.

En la matière les banquiers éloignés du pouvoir ont mieux réussi que les Etats qui vont souvent se heurter au mur de la dette publique  et à ses tentatives catastrophiques de contournement par ces nouveaux moyens de dilution que fut le papier.

L’un de ces contournements est la création de substituts de mines de métal ou de pré banques centrales dont le modèle fut peut - être le système de Law dans la France de la Régence. Quand la Banque générale, fondée en 1715, devient nationalisée pour devenir Banque Royale titulaire de privilèges considérables et qu’elle se met à émettre massivement des billets d’Etat pour payer les créanciers de la monarchie, elle devient de fait un institut d’émission, un prêteur en dernier ressort. Curieusement cet institut d’émission qui permet de régler les dettes et que le Trésor accepte en paiement des créances pour maintenir son « circuit » se trouve fortement contesté par les banquiers privés qui voient dans cette institution une concurrence inacceptable pour leur débutante et encore timide  émission monétaire.[18]

C’est que pour de nombreux banquiers, la marche vers l’horizontalité et l’indépendance vis-à-vis des Etats passe  par l’émission monétaire privée. Commencée avec l’invention au moyen –âge de la lettre de change, elle se poursuit dans les banques de « villes –Etats » comme Venise et plus tard dans celles de l’Europe du Nord dans le cadre de ce qui est déjà un système à réserves fractionnaires.

Une question difficile est celle du passage à ce dernier système alors même que dans la tradition, et ce depuis la fondation des Etats, le principe du 100% de réserves était scrupuleusement respecté, et surtout imposé dans le « corpus juris civilis ». Les ultra-libéraux traitent rapidement cette question en postulant que les réserves fractionnaires se sont imposées sur la base d’un accord mutuellement avantageux entre Etats et banquiers. les seconds devenant l’équivalent des vieux Etats capables eux- aussi d’émettre de la monnaie et de bénéficier d’un seigneuriage qui sera tout simplement le taux de l’intérêt, toujours interdit, mais de fait de plus en plus toléré. Et les Etats seraient  eux- aussi gagnants, car en concédant ou partageant leur privilège de battre monnaie, ils seraient payés de retour par  l’achat par les  banquiers de dette publique à partir des dépôts bancaires. [19]

Il est difficile de trouver dans l’histoire les traces d’un tel accord, mais il est toutefois exact qu’une collaboration va se créer entre les tenants de la verticalité (le politique) et ceux qui recherchent l’horizontalité (la finance).

 

Cohabitation raisonnable et naissance de la Banque centrale moderne

 

La loi d’airain de la monnaie continuant de sévir en raison du développement du capitalisme, il viendra immanquablement un temps où les Etats et les banquiers chercheront à renouveler sur une base élargie l’accord antérieur.

Les émissions monétaires privées doivent  revenir sur un principe de centralité et les Etats ont intérêt à définir eux- mêmes la dénomination et le cours légal d’une monnaie dont ils acceptent l’utilisation au titre du règlement de leurs créances, notamment fiscales. Ils ont aussi intérêt, sans doute après de nombreuses expériences malheureuses,[20] à émettre de la monnaie au même titre que les banquiers. Ils ont même intérêt à donner un monopole d’émission à une structure qu’ils peuvent créer, et bénéficier directement d’une part de marché croissante dans la création monétaire. C’est ce que fera Bonaparte avec la création de la Banque de France dont il sera lui-même actionnaire, et à laquelle il donnera un monopole régional d’émission de billets. Un tel monopole permettrait aux Etats de retrouver l’abondance financière et cette fois de façon quasi illimitée[21].

 

Mais, simultanément, les banquiers engagés dans le système des réserves fractionnaires, ont intérêt à fixer un point d’ancrage solide à leurs activités de création non planifiées et donc possiblement désordonnées. En particulier, avec le développement du capitalisme, doit se développer un nécessaire marché du crédit inter bancaire, non dépourvu de risques au cas où une banque en viendrait en raison d’émissions excessives à faire faillite. Bref, il  faudrait mettre en place un système assurantiel. Système assurantiel en monnaie légale, que les Etats peuvent fournir par le biais de l’institut d’émission qu’eux-mêmes  souhaitent mettre en place.

La banque centrale moderne couplée à la monnaie non métallique moderne doit logiquement voir le jour. Ce sera chose faite entre la fin du XVII siècle et le vingtième[22].

 

Il s’agit d’un compromis entre verticalité (les Etats) et horizontalité (les banquiers).

En étendant le monopole de l’émission étatique – la monnaie légale- sur l’ensemble du territoire du souverain et en acceptant la transformation de la monnaie de banque en monnaie légale, les Etats se donnent les moyens d’un circuit du Trésor bien alimenté par ce qui va aussi devenir la possible planche à billets. En retour, la Banque jouissant du monopole de l’émission de monnaie légale, garantit la bonne circulation et la bonne transformation de toutes les monnaies de banques entre elles, et de toutes les monnaies de banques en monnaie légale. La banque ainsi appelée Banque centrale sert  de point d’appui à une possible double émission monétaire : le système des réserves fractionnaires et son fameux multiplicateur du crédit d’une part, et l’émission de monnaie légale au profit du Trésor, d’autre part. Il s’agit bien d’un accord mutuellement avantageux. Les banquiers peuvent potentiellement  augmenter considérablement leurs profits en bénéficiant d’effets de levier que l’on ne trouvera dans aucune autre branche d’activité. En retour, les Etats sont beaucoup moins contraints par la question de la dette et ne limitent la planche à billets, que sous la pression de  la possible baisse de la valeur externe de la monnaie souveraine.

 

Le compromis entre horizontalité et verticalité pourra se lire jusque dans le fonctionnement concret des Banques centrales, lequel va souvent apparaitre comme mi- privé mi- public alors même que le statut juridique est soit, au choix pourrions-nous dire, complètement privé  – cas américain par exemple- ou complètement public – cas français. De fait, il s’agira toujours d’une collaboration. Alors que la Banque centrale dispose de prérogatives de puissance publique et qu’à ce titre elle se trouve soumise à l’Etat, elle peut en effet être complètement privée et parfois émerge sur la base des exigences des banquiers. Ainsi la FED  est fondée en 1913 sur la base de la volonté des Morgan et des Rockefeller et se trouve être une association de banquiers privés.

Le compromis est bien sûr instable et se trouve aussi fortement orienté par les valeurs et cultures des peuples dans lesquelles baignent ces banques centrales modernes. La verticalité peut se faire implacable à certains moments, notamment au cours des deux guerres mondiales. Sans revenir juridiquement sur l’autorisation des réserves fractionnaires, il est possible pour l’Etat en guerre,[23]d’envisager une législation d’exception : achats obligatoires de bons du Trésor, planchers de titres publics etc. De fait, la mise en place de banques centrales peut, selon les circonstances et les histoires nationales,  se faire beaucoup plus qu’un simple dispositif assurantiel pour les banques et devenir un outil de « répression  financière », selon l’expression souvent consacrée au cours de la longue période qui précède le mouvement vers l’indépendance des banques centrales.

 

L’écrasement de la verticalité et la naissance de la banque centrale indépendante.

 

Si la verticalité peut se faire implacable en raison des circonstances précédemment exposées, elle peut à d’autres moments et en d’autres circonstances se trouver phagocytée par l’horizontalité. L’accord politico- financier faisant émerger les banques centrales pose en effet le problème du partage des gains à l’échange[24].

 Dans le cas des périodes de guerres mondiales, les Etats ont pu imposer avec leurs banques centrales une totale répression financière, ces dernières ne fonctionnant qu’à leur seul profit.

En revanche dans la phase présente dite de mondialisation, il est des forces qui feront que les gains à l’échange seront totalement absorbés par les banquiers, voire même en viendront à pénaliser les Etats. Ces forces sont celles qui vont porter au plus haut niveau possible l’indépendance des banques centrales.

Il est inutile de rappeler le contexte général de contestation du corpus théorique dominant , clairement la théorie keynésienne, qui va débuter à la fin des années 60 et au début des années 70. Le nouveau cadre, sans doute hétérogène et qui va des nouveaux classiques aux ultra-libéraux, est d’abord celui de la contestation de l’Etat dans les prérogatives économiques qu’il s’était octroyé dans la période antérieure.

Cette contestation ne concerne pas uniquement la souveraineté sur la monnaie et débute par l’émergence massive d’autorités administratives dites « indépendantes » chargées d’assurer la régulation d’un secteur. Le terme de régulation étant employé  pour Co- contrôler une activité dans le cadre d’un partenariat que l’on peut qualifier de « politico- économique » avec, de fait, une répartition des pouvoirs allant parfois jusqu’à l’abandon des outils de la contrainte publique. Ces autorités encore peu nombreuses en France – environ une quarantaine – le seront bien davantage dans un pays comme l’Allemagne où une tradition ordo- libérale est installée.

Dans ce contexte, les banques centrales qui s’étaient dans nombre de pays affranchies

de la loi d’airain de la monnaie vont être critiquées dans leur fonctionnement par les nouveaux paradigmes économiques : monétarisme, anticipations rationnelles, etc. Le tout débouchant sur la contestation organisationnelle de banques centrales dont l’indépendance souvent proclamée laissait toutefois assez peu de place à l’autorité des gouverneurs[25]. La stagflation des années 70 fera des banques centrales des boucs émissaires et une profusion de travaux théoriques et économétriques viendront recommander l’indépendance complète, et, au-delà, la surveillance de gouverneurs dont il faudrait vérifier leur forte aversion pour l’inflation. Il serait impossible dans le cadre d’un article aux ambitions plus vastes d’évoquer l’intégralité de ces travaux et bornons nous à citer les auteurs les plus connus : Sargent, Wallace, Alesima,  Summers, Grill, Masciandaro, Tabellini, Kydland, Prescott, Barro, Gordon, Rogoff, Blinder, Walsh, Taylor.

Le résultat essentiel de la marche vers l’indépendance fut le passage du « mode hiérarchique » au « mode marché » de gestion de la dette publique. En utilisant le langage du célèbre article de Coase[26], les Etats sont passés du « make » au « buy ». Ils ne peuvent plus fabriquer la monnaie dont ils ont besoin et se mettent à emprunter sur les marchés. Les banques centrales peuvent alimenter voire doper le multiplicateur du crédit autorisé par le système des réserves fractionnaires, mais ne peuvent plus prêter aux Etats.

Les conséquences de la séparation radicale entre banques centrales devenues indépendantes et Trésors, ont déjà été développées[27].  Rappelons-les brièvement.

Il y a tout d’abord privatisation de la planche à billets et   l’effet d’éviction - contrairement à des propos infondés - peut être mis aux oubliettes puisque les financements des déficits ne sont pas accaparement d’une épargne. Ainsi les déficits publics viennent alimenter des comptes bancaires que l’on trouve au passif des banques en contre partie des titres publics que l’on trouve à l’actif.

Il y a ensuite mécaniquement un passage de l’inflation à la dette avec la conséquence très mécanique que les actifs financiers cessent de se dévaloriser, peuvent par conséquent se multiplier et venir alourdir considérablement le bilan des banques qui, en contrepartie, pourront jouer sur des effets de levier en continuelle croissance[28]. Nous avons là la tendance à la financiarisation de l’économie alors que l’inflation précédente favorisait les placements dans l’économie réelle. La répression financière possible dans l’ancien modèle de banque centrale faisait que le commerce des promesses était muselé, il pourra désormais exploser.

Il y a surtout le fait que, désormais, une rente sur effets publics qui- plus tard- viendra possiblement attaquer les compartiments « Etats-providence » des Etats avec début d’un accroissement des inégalités aussi favorisée par la mondialisation.

