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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 14:53

 

Les Echos du mercredi 13 novembre dernier laissent à la chronique de Jean Daniel une large place à  la « politique confuse de Donald Trump ». L’expression est sans appel. Le choix historique de laisser la chine devenir un atelier peu couteux, et les USA un débouché, a effectivement construit de grands déséquilibres avec un déficit commercial américain de 620 milliards de dollars en 2018, dont 420 issus du commerce bilatéral entre les deux pays. Toujours selon Jean Daniel, une telle situation a créé 2 sacrifices : celui du consommateur Chinois ne disposant pas des revenus de son juste travail pour maintenir la compétitivité chinoise, et celui des producteurs américains victimes de cette même compétitivité. Le gagnant de cette relation asymétrique serait le consommateur américain bénéficiant des prix dont la faiblesse était engendrée par celle des salaires chinois.

 La situation, souligne Jean Daniel, va évoluer avec la revalorisation salariale en Chine, revalorisation débouchant sur une modification de l’équilibre extérieur du pays : les exportations vont certes encore progresser de 75% depuis 2009, mais les importations vont croitre depuis cette même date de  125%. Et ce serait là une conséquence de l’émergence d’une classe moyenne soucieuse de consommer selon des standards occidentaux. De quoi engendrer tendanciellement  un équilibre du commerce extérieur chinois, alors même que les USA vont continuer à connaitre un déséquilibre massif.

Le président des Etats-Unis n’aurait pas compris que le déséquilibre est en fait d’abord celui de son budget fédéral avec probablement un déficit de plus de 1000 milliards de dollars pour l’année 2019…le fameux « déficit jumeau » américain. Fort de cette incompréhension le président Trump aurait déclaré la guerre commerciale à la Chine par le biais d’une élévation des barrières douanières.

Jean Daniel nos explique alors que le déficit public contribue à alimenter une demande élevée, en particulier un excès de consommation américain lui-même entretenu par des baisses d’impôts et des dépenses militaires en forte hausse (750 milliards de dollars programmés pour 2020). Pour Jean Daniel il n’y aurait donc pas d’agressivité commerciale chinoise et consécutivement de menace de destruction de l’outil industriel américain… qu’il faudrait protéger par des barrières tarifaires. Il y a simplement un keynésianisme donc une politique de demande catastrophique qui sécurise trop les entreprises américaines lesquelles perdent leur incitation à l’innovation. Une politique qui inquièterait le citoyen américain lequel commencerait à épargner….par peur du « populisme politique » du président américain.

Jean Daniel contribue ainsi au raisonnement classique des « experts » lesquels concluent tous aux bienfaits du libre-échange. Il n’est pas ici question de nier la réalité empirique et les chiffres avancés par Jean Daniel sont exacts. Par contre l’interprétation peut être discutée et une toute autre lecture des faits peut-être proposée.

Si donc la réduction du déficit budgétaire devait être une mesure de politique économique préférable à la taxation des importations issues de Chine, tentons d’en évaluer les effets.

Le premier serait une formidable diminution de la demande américaine globale : des impôts plus élevés venant comprimer la dépense des consommateurs et /ou des dépenses publiques plus faibles ne venant plus nourrir les entreprises et les citoyens. Rigoureusement, la demande américaine diminuerait du montant du déficit budgétaire (environ 1000 milliards de dollars), soit plus de 5% du PIB américain. De quoi plonger le pays dans une crise générale de débouchés…donc de surproduction… Il y a moins d’acheteurs pour la colossale production militaire (L’Etat) et moins d’acheteurs dans les magasins ( le groupe des consommateurs disposant globalement d’un revenu plus faible).

L’économie américaine dans ce cas n’aurait pas finie de se désindustrialiser. Dans le même temps, et c’est un second effet,  l’économie Chinoise verrait ses exportations vers l’Amérique se contracter, de quoi poser des problèmes d’emploi dans ce pays.

Certes, on pourrait stimuler la demande américaine en augmentant les salaires d’un montant égal au déficit budgétaire que l’on aurait fait disparaitre. Mais qui va décider ? Et par ailleurs cela suppose une baisse des profits américains à la hauteur du déficit budgétaire disparu ? De quoi convaincre les investisseurs américains d’exporter leurs  profits amaigris vers des cieux plus cléments.

Il est des expertises faciles qu’il convient d’éviter afin de respecter un minimum de rigueur dans les raisonnements.

Pour aller plus loin on pourra se référer à :

http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-nouvelle-euthanasie-des-rentiers-ne-peut-effacer-la-crise-123599630.html

http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-grande-crise-les-8-fondamentaux-pour-conclure-54153801.html

 

 

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1 février 2019 5 01 /02 /février /2019 09:56

Fréderic Lordon émet un point de vue radical concernant l'ISF. On trouvera ci-dessous la vidéo dans laquelle il essaie de  démontrer que la fin de l'ISF est un choix symboliquement fort et politiquement très injuste.

Le raisonnement consiste à démontrer que les ressources laissées à la disposition des ménages les plus aisés ne seront pas mobilisées vers l'investissement productif. Pour cela, il met en avant ce qu'il croit être l'inutilité de la bourse qui ne draine annuellement qu'environ 10 milliards de nouvelles actions émises par les entreprises. Ce chiffre est à rapprocher de l'investissement global de ces mêmes entreprises soit environ 304 milliards d'euros pour l'année 2018. La Bourse serait donc à priori un outil très marginal dans le financement des entreprises. Il serait par contre un outil majeur dans la spéculation sur la matière première qu'est la capitalisation boursière laquelle se monte à environ 3 300 milliards d'euros. Dans la vision de l'auteur de la vidéo, il est clair que les sommes supplémentaires mises à la disposition des ménages très riches, sont ainsi massivement utilisées pour des échanges de titres qui correspondent à des investissements déjà réalisés et non pas des investissements nouveaux. D'où l'idée selon laquelle les sommes abandonnées par le Trésor au titre de l'impôt disparu ne sont que du gaspillage sur l'hôtel de la spéculation.

Sans chercher à mettre en cause le raisonnement de Frédéric Lordon, il est pourtant possible de le compléter sur un certain nombre de points lesquels concernent tous les effets indirects économiquement positifs ou négatifs d'une disparition de l'ISF.

En premier lieu, il y a l'attractivité des patrimoines des résidents, qu'ils soient français ou étrangers, et ce avec leurs conséquences en termes de consommations et d'activités. Cela concerne par conséquent aussi l'épineuse question de l'exode des plus fortunés. Il s'agit donc de comparer les ressources fiscales directement perdues par la fin de l'ISF et la chaine des effets secondaires liées aux déplacements de capitaux. Question difficile car l'attractivité est fonction d'une multitude de paramètres qu'il est bien difficile d'individualiser. 

En second lieu, les achats spéculatifs de titres à partir des ressources nouvelles laissées par l'administration fiscale -ceux qui correspondent à des investissements déjà réalisés et donc non porteurs de capital productif neuf - sont susceptibles d'entrainer des effets d'enrichissement sur nombre d'agents économiques. On notera, en particulier, les entreprises qui peuvent se constituer du cash par vente d'actions, et cash qui peut se transformer en investissements...rendant ainsi moins scandaleux la fin de l'ISF. Cet effet est certainement très limité car probablement compensé par des stratégies de rachat d'actions financés par du cash ne se transformant pas en investissements. D'autres agents peuvent être concernés par cet effet d'enrichissement, ainsi les ménages épargnants, pas nécessairement les plus aisés qui peuvent voir leurs produits d'épargne mieux rémunérés par la bonne tenue de la Bourse elle-même boostée par la fin de l'ISF. On sait toutefois que cet effet d'enrichissement est beaucoup moins porteur en Europe qu'aux USA où il est économétriquement établi qu'une hausse de 10% de la capitalisation boursière engendre une hausse de la consommation de 0,8%. 

Globalement il est donc difficile de mesurer l'impact d'un effet enrichissement à partir de la suppression de l'ISF

En troisième lieu, il est inexact de considérer que seule la Bourse, elle-même réputée inutile selon Lordon, voit le déversement des fonds non taxés se diriger vers elle. Il existe en effet une immense majorité d'entreprises complètement éloignées de la bourse et dont le capital, d'essence familiale, peut s'enrichir de la fin de la ponction ISF. La véritable question est ici de savoir quelle part des sommes rendues disponibles se dirigent vers des actifs financiers et quelle part se dirige vers un véritable investissement productif. Ces parts dépendent aussi de la confiance des acteurs dans l'irréversibilité de la nouvelle législation. Nous manquons à ce jour d'informations suffisantes.

En dernier lieu, l'hypothèse d'une inutilité de la Bourse est très contestable. Parce qu'elle assure aussi la liquidité du capital productif, elle permet -même sans apports nouveaux- de procéder à toutes les restructurations porteuses d'investissements immatériels: rapprochement de compétences, augmentation de parts de marchés, mutualisation de réseaux, de laboratoires, élaboration de normes, etc. Tous effets potentiellement porteurs de gains de productivité et très difficilement évaluables...

Au final, il est très difficile d'évaluer de façon précise ce que peut apporter la fin de l'ISF en termes de surplus d'investissements. Trop d'effets secondaires et souvent contradictoires interviennent et rendent très complexes une évaluation. Et c'est cette complexité qui, à contrario, ne permet pas de conclure, au vue de l'évolution du rythme de l'investissement en 2018, que la fin de l'ISF n'a pas apporté de résultats concluants. De fait ce rythme est resté le même pour les entreprises non financières avec une FBCF de 274,7 milliards d'euros courants en 2016, puis 288,9 en 2017 et 304,1 en 2018, soit une variation inchangée (5% en valeur sur la période) alors que le fin de l'ISF intervient en son milieu.

Face aux énormes difficultés d'évaluation, la question de l'ISF doit être appréciée de façon autrement plus large : son aspect symbolique, dans une société où les inégalités deviennent abyssales et probablement insupportables,  et sa réelle grande faiblesse redistributive dans un monde où il était quantitativement marginal (comparativement aux grands impôts non redistributifs : TVA, CSG, TIPP, etc.). De ce point de vue, si les inégalités de revenus paraissent en France moins insupportables que dans nombre d'autres pays, la ponction fiscale/sociale et ses contreparties en termes de prestations sociales  sont trop peu redistributives, d'où un véritable problème pour les classes moyennes. 

Ces remarques n'effacent pas le mérite de Frédéric Lordon qui permet de poser une question qui sera amplement débattue dans un avenir proche.

