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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 09:34

Le tableau que l'on trouvera ci-dessous a déjà été publié sur le blog et offre une synthèse de notre ouvrage publié en 2012 (Banques Centrales, Indépendance ou soumission,  chez Yves Michel).

Il reste un bon outil pour les candidats souverainistes sérieux. Un souverainiste sérieux doit avoir le courage d'expliquer qu'une banque centrale ne saurait être une autorité indépendante, et qu'elle doit obéir au pouvoir politique régulièrement désigné par le peuple. C'est ce que nous avons appelé le "mode hiérarchique de gestion de la dette", mode à l'opposé de celui d'aujourd'hui où le souverain doit passer par le marché pour financer sa trésorerie et sa dette. Quand une banque centrale est autorité indépendante et qu'au surplus il lui est interdit de financer le Trésor, l'Etat correspondant cesse d'être souverain. Si les candidats souverainistes connaissaient l'histoire des Etats et la place déterminante qu'ils ont toujours accordée à la monnaie, ils comprendraient que le "mode marché de gestion de la dette" est une anomalie historique menant à une catastrophe planétaire.

 

La fin de cette anomalie permettrait de régler nombre de problèmes : boursoufflure de la finance dans le paysage de la société avec des banques anormalement grosses, avec un endettement de plus en plus massif pour produire de moins en moins de valeur ajoutée réelle, un détournement massif de l'économie réelle au profit des jeux financiers, un abandon des taux de change fixes au profit d'un marché près de 100 fois plus important que ce qui est nécessaire au commerce international, une totale liberté de circulation des capitaux autorisant des  chaines de la valeur optimisées pour bénéficier de coûts du travail mondialement plus faibles, des incohérences et contradictions de statuts avec des sujets devenus déboussolés et incapables de se repérer dans des cadres cohérents, une compétition  entre nations se transformant doucement en agressivité et rancœur, une montée du nationalisme voire du communautarisme pour les plus éloignés du marché compétitif, un retour aux formes les plus barbares de la religion, une dégradation de l'environnement, etc.

Que les candidats classiques des partis traditionnels soient incapables de proposer des solutions sérieuses est assez logique: ils sont issus des groupes d'acteurs qui sont à l'origine de la grande transformation menant à notre anomalie historique. Que les candidats souverainistes n'aient pas pris conscience de la radicalité des mesures à prendre est plus grave et témoigne d'une grande ignorance de l'histoire de la monnaie et des Etats. Ainsi nous continuerons au cours de la campagne à être les spectateurs de cette gravissime  inculture.

Êlections présidentielles: Ce que les souverainistes devraient avoir en tête
Êlections présidentielles: Ce que les souverainistes devraient avoir en tête
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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 08:58

Dans un contexte économique devenu très difficile, la campagne électorale française tourne au cauchemar.

Effectivement le contexte est devenu très difficile et les  chiffres pour l'année 2016 du commerce extérieur (déficit de 48,1 milliards contre 45,7 en 2015, et ce, dans un environnement de baisse des prix du pétrole) confirment que Le CICE budgétairement très coûteux n'a eu que peu d'effet pour le rétablissement de la compétitivité du pays. Mieux, hors énergie et matériel militaire, le déficit n'a fait que régulièrement s'aggraver depuis 2013. A cela il faut opposer la croissance des excédents allemands désormais atteints de gigantisme: 297 milliards d'euros en 2016 (en augmentation de 15% sur l'année antérieure). cela fait de l'Allemagne le pays le plus excédentaire du monde, dépassant même la Chine qui, elle, voit son excédent s'effondrer en passant de 293 à 245 milliards d'euros entre 2015 et 2016.

Dans ce contexte de divorce croissant du prétendu couple franco-allemand - déficit de 48,1 contre excédent de 297 milliards d'euros - il est clair que les programmes des différents candidats apparaissent d'une grande frilosité. Abordant souvent des détails indignes au regard de l'enjeu, saupoudrant des mesures sans réflexion ni envergure réparties sur des centaines de propositions, ils masquent les vrais problèmes dont la solution pourrait assurer le retour d'une ambition, qui est  d'abord celle de refaire société en reconstruisant une immense classe moyenne aujourd'hui disparue.

Au delà des candidats qui proposent de rejoindre l'Allemagne par une austérité croissante, qui ne peut entrainer que l'aggravation d'une situation déjà difficile - la dévaluation interne comme seul moyen d'un retour à la compétitivité - il y a ceux qui croyant renverser la table proposent une TVA sociale supposée rétablir l'équilibre. Ce type de mesure peut tout au plus protéger contre l'hyper mercantilisme agressif, mais outre son impact sur les coûts internes, il ne peut rétablir la compétitivité externe.

Seuls 2 candidats proposent le rétablissement de la souveraineté monétaire, mais proposition quasiment honteuse - apparaissant comme mesure glissée sous des centaines d'autres-  dans un contexte de quasi peur d'une police politique affirmant brutalement que le retour à la monnaie nationale serait ruineux. Proposition honteuse donc car ayant conscience de ses effets sur les marchés financiers dès leur annonce... aussi délicate soit cette dernière.

Pour autant, on ne peut proposer une vraie ambition qu'en posant la question de manière ouverte, car nul programme de reconstruction du vivre ensemble, un tant soit peu crédible et approximativement chiffré, ne peut être cohérent sans passer par la clé de voûte de la monnaie.

C'est bien en raison d'un taux de change complètement inadapté qu'a pu se constituer le double mur du déficit d'un côté et de l'excédent de l'autre. Double mur mis en avant par le nouveau secrétaire d'Etat au commerce américain. Il n'est donc pas sérieux, dans un contexte de retour à la monnaie nationale, d'évoquer un programme de mesures prétendument chiffrées. Le retour d'un taux de change initie un prix général à partir duquel tous les autres prix vont s'exprimer et à partir desquels des choix de politique économique vont pouvoir s'initier. Comment en effet parler de façon détaillée de fiscalité, ou de dépenses publiques, si tout doit au préalable être modifié par ce prix pivot qu'est le taux de change, charriant nécessairement des taux d'intérêt, des nouvelles modalités de financement du Trésor, de nouveaux chemins de réduction de la dette, etc.?

Les candidats souverainistes devraient par conséquent abandonner leur programme pour expliquer le comment et le pourquoi du rétablissement de la souveraineté monétaire.

L'exercice n'est pas simple car il consiste à expliquer les vraies mesures à prendre pour assurer dans des conditions de sécurité suffisantes le passage d'un monde qui ne peut plus assurer le maintien d'une large classe moyenne - donc un monde faisant face à des désordres sociaux croissants et bientôt incontrôlables -  en un monde où la qualité du vivre ensemble se trouve progressivement rétablie.

A cet égard, nous ne changeons pas d'avis. Il est impératif que les candidats souverainistes expliquent clairement la situation: le grand écart à l'intérieur de la zone euro, l'effondrement de l'investissement sur toute la zone, l'excessive épargne de la zone (Près de 3% en 2016), la disparition des flux financiers intra-zone, la polarisation massive de la société dans tous les pays victimes de l'euro, la montée des rancœurs entre pays, la BCE devenue planche à billets, etc.. Cette campagne d'explication et d'objectivation de la réalité doit être au cœur des programmes. Et elle est essentielle en raison de la disparition générale de la raison au profit de la montée des émotions.

Mais les programmes doivent aussi expliquer comment s'y prendre pour changer les choses sans développer la panique provoquée par l'anticipation de la dévaluation: spread de taux, thésaurisation en billets, ouvertures de comptes en zone mark, krach obligataire, disparition de tout investissement, sur importations  de précaution, gel à l'étranger du produit des exportations, spéculations sur les marchés à termes, etc.

Prévenir la panique avant l'élection présidentielle, c'est:

     -  Placer au centre des débats la planche à billets dont il sera négocié la réorientation de ses bénéficiaires : l'économie réelle sous la forme d'investissements massifs publics et privés ( de quoi faire disparaître l'excès d'épargne de la zone), la diminution de la dette publique, la sanctuarisation de l'Etat-providence, la création massive d'emplois générés par l'investissement. A ce niveau les candidats peuvent se passer de chiffres mais ne peuvent  s'abstraire de la qualité des raisonnements.

       -  s'engager sur la négociation avec la seule Allemagne en proclamant haut et fort que la modification du statut de la BCE permettant la réorientation fondamentale de son activité est la seule possibilité pour le sud de la zone de continuer à lui appartenir.

Bien évidemment, les candidats souverainistes doivent aussi savoir que cette négociation est impossible pour les allemands et que, dans ces conditions, en cas de victoire à l'élection présidentielle, la réquisition de la banque de France interviendra sans délai, avant même tout épanouissement de la panique,  y compris en s'affranchissant de la légalité européenne. Une telle décision, par son caractère souverain entrainera l'effondrement complet de la zone avec le rétablissement d'un mark réévalué à hauteur d'environ 30%, ce qui permettra d'en finir avec la mercantilisme allemand.

Mais aussi une telle décision permettra  de donner crédit à l'objectif fondamental de refaire société à l'intérieur de chaque nation. Au delà elle permettra aussi de reconstruire une collaboration entre nations européennes sur une base de coopération. Les taux de change étant rétablis la compétitivité meurtrière à l'intérieur de la zone au profit de la seule Allemagne avec ses dangers majeurs aura disparu.

Bien évidemment, il faudra gérer les débuts difficiles de ce monde nouveau, et le nouveau président ne pourra guère pratiquer la langue de bois. Reconstruire une immense classe moyenne paisible ne sera pas une promenade de santé, mais le début du chemin qui y mène sera au moins emprunté, et surtout du sens sera retrouvé.

                                         

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 13:03
L'euro est-il mort?

L'euro est-il mort ? c'est le titre de l'ouvrage que nous publions aujourd'hui. Rédigé avec quelques collègues européens qui se rencontrent souvent pour enrichir le débat sur ce qui est devenu le drame de l'Europe et peut-être du monde, il aborde les questions essentielles de la désindustrialisation, de la divergence croissante entre les pays de la zone, de l'impossible réforme de la monnaie unique, et de ses conséquences catastrophiques sur une démocratie désormais largement disparue.

En finir avec l'euro, c'est la possibilité de soustraire les monnaies à l'empire mondial de la finance. C'est aussi le possible rétablissement des souverainetés disparues avec la fin de la privatisation des monnaies. C'est enfin le possible cheminement vers une forme moderne de l'Etat-Nation....avec l'espoir d'un renouveau démocratique.

Bonne lecture à toutes et à tous!

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 17:39

 

En réaction aux réflexions de nos collègues qui travaillent sur les questions monétaires dans le cadre du Programme de Nicola Dupont Aignan[1], je souligne les points suivants qui me paraissent fondamentaux :

1 On ne peut gagner des élections en affichant ouvertement la volonté de quitter l’euro. On peut le regretter mais c’est ainsi.

2 La « désobéissance » à l’UE par réquisition de la banque centrale inclut de facto l’évanouissement de l’article 123 du traité de Lisbonne.

3 La réquisition de la banque centrale française fait naturellement sauter l’Euro, mais ce n’est pas la France qui le fait sauter et c’est politiquement fondamental[2].

4 La barrière de la Lex Monetae sera naturellement contestée par des milliers de juristes, et c’est la raison pour laquelle je propose que la France s’engage sur un total respect des contrats, respect ancré sur un nouveau taux de change fixe[3].

5 Le respect des contrats supposera un financement par le Trésor, lui-même nourri par la banque centrale, au titre du dédommagement des non- résidents, lesquels seront payés en monnaie nationale.

6 Ce respect des contrats crée des « balances francs » contribuant à la diffusion de la monnaie nationale.

7 les non -résidents se trouvent ainsi protégés des éventuelles spéculations à la baisse de la devise française. Le maintien de la valeur ne passe pas par la vente de Francs mais par l’achat de marchandises françaises (consommation ou capital)

8 Le respect de tous les contrats doit logiquement permettre au taux de change fixe de « tenir », maintien bien évidemment aussi appuyé par un contrôle des changes et donc la fin de la liberté absolue de circulation du capital.

9 Le changement majeur ainsi engendré n’est crédible que si l’investissement appuyé par la réquisition de la banque centrale augmente dans des proportions immédiatement visibles par la population. La dette publique est sans importance, la hauteur de l’investissement est politiquement la seule variable fondamentale.

10 La création monétaire correspondante ne peut être fixée bureaucratiquement ( X milliards) mais dans les seules limites du possible déterminé par le plein emploi des facteurs, plein emploi à rétablir plutôt en termes de mois que d’années.

11 La France souveraine doit redevenir très rapidement la première puissance européenne.

Le premier point concernant la position des candidats sur l’euro est de loin le plus important et il faut avoir conscience que la monnaie européenne est anthropologiquement beaucoup plus qu’une monnaie, et qu’elle rejoint, dans l’imaginaire de nos sociétés, la position très enviable de Talisman[4].

C’est peut-être ce qu’à compris un candidat qui vient de se déclarer, Arnaud Montebourg, à Frangy le 21 Aout dernier. En liant son élection éventuelle à la présidence de la République à celui d’un « mandat non négociable, inflexible et irréfragable de dépassement des traités »[5] l’intéressé place la France dans une posture de désobéissance. Précisons d’ailleurs qu’il s’agit d’une posture de désobéissance y compris par rapport à la Constitution française laquelle dans son article 55 stipule que les Traités jouissent d’une autorité supérieure à celle des lois.

L’Euro n’est pas encore attaqué, pourtant, plus loin Arnaud Montebourg évoque un gouvernement économique de la zone euro, gouvernement sous contrôle d’un parlement démocratique pouvant contrôler les décisions de la BCE.

