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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 08:48

                                                               

Plusieurs scénarii sont envisageables à partir des changements intervenus à Athènes.

 Scénario 1 : La double inflexibilité du gouvernement Grec et de Bruxelles

Plusieurs étapes sont à envisager et ce à l'échelle de quelques semaines :

- Les retraits sur dépôts bancaires (11 Milliards en janvier sur un total de 160) se poursuivent

- La BCE gèle le dispositif « ELA » d’assistance à la liquidité[1].

- Le Bank run met en faillite les banques.

- Le gouvernement procède à la saisie du système bancaire et exige de la Banque centrale un financement illimité.

- Un strict contrôle des changes se met en place..

- La BCE ferme le compte TARGET 2[2]

- Le gouvernement rétablit la souveraineté monétaire et procède à une dévaluation massive (80%).

-Constatation d’un effet de richesse pour les acteurs du Bank run.

- Le gouvernement annule la dette.

- La crise économique s’aggrave considérablement en Grèce.

- La cohésion bruxelloise est mise à mal au regard des questions géopolitiques (Ukraine/Russie) pour lesquelles la Grèce peut être un acteur majeur.

Ce scénario de l'inflexibilité laisse supposer que l'on se bat autour de l'exemple irlandais du refinancement illégal par la BCE. Il faut en effet se rappeler  qu'en février 2013, suite à un certain nombre de péripéties, concernant le système bancaire irlandais fortement adossé sur des banques françaises et allemandes, le Trésor Irlandais a pu émettre des obligations directement monétisées par La BCE. A l'époque, l'Allemagne avait accepté en raison de la très forte exposition de son système bancaire. Elle n'est plus aujourd'hui dans la même situation et sera donc inflexible. En revanche, le gouvernement grec sait qu'il y a déjà eu viol des traités, il peut donc revendiquer un cadeau équivalent à celui de l'Irlande : son inflexibilité potentielle se nourrira de l'exemple Irlandais.

Cette confrontation dure est de fait une confrontation entre l'Allemagne et la Grèce. Au niveau européeen elle débouche sur des conséquences différentes selon ses effets sur les marchés. Deux cas peuvent se présenter :

  1) Les marchés restent insensibles au départ de la Grèce.

- Les taux sur dettes souveraines des Etats créanciers ( alourdies de 42,4 milliards pour la France, mais aussi de 37, 3 milliards pour l’Italie et 24,8 milliards pour l’Espagne ) restent inchangés

- Le montant des défauts est constaté et donne lieu à un accroissement de la dette des Etats (environ 2% pour la France, l’Espagne et l’Italie). Cette faiblesse est l’argument principal en faveur de cette alternative.

- Les Etats acceptent le principe de la recapitalisation de la BCE (25 milliards d’euros).

- Le maintien des règles budgétaires bruxelloises aggrave la crise de la demande globale.

- Le maintien au pouvoir des oligarchies européistes est probable au vu de l’effondrement grec (Il sera difficile pour PODEMOS de gagner si la Grèce - en situation de crise aggravée- quitte la zone).

Ce cas de figure n’est pas improbable. Il est néanmoins contestable en raison de l’hétérogénéité de la zone euro. Il l’est aussi au regard d’une exigence de recapitalisation de la BCE par l’Allemagne, ce que contesterait la France et d’autres pays[3]. Il l’est enfin au regard de l’aggravation de la crise qui, mécaniquement, fera monter les dettes publiques au-delà du strict défaut grec. D'où le second cas de figure.

2) Les marchés réagissent sur les maillons faibles.

- Les dettes publiques espagnole et italienne sont attaquées et le spread de taux avec le bund[4] Allemand explose.

- La chute des cours sur titres publics affecte la solvabilité des systèmes bancaires correspondants.

- Un Bank run se met en place. Le dispositif ELA s’avérant rapidement impuissant.

- La BCE utilise massivement l’arme de l’OMT[5].