Nous pourrions longuement évoquer les conséquences de l’indépendance, conséquences  que nous avons  présentées, dans l’ouvrage déjà cité comme nouveau logiciel exprimant un nouvel état du monde.

 

Au terme de ce premier examen tentant d’expliquer la naissance, le développement et les métamorphoses des banques centrales, il est possible de proposer  une définition permettant de saisir l’essence de cette réalité changeante au cours d’une très longue histoire :

 

« Les banques centrales sont des institutions logées dans l’interface entre pouvoir financier et pouvoir politique et chargées d’exprimer le rapport de forces entre les deux par des actions concernant la circulation monétaire, la monnaie elle-même et la dette. La position relative des deux pouvoirs : absorption plus ou moins complète de l’un par l’autre, séparation / opposition radicale, coopération mutuellement avantageuse, servitude volontaire, etc., est la source ultime de la compréhension des faits monétaires et un outil indispensable pour connaitre les états des rapports économiques, politiques et sociaux dans le monde. Connaitre les règles de fonctionnement des banques centrales c’est ainsi s’ouvrir sur la connaissance du logiciel qui dit des choses essentielles sur une société concrète ».

 

L’indépendance des banques centrales aujourd’hui est donc l’expression d’un rapport de force très favorable au pouvoir financier, l’horizontalité étant grandement victorieuse dans sa lutte contre la verticalité. Pour autant, il est possible d’affiner l’analyse et la victoire de la finance n’est pas la même partout. Il est ainsi évident que la Banque Centrale allemande ne fonctionne pas selon les mêmes règles et pourrions-nous dire, croyances, que la Banque centrale américaine. C’est que les nouvelles banques centrales, même d’une certaine façon normalisées dans le grand bain de la mondialisation, restent enracinées dans des cadres culturels, voire idéologiques, qui sont très largement restés nationaux.

A ce titre nous voudrions montrer que ces cadres joueront probablement un très grand rôle dans les métamorphoses futures des banques centrales.

 

L’Introduction de paradigmes culturels dans le fonctionnement des Banques centrales indépendantes.

 

Le choix du modèle allemand de banque centrale qui s’est partout imposé à la fin du siècle dernier, fut facilité par la commune croyance en un nécessaire devoir de lutte contre l’inflation. Cette dernière très importante dans les années 70 était attribuée aux largesses de la politique monétaire que – selon la théologie monétariste de l’époque -  les Etats pratiquaient sans modération. De ce point de vue, le dessaisissement radical de la gestion monétaire au profit d’une banque centrale indépendante, organisme simplement soumis au maintien de la valeur de la monnaie, est apparu comme modèle et modèle dont nous venons d’expliquer les principes de fonctionnement.

Aujourd’hui, les difficultés d’une mondialisation intimement liée aux causes profondes de la crise en termes réels[29], questionnent le bel unanimisme. Mais surtout, la guerre des monnaies qui semble s’amplifier, passe par l’examen  des racines  culturelles nationales, paramètre  oublié au moment du grand basculement vers l’indépendance.

 

Dans ce grand mouvement, les racines culturelles - ou « l’atmosphère sociale » au sens de Marc Bloch -  furent mises à l’écart des raisonnements économiques. Sans entrer dans la complexité des cultures, il semble que les racines en question, concernent au moins trois grandes conceptions de la liberté : l’anglo-saxonne, la française et, peut- être plus intermédiaire mais néanmoins fondamentale,  la conception allemande.

 

Les deux premières sont assez radicales et très radicalement opposées.

 

L’anglo-saxonne fait de la liberté une dépendance de la propriété qui, selon la loi naturelle de Locke, est elle-même un bouclier au regard des agissements d’autrui. Je ne suis libre que si je dispose de droits de propriété eux-mêmes négociables sans restriction sur un marché. On comprend, par conséquent, que l’idée de société n’est pas centrale, cette dernière   s’analysant  d’abord  sous la forme d’une somme d’individus dont il faut simplement protéger les droits de propriété. Cela signifie la centralité d’un marché où l’interaction sociale génère des situations concrètes -des résultats économiques- censées justes  si les règles de la justice procédurale au sens de Nozick sont respectées[30]. Clairement, cela signifie qu’un Etat  ne saurait intervenir dans l’interaction sociale au nom d’un intérêt général, intérêt qui ne peut exister que sous la forme d’une  croyance ou « production idéologique » d’importance secondaire. De fait, pour un anglo-saxon, l’intérêt général se ramène à la liberté qui, elle-même,autorise le « rêve américain ».

 

La conception française est fort différente et la liberté ne passe pas par le bouclier de la propriété,  laquelle ne jouit pas d’une importance première malgré les soins que la Révolution et les libéraux du XIXème désiraient lui prodiguer. Perte de prééminence qui a pour corollaire, une place assez secondaire réservée à un marché devenu souvent objet de méfiance. Qualité bien analysée par Jean Pierre Dupuy dans son récent texte: "La France et le marché: les sources philosophiques d'une incomatibilité d'humeur". Ce qui compte en France  est bien davantage la position jugée honorable de chacun dans la société, laquelle est sans doute faite d’individus, mais des individus qui se regardent et observent, avec  attention toute particulière, leur position relative sur l’ensemble de l’échiquier social[31]. Cette caractéristique va jusqu’à s’inscrire dans l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen laquelle précise que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Dans la conception française, la « justice résultat »[32] au sens de Nozick compte beaucoup et correspond à l’idée d’un intérêt général. En revanche, la justice procédurale est assez secondaire et correspond aux conséquences d’une position non centrale accordée à la propriété.

 

La conception allemande est, de fait, une position intermédiaire, assez complexe,  qui tente un dépassement  des deux premières. C’est, précisément, ce dépassement théorisé à partir de Kant et plus tard par les théoriciens de l’ordo libéralisme ( W. Eucken, W. Röpke , F. Böhm, etc.)[33] qui fera de la liberté une réalité qui ne peut s’épanouir que dans une certaine soumission à la société, soumission valorisée sur la base d’une égale participation aux décisions communes. Il y a du holisme dans la tradition allemande, un holisme qui lui-même provient d’un romantisme construit sur le rejet de la Révolution française. Mais le holisme est contrebalancé par une méfiance au regard d’un Etat que l’histoire condamne non pas en tant qu’Etat fort, mais en tant qu’Etat incapable d’assurer la commune liberté. Bizarrement, l’Etat doit être fort pour assurer sa mission de neutralité et de construction d’un intérêt général.

  La liberté allemande passe par la propriété, davantage que dans la loi française et moins que dans la loi américaine. Elle passe aussi par le respect des droits individuels moins que dans la société américaine et davantage que dans la société française. Tout cela conduit à un ordre du marché, peut-être moins échevelé que l’américain mais sans doute plus libéral que l’ordre du marché français.

 

 Ordo libéralisme allemand et indépendance radicale de la Banque centrale

 

 

Il se trouve que cette représentation du monde fut aussi théorisée pour justifier l’ordre économique et monétaire en Allemagne, et justification non exempte d’ambiguïtés, qui aboutira à la conception allemande de la banque centrale.[34]

 

L’ordo libéralisme allemand, sous-produit d’une histoire pluri- séculaire, n’est  pas facilement compréhensible. Son point de départ est à priori proche de celui des libéraux qui considèrent que l’interaction sociale se doit d’être le fait d’individus responsables de leurs choix. Pour autant, proches de « l’ordre spontané » Hayékien[35], les auteurs de l’école de Fribourg considèrent que le marché génère aussi des situations de monopole et des rentes incompatibles avec un intérêt général.

Il existe donc un intérêt général qui, toutefois, n’est pas « l’optimum » que l’on rencontre dans la théorie néoclassique, laquelle ouvre la voie à la présence d’un Etat parfois chargé d’y conduire. A l’inverse, l’Etat pouvant lui-même introduire des inégalités, les théoriciens préfèrent parler d’une Constitution de l’économie, c’est-à-dire un ensemble de règles analogues à celle des Constitutions  politiques, règles qui s’imposeront à l’Etat comme s’impose à lui la norme juridique la plus élevée.

On peut évidemment douter de l’émergence de règles encadrant aussi bien les choix individuels que les choix politiques et règles censées générer un intérêt général qui ne fait pas l’objet d’une définition précise[36]. Et ce doute est bien évidemment renforcé par la présentation de l’essence des Banques centrales que nous venons d’identifier. Par contre, dans la conception, voire dans l’idéologie allemande, il importe de voir que la Constitution de l’économie, intègre une composante monétaire dont la réalité est de créer un ordre qui, là aussi, dépasse et encadre les choix individuels et politiques.

Bien évidemment, la vision de la monnaie ne peut qu’être normative et les théoriciens de l’ordo libéralisme,  ne cherchent pas à produire une définition de la monnaie ou des banques centrales au travers d’une démarche cognitive. Et donc, la monnaie issue d’un projet complètement normatif, devra être sanctuarisée et ne pourra faire l’objet d’aucune manipulation privée ou publique. Sans doute est- elle juridiquement définie, donc définie par l’Etat au sens du néo chartalisme, mais elle est indépendante des pouvoirs politiques, comme l’ensemble du corpus juridique qui, constitutionnellement, s’impose à l’Etat lui-même. De la même façon que l’Etat est le serviteur des règles juridiques qu’il impose et à ce titre se doit de respecter l’indépendance de la justice, il doit aussi respecter la monnaie dont il assure la définition et le cadre de fonctionnement, en s’interdisant de l’utiliser à son profit sous la forme d’un crédit. Nous retrouvons ici la subtilité allemande  d’Etat suffisamment fort pour ne pas tomber dans les facilités.

Si donc, la sanctuarisation passe par une banque centrale chargée de contrôler la création monétaire classique par des banques insérées dans le marché du crédit, l’Etat ne saurait lui-même être « consommateur » de sa propre monnaie sous la forme d’un emprunt auprès de la banque centrale[37]. Etat et banque centrale ne peuvent que vivre séparément, ce qui va conférer à la dite banque une indépendance, avec toutefois comme objectif constitutionnel de bien respecter la sanctuarisation : la monnaie doit être l’instrument de la stabilité des valeurs et donc la banque centrale aura pour objectif constitutionnel de lutter contre toute dérive inflationniste.

Cet aboutissement de la pensée ordo- libérale n’est pas exempt d’ambiguïtés et d’imprécisions et rien ne vient démontrer que « l’économie sociale de marché » qui va concrètement en résulter, est l’outil interdisant l’apparition de rentes que la théorie, encore une fois très normative, voulait combattre. Ainsi la stabilité monétaire est sans doute favorable à l’émergence d’une classe de rentiers dont les intérêts entrent en contradiction avec les groupes exportateurs, voire les salariés. Et c’est bien la rente financière qui va devoir être intégrée dans la gestion planétaire de la grande crise. Encore une fois la répression financière imposée à l’Etat - interdiction d’une rente monétaire pour ce dernier - peut devenir liberté d’épanouissement pour les rentiers privés.

 

Gestion de la grande crise et contestation planétaire du paradigme allemand de Banque centrale.

 

La fin du siècle dernier qui voit le grand mouvement d’indépendance des banques centrales, correspond de fait à la victoire du paradigme culturel allemand[38], paradigme qui ne correspond pas exactement, ni au paradigme anglo-saxon ni au paradigme français. Et la gestion de la présente grande crise a pour effet très visible de faire réapparaitre, au-delà de la fiction d’une norme devenue mondiale, les différences culturelles concernant la façon de concevoir la liberté.

