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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 07:01

Dans cette très brève première partie, nous tenterons de montrer que si de graves préoccupations économiques devraient retenir l’attention des divers candidats, celles-ci ne seront traitées qu’en oubliant de questionner la plus importante des branches d’activité du pays : l’industrie financière. Une industrie qui est la clé de voûte de l’ensemble et que nul candidat ne peut aborder avec un minimum de rigueur, voire d’honnêteté.

On pourrait imaginer qu’au moment de l’ouverture de la future campagne (approximativement d’ici moins de douze mois), les choses se soient rétablies tant sur le plan sanitaire que sur le plan économique. Toutefois, en admettant un retour de confiance dynamisé par une couverture suffisante des nouveaux vaccins, il restera à gérer d’énormes conséquences économiques. Conséquences que chacun a en tête et qu’il est inutile de détailler. Contentons nous d’en dresser un résumé succinct : mise à l’écart durable de quelques branches d’excellence technologique ( Aviation civile), difficile retour de branches très consommatrices d’emplois moins qualifiés (tourisme), endettement fortement croissant des entreprises, (le système d’aide imaginé par l’Etat est extrêmement généreux mais non assurantiel), chômage massif avec en particulier une quasi-exclusion de la classe de jeunes normalement intégrables dans la machine économique au titre des années 2020 et 2021[1], endettement public colossal (probablement plus de 120% du PIB fin 2021). Ajoutons au niveau international que l’écart avec l’Allemagne se sera fortement accru, puisque la France sera plus touchée dans ses positions d’excellence que l’Allemagne. De ce point de vue, le grand écartèlement à l’intérieur de l’UE  sera considérablement aggravé.

On sait que si le bateau ne sera pas pour autant coulé fin 2021, c’est en raison des largesses de la BCE qui achète et continuera d’acheter la quasi -totalité de la nouvelle dette publique émise. Largesses qui s’expriment également et continueront de s’exprimer dans les bilans bancaires et financiers directement gonflés par la pompe BCE. D’où d’ahurissants propos d’économistes qui affirment que l’extrême abondance monétaire permet une réallocation des patrimoines impliquant des hausses à venir de 20% sur les actions de la zone euro et de 10 à 15% des prix de l’immobilier. D’une certaine façon, la BCE - en coopération complète avec les autres banques centrales - encourage la montée de toutes les dettes publiques et privées en veillant, par les taux, à ne point déboucher sur une crise financière majeure. La France voit ainsi, en cette fin d’année, sa dette privée atteindre les 150% du PIB[2], ce qui en fait   – en dehors de sa dette publique -  le pays  le plus endetté de la zone euro.

A la vitesse de réaction de la finance s’oppose la lenteur de la mise en place du plan de relance. Ce dernier - intégrant à près de 40% le plan de relance européen - ne commencera, au mieux, à voir ses premiers effets que durant la campagne présidentielle. Une lenteur qui risque encore de s’aggraver avec le blocage de la Hongrie et de la Pologne. Comment en effet, à ce jour, être convaincu que sur les 32 milliards investis au titre de la relance 2021[3], les 17 milliards prévus en provenance du plan européen seront effectivement disponibles ?

