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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 16:01

 

Fondamentalement la grande crise est celle de l’effondrement des bricolages spontanément mis en place pour maintenir le paradigme finissant des 30 glorieuses. Ce que l’on peut aussi appeler l’effondrement du « fordisme devenu boiteux ». Ce qui correspond aussi à un effondrement du holisme correspondant et l’épanouissement d’un individualisme radical.

Principales étapes :

1)    Construction et privatisation des autoroutes de la finance avec totale liberté de circulation (années 70-80).

2)    La mondialisation devient pour les grandes entreprises préférable à l’ancien partage des gains de productivité (depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui).

3)    Maintien des revenus et du volume de la demande globale par « artificialisation de la plus value relative » : baisse de la valeur des biens importés issus de la mondialisation et construction des grands déséquilibres extérieurs (années 80, processus en voie de modération  aujourd’hui)

4)    Maintien des revenus et du volume de la demande globale par la magie financière : endettement croissant des ménages (années 90 jusqu’à aujourd’hui).

5)    Maintien du volume d’activités  des Etats- Providence par la magie financière  (depuis la fin des souverainetés monétaires jusqu’à aujourd’hui).

6)     Consommation croissante de marchandises internationales à partir de revenus non produits, avec en conséquences : divergence croissante entre citoyen en voie de disparition, salarié devenu davantage précaire ou flexible, et consommateur consumériste et parfois chômeur (depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui).

7)    Crise financière comme crise de surendettement (depuis l’été 2007  avec aggravation progressive depuis).

8)    Crise des Etats devenus incapables d’assumer leurs dettes et leurs « fonctions  protectrices » (prise de conscience aigüe depuis 2010).

Derrière ces étapes existent des groupes d’acteurs : financiers qui prendront une place centrale au terme de la mise en place des autoroutes de la finance ; grands industriels qui auront la capacité de s’arracher aux contraintes du fordisme ; petits entrepreneurs ; distributeurs, acteurs essentiels dans la chaîne de l’artificialisation de la plus value relative ; salariés ; consommateurs ; et bien sûr tout ce qui relève du personnel politico-administratif. Sans oublier que l’ensemble de ces acteurs se trouve plongé dans l’océan de la mondialisation, océan fortement peuplé d’acteurs nouveaux.

Les résultats du jeu des acteurs constituent chacune des étapes de la grande crise. Et ces résultats ne sont évidemment pas prédéterminés : l’humanité reste, aujourd’hui comme hier, complètement aveugle. Ils sont simplement le compromis de l’instant, compromis qui assure le pouvoir à ceux que nous appelons les entrepreneurs politiques du moment. Et, évidemment, le compromis n’est pas durable car ce qui caractérise une grande crise, c’est que le futur ne peut plus être la reconduction, même remaniée, du passé.

Il n’y aura pas de retour vers les  glorieuses et, ces trente cinq dernières années (1975-2010), correspondent au bricolage des acteurs en recherche du maintien du présent.  Sauf peut être pour la finance qui a du vivre la période des glorieuses, comme insupportable répression, et fût l’acteur révolutionnaire de la période suivante. Probablement pour le pire.

Ce qui caractérise une grande crise est le sentiment de l’impasse. En particulier impasse des Etats aujourd’hui, avec des entrepreneurs politiques qui doivent « relancer » mais en même temps assurent la déflation. Impossibilité de laisser les déficits, mais impossibilité de tirer la demande par des exportations nouvelles pour tous. Si tous exportent, qui achètera alors que la réduction des déficits est une diminution des demandes globales de tous ? Et une relance par redistribution du partage salaires /profit est impensable en mondialisation : la demande globale du pays qui s’y aventurerait serait complètement siphonnée par les concurrents. Et comment créer un régulateur au dessus des Etats lorsque les marchés politiques restent d’essence nationale, ont tendance à se multiplier plutôt qu’à se fédérer ?  

 Au total, impasse  du jeu global des acteurs qui fait émerger des états de plus en plus dégradés du monde des humains. Jeu global animé par des intérêts mais aussi des représentations du monde, telle celle figurant dans les théories économiques dominantes. Impasse qui est, en conséquence, aussi d’ordre épistémologique à l’instar de celle des mathématiciens grecs qui à partir de leur vision sur le concept de nombre seront dans l’impossibilité d’exprimer numériquement la diagonale du carré. Il n’y avait pas de solution pour calculer la diagonale du carré. Il fallait pour cela une autre vision du concept de nombre. Il n’y a pas de solution à la crise des années 2010 dans le paradigme d’aujourd’hui. Tout doit être réinventé.

Bonnes vacances à toutes et à tous.