C’est le monétarisme américain[39] qui a aidé l’ordo- libéralisme allemand à dessiner les contours des banques centrales du monde à la fin du siècle dernier. Et, à l’époque, la grande peur de l’inflation a fait des Etats les grands boucs émissaires. Dans ce vaste mouvement, les différences culturelles fondamentales furent oubliées. La grande crise les fait réapparaitre et cette fois possiblement au détriment de l’Allemagne qui devra choisir entre la fin de son ordo libéralisme et sa sortie de la zone euro.

Les banques centrales anglo-saxonnes, au beau milieu de la grande crise, ne sont pas soumises à la normativité ordo libérale. Liberté, propriété et marché ne connaissent pas de limite venant les surplomber. Que le marché dans son fonctionnement débouche sur des situations de monopole et de rente ne gêne que si des droits fondamentaux ne sont pas respectés. Sans doute la hausse des prix est-elle une variable importante, mais la monnaie n’est en aucune façon sanctuarisable. Et comme le tout marché l’emporte dans la genèse du ciment social, la vraie contrainte est davantage un niveau d’emploi compatible avec la cohérence sociale. Les gestionnaires de la banque centrale américaine ne peuvent ainsi se couvrir des habits de l’ordo- libéralisme et doivent ajouter une dimension croissance et emploi à leur feuille de route[40]. L’intérêt général se ramenant pour l’essentiel au « rêve américain », la création monétaire massive n’est pas rejetée si elle a pour vertu de maintenir le rêve. Ajoutons que s’agissant des USA, aucune contrainte monétaire extérieure ne s’impose, ce qui signifie une grande liberté dans la création de monnaie. Liberté aujourd’hui complètement assumée pour tenter d’éteindre l’incendie de la crise[41].

 

La banque centrale française est bien évidemment plongée dans le système européen de banques centrales et, de ce point de vue, l’Etat qui lui correspond, sera de plus en plus tenté de cesser l’aventure ordo libérale. Les rentiers ont massivement profité de ce qu’on a appelé la fin de la « répression financière », mais, parce que dans la tradition française la liberté ne se réduit pas à la propriété et au marché, c’est dans ce dernier pays que la rente financière prend les risques les plus importants, d’où l’attachement considérable des milieux qui en profitent à ce qu’on appelle le « couple franco-allemand ». La banque de France, devenue objet étranger dans son propre pays, sera de plus en plus soumise à de très fortes contraintes impulsées par la crise et la tradition culturelle française.

 

Mais l’Allemagne elle-même, sera contrariée dans sa tradition culturelle. Déjà le comportement de la BCE n’est plus en accord avec la grande tradition ordo-libérale[42]. Alors que, naguère, la banque centrale, qu’elle soit européenne ou simplement allemande, se devait d’être l’équivalent d’une cour suprême ou d’un conseil constitutionnel veillant à la sanctuarisation de la monnaie - exactement comme le principe d’indépendance de la justice et de respect du droit -  la BCE est devenue dépendante d’intérêts privés et publics : le système bancaire européen devenu massivement insolvable, qu’il faut aider, et les Etats européens eux-aussi insolvables et qu’il faut, au moins de manière détournée, aussi aider.

C’est dire que l’impérium allemand s’est réduit au strict territoire national, territoire lui-même contesté puisqu’il a bien fallu au travers de péripéties fort multiples en arriver à ce que le contribuable allemand soit sollicité pour financer, banques et Etats européens impécunieux[43]. La seule résistance de l’ordo- libéralisme traditionnel n’étant que celle offerte par la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe.

Les racines culturelles allemandes, très gravement perturbées par la crise de l’euro et en même temps solidement confirmées par l’histoire récente du pays peuvent inviter ce dernier à quitter la zone euro. Départ qui, dans un contexte de crise mondiale, peut favoriser la fin de l’idéologie de l’indépendance des banques centrales.

 

 

L’avenir ou la possible fin de l’indépendance des banques centrales

 

Une partie de cet avenir est probablement dictée par la naissance en Allemagne d’un fort intérêt commun entre l’immense et croissante cohorte des retraités, d’une part, et le lobby des industriels eux- mêmes fortement exportateurs, d’autre part. Cet intérêt commun en formation passera par la possible décision  allemande de quitter la zone euro devenue potentiellement ruineuse des intérêts nationaux. Proposition qu’il convient d’expliciter.

 

S’agissant de la cohorte des retraités, celle-ci est gravement contrainte par une falaise démographique de très grande ampleur et à nulle autre pareille dans la zone euro. Les retraites par répartition qui constituent 65% des revenus du groupe considéré sont calculées à partir d’un système de points incluant le paramètre démographique, c’est-à-dire la proportion des actifs dans la population totale. La valeur du point diminue régulièrement avec le gonflement de la pyramide des âges aux  tranches les plus élevées, et son amincissement pour les tranches les plus basses. Ce dispositif règlementaire introduit un auto- équilibrage entre prestations et cotisations, mais développe une tendance très lourde à la diminution des pensions qui, elles- mêmes, ne sont en aucune façon indexées sur les prix. Comme le précise un rapport de L’IFRI, si démographiquement la France vieillit, l’Allemagne se fossilise.[44]

Cette situation démographique, historiquement exceptionnelle, est peu compatible avec une crise de l’euro  générant elle- même le souhait d’une intégration européenne plus complète. Les retraités allemands ne peuvent accepter d’alourdir leur Etat d’une fiscalité européenne nourrissant les transferts dont les pays du sud ont besoin[45]. Ces mêmes retraités, déjà assurés d’une perte de revenu en raison de la falaise démographique et ne bénéficiant d’aucune indexation de revenu sur les prix courants, ne peuvent non plus accepter les risques réels ou supposés d’une inflation européenne alimentée par le laxisme de la BCE. Cela signifie que dans ce contexte démographique historique, les retraités allemands doivent plutôt logiquement préférer le départ de l’Allemagne et le rétablissement de la monnaie nationale. La montée du taux de change qui en résulterait, dans l’hypothèse d’une neutralité de ses effets sur la « Riester rente »[46], garantirait au moins la stabilité des prix voire même une baisse limitant la baisse du pouvoir d’achat de leurs revenus.

 

S’agissant maintenant du lobby des exportateurs, les avantages procurés par l’euro sont aujourd’hui grandement absorbés et les coûts pourraient maintenant se développer. Certes, l’euro a procuré et procure encore un taux de change favorable aux exportateurs, et ce en raison des problèmes du sud de l’Europe. Toutefois, après avoir considérablement bénéficié de l’impossible dévaluation des  partenaires de la zone, le lobby exportateur désormais gêné par la crise européenne, s’est considérablement redéployé vers les pays émergents. La quasi stabilité de l’excédent commercial depuis 5 ans (environ 190 milliards d’euros) masque une réorientation spectaculaire des ventes vers les marchés extra-européens. Cet excédent qui était aux deux tiers alimenté par l’union européenne en 2007, est aujourd’hui généré aux  trois quarts en dehors. Depuis le début de la crise, l’excédent allemand sur l’union européenne a diminué de près de 80 milliards d’euros, et a progressé de plus de 70 milliards hors zone euro. Le lobby exportateur a construit ou développé sa force compétitive au cours des premières années de vie de l’euro. Désormais massivement consolidée, y compris dans sa dimension hors coût, il l’utilise dans sa conquête des marchés émergents.

L’intérêt du groupe des exportateurs aujourd’hui très puissant[47], est beaucoup moins lié à l’euro qu’il ne l’était au début des années 2000.  Pour ce groupe, comme pour l’immense cohorte des retraités, le danger du passage au fédéralisme européen est  fait de nouveaux prélèvements publics obligatoires. Par contre, la fin de l’euro, a priori défavorable, serait néanmoins compensée par le recours accru au made « by Germany », lui-même résultant d’un nouveau taux de change favorable. Parce que l’Allemagne devient une base d’exportation, elle pourrait en quittant la zone, mieux se servir de sa plateforme européenne en consommations intermédiaires plus compétitives, résultant de taux de change très favorables. Il existe une seconde raison à la consolidation d’une plateforme européenne permettant aux industriels de mieux asseoir leur  compétitivité vis-à-vis des marchés émergents : il s’agit là encore de la falaise démographique qui diminue déjà, depuis plusieurs années, l’importance de la population active sur le territoire allemand[48].   Le groupe des exportateurs voit ainsi son intérêt  rejoindre celui des retraités. Moment historique assez exceptionnel où les intérêts de la rente et ceux de l’industrie se rejoignent[49].

Ce scénario d’une possible sortie de l’Allemagne est simultanément, confirmation et contestation, du modèle de banque centrale indépendante.

Confirmation de l’ordo-libéralisme pour l’Allemagne qui restaurerait son paradigme culturel menacé. Mais aussi contestation au moins pour l’ensemble des banques centrales européennes, qui soit de façon harmonisée, soit en mode panique, n’auraient plus à respecter des textes, voire des institutions devenues obsolètes. Le coût du changement de la règle, va devenir politiquement léger car l’indépendance des banques centrales va devenir un handicap majeur dans la gestion de la crise. Ainsi l’ensemble des banques centrales européennes libérées du joug de la règle allemande, iraient immédiatement rejoindre le groupe mondialisé des banques centrales qui ont décidé de donner de l’avenir à ce qu’on ne pourra plus appeler « mesures non conventionnelles ».Il en résulterait bien sûr une aggravation de la guerre des monnaies avec rétablissement de la verticalité, puisque les Etats eux-mêmes auraient à gérer des taux de change agressifs.

Il est bien difficile de préciser les contours de banques centrales qui continueraient à se déclarer, et être déclarées indépendantes, tout en n’y étant plus.

Ce qui est toutefois assuré, c’est que la guerre des monnaies étant la repolitisation des taux de change, La politique monétaire cesserait, d’une façon ou d’une autre, d’être privatisée au service des banques. En la matière, la solution la plus hardie, et qui serait probablement la meilleure pour éviter que l’abondance de liquidités débouche sur de nouvelles bulles, serait un accord international visant l’interdiction des réserves fractionnaires, et le rétablissement complet de la souveraineté monétaire. Cela signifierait la création monétaire par les banques centrales sur ordre des Etats correspondants.

Le dispositif pourrait en être le suivant :

 Le parlement vote chaque année le volume de monnaie supplémentaire, monnaie légale venant abonder le compte du Trésor.

Le mode marché de gestion de la dette publique disparaissant, la monnaie légale créée est partagée en deux blocs : une partie vient financer à taux zéro les investissements publics[50], tandis que l’autre partie est vendue aux enchères au système bancaire. Les Etats n’ont ainsi plus à payer la rareté monétaire, mais au contraire à en bénéficier sous la forme d’un intérêt payé par le système bancaire.

Le crédit à l’économie réelle privée, est ainsi assuré par les banques acheteuse de monnaie centrale distribuée par l’Etat, et l’épargne privée. Bien évidemment, la nouvelle banque centrale reste responsable du bon fonctionnement du système bancaire. Elle  intervient à ce titre sur le marché des changes, pour maintenir des taux redevenus fixes et taux renégociés périodiquement entre les Etats, aux seules fin de maintenir des comptes courants équilibrés. On pourrait bien sûr présenter la nouvelle architecture d’un système politico-financier entièrement nouveau, celle-ci dépassant toutefois le cadre d’un article uniquement consacré aux banques centrales[51].

