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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 09:57

 

L’euro a déjà ruiné l’Europe.....

Il est inutile de rappeler qu’une homogénéisation financière dépourvue de puissance souveraine constitue la matière première fondamentale du fonctionnement de la zone euro. Sans totale liberté de circulation des capitaux et sans indépendance des banques centrales il n’y avait pas de monnaie unique possible. Et c’est cette homogénéisation qui fut à l’origine de l’aggravation de l’hétérogénéité économique entre Etats. C’est bien  le système financier homogénéisé qui va permettre l’implantation massive de banques françaises et allemandes en Grèce, et va autoriser la ruine de ce pays : développement du crédit public et privé, destruction d’une industrie locale au profit de la grande distribution et d’importations massives…aves ses conséquences en termes de diminution de la production, d’élévation de la demande globale, et au final la ruine, y compris celle des banques qu’il faudra réellement sauver derrière le mythe du sauvetage de la Grèce. Parce que les impérieux ingrédients du bon fonctionnement de l’euro produisent de l’homogénéisation financière, ils produisent aussi ce que l’on ne voulait peut-être pas, à savoir de l’hétérogénéité économique avec, selon l’expression de Charles Gave, « trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en Grèce et trop d’usines en Allemagne »[1]. Ce dernier auteur aurait pu ajouter : « trop de braconnage fiscal au Luxembourg ».

Mais les sauvetages et rapiéçages successifs initiés depuis 2010 ne font qu’aggraver la marche vers la ruine de l’Europe. Une ruine économique croissante, mais aussi une ruine politique.

Une ruine économique croissante car les transferts du nord excédentaire vers le sud déficitaire sont légitimement inacceptables pour l’Allemagne. L’Europe n’est pas un Etat Nation porteur d’incontestables et incontestées solidarités internes, et l’Allemagne d’aujourd’hui n’est pas l’Amérique de 1945, porteuse d’une idée régionale ou mondiale : elle ne peut initier un quelconque plan Marshall[2].

Parce que les soldes TARGET 2 du sud figurent au bilan de la banque centrale Allemande, qu’ils matérialisent le déficit du sud et sont la marque de son insolvabilité, ils sont repoussés par une Allemagne qui exigera de Bruxelles la mise en place de politiques d’austérité porteuses d’une aggravation continue de la ruine. Le taux de change ne pouvant être modifié, le déséquilibre est censé devoir être combattu par la dévaluation interne, d’où un multiplicateur négatif générant une contraction de la demande globale, une chute de l’investissement public et privé, elle-même porteuse de la ruine aggravée future…. L’austérité exigée prévalant sur l’ensemble des pays du sud, c’est bien évidemment la totalité de la zone qui en sera affectée.

Une ruine politique croissante car c’est dans l’urgence que l’on devra adopter un ensemble de règles techniques porteuses d’une prétendue régulation. Une urgence qui, à ce titre, ne peut passer par des débats démocratiques dans chaque pays concerné. D’où des débats budgétaires nationaux qui doivent s’inscrire dans un cadre imposé de l’extérieur. D’où des législations nationales, de fait toutes celles portant sur les réformes dites « structurelles », imposées par l’extérieur. Autant de règles qui stipulent que les élections ou référendums doivent déboucher sur des résultats bien délimités, à l’exclusion de tous les autres…D’où l’idée de démocratie et de souveraineté limitée. D’où au final la démonétisation de gouvernements jugés compradores et la contestation grandissante de la légitimité des pouvoirs en place.

Mais la BCE va aider à quitter le champ de ruines........

En quittant d’abord doucement puis plus vivement le champ de ses activités traditionnelles, la BCE flirte déjà avec les prémices de la fin de l’euro.