 

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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 14:06

Le blog de la Banque de France (Eco Notepad) révèle dans un billet en date du 17 avril 2018 en quoi les importations à bas coût ont permis d’accroitre le pouvoir d’achat des français.

L’article signé par Juan Carluccio, Erwan Gautier et Sophie Guilloux-Nefussi nous informe que- pour l’année 2014 - le gain de pouvoir d’achat fut ainsi de 1000 euros par ménage. Un tel calcul n’est probablement pas simple car, entre autres paramètres, il faut s’entendre sur la notion de bas coût et la liste des pays fournisseurs sur lesquels appuyer l’estimation. L’article se voulant scrupuleux dans les limites de son périmètre d’analyse, il aborde également les effets des importations sur la réduction de l’inflation et évoque aussi ceux concernant la compétitivité des entreprises résidentes, qui ont aussi bénéficié de consommations intermédiaires avantageuses. De quoi, en principe, accroitre la valeur ajoutée des dites entreprises.

On aimerait toutefois aller beaucoup plus loin pour avoir une évaluation plus exhaustive des effets de la mondialisation sur la France. Si le pouvoir d’achat a augmenté, cela signifie aussi que le partage des gains de productivité à partir des entreprises résidentes a pu s’opérer davantage en faveur de ces dernières. Les revendications salariales se modèrent mécaniquement si du pouvoir d’achat peut « tomber du ciel ». C’est bien ce que l’on constate lorsque l’on examine en longue période la partage de la valeur ajoutée. Mais un autre effet importe beaucoup : la pression concurrentielle plus élevée fait passer en mode survie des entreprises dont la compétitivité était, avant la mondialisation, plus élevée : De quoi affaisser leur modernisation, donc l’investissement ou leurs capacités exportatrices. C’est ainsi qu’il est souvent affirmé que l’âge moyen de l’outil industriel français serait le double de son équivalent allemand.

Maintenant, la mondialisation ayant mis en place la liberté complète de la circulation du capital, les entreprises résidentes sont aussi invitées à participer au « gâteau des coûts bas » en se démantelant et en planifiant une optimisation permanente de la chaine de la valeur à l’échelle mondiale. Les échanges internationaux étant d’abord des échanges de produits industriels, cela signifie mécaniquement un affaiblissement des bases industrielles du pays. Il est inutile de préciser que la réalité empirique confirme le raisonnement, et il suffit d’avoir en tête l’effondrement de l’industrie automobile française. Cet effondrement est naturellement aussi un effondrement des savoirs locaux correspondants, et une réorientation majeure de l’outil de formation vers le secteur des services. Ce qui signifie aujourd’hui que toute réindustrialisation, si modeste soit-elle, est de fait hors de portée des compétences du pays. D’où les débats sur un chômage structurel qui ne fait que s’élever avec l’impossibilité pour nombre d’entreprises industrielles de faire face à toute augmentation de la demande faute de trouver la main d’œuvre correspondante.

Les activités de service prenant de l’ampleur, les gains globaux de productivité ne peuvent que décroitre ce qui rend plus coûteux nombre de postes de dépenses du budget des ménages et au final une captation des gains des importations nouvelles par des dépenses dites incompressibles. Les effets bénéfiques de la mondialisation sont ainsi mangés par ses conséquences globales sur l’économie résidente.

On pourrait certes, continuer le raisonnement et évoquer une conséquence, il est vrai, très indirecte de la mondialisation.  La construction européenne aurait pu s’opérer sans l’abandon de la souveraineté sur les monnaies.  Le choix d’un modèle réduit et parfait de mondialisation qu’est la zone euro a abouti à renforcer les effets négatifs sur la France : taux de change surévalué qui accroit les gains à l’importation mais affaisse une compétitivité déjà insuffisante.

On pourrait aussi poursuivre le raisonnement en évoquant le solde des emplois (destruction/création) dont on sait qu’il est globalement négatif en raison du déséquilibre extérieur abyssal :

-  en  envisageant les conséquences macroéconomiques et en particulier le poids croissant d’un Etat social qui se gonfle de la gestion de la crise… avec le raisonnement singulier selon lequel le pays ne peut plus se payer un Etat-providence pour faire face à la mondialisation alors que c’est cette dernière qui contribue à le rendre obèse ;

- en évoquant l’emprisonnement dans la mondialisation par effondrement structurel des élasticités/prix à l’importation ;

- en évoquant les questions environnementales liées à la boursouflure des échanges de marchandises, etc.

Certes, les effets complexes que nous ne faisons qu’esquisser, sont probablement semblables à ceux perçus par les autres nations également impliquées dans la mondialisation. Et parfois ces autres nations - il suffit de penser à l’Allemagne- connaissent des résultats globaux plus avantageux.

C’est oublier que ces effets complexes ont pour cadre un faible taux de change pour l’Allemagne (le cours de l’euro est toujours inférieur à ce que serait celui du Mark) et un taux de change trop élevé pour la France ( le cours de l’euro est toujours supérieur à ce que serait celui du Franc). La puissance déstabilisatrice des importations à bas coût est ainsi plus importante avec un taux de change artificiellement élevé et plus faible avec un taux de change artificiellement faible. Et il faut bien parler d’artifice, puisque le cours de la monnaie unique n’est qu’une moyenne, entre des cours de monnaies disparues mais qui continuent de représenter des économies restées ce qu’elles étaient, et qui vont se déformer en restant dans leur principe d’identité.

Ainsi, la France va continuer de  se désindustrialiser massivement et les usines à produire, vont laisser la place aux « usines à vendre » (Grande distribution), tandis que l’Allemagne va très largement maintenir ses usines à produire et ne laisser qu’une place plus limitée pour les « usines à vendre ».

Aborder la mondialisation en focalisant les raisonnements sur les bénéfices pour les ménages revient à produire une vision partiale de la réalité. Utiliser les arguments correspondants, notamment dans les médias, à l’encontre du Brexit, à l’encontre des populistes ou des souverainistes ....  revient à un acte de propagande d’autant plus efficace qu’on laisse les citoyens dans l’obscurantisme économique.

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 07:42

 

Monsieur Trump considère que le déséquilibre des échanges entre les Etat-Unis et l’Allemagne est le fait d’un taux de change inadapté, concrètement, un euro trop faible par rapport à la puissance exportatrice de l’Allemagne. Cette attaque a le mérite de souligner que l’Allemagne se cache derrière une monnaie trop faible alors que le mark aujourd’hui disparu aurait bénéficié d’un taux plus élevé freinant les exportations. Plus clairement dit, l’Allemagne serait un passager clandestin de la monnaie unique.

L’attaque  signifie que le président américain chercherait à faire disparaitre la monnaie unique. C’est la raison pour laquelle nous avons vu fleurir des explications différentes et surtout militantes concernant le formidable excédent allemand.

Globalement, on comprendra qu’il s’agit de préserver l’euro et de considérer que l’excédent n’est pas dû à un taux de change inapproprié. La première réaction de défense a consisté à dire que le  raisonnement du président américain est empiriquement erroné : L’Allemagne bénéficiait déjà d’un excédent au cours d’une période 2005-2008 où l’euro était considéré comme surévalué. L’argument ne tient pas si on considère que ce n’est pas l’euro qui est en cause mais son caractère irréaliste par rapport à l’économie allemande. Quel que soit le cours de l’euro, sauf des cas extrêmes, l’Allemagne est toujours bénéficiaire puisque c’est son taux de change réel par rapport à l’euro qui est en cause. Il est exact que lorsque le cours de l’euro est très élevé, la compétitivité allemande souffre un peu…mais beaucoup moins que l’ensemble de ses partenaires de l’UE dont l’efficience productive est plus faible. L’Allemagne prendra donc des parts de marché sur ses concurrents quel que soit le cours de l’euro, qui en soit n’est pas un problème.

En s’affranchissant de ce premier argument erroné on peut aller plus loin dans l’examen des autres points avancés par tous les défenseurs de la monnaie unique. Essentiellement 3 points sont mis en avant : l’importance de l’épargne, la politique budgétaire et le niveau de gamme élevé des productions manufacturières.

S’agissant du premier point, l’excédent extérieur n’est que le surplus exportable, contrepartie d’une dépense faible et donc d'une épargne trop élevée. L’argument est comptablement imparable mais la chaine causale l’est moins. On pourrait tout aussi bien considérer qu’à la production élevée correspond des revenus distribués élevés et donc une épargne plus élevée. Le surplus de production par rapport à la demande globale, donc le surplus exportable provenant lui du rapport qualité/prix dans lequel se retrouve taux de change et effet de gamme. Constater une épargne élevée n’est pas un mécanisme explicatif de l’excédent. Il existe d’autres causalités possibles.

S’agissant de la politique budgétaire prudente qui viendrait limiter l’absorption et donc contribuer à l’élévation du surplus exportable, là aussi ll y a constatation comptable sans explication suffisante. On peut tout aussi bien affirmer que l’importance de la production génère des rentrées fiscales abondantes et des dépenses sociales limitées en raison d’un taux d’emploi corrélé à celui de la production. De quoi présenter un budget excédentaire qui est le résultat d’un surplus exportable et non l’inverse. Ce qu’on appelle traditionnellement "soldes jumeaux" est une corrélation et ne correspond pas à des liens de causalité directs dans un ensemble complexe.

S’agissant enfin du troisième argument celui de la qualité manufacturière, il faut reconnaitre qu’il est le plus sérieux et qu’il correspond à des qualités techniques mesurables et donc objectives. Pour autant, lorsqu’un pays connait un tel avantage compétitif, son solde extérieur devient excédentaire et le cours de sa monnaie doit lui aussi monter, à moins que les pays clients soient amenés à procéder à un ajustement monétaire sous la forme d’une dévaluation. Modifications de taux qui contribuent au rééquilibrage des comptes extérieurs.

Au total la mobilisation des officines qui défendent la monnaie unique est bien obligée de se soustraire de certaines exigences qui, pourtant, garantissent la qualité mais aussi les justes prudences dans les raisonnements. Mais l’urgence est là et la digue des arguments faciles ou bricolés doit l’emporter sur l’honnêteté de la raison.

 

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 10:36

 

Le billet suivant est rédigé par Henri Temple Professeur à la faculté de droit de Montpellier. Juriste réputé et avocat spécialisé dans le Droit économique international, il a écrit de nombreux ouvrages dont le plus récent : « Théorie Générale de la nation » (l’Harmattan, 2014) fut préfacé par notre collègue Gérard Lafay et intéresse particulièrement le Blog.