Pour terminer ce « regard sur les banques centrales » il faut préciser que cet avenir  possible de changement des règles du jeu, est aussi le début d’une solution à la grande crise planétaire qui reste fondamentalement une demande globale mondiale insuffisante au regard de l’offre globale mondiale correspondante. Le développement gigantesque du système  financier depuis le début du siècle, avec l’économie de la dette qui lui correspond est intervenu  pour gommer artificiellement un écart. Dettes privées et dettes publiques furent les bienvenues  pour gonfler une demande inadaptée, et la hisser à un niveau suffisant pour assurer l’écoulement d’une offre plus importante[52]. La fin de l’indépendance des banques centrales sera aussi le rétablissement du pouvoir d’Etats invités à reconstruire une toute autre mondialisation.

 

                                                           Bibliographie

 

Ouvrages :

 

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Piégay P. Rochon L-P. (Sous la direction de),[2003], Théories monétaires post Keynésiennes,Economica, Paris.

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Articles :

 

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Werrebrouck JC. [2012], http://www.lacrisedesannees2010.com/article-pour-une-revolution-du-systeme-monetaire-101497488.html

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[1] Les monnaies virtuelles naissantes (« Bitcoin », « Solidcoin », « Litecoin », « BBQcoin », etc.) plus anonymes encore, et échappant à toute forme de régulation, participent sans doute à ce grand mouvement de dégradation.

[2]«  1,4,8,9,7.   La monnaie : présence des morts et mesure du temps » , L’homme Volume 10 , 1970 , N°1. P17-39.

[3] Cf. l’ouvrage : « La violence de la monnaie » de  M. Aglietta et A. Orléan , PUF, 1984.

[4] Là aussi on pourra se référer aux travaux de Daniel de Coppet. De fait, la logique de la vengeance meurtrière s’arrête avec le sacrifice par un mercenaire de l’un des membres du groupe meurtrier, membre dont la dépouille est remise au groupe victime contre des perles qui vont arrêter le déchainement de la violence.

[5]Expression attribuée à Max Weber mais très utilisée et reprise dans les travaux du philosophe Marcel Gauchet.

[6]Expression de Georges le Rider dans son ouvrage : « La naissance de la monnaie. Pratiques monétaires de l’Orient ancien », PUF, 2001.

[7]Concernant la nature de l’Etat et son irruption dans la scène humaine on pourra voir : http://www.lacrisedesannees2010.com. En particulier on pourra consulter l’article : « Pour mieux comprendre la crise, déchiffrer l’essence de l’Etat ».

[8]L’électrum est un mélange fabriqué ou parfois naturel d’or et d’argent.

[9] Il existe parfois des traces d’ordre légal ou politique. Ainsi le paragraphe 108 des lois d’Hammourabi (1792-1750 révèle la présence de bureaux des poids, et l’existence de vérificateurs. Nous avons aussi des traces de contrats marchands stipulant que le paiement devait se faire avec du métal marqué d’un sceau.

[10]Expression que l’on doit à François Block Lainé directeur du Trésor après la seconde guerre mondiale.

[11] Sur les premières pièces les symboles pourront encore concerner la religion, voire une nature symbolisée. Plus tard les princes viendront se substituer aux Dieux de manière beaucoup plus directe.

[12] Ce qui était « dokimon » devient alors  «  adokimon ».

[13] Le travail de « cémentation » correspondait au travail de séparation de l’or de l’argent.

[14] Ce fut le cas de la première confédération de Délos qui dans les années 440 va voir la promulgation d’un décret imposant la monnaie athénienne à toutes les cités confédérées avec fermeture des monnayages locaux. Comme si l’Euro était la monnaie d’un Etat que ce dernier impose à tous les autres de l’Union Européenne.

[15]Problématique qui exprimée différemment, en ayant notamment recours au  « Traité de la première invention des monnaies » de Nicolas Oresme, est très bien analysée par André Orléan. Cf. son article : http://www.parisschoolofeconomics.com/orlean-andre/depot/publi/Coppet.pdf

[16] Louis Dumont parlait « d’englobement des contraires » dans ses « Essais sur l’individualisme », Seuil, 1991.

[17] Ce que nous appelons « la loi d’airain des monnaies ». Cf. l’article de Jean Claude Werrebrouck dans le N°34 de Médium, Janvier-février-mars 2013, P 101- 119.

[18] Cf. « Le mercantilisme au XVII ième siècle. Les banques et les billets de monnaie sous la Régence ». Jean Marie Thiveaud , Revue d’économie financière , Vol 50 , 1998 , P 29-53.

[19] Accord insuffisamment démontré avec toute la rigueur attendue. C’est notamment le cas de Hueta de Soto dans son ouvrage : « Dinero, Credito, Bancario y Cyclos Economicos » , Union Editorial , Madrid ,1998.

[20] Dont par exemple celle de Law précédemment évoquée.

[21] Le point de vue ici exprimé est aussi celui du « néo-chartalisme » développé par Knapp en 1924, et plus tard par Lerner dans son article : « La monnaie comme créature de l’Etat ». Pour plus de détails sur le courant néo-chartaliste nous renvoyons  à l’ouvrage publié sous la direction de Pierre Piégay  et Louis-Philippe Rochon : « Théories monétaires post keynésiennes », 2003, Economica.

[22] Bien évidemment de très nombreux débats et réflexions interviendront avant de stabiliser le système politico financier moderne, par exemple la célèbre bataille entre la « currency school » et la « banking school » qui devait se cristalliser dans l’acte de Peel en Grande Bretagne en 1844.

[23] Pour davantage de précisions on pourra consulter Jean Claude Werrebrouck :« Banques centrales, indépendance ou soumission, Un formidable enjeu de société » , Yves Michel , 2012, P. 57-94.

[24]Problème évoqués dans de nombreux articles de « lacrisedesannees2010.com, et en particulier : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-banques-centrales-independantes-condition-necessaire-de-la-mondialisation-115739303.html.

[25] Cela était notamment le cas en France. On pourra lire à ce titre l’article d’André Orléan « les croyances monétaires et le pouvoir des banques centrales » dans l’ouvrage : « Les banques centrales sont-elle légitimes », Albin Michel, 2008, P 17-35.

[26] « The nature of the firm », Economica, 1937.

[27] Cf. le chapitre 9 : «  les banques centrales comme logiciels des états du monde » de « Banques centrales- indépendance ou soumission- Un formidable enjeu de société ; Yves Michel ; 2012.

[28] Nous avons ici le principe  d’explication de l’apparition des méga banques à importance systémique, avec en correspondance le développement d’une oligarchie financière à la source de lobbys puissants. On pourra lire à ce propos l’article de Simon Johnson : «  les banques ingouvernables » dans le Monde du 1/06/2013.

[29]Concernant l’idée d’un décalage entre offre globale mondiale et demande globale mondiale on pourra lire : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-de-say-comme-obstacle-à-la-lecture-de-la-grande-crise-115527906.html

[30] Robert Nozick, dans « Anarchie, Etat et Utopie » PUF, 1988, parle de justice procédurale pour évoquer le résultat d’un jeu social, que ce dernier soit de l’ordre du simple jeu (échecs, football etc.) ou du jeu économique. A ce titre un résultat est réputé juste si les procédures qui y ont conduit, ont à chaque étape respecté les droits de propriété fondamentaux. Dans cette conception, que le résultat d’un contrat de travail entre un employeur et des salariés amène le premier à s’enrichir considérablement, n’est pas injuste si le contrat dans toutes ces clauses respecte les droits fondamentaux, notamment ceux de la liberté contractuelle et si, bien évidemment, ces clauses ont été respectées durant le jeu.

[31] Ce point de vue est, notamment, celui bien analysé par Philippe d’Iribarne dans « la logique de l’honneur » Seuil 1993.

[32] La justice résultat, à l’inverse de la justice procédurale, apprécie le résultat du jeu pour le déclarer juste ou injuste en fonction d’une simple opinion de justice. La justice résultat n’intervient en général pas dans les jeux traditionnels (Echecs, football, etc.) où seule compte une justice procédurale (les règles du jeu ont-elles été respectées ?) mais elle intervient massivement dans le jeu de l’économie et se trouve être à la base des politiques dites de redistribution.

[33] Ces auteurs sont rassemblés dans ce qu’on a appelé l’école de Fribourg qui a connu ses moments de gloire entre les deux guerres mondiales et plus encore après la seconde pour engendrer ce qu’on a appelé « l’économie sociale de marché ».Mais on peut aussi penser que les prémices de cette pensée se trouvent déjà dans l’œuvre de Friedrich List, en particulier son « système national d’économie politique » qu’il publie en 1841, (Gallimard 1998 pour la dernière édition française).

[34][34] Les développements qui suivent s’inspirent partiellement de l’article d’Eric Dehay :  «  La justification ordo libérale de l’indépendance des banques centrales », Revue Française d’Economie, Vol 10, N°1 1995, P 27-53.

[35] Cf. notamment l’ouvrage majeur de Hayek : « Droit, Législation et Liberté » PUF, 1985, et particulièrement le tome I où l’auteur développe sa grande distinction entre les ordres spontanés (plutôt le monde anglo-saxon) et les ordres organisés (plutôt l’ordre français). Soulignons qu’il y a eu de nombreux contacts entre les ordo- libéraux allemands et la «  Société du Mont Pèlerin » fondée par Hayek après la seconde guerre mondiale.

[36] On pourra ici s’intéresser à des textes dans http://www.lacrisedesannees2010.com, tels que : « Le monde tel qu’il est » (texte du 4 juillet 2011), ou « Pour mieux comprendre la crise : déchiffrer l’essence de l’Etat » (texte du 16 février 2010).

[37] Bien évidemment toujours traumatisés par l’hyperinflation de 1922-1923 les  allemands font encore le lien entre indépendance et fin de la planche à billets, ce qui pourtant est largement contesté par l’histoire y compris l’histoire allemande.

[38]Paradigme que dénonce le sociologue allemand Ulrich Beck dans son essai : « Non à l’Europe allemande » , Autrement, 2013. Dans ce bref ouvrage, (144 pages), il invite ses compatriotes à ne pas se prendre pour des français et de cesser de croire à l’universalité des valeurs germaniques.

[39]Notamment sous l’égide d’un Milton Friedman qui pourtant était opposé à l’indépendance des banques centrales.

[40] Il en est de même pour le japon dont nous n’avons pas ici présenté le paradigme culturel, mais qui ne sanctuarise pas sa monnaie, ainsi qu’on le constate depuis le début de l’année 2013 avec un programme de doublement de la masse monétaire.

[41] Le programme de rachat de dette publique par la Réserve fédérale se monte à 1000 Milliards de dollars pour la seule année 2013.

[42]Notamment avec les dispositifs LTRO, OMT, ELA et surtout des taux proches de zéro qui finissent par peser sur la rente financière.

[43]Notamment avec le MES et demain avec l’union bancaire.

[44]« Visions franco-allemandes » N° 16, IFRI, 2010. La plupart des simulations font état de résultats saisissants. Ainsi il est aujourd’hui admis que les hommes appartenant aux cohortes nées au début des années 60 bénéficieront – malgré la progression des salaires (cotisés) à long terme  - au moment de leur passage à la retraite au cours de la décennie 2020-2030, d’une revenu net ( pension « Riester » comprise, pour ceux qui en disposent) inférieur de plus de 10% de celui perçu par les retraités partis en retraite au début des années 2000. C’est dire qu’en Allemagne la baisse des revenus  en euros courants est aujourd’hui programmée.

[45]Transferts évalués par Jacques Sapir à environ dix points de PIB/an pendant 10 ans.

[46] Il s’agit de la retraite complémentaire par capitalisation instaurée par le Ministre Rieste en 2004. Ce complément représente aujourd’hui moins de 30% du volume des retraites. On peut évidemment débattre des conséquences d’une sortie de l’Allemagne sur sa dette publique et les taux qui lui sont associés, matières premières de nombre de produits financiers que l’on trouve dans les fonds de pension. Il est toutefois difficile d’y apporter un éclairage clair et incontestable.