L’irruption du QE fut déjà une première entorse puisque de fait il s’agir d’un outil qui contourne l’interdit de l’achat direct de dette publique. Il ne s’agit pas d’une monétisation et le volume de dette publique ne diminue pas. Par contre il en allège considérablement sa gestion et a fait disparaitre les spreads de taux….de quoi maintenir l’homogénéité financière…et donc la survie de l’euro. En poursuivant, cette même BCE a sécurisé la dette publique jusqu’à la transformer en « service de coffre-fort » : les taux négatifs sont le prix d’un tel service. La gestion de la dette publique s’en trouve considérablement allégée, un peu comme au temps du circuit du Trésor français au cours de la période de reconstruction[3]. Et il est vrai que le QE peut donner des idées : pourquoi ne serait-il pas aux mains des Etats qui eux ne se contenteraient pas d’assurer la solvabilité et la liquidité bancaire dont on sait qu’elle ne débouche pas sur de l’investissement ?

Beaucoup plus intéressante est la perspective de « l’helicopter money » (HM). La résistance allemande sera en principe très forte tant elle remet en question un ordo- libéralisme jusqu’ici sacralisé. Et ici l’innovation est radicale puisqu’à l’inverse du QE, il s’agit d’une monétisation pure : de la monnaie serait émise sans contrepartie d’une dette….comme au bon vieux temps des « avances non remboursables » que le Trésor Français obtenait de la banque de France . De surcroit, si un tel débat devait s’enclencher on s’apercevrait très vite que la BCE ne dispose pas des autorisations nécessaires pour se lancer dans une telle politique, mais surtout on constaterait la radicale opposition du système financier qui verrait sa part de marché considérablement diminuée. Au-delà encore quelle légitimité aurait une organisation pour sélectionner les agents économiques bénéficiaires, distinguer la part du HM pour l’investissement public , l’investissement privé, la consommation des ménages, etc. 

On sent ici que si le scénario du HM devait, malgré les multiples oppositions se manifester, il resterait système assis entre 2 chaises : interventionnisme accru et donc plus de surveillance, plus de règlements, plus de barrières, plus de décisions et moins de marché….sous la houlette d’un acteur- la BCE- situé en dehors du champ politique… une BCE devenue sorte d’Autorité Administrative Indépendante à l’instar de toutes les autres qui ont tant fait pour la marginalisation du débat démocratique. Parce qu’une telle réalité deviendrait politiquement difficilement gérable,Il est clair que le chemin menant au HM a pour destination ultime la fin de l’indépendance des banques centrales…surtout si le dispositif devait- comme la simple logique le voudrait-  être décentralisé au niveau des banques centrales nationales….

A ce niveau, si le monde a déjà changé, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et prendre la corde que la BCE tend aux Etats pour la pendre ? La question est donc de savoir qui, quel Etat, poussera un peu plus la BCE dans sa chute en prenant directement les commandes, une prise qui correspondra de par ses conséquences à une possible fin de l’euro zone. Il est impossible de décrire le scénario de cette « pendaison » et le rétablissement de la souveraineté qui va lui correspondre. Il est simplement recommandé aux acteurs politiques les plus conscients de la future élection présidentielle française de saisir opportunément cette corde et de s’en servir comme arme de guerre pour changer les règles du jeu. Les choses sont évidemment très limpides : déclarer qu’en cas de victoire électorale il sera proposé à l’Allemagne de mettre fin à l’indépendance de la Banque centrale, c’est entrer dans un combat clair qui l’empêchera de fuir : accepter la proposition française au prix du renoncement à l’ordo- libéralisme , ou quitter le terrain de jeu et accepter la responsabilité politique de la fin de la zone euro. La France n’a aucun intérêt à conserver la « patate chaude », et les acteurs politiques non compradores doivent courageusement et durablement la céder à l’Allemagne qui doit légitimement et moralement supporter l’intégralité des conséquences de son carcan idéologique.

Si l’on se place dans le scénario d’une victoire de forces politiques non compradores en France en 2017, victoire associée au refus de l’Allemagne de toute modification du statut de la BCE, il est clair que l’on se dirige vers un rétablissement des taux de change….à l’échelle de l’Europe toute entière à l’exception probable d’un « groupe Mark ».