Je remercie mon ami JCW de m'avoir exceptionnellement ouvert une page dans son blog que je lis depuis les origines. Toujours en adhérant aux idées et aux critiques. Le logicien et le juriste que je suis vont conforter et aggraver le jugement qui est le sien. Car face à l'oligarchie toute puissante nous ne serons de trop, à apporter les munitions, qui sont propres à chacun d'entre nous, à ce combat. Le combat de la survie française. Et, plus généralement, pour l'humanisme.

Impossible disparition de l'euro, nous affirme M. Artus.


En réalité c'est plutôt de son impossible survie qu'il s'agit. Car l'euro n'est pas une monnaie mais un artefact monétaire: il ne répond pas, en effet, à la définition unanimement acceptée de ce qu'est une monnaie (notamment, il échappe au contrôle de la nation dont il est cependant censé être adapté aux réalités et aux nécessités).
Certes l'autodestruction, inévitable à terme, de l'euro fera apparaître des difficultés transitoires. Comme celles des dettes souveraines ou privées. Mais ces difficultés ne seront pas plus graves que celles que vit l'actuel euro qui, ruinant les économies, les ménages et les banques (notamment au sud de l'Europe), amène les gouvernements et la BCE à déverser, en pure perte, des milliards d'euros dans ce puits sans fond.
Quant à la dette (2200 milliards d'euros, 4 fois le budget de l'état),à tort qualifiée de "souveraine «-alors qu'elle est la négation de la souveraineté- il suffira de l'abolir. Par un acte, lui, véritablement
souverain. Ou, à tout le moins d'en abroger les intérêts (45 milliards par an). En effet cette dette est illégitime, jamais consentie par le peuple souverain ; et elle enrichit les oisifs et les riches, et appauvrit le travail et les plus pauvres (Montesquieu).Le Royaume Uni, le Danemark, la Suède, la Suisse, ne vivent-il pas(mieux) sans l'euro ?

La non substituabilité des importations par des production nationales.


En résumé il serait impossible de renoncer à la douce drogue du made in China. Mais n'est-ce pas là la façon -ma foi bien prospère- dont vivait la France d'avant le Traités de Maastricht et de Marrakech
(OMC) ? Et avant la fin de l'accord (GATT) multi-fibres par exemple ?Certes, à présent, des filières complètes ont disparu du sol national, soit qu'elles aient été délocalisées, soit même anéanties.
Mais la France a su, plusieurs fois dans son histoire, surmonter ce stress industriel : notamment à la fin de XVIIe siècle (Colbert), et en 1945 (de Gaulle).
En outre, trois taxes de bon sens économique et environnemental pourraient mettre fin à cette soumission au Cheval de Troie des importations :
- une taxe carbone sur des produits venant de très loin,
- une taxe sur les productions déloyales. Les facteurs de déloyauté sont connus : dumping, basse qualité, conditions de production contraires à l'environnement, aux droits sociaux, aux libertés
publiques...
- la TVA sociale qui a si bien réussi au Danemark et à l’Allemagne (Schröder), mais que Borloo avait été incapable de défendre face à Fabius (de mauvaise foi), lors d'un face à face de triste mémoire, et
pour cela abandonnée par Sarkozy. On ajoutera que, à ce jour, entre deux entreprises françaises, il est interdit (et puni) de vendre "à un prix abusivement bas". Ce PAB est calculé en fonction des coûts de production. Pourquoi devrait-on, accepter des firmes chinoises ce que l'on réprime des firmes
françaises ? Il suffirait d’appliquer aux produits chinois les coûts français les plus bas et de taxer l'excédent. Il en va de notre survie collective ( instinct légitime de conservation) et D.Trump semble bien décidé à en découdre : suivons son brise-glace...

Proche de la précédente ''vérité'' la prétendue impossibilité (pour
une économie nationale) de satisfaire la demande
.

Comme l'assène à juste titre JCW, l'euro, en détruisant la compétitivité de nos usines, a déstructuré le tissu industriel, et il est donc responsable de la faiblesse relative de l'offre au sein de l'Europe. De plus le choix n'est pas entre le tout et le rien. Aucun économiste sensé ne refuse l'idée d'importation ou ne prône l'autarcie.
Mais si importation il doit y avoir ce doit être aux conditions loyales du marché domestique et les prix, s'ils sont inférieurs, ne doivent l'être que dans des proportions telles que les produits locaux
ne seront pas exclus du marché. Des taxes effectueront l'adaptation. Taxes à l'export du pays émetteur ; ou taxes à la frontière de la nation importatrice.

Pour conclure : évidemment d'accord avec JCW sur l'idée de réappropriation de la souveraineté.

Qu'il me permette de suggérer un prolongement de sa pensée. Pourquoi la souveraineté ? Parce que la philosophie politique prime sur tout: mais qui donc veut empêcher -et pourquoi ?- les peuples de choisir leurs règles économiques et sociales ? Le contrat social et -au plan international- les contrats
bilatéraux de commerce seront amenés à remplacer les ''usines à gaz" institutionnelles (ALENA, UE, Trans pacifique, TAFTA...) en train d'exploser sous nos yeux. Car les nations réclament désormais de
recouvrer leurs libertés.
Vive la planète multipolaire passionnante qui vient au monde en 2017 !

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 09:26

 

Les Echos du 20 octobre soulignent le cri d’alarme du Trésor américain qui s’insurge contre les pays qui - bien au-delà des infractions classiques au sacro-saint libre échange -  ne respectent pas le jeu en manipulant leur monnaie. Dans la liste publiée par ledit Trésor on notera la présence de l’Allemagne dont l’adhésion à la zone euro lui permet de jouir d’un taux de change inférieur de 15% à ce qu’il serait si ce pays avait conservé le mark. Bien évidemment, ce taux n’étonnera aucun économiste sérieux et chacun sait que le gigantesque excédent allemand s’affaisserait  si les exportations étaient assorties de prix plus élevés, résultants eux-mêmes d’un taux de change plus élevé.

Le Trésor américain, dans le document qu’il vient de publier n’affiche  – en dehors de celle du libre-échange - aucune doctrine ni aucune  règle quelconque en matière de commerce international.  Pour autant, les critères qu'il fixe pour dénoncer les fraudeurs, permettent de découvrir la règle cachée. Trois critères de reconnaissance des « coupables » sont mis  en avant :   importance du surplus commercial sur les USA, importance du surplus des paiements extérieurs du pays incriminé, importance de l’achat de devises étrangères pour affaiblir la monnaie. Ces trois critères permettent de trouver la solution d’une « devinette » facile : le Trésor US considère que les échanges entre nations doivent être équilibrés et que c’est cet équilibre qui doit assurer le positionnement des taux de change. Pour autant, bien évidemment, le Trésor américain ne nous renvoie pas à Keynes ni à la Conférence de La Havane : il ne fait que mettre en avant les intérêts des USA.

On sait que le gouvernement américain n’a jamais accepté l’idée d’un tel équilibre qui mécaniquement aurait placé le dollar dans le droit commun des monnaies. On sait aussi qu’il va, avec la fin du système de Bretton-Woods en 1971, rapidement accepter l’idée de la fin des taux de change fixes, idée consacrée à la Conférence de la Jamaïque en 1978. A partir de là, le processus de privatisation des monnaies s’enclenche rapidement : la monnaie devient une marchandise comme les autres marchandises et, une dizaine d’années plus tard, ce processus sera scellé par l’indépendance de la plupart des banques centrales du monde.

Les habitudes sont aujourd’hui prises et pour un pays, fixer le « coefficient » qui tenterait d’établir le mode d’insertion que ce pays souhaite construire au sein de la communauté internationale, c’est-à-dire un taux de change, devient un acte délictueux. Qui ose encore parler de souveraineté ?

Le monde est ainsi complètement renversé : un bien public, la monnaie, est l’objet de toutes les enchères et son accès, approximativement sécurisé par la multitude des contrats et produits dérivés, est payé au prix fort par les entreprises de l’économie réelle, et ce au bénéfice de l’économie spéculative. Qui est le délinquant ?

Les entreprises de l’économie réelle déjà malmenées par des prélèvements fisco-sociaux importants doivent dans le cadre de leurs activités, notamment internationales, payer le service monétaire que l’Etat a cédé à des spéculateurs. Le service, de coût proche de zéro, était aussi presque gratuit . Il est maintenant l'objet d'un péage accaparé par des spéculateurs. Comme quoi, la mondialisation est aussi le retour du féodalisme et de ses seigneuries. Voilà un sujet central pour les débats politiques de l’élection présidentielle. Réformer c’est comme balayer un escalier : il ne faut jamais commencer par le bas.

 

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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 09:04

 

A la lumière des informations récentes concernant la situation économique mondiale (entrée en récession au premier trimestre 2015 des USA du Brésil, de la Russie, etc.),  nous reprenons ci- dessous un article rédigé en octobre 2014. Si son résumé reste inchangé, le contenu est légèrement modifié. Ce texte propose une toute autre explication de la croissance Zéro[1]

Résumé : Le présent article fait suite à celui publié le 1er octobre dernier (« Pour bien comprendre le monde d’aujourd’hui »). Il approfondit la notion de mondialisation en y intégrant l’idée d’Etats désormais réquisitionnés par un nouveau groupe dominant. Il en résulte que la durabilité de la grande crise, avec la fin de la croissance qui lui est associée, est l’effet d’une quasi volonté qui ne connait pas de réelle opposition : il n’existe pas d’issue prévisible à la crise.

Dans "pour bien comprendre le monde d'aujourd'hui"[2] nous avons longuement insisté sur l'apparition d'incohérences:

-une nouvelle forme de capture de l'Etat détruisant les bases de sa force prédatrice de toujours au profit d'une "sur classe" déterritorialisée. Nouvelle forme faisant disparaitre les frontières pour le plus grand profit d'une oligarchie. L'Etat est toujours présent mais son fonctionnement nouveau met en cause des principes qui jusqu'ici lui étaient complètement rattachés: ils ne disposent plus d'une pleine souveraineté sur un territoire bien délimité.

- la séparation radicale entre statuts sociaux qui jusqu'ici étaient plus ou moins reliés dans une relative cohérence d'intérêts. Le citoyen semble avoir disparu et les intérêts du consommateur ne sont plus ceux des salariés, qui ne sont plus ceux des épargnants, Les acteurs que l'on appelait les "CSCE" (consommateurs/ salariés/citoyens/épargnants) connaissent un grand éparpillement de leurs intérêts et de la représentation qu’ils s’en font.