Bien évidemment le candidat n’entre pas dans les détails qui fâchent : Dans un parlement démocratique l’Allemagne deviendrait rapidement minoritaire, démograhie oblige, et donc elle serait amenée à céder sur le terrain de l’ordolibéralisme ce qui lui est constitutionnellement interdit et bien au-delà ce qu’elle ne peut politiquement accepter. Plus précisément on sait aussi que l’homogénéisation débouchant avec ce gouvernement économique ne saurait se contenter d’harmonisation sociale et fiscale, qu’en particulier la question des transferts[6] vers le sud sur une longue période resterait la condition nécessaire d’une authentique homogénéisation. Or ces transferts exigés par un taux de change complètement inadapté sont politiquement impossibles et surtout économiquement inenvisageables pour l’Allemagne.

Arnaud Montebourg ne peut évidemment parler de taux de change à l’intérieur de la zone sans bien sûr mettre en question la monnaie unique. Il est un candidat qui sans proposer la fin de l’Euro, propose des  mesures qui en tracent le chemin. Avec l’espérance que face à ces mesures l’Allemagne prenne la courageuse décision de claquer la porte….et de payer le prix – certes très élevé - d’une forte réévaluation de ce qui serait le Mark. On peut toutefois douter d’un tel schéma car l’éventuelle perspective de succès d’un tel candidat souverainiste serait probablement marquée par une spéculation gigantesque notamment sur la dette publique….qui ferait que les marchés engendrant la panique consacreraient aussi la débâcle électorale du candidat…..Il sera très difficile de sortir de la prison par voie démocratique.

De fait tous les candidats souverainistes à l'élection présidentielle; Nicolas Dupont Aignan, Marine Le Pen , Arnaud montebourg, Jean- Luc mélenchon, et sans doute d'autres encore se trouvent confrontés à la difficulté de s'attaquer frontalement aux vrais sujets.

On croyait jusqu’ici la démocratie porteuse le plus souvent d’un progrès. Il restera hélas à apprendre que dans la configuration de la monnaie unique elle est davantage porteuse de régression historique. Comment l’Europe saignée par l’euro pourra t’elle s’en débarrasser ? La question reste ouverte.

 

 

 

 

[1] Pensons en particulier à André-jacques Holbeke et Philippe Laurier

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/05/une-requisition-de-la-bce-au-service-des-zones-devastees-par-l-euro.html

[3] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-les-conditions-d-un-demantelement-reussi-de-la-zone-euro-92063917.html

[4] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/08/l-euro-le-talisman-qui-a-bientot-fini-de-detruire-l-union-europeenne.html

[5] Discours d’Arnaud Montebourg, Fête de Frangy-en Bresse- 21 aout 2016.

[6] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/02/bien-comprendre-la-logique-devastatrice-de-l-euro.html

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 09:19

 

Résumé : La monnaie est fondamentalement d’essence politique, une caractéristique jamais dévoilée dans la plupart des manuels de sciences économiques. Elle fût historiquement l’arme essentielle de la construction des Etats, voici plusieurs milliers d’années, puis des Etats-Nations au 20ième siècle. Parce que fondamentalement politique, cette arme fût l’objet d’enjeux contradictoires dans la recherche, le maintien et la transformation de ce qu’on appelle la souveraineté. La fin du système de Bretton-Woods va enclencher un processus d’érosion par éloignement de l’arme monétaire de la main du peuple souverain. C’est l’Europe qui ira le plus loin dans ce processus d’éloignement avec une monnaie devenue idéologiquement un Talisman : l’Euro. La monnaie Talisman est devenue une arme de destruction massive du vivre ensemble européen.

Nous voudrions montrer dans ce chapitre que la monnaie est un marqueur fondamental de la forme de société dans laquelle on vit. En ce sens il ne serait pas idiot de s’exprimer en ces termes simplistes : « Dis-moi quel type de monnaie tu utilises et je te dirais dans quel monde tu vis ». Pour comprendre toute l’épaisseur de ce marqueur, nous interrogerons l’Histoire et verrons que la monnaie fut d’abord un instrument de construction des Etats et qu’elle est aujourd’hui devenue aujourd’hui un instrument de son affaissement. Avec en arrière-plan l’idée de souveraineté que l’on construit, puis que l’on détruit petit à petit en transformant l’outil monétaire. Et puisque derrière la souveraineté se cache l’enjeu fondamental de la démocratie, nous montrerons qu’un ordre démocratique ne peut se concevoir sans un certain type d’ordre monétaire en tant que condition nécessaire sinon suffisante.  Nous tenterons ainsi de montrer que les nations au 21-siècle ne pourront survivre que sur la base d’une restauration des pouvoirs monétaires aujourd’hui largement abandonnés.

  1. La monnaie comme outil de construction de la souveraineté

Si des formes monétaires sont apparues avant les premiers Etats il est aujourd’hui démontré que les constructeurs des dits Etats les ont façonnés aux seules fins de s’affirmer et se construire

  • La monnaie comme enfant du sacré et de l’Etat[1]

Les premières formes de ce qu’on appelle encore aujourd’hui la dette ne s’affichaient pas comme dette monétaire mais comme dette de vie envers une extériorité radicale : L’au-delà de la condition terrestre. Les dieux ont donné une vie qu’il convient de rembourser notamment par l’institution du sacrifice, institution que l’on rencontre dans toutes les sociétés dites primitives. Et bien évidemment quand on parle de dette de vie, il s’agit d’un patrimoine culturel et social que chaque sujet rencontre à sa naissance comme « capital avancé », simplement remboursé par des rituels sacrés dans lesquels on trouve l’institution du sacrifice.

Ce que l’on peut appeler le « Big Bang » des Etats, c’est-à-dire le temps de leur apparition est, de fait, l’accaparement par certains individus de la dette sacrée jusqu’ici engendrée par la communauté. Le Pouvoir étatique est ainsi une prise du pouvoir sur les vieilles religions primitives. De ce point de vue, et l’ethnologue est ici en désaccord avec le juriste, l’Etat est un phénomène de privatisation du capital culturel et social, c’est-à-dire l’extériorité de toute société. Autre façon de lire cette même réalité : le pouvoir politique est issu d’une prise de pouvoir sur la religion. Alors que le politique est une réalité qui jusqu’ici était inaccessible en raison de l’éloignement des hommes au regard des puissances de l’au-delà (tous sont démunis de ce pouvoir et les rapports entre les hommes sont dictés par l’au-delà), elle devient, par accaparement de cette puissance, une réalité tangible : des hommes vont dominer d’autres hommes.

Bien évidemment, la privatisation du sacré doit logiquement devenir privatisation de la dette de vie, et les hommes sont progressivement invités à devenir les débiteurs du pouvoir terrestre. La dette envers les dieux peut évidemment se poursuivre mais désormais elle s’accompagne d’une dette envers le souverain. En ce sens le « Big Bang » des Etats va aussi être une capture de la dette sacrée. Il en découle que logiquement l’endettement envers les Dieux deviendra progressivement un endettement croissant envers la puissance souveraine.

Cet endettement peut être encore de la dette de vie : dette de sang, esclavagisme, travail gratuit, mais aussi impôt, sous forme de prélèvements sur l’activité domestique ou économique, ou sous forme directement monétaire. En la matière, le signe monétaire retenu pour régler l’impôt ne peut être que choisi par le prince. Et le signe retenu est naturellement celui qui bénéficiera de la plus grande liquidité possible, une liquidité permettant au prince de régler ses propres dettes envers les autres princes avec lesquels il est en conflit, et celles envers les mercenaires qu’il emploie au titre des guerres qu’il entretient pour assurer son pouvoir et sa survie dans la communauté des puissants. Et quand on dit « puissants » on dit déjà « souverains », c’est-à-dire des individus qui n’acceptent pas de pouvoir « au dessus » c’est-à-dire de lois qui pourraient s’imposer à eux-mêmes. Le souverain est ainsi celui qui tout au plus peut accepter des règles de coordination sans jamais se soumettre à des règles de subordination.

Le motif de liquidité la plus grande nous fait comprendre que le signe retenu n’est probablement pas la monnaie virtuelle d’aujourd’hui, mais le métal précieux, lequel va s’imposer au terme d’une sélection : le métal précieux est le seul objet dont la liquidité est parfaite , acceptée par la communauté des puissants et aussi acceptée par des mercenaires qui ne pourraient pas se contenter de titres illiquides.

  • La monnaie dans la dialectique de l’économie et de la puissance souveraine

On comprend désormais que le prince, né d’un « coup d’Etat fondant l’Etat »[2] et sa puissance souveraine, s’intéresse de près à ces premières formes de banques centrales que sont les mines de métal précieux…et les « Hôtels des monnaies » qui en sont le prolongement. Le prince fonde ainsi ce qui est déjà le premier « circuit du Trésor »[3] : il crée ou tente de créer la monnaie, dont il fera un monopole du règlement de la dette de ses sujets envers lui, c’est-à-dire l’impôt. La monnaie qu’il crée lui sert de règlement de sa propre dette (ses dépenses), règlement dont la circulation, sera soumise à l’impôt.

Mais le prince peut être gêné dans l’affirmation de sa puissance et de sa souveraineté par une caractéristique essentielle de la monnaie : elle est outil du pouvoir et du règlement de la dette envers le prince, mais elle est aussi réserve de valeur…et à ce titre peut être thésaurisée. Un phénomène qui implique sa rareté et une lutte perpétuelle pour la vaincre. Parce que outil parfait de la liquidité, caractéristique qui la rend susceptible de faire circuler toutes les marchandises, elle est appréciée pour elle-même et donc possiblement stockée…ce qui vient gêner le pouvoir dès lors que celui-ci ne maitrise plus d’inépuisables mines de métal. Ce qui le gène aussi lorsqu’il est impliqué dans d’innombrables guerres très couteuses avec ses voisins. Par excellence concepteur et créateur de la liquidité , il peut lui-même entrer en position d’illiquidité et donc voir sa puissance érodée. L’histoire montre que l’ascension du politique et des Etats correspondants est faite de tentatives de contournements de ce qu’on peut appeler une véritable « loi d’airain de la monnaie »[4] : rendre la monnaie plus abondante par le biais de la dilution voire l’émission de papier, avec bien sûr les limites sociales de ce type de choix des souverains.

Cette faiblesse de la verticalité du pouvoir politique pourra être compensée par une coopération avec le monde horizontal de l’économie naissante. Car la monnaie, grande affaire du prince, est aussi celle des marchands et banquiers qui, eux aussi, se voient opposer la contrainte monétaire. Eux-aussi vont tenter de la contourner avec l’introduction de la lettre de change, avec la conversion des monnaies entre elles, etc. La montée de la puissance politique se nourrit de l’accroissement des recettes fiscales (la « dette » des « sujets » laquelle se nourrit de la montée de la puissance économique. L’intérêt du loup étant que les moutons soient gras, les princes ne s’opposeront pas à l’émergence des premières privatisations des monnaies : les banques vont émettre progressivement du papier non couvert intégralement par une base or. En contrepartie, les banquiers déjà mondialisés viendront réduire les risques d’illiquidité voire de solvabilité des princes dépensiers en achetant de la dette publique. Cette dernière et le taux d’intérêt qui lui sera associé, sont les marqueurs de la collaboration entre monde vertical déjà en difficulté et monde horizontal dont l’ascension ne fait que commencer. Le souverain ne peut plus vivre de la seule prédation sur ses sujets : il lui faut aussi solliciter des prêteurs.

Nous entrons ici dans les premières formes de délitement de la souveraineté : le monde vertical est amené à partager la souveraineté avec l’horizontalité marchande, un monde qui commence à capter la monnaie souveraine : des personnes privées vont émettre des signes monétaires qui emprunteront les marques de la puissance souveraine : dénomination, unité de compte, règles de monnayage, pouvoir libératoire. Le souverain - historiquement une personne privée accaparant et détournant l’extériorité d’une communauté humaine, à savoir la dette de vie - est amené à céder une part de l’outil de ce détournement/accaparement : battre monnaie sera de moins en moins un attribut de la souveraineté. L’Etat né hors marché n’est plus complètement « au dessus du marché ». Le monde du pouvoir avec ses règles de subordination (verticalité) doit, en particulier avec une dette publique portant intérêt, collaborer et parfois se soumettre au monde marchand et ses règles de coordination contractuelles (horizontalité).

Cet affaissement n’est pourtant pas linéaire et la verticalité pourra encore se manifester clairement lorsqu’il apparaitra que le monde financier et marchand ne peut se passer de la monnaie souveraine pour assurer le fonctionnement des affaires. Très simplement les différentes monnaies privées des banques ne peuvent assurer la circulation monétaire exigée par le développement des échanges marchands que s’il y a compensation entre les dites banques et donc une monnaie commune de règlement des dettes entre-elles, à savoir la monnaie  centrale définie par le souverain. Si les monnaies privées peuvent toutes se convertir en monnaie centrale définie par le prince alors elles sont convertibles entre elles et les règlements interbancaires sont assurés. En termes simples l’horizontalité ne peut s’épanouir qu’en s’appuyant par la verticalité. Cette dernière apparaitra sous la forme des premières banques centrales fin 17ième et surtout 19ième siècle. Ces dernières vont progressivement apparaitre comme instrument de disparition de la loi d’airain de la monnaie puisque les souverains peuvent trouver en elle un substitut aux mines d’or de jadis. Et peut-être même davantage car à l’inverse de la mine toujours limitée, la monnaie légale émise peut l’être de façon illimitée si le pouvoir est capable, notamment en raison de circonstances historiques, d’imposer le cours forcé et l’inconvertibilité des billets en métal précieux.

En la matière, la France avec sa longue histoire l’érigeant en Etat-Nation, sera l’une des premières à engendrer un pouvoir plaçant sa banque centrale au sommet d’un système bancaire hiérarchisé[5]. Il suffira de nationaliser ensuite cette banque centrale pour l’arrimer au Trésor et réinventer ce qui avait fait le succès du prince au moment de la construction des premiers Etats : le souverain Français, désormais peuple souverain, va devenir le principal émetteur de monnaie… et une monnaie retournant vers le peuple souverain par le biais de ce qu’on a appelé le « circuit du Trésor ».