[47] Puissance très appuyée par le syndicat de la Fédération des industriels allemands ( BDI) ou celui de la Fédération du commerce extérieur allemand, et puissance très écoutée du ministère allemand de l’économie.

[48] La population des 20-60 ans va passer de 45,48 à 43, 3 millions entre 2010 et 2020 et ce compte- tenu d’un solde migratoire net estimé à 200000 individus/an. De ce point de vue l’exceptionnel solde migratoire de 369000 personnes en 2012 est une bonne nouvelle…compensée par des informations catastrophiques résultant du recensement de 2011.Ajoutons que le Japon , et son industrie, se trouvent dans la même situation avec une réponse toutefois différente, les salariés des lignes d’assemblage sont maintenant de plus en plus remplacés par des humanoïdes alors que l’industrie allemande continue de délocaliser.

[49] A cet intérêt commun entre le groupe des retraités et le lobby exportateur il faut ajouter le risque majeur provoqué par les balances « TARGET2 », lesquelles correspondent à des stocks croissants de créances douteuses sur les pays du sud et créances détenues par la Bundesbank. TARGET2 dépasse le champ de la présente étude et on pourra se reporter sur l’article de Pierre Jean Raugel sur le sujet : http://www.latribune.fr/getFile.php?ID=6914910

[50] Il ne saurait évidemment être question de financer le budget courant par de la création monétaire…comme cela se fait aujourd’hui lorsque les banques créent de la monnaie pour acheter de la dette publique.

[51] On trouvera davantage de détails dans : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-pour-une-revolution-du-systeme-monetaire-101497488.html.

[52] Cf. l’article : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-de-say-comme-obstacle-a-la-lecture-de-la-grande-crise-115527906.html.

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 09:00

 

     Pour le bon suivi du texte qui suit  , le lecteur est invité à lire un billet précedent du blog: " Indépendance des banques centrales et paradigmes culturels". 

 

 

La fin du siècle dernier, qui voit le grand mouvement d’indépendance des banques centrales, correspond de fait à la victoire du paradigme culturel allemand, paradigme qui ne correspond pas exactement, ni au paradigme anglo-saxon ni au paradigme français. Et la gestion de la présente grande crise a pour effet très visible de faire réapparaitre, au-delà de la fiction d’une norme devenue mondiale, les différences culturelles concernant la façon de concevoir la liberté.

 

La contestation planétaire du paradigme allemand de banque centrale

 

C’est le monétarisme américain qui a aidé l’ordo libéralisme allemand à dessiner les contours des banques centrales du monde à la fin du siècle dernier. Et, à l’époque, la grande peur de l’inflation a fait des Etats les grands boucs émissaires. Dans ce vaste mouvement, les différences culturelles fondamentales furent oubliées. La grande crise les fait réapparaitre et cette fois probablement au détriment de l’Allemagne qui devra choisir entre la fin de son ordo libéralisme et sa sortie de la zone euro.

Les banques centrales anglo-saxonnes, au beau milieu de la grande crise, ne sont pas soumises à la normativité ordo libérale. Liberté, propriété et marché ne connaissent pas de limite venant les surplomber. Que le marché dans son fonctionnement débouche sur des situations de monopole et de rente ne gêne que si des droits fondamentaux ne sont pas respectés. Sans doute la hausse des prix est-elle une variable importante, mais la monnaie n’est en aucune façon sanctuarisable. Et comme le tout marché l’emporte dans la genèse du ciment social, la vraie contrainte est davantage un niveau d’emploi compatible avec la cohérence sociale. Les gestionnaires de la banque centrale américaine ne peuvent ainsi se couvrir des habits de l’ordo- libéralisme et doivent ajouter une dimension croissance et emploi à leur feuille de route. L’intérêt général se ramenant pour l’essentiel au « rêve américain », la création monétaire massive n’est pas rejetée si elle a pour vertu de maintenir le rêve. Ajoutons que, s’agissant des USA, aucune contrainte monétaire extérieure ne s’impose, ce qui signifie une grande liberté dans la création de monnaie. Liberté aujourd’hui complètement assumée pour tenter d’éteindre l’incendie de la crise.

 

La banque centrale française est bien évidemment plongée dans le système européen de banques centrales et, de ce point de vue, l’Etat qui lui correspond, sera de plus en plus tenté de cesser l’aventure ordo libérale. Les rentiers ont massivement profité de ce qu’on a appelé la fin de la « répression financière », mais, parce que dans la tradition française la liberté ne se réduit pas à la propriété et au marché, c’est dans ce dernier pays que la rente financière prend les risques les plus importants, d’où l’attachement considérable des milieux qui en profitent à ce qu’on appelle le « couple franco-allemand ». La banque de France, devenue objet étranger dans son propre pays, sera de plus en plus soumise à de très fortes contraintes impulsées par la crise et la tradition culturelle française.

 

Mais l’Allemagne elle-même, sera contrariée dans sa tradition culturelle. Déjà le comportement de la BCE n’est plus en accord avec la grande tradition ordo-libérale[37]. Alors que, naguère, la banque centrale, qu’elle soit européenne ou simplement allemande, se devait d’être l’équivalent d’une cour suprême ou un conseil constitutionnel veillant à la sanctuarisation de la monnaie - exactement comme le principe d’indépendance de la justice et de respect du droit -  la BCE est devenue dépendante d’intérêts privés et publics : le système bancaire européen devenu massivement insolvable, qu’il faut aider, et les Etats européens eux-aussi insolvables et qu’il faut, au moins de manière détournée, aussi aider.

C’est dire que l’impérium allemand s’est réduit au strict territoire national, territoire lui-même contesté puisqu’il a bien fallu au travers de péripéties fort multiples en arriver à ce que le contribuable allemand soit sollicité pour financer, banques et Etats européens impécunieux[38]. La seule résistance de l’ordo libéralisme traditionnel n’étant que celle offerte par la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe.

 Assez probablement, les racines culturelles allemandes, très gravement perturbées par la crise de l’euro et en même temps solidement confirmées par l’histoire récente du pays inviterons ce dernier à quitter la zone euro. Départ qui, dans un contexte de crise mondiale, favorisera la fin de l’idéologie de l’indépendance des banques centrales.

 

L’avenir ou la possible fin de l’indépendance des banques centrales

 

Une partie de cet avenir est probablement dicté par la naissance en Allemagne d’un fort intérêt commun entre l’immense et croissante cohorte des retraités, d’une part, et le lobby des industriels eux même fortement exportateurs, d’autre part. Cet intérêt commun en formation passera par la probable décision  allemande de quitter la zone euro devenue potentiellement ruineuse des intérêts nationaux. Proposition qu’il convient d’expliciter.

S’agissant de la cohorte des retraités, celle-ci est gravement contrainte par une falaise démographique de très grande ampleur et à nulle autre pareille dans la zone euro. Les retraites par répartition qui constituent 65% des revenus du groupe considéré sont calculées à partir d’un système de points incluant le paramètre démographique, c’est-à-dire la proportion des actifs dans la population totale. La valeur du point diminue régulièrement avec le gonflement de la pyramide des âges aux  tranches les plus élevées, et son amincissement pour les tranches les plus basses. Ce dispositif règlementaire introduit un auto équilibrage entre prestations et cotisations, mais développe une tendance très lourde à la diminution des pensions qui, elles- mêmes, ne sont en aucune façon indexées sur les prix. Comme le précise un rapport de L’IFRI, si démographiquement la France vieillit, l’Allemagne se fossilise.[39]

Cette situation démographique historiquement exceptionnelle est peu compatible avec une crise de l’euro  générant elle- même le souhait d’une intégration européenne plus complète. Les retraités allemands ne peuvent accepter d’alourdir leur Etat d’une fiscalité européenne nourrissant les transferts dont les pays du sud ont besoin[40]. Ces mêmes retraités, déjà assurés d’une perte de revenu en raison de la falaise démographique et ne bénéficiant d’aucune indexation de revenu sur les prix courants, ne peuvent non plus accepter les risques réels ou supposés d’une inflation européenne alimentée par le laxisme de la BCE. Cela signifie que dans ce contexte démographique historique, les retraités allemands doivent plutôt logiquement préférer le départ de l’Allemagne, et le rétablissement de la monnaie nationale. La montée du taux de change qui en résulterait, dans l’hypothèse d’une neutralité de ses effets sur la « Riester rente »[41], garantirait au moins la stabilité des prix voire même une baisse limitant la baisse du pouvoir d’achat de leurs revenus.

 

S’agissant maintenant du lobby des exportateurs, les avantages procurés par l’euro sont aujourd’hui grandement absorbés, et les coûts pourraient maintenant se développer. Certes l’euro a procuré et procure encore un taux de change favorable aux exportateurs, et ce en raison des problèmes du sud de l’Europe. Toutefois, après avoir considérablement bénéficié de l’impossible dévaluation des  partenaires de la zone, le lobby exportateur désormais gêné par la crise européenne, s’est considérablement redéployé vers les pays émergents. La quasi stabilité de l’excédent commercial depuis 5 ans ( environ 190 milliards d’euros) masque une réorientation spectaculaire des ventes vers les marchés extra-européens. Cet excédent qui était aux deux tiers alimenté par l’union européenne en 2007, est aujourd’hui généré aux  trois quarts en dehors. Depuis le début de la crise, l’excédent allemand sur l’union européenne a diminué de prés de 80 milliards d’euros, et a progressé de plus de 70 milliards hors zone euro. Le lobby exportateur a construit ou consolidé sa force compétitive au cours des premières années de vie de l’euro. Désormais massivement consolidée, y compris dans sa dimension hors coût, il l’utilise dans sa conquête des marchés émergents.

L’intérêt du groupe des exportateurs aujourd’hui très puissant[42], est beaucoup moins lié à l’euro qu’il ne l’était au début des années 2000.  Pour ce groupe, comme pour l’immense cohorte des retraités, le danger du passage au fédéralisme européen est  fait de nouveaux prélèvements publics obligatoires. Par contre, la fin de l’euro, a priori défavorable, serait néanmoins compensée par le recours accru au made « by Germany », lui-même résultant d’un nouveau taux de change favorable. Parce que l’Allemagne devient une base d’exportation, elle pourrait en quittant la zone, mieux se servir de sa plateforme européenne en consommations intermédiaires plus compétitives résultant de taux de change très favorables. Il existe une seconde raison à la consolidation d’une plateforme européenne permettant aux industriels de mieux asseoir leur  compétitivité vis-à-vis des marchés émergents : il s’agit là encore de la falaise démographique qui diminue déjà, depuis plusieurs années, l’importance de la population active sur le territoire allemand[43].   Le groupe des exportateurs voit ainsi son intérêt  rejoindre celui des retraités. Moment historique assez exceptionnel où les intérêts de la rente et ceux de l’industrie se rejoignent.

Ce scénario assez probable de sortie de l’Allemagne est simultanément confirmation et contestation du modèle de banque centrale indépendante.

Confirmation de l’ordo-libéralisme pour l’Allemagne qui restaurera son paradigme culturel menacé. Mais aussi contestation au moins pour l’ensemble des banques centrales européennes, qui soit de façon harmonisée, soit en mode panique, n’auront plus à respecter des textes voire des institutions devenues obsolètes. Le coût du changement de la règle va devenir politiquement léger car l’indépendance des banques centrales va devenir un handicap majeur dans la gestion de la crise. Ainsi l’ensemble des banques centrales européennes libérées du joug de la règle allemande, va immédiatement rejoindre le groupe mondialisé des banques centrales qui ont décidé de donner de l’avenir à ce qu’on ne pourra plus appeler « mesures non conventionnelles ».Il en résultera bien sûr une aggravation de la guerre des monnaies avec rétablissement de la verticalité, puisque les Etats eux-mêmes auront à gérer cette guerre des monnaies.