 Le rétablissement des taux de change peut ne pas être ruineux....

Au-delà du protocole technique qui ne soulève guère de problèmes (maintien du système des prix internes par définition d’une unité de compte ayant valeur légale et correspondant à un euro, surcharge d’un tampon sur chaque billet avant impression de nouveaux billets par la Banque Centrale nationale, échange rapide des pièces, etc..), une garantie juridique est promulguée par le ou les dirigeants politiques ayant pris la décision : garantie portant sur le maintien nominal de la valeur de tous les actifs au moment où est prise la décision.

La prise de décision vaut par conséquent gel de toutes les positions et peut-être fermeture momentanée de la Bourse et des banques. Il est par ailleurs évident que décision de sortie et décision de garantie publique se trouvent dans le même acte juridique. C'est dire que les pays pouvant procéder de manière autoritaire, par simple ordonnance de l’exécutif, disposent d’un avantage. Ce qui pose la question du déclenchement de la panique dans les pays qui ne peuvent agir ou réagir avec la célérité qui s’impose.

La garantie de la valeur nominale suppose la définition d’un point fixe qui n’est autre que la définition de la nouvelle parité, laquelle doit être déclarée intangible bien au-delà de la période de temps nécessaire à une réorganisation générale aux effets neutres sur tous les bilans et contrats. Le champ de la garantie offerte à tous les agents économiques du pays sortant concerne les détenteurs d’actifs étrangers : ménages, entreprises, institutions financières, Etat lui-même. Il s’étend aussi aux non-résidents et étrangers détenteurs d’actifs nationaux.

La notion d’actif doit aussi être précisée. Il s’agit bien sûr de tous les titres financiers : actions, obligations privées et publiques, produits structurés, produits d’épargne et comptes bancaires, etc. Pour ces titres la garantie repose sur la seule variation (perte ou gain) mécanique de valeur, calculée sur la base du nouveau taux de change. La valeur sur laquelle s’applique le nouveau taux étant celle correspondant à l’heure fixée dans l’acte juridique de décision de sortie. Mais il s’agit aussi de tous les contrats de l’économie réelle et ce, y compris, les contrats de travail des travailleurs frontaliers.

La garantie publique est le point fixe qui se substitue à l’Euro, une sorte de SAS permettant le passage d’une zone où les taux de change ne sont pas maitrisés vers une zone où ces mêmes taux sont politiquement définis. La garantie publique du respect des contrats signifie que, si les agents économiques du pays sortant ne peuvent perdre, ils ne peuvent davantage gagner. A titre d’exemple, si des français titulaires de contrats d’assurance-vie incorporant des titres publics grecs ne peuvent être victimes du rétablissement de la Drachme, ces mêmes français titulaires de contrats semblables incorporant de la dette publique allemande ne peuvent bénéficier du rétablissement du Mark. La garantie correspond donc bien à la volonté de neutralité sur les bilans des agents vis-à-vis d’une sortie de l’Euro. Et cette neutralité est bien ce qui interdit tout mouvement spéculatif. Le déclenchement des CDS est lui-même interdit en ce que la sortie ainsi envisagée n’est en aucune façon un « incident de crédit ».

Un helicopter money maitrisé par le souverain....

Le respect intégral et rigoureux des contrats ne peut évidemment s’établir par une compensation directe entre gagnants et perdants. Il faut par conséquent trouver un tiers chargé d’assurer le passage de l’ancien au nouveau monde, si possible sans destruction du projet européen. Il faut en effet avoir en tête l’énorme effet destructif d’une explosion non contrôlée de l’Euro. Dès lors, la solution qui s’impose est le recours aux banques centrales nationales qui sont réquisitionnées dès l’annonce de la sortie. Et pour un travail d’importance car il faut se rendre compte que pour un pays comme la France l’empilement des actifs et dettes externes des entreprises, des banques et de l’Etat représente en 2016 620% du PIB[4]. Si donc La France devait dévaluer sa monnaie de 20%, nous sommes en présence d’un redéploiement approximativement égal au PIB du pays – environ 22OO milliards d’euros- ce qui est proprement colossal. C’est la raison pour laquelle une garantie publique s’impose.