-Lla coalition gouvernementale  allemande cède à la pression de ses électeurs et quitte la zone euro.

Scénario 2 : Bruxelles accepte les exigences grecques

- Les marchés ne réagissent pas et savent désormais qu’il y aura toujours un prêteur en dernier ressort.

- Les autres maillons faibles (Italie, Espagne, Portugal, Irlande) exigent un traitement équivalent.

- L’Allemagne refuse.

- Les oligarchies européistes ( Espagne notamment) sont menacées avec l’arrivée au pouvoir d’entrepreneurs politiques type SYRIZA (Décembre 2015 ?).

- La fin de l’année 2015 correspond,dans ce scénario, à une amplification considérable de ce qui s'est passé en janvier 2015  (le poids de l’Espagne est 6 fois supérieur à celui de la Grèce).

- L’Allemagne quitte la zone euro.

Ce scénario rejoint le premier dans la seconde alternative.

Scénario 3 : SYRISA trahit ses électeurs.

Ce scénario est celui fort classique d'un parti qui ne respecte pas ses engagements électoraux. Il correspondrait aux étapes suivantes :

- Les marchés sont confortés dans l’idée de stabilité et les taux restent inchangés.

- La politique bruxelloise  et les oligarchies européistes sont confortées.

- La vision Allemande de la monnaie s’impose et l’Allemagne peut rester dans la zone.

- La Grèce se marginalise ( monnaie de plus en plus destructrice par son taux de change) avec les risques politiques associés.

- Les cures austéritaires se maintiennent dans le sud de l’Europe.

Ce scénario est à priori assez peu probable au regard des premiers choix de SYRISA au moment où ces lignes sont écrites.

Il n’est donc pas inimaginable de penser que la "petite Grèce" – dont les difficultés resteront cependant énormes - viendra à bout d’une Allemagne qui, classiquement - à l'instar de beaucoup d'autres pays- ne peut  se réformer et reste figée dans ses croyances.

Les formes prises par l'interaction sociale en Allemagne ont valu à ce pays une responsabilité historique déterminante au cours du siècle passé. Ce poids reste fondamental en ce début du 21ème siècle. Hormis quelques auteurs dont le regretté Ulrich Beck, peu d'intellectuels Allemands s'en rendent compte.

 

 

[1] Il s’agit d’un dispositif (Emergency Liquidity Assistance) mis en place par la BCE qui permet aux banques centrales de venir assouplir les questions de Trésorerie des banques de second degré dont elles ont la charge.

[2] Il s’agit d’un dispositif qui permet l’enregistrement des opérations extérieures de chacun des pays de la zone euro dans ses échanges avec d’autres pays de cette même zone. Les comptes TARGET2 figurent aux bilans des banques centrales nationales.

[3] L’Allemagne considère toujours qu’une Banque centrale peut faire faillite (Cf.mon article : "Non Madame Merkel, la BCE ne peut pas faire faillite !)  et doit par conséquent être solidement capitalisée. Ce point de vue, complètement erroné en raison du fait qu’une banque centrale est prêteuse en dernier ressort et qu’à ce titre son pouvoir de création monétaire est illimité, correspond bien aux croyances et intérêts Allemands. Le peuple Allemand dans son entièreté est très habité par cette croyance qui ferait qu’une Banque centrale ne pourrait fonctionner sans capital.

[4] Bon du Trésor Allemand.

[5] Il s’agit des opérations monétaires sur titres (Out Monetary Transactions) qui permettent à la BCE d’apporter des liquidités aux banques contre un collatéral de titres privés et publics. Mario Draghi avait déclaré le 6 septembre 2012 qu’il mettrait tout en œuvre avec ce dispositif pour maintenir la cohérence de la zone euro.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans Finances et Etats
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commentaires

BA 06/02/2015 23:29

Après l'ultimatum de la BCE, voici maintenant l'ultimatum de l'Eurogroupe.