La dette publique de jadis, elle-même, marqueur de l’affaissement de souveraineté, perd grandement de sa signification puisque les dépenses publiques reviennent vers le Trésor (comme jadis les pièces d’or revenaient vers le souverain) en raison de l’obligation de nombreuses institutions financières de déposer leurs ressources sur un compte du Trésor. Plus clairement les déficits publics viennent gonfler la liquidité de la plupart des institutions financières, organismes de crédits, Poste, Banques, etc, lesquelles ont l’obligation règlementaire de déposer tout ou parties de ces liquidités sur un compte du Trésor.

Ce retour de la verticalité est très net pour le système bancaire soumis à ce qu’on a longuement appelé la règle des « planchers des bons du Trésor[6] ». Les banques ne sont pas des correspondants du Trésor et ne sont pas soumises à l’obligation d’y déposer leurs liquidités, par contre elles ont l’obligation journalière de convertir une partie de leurs liquidités en achats de bons. Et un achat dont le prix – le taux -est fixé directement par le Trésor. Sans doute peut-il exister un déficit et une dette publique, mais celle-ci est hors marché. Nous sommes dans la verticalité du peuple souverain et non dans l’horizontalité de l’ordre marchand. Très simplement le capitalisme a pignon sur rue mais il ne peut se métastaser en financiarisation généralisée et se trouve contenu dans le périmètre de l’économie réelle. Le peuple souverain reste souverain et se trouve protégé de l’émergence d’une inondation faisant de l’Etat une instance non souveraine car « en dessous du marché ». Plus clairement encore, l’Etat ne risque ni l’illiquidité ni à fortiori l’insolvabilité. Il n’a donc pas besoin d’être noté par des agences comme c’est le cas aujourd’hui.

Bien évidemment cette phase historique, de culture très française, se paie d’une répression financière dont il faut comprendre le mécanisme. L’épargne n’est pas alimentée par une dette publique qui vient s’ajouter aux profits financiers de l’économie réelle. C’est dire qu’elle n’est alimentée que par le canal des titres privées (actions et obligations des entreprises). Situation très contraire à celle du 19ième siècle où la dette publique dite perpétuelle alimentait une foule de rentiers[7]. Situation très contraire également à celle constatée jusqu’aux « quantitatives easings » puisque la dette publique est devenue matière première de nombre de produits financiers soumis aux règles de l’horizontalité marchande[8]. Cette situation n’est évidemment pas bien vécue par des épargnants dont le nombre s’élève avec la croissance économique des trente glorieuses. Elle n’est pas non plus bien vécue par le système financier dont le périmètre d’activité est très étroit[9]. Elle correspond toutefois au choix de l’Etat-Nation devenu démocratique.

Si l’on dresse le bilan d’une très longue période qui va du « big-bang des Etats »- il y a plusieurs milliers d’années- jusqu’à la financiarisation d’aujourd’hui, on peut constater que la monnaie est d’abord un objet politique. A ce titre elle est un enjeu fondamental pour des forces à priori opposées -ce qu’on a appelé la verticalité face à l’horizontalité – mais toutefois soumises à une certaine conjonction des contraires. La loi d’airain de la monnaie est la faiblesse historique du souverain et cette loi ne sera efficacement combattue qu’à un stade relativement tardif de la souveraineté démocratique, non celle de l’Etat-nation, du 19ième mais plutôt celle de la seconde moitié du 20ième siècle.

Il semble pourtant que nous rétablissons depuis une trentaine d’années la vieille loi d’airain de la monnaie laquelle nous entraine vers la fin de l’Etat-nation souverain et démocratique.

  1. La monnaie comme outil de déconstruction de la souveraineté.

Une façon de détruire la souveraineté démocratique est de retirer au peuple souverain le choix du taux de change.

  • Le taux de change n’est plus un choix politique mais un prix.

On sait que la fin du système monétaire de Bretton Woods[10] va engendrer une grande période d’instabilité. Les taux de change étaient définis et défendus par les Etats qui s’engageaient à ne pas les modifier dans la limite de 1% autour de la parité retenue. Aux banques centrales- sur injonctions des Etats - de défendre les parités par achat et vente de devises. Face aux difficultés engendrées par la disparition du système de Bretton Woods, les Etats se concertent et acceptent à la conférence de la Jamaïque en 1976 de se retirer du champ de la définition des taux de change. Ce qu’on appelait déjà les taux de changes flottants, donc des taux – c’est-à-dire des prix décidés par le marché.

Cette perte de souveraineté en appelle bien d’autres et de façon quasi automatique avec en fin de parcours la mise des « Etats sous le marché » donc la fin du principe de souveraineté et de démocratie qui lui est intimement attaché.

Le cours des monnaies   devient ainsi un gigantesque marché au profit de l’explosion d’un capitalisme financier. Parce que la monnaie n’est plus un objet politique défini par le souverain elle devient une marchandise instable au bénéfice de la finance. Ce n’est plus le politique qui va sécuriser la valeur des marchandises internationales, mais la finance qui devra construire des produits de couverture donc des produits financiers chargés de sécuriser cette même valeur. Et les produits de couverture seront d’autant plus efficaces dans leurs fonctions que les intervenants sont nombreux y compris des acteurs très éloignés de la réalité du terrain qu’ils sont censés protéger. Il va logiquement en découler une croissance des produits financiers beaucoup plus rapide que la croissance des flux de marchandises réelles elle- même.[11]

Bien évidemment se trouve associée à cette « dépolitisation de la monnaie », la libre circulation des capitaux et donc la fin de toute forme de contrôle des changes, avec toutes ses conséquences en termes de libéralisation de la finance, la montée des Hedge Funds, le développement de la banque universelle, celui des sociétés de Trading, le fantastique développement des activités de marché au sein des banques, la fortune des agences de notation….mais aussi et il s’agit de la contrepartie d’une automutilation de la puissance souveraine, l’apparition d’Etats « interdits bancaires » en raison du principe général d’indépendance des banques centrales.

  • L’indépendance des banques centrales

Il s’agit d’un point fondamental. Lorsque la verticalité l’emporte sur l’horizontalité, les banques centrales, privées ou publiques, sont investies d’une mission de service public et interviennent en tant qu’instrument de politique monétaire décidée par le souverain. Plus traditionnellement encore elles gèrent, mêmes privées, les dettes publiques en ce qu’elles sont grosses acheteuses des titres financiers émis par les Etats. La FED ou la Banque Centrale d’Italie, parmi tant d’autres étaient dans ce cas. Le Système de Bretton Woods avait très largement mis en avant le caractère public des Banques centrales du monde et ce quelles que soient leurs caractéristiques institutionnelles et juridiques. La fin du système libère ces banques d’une contrainte internationale mais en même temps d’une contrainte nationale puisque le cours des monnaies devient simple prix de marché.

Simplement l’indépendance des banques centrales est d’une portée autrement considérable pour nombre de questions essentielles.

Les premières banques centrales dépendantes des Etats donnaient à ces derniers de gros avantages dont la possibilité d’en faire de continuelles endettées envers eux. En effet, en leur donnant l’ordre d’abonder les comptes des Trésors correspondants et en transformant ces abondements en « avances non remboursables[12] » les banques centrales étaient partiellement devenues l’équivalent des citoyens soumis à l’impôt[13]. D’où l’idée que la notion de dette publique comme fardeau n’avait guère de sens, une dette publique par ailleurs rognée par l’inflation.

L’indépendance est, de ce point de vue, une rupture radicale à l’échelle quasi-planétaire. Désormais, la dette publique fait l’objet d’un marché, et les Trésors sont de fait « interdits bancaires » en ce qu’ils ne peuvent emprunter à la banque centrale dont ils sont pourtant clients en qualité de titulaires d’un compte figurant au passif des dites banques[14]. Les effets en sont considérables. Il faudra tout d’abord assurer un service de la dette auprès d’épargnants qui au-delà des titres privés pourront acquérir des créances sur les Etats. De ce point de vue le passage à l’indépendance des banques centrales élargit le périmètre des épargnants et des rentiers, tout en rétablissant la loi d’airain de la monnaie au détriment des Etats. Plus important est que désormais toute production monétaire devient la contrepartie d’une dette et le poids de l’intérêt gonfle avec chaque émission monétaire. Corrélativement les banques centrales dites indépendantes se fixent des objectifs de stabilisation des prix ce qui est favorable aux créanciers donc aux rentiers et défavorables aux débiteurs dont bien sûr les Etats. Et puisque les titres financiers sont ainsi protégés de l’inflation, toute activité humaine pourra au nom de la liquidité immédiate se financiariser.

On comprend ainsi que l’indépendance des banques centrales est un fait politique majeur : les Etats-nations sont invitées à disparaitre au sein d’un marché en mondialisation. Le peuple souverain disparait dans les entrelacs de ce que nous avons appelé les « autoroutes de la mondialisation ». Désormais l’idée invraisemblable de faillite des Etats endettés fait son chemin dans les médias et on parle même de banques centrales qu’il faudrait recapitaliser en cas d’insolvabilité des Etats.[15] Non seulement les peuples souverains sont amenés à être inondés par le marché mais ils pourraient  aussi s’y engloutis.

Il était toutefois possible d’aller beaucoup plus loin encore dans le passage à la souveraineté limitée et à la naissance d’Etats engloutis dans la finance de marché : après avoir créé les autoroutes de la mondialisation il sera question d’en supprimer les péages avec la naissance de la monnaie unique européenne.

  • Une monnaie sans Etat mais pas sans souverain.

Le comble de la dépossession, voire de la désintégration des Etats-nations fut l’abandon des monnaies nationales en Europe au profit de la monnaie unique. Déjà l’asymétrie créée par la libre circulation du capital face à l’immobilité relative du travail avait largement concouru à l’élargissement de l’éventail des rémunérations. Mais la monnaie unique, en interdisant de fait les transferts entre zones excédentaires et zones déficitaires va aggraver dans de très importantes proportions la dispersion des rémunérations, et plus encore celle des statuts, aussi bien entre Etats qu’à l’intérieur des Etats.

Les taux de change, outils maitres des Etats-nations, ayant disparu il n’y a plus de limite à la croissance du surplus des compte courants allemands. En contrepartie, la Grèce ayant perdu la protection des taux de change ne peut plus connaitre de butoir au déficit de ses échanges courants. La logique de son « développement » se borne aux simples échanges assurés par la grande distribution qui en retour assure la vraie désertification économique du pays.

Ces problèmes d’excédents et de déficits, sont légions à l’intérieur des espaces des vieux Etats nations et les transferts porteurs de rééquilibrage ne soulèvent aucune difficulté au sein d’une communauté nationale dont l’Etat central assure une certaine qualité du vivre ensemble. Mais les transferts sont impensables à l’échelle de l’Europe où la solidarité ne va pas de soi. Dès lors la solution est ce qu’on appelle les suicidaires dévaluations internes, le plus souvent non démocratiquement décidées, qui accroissent les inégalités et l’effacement des Etats- providence dans les pays dont le déficit est comprimé par la règle monétaire nouvelle.

Curieuse situation où la monnaie qui était l’outil efficace de construction de la souveraineté devient l’agent de sa destruction et de la mise sous tutelle d’anciens Etats-Nations. La nouvelle monnaie est dépourvue de peuples souverains et ces derniers en sont la victime avec toutefois une exception : le peuple souverain allemand qui sans être propriétaire de la monnaie unique en est le grand bénéficiaire ce qui le mute en peuple impérial malgré lui.

Parce que la monnaie unique désarme les politiques souveraines, parce qu’elle engendre des passagers clandestins, elle détruit petit à petit les espaces de solidarité et créent des clivages majeurs nourris de spécialisations difficilement supportables dans la durée : trop d’usines en Allemagne, trop d’immobilier en Espagne, trop de fonctionnaires en France, trop de clientélisme en Grèce, etc.  Ces spécialisations sont inappropriées en ce que certaines engendrent des gains de productivité ( Industrie) et d’autres pas (fonction publique) d’où des divergences de plus en plus massives que l’on ne plus corriger avec l’arme du taux de change mais avec les seules réformes dites structurelles[16] imposées par un pouvoir qui surplombe les Etats-nations . Désormais dans ces Etats l’exercice de la démocratie se trouve limité puisque le résultat du vote ne peut aller contre l’injonction des réformes structurelles.

La résolution de la crise de 1929 s’était durablement établie dans la construction d’Etats-Providence » porteurs du vivre ensemble des sociétés salariales qui se sont mises en place. Ces constructions utilisaient en particulier l’arme monétaire encore souveraine, une souveraineté marquée par la désignation politique des constituants de la monnaie et le contrôle des banques centrales. L’arme monétaire- durant toute la période des trente glorieuses- permettra aux Etats de créer de l’homogénéisation en particulier par la construction d’immenses classes moyennes.

La séparation de l’arme monétaire des mains des peuples souverains déclenche aujourd’hui l’effritement des Etats- providence dans une société qui reste encore salariale. Les Etats, en particulier ceux qui sont allés le plus loin dans cette séparation, perdent ainsi le pouvoir de fabriquer de l’homogénéisation. Un pouvoir source de forte légitimité politique. L’avenir est ainsi fait de désagrégation du lien social, d’illégitimité croissante des pouvoirs en place, d’un sauve qui peut dans le communautarisme ou dans un individualisme consumériste et festif forcené. Les plus démunis en « capital social » pouvant ajouter au délitement par l’exercice de la violence comme simple fin.

Dans l’Union Européenne et en particulier sa zone euro qui est le cœur du délitement généralisé, la solution n’est pourtant pas simple. Peu de forces politiques ont pris conscience que l’Euro tel qu’il fut construit est le catalyseur essentiel des forces de la décomposition. Parce que devenu Talisman la monnaie unique est respectée voire vénérée. Comment mettre fin au règne du sacré ?

 


[1] On pourra se reporter ici à « Regard sur les banques centrales : essence, naissance, métamorphoses et avenir » Jean Claude Werrebrouck , in Economie Appliquée, tome LXVI-N°3- septembre 2013, pages 149-177. On pourra également se reporter sur l’excellent ouvrage de Michel Aglietta : « La monnaie entre dette et souveraineté », Odile Jacob,2016.