La procédure est donc simple : Pour les pays qui quittent la zone en dévaluant, l’ordonnance de réquisition stipule que la Banque centrale de l’Etat sortant, crédite le compte du Trésor correspondant, à hauteur des engagements de ce dernier au titre de la garantie du respect de tous les contrats. Les fonctionnaires du Trésor fixent le montant des dédommagements et ordonnent à la Banque les paiements correspondants. Le cas échéant des magistrats et commissaires au compte attestent de la bonne exécution des garanties. L’unité de compte retenue pour le dédommagement peut être la nouvelle monnaie nationale. Ainsi l’exportateur allemand de marchandises vers la Grèce – si ce dernier pays quitte la zone- se voit payé par son client dans la monnaie dont il dispose, auquel il faut ajouter le prix de la dévaluation, prix exprimé en Drachmes, et au final supporté par la Banque centrale de Grèce. Toujours s’il s’agit d’une sortie grecque, La Société Générale voit, à l’actif de son bilan, ses obligations publiques grecques transformées en drachmes, valeurs augmentées du montant de la dévaluation. On pourrait multiplier les exemples. Bien évidemment s’élèvent d’immenses balances en Drachmes que le dispositif « Target 2 » cachait  difficilement. Il faut donc imaginer que ces balances en Drachmes sont acheminées vers les Banques centrales des Etats correspondants (dans notre exemple celle d’Allemagne pour l’exportateur allemand, et de France pour la Société Générale) et transformées en nouvelles monnaies nationales.

 

Au final la monnaie émise (dont la quantité est égale au produit de la dévaluation par le total des engagements) se trouve stockée dans les pays qui sont dans une situation favorable : peu ou pas de dévaluation, peu de dette extérieure, dette publique faible ou nationalisée. De quoi provoquer une hausse des prix plus rapide que dans les pays ayant massivement monétisés. Le dispositif, retenu, sans doute trop brièvement exposé, et ne réglant pas toutes les situations (comment traiter les CDS même s’il n’y a pas juridiquement « accident de crédit » ?) évacue complètement l’idée de défaut, de soutien au système bancaire, de surveillance des spreads de taux etc.

Quitter la monnaie unique pour reconstruire.....

La réanimation de l'outil " taux de change " constitue bien sûr un avantage puisque les dévaluations externes sont en théorie autrement plus efficaces que les dévaluations internes.

A l'inverse de la dévaluation interne, tous les prix sont affectés par le changement de parité et la demande interne n'est affectée négativement que si les importations - en supposant que les exportateurs étrangers ne changent pas leurs politiques de prix - sont incompressibles, soit une élasticité nulle. En revanche, la hausse de la demande externe est infiniment plus probable. La France est concernée par cette hausse de la demande externe dans la mesure où elle se situe dans des productions moyennes assez sensibles aux prix. Sa demande interne est aussi assez bien concernée par une modification de parité car elle importe davantage pour consommer que pour produire.

De ceci, il résulte que la dévaluation par réintroduction d'un taux de change, correspond à la mise en place d'un processus infiniment préférable à la dévaluation interne. En la matière, tout dépendra de la valeur des élasticités prix des importations et des exportations, ce qui nous renvoie au théorème dit des "élasticités critiques" de Marshall-Lerner. Et ce processus est en principe le retour de la croissance puisque les demandes aussi bien interne qu'externe peuvent logiquement augmenter.

Ce jugement doit pourtant être nuancé.