Vendredi 6 février 2015 :

La Bourse de New York a perdu près de 0,5% vendredi, plongeant dans le rouge en fin de séance après que Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, a dit que la Grèce avait jusqu'au 16 février pour demander un prolongement de son programme d'aide, faute de quoi le pays risquait d'être privé de soutien financier.

http://www.challenges.fr/finance-et-marche/20150206.REU9325/lead-1-wall-street-finit-en-legere-baisse-avec-la-grece.html

En clair :

Lundi 16 février, si la Grèce ne demande pas officiellement un prolongement de son programme d'aide, la Grèce n'aura plus aucun soutien financier de la zone euro.

Et si la Grèce ne reçoit plus aucun soutien financier de la zone euro, elle sera obligée d'en sortir.

Hadrien 05/02/2015 21:04

Le programme ELA étant lui-même soumis aux règles de la Troïka et renouvelé jusqu’au 28 février seulement, le dénouement est-il proche ?

Hadrien 05/02/2015 20:36

Bravo pour le diagnostic et la prémonition... 4 jours avant !

"Plusieurs étapes sont à envisager et ce à l'échelle de quelques semaines :
- Les retraits sur dépôts bancaires (11 Milliards en janvier sur un total de 160) se poursuivent
- La BCE gèle le dispositif « ELA » d’assistance à la liquidité..."

ELA est pourtant proche du grec ancien Ἑλλάς, Hellás !

BA 05/02/2015 09:43

La BCE tente encore une fois clairement l'intimidation qui avait réussi par deux fois à faire céder les pouvoirs en place : en 2010 en Irlande et en 2013 à Chypre. La BCE affirme encore une fois un rôle politique qui n'est guère en accord avec sa soi-disant indépendance. Reste la question : Athènes baissera-t-elle la tête comme jadis Nicosie et Dublin ? Impossible à dire. Ce soir, Athènes a répété qu'il n'était pas question d'accepter la poursuite de l'austérité. La BCE est-elle prête à prendre le risque d'une sortie de la Grèce de la zone euro et le gouvernement grec est-il prêt à abandonner ses promesses électorales ? Toute la question est là.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150204trib38e533885/grece-le-coup-de-force-de-la-bce.html

« Rodrigue, as-tu du cœur ? » (Corneille, dans sa pièce Le Cid)

« Alexis, as-tu des couilles ? » (BA)

BA 04/02/2015 23:22

Coup de tonnerre !

Mercredi 4 février 2015, vers 22h50 :

La BCE ferme ses guichets aux banques grecques.

La décision couperet est tombée mercredi soir lors d’une réunion du conseil des gouverneurs de la BCE, qui devait se prononcer sur la poursuite ou non d’un dispositif permettant aux banques grecques d’obtenir des liquidités de la BCE en présentant comme garanties des titres de l’Etat grec. « Cette suspension est en ligne avec les règles existantes de l’Eurosystème, du fait qu’il est actuellement pas possible de présumer que la revue du programme (de sauvetage de la Grèce, NDLR) aboutisse à un succès ».

En clair, la BCE met fin à une dérogation destinée à faciliter le refinancement de banques grecques et dépendant de l’existence d’un programme d’aide au pays. Or, cette condition saute de fait avec les déclarations d’Athènes voulant suspendre les liens avec la Troïka, dont la BCE fait partie avec le FMI et la Commission Européenne.

La décision de la BCE a une conséquence immédiate : à compter du 11 février prochain, les banques grecques ne pourront compter pour se refinancer que sur l’aide d’urgence en liquidités (ELA), prodiguée par la Banque Nationale Grecque. Cela s’était déjà produit en 2012, lorsqu’un défaut temporaire avait été constaté sur la dette grecque. Il faut s’attendre dans les jours à venir à ce que la banque centrale grecque doive fournir à de nombreux établissements bancaires du pays des liquidités, probablement à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Par ailleurs, la BCE précise que sa décision ne « change rien » aux statuts des banques grecques dans le cadre d’opérations de politique monétaire.