[2] On reprend ici la célèbre expression de Pierre Clastres dans son ouvrage : « la société contre l’Etat, Recherches d’anthropologie politique’, Minuit, 1974.

[3] Expression que l’on doit à Bloch-Lainé. Cf son cours à l’IEP de Paris : « Le Trésor Public. Introduction générale ». Cf également : François Block-Lainé et Pierre de vögue : « Le Trésor Public et le mouvement général des fonds, PUF, 1960.

[4] Cf Jean Claude Werrebrouck : « La loi d’airain de la monnaie » in Medium , Janvier-février-mars 2013, pages 101-119.

[5] La Banque de France est fondée par Bonaparte en 1800 et se voit immédiatement octroyée un monopole de l’émission pour la région parisienne.

[6] Règle instituée à partir d’octobre 1948.

[7] A cette époque le service de la dette correspondait à 25% des charges de l’Etat

[8] En particulier les 18 spécialistes en valeurs du Trésor d’aujourd’hui ne pouvaient jusqu’à une époque très récente proposer que des prix élevés aux adjudications de l’Agence France Trésor (Bercy), car ces prix devaient « produire » la rentabilité financière de nombre de produits, et des produits qui ne seraient pas achetés si la rentabilité n’était pas suffisante.

[9] Il faut bien comprendre que dans ce type de dispositif la puissance de création monétairee , ce qu’on appelle le multiplicateur du crédit, est particulièrement faible ce qui nous fait penser que le souverain l’est pleinement par le type de circulation monétaire qu’il entend faire respecter ;

[10] Le système mis en place en 1944 disparait au terme de la déclaration du Président Nixon le 15 aout 1971.

[11] Aujourd’hui le marché des changes concerne chaque jours  environ 5500 milliards de dollars, soit 20 fois le montant des biens et services réellement échangés. Jacques de la Rosière vient de prendre récemment conscience des conséquences de la conférence de la Jamaïque : « « On a sous-estimé à l’époque la portée de l’effondrement du système de Bretton Woods. On a vu à l’usage combien le flottement des monnaies a encouragé le laxisme budgétaire et monétaire dont les effets cumulés nous écrasent aujourd’hui. Comment imaginer qu’un tel régime de liberté incontrôlée puisse être compatible avec une coopération économique mondiale et avec la stabilité du système financier. Bien que trop rarement dénoncé, cet enchaînement de conséquences de la décision d’août 1971 est à mon sens à l’origine de nombre des déséquilibres structurels d’aujourd’hui » In : « 50 ans de crises financières », Odile Jacob, 2016.

[12] Ce qui était le cas français jusque 1973 et ce qui était le cas général lors des guerres du 20ième siècle

[13] Il va sans dire que la réduction de la loi d’airain de la monnaie ainsi obtenue n’était pas sans risques puisque la planche à billets correspondante n’était efficace qu’en cas de sous -utilisation de facteurs de la production et aussi  dans les limites du seuil de confiance des citoyens.

[14] C’est ce que nous avons appelé le passage au « mode marché » de la gestion de la dette publique. Cf ici Jean Claude Werrebrouck ; « Banques centrales, Indépendance ou soumission, un formidable enjeu de société », Yves Michel, 2013

[15] Les énormités en la matière que l’on trouve dans la presse même spécialisée sont aussi le fait de choix politiques car effectivement il fut déjà décidé, dans le tumulte de la crise financière de recapitalise la BCE en 2010. Même le monde académique, qui pourtant sait que la notion de capital social d’une banque centrale n’a strictement aucun sens, s’est plié à ce type de désinformation.

[16] Ces réformes dites structurelles concernent essentiellement le cout du travail qu’il faut déprécier (dévaluation) interne puisque la dépréciation externe (taux de change) n’est plus une arme souveraine.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 16:39

 

Vu de haut il pourra bientôt être dit que l’aventure de l’union européenne est finalement passée par 4 grandes  phases : celle de la construction (années 50-70) celle du mode mondialiste quasi parfait (années 80 et jusqu’en 2007), celle de la décomposition masquée ( 2007-2016), enfin celle de la décomposition active ( aujourd’hui).

La construction (années 50-70)

La première bien connue ne soulève guère de questions. L’Europe des 6 ou du marché commun disposait d’un projet clair : éloigner tout risque de guerre en promouvant les vertus apaisantes du commerce chères à Montesquieu. Il ne s’agit pas de mettre en place une société de marché mais une société à économie de marché complétement régulée par le modèle keynésien de représentation et de régulation du monde. La coopération l’emporte sur la compétition, ce qui signifie que l’homogénéisation - déjà en cours à l’intérieur de chaque Etat, ce qui est le principe classique de fonctionnement des Etats[1] -  se manifeste par le haut et non par le bas. Bien évidemment cette homogénéisation est aussi alimentée par un modèle fordiste de croissance garantissant des gains de productivité importants à redistribuer.

La phase mondialiste quasi parfaite (années 80- 2007)

La seconde est celle du marché unique, de l’idéologie de la fin de l’histoire avec l’effondrement du bloc soviétique, de  l’élargissement vers le sud et l’est, de  la fin du politique et des Etats au profit des règles et de la bonne gouvernance, de l’édification paradoxale d’une machinerie gigantesque productrice de directives , résolutions, normes, sanctions, toutes orientées vers l’ordre d’un marché non faussé, du développement fantastique des « Autorités Administratives Indépendantes », du développement d’agences de notation des Etats, etc... Le tout baignant dans la remise -par les Etats-  des clés de la monnaie à la Finance[2]. Désormais les taux de change ne sont plus définis par décret mais par le marché, les Etats cessent d’accéder à la monnaie en raison de l’indépendance des banques centrales, une indépendance qui deviendra radicale avec la naissance de l’euro-système. I ’idée de projet se dissout dans le marché généralisé, et s’il existe une volonté, c’est bien celle de faire de l’Union européenne un modèle, certes réduit, mais parfait de la mondialisation néo-libérale.

C’est l’introduction de l’euro qui fait de la zone correspondante le modèle réduit et parfait de la mondialisation néolibérale : les taux de change à l’intérieur de la zone ne sont plus politiquement fixés, ne sont plus outils de correction des déséquilibres, et disparaissent[JCW1]  pour laisser la place à la circulation libre du capital. Cette disparition est aussi celle d’un élément fondamental de la souveraineté : aux Etats de s’adapter selon les mouvements du marché. La disparition des taux de change fait ainsi disparaitre toutes les cloisons, transformant les sociétés en êtres dépourvus de peau protectrice. Bien évidemment il ne s’agira plus de coopérer (premier stade la construction) mais d’entrer dans une concurrence généralisée y compris celle des Etats, en particulier de leur politique fiscale et sociale. Le principe d’homogénéisation est abandonné, la construction se poursuivant selon un mode bancal : il faut créer des avantages compétitifs donc des différences[3] que l’on essaiera de combler en permanence, non par le haut comme au temps de la coopération, mais  par le bas. On passe ainsi d’un modèle d’homogénéisation par le haut à une modèle d’hétérogénéisation combattue par un éternel et précaire nivellement par le bas. Nous ne sommes plus très loin des sempiternelles réformes structurelles.

La phase de la décomposition cachée (2007-2016)

Plusieurs dizaines d’années plus tard l’hétérogénéité est devenue problématique. Le modèle réduit européen de mondialisation est d’abord bloqué par la crise mondiale de surproduction que la dette croissante ne peut plus masquer[4] : les subprimes (USA) sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les masse financières gigantesques déployées au titre de la sécurisation des taux de change[5], masses devenues le très lourd prix de la remise des clés de la monnaie à la Finance, déstabilisent de non moins gigantesques établissements financiers qu’il faut sauver ….par des Etats dont on voulait rétrécir le périmètre d’intervention… A partir de 2008, à l’échelle de l’UE, il faudra se rendre compte de la catastrophe correspondante et essayer d’en masquer les effets.

 Le modèle néolibéral adopté par l’Union européenne a renforcé les spécialisations productives dans tous les pays : plus d’industrie en Allemagne, plus de finance à Londres , plus de services en France, plus de bâtiments en Espagne, plus de tourisme en Grèce, et parfois même des innovations comme celle de la fraude fiscale au Luxembourg. Les gains de productivité associés à ces spécialisations étant différents, les revenus entre pays ne peuvent que se différencier de manière croissante et n’ont pu être masqués que par des soldes extérieurs éloignés des écrans radars des statisticiens : la Grèce, voire la France ont pu continuer à vivre sous la protection de l’Euro alors que la même monnaie unique en détruisait la substance. A l’inverse l’Allemagne a pu s’offrir un mercantilisme de grande dimension par le biais d’une monnaie sous-évaluée. Bref, le modèle fait entrer en décomposition l’aventure européenne : il fallait s’unir ou se rassembler mais la méthode choisie aboutit au résultat inverse.

Face aux déséquilibres que le principe de concurrence ne peut corriger, il a fallu tenter de mettre en congruence ce qui ne pouvait pas l’être en ayant recours à des bricolages réglementaires et financiers : austérité budgétaire pour le sud pour rassurer une Allemagne qui ne peut accepter de transferts mais qui a besoin de poursuivre son mercantilisme, effondrement de l’investissement en raison du multiplicateur budgétaire négatif, maintien de la liberté de la Finance avec sa spécialisation londonienne pour respecter le principe d’indépendance des banques centrales sans lequel l’existence même de l’euro disparaitrait. Il faudra même aller plus loin en intervenant directement sur les Etats, l’Italie, mais surtout la Grèce dont un gouvernement est écarté (2011) avant la mise sous tutelle directe[6] (été 2015).

Les politiques d’austérité, indispensables sauf à mettre en cause l’ensemble de l’édifice, font apparaitre la réalité : des Etats européens qui ne font que s’éloigner les uns des autres sur le plan économique avec toutes les conséquences politiques et sociales. Mieux , à l’intérieur des Etats, des différenciations croissantes entre zones gagnantes et zones perdantes de la mondialisation, une hétérogénéisation que les Etats, parce que démunis de leurs attributs classiques ne peuvent plus compenser[7]. Le référendum sur le Brexit est ainsi révélateur d’une extraordinaire réalité : un royaume uni tellement disloqué que certains imagineraient légitime l’indépendance de la ville de Londres par rapport au reste du territoire.

Bien évidemment l’étape la plus remarquable de cette décomposition cachée est l’intervention massive de la BCE pour masquer la réalité de la dette publique dans nombre d’Etats : en rachetant cette dernière, en pratiquant durablement une politique de taux zéro, on permet la reproduction comateuse du système de décomposition.  Avec ce curieux résultat : celui d’une Finance qu’on a voulu libérée, que l’on veut maintenir libre, et qui se trouve partiellement assujettie à un effondrement de sa rentabilité.

La phase de décomposition active de l’Union Européenne (2016… ?)

Cette phase ne peut être appréciée que par rapport aux grandes forces en présence qui vont de par le symbole du Brexit pouvoir se déchainer plus ouvertement. De ce point de vue l’Histoire retiendra que c’est la Grande Bretagne, pourtant située à la périphérie de l’ordre institutionnel bruxellois, qui ouvre le bal de la phase active de la décomposition.

Ces forces sont nombreuses : les lobbyistes de l’économie réelle, ceux de la Finance, le personnel politico-administratif du monde bruxellois, les entrepreneurs politiques des divers pays, les salariés, les citoyens, les consommateurs, les épargnants de ces mêmes divers pays[8], les entrepreneurs politiques des pays étrangers. Chaque groupe est porteur d’intérêts directs ou porteur d’une composition ou « bouquet » d’intérêts[9].

La résultante des forces en jeu est donc complexe tant les éléments constituants le sont. Et cette complexité est d’autant plus grande que pour nombre d’acteurs il y a difficulté à distinguer ce qui relève de l’intérêt objectif – parfois difficile à mesurer- et ce qui relève de l’idéologie.  Toutefois il semble que les forces de désintégration devraient logiquement l’emporter sur celles à vocation intégrative.

L’idéologie d’un intérêt général post national est extrêmement puissante et donc c’est une alliance de forces européistes qui devraient logiquement continuer à s’imposer dans l’immédiat. Avec 3 possibilités : la marche vers plus d’horizontalité, celle d’un libre échange en continuelle expansion ; celle de la verticalité, c’est-à-dire celle d’un fédéralisme ; enfin, la moins européiste, celle « oblique » d’une coopération renforcée entre Etats.

Les deux premières sont explosives.

La première n’est compatible avec l’euro que si les continuels perdants du libre- échange acceptent en permanence la contrainte correspondante de la dévaluation interne, donc la baisse continue des rémunérations et protections associées. Parce que le libre- échange permet de ne plus voir dans les salaires un débouché, et n’y repérer qu’une contrainte de couts, la tendance à la baisse des rémunérations devient récurrente. Et le pays dominant ne peut en être épargné : même l’Allemagne ne pourra rester compétitive qu’en faisant pression sur les rémunérations. De ce point de vue l’euro apparait bien comme un double outil : d’abord sociologiquement une arme efficiente de lutte de la classe dominante contre la classe dominée, ensuite économiquement un instrument accélérateur de la crise mondiale de surproduction. L’européisme de l’horizontalité marchande trouve ici une limite : les entrepreneurs politiques nationaux ne pourront se reconduire au pouvoir ou conquérir le pouvoir dans l’ordre libéral que si l’euro disparait….et avec lui nombre des institutions européistes correspondantes….De ce point de vue l’affrontement entre les politiques nationaux, pris dans le piège de la contestation de plus en plus radicale des dominés, et le personnel politico-administratif bruxellois devrait prendre de l’ampleur, ces derniers ne pouvant se reconduire au pouvoir qu’en développant un laxisme croissant sur les règles fondamentales de fonctionnement de l’eurozone. Affrontement de classes (à la base) qui débouche sur des affrontements secondaires à l’intérieur de l’oligarchie ( le sommet) diraient les marxistes…le tout dans un marasme économique se perennisant  (austérité continue) et débouchant sur la fin du vivre ensemble que devaient normalement assurer jusqu’ici les Etats. Ou le maintien d’un certain vivre ensemble ou l’euro : il faudra choisir.