Il est bien difficile de préciser les contours de banques centrales qui continueront à se déclarer, et être déclarées indépendantes, tout en n’y étant plus.

Ce qui est toutefois assuré, c’est que la guerre des monnaies étant la repolitisation des taux de change, La politique monétaire cessera, d’une façon ou d’une autre, d’être privatisée au service des banques. En la matière, la solution la plus hardie, et qui serait probablement la meilleure pour éviter que l’abondance de liquidités débouche sur de nouvelles bulles, serait un accord international visant l’interdiction des réserves fractionnaires, et le rétablissement complet de la souveraineté monétaire. Cela signifierait la création monétaire par les banques centrales sur ordre des Etats correspondants.

Le dispositif pourrait en être le suivant :

 Le parlement vote chaque année le volume de monnaie supplémentaire, monnaie légale venant abonder le compte du Trésor.

Le mode marché de gestion de la dette publique disparaissant, la monnaie légale créée est partagée en deux blocs : une partie vient financer à taux zéro les investissements publics[44], tandis que l’autre partie est vendue aux enchères au système bancaire. Les Etats n’ont ainsi plus à payer la rareté monétaire, mais au contraire à en bénéficier sous la forme d’un intérêt payé par le système bancaire.

Le crédit à l’économie réelle privée, est ainsi assuré par les banques acheteuse de monnaie centrale distribuée par l’Etat, et l’épargne privée. Bien évidemment, la nouvelle banque centrale reste responsable du bon fonctionnement du système bancaire et intervient sur le marché des changes, pour maintenir des taux redevenus fixes et renégociés périodiquement entre les Etats, aux seules fin de maintenir des comptes courants équilibrés. On pourrait bien sûr présenter la nouvelle architecture d’un système politico-financier entièrement nouveau, celle-ci dépassant toutefois le cadre d’un article uniquement consacré aux banques centrales[45].

Pour terminer ce « regard sur les banques centrales » il faut préciser que cet avenir assez probable de changement de règle du jeu, est aussi le début d’une solution à la grande crise planétaire qui reste fondamentalement une demande globale mondiale insuffisante au regard de l’offre globale mondiale correspondante. Le développement gigantesque du système  financier n’étant intervenu que pour gommer artificiellement cet écart. Dettes privées et dettes publiques furent ainsi les bienvenues  pour gonfler une demande inadaptée, et la hisser à un niveau suffisant pour assurer l’écoulement d’une offre plus importante[46]. La fin de l’indépendance des banques centrales sera aussi le rétablissement du pouvoir des Etats invités à reconstruire une toute autre mondialisation.

 

 

 

 

 

 

 

 



 

[37]Notamment avec les dispositifs LTRO, OMT, ELA et surtout des taux proches de zéro qui finissent par peser sur la rente financière.

[38]Notamment avec le MES et demain avec l’union bancaire.

[39]« Visions franco-allemandes » N° 16 ; IFRI ; 2010. La plupart des simulations font état de résultats saisissants. Ainsi il est aujourd’hui admis que les hommes appartenant aux cohortes nées au début des années 60 bénéficieront – malgré la progression des salaires (cotisés) à long terme  - au moment de leur passage à la retraite au cours de la décennie 2020-2030, d’une revenu net ( pension « Riester » comprise, pour ceux qui en disposent) inférieur de plus de 10% de celui perçu par les retraités partis en retraite au début des années 2000. C’est dire qu’en Allemagne la baisse des revenus  en euros courants est aujourd’hui programmée.

[40] Transferts évalués par Jacques Sapir à environ dix points de PIB/an pendant 10 ans.

[41] Il s’agit de la retraite complémentaire par capitalisation instaurée par le Ministre Rieste en 2004. Ce complément représente aujourd’hui moins de 30% du volume des retraites. On peut évidemment débattre des conséquences d’une sortie de l’Allemagne sur sa dette publique et les taux qui lui sont associés, matières premières de nombre de produits financiers que l’on trouve dans les fonds de pension. Il est toutefois difficile d’y apporter un éclairage clair et incontestable.

[42] Puissance très appuyée par le syndicat de la Fédération des industriels allemands ( BDI) ou celui de la Fédération du commerce extérieur allemand, et puissance très écoutée du ministère allemand de l’économie.

[43] La population des 20-60 ans va passer de 45,48 à 43, 3 millions entre 2010 et 2020 et ce compte tenu d’un solde migratoire net estimé à 200000 individus/an. De ce point de vue l’exceptionnel solde migratoire de 369000 personnes en 2012 est une bonne nouvelle. Ajoutons que le Japon , et son industrie, se trouvent dans la même situation avec une réponse toutefois différente, les salariés des lignes d’assemblages sont maintenant de plus en plus remplacés par des humanoïdes.

[44] Il ne saurait évidemment être question de financer le budget courant par de la création monétaire…comme cela se fait aujourd’hui lorsque les banques créent de la monnaie pour acheter de la dette publique.

[45] On trouvera davantage de détails dans : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-pour-une-revolution-du-systeme-monetaire-101497488.html.

[46] Cf l’article : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-de-say-comme-obstacle-a-la-lecture-de-la-grande-crise-115527906.html.

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 08:46

                                 

 

Le présent texte propose une explication du mouvement historique des banques centrales. Pourquoi il fallait les créer ? Pourquoi plus tard il fallait assurer leur indépendance ?  Pourquoi cette indépendance sera fondamentalement mise en cause dans le futur ? Cette explication reposera au préalable sur une analyse du couple Monnaie/Etat, couple dont la dynamique est véritablement porteuse de celle des banques centrales.

 

La monnaie… avant la monnaie et avant l’Etat.

 

Il est probable que l’histoire de la monnaie se ramène à celle d’une longue entropie. Née dans la chaleur des communautés holistiques, elle se dégrade lentement depuis l’apparition des Etats pour ne plus exprimer que les seuls liens entre des individus, des liens dont la force serait suffisante pour ne plus exiger la présence d’un souverain. L’Euro, monnaie sans maitre, serait ainsi la forme la plus avancée de cette lente dégradation.

La monnaie primitive n’est pas la monnaie locale d’aujourd’hui et les liens qui s’y expriment ne sont pas librement choisis comme ils le sont dans cette dernière , liberté de choix qui en fait une sorte de « bien de club ». Ainsi Daniel de Coppet[1] nous explique longuement qu’à l’instar de ce qu’avait découvert Malinovski  chez les Trobriandais, la monnaie primitive est chargée d’essence spirituelle. Sa circulation permet « au tout » de fonctionner en reliant les hommes entre eux, qu’ils soient vivants ou morts mais aussi en les reliant à tous les ordres du monde, celui de la terre, de l’eau mais aussi du ciel.

Une première forme de dégradation pourrait  correspondre au « paiement du sacrifice » qui ne correspond plus à l’échange traditionnel de dons. Dans le monde primitif, le maintien du crédit des dieux exige la violence sacrificielle, laquelle sera suivie du paiement du sacrificateur, et paiement qui n’est plus suivi de réciprocité à l’instar de l’échange marchand moderne[2]. Une autre forme très comparable est le « paiement du neuf » qui met fin à la violence meurtrière entre groupes pris dans la logique infernale de la vengeance réciproque[3].

Paiement du sacrificateur ou du « neuf », vont dans le même sens, et mettent fin à un système de relations, exactement comme dans les monnaies modernes. Le paiement est –comme aujourd’hui – ce qui met fin à l’engagement et à toute obligation de réciprocité.

Il existe aussi un lien entre sacrificateur travaillant pour le crédit des dieux ou le rétablissement de la paix et mercenaires qui plus tard seront payés par l’Etat. Dans les sociétés primitives, le paiement du sacrificateur (mercenaire) est le fait de la communauté et ne concerne que quelques personnes. Plus tard l’Etat constitué, prenant la forme du souverain, assurera le paiement du service de la guerre à un nombre considérable de mercenaires, paiement avec ce qui sera bien davantage – nous le verrons –  de la monnaie moderne.

 

Un couple potentiel mais encore bien séparé : le stade de la monnaie anonyme.

 

Un certain « désenchantement du monde »[4]interviendra avec les premières civilisations qui introduiront souvent les tyrans et la problématique de l’Etat.

Si les sociétés primitives permettent de parler de paléo monnaies, les premières civilisations permettent, bizarrement, de parler de « monnaies anonymes »[5]. Dans ce type de monde l’endettement envers les dieux s’est scindé  et  s’est partiellement muté en endettement envers les princes, ce qui fait naitre le politique et l’Etat, et ce qui transforme, au moins partiellement le sacrifice en impôt envers lui.[6] Tout au moins, s’agissant de l’Orient ancien (entre 2500 et 539 AJC), il existe déjà un échange marchand avec des monnaies qui sont  davantage que des monnaies locales, car leur espace de circulation est probablement plus vaste, et sont assez probablement réserves de valeur. Mais ces monnaies sont aussi moins  que des monnaies locales, en raison de leur caractère beaucoup plus anonyme. Ces monnaies sont en effet composites et faites de métaux divers : or, argent, électrum[7], cuivre, bronze, étain, etc. Mais surtout ce qui est échangé, est souvent des morceaux découpés de métal, et ce sans trace d’une autorité quelconque, et par ailleurs sans trace visible d’une émission organisée. Cela signifie probablement que l’émission était plurielle, au moins au tout début de la période considérée.[8] Donc à priori peu ou pas de traces d’un ordre transcendant divin ou politique imprimant à ces monnaies la matérialisation d’une totalité sociale.

Ce fait, confirmé par toute l’école historique française est assez intrigant lorsque l’on connait la suite de la glorieuse aventure du couple monnaie Etat. Comme si l’Etat en formation, avec ces premiers représentants, n’avait pas immédiatement pris conscience de tout l’intérêt qu’il y avait à lier son destin à celui de la monnaie. Si l’on tente toutefois de se situer dans les conditions de l’époque, il n’était probablement pas évident de prendre conscience que le contrôle d’un outil qui n’est pas encore construit pouvait être un apport décisif dans la consolidation de l’Etat.

Pour autant ces monnaies anonymes vont progressivement se transformer et concourir grandement à l’affermissement du phénomène étatique. Parce que les monnaies anonymes sont  réserve de valeur, elles deviennent particulièrement attrayantes pour les pouvoirs dont la reproduction et la survie sont consommatrices d’un objet réserve de valeur. Les guerres entre Etats en formation sont assez naturellement productrices et consommatrices de monnaies anonymes : il faut financer des armées avec d’autres moyens que des monnaies locales ou paléo monnaies, accaparer des richesses dont la liquidité est la plus grande possible, se préparer – en cas de défaite – à payer sous la forme acceptée par le vainqueur. Tout concours par conséquent à l’élection progressive de la monnaie anonyme comme objet de pouvoir, objet politique qui est aussi pourtant un objet économique.

 

Fondation du couple monnaie/ Etat et émergence des paléo banques centrales.

 

Fonction réserve de valeur  et parfaite liquidité progressent encore  si l’Etat en formation impose le règlement de tout ou partie des créances qu’il s’octroie- par la violence de son système fiscal- dans la monnaie de son choix. Nous ne sommes plus très loin du cours légal qui va permettre « le circuit du Trésor »[9], c’est-à-dire un système qui va assurer la solvabilité des Etats en formation.