- Le citoyen s'évapore  dans l'émergence de "l'individu désirant" et avec lui le lien qui le reliait à l'Etat et assurait le service de ce dernier. Il se croit désormais créancier de ce dernier et honni sa fonction prédatrice de toujours.

-Enfin, résultat d'une perte de cohérence de la réalité, la fin radicale d'une représentation du monde comme un tout organisé, un tout intégrant des parties organiquement reliées les unes aux autres. La conception keynésienne de la réalité économique s'efface au profit d'une théorie de l'éparpillement: le circuit laisse la place au déploiement d'un nombre toujours plus grand de marchés.

C'est bien évidemment la première incohérence, celle qui atteint les Etats, qui est motrice et va expliquer les autres et au final l'impression qu'une sortie de crise est hors de portée.

La mondialisation ne détruit pas les Etats: elle les réquisitionne

La nouvelle forme de capture des Etats est innovante en ce qu'elle l'entraine à redéfinir la souveraineté, un concept si commode pour les premiers occupants des machines prédatrices soucieuses de garder un monopole territorial. Jusqu'alors les utilisateurs de la contrainte publique à des fins privées étaient fort centralement des entrepreneurs politiques (rois, empereurs, dictateurs, etc.) "nationaux" ou "étrangers", du territoire lieu d'exercice de la prédation. Parce que ce territoire se devait d'être gardé, il fallait adjoindre aux Etats des frontières et des peuples  à administrer/soumettre/prédater. La souveraineté était d'abord un titre de propriété privée, cachée le cas échéant par la fiction d'un droit public et surtout d’une idéologie d’un intérêt supérieur.

Les choses vont évoluer lorsque les entrepreneurs politiques seront amenés à partager leur monopole d'utilisation de la contrainte publique: des pactes avec d'autres groupes permettront de maximiser une prédation à partager. Ainsi des entrepreneurs économiques pourront  exprimer des injonctions, à l'adresse  des entrepreneurs politiques, et exiger des règles, par exemple plus favorables  à l'ouverture des frontières. Telle sera le cas de la doctrine du libre-échange, d'une finance autorégulée, etc. Il ne s'agit pas encore d'incohérence mais de complexification d'un système. La souveraineté n'est pas encore vidée de son contenu. Elle se trouve même confortée par la crédibilité de l’idéologie d’un intérêt général.

Par contre lorsque les entrepreneurs politiques ne sont plus que de simples mandataires ou de simple exécutants de groupes qui dictent les règles de ce que nous appelions "l'Universel" (le système juridique notamment), les choses changent fondamentalement. Le territoire cesse d'être en pleine cohérence avec l'Etat correspondant. Certes, la souveraineté ne disparait pas réellement puisque la réalité étatique est indépassable, par contre son contenu et son périmètre  sont redéfinis. Avec en conséquence la perte de crédibilité de l’idéologie d’un intérêt général.

En mondialisation les groupes dominants- les entrepreneurs économiques mondialisés- se nourrissent des "différences d'universel" qu'ils concourent à développer ou entretenir (différences de règles fiscales, sociales, environnementales, etc.). La souveraineté reste fondamentale pour les paradis fiscaux, par contre les "vieux souverains" c'est à dire les entrepreneurs politiques n'ont plus qu'à confirmer les règles du jeu du marché mondialisé et différencié. Naguère acteurs essentiels  de la capture de l'Etat, ils ont progressivement partagé puis cédé la captation à d'autres groupes pour progressivement endosser la situation de servitude volontaire.

En termes concrets les paradis fiscaux-  micro-Etats- qui captent une partie de la richesse générée en d'autres lieux n'ont rien à craindre des Etats et de leurs entrepreneurs politiques plus puissants, si ces derniers Etats sont  eux- mêmes en situation de servitude volontaire au regard de leur classe dominante mondialisée. Une servitude volontaire qui les amène à respecter et valoriser les règles de l'économie mondialisée et différenciée.

En termes plus concret encore, même les dirigeants des grandes entreprises d'armement d'un Etat puissant n'exigeront pas l'élimination des paradis fiscaux par la voie des armes. La souveraineté contestée par les marchés reste curieusement la protectrice de ces derniers. Comme quoi la servitude volontaire est affaire finement ciselée.

Les Etats qui naguère organisaient une cohérence interne et formaient un système relativement simple, sont désormais invités -par la puissance de la surclasse mondialiste-  à être le support d'un système plus complexe. Ce dernier est fait d'un universel partiel, peuplé des seules règles du marché, et évacuant les autres cadres d'une vie sociale qui peut rester nationale.

Les Etats ne sont pas tous au même stade de capture dans le système mondialisé plus complexe qui s'est mis progressivement en place.

Les Etats européens -effet logique de la construction européenne- sont les plus atteints par la servitude volontaire et la mise en valeur de la seule cohérence des règles du marché mondial. La zone euro est de ce point de vue l'avant- garde de la mondialisation libérale, avec un fort recul de ses entrepreneurs politiques et une domination sans partage des groupes économiques et financiers qui dictent les règles du jeu par le biais de l'énorme - et inégalée dans le monde- puissance du lobbying bruxellois.

En dehors des "failed states"[3] (une partie de l'Afrique et du Moyen-Orient) les autres Etats sont le plus souvent à un autre stade, celui où la capture est partagée entre groupes d'intérêts, où donc la notion de nation existe encore. C'est bien évidemment le cas de l'Asie avec l'exercice d'une souveraineté plus classique: Le jeu de la mondialisation en Chine est le fait majoritaire de ses entrepreneurs politiques, avec partage de la rente avec des entrepreneurs économiques toujours dominés et soumis à l'inconvertibilité de la monnaie nationale. C'est bien sûr aussi le cas des Etats-Unis avec le fait particulier qu'ici une monnaie nationale est aussi une monnaie mondiale avec partage de son "seigneuriage" (capture) entre entrepreneurs politiques et économiques mondialistes. Dans ces deux cas, mais sans doute d'autres encore, l'extraversion économique qui résulte de la mondialisation (surproduction côté chinois, désindustrialisation côté américain) ne met pas fin à la cohérence d'un système: un Etat politiquement organisé avec un peuple qui donne encore du sens à l'idée de nation et une très forte crédibilité de l’idéologie d’un intérêt général. Le cas américain est d’une certaine façon exemplaire dans la confirmation d’une souveraineté qui va dépasser de très loin les frontières nationales. Ainsi l’extra territorialité imposée par le droit et la monnaie américaine permet encore aujourd’hui de capter des ressources sur l’étranger : 140 milliards de dollars -au titre de « fraudes »- sur le système bancaire mondial pour la seule année 2014.

Au -delà de cette réserve, La substance du monde d'aujourd'hui est ainsi faite d'Etats - qui fondamentalement transformés- restent essentiels pour le fonctionnement du marché mondial: ils sont les relais locaux du strict respect des règles fondamentales du marché (imposition du respect des droits de propriété par exemple) et murs de protection au regard de toute tentative de nivellement des différences....murs aboutissant à une mondialisation, à la fois réelle mais aussi limitée ou contenue. Parce que la classe mondialiste se nourrit de différences, (taux de salaires, fiscalité, règlementation, normes, services publics, etc.) le nivellement mondialiste serait un obstacle qu'il faut repousser ou contrôler.

D'une certaine façon la mondialisation en tant qu'émergence potentielle d'un système cohérent et plat, (salaire mondialement négocié, fiscalité unique, législation unique, etc.) est ce qui doit être repoussé avec force par  la surclasse mondialiste qui, pour cela, est amenée à prendre le pouvoir dans les Etats en maintenant les entrepreneurs politiques dans une posture très affaiblie: ils sont réquisitionnés à peine de disparaitre. Situation qui correspond bien à l'entrepreneuriat politique de l'avant-garde de la mondialisation: l'Europe.

La réquisition permet de construire la durabilité de la grande crise

Ayant édifié des différences durables, il est désormais possible de les relier entre-elles: ce que nous avons appelé les autoroutes de la mondialisation. Et d'en épouser les avantages: construire un modèle organisationnel d'entreprise en congruence avec les dites différences.

Nous avons déjà longuement expliqué sur ce blog ce que l'on entendait par autoroutes de la mondialisation: une parfaite convertibilité des monnaies, une libre circulation du capital, une libre circulation des marchandises rangées dans des contenants numérisés et normalisés, c'est à dire des containers. Autoroutes qui exigent des infrastructures sérieuses: la dépolitisation des taux de change et la privatisation des monnaies, ce qui implique l'indépendance des banques centrales.

Réquisitionnés pour maintenir des différences, les entrepreneurs politiques sont aussi invités à ne pas taxer les autoroutes de la mondialisation: ils sont libres d'accès. Ce qui passe aussi par la crédibilité de leurs politiques budgétaires....d'où une  normalisation quasi-planétaire...et la confirmation d'une situation de servitude.

Equipée de telles voies de circulation, l'entreprise économique peut se mondialiser en optimisant les différences toujours maintenues par des Etats désormais chargés de  faire le lit de la mondialisation.

Jadis système cohérent et bien articulé sur un territoire ou des territoires, l’entreprise se désarticule et se livre à un démembrement de plus en plus fin, ce que l'on appelle « allongement des chaines de la valeur ». Plus la mondialisation édifie de différences, et plus la chaine de la valeur peut s'étirer pour optimiser tout ce qui peut l'être. Ce démembrement explique l'essentiel de la surcroissance du commerce international par rapport à la croissance économique mondiale depuis 30 ans.

Cette nouvelle cohérence est celle de l'offre mondiale compétitive....qui hélas doit logiquement se heurter à une demande mondiale que dans un même geste on a amoindrie...L'addition des offres nouvelles des entreprises mondialisées et éclatées le long des chaines de la valeur, est plus élevée que l'addition des demandes correspondantes. Nous avons longuement discuté de toutes ces questions dans nombre d'articles sur le blog notamment ceux classés sous la rubrique "Critiques des raisonnements"[4].

Le résultat est que la mondialisation devient un étouffoir en termes de débouchés, et plus on mondialise, plus on émiette la production et plus l'étau se resserre. Pour la classe mondialisée, la solution est toujours plus de mondialisation, toujours plus de recherches de différences, toujours plus de mise en valeur de nouveaux pays émergents, toujours plus de bas salaires, toujours plus de déréglementation, toujours plus de réformes structurelles, etc. La solution à la crise s'annonce ainsi comme engendrement des conditions d'élargissement de la crise. En termes simple le carburant de la crise c'est elle-même...avec son sous- produit une dette publique et privée gigantesque à l'échelle planétaire.