La seconde, le « plus d’Europe » peut donner le change par des politiques fiscales voire sociales plus harmonisées. Bien évidemment on peut rediscuter sur les migrations, le terrorisme, etc. On peut même imaginer un gouvernement de la zone euro avec un parlement responsable[10]. La limite est pourtant très claire : sans redistribution depuis les zones excédentaires vers les zones déficitaires, la situation restera bloquée pour nombre de pays du Sud. Cette redistribution n’étant pas politiquement acceptable pour l’Allemagne, nous nous retrouvons dans une situation proche- certes moins douloureuse – de la première. C’est dire que là encore, une intégration plus forte passe d’abord par la disparition de la monnaie unique. Ce qu’aucun entrepreneur politique classique ne peut évidemment reconnaitre.

La troisième n’est envisageable qu’à la condition de la disparition de la monnaie unique. Sans cette disparition, des projets intergouvernementaux, par exemple d’investissements massifs dans des infrastructures, dans le redéploiement écologique, etc. ne peuvent assurer automatiquement les transferts obligatoires vers les zones déprimées, donc transferts qui ne peuvent qu’être bloqués par l’Allemagne.

La Grande Bretagne a ouvert le bal de la décomposition puisque désormais la porte autorisée par l’article 50 du Traité est ouverte. La question est alors de savoir qui, du centre institutionnel bruxellois, c’est-à-dire la zone euro, va la franchir le premier. Parce que les acteurs politiques se doivent d’être prudents dans leurs stratégies de conquête ou de  reconduction au pouvoir, ils doivent emprunter la sortie de façon indirecte mais surtout intelligente, c’est-à-dire sans mettre en cause directement une monnaie unique promue au rang de Talisman.

Parce que les humains ne peuvent jeter un Talisman, il faut trouver un moyen propre pour s’en débarrasser. Le Blog recommande à cet effet de s’attaquer d’abord à son environnement immédiat c’est-à-dire à la BCE qui doit être simplement réquisitionnée[11]. Une réquisition qui devrait logiquement entrainer le déclenchement de la fin avec le départ précipité de l’Allemagne. Une stratégie de sortie ferme mais intelligente , celle contournant le Talisman, pour  laisser la responsabilité de sa mise au rebut à l’Allemagne ne peut être le fait que d’un grand pays : la France est désormais porteuse de ce choix stratégique.

Quand plus rien n’est réparable, la sagesse consiste à précipiter l’effondrement définitif pour reconstruire un tout autre monde. La Grande Bretagne a déverrouillé la prison. A la France d’en faire sortir les prisonniers.

 

 

[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/04/avenir-des-etats-declin-fragmentation-union-desunion-partie2.html

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-finance-ou-la-reussite-de-la-petition-des-marchands-de-chandelles-frederic-bastiat-1845-121172557.html

[3] http://www.lacrisedesannees2010.com/2014/10/la-surclasse-mondialiste-interdit-la-fin-de-la-crise.html

[4] On pourra mieux comprendre cette question en lisant l’ensemble des textes de la rubrique : http://www.lacrisedesannees2010.com/tag/critique%20des%20raisonnements/ que l’on trouve sur le blog.

[5] Les opérations de change sont en masse environ 100 fois supérieures à celles des operations économiques réelles d’exportation et d’importation

[6] http://www.lacrisedesannees2010.com/2014/12/test-du-modele-du-monde-tel-qu-il-est-le-protectorat-grec.html

[7] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-etats-effondres-failed-states-dans-la-mondialisation-120988085.html

[8] http://www.lacrisedesannees2010.com/article-le-monde-tel-qu-il-est-78572081.html

[9] Il est clair que les entrepreneurs politiques dont l’intérêt est la conquête ou la reconduction au pouvoir utilisent aussi les groupes d’intérêts qu’ils sont censés représenter. Et c’est parce que le premier ministre britannique a mal saisi les forces en présence que son objectif privé de reconduction au pouvoir fut un échec.

[10] http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/12/un-authentique-parlement-de-la-zone-euro-est-il-pensable.html?

[11] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/05/une-requisition-de-la-bce-au-service-des-zones-devastees-par-l-euro.html


 [JCW1]

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 08:48

 

Il est inutile de rappeler qu’un réel âge d’or de l’Europe et de l’euro passe par le recyclage des excédents et   de ceux de l’Allemagne en particulier[1].

L’Allemagne d’aujourd’hui n’est pas l’Amérique de 1945

Un certain âge d’or du capitalisme avait été ouvert après la seconde guerre mondiale par une Amérique qui, soucieuse de ses intérêts de long terme, recyclait son considérable surplus commercial en exportant aide et investissements directs vers l’Europe et le Japon. Dans un cadre de guerre froide, un tel transfert correspondait au « containment » de l’Union Soviétique et au maintien de l’hégémonie américaine[2].

Dans un monde que l’on prétend mondialisé, L’Allemagne et son personnel politico-administratif ne mettent en avant que des intérêts strictement nationaux, en particulier ceux d’électeurs rentiers. Il est donc logique et parfaitement justifié, de voir l’Allemagne refuser de construire un grand projet Européen, comme naguère les USA construisaient un projet mondial. Les grecs ne bénéficieront ainsi jamais d’un plan Marshall, et ce d’autant plus que le reste du monde accepte, jusqu’ici, d’absorber le surplus Allemand.

Allons plus loin et ajoutons de la fantaisie au raisonnement. Historiquement, les USA se sont trouvés très vite, après la période de reconstruction, en position débitrice, un peu comme les pays du sud de la zone euro aujourd’hui. Pour autant, le débit fut, comme on le disait dans les années 60, un déficit « sans pleurs ». La raison est simple : les acteurs excédentaires du reste du monde acceptent tous des actifs, quels qu’ils soient, libellés en devise américaine, c’est-à-dire le dollar. Parce que le dollar, en particulier la dette publique américaine, est la liquidité ultime ou absolue, aucun agent n’est venu jusqu’ici exiger un quelconque paiement : être payé en dollars est le mode de règlement le plus universellement accepté. Ce qui n’est évidemment pas le cas des soldes TARGET grecs que la banque centrale allemande ne peut accepter. Les actifs grecs des soldes correspondants n’ont pas la qualité des dollars….même si ceux-ci sont imprimés par des banques américaines sur l’ensemble de la planète. Les USA ont pu poursuivre jusqu’ici à crédit, par déficit régulier et croissant, leur expansion et leur domination mondiale. La Grèce restera bloquée par son déficit. L’Allemagne n’a pas les mêmes intérêts que les USA et ne remplacera jamais ceux-ci sur cet espace réduit qu’est la zone Euro.

La zone euro restera donc, en principe, le parking de ceux qui sont en panne de croissance, parking visité par le meccano BCE qui tente, avec les moyens du bord, de réanimer ce qui est paralysé.

Parmi ces moyens du bord, il y a l’helicopter money. Si les USA poursuivent leur expansion grâce à la création continue de dollars[3], pourquoi la BCE ne pourrait-elle pas réanimer la croissance de la zone euro par le biais d’un déversement de monnaie sur les zones déficitaires ? Le déficit américain nourrit la demande mondiale, ce qui est interdit à l’échelle de la monnaie unique, mais pourquoi alors ne pas remplacer ce déficit interdit, par de l’injection monétaire nourrissant directement la demande dans la zone ? Ce qu’on appelle « l’helicopter money ».

On sait l’opposition radicale du personnel politico-administratif allemand au regard d’un tel projet. Mais on sait aussi que cette opposition s’inscrit dans une représentation du monde qui est l’ordo libéralisme. Si on dépasse cette pure vision pour se plonger vers une argumentation, si possible, plus objective, quels sont les avantages et inconvénients du recours à l’helicopter money  (HM) pour l’Allemagne ?

Le bricolage d’un « ersatz » de transfert.

Nous pouvons pour cela construire un tableau présentant les avantages et inconvénients en fonction des diverses modalités imaginables de l’helicopter money ( HM).

Type de HE et clé de répartition

En % du PIB de chaque pays

En % du PIB de chaque pays

En faveur du sud (grèce)

En faveur du sud (Grèce)

 

Utilisation

Résultats

Utilisation

Résultats

Etat

-Remboursement dette publique

 

-Investissements

-Avantageux pour l’Allemagne

-Risques d’inflation

-Répression financière

-Remboursement dette publique

 

 

-Investissements

-Avantageux pour la Grèce

-Sécurisation relative de l’épargne allemande

-Répression financière

Entreprise

-Remboursement dette privée.

 

-Investissement

 

-Achat de dettes

-Avantageux pour l’Allemagne

-Risques d’inflation

-Répression financière

-Remboursement dette privée.

 

 

-Investissements

-Avantageux pour la Grèce

-Sécurisation relative de l’épargne allemande

-Répression financière

Ménages

-Epargne

 

-Consommation

-Avantageux pour l’Allemagne

-Risques d’inflation

-Epargne

-Consommation

-Avantageux pour la Grèce

 

 

L’examen du tableau appelle plusieurs remarques:

Si on considère comme résolue la question de l’acceptabilité par l’Allemagne d’une clé de répartition du HM en faveur des pays du Sud[4], une question très brûlante est celle de ses conséquences sur la finance.

Finance en berne et répression financière

De ce point de vue, il faut considérer que le HM est d’abord une forte exception au principe classique de la création monétaire  : la monnaie est jusqu’ici, dans sa totalité, la contrepartie d’une dette, ce que certains appellent « l’argent dette ». Le HM met fin à ce monopole, et introduit l’idée qu’il est possible de créer de la monnaie, bien sûr à coût nul, sans la rémunération qui lui est associée, c’est-à-dire le taux de l’intérêt. Une première conclusion est que l’on entre ainsi dans un mécanisme de répression financière avec, d’une part des risques inflationnistes, et d’autre part le rétrécissement du marché de la création monétaire jusqu’ici réservé aux seules banques. De ce point de vue, le rentier, allemand ou non, peut se poser de légitimes questions concernant la rentabilité de son épargne, question abordée sous un autre angle dans le point qui suit.

Car une autre question complètement liée au mécanisme de la répression est celle de l’affectation du HM entre Remboursements de dettes privées ou publiques, Investissements privés ou publics et épargne. De ce point de vue le HM est un mécanisme d’aggravation des effets déjà constatés sur le QE, à savoir la baisse des coûts donc des taux d’intérêt sur les dettes publiques et les obligations d’entreprises[5]. Là aussi il faut s’attendre à une répression financière accrue et donc une rémunération très faible de l’épargne.

On peut certes imaginer un interdit juridique d’utilisation du HM au remboursement de la dette, et donc une surveillance active de sa bonne utilisation au profit de l’économie réelle. Et il est vrai que sans cet interdit, le HM peut aussi ressembler au QE et à ses inconvénients , à savoir la montée de la spéculation avec tous ses risques. Mais alors, on entre dans un processus d’interventionnisme croissant et à la répression financière s’ajoute un interventionnisme qui n’est même plus couvert par l’idéologie d’un intérêt général lequel n’est concédé qu’aux Etats : en Quoi la BCE est-elle légitime pour surveiller les entreprises et ce de manière très procédurière ? Et en quoi serait -elle garante de la bonne affectation des ressources ?

Une hétérogénéité enfin combattue ?

Une autre question est celle de la capacité d’un HM à réduire l’hétérogénéité entre le nord et le sud . Il est en effet évident que le HM sur les ménages grecs, ne peut que développer les importations à court terme, alors que ce même HM sur les entreprises grecques développera aussi les importations de court terme, pour n’autoriser les exportations que dans le long terme. C’est dire que le processus est beaucoup plus consommateur de temps, qu’une modification d’un taux de change, ce qui nous renvoie à la monnaie unique. Et la comparaison peut être faite avec ce qui était le « QM » américain de l’après-guerre : la reconstruction a certes exigé du temps, mais à l’époque il y avait des barrières douanières et donc des productions nationales en voie de reconstruction, relativement protégées.   

Si l’on dresse un bilan relativement à notre question de savoir si un HM peut produire les effets d’un transfert refusé et pourtant exigé pour le fonctionnement normal d’une zone monétaire, nous disposons des conclusions suivantes :

Un ersatz qui fait des gagnants et des perdants

Parmi les perdants d’un HM nous avons :

- d’abord la finance dont le périmètre d’activité se réduit par la fin du monopole de « l’argent dette » le risque d’inflation, la baisse des taux, et le probable interventionnisme d’une banque centrale ou des Etats, cherchant à limiter la transformation le HM en QE, lequel fut d’emblée matière première de la spéculation.

- Les rentiers victimes d’une finance réprimée qui n’a pas plus les moyens de proposer des produits hautement rentables à sa clientèle. Les pays où la rente est la plus importante, sont aussi ceux où les régimes de retraites par répartition sont les plus fragiles et où le vieillissement démographique est le plus accentué. De ce point de vue l’Allemagne est de loin le pays le plus touché. D’où déjà les réactions indignées des entrepreneurs politiques allemands et responsables des grandes institutions d’épargne, comme les Sparkassen face à la politique de la BCE. A cela il faut ajouter que la baisse de l’euro normalement associée à un HM , ne joue pas non plus en faveur des rentiers et retraités allemands.

Parmi les gagnants, nous aurons vraisemblablement tous les agents qui vont bénéficier du transfert que les règles bruxelloises interdisaient. La fiction d’un transfert par ce tiers qu’est la BCE, deviendra, au moins provisoirement réalité pour les déficitaires : Etats et entreprises, voire ménages du sud.