La monnaie anonyme devient ainsi potentiellement monnaie souveraine, qualité qu’elle va acquérir lorsque les princes inscriront sur des rondelles appelées pièces de monnaie des symboles confirmant leur pouvoir politique. Ce sera le cas de Cyrus et de Darius, rois de Lydie au 6ième siècle AJC.[10]

La monnaie souveraine moderne exprime ainsi une forme de dégradation de la monnaie. Beaucoup moins holistique que celle de  l’univers ‘Aré’aré, communauté étudiée par Daniel de Coppet, elle est néanmoins fondamentalement hiérarchique et devient manipulable pour celui qui la contrôle.

La monnaie moderne continuera à exprimer le tout de la société, mais le réseau qu’elle va constituer et que l’économiste peut ne lire que sous l’angle du monopole naturel, relève surtout de l’affirmation du pouvoir du prince, pouvoir qui s’exprime dans un espace géographique délimité par des frontières. Le réseau, espace sensé minimiser les coûts de transaction, est politiquement défini et s’arrête aux frontières politiques. Et ce n’est pas pour la fluidité des transactions que l’on crée le réseau, mais au contraire pour assurer une meilleure emprise politique sur un espace que l’on aura délimité, espace lui-même modifié par le résultat des guerres avec des souverains voisins. Frontières monétaires et frontières politiques vont ainsi largement se recouper.

Les Etats en formation se consolident en devenant aussi les premiers banquiers centraux. Si le métal frappé est richesse, alors il faudra le fabriquer, ce qui suppose le contrôle de mines de métal et le travail du minerai jusqu’à l’atelier de production des pièces. Mines et Hôtels des monnaies deviennent ainsi les premières banques centrales, des institutions qui ne sont pas séparés du politique et du Trésor correspondant. C’est que le contrôle de la production et de la circulation monétaire apporte un surplus de capacité prédatrice gigantesque pour le politique qui jusqu’ici se contentait de ses créances au regard d’une population souvent esclave, ou de prélèvements en nature sur les activités domestiques. L’édification de la monnaie moderne est donc aussi consolidation d’un Etat dans les premiers âges de son histoire. Et ces premières banques centrales que sont les organes du contrôle monétaires ne connaissent pas de division du travail, la monnaie (« nomisma ») est affaire de droit et de loi (« nomos ») laquelle va donner ou retirer la dénomination  de l’étalon et le « dokimon » c’est-à-dire le cours légal. Il sera alors plus ou moins aisé de changer la loi[11] et de gagner au change entre ancienne et nouvelle monnaie, ce que verra rapidement le tyran Hipias, fils de Pisistrate. Il sera aussi facile de jouer sur « l’Aloi » c’est-à-dire les contenus métalliques, de jouer sur le poids, sur le titre, mais aussi sur la composition du cocktail de métal de l’électrum, monnaie justement choisie en raison de la difficulté technique à déterminer le contenu métallique.[12] Bien évidemment la frappe elle- même est sujette à prélèvement, taxes de brassage et plus tard de seigneuriage sont les outils classiques de prélèvement, outils auxquels viendront s’ajouter des taxes de change sur les marchands qui s’adonnent à des activités « internationales ».

Le holisme institutionnel, qui fait que l’espace monétaire et l’espace juridique sont juxtaposés, sait toutefois être libéral, et les Etats conquérants peuvent laisser chez les peuples conquis les anciennes monnaies, ce qui entrainait l’émergence d’espaces pluri monétaires souvent hiérarchisés. Les avantages étaient évidemment politiques, les conquis conservant une certaine dose d’autonomie et le sentiment de n’avoir pas trop perdu. Assez rares furent les tentatives d’union monétaire et nous ne savons que fort peu de choses sur leur concrétisation.[13]

L’ordre monétaire est un ordre politique, fondamentalement hiérarchique, et donc constitutif d’une réalité sociale communautaire. Simplement, il faut rappeler que cette monnaie moderne qui fait son irruption au moyen orient et en Chine à peu près à la même époque est déjà une monnaie dégradée. Dégradée parce que les princes vont la manipuler, mais aussi parce que ces mêmes princes sont déjà dans une situation de perte de monopole lorsqu’ils ne frappent plus « leur métal », mais celui dont ils ne sont plus les propriétaires : des marchands propriétaires de lingots peuvent les transformer en pièces dans les hôtels des monnaie, voire leurs propres banques . Parce qu’il existe dans les interstices de la société un ordre marchand plus égalitaire, les princes qui continuent à poser leur marque sur le métal réaffirment l’unité d’une communauté, mais une communauté qui cherche aussi à affaisser l’ordre hiérarchique.

 Les Etats voient dans la hiérarchie en particulier monétaire la perennisation  de leurs « créances » sur l’ensemble humain qui leur est soumis. Les sujets les plus utilisateurs de monnaie, c’est-à-dire les marchands ou les banquiers, ne voient dans cette hiérarchie qu’une contrainte pratique permettant la circulation des marchandises. Pour les deux partenaires la hiérarchie monétaire est un moyen mais la fin est autre, les uns- les Etats- visent un monde vertical ; les autres, les marchands sont en quête d’horizontalité[14].

C’est cette conjonction des contraires[15] qui va marquer le dé enchâssement des banques centrales primitives et leur progressive autonomie, voire indépendance.

 

Querelles de couple et émergence des pré banques centrales.

 

Une nouvelle dégradation de la monnaie résultera beaucoup plus tard de l’irruption de nouvelles formes monétaires en particulier la monnaie fiduciaire émise librement par les banques.

La monnaie moderne métallique doit se multiplier pour assurer  la puissance des princes, mais aussi celle des marchands soucieux de faire progresser les volumes échangés de marchandises. L’abondance monétaire est donc nécessaire…..mais souvent contrariée en raison de sa fonction réserve de valeur. C’est que la monnaie qui doit circuler doit aussi être thésaurisée[16] à des fins d’épargne. Sans banques centrales primitives chargées de nouvelles mines de métal, ou ne pouvant dépasser les limites socialement tolérées de la dilution – l’ancêtre de la planche à billets- Etats et marchands sont bloqués dans leur ascension. Ascension du pouvoir politique d’un côté, ascension du pouvoir économique de l’autre.

En la matière les banquiers éloignés du pouvoir ont mieux réussi que les Etats qui vont souvent se heurter au mur de la dette publique  et à ses tentatives catastrophiques de contournement par ces nouveaux moyens de dilution que fut le papier.

L’un de ces contournements est la création de substituts de mines de métal ou de pré banques centrales dont le modèle fut peut – être le système de Law dans la France de la régence. Quand la Banque générale, fondée en 1715, devient nationalisée pour devenir Banque Royale titulaire de privilèges considérables, et qu’elle se met à émettre massivement des billets d’Etat pour payer les créanciers de la monarchie, elle devient de fait un institut d’émission, un prêteur en dernier ressort. Curieusement cet institut d’émission qui permet de régler les dettes et que le Trésor accepte en paiement des créances pour maintenir son « circuit » se trouve fortement contesté par les banquiers privés qui voient dans cette institution une concurrence inacceptable pour leur débutante et encore timide  émission monétaire.[17]

C’est que pour de nombreux banquiers, la marche vers l’horizontalité et l’indépendance vis-à-vis des Etats passe  par l’émission monétaire privée. Commencée avec l’invention au moyen –âge de la lettre de change, elle se poursuit dans les banques de « villes –Etats » comme Venise et plus tard dans celles de l’Europe du Nord dans le cadre de ce qui est déjà un système à réserves fractionnaires.

Une question difficile est celle du passage à ce dernier système alors même que dans la tradition, et ce depuis la fondation des Etats, le principe du 100% de réserves était scrupuleusement respecté, et surtout imposé dans le « corpus juris civilis ». Les ultra-libéraux traitent rapidement cette question en postulant que les réserves fractionnaires se sont imposées sur la base d’un accord mutuellement avantageux entre Etats et banquiers. les seconds devenant l’équivalent des vieux Etats capables eux aussi d’émettre de la monnaie et de bénéficier d’un seigneuriage qui sera tout simplement le taux de l’intérêt, toujours interdit, mais de fait de plus en plus toléré. Et les Etats seraient  eux aussi gagnants, car en concédant ou partageant leur privilège de battre monnaie, ils seraient payés de retour par  l’achat par les  banquiers de dette publique à partir des dépôts bancaires. [18]

Il est difficile de trouver dans l’histoire les traces d’un tel accord, mais il est toutefois exact qu’une collaboration va se créer entre les tenants de la verticalité (le politique) et ceux qui recherchent l’horizontalité (la finance).

 

Cohabitation raisonnable et naissance de la Banque centrale moderne

 

La loi d’airain de la monnaie continuant de sévir en raison du développement du capitalisme, il viendra immanquablement un temps où les Etats et les banquiers chercheront à renouveler sur une base élargie l’accord antérieur.

Les émissions monétaires privées doivent  revenir sur un principe de centralité et les Etats ont intérêt à définir eux même la dénomination et le cours légal d’une monnaie dont ils acceptent l’utilisation au titre du règlement de leurs créances, notamment fiscales. Ils ont aussi intérêt, sans doute après de nombreuses expériences malheureuses,[19] à émettre de la monnaie au même titre que les banquiers. Ils ont même intérêt à donner un monopole d’émission à une structure qu’ils peuvent créer, et bénéficier directement d’une part de marché croissante dans la création monétaire. C’est ce que fera Bonaparte avec la création de la Banque de France dont il sera lui-même actionnaire, et à laquelle il donnera un monopole régional d’émission de billets. Un tel monopole permettrait aux Etats de retrouver l’abondance financière, et cette fois de façon quasi illimitée.

 

Mais, simultanément, les banquiers engagés dans le système des réserves fractionnaires, ont intérêt à fixer un point d’ancrage solide à leurs activités de création non planifiée et donc possiblement désordonnées. En particulier, avec le développement du capitalisme, doit se développer un nécessaire marché du crédit inter bancaire, non dépourvu de risques au cas où une banque en viendrait en raison d’émissions excessives à faire faillite. Bref, il  faudrait mettre en place un système assurantiel. Système assurantiel en monnaie légale, que les Etats peuvent fournir par le biais de l’institut d’émission qu’eux-mêmes  souhaitent mettre en place.

La banque centrale moderne couplée à la monnaie non métallique moderne doit logiquement voir le jour. Ce sera chose faite entre la fin du XVII siècle et le vingtième[20].

 

Il s’agit d’un compromis entre verticalité (les Etats) et horizontalité (les banquiers).

En étendant le monopole de l’émission étatique – la monnaie légale- sur l’ensemble du territoire du souverain, et en acceptant la transformation de la monnaie de banque en monnaie légale, les Etats se donnent les moyens d’un circuit du Trésor bien alimenté par ce qui va aussi devenir la possible planche à billets. En retour, la Banque jouissant du monopole de l’émission de monnaie légale, garantit la bonne circulation et la bonne transformation de toutes les monnaies de banques entre elles, et de toutes les monnaies de banques en monnaie légale. La banque ainsi appelée Banque centrale sert  de point d’appui à une possible double émission monétaire : le système des réserves fractionnaires et son fameux multiplicateur du crédit d’une part, et l’émission de monnaie légale au profit du Trésor d’autre part. Il s’agit bien d’un accord mutuellement avantageux. Les banquiers peuvent potentiellement  augmenter considérablement leurs profits en bénéficiant d’effets de levier que l’on ne trouvera dans aucune autre branche d’activité. En retour les Etats sont beaucoup moins contraints par la question de la dette et ne limitent la planche à billets, que sous la pression de  la possible baisse de la valeur externe de la monnaie souveraine.