 

Une durabilité de la crise renforcée par l'émiettement des intérêts des CSCE

Il est clair que la fraction financière de la surclasse mondialiste est celle qui se gave le mieux dans l'étouffoir de la mondialisation: spéculation planétaire pour assurer la "sécurité" sur les autoroutes (produits financiers offrants des garanties contre le risque de change par exemple), prélèvements sur la circulation du capital, sur les dettes publiques, etc. Avec des Etats réquisitionnés en cas de difficulté (le bail out de 2008 par exemple), tout ce qui aggrave la crise est bon à prendre.

Si la fin de la crise ne serait  pas  défavorable pour les acteurs de l'économie mondialisée réelle, elle serait dramatique pour les entrepreneurs de la finance: le marché disparaitrait. Que deviendrait le système financier si les Etats- retrouvant leurs occupants traditionnels ( les seuls entrepreneurs politiques)-  déclaraient la fin de l'indépendance des banques centrales, la fin de la libre circulation du capital, des taux de changes fixes, l'interdiction de la spéculation sur compte propre,  voire l'émission du crédit selon la règle du 100% monnaie?

Les entrepreneurs de la finance ne sont pas prêts d'accepter une quelconque fin de crise et se battront pour la maintenir.

Curieusement les bénéficiaires de la crise ne se heurtent pas frontalement aux CSCE.

Si la mondialisation est l'octroi d'un droit liberté pour les entrepreneurs économiques mondialisés, elle l'est aussi pour le citoyen qui n'a plus à se sacrifier pour une patrie disparue et qui ne s'est pas encore rendu compte que, l'entreprise numérique planétaire devenue son souverain maitre, le transforme progressivement en membre d'un troupeau qu'il faut élever et surveiller[5]. Devenu simple "individu désirant" cherchant à se lover dans la « société du divertissement », sa surveillance par des algorithmes permet comme pour les vrais troupeaux de deviner ses "vrais" besoins et son comportement futur. De ce point de vue l'entreprise numérique est plus efficace que l'Etat dans sa version primitive.

Cet « individu désirant » qui ignore son embrigadement dans l'entreprise numérique est certes inquiet pour son emploi, mais il y a longtemps qu'il ne comprend plus grand chose à la théologie économique, pompeusement appelée « science économique ».

C'est dans l'avant- garde de la mondialisation libérale, c'est à dire le zone euro que cet ex-citoyen est le plus désabusé. Il est bien en peine pour comprendre que la citoyenneté européenne résultant de la mise en place d'un Etat européen est anthropologiquement impossible[6].

Mais il est encore plus en peine pour comprendre un discours européiste gommant les différences entre Etats, alors même que la classe dominante mondialiste s'y oppose avec radicalité. Les firmes logées en Irlande – plus grosses que leur Etat d’accueil accepteraient- elles l’alignement de l’impôt sur les sociétés sur une la base d’une moyenne européenne ?

Comment expliquer à cet individu désirant devenu membre du troupeau numérisé, que le discours officiel sur l'Europe (marcher vers toujours plus d'intégration et moins de différences) ne correspond pas aux volontés de la classe dominante mondialisée?

Comment expliquer que ce discours issu de la théologie économique serait – dans son application- une catastrophe pour ceux qui ont intérêt à la pérennisation de la crise? La servitude volontaire des entrepreneurs politiques luxembourgeois peut-elle les entrainer à renoncer à leurs pratiques fiscales pour entrer dans une démarche d’harmonisation ?

Comment expliquer que cela ferait disparaitre les paradis fiscaux à l'intérieur même du continent européen?

Comment expliquer que cela mettrait en cause toutes les optimisations sur les chaines de la valeur?

Comment expliquer que la disparition de l'euro détruirait les avantages de l'industrie allemande bénéficiant d'une garantie de non dévaluation de la part de partenaires d'autant plus intéressants qu'ils sont moins productifs? Comment expliquer que l’euro, loin d’harmoniser, est l’efficace outil permettant de bénéficier des différences ?

Comment expliquer que la classe dominante financière serait pénalisée par la disparition d'une BCE qui leur est soumise de par la vertu des traités?

Autant de questions qui font de l’ex-citoyen des anciens Etats, un être complètement désarmé et désorienté tentant de se réfugier dans le cocon de la sphère privée.

Mais cet "individu désirant" intellectuellement désarmé n'est pas simplement figé, il est aussi partie prenante. Nombre d'ex-citoyens sont devenus épargnants et de fait se rangent du côté de ceux qui entretiennent la crise. Il est du reste exact qu'ils ont pu prendre leur essor avec la mondialisation,  laquelle engendrant la généralisation de l'indépendance des banques centrales, a permis la protection de l'épargne au regard du danger inflationniste.

L'épargne, est aujourd'hui devenue une marchandise prisée, constituant une affectation importante dans le budget des ménages (plus de 15% chez les ex-citoyens des Etats européens). Les épargnants - même très petits -ou très importants, sont globalement du côté de ceux qui bénéficient de la crise.

En cela les consommateurs suivent les épargnants: si l'épargne est une marchandise prisée pour "l'individu désirant", le low-cost boosté par la mondialisation ne l'est pas moins. Il est inutile de reprendre ici des développements d'évidence.

Au total, le citoyen ayant disparu, l’épargnant et le consommateur bénéficiant de la crise, il ne reste que le salarié qui lui, est en opposition radicale avec les différences de salaires que l'on entretient par la mise en valeur de nouveaux territoires. De fait, les chaines de la valeur pouvant toujours s’optimiser, il doit en permanence apporter la preuve de son employabilité à peine de disparaitre dans l’océan du chômage.

Conclusion : Cela fait maintenant 6 années que l’on parle de la reprise de la croissance, et que l’on anticipe des chiffres toujours décevants. D’où, ici ou là, des tentatives très économicistes pour expliquer ce qui devient une croissance zéro à portée planétaire : rendements décroissants de nombreuses activités, tertiarisation improductive, mirage des nouvelles technologies, inadaptation de l’offre de travail, etc. Ces tentatives, notamment celles de Robert Gordon et Larry Summers sont une façon de présenter la tendance à la stagnation de longue durée. Il en existe une autre, celle que nous venons de présenter. Elle est moins techniciste, davantage observatrice du jeu des grands acteurs de ce qui fait une société, et conclue qu’au fond la croissance ou la stagnation n’est que le sous-produit d’un arrangement institutionnel, lui-même effet de jeux sociaux.

Contrairement aux affirmations gratuites d’une « mondialisation heureuse »,la croissance ne pourra revenir que sur la base d’un nouvel arrangement institutionnel, notamment européen. Ce nouvel arrangement passera vraisemblablement par le retour négocié de la souveraineté, laquelle passera par une modification substantielle des modalités de la capture de l’Etat, un Etat animé par des entrepreneurs politiques moins avilis par la puissance de la finance déterritorialisée.

 

 


[1] Nous pensons notamment à l’ouvrage de Patrick Artus et Marie Paule Virard : « Croissance zéro » , Fayard 2015.

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2014/10/pour-bien-comprendre-le-monde-d-aujourd-hui.html

[3] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-etats-effondres-failed-states-dans-la-mondialisation-120988085.html

[4] http://www.lacrisedesannees2010.com/tag/critique%20des%20raisonnements/

[5] Sur la question du numérique comme forme nouvelle de prédation on pourra se référer à Pierre Bellanger (« La souveraineté numérique », Stock, 2014) ou les travaux de Bernard Stiegler, voire les réflexions proposées par le nouvel Institut de la Souveraineté Numérique que dirige Bernard Benhamou.

[6] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-peut-on-fonder-un-ordre-europeen-rawlsien-114879217.html

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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 15:48

 

La publication de l’article de Jean Peyrelevade  dans « Les Echos » du 20 mai dernier : « L’euro indissoluble »  peut faire l’étonnement du juriste ou de l’historien le plus modeste.

Le titre est lui-même curieux tant il est vrai que les affaires humaines sont instables : Il n’y aurait pas d’histoire et d’historiens si ces affaires relevaient de la simple génétique. Le fonctionnement de la ruche est d’ordre génétique et l’organisation de cette dernière inchangée depuis des dizaines de millénaires….mais l’ordre monétaire est lui soumis à la grande histoire des hommes et donc l’indissolubilité d’une monnaie, n’est qu’une expression politique de fort grande légèreté, tant l’histoire monétaire nous prouve le contraire.

 Il est vrai toutefois que monsieur Peyrelevade a pu être abusé par des juristes qui dans des publications de la Banque de France ont osé écrire que « Le droit monétaire a inscrit l’irréversabilité du remplacement des anciennes monnaies et de l’Ecu par l’euro dans la contrainte du droit »[1]. Comment un juriste  peut-il être aussi éloigné de la connaissance des réalités humaines ?

Beaucoup plus grave est le fait que monsieur Peyrelevade, en égratignant un collègue, Jacques Sapir affirme haut et fort dans son texte  que la « lex Monetae » ne pourrait sérieusement s’opposer à la déferlante des créanciers étrangers qui seraient victimes de la fin de l’euro.

 Un point de droit doit lui être rappelé afin qu’il puisse tenter de corriger son propos dans les colonnes des Echos.

Il faut tout d’abord rappeler que la lex monetae est un principe de droit international coutumier rappelé par deux arrêts de la cour de justice de la Haye du 19 juillet 1929. Il faut aussi rappeler qu’il s’agit  d’une règle de portée universelle reposant sur le principe de souveraineté des Etats en matière monétaire, ce qui signifie qu’elle s’applique à tous, aux étrangers comme aux nationaux. A ce titre elle est une loi de police, c’est-à-dire une loi dont l’observation est nécessaire pour la sauvegarde de l’organisation politique, sociale et économique du pays. Cela signifie en conséquence, qu’à priori, les clauses particulières de certains contrats entravant l’exercice de ce pouvoir de police, pourraient-elles mêmes être frappées de nullité par le souverain.

Dans ce contexte juridique à très forte odeur de souveraineté, certes très mal appréciée par les défenseurs de la mondialisation, on pourrait imaginer une forme de désuétude de la lex monetae. Ce serait oublier que la fin du système de Bretton-Woods décidée par le président Nixon le 15 aout 1971, n’a jamais été juridiquement contestée : lex monetae oblige. Et que l’introduction de l’euro s’est réalisée sous son couvert il y a fort peu de temps. En effet, le  règlement N° 1103/97 du Conseil du 17 juin 1997, est venu rappeler que « l’introduction de l’euro n’a pas pour effet de modifier les termes d’un instrument juridique ».