A noter que pour la nation la plus importante à savoir l’Allemagne, les entreprises notamment exportatrices- donc l’ensemble du secteur industriel- ne sont pas nécessairement défavorables à un HM qui produit de nouveaux marchés dans des conditions de rémunérations non dégradées : la baisse de l’euro joue en défaveur de la valeur ajoutée dégagée par les intrants importés, mais en faveur de la valeur ajoutée à l’exportation. Cette spécificité joue, on le sait, à plein dans une chaine de la valeur très émiettée et ce qu’on appelle une production « by germany ».[6]

Ces conclusions restent très globales et doivent être nuancées en fonction des modalités concrètes du HM que la BCE pourrait théoriquement organiser : déversement plutôt sur les Etats ? plutôt vers les entreprises ? plutôt vers les ménages ?  Et au-delà quelles modalités concrètes de répartitions : PIB ? Niveau de déficit ? importance de la population ? Combinaison de plusieurs paramètres ?

Mais un ersatz qui est aussi un acide destructeur

Il est de ce point de vue évident que l’Allemagne pourrait atténuer son opposition radicale si le HM prenait pour critère l’importance du PIB : les risques associés qui se conjuguent au détriment des rentiers peuvent être compensés par des garanties : suppression de la hantise du défaut du sud et de la hausse des impôts correspondante, amélioration des régimes de retraites, avec indexation sur l’inflation, etc. Plus globalement, prise de conscience qu’il faut choisir entre cette mauvaise solution, et celle de porter le poids de ce qui pourrait apparaitre comme un peuple responsable d’une troisième catastrophe européenne…

De fait l’opposition radicale viendrait plutôt du système financier qui fera tout pour éviter la diminution radicale de son poids dans l’économie.

Si toutefois le scénario du HM devait, malgré les multiples oppositions, se manifester il resterait système assis entre 2 chaises : interventionnisme accru et donc plus de surveillance, plus de règlements, plus de barrières, et moins de marché[7]….sous la houlette d’un acteur- la BCE- situé en dehors du champ politique… Il est clair que le chemin menant au HM a pour destination ultime la fin de l’indépendance des banques centrales….

L’euro ne peut se maintenir qu’avec de gigantesques transferts réels du nord vers le sud. Parce que Politiquement impensable, un substitut, un ersatz de transfert appelé HM, peut être envisagé. Mais la « consommation productive de l’ersatz » fonctionnera comme acide et détruira la clé de voûte du système euro à savoir l’indépendance de sa banque centrale, une destruction qui entrainera l’ensemble de l’édifice euro zone.

 


 

[1] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/02/bien-comprendre-la-logique-devastatrice-de-l-euro.html

[2] On pourra ici s’appuyer sur l’ouvrage de Yanis Varoufakis : « le minotaure planétaire », Enquêtes et perspectives, 2015 .

[3] Et une expansion qui permet aussi l’expansion de biens d’autres pays, le déficit américain nourrissant une demande planétaire croissante

[4] De fait l’opposition Allemande sera forte sur le principe et modérée sur son application car le maintien de l’ouverture des frontières permettrait, en cas de privilège accordé au sud, aux entreprises allemandes d’aller bénéficier, en se délocalisant, des faveurs de la BCE.

[5] Selon le flash eco : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=90851 et le modèle construit à ce effet, l’actuel QE confirme ce point de vue et ajoute une hausse des primes sur titres risqués aboutissant à une réduction de la production.

[6] Nous retrouvons ici l’idée que l’économie allemande est relativement moins  concernée que d’autres  par la question du taux de change.

[7] Comment en effet construire/reconstruire le sud en le laissant au grand vent d’une concurrence assortie d’un taux de change irréaliste ?

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 07:51

 

Dans ce court papier nous nous proposons de comparer l’actuelle politique des banques centrales et leurs effets avec celle du Trésor français, au cours de la reconstruction de l’après- guerre. Nous envisageons également l’hypothèse d’un « helicopter money ».

Lorsqu’aujourd’hui la BCE se livre au QE, elle achète encore essentiellement de la dette publique. Il s’agit même de dette domestique puisque le QE est le fait de chacune des banques centrales de l’euro –système. De ce point de vue, elle achète des obligations du Trésor, comme naguère les banques nationalisées achetaient des bons du Trésor afin de respecter les « planchers » de l’époque[1].

Quelles sont les différences ?

La première réside dans l’initiative : Banque Centrale du côté du QE et Trésor du côté des « planchers ». D’un côté un souverain, de l’autre un patron non élu d’une entité formellement indépendante.

La seconde est que du côté du QE il s‘agit bien d’une monétisation, au moins temporaire, qui va accroitre le bilan de la Banque Centrale, tandis que du côté des planchers il s’agit d’éviter la monétisation pure. En effet le Trésor à l’époque pouvait recourir aux avances directes de la Banque de France laquelle n’était pas indépendante. Les « planchers » évitaient ainsi au gouvernement l’accusation de recourir à la « planche à billets »[2].

La troisième concerne l’objectif : dans le cas des « planchers » il s’agit de parfaire le circuit du Trésor, et de libérer l’Etat des contraintes d’une dette à des fins de développement. Le projet est clair : reconstruire le pays et tout faire pour disposer d’un outil de maximisation des investissements réels. Dans celui du QE le projet est flou : interdire la déflation, mais aussi améliorer le bilan des banques, limiter le coût de l’endettement public, et au final interdire une prochaine crise financière. L’idée d’investissements réels n’est pas absente mais elle n’est pas centrale. Au-delà il développe des effets pervers aujourd’hui bien analysés[3].

Il existe une quatrième différence, celle des taux : la BCE ne maîtrise pas le taux de la dette alors que dans le cas du circuit du Trésor l’État fixait autoritairement le taux de l’intérêt.

Manifestement, en première lecture, l’achat obligatoire de dette publique est une stratégie autrement performante que l’achat sur un marché secondaire par une entité non désignée pour tracer un projet de société. Ajoutons qu’on voit mal comment cette nouvelle innovation que serait « l’helicopter money » pourrait aujourd’hui fonctionner -sous réserve de l’accord de l’Allemagne- aussi bien que les planchers. Nous y reviendrons.

Peut-on aujourd’hui revenir aux « planchers » ?

La question la plus importante serait de savoir s’il est possible aujourd’hui d’en revenir au circuit du Trésor. Que se passerait- il en cas de rétablissement de la répression financière qui accompagne une telle politique ?

Quels comportements de la part des divers acteurs en cas de rétablissement du circuit ?

On peut tout d’abord penser que les titres gelés détériorent la qualité du bilan du système bancaire : la dette publique cesse d’être liquide.

On peut en déduire que la notation et le cours sont altérés d’où des difficultés sur le marché monétaire et celui de l’endettement bancaire privé dont les fonds monétaires.

La conséquence en sera une perte de productivité globale et de compétitivité au regard de l’extérieur : les taux demandés aux clients seront plus élevés, d’où leur fuite vers des zones non concernées par un circuit du Trésor, en clair l’étranger, avec en bout de chaine déplacement des comptes clients vers des espaces non soumis à la répression financière. S’agissant des comptes clients les choses sont complexes : fuite directe en raison d’une opinion de sécurité plus grande de la valeur de la monnaie étrangère, fuite indirecte pour bénéficier de crédits libellés en monnaie étrangère à l’étranger (mais avec risque de change à incorporer dans les taux).

De tout ceci il est imaginable de penser que le rétablissement du circuit dans un seul pays n’est pas sans risques…..et suppose le rétablissement d’outils que l’on croyait obsolètes.

La seule façon d’éviter tout jugement par le marché de la qualité du bilan du système bancaire est de l’extirper dudit marché. Cela passe par la nationalisation intégrale de la totalité du système bancaire.

Ce qui pose la question du traitement des banques étrangères, et de l’ensemble des outils financiers non-résidents. Peut-on nationaliser des entreprises étrangères même de droit français sur le sol national ?

Nous ne prétendons pas ici répondre à cet ensemble de questions. Nous voulons simplement mettre en avant les difficultés qui surviendraient après la fin de l’euro, c’est-à-dire le nécessaire et fort brutal rétablissement de la répression financière.

Poursuivons ce court papier en revenant sur « l’helicopter money ».

L’illusion du maintien de l’euro grâce à « l’helicopter money »

Il n’est guère besoin d’insister sur l’opposition radicale de l’Allemagne vis-à-vis d’un tel projet. Les actuels débats dans ce pays montrent que la cohorte croissante des retraités pose de réels problèmes politiques. Si un tel projet devait se concrétiser il semble clair que l’Allemagne quitterait  la monnaie unique,  et donc l’helicopter Money signifierait la fin de l’Euro. Notons qu’une telle décision pourrait se nourrir d’arguments relativement sérieux concernant l’inflation. Il est clair que l’helicopter Money est une monétisation pure, c’est-à-dire une création monétaire ne reposant pas sur l’achat d’un actif. On peut donc penser que le risque inflationniste est beaucoup plus important que celui engendré par un QE classique[4]. Or ce risque est intolérable du point de vue de la cohorte des retraités allemands qui verrait son   épargne fondre.

Même en admettant l’hypothèse très irréaliste d’un maintien de l’Allemagne dans la zone il reste que l’helicopter money développe un ensemble d’effets pervers que l’on peut brièvement présenter

Tout d’abord il signifie une marginalisation du système bancaire lequel ne peut réagir que fort négativement au regard d’un tel projet. De fait l’helicopter Money correspond à une réduction massive de parts de marché du système bancaire.

Au-delà il faut souligner les effets pervers des deux formes possibles de l’hélicoptère Money soit une création monétaire au titre de l’investissement soient une création monétaire au titre de la consommation.

Au titre de l’investissement on peut imaginer un helicopter Money au profit d’une banque européenne d’investissement chargée de répartir les montants alloués entre divers utilisateurs : branches professionnelles , Etats, collectivités locales , etc. Cette procédure pose de multiples problèmes : comment répartir le flux de monnaie nouvelle entre pays ? entre branches professionnelles et Etats ? Quels décideurs finaux ? quelle logique d’affectation des ressources ? les montants distribués seront -ils affectés au désendettement ou à l’investissement réel ? etc.

S’agissant de la consommation que certains appellent le « QE for the people » on peut également se poser de très importantes questions ; quel effet d’épargne supplémentaire ? quel impact sur l’équilibre extérieur ? quel impact sur la demande interne ? et au final quelle réduction de l’hétérogénéité intra européenne que la monnaie unique n’a cessé de renforcer ?

Autant de questions qu’il est utile de se poser mais  le vrai problème de l’helicopter Money est le refus obstiné de l l’Allemagne.(A suivre...)

 


 

[1] A partir d’octobre 1948 les planchers contraignent les banques à détenir dans leurs bilans un volume de dette du Trésor. Ce volume est un pourcentage des disponibilités totales détenues par les banques. Très élevé dès son lancement ce pourcentage était encore de 25% en 1960. Il diminuera largement ensuite pour disparaitre à la fin des années 60.

[2] Cette différence est toutefois ténue car dans les deux cas il y a renoncement à la monétisation pure, l’émission de monnaie s’effectuant avec la contrepartie d’un achat d’actifs. De fait cette monétisation ne diminue pas dans l’un et l’autre cas la dette publique. La différence résulte plutôt dans le fait que dans le cas de la BCE, il est supposé que l’achat est temporaire alors que dans le cas des « planchers » elle est durable.

[3] Cf Patrick Artus et Marie Paule Virard ; « La folie des banques centrales » ; Fayard ;2016.

[4] Rappelons que Milton Friedman avait employé l’image de l’hélicoptère pour illustrer la théorie quantitative de la monnaie et l’idée associée de voile monétaire : une quantité supplémentaire de monnaie n’affecte en aucune façon l’économie réelle.

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 17:08

 

Le N° 343 de Flasheconatixis est intéressant à plus d’un titre[1] : il donne des arguments relativement solides face à ce que ses auteurs pensent être le cout du démantèlement de la monnaie unique.

3 arguments sont ainsi analysés et mis en valeur : un mix d’actifs et dettes externes pesant jusqu’à 6 à 7 fois le PIB de certains pays, une segmentation des chaines de la valeur devenue peu recomposable, enfin un effet d’accumulation et de concentrations  sur des zones constituant planétairement des trous noirs industriels.

Le premier argument part de la constatation qu’une modification souveraine de parité serait aujourd’hui porteuse d’effets financiers autrement considérables qu’à l’époque des Etat-Nations.

S’agissant de la France l’addition des actifs et dettes externes des entreprises, des banques et de l’Etat ne représentait que 60% du PIB en 1990. Cette même addition représenterait en 2016 620% de PIB. C’est dire que dans ces conditions le simple effet mécanique d’une dévaluation de 20% développerait des conséquences gigantesques. Une répartition nouvelle des patrimoines des acteurs considérés représenterait un montant proche du PIB….

Certes, il y aurait en théorie, à l’échelle macroéconomique un large effet de compensation entre acteurs, mais à l’échelle microéconomique nous aurions- répudiation des dettes ou pas- un tsunami colossal.

Le second argument part de la constatation que la montée continue des importations européennes depuis l’ensemble des pays émergents (en pourcentage du PIB, multiplication selon les pays de la zone entre 3 et 5) a eu pour effet de supprimer les concurrents domestiques candidats à la greffe sur les chaines de la valeur. Clairement, une dévaluation ne serait d’aucun effet sur la composition des dites chaines. Dit autrement, l’élasticité/prix à l’importation serait proche de zéro pour l’ensemble des composants importés. Un indice d’une telle réalité serait selon Natixis la poursuite de la montée des importations en volume malgré la récente baisse du taux de change de l’euro.

La conclusion serait alors que toute dévaluation ne ferait que provoquer une hausse de prix des importations, avec ses effets en termes de baisse de revenus domestiques, donc de baisse de pouvoir d’achat, et au final de baisse de la demande intérieure.