Le questionnement est d’autant plus légitime que rien n’est dit sur l’essentiel. On peut certes pérorer sur les modalités du plan de relance et ne pas aborder la question fondamentale de l’étouffante financiarisation des entreprises laquelle aboutit toujours, malgré la crise, à une exigence de ROE d’environ 12% [4]. Concernant cette question fondamentale, le pouvoir persiste et continue à garantir le modèle en ne renonçant pas aux réformes structurelles, en s’interdisant toute hausse de la fiscalité, voire même en mettant en place une commission de réflexion sue le retour à l’équilibre des finances publiques[5]. Le pouvoir est ainsi tenu de marcher sur un fil : il ne peut se permettre de refuser les largesses de la BCE et  se doit de rester en totale conformité avec les règles de la finance. La France, comme nombre d’autres pays, restera bloquée dans sa croissance par le mur du mode de propriété et de l’énormité des rentes spéculatives correspondantes. Les revenus versés aux créanciers, au lieu d’être réinvestis dans des moyens de production pour aider l’économie à croître, sont et seront dépensés pour acheter d’autres actifs. D’une certaine façon, Michael Hudson n’a pas tort de comparer la présente situation, à celle plus intelligente des civilisations de l’Antiquité, où l’extinction autoritaire et périodique de toutes les dettes était aussi le moyen de rétablir le vivre ensemble[6]. Rassurons-nous, la question de la dette ne sera abordée que dans sa dimension publique tout au long de la campagne présidentielle et aucun candidat n’évoquera l’énormité des dettes privées. Aucun candidat n’abordera la question de la solvabilité du système bancaire français nécessairement plus malade dans les prochains mois en raison d’une forte accumulation de créances douteuses. Aucun candidat n’abordera la question de la spéculation qui a -elle seule- explique la taille gigantesque de la finance, avec ces conflits secondaires comme celui du marché des dérivés (50000 milliards d’euros au titre des couvertures)… que l’on  ne peut plus conserver à Londres… et qu’il faudrait- faute de mieux en termes de maintien de la liquidité- transférer sur Wall-Street….En conséquence aucun candidat n’abordera la question de la grande confusion qui existe aujourd’hui entre la qualité d’investisseur de celle de spéculateur, voire de simple truand, et confusion savamment entretenue par les médias[7].  Aucun candidat n’évoquera l’anormalité du ROE. Aucun candidat n’évoquera la question des dizaines de milliers d’emplois hautement qualifiés de la finance, emplois  gaspillés dans des bullshits jobs dont le contenu essentiel est  « l’adresse » ou le « talent » à effectuer de bons paris sur de simples fluctuations de prix. Une «adresse» et un   «talent» confiés de plus en plus -rationalité oblige- à des « fintech » elles- mêmes grandes consommatrices de personnels hautement qualifiés qui pourraient se déployer dans des activités moralement et économiquement plus acceptables.

 Rien ne permet de penser aujourd’hui qu’un état des lieux sérieux et réfléchi concernant le colossal édifice financier, sera abordé par les divers candidats : trop délicat, mais aussi trop compliqué pour des élus ou anciens élus qui ne comprennent pas toujours la dimension « casino » d’un monde financier qu’ils ont pourtant largement construit.


[1] La récente du CEREQ, reprise par la chronique d’Olivier Passet (XERFY)en date du 30 novembre dernier révèle à quel point la génération de la crise financière (2010) fut pénalisée par rapporte aux générations antérieures : plus de précarisation, affaissement des profils de carrière, etc. La présente génération verra ces effets s’aggraver avec d’autant plus de force que les politiques d’acompagnement de la crise actuellle ont largment profité aux insiders : l’intégration se fera au compte-gouttes.

[2] Il faut ici préciser que cette dette privée se compose de la dette des ménages (65,9%) et de la dette des entreprises ( 84,7% ). Au total, la France est beaucoup plus financiarisée que les autres pays de la zone euro.

[3] Estimation  de L’OECE dans son « Policy Brief » d’0ctobre 2020.

[4] Nous renvoyons ici à notre article : http://www.lacrisedesannees2010.com/2020/11/le-mur-du-neo-liberalisme-interdira-toute-sortie-de-crise.html

[5] « Commission sur l’avenir des finances publiques » dont certains membres sont issus du MEDEF et ce afin de rassurer les marchés financiers.

[6]CF : «  Debt and Economic Renewal in the Ancient Near East » ; University presse of Maryland ; 2018.

[7] Sans s’apesantir sur les cas français, on peut s’étonner du respect donné à l’information de Saudia Aramco (Les Echos du 17/11/2020) qui déclare que pour payer les dividendes, il faudra trouver des acheteurs d’obligations nouvelles pour un montant de 6 milliards de dollars….donc des investisseurs…Mais où se trouve le capital investi ? Comme quoi le terme investissement mériterait d’être clairement identifié.

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