On peut certes opposer à ces deux exemples des arguments solides. Qui aurait oser contester, dans la réalité, quel Etat ,  quelle banque centrale, la décision du président de l’Etat le plus puissant de la planète ?  Dans le même ordre d’idée le règlement N°1103/97 ne pouvait être contesté dans le cadre de la construction de la nouvelle réalité monétaire, une construction ne lésant à priori aucun créancier dans un climat d’optimisme jubilatoire généralisé.

Pour autant la lex monetae a toujours été acceptée même au cas de pays de taille réduite procédant à des modifications de parité désagréables pour les créanciers de dettes souveraines. Aucun Etat n’est venu protéger ses ressortissants - épargnants victimes dans ses achats de produits financiers incorporant  de la  dette souveraine étrangère dévaluée- en exigeant des compensations de l’Etat dévaluateur. Aucune juridiction ne s’est risquée à contester le pouvoir régalien qui consiste à modifier les caractéristiques voire la dénomination de la monnaie souveraine.

A cet égard, les questions classiques de « déséquilibre des contrats » (droit français) ou de « frustration » (droit anglais) ne sont pas de mise et s’il existe un risque en raison de la souveraineté monétaire, c’est l’acheteur qui doit prendre la précaution de se couvrir au regard du taux de change. Il en est de même des clauses de « harship »  (clauses de « nouvelles circonstances ») qui ne seraient guère opposables aux Etats. Ajoutons que le risque se trouve déjà compensé dans le taux de l’intérêt qui incorpore la prime de risque.

On voit mal également une juridiction s’embarquer sur le terrain d’une lex monetae disparue en raison de la disparité de la souveraineté monétaire inscrite dans les Traités européens. La fin de l’euro faisant disparaitre les traités correspondants, la souveraineté  retrouvée serait en conséquence  la renaissance de ce qui lui est rattaché : la lex monetae .

Bien évidemment on peut imaginer que d’innombrables acteurs tenteront de mobiliser nombre de juridictions. C’est sans doute exact et Jean Peyrelevade a raison. Sauf que le retrait éventuel de la France de la zone euro correspondrait tout simplement à sa disparition…d’où une multiplication gigantesque des contestations qu’aucune machine judiciaire ne saurait absorber, si ce n’est pour rappeler la loi monétaire attachée à la souveraineté de chaque Etat. Les dettes souveraines ne sont pas  quantitativement modifiées par la variation d’une dénomination et d’un taux de change.

On peut toutefois imaginer une libéralité introduisant un régime de faveur pour les créanciers en dette souveraine dévaluée, celle que nous avons proposée dans un article précèdent[2]. On peut en effet imaginer que la fin de l’euro serait aussi vraisemblablement le retour de l’autorité publique sur sa banque centrale. Ce retour signifierait la possibilité de monétiser toutes les créances, en particulier souveraines  sur la base du nouveau taux de change. Nous renvoyons ici le lecteur au texte proposé sur le blog. Au-delà il nous faut conclure.

Conclusion :

Monsieur Peyrelevade craint que la dévaluation correspondant à l’abandon par la France de l’euro, correspondrait à une augmentation de sa dette publique externe équivalente à la dévaluation, soit selon ses chiffres plusieurs centaines de milliards supplémentaires. Cela est complètement inexact, et la France pourra opposer, comme tous les pays du monde qui ont connu cette circonstance,  la lex monetae de toujours.  Nous suggérons au quotidien Les Echos, d' autoriser Monsieur Peyrelevade à corriger des erreurs graves, lesquelles s’ajoutent à la propagande  générale qui engendrent chez  les citoyens de fausses croyances et de fausses peurs à très fort pouvoir contagieux.

 

 

 

[1] https://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/archipel/publications/bdf_bm/etudes_bdf_bm/bdf_bm_108_etu_2.pdf . Il s’agit d’un article du Bulletin de la Banque de France (N° 108, Décembre 2002) signé par Jean Christophe Cabotte et Anne-Marie Moulin.

[2] Cf. : http://www.lacrisedesannees2010.com/article-les-conditions-d-un-demantelement-reussi-de-la-zone-euro-92063917.html

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 10:33

 

« La solution pour la Grèce ? Une privatisation XXL », titre un article des Echos en date du 26 février dernier. Rédigé par Jacques Delpla, professeur à l’Ecole d’économie de Toulouse, ce texte inquiète par la légèreté  intellectuelle et morale d’une partie du monde académique.

En résumé, le texte précise que le programme grec de privatisations  lancé en 2012 ne fonctionne pas puisqu’il n’a rapporté que 1,5% de PIB. Résultat qui ne permet pas d’atteindre l’objectif fixé à 25% de PIB pour 2020. La cause de cet échec serait une valeur potentielle des actifs privatisables trop faible en raison d’un taux d’intérêt exceptionnellement élevé en Grèce.

Constatant que les Etats européens, dans leur programme de crédits au Trésor Grec, se contentent de taux exceptionnellement faibles (entre 0 et 1,5%), il serait proposé d’échanger les titres correspondants (dette publique grecque par conséquent) contre les actifs privatisables. De quoi diminuer rapidement la dette publique grecque puisque l’auteur de l’article propose d’échanger -sur la seule année 2015- 150 milliards d’euros détenus par les Etats européens contre l’équivalent en actifs privatisables : Une somme qui représente 75% du PIB, soit aussi près de la moitié de la dette publique du pays. Au total, un projet permettant le redémarrage de la Grèce...

Mais aussi un projet peuplé d’arguments logiques discutables et surtout politiquement insupportables.

La théorie pure…

On sait qu’un titre a pour valeur le gain potentiel qu’il représente, soit la somme des revenus futurs qu’il doit engendrer. Les revenus futurs parce qu’éloignés du présent sont dépréciés par le porteur de titres : très simplement, on considère qu’un euro présent a plus de valeur qu’un euro dans un an. Cela signifie qu’il faut actualiser - rendre présent-  les revenus futurs procurés par le titre. Cette actualisation s’opère techniquement en « rognant » les revenus futurs, c’est à dire en les divisant par un nombre supérieur à l’unité. Le monde académique considère généralement que ce nombre est l’unité à laquelle on ajoute le taux de l’intérêt, en particulier celui qui se forme sur le marché de la dette publique.

….mais macro économiquement décontextualisée….

Jacques Delpla, l’auteur de l’article, explique l’échec des privatisations par le taux très élevé de l’intérêt sur la dette publique grecque : les titres privatisables sont actualisés -les bénéfices potentiels sont « rognés »- par un taux beaucoup trop élevé.

L’argument n’a rien de convaincant :

Choisir  le taux de l’intérêt sur la dette publique est justifié dans les situations classiques, celles où le Trésor éveille généralement moins  de soupçon de défaut que les autres agents économiques. Tel n’est pas le cas du Trésor grec, mis sous perfusion depuis plusieurs années par le FMI, le FESF, et les Etats européens.

En revanche, l’échec des privatisations relève bien plutôt d’une anticipation de revenus futurs d’entités largement déficitaires : entreprises de transports, d’électricité, d’eau, de ports, etc. ….pour lesquels les clients et usagers sont eux-mêmes pour partie en situation d’insolvabilité. Si l’on y ajoute l’illiquidité relative des titres correspondants (quelle profondeur de marché pour des actions d’entreprises d’électricité de taille modeste et dont la clientèle n’honore les factures qu’avec difficulté ?) on comprend mieux l’échec des privatisations.

 Les privatisations sont plus aisées dans un monde qui s’élargit que dans un monde en voie de rétrécissement. Précisément, dans ce dernier type d’univers il faut un acteur public puissant qui inverse le cours des choses  avec détermination et radicalité, plutôt que des acteurs privés en simple quête d’aubaines : ces dernières ne peuvent qu’être rares en Grèce.

Curieusement, selon Delpla,  ce que les acteurs privés ne veulent pas, serait accepté par des Etats qui, loin de se comporter comme de vrais acteurs publics, se comporteraient comme des acteurs privés : ils achèteraient les actifs publics grecs avec les créances qu’ils détiennent sur le Trésor Grec. Ils ne chercheraient pas à inverser le cours de choses et s’adapteraient à la présente situation.

De fait,  il s’agit de fausses privatisations, le capital continuant d’appartenir à un Etat non grec, mais en même temps de fausses  « néo-nationalisations » ou "nationalisations confirmées" puisque les Etats propriétaires, libéralisme oblige, confieraient la gestion du capital à la Banque européenne d’investissements. Notons toutefois, que la dite banque ne pourrait pas revendre les actifs correspondants, puisqu'elle se trouverait en face d'acteurs privés boudants des actifs dont la valeur actualisée serait trop faible. Les actifs en question resteraient ainsi propriétés publiques des autres Etats européens

....et politiquement scandaleux…..

Le véritable problème posé par l’article  est pourtant d’un autre ordre : comment Syrisa, jusqu’ici très populaire, pourrait accepter que des entreprises publiques dont nombre d’entre-elles  assurent un service public, soient juridiquement transférées à d’autres Etats ? Certaines de ces entreprises sont d’ailleurs d’indispensables outils de souveraineté (ports et aéroports très nombreux) permettant à un Etat d’exercer ses missions régaliennes sur une multitude d’iles géographiquement très dispersées.

Déjà en 2010, l’hypothèse scandaleuse d’une vente d’iles à l’Allemagne avait été évoquée jusqu’au  Bundestag. Concrètement appliqué, le projet de Delpla signifierait que telle infrastructure grecque- port ou aéroport par exemple- serait Allemande tandis qu’une autre serait espagnole, une troisième italienne, etc…

Le contexte géographique est tel que la Grèce fait face à un problème de continuité territoriale engendrant des coûts de souveraineté considérables. Que les infrastructures correspondantes soient vendues à des entités  privées est politiquement pensable, en raison de la probable soumission de ces entités à la loi souveraine. Mais qu’elles soient vendues à des Etats étrangers est politiquement impensable même si les dits-Etats étaient soumis à la loi souveraine. Car la loi souveraine risquerait d’être quelque peu « édentée » : un gouvernement souverain pourrait-il ainsi porter atteinte au patrimoine d’un autre Etat souverain beaucoup plus puissant ? Le contribuable/épargnant allemand - et non l'actionnaire privé- accepterait-il, en raison de tel ou tel choix politique en Grèce, une saisie de ses biens ?