Le troisième argument, argument qui ne fait que renforcer le second, repose sur la quasi-impossibilité d’obtenir des relocalisations industrielles. La mondialisation, avantages comparatifs obligent, a abouti à l’émergence de zones à très forte concentration industrielle : Asie du Sud Est, Mexique, etc. Les effets de taille ont ensuite permis un ravitaillement quasi planétaire avec une relative désindustrialisation du reste du monde et même de certains pays émergents. Ces mêmes effets de taille supposent aussi de très grands marchés homogénéisés par le libre- échange et la relative absence de risque de change. On verrait donc mal des relocalisations sur des marchés dont l’étroitesse résulterait aussi du rétablissement d’une souveraineté monétaire.

Au total la dévaluation n’entrainerait que des désavantages.

Il n’est pas douteux que le retour de la souveraineté monétaire sera un chemin difficile. La monétisation envisagée dans le blog[2] dans le cadre du respect de tous les contrats, est la solution la moins périlleuse, mais il est clair que le problème du retour vers davantage d’auto centrage des activités industrielles et agricoles consommera beaucoup de temps, le frein le plus important n’étant pas les capitaux en recherche de valorisation, mais la disponibilité d’une main d’œuvre compétente dans nombre de métiers disparus dans la mondialisation des chaines de la valeur.

Pour autant, les couts sans doute considérables d’un retour à la souveraineté doivent être comparés à ceux du maintien d’un système monétaire aux effets catastrophiques en termes économiques, sociaux et politiques[3]. Entre le rétablissement difficile d’un ordre et la marche vers la barbarie, il faudra choisir.

 

[1] http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=90392

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2014/08/fin-de-l-euro-et-fin-de-la-privatisation-des-monnaies.html

[3] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/02/bien-comprendre-la-logique-devastatrice-de-l-euro.html

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 15:54

                                      

Résumé des conclusions :

- La réduction des déséquilibres entre zones économiques inégales et de même monnaie suppose des transferts.

- Machines à homogénéiser, les Etats voient dans les transferts une source de légitimation.

- Un outil  de transfert et donc de légitimation privilégié est l’Etat Providence.

-L’euro chevauchant des zones économiques inégales correspondant à des souverainetés différentes contrarie le fonctionnement normal des Etats.

- L’Etat de l’économie la plus performante ne peut que s’opposer à des transferts.

- l’Union monétaire produit de la désunion économique et sociale entre nations.

- L’union monétaire fabrique un ensemble articulé « centre/périphérie » produisant l’affaissement de toute possibilité de choix démocratique dans les zones périphériques.

- En raison d’un taux de change inadapté, il est pour toute périphérie impossible de rejoindre le centre en respectant les règles du jeu.

- Cette impossible jonction concerne aussi les Etats Providences de la périphérie.

- La pérennisation de la monnaie unique engendre des effets dépressifs sur la zone en particulier sur son Etat Providence,

- Les effets dépressifs se propagent sur l’ensemble de la planète en raison du poids important de l’économie européenne dans le monde.

- Le projet de construction d’un   Etat Providence mondial est une utopie.

Le monde politico-médiatique ne permet en aucune façon de comprendre la nuisibilité génétique de l’Euro.

Bien sûr, il ne lui est plus possible,  sous peine de dé-crédibilisation, de nier l’existence de difficultés gravissimes, mais la réponse est toujours la même : l’euro nous sauve de difficultés autrement plus graves, à savoir une faillite généralisée.

Il est donc important d’expliquer, le plus simplement du monde, en quoi l’euro constitue l’une des grandes barrières  de la marche de l’humanité vers davantage de solidarité aussi bien interne (protection sociale) qu’externe ( respect des identités culturelles de chaque peuple).

1) Bien fixer le cadre du raisonnement : La monnaie unique dans un espace national où les échanges entre régions sont déséquilibrés.

Pour cela, nous raisonnerons à partir d’un exemple très concret, celui d’un Etat-Nation où bien sûr une seule monnaie circule. Imaginons deux régions, l’ex-bassin minier du Nord et du Pas de Calais dans ses relations avec la région parisienne. Pour simplifier encore, nous supposerons que  la France ne comporte que ces deux régions.

 Sans donner de chiffres, on sait immédiatement que la première est  déficitaire, tandis que la seconde est excédentaire. Clairement, les houillères ayant disparu[1] pour ne laisser que du vide, un espace de consommation et de solidarité (personnes âgées, malades, personnes en situation de handicap) ne peut être assis sur un espace de production disparu et donc des transferts proviennent de la région réputée excédentaire.

Comment les choses se manifestent sur le plan du système financier et en particulier des banques ? Pour simplifier nous imaginerons qu’il n’existe qu’une seule banque pour la région des Houillères (« banque des houillères » : BH) et une autre pour la région Parisienne (« Banque de Paris » :BP).

Puisque la première région est déficitaire,  les flux financiers se dirigent depuis  BH vers BP. Ces flux ne font que traduire le fait que, par exemple, les clients de BH paient leurs fournisseurs dont le compte se trouve sur BP. La monnaie « fuit » ainsi BH pour se diriger vers BP. Matériellement, chaque banque bénéficiant d’un compte à la banque centrale, cette fuite se repère au niveau de cette dernière et celle-ci  va débiter en continu le compte de BH et créditer celui de BP.

Matériellement, puisque la région des Houillères ne produit plus, les marchandises achetées proviennent de la région parisienne qui, elle, est censée produire beaucoup. A ce flux physique correspond un flux des paiements en sens contraire.

Constatant que  BH se vide progressivement, quelles sont les solutions qui permettraient d’éviter la rupture entre les deux régions, avec en particulier la disparition du système de solidarité sociale dans les houillères ?

Il en existe théoriquement 6 :

1- BP accorde continuellement des crédits aux clients de BH, ce qui alimente les comptes clients qu’elle gère, et donc son compte à la banque centrale.

2- BP accorde continuellement des crédits à BH, laquelle peut ouvrir de nouveaux crédits à ses clients. De moyens de paiement sont ainsi distribués que BH pourra transférer  vers BP.

3- La  Banque de France (la banque centrale) fait crédit à BH et alimente le compte de cette dernière. En retour BH pourra faire crédit à ses clients et l’équilibre des paiements sera à nouveau assuré.

4- Le Trésor qui est l’organisme financier public au-dessus des deux régions, subventionne la région des Houillères ( RSA pour les anciens mineurs, aides diverses, aide à l’investissement des entreprises, investissements publics, etc.) Ces subventions viennent compenser la fuite de monnaie de BH vers BP.

5- Aucun crédit ni subvention n’est accordé à personne et la région des Houillères se détache progressivement du reste du corps social et politique. Il n’y aurait pas à proprement parler de rupture, mais  émergence d’une zone de marginalisation très éloignée des standards de la région parisienne. Laissons le lecteur imaginer ce que serait la région sans les retraites des houillères, la reconfiguration du patrimoine immobilier, l’absence de sécurité sociale, l’absence de réels outils de formation, l’absence du Fond d’Industrialisation du Bassin Minier (FIBM), etc. Il n’y aurait même pas les entreprises de la Grande Distribution qui constituent l’essentiel du tissu économique et qui, toutes, se nourrissent des seuls fonds de transferts….

6- L’Etat introduit une nouvelle monnaie dans les Houillères, une monnaie ne s’échangeant avec l’ancienne que sur la base d’un taux fort réduit. On peut ainsi espérer que les habitants de la région vont moins consommer de produits, devenus excessivement chers, en provenance de la région parisienne et vont créer des activités devenues compétitives en raison du taux de change. Le résultat sera une exportation vers la région parisienne. De quoi rééquilibrer les flux entre les deux banques. En attendant l’équilibre, le système de solidarité se fera plus  réduit : moins de soins, moins de médicaments, moins d’aides diverses.

Laquelle ou lesquelles de  ces 6 solutions, théoriquement envisageables, sera (seront) retenue(s) ?

Les solutions 1 et 2 ne sont évidemment pas crédibles et on ne voit pas pourquoi BP ferait crédit à des débiteurs insolvables.

La solution3 est envisageable dans le cas d’une Banque centrale soumise au Trésor : l’Etat donne l’ordre de créer de la monnaie au profit de BH, laquelle ouvre des crédits auprès de ses clients. Proche d’un « Quantitative easing for the people » elle est peu pensable dans le cas d’une banque centrale indépendante.

La solution 4 est celle  historiquement constatée dans à peu près tous les pays du monde : la région déficitaire est largement subventionnée par les pouvoirs publics. Son défaut est naturellement qu’elle alimente les clientélismes et devient un enjeu majeur des marchés politiques.

La solution 5 n’est envisageable que fort rarement et peu de nations laissent en déshérence complète une région. La raison en est que le fonctionnement normal des marchés politiques débouche sur des mesures d’homogénéisation, de mise à niveau au moins partielles ou approximatives, qui elles -mêmes fabriquent une forme de légitimation du pouvoir. Ce que nous appelons « marchés politiques ».

La solution 6 n’existe pas au sein des Etats classiques car historiquement la monnaie, attribut de la souveraineté est « une » et permet l’homogénéisation recherchée par le pouvoir. Elle peut se vivre dans des conglomérats, très rarement dans des Etats fédéraux ou des empires, mais jamais au sein d’Etats Nations classiques. Cela signifie que la fin de l’Union monétaire qui existe dans un Etat, est politiquement impensable. A Paris comme à Lens on utilisera la même monnaie. Il y a bien « irréversibilité » de la monnaie unique comme il est devenu habituel de le dire pour l’Euro.

A y regarder de plus près, les solutions 5 et 6 sont historiquement non vérifiées car elles sont contraires au principe même du fonctionnement des Etats. Sans revenir à la question de la nature profonde des Etats, souvent examinée sur le blog de JC Werrebrouck[2], on sait qu’un Etat est logiquement producteur d’une identité commune, en ce sens qu’ il produit  – répétons-le- de l’homogénéité et ce, même s’il est décentralisé ( souveraineté sur un espace délimité par des frontières, système juridique, linguistique, monétaire, militaire, etc. mais aussi principes d’égalité, d’unité nationale et territoriale, etc. Mais enfin principe de solidarité entre citoyens, principe très souvent porteurs de légitimité politique)

Dans ces conditions lorsque des déséquilibres entre régions émergent les solutions 5 et 6 apparaissent comme des échecs politiques majeurs et au nom de la solidarité qui se niche dans l’idéologie d’un intérêt général, la solution des transferts  et aides diverses s’impose… donc au final s’impose la solution 4.

Si l’on dresse le bilan des possibles face à un déséquilibre régional, nous avons :

- Sur le plan financier, Impossibilité du recours durable au crédit, surtout dans un monde où l’indépendance des banques centrales est la règle (solutions 1,2 et 3).

- Sur le plan politique, Impossibilité des choix sécessionnistes (solutions 5 et 6).

Le seul choix est donc celui des transferts dont les caractéristiques quantitatives et qualitatives sont historiquement très variables. Ainsi on peut avoir le choix de solutions complètement rentières ( la population est subventionnée pour rester fidèle à l’ordre politique en place) ou au contraire de mise à niveau ( la région déficitaire bénéficie d’un programme visant à l’alignement sur la productivité de la région excédentaire). Dans les faits, au gré des marchés politiques,  c’est souvent un mix qui finira par s’imposer

Les conséquences macro-économiques.

La solution des transferts pose celle de son financement.

 Dans notre exemple, le déséquilibre correspondait au fait que le charbon n’est plus acheté par la région parisienne, laquelle va acheter du pétrole et va ainsi bénéficier d’un effet coût et d’un effet revenu. Les parisiens feront des économies lesquelles pourront être redéployées vers de nouvelles consommations et/ou de nouvelles formes de solidarité. Les producteurs de la région parisienne verront leur efficience productive s’améliorer - une énergie moins coûteuse -  et la valeur ajoutée correspondante pourra se déverser sous la forme de profits, de salaires, voire de baisse de prix. De la même façon, si l’on suppose que les producteurs de pétrole sont dans la région parisienne, les revenus de cette profession viendront s’ajouter à la demande globale.

En contrepartie, la région parisienne perd sa clientèle du bassin houiller. Le redéploiement, faisant suite à la fin du charbon, est toutefois globalement avantageux car le « système productif nouveau » (disparition du charbon coûteux et généralisation du pétrole moins cher) est plus efficient. Si au-delà on raisonne en « économie ouverte » (avec échanges extérieurs) le changement risque d’autoriser de nouvelles exportations.

Si l’on raisonne en économie sans échanges extérieurs[3], ce que les économistes appellent « l’économie fermée », la solution politique des transferts ne peut se faire que sur la base d’un prélèvement fiscal supplémentaire venant gommer tous les effets positifs du passage au pétrole. En revanche, ce même prélèvement vient aussi gommer les effets négatifs de la perte de débouchés correspondants à la crise du bassin houiller.

D’où la conclusion : en économie fermée le rétablissement de l’équilibre régional par le biais des subventions permet de maintenir les débouchés (les subventions deviennent des  chiffres d’affaires) tout en assurant la solidarité (les subventions sont des revenus, des marques de solidarité et des capitaux de substitution). En revanche la compétitivité de l’ensemble n’est pas améliorée.

Remarque : C’est donc la solution 4 qui s’impose, celle que l’on pourrait désigner « solution de  l’Etat-nation ». Dans les faits l’Etat-Nation c’est aussi une banque centrale sous contrôle de son ETAT, et donc la possibilité de passer par la solution 3. Macro économiquement, cette solution provoque une demande globale excédentaire et des hausses de prix affectant la compétitivité externe. Historiquement la « solution de l’Etat-Nation » peut être un mix de solution 3 et 4 , mix qui fût la grande caractéristique de la France avec son modèle social, avant la naissance du projet de monnaie unique.

2) L’application du raisonnement au cas de déséquilibres des échanges entre nations sous monnaie unique (zone euro).

Chacun a déjà pu comprendre que derrière l’exemple du bassin minier et de la région parisienne pouvait  se cacher celui de la Grèce et de l’Allemagne.

Ici bien sûr nous ne pouvons raisonner en économie fermée et la zone euro est elle-même ouverte sur le reste du monde.