 

Le compromis entre horizontalité et verticalité pourra se lire jusque dans le fonctionnement concret des Banques centrales, lequel va souvent apparaitre comme mi privé mi public alors même que le statut juridique est soit, au choix pourrions-nous dire, complètement privé  – cas américain par exemple- ou complètement public – cas français. De fait il s’agira toujours d’une collaboration. Alors que la Banque centrale dispose de prérogatives de puissance publique et qu’à ce titre elle se trouve soumise à l’Etat, elle peut en effet être complètement privée et parfois émerge sur la base des exigences des banquiers. Ainsi la FED  est fondée en 1913 sur la base de la volonté des Morgan et des Rockefeller et se trouve être une association de banquiers privés.

Le compromis est bien sûr instable et se trouve aussi fortement orienté par les valeurs et cultures des peuples dans lesquelles baignent ces banques centrales modernes. La verticalité peut se faire implacable à certains moments, notamment au cours des deux guerres mondiales. Sans revenir juridiquement sur l’autorisation des réserves fractionnaires, il est possible pour l’Etat en guerre,[21]d’envisager une législation d’exception : achats obligatoires de bons du Trésor, planchers de titres publics etc. De fait, la mise en place de banques centrales peut, selon les circonstances et les histoires nationales,  se faire beaucoup plus qu’un simple dispositif assurantiel pour les banques et devenir un outil de « répression  financière », selon l’expression souvent consacrée au cours de la longue période qui précède le mouvement vers l’indépendance des banques centrales.

 

L’écrasement de la verticalité et la naissance de la banque centrale indépendante.

 

Si la verticalité peut se faire implacable en raison des circonstances précédemment exposées, elle peut à d’autres moments et en d’autres circonstances se trouver phagocytée par l’horizontalité. L’accord politico financier faisant émerger les banques centrales pose en effet le problème du partage des gains à l’échange[22].

 Dans le cas des périodes de guerres mondiales, les Etats ont pu imposer avec leurs banques centrales une totale répression financière, ces dernières ne fonctionnant qu’à leur seul profit.

En revanche dans la phase présente dite de mondialisation, il est des forces qui feront que les gains à l’échange seront totalement absorbés par les banquiers, voire même en viendront à pénaliser les Etats. Ces forces sont celles qui vont porter au plus haut niveau possible l’indépendance des banques centrales.

Il est inutile de rappeler le contexte général de contestation du corpus théorique dominant , clairement la théorie keynésienne, qui va débuter à la fin des années 60 et au début des années 70. Le nouveau cadre, sans doute hétérogène et qui va, des nouveaux classiques aux ultra-libéraux, est d’abord celui de la contestation de l’Etat dans les prérogatives économiques qu’il s’était octroyé dans la période antérieure.

Cette contestation ne concerne pas que la souveraineté sur la monnaie et débute par l’émergence massive d’autorités administratives dites « indépendantes » chargées d’assurer la régulation d’un secteur. Le terme de régulation étant employé  pour Co contrôler une activité dans le cadre d’un partenariat que l’on peut qualifier de « politico économique », avec de fait une répartition des pouvoirs allant parfois jusqu’à l’abandon des outils de la contrainte publique. Ces autorités encore peu nombreuses en France – environ une quarantaine – le seront bien davantage dans un pays comme l’Allemagne où une tradition ordo- libérale est installée.

Dans ce contexte, les banques centrales qui s’étaient dans nombre de pays affranchies

de la loi d’airain de la monnaie vont être critiquées dans leur fonctionnement par les nouveaux paradigmes économiques : monétarisme, anticipations rationnelles, etc. Le tout débouchant sur la contestation organisationnelle de banques centrales dont l’indépendance souvent proclamée laissait toutefois assez peu de place à l’autorité des gouverneurs[23]. La stagflation des années 70 fera des banques centrales des boucs émissaires et une profusion de travaux théoriques et économétriques viendront recommander l’indépendance complète, et, au-delà, la surveillance de gouverneurs dont il faudrait vérifier leur forte aversion pour l’inflation. Il serait impossible dans le cadre d’un article aux ambitions plus vastes d’évoquer l’intégralité de ces travaux et bornons nous à citer les auteurs les plus connus : Sargent, Wallace, Alesima,  Summers, Grill, Masciandaro, Tabellini, Kydland, Prescott, Barro, Gordon, Rogoff, Blinder, Walsh, Taylor.

Le résultat essentiel de la marche vers l’indépendance fut le passage du « mode hiérarchique » au « mode marché » de gestion de la dette publique. En utilisant le langage de Coase, les Etats sont passés du « make » au « buy ». Ils ne peuvent plus fabriquer la monnaie dont ils ont besoin et se mettent à emprunter sur les marchés. Les banques centrales peuvent alimenter voire doper le multiplicateur du crédit autorisé par le système des réserves fractionnaires, mais ne peuvent plus prêter aux Etats.

Les conséquences de la séparation radicale entre banques centrales devenues indépendantes et Trésors, ont déjà été développées[24].  Rappelons-les brièvement.

Il y a tout d’abord privatisation de la planche à billets, et   l’effet d’éviction - contrairement à des propos infondés - peut être mis aux oubliettes puisque les financements des déficits ne sont pas accaparement d’une épargne. Ainsi les déficits publics viennent alimenter des comptes bancaires que l’on trouve au passif des banques en contre partie des titres publics que l’on trouve à l’actif.

Il y a ensuite mécaniquement un passage de l’inflation à la dette avec la conséquence très mécanique que les actifs financiers cessent de se dévaloriser, peuvent par conséquent se multiplier et venir alourdir considérablement le bilan des banques qui en contrepartie pourront jouer sur des effets de levier en continuelle croissance. Nous avons là la tendance à la financiarisation de l’économie, alors que l’inflation précédente favorisait les placements dans l’économie réelle. La répression financière possible dans l’ancien modèle de banque centrale faisait que le commerce des promesses était muselé, il pourra désormais exploser.

Il y a surtout le fait que désormais une rente sur effets publics viendra possiblement attaquer les compartiments « Etats-providence » des Etats avec début d’un accroissement des inégalités aussi favorisés par la mondialisation.

Nous pourrions longuement évoquer les conséquences de l’indépendance, conséquences  que nous avons  présentées, dans l’ouvrage déjà cité comme nouveau logiciel exprimant un nouvel état du monde.

 

Au terme de ce premier examen tentant d’expliquer la naissance, le développement et les métamorphoses des banques centrales, il est possible de proposer  une définition permettant de saisir l’essence de cette réalité changeante au cours d’une très longue histoire :

 

    « Les banques centrales sont des institutions logées dans l’interface entre pouvoir financier et pouvoir politique, et chargées d’exprimer le rapport de forces entre les deux par des actions concernant la circulation monétaire, la monnaie elle-même et la dette. La position relative des deux pouvoirs : absorption plus ou moins complète de l’un par l’autre, séparation / opposition radicale, coopération mutuellement avantageuse, servitude volontaire, etc., est la source ultime de la compréhension des faits monétaro financiers, et un outil indispensable pour identifier l' état des rapports économiques politiques et sociaux dans  le monde . Connaitre les règles de fonctionnement d'une banque centrale, c'est ainsi s'ouvrir sur la connaissance du logiciel qui dit des choses essentielles sur une société concrête." 

 

A suivre....

 

 

 



[1]«  1,4,8,9,7.   La monnaie : présence des morts et mesure du temps » . L’homme Volume 10 ; 1970 ; N°1. PP17-39

[2]Cf : « La violence de la monnaie » M. Aglietta et A. Orléan ; PUF ; 1984.

[3] Là aussi on pourra se référer aux travaux de Daniel de Coppet. De fait la logique de la vengeance meurtrière s’arrête avec le sacrifice par un mercenaire de l’un des membres du groupe meurtrier, membre dont la dépouille est remise au groupe victime contre des perles qui vont arrêter le déchainement de la violence.

[4]Expression attribuée à Max Weber mais très utilisée et reprise dans les travaux du philosophe Marcel gauchet.

[5]Expression de Georges le Rider dans « La naissance de la monnaie. Pratiques monétaires de l’Orient ancien » PUF ; 2001.

[6] Concernant la nature de l’Etat et son irruption dans la scène humaine on pourra voir : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-euro-certains-furent-davantage-que-passagers-clandestins-45077391.html

[7]L’électrum est un mélange fabriqué ou parfois naturel d’or et d’argent.

[8] Il existe parfois des traces d’ordre légal ou politique. Ainsi le paragraphe 108 des lois d’Hammourabi (1792-1750 révèle la présence de bureaux des poids, et l’existence de vérificateurs. Nous avons aussi des traces de contrats marchands stipulant que le paiement devait se faire avec du métal marqué d’un sceau.

[9]Expression que l’on doit à François Block Lainé directeur du Trésor après la seconde guerre mondiale.

[10] Sur les premières pièces les symboles pourront encore concerner la religion, voire une nature symbolisée. Plus tard les princes viendront se substituer aux Dieux de manière beaucoup plus directe.

[11] Ce qui était « dokimon » devient alors  «  adokimon ».

[12] Le travail de « cémentation » correspondait au travail de séparation de l’or de l’argent.

[13] Ce fut le cas de la première confédération de Délos qui dans les années 440 va voir la promulgation d’un décret imposant la monnaie athéniennes à toutes les cités confédérées avec fermeture des monnayages locaux. Comme si l’Euro était la monnaie d’un Etat que ce dernier impose à tous les autres de l’union européenne.

[14]Problématique qui exprimée différemment, en ayant notamment recours au  « Traité de la première invention des monnaies » de Nicolas Oresme, est très bien analysée par André Orléan. Cf son article : http://www.parisschoolofeconomics.com/orlean-andre/depot/publi/Coppet.pdf

[15] Louis Dumont parlait « d’englobement des contraires » dans ses « Essais sur l’individualisme » ; Seuil, 1991.

[16] Ce que nous appelons « la loi d’airain des monnaies ». Cf l’article de Jean Claude Werrebrouck dans le N°34 de Médium ; Janvier-février-mars 2013. PP 101à 119.

[17] Cf « Le mercantilisme eu XVII ième siècle. Les banques et les billets de monnaie sous la régence ». Jean Marie Thiveaud ; Revue d’économie financière ; Vol 50 ; 1998 ; PP. 29-53.

[18] Accord insuffisamment démontré avec toute la rigueur attendue. C’est notamment le cas de Hueta de Soto dans « Dinero, Credito, Bancario y Cyclos Economicos » ; Union Editorial ; Madrid ;1998.

[19] Dont par exemple celle de Law précédemment évoquée.

[20] Bien évidemment de très nombreux débats et réflexions interviendront avant de stabiliser le système politico financier moderne, par exemple la célèbre bataille entre la « currency school » et la « banking school » qui devait se cristalliser dans l’acte de Peel en Grande Bretagne en 1844.

[21] Pour davantage de précisions on pourra consulter Jean Claude Werrebrouck :« Banques centrales, indépendance ou soumission, Un formidable enjeu de société » ; Yves Michel ; 2012 ; PP. 57-94.

[22]Problème évoqués dans de nombreux articles de « lacrisedesannees2010.com, et en particulier : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-banques-centrales-independantes-condition-necessaire-de-la-mondialisation-115739303.html.

[23] Cela était notamment le cas en France. On pourra lire à ce titre l’article d’André Orléan « les croyances monétaires et le pouvoir des banques centrales » dans l’ouvrage : « Les banques centrales sont-elle légitimes » ; Albin Michel 2008 ; PP. 17-35.

[24] Cf le chapitre 9 de: «  les banques centrales comme logiciels des états du monde » de « Banques centrales- indépendance ou soumission- Un formidable enjeu de société ; Yves Michel ; 2012.            

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