Le projet est donc bien celui du dépeçage d’un Etat souverain.

Compte tenu du chiffre proposé (150 milliards de dette publique convertie en capital public approprié par des Etats étrangers) et du patrimoine grec (environ 500% de PIB), cela signifierait un dépeçage du capital national grec d’environ 15% de PIB.

 Jadis, le dépeçage consistait plutôt en une appropriation de territoire et un déplacement de frontières. De ce point de vue, les grecs qui ont une connaissance  des opérations de partage de la Pologne au 18ième siècle, peuvent se déclarer soulagés : leur sort même sous la férule des bonnes idées de Delpla serait moins cruel que celui des polonais......

Parce que la mondialisation est quête de différences, sources de profits et de rentes, la technique du dépeçage laisse intacte les vieilles frontières : Les occupants ne vont pas déployer des armées en Grèce....... La force des "règles" domine celle des "armes". Et ces règles sont « bien vendues »  par une partie du monde académique.

Un tel scénario est-il moralement envisageable ?

 

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 07:55

       Note:  Pour les lecteurs habituels du Blog j'attire leur attention sur la fin de l'article:"Et La France dans tout cela?".                                       

Dans un récent article du Monde[1], Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen partent en guerre contre les députés frondeurs du PS lesquels se disent partisans d’une sortie de crise par la demande.

Sur la même page, Liêm Hoang-Ngoc répond en argumentant sur l’impasse d’un socialisme de l’offre[2]. Nous sommes ainsi renvoyés à un débat qui remonte au début du 19 siècle et qui n’a jamais cessé de parcourir ce qu’on appelle la Science Economique et ses grands auteurs : Malthus, Ricardo, Say, Sismondi, Rosa Luxembourg, Marx, Keynes, etc…

Aujourd’hui, il s’agirait de trouver les clés d’une sortie de crise, et les débats mobilisent des auteurs qui n’ont plus la même envergure que leurs illustres prédécesseurs : Ils recherchent la clé perdue en pleine nuit en se bornant aux limites de la lumière de quelques lampadaires. Les lecteurs de ce blog savent que la clé se trouve ailleurs, c’est-à-dire dans une mondialisation qu’un jeu d’acteurs à l’échelle planétaire transforme progressivement en drame.

Profitons-en pour rappeler la réalité des choses : le déséquilibre entre offre et demande agrégée qui s’est progressivement construit autour de la mondialisation. Une réalité très éloignée de la vision produite par les spécialistes qui recherchent la clé dans des lieux où elle ne se trouve pas. Bornons-nous à quelques grandes étapes en insistant sur les rapports entre offre et demande.

 

La première étape est celle qui permit d’en finir avec la crise précédente et va assurer les « 30 glorieuses ».


1) « L’Etat –Nation fordien développé » et le « sous-développement ».

Tout a été dit sur cette phase qui correspond aussi à l’après seconde guerre mondiale, il est donc inutile d’insister. Signalons simplement que cette étape est celle d’une garantie de l’équilibre entre offre globale et demande globale par forte redistribution de gains de productivité abondants. La montée d’une Etat social servira aussi d’assurance de débouchés : les entrepreneurs économiques paient une prime d’assurance garantissant des débouchés croissants,  (taxation de l’activité et en particulier du travail s’agissant plus particulièrement de la France) prime payée à des entrepreneurs politiques qui se produisent et se reproduisent au pouvoir en construisant le produit politique « Etat-providence ».

Parce que l’on en est encore au stade de l’Etat-Nation, cela suppose aussi de lourds transferts entre régions, et au final un processus d’homogénéisation renforçant l’équilibre offre globale et demande globale. Au niveau mondial, cette étape se caractérise par une croissance forte de ce qu’on appelle les pays développés et beaucoup plus faibles, pour ce qu’on va à l’époque appeler pays de la périphérie ou pays sous- développés : entre 5 et 7 ou 8% d’un côté et moins de 3% de l’autre. Sur le plan monétaire, le modèle allemand
[3] ne s’est pas encore mondialement imposé : «  la loi d’airain » de la monnaie[4] est abandonnée et la création monétaire, qui est le fait des banques centrales et des banques de second rang, est bien présente pour assurer la croissance.

Cette croissance monétaire est bien sûr une croissance par endettement, mais celui-ci est contenu par une inflation qui participe largement de la répression financière de l’époque.

2) Mondialisation acte1 : L’émergence du couple USA/Chine.


Ce que certains ont appelé le « mariage de Wal-Mart et du parti communiste  chinois »
[5] marque l’une des premières étapes de la forme moderne de la mondialisation.

Il s’agit de la première grande rupture entre offre globale et demande globale. La production chinoise est appelée à devenir très supérieure aux débouchés nationaux. Pour les USA, les choses deviennent complexes : La croissance de la production peut encore se maintenir car la  concurrence  des importations en provenance de chine créent suffisamment d’effet-revenu au profit des salariés qui peuvent ainsi nourrir une demande domestique supplémentaire. Toutefois on se dirige vers un déficit extérieur et une demande interne appelée – sauf ouverture croissante du crédit et de la dette - à  se comprimer.Avec le temps cette compression se fera croissante: les salaires américains se bloquent avec une contrepartie en termes de revenus qui devient facteur de blocage de la demande;  le déficit, quant à lui,  devient une production et un revenu correspondant qui n'est plus assuré sur le territoire américain, donc une demande potentiellement déclinante. 

Déficit d’un côté et excédent de l’autre, il peut encore y avoir un équilibre mondial tant que « l’armée industrielle de réserve chinoise » ne heurte pas plus frontalement les salaires américains.

Cette étape 2 concerne les années 80 lesquelles voient un redéploiement de la croissance : Les taux baissent dans les vieux pays développés et montent dans les autres : environ 3% contre 8 à 10 d’abord chez les « tigres asiatiques », ensuite et surtout en Chine. La création monétaire doit bien sûr suivre, et à l’endettement qui ne fait que suivre la croissance il faudra ajouter l’endettement du aux premiers lourds déséquilibres : l’Asie doit commencer à financer l’endettement américain.

3) Mondialisation acte 2 :L’ère des bulles.


L’expression de « pays sous-développés » n’est plus seulement remplacée par celle de
  « pays émergents » car nombre de ces derniers deviennent « pays émergés ». Sans toutefois, sauf pour certains d’entre-eux,  devenir des Etat-Nations fordiens classiques. Ainsi la Chine verra la part des salaires dans le PIB devenir l’un des plus faibles du monde : 35%. Son équilibre ne peut donc résulter que d’excédents extérieurs de plus en plus massifs.

 Le déficit américain devient abyssal, car l’économie américaine absorbe une bonne part des excédents chinois, lesquels participent activement à la désindustrialisation du pays, avec en corollaire le blocage de longue période des rémunérations et l’explosion des inégalités.

Désormais toutes les autoroutes de la mondialisation fonctionnant sans péages[6], le nouveau capitalisme voit le principe moteur  de la concurrence passer des gains de productivité à celle de la course à la baisse des salaires. C’est tout le sens qu’il faut donner à l’allongement considérable des « chaines de la valeur », et au primat du « Buy » sur le « make » : il faut sans cesse externaliser et transformer radicalement l’entreprise, qui devient de plus en plus corps apparemment démembrée[7]. Le déséquilibre planétaire devient difficilement gérable et la production croissante voit ses débouchés se restreindre de façon massive.

Toutefois la crise est refoulée par la montée considérable du crédit et de l’endettement qui en découle : une bulle de dettes sur laquelle sont branchés tous les nouveaux instruments d’une créativité financière qui n’est plus muselée par la répression de jadis. Les salariés américains, dont beaucoup sont devenus précaires, continuent de consommer grâce au crédit. L’Etat fédéral poursuit ses dépenses militaires pharaoniques grâce à l’épargne chinoise. Dettes publiques et privées, s’épuisent à maintenir le niveau de demande mondiale globale garantissant la croissance de l’activité.

Cette dernière reste déséquilibrée en faveur des pays émergents (plus de 10% pour la Chine), avec toutefois maintien d’une croissance non négligeable, dopée par la dette dans les anciens pays développés (surtout les USA qui maintiennent durablement des taux supérieurs à 3%).

4) Mondialisation acte 3 : Explosion de la dette et fragile digue des Etats.


Inutile de rappeler les évènements de 2008/2009 tant ils sont connus. Les entrepreneurs politiques devenus dépendants de l’industrie financière
[8], et parfois même se confondant avec les dirigeants de cette dernière[9], font le choix du « Bail-out ». Il en résulte que l’immense dette privée qui se cachait dans la bulle devient dette publique et vient accroitre le poids des charges qui accablaient déjà certains Etats fort endettés[10]. La spéculation sur la dette privée, devient aussi spéculation sur les dettes publiques, avec attaques sur les parties les plus fragiles de la grande digue des Etats : la dette européenne. La zone euro devient ainsi un lieu privilégié, avec prise de conscience par la spéculation que nombre de dettes publiques ne sont plus soutenables. Les entrepreneurs politiques de la zone, ardents défenseurs de la conception allemande de la monnaie, défense qui est aussi celle des grands gagnants de la mondialisation, adoptent à la hâte des mesures d’austérité visant à contenir la vague des déficits et le service de la dette correspondant. Chaque point de PIB de dépense publique gagnée dans la course à un désendettement impossible à atteindre, devient un point de demande globale en moins, d’où- sous l’effet du multiplicateur budgétaire-  l’aggravation de la crise. Ce qui était la première économie du monde devient la zone la plus dépressive du monde, zone qui en raison de son poids, vient affaisser des croissances mondiales déjà sur le déclin. Le prétendu « rétablissement », utilisant y compris des bricolages statistiques[11], n’est que l’aggravation planétaire de la crise. D’où la nécessité de construire de nouvelles digues.

5) Mondialisation acte 4 : La construction de la digue des banques centrales et ses effets.


Parce que la mondialisation est devenue une logique de destruction, creusant un fossé de plus en plus large, entre offre globale mondiale et demande globale mondiale, fossé que les Etats ne sont plus capables de combler par des déficits, il faudra mettre en ordre de bataille les banques centrales chargées de monétiser ou racheter de la dette. Cela commence très tôt avec la FED et 3 « quantitative easings » laquelle sera suivie par les banques d’Angleterre, puis du Japon et
 enfin la BCE et ses « LTRO » et autre « OMT » ou taux d’intérêts négatifs. Le comblement du fossé entre offre globale et demande globale se mesure à la démesure croissante des bilans des dites banques centrales : plus du quart des PIB des Etats correspondants et la moitié du PIB japonais pour la banque du Japon.