Tout d'abord, il convient d'introduire dans le raisonnement, des coûts de risque de change que l'euro avait fait disparaitre. Il est possible d'en diminuer l'importance en adoptant des taux de change fixes. Il n'est toutefois pas possible de les faire disparaitre. Ces coûts resteront proportionnels à la longueur des chaines de valeur et impulseront peut-être sa réduction et donc un processus de relocalisation pour les pays qui dévalueront. Un tel processus ne s'enclenche que dans la durée et ne produit pas de résultats immédiats.

En second lieu, l'élasticité prix de la demande d'importations peut entrainer un effet revenu négatif comprimant la demande interne. C'est le cas lorsque la dévaluation entraine une hausse des valeurs importées (pétrole). Auquel cas la demande interne entraine la chute du PIB, chute qui ne peut être compensée que par une forte élasticité prix des exportations.

En supposant qu'il n'existe pas d'effet revenu négatif, la hausse de la demande interne peut toutefois être bloquée par une inélasticité de l’offre : la non substituabilité des importations par des productions nationales s'expliquant par l'impossibilité de produire localement[5]. C'est malheureusement la situation présente, notamment pour la France : les biens importés peuvent techniquement être substitués par des productions domestiques en cas de dévaluation. Malheureusement des décennies de désindustrialisation ont fait table rase de compétences techniques et de savoirs faire, voire même d'outils de formation, capital qui exige de nombreuses années pour se reconstituer.

Une autre difficulté résulte du risque de guerre des monnaies. Les dévaluations internes étaient non coopératives et développaient des externalités : l'exportation possible du chômage. Les dévaluations externes ne le sont pas moins. L'ensemble de la zone euro dispose d'un Excédent de 2,6% de son PIB avec un euro dont le taux de change est probablement plus élevé que la moyenne des taux qui se formerait sur la base des anciennes monnaies reconstituées. C'est dire que l'excédent global pourrait s'élever davantage encore et gêner les pays émergents. C'est dire aussi qu'au-delà de possibles guerres des monnaies à l'intérieur de l'ex-zone, une réelle guerre des monnaies peut se matérialiser avec des nations (Chine en particulier) qui, jusqu'à présent, disposaient de solides possibilités exportatrices au regard de pays du sud (Grèce, Italie, Portugal, Espagne, etc.)

La fin de l'euro c'est assurément la fin des politiques suicidaires et donc la fin du processus menant à la ruine de l’actuel projet européen. Elle n'est pourtant pas un bond en avant automatique.

Miser sur un ordre monétaire respectueux des nations….

La zone euro est encore aujourd'hui un modèle réduit de mondialisation malheureuse : une offre potentielle excède une demande muselée par les politiques de dévaluation interne. D'où un surplus exportable et une demande qui, tout en étant muselée, est artificiellement gonflée par la croissance de la dette .

La mondialisation vit encore sur ce modèle initié dans les années 70 du siècle dernier. A l'époque, il s'agissait de délocaliser des productions comme solution aux premières formes d'un fordisme déclinant. Les gains de productivité qui s'affaissaient étaient compensés par la dévaluation du travail : les salaires des pays périphériques étaient autrement avantageux que ceux du centre. Les débouchés des implantations délocalisées n'étaient pas locales et correspondaient à des exportations vers le centre : la fameuse alliance de Wal-Mart et du parti communiste chinois. Simultanément, centre et périphérie devaient contenir les salaires : le centre pour ne pas être envahi, et la périphérie pour rester compétitive alors que le poids et le nombre de ses acteurs en concurrence entre-eux n’a cessé de s'élargir.

La mondialisation devenait ainsi "malheureuse" en ce qu'elle allait correspondre à un déséquilibre croissant entre offre et demande globale, déséquilibre masqué par une montée des dettes publiques et privées plus spécifiquement au centre.

La zone euro toute entière est ainsi devenue le modèle réduit de cette mondialisation malheureuse avec une Allemagne devenue Chine de l'Europe en raison de son surplus exportable et donc de sa demande interne très insuffisante, et un sud, dont la France, jouant le rôle des USA importateurs.