Le dispositif TARGET 2 comme cadre des échanges entre pays de la zone euro.

Les raisonnements jusqu’ici menés entre régions d’une même nation sont à reconduire au niveau d’un espace de plusieurs nations. Lorsqu’il n’y a pas de monnaie commune, on sait bien que la fuite de monnaie précédemment analysée se trouve rapidement bloquée. Par exemple, si l’Italie dont la monnaie était la Lire est en déficit vis-à-vis de la France , dont la monnaie était le franc,  les échanges vont se bloquer rapidement, car on ne voit pas pourquoi la France viendrait subventionner les achats de l’Italie. Si par exemple le commerce entre France et Italie se fait en dollars, le déséquilibre italien fera que la France ne retrouvera jamais les dollars éventuellement prêtés à L’Italie. Historiquement la solution fut  celle d’une restriction de la liberté des échanges, voire une manipulation des taux de change.

La construction européenne avec son projet de marché unique, de libre circulation des marchandises et du capital, ne peut dans le cadre de l’euro accepter de blocages. En clair les problèmes perçus lors de l’exemple précédent entre BH et BP doivent, au niveau des nations, disparaitre. Plus clairement encore, il fallait mettre en place un dispositif institutionnel efficace, garantissant la libre circulation des paiements sur toute la zone, et ce quelle que soit la situation des pays y adhérents.

Il faut bien comprendre le caractère fondamental de cette obligation. Si par exemple la Grèce est en déficit vis-à-vis de l’Allemagne parce qu’elle achète trop de voitures ou trop d’armes à ce dernier pays, il faut néanmoins assurer les paiements et transferts correspondants. Car si ce n’était pas le cas cela voudrait dire que l’euro grec n’est pas équivalent à l’euro allemand…et donc il n’y aurait pas de monnaie unique…

Le dispositif retenu fut de maintenir des banques centrales nationales aussi chargées d’assurer les transferts entre banques. Sans imaginer un quelconque transfert il fut décidé que les déficits, par exemple de la Grèce , deviennent des créances allemandes automatiquement inscrites au bilan de la Banque centrale allemande. Ces créances s’appellent dans le jargon européen, « créances TARGET ».

Concrètement en cas de déséquilibres, des actifs figurant aux bilans des banques du pays déficitaire sont transférés au bilan de la banque centrale du pays excédentaire.

Déséquilibres récurrents et transferts théoriques dans le cadre de TARGET.

Prenons le cas de la  Grèce en situation déficitaire et de l’Allemagne en situation excédentaire, et reprenons les différentes solutions envisagées dans le cadre du bassin minier et de la région parisienne

Réexaminons les diverses solutions précédemment envisagées.

Les solutions 1 et 2 ont d’une certaine façon largement fonctionné au service de la Grèce, de son Etat et de ses entreprises et ménages : Toutes les banques européennes se sont précipitées avec comme produit phare des taux d’intérêt très bas, inconnus jusqu’alors dans le cadre de la Drachme. D’où un déséquilibre qui ne pouvait être que croissant : les marchandises allemandes notamment exportées  en Grèce sont largement financées par du crédit bon marché. Elles sont aussi favorisées par un taux de change qui ne peut plus bouger : La Grèce ne peut plus dévaluer pour résister à l’invasion des importations, voire exporter davantage : la monnaie unique devient un étau.

Bien évidemment, s’il n’y a pas de base productive suffisante en Grèce (comme plus haut dans le bassin minier orphelin de son charbon) capable de produire du revenu, le manège ne peut  durer : il a cessé progressivement avec les plans d’aide de 2010 et 2012, puis l’arrivée de la « Troïka ». Et il faut bien comprendre cette arrivée à la lumière des créances TARGET : La banque centrale allemande s’inquiète des actifs grecs qu’elle doit règlementairement conserver à son bilan.

La solution 3 est juridiquement impossible  car la BCE ne finance pas les Etats, sauf contournement des textes, ce qui s’est fait pour la Grèce[4] mais aussi pour nombre d’autres pays, comme l’Irlande ou le Portugal.

La solution 4 fut, de fait, largement pratiquée notamment par le biais des « fonds structurels » qui ont permis l’octroi à la Grèce d’environ 4% annuel de son PIB pendant de très nombreuses années. Elle s’est poursuivie avec le plan de 2012 qui a permis de faire passer la dette du secteur privé vers le secteur public.

La solution 5 n’a pas été retenue jusqu’à aujourd’hui et la Grèce n’était pas abandonnée par le reste de la zone.

La solution 6 est celle de la sortie de la Grèce de la zone euro.

Si l’on dresse un bilan des 6 solutions concernant les rapports entre Grèce et Allemagne, deux  points doivent être retenus :

-il est erroné de dire que la Grèce n’a jamais bénéficié de transferts, simplement ceux-ci se sont concentrés dans les fonds structurels- environ 200 milliards d’euros depuis 1981- lesquels furent  largement gaspillés dans le cadre de lobbys, experts en jeux sur les marchés politiques, tant grecs qu’étrangers. La preuve en est le délabrement de l’économie grecque, avec en particulier, un recul des investissements, lesquels sont passés de 23,7points de PIB en 2008 à 11,6 en 2014. Tous les Etats, y compris la Grèce sont responsables de cela. Par contre les marchés politiques ont néanmoins autorisés l’affermissement d’un début d’Etat- Providence notamment dans le domaine sanitaire.

Globalement si la Grèce a bénéficié de transferts ils n’ont pu compenser les déséquilibres, eux même aggravés par l’énorme chute de l’investissement (on ne prépare plus l’avenir) dans le cadre d’un taux de change fixe.

- Les solutions 1,2 et 3 ont fonctionné à l’excès ( une dette de plus en plus inquiétante en raison de sa masse et de l’étroitesse de son potentiel de solvabilité), d’où l’envolée des taux et les mémorandums imposés par la « Troïka ». Elles tentent de fonctionner depuis 5 ans  mais à l’envers en provoquant un  énorme effet dépressif : 26 points de PIB partis en fumée depuis 2009 et probablement une dizaine de points supplémentaires avec la mise en place du nouveau plan[5]. Avec bien sûr des conséquences parfois dramatiques en termes d’effondrement d’un Etat- Providence. Et d’une certaine façon il faut bien comprendre l’enfermement catastrophique de la position allemande. Sans ce fonctionnement à l’envers, les créances Target sur le bilan de la Banque centrale allemande sont de plus en plus problématiques : la Grèce transfère des créances, mais quelle valeur leur accorder ? Et si cette valeur est nulle cela veut dire dans l’idéologie allemande que la banque centrale est menacée…qu’elle doit être recapitalisée avec l’argent des contribuables allemands, etc.

La conclusion est donc celle de l’alternative entre une solution 5 ou 6, et celle d’un retour massif à la solution 4. Comme cette dernière solution n’est guère envisageable sur les marchés politiques du reste de l’Europe (Paris peut être solidaire avec Lens, mais Berlin ne veut pas être solidaire avec Athènes), il ne reste que le choix du départ ou de la marginalisation dans un espace très assombri.

L’Euro est venu détruire les productions locales comme le pétrole devait détruire le bassin minier du nord de la France.

  L’Euro devait assurer le rapprochement des économies : il en assure l’écartèlement avec bien sûr des conséquences en termes de solidarité et de protection sociale.

Quelles sont les conséquences macro –économiques ?

Le raisonnement mené sur les rapports entre Grèce et Allemagne peut être étendu à l’ensemble de la zone. Les solutions 1, 2, 3 et surtout 4 sont très limitées et se heurtent frontalement à l’impossibilité  d’envisager une réelle politique de transfert à l’intérieur de la zone. Alors que les transferts ne soulèvent que peu de difficultés à l’intérieur des Etats nations classiques, ils se heurtent à de grandes difficultés à l’intérieur de ce qui reste un espace international. Le choix de l’euro devenant celui de la servitude et la probable marginalisation pour les zones dont le taux de change unique est inadapté à la réalité économique. Globalement, il n’y aura pas de transferts du nord excédentaire vers le sud déficitaire. Ce que l’on savait en théorie est désormais confirmé par la réalité empirique : les négociations de la nuit du 12 au 13 juillet 2015 resteront une date dans l’histoire.

Parce que le système financier du sud voit la monnaie fuir  vers le nord (on peut reproduire le raisonnement mené plus haut entre BH et BP), parce que les solutions type endettement ont atteint leurs limites (solutions 1,2 et 3),  parce que les transferts sont interdits (solution 4), et  que le maintien de l’euro reste la « commune volonté » (l’euro constituerait une « irréversibilité »  donc il n’y aurait pas de solution 6) :  la seule réalité qui s’impose est la cure durable d’austérité (marche forcée vers la solution 5).

Mais cette « solution » est un drame pour l’ensemble de l’humanité puisqu’elle planifie durablement un déficit de la demande globale planétaire.

En effet, il faut empêcher la fuite de monnaie vers le nord, donc supprimer le déficit par la seule diminution des dépenses globales. Concrètement il faut moins consommer, moins investir, diminuer les dépenses publiques de toutes natures (régaliennes, sociales et de solidarité)….autant de diminutions qui correspondent à une contraction de  débouchés pour un même montant. Quand tout est bloqué, maintenir l’Euro, c’est provoquer un déficit global de débouchés et donc une tendance planétaire à la récession.

En plus clair encore : ce que nous avons démontré pour la relation Bassin minier/Région Parisienne dans le cadre d’un monde fermé, se retrouve à l’échelle planétaire. Avec toutefois une différence importante : le système fermé national pouvait théoriquement se rééquilibrer, en terme macro-économique, en abandonnant le bassin minier à son sort. Offres et demandes étaient remodelées dans la continuité d’un équilibre. Même chose dans le cas beaucoup plus probable de transferts financés par l’impôt. Tel n’est plus le cas du système planétaire : la demande globale  diminue sous l’effet de pays qui se maintiennent dans la zone sous régime  d’austérité obligatoire. L’offre étant inchangée, la tendance planétaire à la récession se confirme….sauf si en d’autres points du monde l’endettement peut se propager[6].

 Maintenant il reste évident que les plus performants pourront dans un espace déprimé planétairement tirer leur épingle du jeu. L’Allemagne peut ainsi continuer à prospérer sur la base d’un mercantilisme ouvert. Par rapport à l’exemple de la Région Parisienne dont on supposait l’impossible exportation en contrepartie de la perte de débouchés dans le bassin houiller, l’Allemagne non alourdie par le poids des transferts, peut connaitre un excédent jusqu’à plus de 8 points de PIB….en 2015, avec il est vrai des dépenses de solidarité très inférieures à la France (25,4 points de PIB contre 31,7 pour la France). En jouant le jeu de la frayeur sur les créances TARGET, qui, il est vrai, continuent d’alourdir le bilan de la Banque centrale allemande, le pays correspondant est le seul à tirer son épingle du jeu.

Les politiques d’austérité dans le sud finissent par gonfler ce qui est déjà un excédent de la zone vis-à-vis du reste du monde (3 points de PIB de la zone pour 2015). Politique et résultat  contestés par le reste de la planète qui considère qu’il n’a pas à souffrir de la monnaie unique dans un contexte où la Chine  déjà intrinsèquement en difficulté,[7] se trouve face à une Europe qui est son premier partenaire commercial : la pression déflationniste européenne ajoute brutalement aux difficultés exportatrices de la Chine.

A l’échelle planétaire, parce que la monnaie unique interdit tout transfert, toute solidarité, elle exige aussi une sur-compétitivité dont se trouvent victimes les pays candidats à la construction  d’Etats Providences nationaux. D’où les difficultés du Brésil, de l’Argentine, de l’Afrique du sud, et de tous les pays émergents avec bien sûr, au premier plan,  la Chine dont la croissance est devenue depuis quelques mois inférieure à la croissance américaine….[8]Comme la concurrence entre Etats n’en affaiblit pas le nombre, il est illusoire d’imaginer un monopole, c’est-à-dire un Etat mondial, harmonisant l’équilibre entre demande et offre planétaire, équilibre lui-même assorti de l’édification d’un Etat providence planétaire.

La conclusion est donc simple:

Sauf difficile retour à une certaine forme d’Etat-Nation, celle qui reste soucieuse de la souveraineté monétaire, l'avenir est fait  de dévastations à une échelle continuellement élargie.

 


 

[1] 220000 salariés en 1947…contre pratiquement zéro aujourd’hui, avec une population totale qui n’a pas beaucoup variée.

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/04/avenir-des-etats-declin-fragmentation-union-desunion-partie1.html

[3] Ce qui suppose dans notre exemple que le pétrole soit produit dans la région parisienne….

[4] Cf notamment : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=86184

[5] Lorsqu’on impose un excédent primaire pour rembourser la dette (solde budgétaire positif) on diminue la demande globale et le PIB se contracte. Pour plus de détails voir : http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/07/peut-on-enfouir-la-bombe-atomique-grecque.html

[6] De ce point de vue il faut savoir que les banques centrales ont injecté plus de 40000 milliards de dollars dans les circuits financiers, soit environ 80% du total du PIB planétaire…..Ces banques centrales se sont ainsi considérablement alourdies avec des bilans gigantesques : 25% du PIB US pour la FED, et jusqu’à 65%du PIB pour la Banque centrale du Japon. La chine prend aujourd’hui le même chemin avec une vitesse accélérée.

[7] La chine vient de réagir en dévaluant sa propre monnaie les 11et 12  Aout dernier dans l’espoir de reprendre ses exportations vers l’Europe. Et cette baisse est immédiatement suivie d’autres : Taïwan, Malaisie, Corée du Sud, Singapour,  Australie, etc. De quoi se diriger vers une guerre des monnaies aux fins de lutter contre la récession.

[8] La presse spécialisée parle encore de 5 à 6% de croissance. Pour autant Patrick Artus, chef économiste chez NATIXIS, prétend au terme d’une analyse économétrique minutieuse  que la croissance chinoise est aujourd’hui d’un peu plus de 2%.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Zone Euro
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