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Très souvent les débats concernant la grande crise empruntent le chemin du solide bon sens populaire et se ramènent à des conclusions inexactes. Ainsi en est- il   de la sempiternelle question de la dette, avec l’idée selon laquelle la France – pour prendre un  exemple parmi tant d’autres- vivrait depuis 30 ans au dessus de ses moyens et aurait abusé de facilités d’emprunts à bon marché.

L’utilisation de l’anthropomorphisme est simple, mais inappropriée pour décrypter un processus complexe. C’est qu’au-delà de l’erreur factuelle selon laquelle l’emprunt serait moins coûteux – rappelons qu’il était gratuit en mode hiérarchique de gestion de la dette avant 1973 – l’Etat n’est pas la France, et surtout, cette dernière n’est pas une personne à qui l’on pourrait demander de cesser de dépenser plus qu’elle ne gagne. Dans « Le monde tel qu’il est », nous avons souligné et précisé –  à l’intérieur d’un cadre juridique appelé nation, cadre qu’il faut décoder pour bien le comprendre-   la nature de l’interaction sociale entre des groupes d’acteurs clairement identifiés : Entrepreneurs économiques, entrepreneurs politiques, citoyens, salariés, consommateurs, épargnants.

C’est le mode d’articulation entre ces groupes, lui-même résultant de contraintes diverses, par exemple la fin du Fordisme pour ce qui est de la présente crise, qui a développé le choix de la dette contre celui de l’inflation. A partir des années 80,  La France, comme beaucoup d’autres pays– pour en revenir à l’anthropomorphisme que nous dénonçons – « choisit » mimétiquement la fin de l’inflation et le commencement de la dette. Ce mode d’articulation où il deviendra de l’intérêt supérieur des entrepreneurs politiques de légiférer sur la mondialisation, sur le statut de la banque centrale, sur les mouvements de capitaux, etc. ne relève pas d’un déterminisme mécaniciste. C’est dire qu’il aurait pu être autre, accouchant ainsi d’un possible autre monde qu’on ne peut connaître. Et le mode d’articulation est rarement un projet humain : les hommes sont et seront toujours dépassés par une histoire qu’ils ne peuvent maitriser.

L’interaction sociale, et ce presqu’à l’échelle planétaire, fût telle qu’une immense machine à générer de la dette s’est mise en place , ce qu’on désigne de façon plus académique par l’expression « d’industrie financière ». Tel fût le compromis du moment. La présente grande crise qui met en spectacle l’effondrement – par étapes - de l’immense machine, révèle les limites du compromis qui s’est constitué (l’articulation entre groupes d’acteurs) dans les années 80. Simultanément, l’immanence, toujours présente chez les hommes, retarde le basculement vers un autre monde. D’où l’aspect « bricolage », de toute les mesures prises par les entrepreneurs politiques de tous  pays, depuis le déclenchement de la grande crise. Et bricolage qui ne fait que retarder l'inéluctabilité de l'effondrement du système financier.

La dette n’est pas affaire de personne irréfléchie (anthropomorphisme) : elle est le résultat non attendu de choix de groupes sociaux antagonistes, à la recherche d’un possible vivre ensemble. Comprendre le monde tel qu’il est n’est pas facile , d’où l’impérieuse nécessité de ne pas  abuser de simplifications inexactes qui embrouillent et masquent une réalité déjà fort complexe.

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
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