La disparition de l'Euro ferait peut-être disparaitre le modèle réduit de mondialisation malheureuse mais ne ferait pas disparaitre le modèle global. Et si d'aventure le surplus exportable de ce qui serait devenu l'ex-zone euro devait s'accroitre en raison des dévaluations externes, la situation deviendrait insupportable pour l'ex- périphérie devenue ensemble de pays émergents connaissant toujours une demande interne largement insuffisante. Clairement l'euro leur permettait de ne point dévaluer. Sa disparition est donc  la possible naissance d'une guerre mondiale des monnaies dont l'origine repose sur une demande mondiale inférieure à l'offre.

La disparition de l'euro militerait ainsi pour un nouvel ordre monétaire basé sur un principe général de coopération et non de concurrence entre les nations. Une coopération visant à la recherche d'un équilibre extérieur de chaque nation. Cela passe bien sûr par un contrôle politique négocié des parités et la fin du processus de privatisation des monnaies commencé dans les années 70 du siècle dernier.

En finir avec l'euro c'est aussi la possibilité et la tentation de soustraire les monnaies à l'empire mondial de la finance. C'est aussi le possible rétablissement des souverainetés disparues avec la privatisation des monnaies[6] . C'est enfin le possible cheminement vers une forme renouvelée de l'Etat-Nation.

C'est en conséquence le possible rétablissement d'une démocratie confisquée. Un mouvement dont le cheminement et les contours sont encore difficiles à imaginer aujourd'hui.

.....Mais miser aussi massivement sur l’industrie

S’agissant de la France, la fin de l’euro, certes avec les difficultés sus visées, serait le point de départ à d’une authentique réindustrialisation du pays, réindustrialisation sous l’égide d’un Etat qui impulse et qui coordonne. On sait en effet que le taux de change imposé par l’euro fut particulièrement catastrophique pour l’industrie française laquelle fut la plus touchée par le phénomène de désindustrialisation qui a affecté tous les pays de la zone à l’exception de l’Allemagne.

 La fin de l’indépendance de la banque centrale et la possibilité de rè-initier l’équivalent de ce qui fut naguère le circuit du Trésor, permettraient le retour d’investissements massifs vers le cœur de l’industrie, c’est-à-dire l’ensemble des industries militaires, spatiales, aéronautiques, du transport et de l’énergie, auxquelles il faudrait ajouter aujourd’hui celles liées à l’environnement. Parce que ces branches sont le cœur de la Recherche/Développement d’un pays, qu’elles apportent l’essentiel des gains de productivité, et qu’elles sont aussi la pièce centrale de ses exportations, elles doivent recevoir la priorité des investissements engendrés par la nouvelle souveraineté monétaire.

 


[1] http://institutdeslibertes.org/wp-content/uploads/2015/09/IDL-Transfert.png

[2] http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/04/gestion-de-l-euro-l-helicopter-money-peut-il-remplacer-le-necessaire-deversement-des-excedents-allemands-vers-le-sud-il-est-inutile

[3] On trouvera un bon exposé du circuit du Trésor chez Benjamin Lemoine : « l’ordre de la dette ; enquête sur les infortunes de l’Etat et la prospérité du marché », La Découverte, mars 2016.

[4] Natixis : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=90392

[5] C’est globalement le point de vue des économistes de Natixis pour qui les taux de change dans un monde de très fort émiettement des chaines de la valeur n’ont plus qu’une opérationnalité limitée.

[6] Curieusement la Suisse avec son projet très spécifique et très doux « d’helicopter money » appelé « ration monétaire »st un pays qui réfléchit beaucoup à cette fin de privatisation des monnaies. Cf l’article de Michaël Malquarti : « La Suisse, pionnière de la monnaie par hélicoptère » dans Le Monde du 27 avril 20016.

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Published by Jean Claude Werrebrouck - dans banques centrales
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