 

 

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans textes de portée générale
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commentaires

BA 11/08/2010 14:10


Mercredi 11 août 2010 :

La Banque centrale du Japon avait « ouvert le bal » de la journée : dans la matinée, son comité de politique monétaire avait opté à l'unanimité pour le maintien de son taux directeur à 0,10 %. Une
décision largement attendue par les marchés, compte tenu notamment de la faiblesse persistante de la demande intérieure nippone. Une des craintes de certains stratèges et économistes est d'ailleurs
de voir les Etats-Unis suivre l'exemple du Japon : une entrée dans une « ère glaciaire », marquée par la déflation et une croissance durablement en deçà de son potentiel.

http://www.lesechos.fr/info/marches/020715052794-la-fed-prete-a-racheter-de-la-dette-publique.htm

Comme le Japon.

Les Etats-Unis sont en train d'évoluer comme le Japon.

Les Etats-Unis sont en train d'entrer dans l'ère glaciaire.

Mettons nos chandails en laine : il va faire froid.


Dresse Daniel 10/08/2010 21:13


Je pense de façon obsessionnelle au mot de Nietzsche « Rien ne se passe, il ne se passe rien et pourtant tout arrive, mais cela est indifférent ». D’une part peu de personnes, ont réellement
conscience de ce qui se déroule réellement devant leurs yeux, même celles qui pourraient passer pour les mieux averties de par leur position sociale et leurs capacités intellectuelles (notez que je
prends la position de l’observateur « de service » au sens propre).
Mais il n’y a aucun mépris dans ce constat d’aveuglement.
Le « compromis fordiste » dont vous parlez, et qui aura tant été décrié par tant de ses bénéficiaires, aura fait aussi partie des grandes espérances de l’histoire, et cela sous ses aspects les plus
futiles. Cette croyance au bonheur enfin arrivé sur la terre (« Noël » disait Rimbaud), je la sens encore profondément ancrée dans le comportement de mes vacanciers (j’ai envie de dire même les
plus pénibles !).
C’est cela qui m’attriste et m’attendrit… Merci d’avoir pris en considération mon commentaire en tout cas.


Dresse 09/08/2010 02:39


C’est la puissance d’inertie de l’état providence qui a permis l’épanouissement de l’individualisme radical, elle qui, par exemple dans l’exemple de M. Holbecq, a pu faire passer un loi aussi
absurde comme un gage d’efficacité de l’état et, au bout du compte, d’un « progrès », parce que personne ne pouvait en concevoir vraiment les conséquences, alors que les largesses du welfare state
étaient encore à portée de main.
Maintenant que le dépérissement est arrivé à son terme, le retour de balancier de l’aventure humaine changera inévitablement de direction, parce que l’individu qui se pensait tout puissant va
devoir à nouveau compter sur les autres simplement pour survivre.
Insidieusement, de Kaboul à Ciudad Juarez en passant par Naples, voire les très proches faubourgs de certaines de nos villes, ressurgissent des formes de holisme primitif qui nous rappelleront
combien notre la sophistication globale de notre civilisation est encore travaillée par d’autres dynamiques d’inertie qui nous viennent du fond des âges. Ce sont ces logiques qui forceront les murs
de l’impasse, celle où les sociétés se sont vues un temps incapables de penser leur fonctionnalité autrement qu’en terme de « marchés ».
Mais nous sommes d’accord, en attendant l’ouverture d’un paradigme inédit, que ni vous ni moi ne verra d’ailleurs, cette parenthèse se refermera pour le pire. Je suis plus pessimiste que vous parce
que je travaille dans le tourisme, là où l’on peut mesurer, tous les jours des vacances qui filent, l’attendrissante inconscience de nos frères humains.
Que cela ne vous gâche pas l’éphémère et précieux plaisir de la chose, je serai de toute façon disponible pour vous servir…


Jean Claude Werrebrouck 09/08/2010 08:24



D'accord avec votre commentaire. pourriez -vous préciser ce que vous entendez par "l'attendrissante inconscience de nos frères humains"?



A-J Holbecq 31/07/2010 09:59


Je pense que la loi du 3 janvier 1973 a également eu une incidence importante car, ayant interdit à l'État de monétiser sa propre dette par sa banque centrale, elle a imposé à celui ci de financer
ses besoins de trésorerie par appel aux marchés financiers et donc au paiement d'intérêts qui ont vite fait "boule de neige" comme le montrent les plus de 1300 milliards d'euros d'intérêts payés
depuis cette époque.

Ce qui évidemment me fait dire : si nous n'avions eu d'intérêts qu'à nous payer à nous mêmes, le montant de "la dette" (à notre propre Banque Centrale d'ailleurs) serait tout a fait secondaire dans
nos débats.


jean-luc delbosc 22/07/2010 14:26


Bonjour Monsieur ,
Votre conclusion est très intéressante !
"Une autre vision des choses ", mais notre humanité imprégnée de culture grecque et de rationalité peut-elle en avoir une autre ?Et que dirait-on de celui qui verrait autre chose ? C'est un fou
sans doute !
Encore bravo pour cette conclusion qui apporte une peu de fraîcheur . Bonnes vacances .


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