La visite, mercredi, du ministre des Finances grec Yánis Varoufákis à Francfort n’a donc pas modifié d’un iota l’attitude ferme de l’institution. Venu plaider en faveur de la nouvelle politique économique et sociale que son gouvernement veut mettre en place pour mettre fin à l’austérité, le ministre espérait en retour que l’institution francfortoise puisse dévier de sa ligne dure et accorder un répit à l’Etat, mais surtout aux banques grecques menacées d’asphyxie.

Il apparaît aussi que la BCE n’est pas prête à accorder à Athènes une rallonge financière, en laissant l’Etat émettre jusqu’à 25 milliards d’euros de dette à court terme -les T-Bills- au lieu du plafond de 15 milliards en vigueur jusqu’ici. Une demande du gouvernement Tsípras afin de pouvoir financer le train de vie de l’Etat.

La BCE refuse également tout ajournement de la dette d’Athènes envers elle, de l’ordre de 25 milliards d’euros. La BCE n’est pas, et de loin, le créancier, le plus important d’Athènes, mais c’est à elle que la Grèce doit rembourser dès cet été quelque 7 milliards d’euros d’obligations arrivant à échéance. Il y a bien 1,9 milliard d’intérêts sur cette dette qui vont être rétrocédés à l’Etat grec par les banques centrales de l’eurosystème, mais ils ne suffiront pas à couvrir la somme due en capital.

Dans ce contexte tendu, depuis l’arrivée de la gauche radicale au pouvoir, l’agence publique gérant les émissions de dette a vendu difficilement mercredi pour 812 millions d’euros d’obligations à six mois, au taux de 2,75 %. Les banques grecques qui ont souscrit ces titres craignaient de ne pouvoir présenter ces obligations au guichet de la BCE comme collatéral en échange de liquidités. La décision prise en soirée par la BCE a confirmé ces craintes.

http://www.lesechos.fr/monde/europe/0204135297436-la-bce-ferme-ses-guichets-aux-banques-grecques-1090213.php

BA 03/02/2015 23:05

Bon anniversaire, les 560 traîtres !

C'était il y a sept ans, le 4 février 2008, à Versailles. Les députés et les sénateurs étaient réunis en Congrès pour voter le projet de loi constitutionnelle modifiant le titre XV de la Constitution. En clair :

- Si les députés et les sénateurs avaient voté "contre", un référendum sur le traité de Lisbonne aurait été organisé.

- Si les députés et les sénateurs avaient voté "pour", il n'y aurait pas eu de référendum sur le traité de Lisbonne.

Résultat :

Les députés et les sénateurs se sont rendus complices d'un coup d'Etat : ils ont voté "pour" (560 voix).

560 traîtres ont trahi le peuple français.

560 traîtres ont refusé de soumettre le traité de Lisbonne à référendum, alors que ce traité de Lisbonne reprend 98 % du Traité établissant une constitution pour l'Europe.

Seuls 181 députés et sénateurs ont sauvé l'honneur. Seuls 181 députés et sénateurs ont résisté au coup d'Etat : ils ont voté "contre".

Conséquence : il n'y a pas eu de référendum sur le traité de Lisbonne. Le traité de Lisbonne a été adopté trois jours plus tard par le Parlement français, le 7 février 2008.

Conclusion : la construction européenne est anti-sociale, anti-populaire, anti-démocratique. Elle doit être détruite.

Pour savoir qui sont les 560 traîtres qui ont voté « pour », c'est ici :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/scrutins/jo9000.asp

Julian 01/02/2015 19:09

Cet exposé est accessible à quiconque.
Je salue le professeur hors pair, et aussi l'homme d'intuitions.
Remerciements.

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  • : La crise des années 2010, réflexion sur la crise économique globale
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  • : Analyse de la crise économique, financière, politique et sociale par le dépassement des paradigmes traditionnels
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