Commencée avec la mise en place des autoroutes de la finance, et donc la fin de la répression financière et de l’euthanasie des rentiers, la mondialisation poursuit sa course destructrice, en  revenant vers cette dernière  de façon imprévisible et inattendue : Les Etats, y compris ceux du sud de l’euro zone,  retrouvent des conditions d’endettement qui ne sont plus celles de la loi d’airain de la monnaie[12]. De la même façon les entreprises non financières voient leur rentabilité augmenter en raison de la baisse des taux[13]. A l’inverse, la menace est grande pour les fonds de pension à prestations définies et les compagnies d’assurances. La nouvelle euthanasie des rentiers permettrait ainsi de ne plus évoquer stupidement le « sacrifice des générations futures »- les ménages jeunes bénéficient de taux faibles- et l’égoïsme des ainés, qui cigales plus que fourmis, auraient scandaleusement endettés leur pays.

Conclusions

 

A l’échelle mondiale aucune  des mesures envisagées ne correspond à la bonne clé d’une sortie de crise et le fossé entre offre globale et demande globale ne cesse de s’élargir : le processus de dislocation ne s’achève pas. Il est même conforté par la digue ultime des banques centrales….des établissements dont le passif n’est jamais exigible[14]… Plus clairement encore, la course à la baisse mondiale des salaires peut se poursuivre[15], et la logique de destruction continuer : expulsion de ceux qui bénéficiaient d’un Etat-providence, d’un emploi stable, d’une appartenance à la classe moyenne, etc. Mais aussi expulsion des entrepreneurs politiques classiques désormais supplantés par des gangs ou « formations prédatrices »[16] faites d’une élite mondialisée, hors-sol, bénéficiant de capacités systémiques surpuissantes et finalement peu maitrisables[17] : banquiers, juristes, comptables, mathématiciens, journalistes, dirigeants de grandes entreprises, informaticiens, physiciens, lobbyistes, etc.[18]. Au total expulsion de la démocratie au profit d’une oligarchie, avec maintien, voire sacralisation de droits de l’homme dans leurs versions les plus épurées, c’est-à-dire anglo-saxonnes.

Plus proche de l’Europe, cette nouvelle donne n’entraine évidement aucune solution à la crise de l’euro. Les pays du sud ne peuvent en aucune façon espérer de soulagement dans la course à la baisse des salaires par une modification du taux de change : il faut imaginer l’impensable et le cruel retour à des époques que l’on croyait révolues. Non seulement l’Europe du sud doit accepter la dévaluation interne exigée par l’Allemagne[19], mais elle doit aussi subir les assauts d’un processus plus vaste encore, celui imposé par l’écart croissant entre offre et demande planétaire.

Dernier point : la nouvelle euthanasie des rentiers ne peut être une incitation à l’investissement productif. Constatons que si la baisse des taux a permis aux entreprises non financières (ENF) d’accéder à une rentabilité plus élevée, l’investissement ne peut s’envisager sur la base d’une demande globale en réduction, déficit d’investissement qui en retour affaisse davantage encore la demande globale mondiale et fait grandir le fossé avec l’offre correspondante.[20]

Et la France dans tout cela ?

La France se trouve de plus en plus mal placée, certains osant même affirmer qu’elle devient le "pays dernier de classe". Dans la guerre de la mondialisation les plus hardis peuvent relativement moins perdre que d’autres. Ainsi la baisse des salaires en Espagne permet de rétablir un semblant de compétitivité et  laisse à ce pays l’ambition de devenir une petite Chine. Le même raisonnement peut se faire pour d’autres pays qui se « réforment » plus vite que d’autres : les petites Chines peuvent se multiplier.  D’où les lamentations concernant une France qui n’arrive pas à se réformer, qui connait encore une hausse des salaires et qui en contrepartie encaisse des déficits publics et  extérieurs croissants, avec le chômage qui lui est associé….  au grand soulagement des petites Chines qui voient leur stratégie couronnée de succés….Merci la France qui, difficilement intégrée dans la mondialisation, en accepte pourtant la charge croissante: elle encaisse sous forme de déséquilibre extérieur et de chômage les exportations croissantes des petites Chine.

La clé de la sortie de crise est introuvable si l’on se borne à ne la rechercher que là où la lumière du lampadaire se fait suffisamment vive.

Certains pensent en avoir trouvé une dans le maquis des réformes qui pour l’essentiel concernent la baisse des salaires pour leur pays ou –par effets de gains de productivité-  imposent de telles baisses aux pays clients  moins productifs. Toutes ces clés, peut-être utiles à l’échelle d’un pays, produisent un drame planétaire. Les pays émergents voient ainsi un étouffement de la croissance, avec dans certains cas- le Brésil par exemple- l’apparition d’une étonnante stagnation.

D’autres pensent trouver la clé (« l’Appel des 100 » députés du parlement français) en relançant la demande globale : de quoi faire de la France la solution fort précaire et fort injuste de la crise des débouchés de ceux qui « réforment » avec un apparent succès. 

Quand, de par le jeu des acteurs à l’échelle planétaire, l’humanité trouvera la bonne clé de la sortie de crise ?

 



[1] « Refusons les vieilles recettes de la vieille gauche taxophile », Le Monde du 25 juin 2014.

[2] « Le socialisme de l’offre est une impasse », Le Monde du 25 juin 2014.

[3] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-independance-des-banques-centrales-et-paradigmes-culturels-117604632.html

[4] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-loi-d-airain-de-la-monnaie-medium-n-34-janvier-2013-114312510.html.

[5] Expression que nous devons à Jean- Michel Quatrepoint.

[6] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-agonie-du-fordisme-forme-de-l-etat-et-gigantisme-financier-2-77358419.html

[7] La « tête » dans un pays, un bras sur un autre dans un autre continent, une jambe dans un troisième, etc.

[8]Phénomène bien expliqué dans l’ouvrage de Christian Chavagneux et Thierry Philipponnat : « La capture » ; La Découverte ; 2014.

[9] Cf. l’étude de Daron Acemoglu (MIT) : « The value of Connections in Turbulent Times: Evidence from the United States, NBER Workink Papers n° 19701, novembre 2013.

[10]D’autres qui l’étaient peu le deviennent brutalement en raison du sauvetage financier : USA, Irlande, Espagne, etc.

[11] Parmi ces derniers signalons la redéfinition des règles comptables pour le calcul des PIB, (par exemple les dépenses de recherche et développement sont désormais comptabilisées dans la FBCF) ce qui entraine une croissance « inédite », et les exceptions aux règles de calcul du déficit pour les pays les plus en difficulté notamment la Grèce. De quoi améliorer les images statistiques et donc de rassurer.

[12] D’où les prétendus retours triomphaux des Etats du sud de la zone euro qui connaissent des taux enfin abordables, tandis que la France n’a jamais connue de taux aussi bas qu’en ce printemps 2014.

[13] Cette baisse aurait représenté 20% de la croissance des entreprises américaines entre 2007 et 2012. Cf l’article de Martin Wolf déjà cité.

[14] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-oui-le-passif-d-une-banque-centrale-est-non-exigible-une-aubaine-pour-la-finance-121560542.html

[15] D’où le blocage des nouvelles et importantes classes moyennes des émergents : Chine, Brésil, etc. ..Concurrencées par de nouveaux salariés des nouvelles périphéries : Vietnam, Bengladesh, Ethiopie, etc. Pour ne prendre qu’un exemple la nouvelle classe moyenne chinoise se trouve désormais exposée à la baisse des salaires américains (l’écart de cout unitaire étant passé de 17,1$ en 2005 à 6,9 en 2012…écart  disparaissant avec les couts américains de l’énergie, d’où les nouveaux investissements chinois dans le sud des USA) mais aussi à l’énorme compétitivité de ses voisins immédiats (Vietnam et Cambodge) dont les salaires très inférieurs aux salaires chinois justifient les massives délocalisations chinoises vers ces pays pour l’industrie du jouet ou du textile. A une échelle plus réduite la moyennisation de l’espace européen devient avec l’euro, un leurre, et l’écart de 1à 20  (selon XERFY) entre les 10% les plus pauvres (plutôt des ménages portugais) et les 10% les plus riche (plutôt des ménages allemands et luxembourgeois) ne va guère se réduire avec les politiques d’austérité.

[16] Terme emprunté à Saskia Sassen dans son ouvrage : « Expulsions. Brutality and complexity in the Global Economy »; Harvard University Press ; Mai 2014.

[17]L’industrie financière dérégulée est en effet non maitrisable y compris par ses acteurs, lesquels sont parfois inquiets d’une création à la fois voulue et subie. De la même façon qu’un accident nucléaire développe des évènements hors de contrôle, un accident financier développe des conséquences non planifiables.

[18] Cette élite mondialisée hors sol - bien sûr investie dans l’immense industrie financière -  n’est évidemment pas victime de l’euthanasie des rentiers. Cette élite vit en effet moins de taux que d’écarts de prix. Parce que l’industrie en question vit de la recherche de l’information, elle patauge nécessairement dans les marécages des délits d’initiés et autres conflits d’intérêt. C’est cette matière première qui fait l’immensité de sa prédation, une prédation vis-à-vis de  laquelle les « régulateurs » s’avèrent impuissants.

[19]Laquelle détenait le record des inégalités dans les grands pays industriels et vient seulement d’être rattrapée par les USA, ce qui explique aussi, partiellement, son attitude vis-à-vis d’une Grèce dont les ménages disposeraient d’un patrimoine trop important (Cf le rapport OCDE présenté dans les Echos des 2 et 3 mai 2014).

[20] Ajoutons que les investissements programmés ne sont pas orientés vers la productivité et, la  « destruction créatrice » chère à Schumpeter, est toujours annoncée… et peu constatée. Cf. à cet égard les thèses actuelles développées par Peter Thiel, Garry Kasparof, Robert Gordon mais aussi Jean Paul Pollin et tant d’autres, qui insistent sur l’idée de longue stagnation en matière de technologie et d’innovation. Ces idées sont aussi confirmées par l’estimation de la qualité des emplois crées en France à l’horizon 2018 (Cf. le rapport McKinsey d’Avril 2014) qui révèle clairement le choix de branches non porteuses de gains de productivité (Maintenance et entretien, services aux particulier, hébergement et restauration, santé, etc.).

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